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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 18:29

Pour la deuxièmes fois, Dany Lecènes, François Folscheid et moi-même avons été accueillis dans les églises Saint-Sulpice de Rou et Sainte-Croix de Marson à l’occasion des Journées du Patrimoine 2019. Les 21 et 22 septembre, nous y avons proposé une lecture poétique et musicale, intitulée Correspondances, sur le thème « Arts et Divertissement ». Nous avons en effet tissé des correspondances, des liens, entre nos textes, qui étaient ponctués par des intermèdes musicaux, joués à la flûte soprano par Dany Lecènes. Nous nous étions partagé les textes et avions choisi de dire indifféremment nos poèmes ou ceux de l’un ou de l’autre, ceci dans le but de varier voix et rythme.

Dany a ouvert cette lecture poétique en chantant « Les petits papiers » de Serge Gainsbourg. Ces petits papiers « chiffon » ou « buvard », « de riz ou d’Arménie »,  « velours » ou « dessin », « glacé » ou « carbone », ou encore « machine », sont autant d’invitation à écrire.

C’est ainsi que François proposait « Une page blanche pour écrire », un texte inédit dans lequel neige, nuages, écume s’associent, « pour retenir la blancheur qui neige sur les mots avant de fondre dans le noir de l’encre. »

Suivait un de mes poèmes inédits, « Variations sur « Voyelles » » d’Arthur Rimbaud. Jouant sur les sonorités,  il évoque le mystère de l’écriture à travers « lA vIvAntE dE tOUt pOEmE »

Dany nous faisait alors écouter un poème extrait de Ephémères, « Violons violoncelles ». Cette suite de pentasyllabes, sur un rythme léger, est une invite à danser tout en célébrant l’éphémère de l’amour : « […] Dansez dansez belles/ Dansez douces amantes/ Violons violoncelles/ Dans la nuit qui vente »

L’incursion dans la musique se poursuivait avec  un inédit de François, évoquant Chopin : « Chopin est au souvenir ce que la pluie est à la boucle de la mélancolie […] »

C’était de nouveau la danse avec mon poème inédit, « Au bal du temps », inspiré par le tableau, La Danse de la Vie, d’Edvard Munch. On y découvre les « couples tanguant dans le soir » tandis que « la rosière fait tapisserie ». « […] Les musiques se sont tues/ Que sont danseurs devenus »

Et l’on dansait encore avec un poème de Dany, « Au bal de la rue », extrait de Ephémères. Entre Musset et Verlaine, un texte empreint d’une mélancolie douce : « […] Et passent les heures/ Et sonne minuit/ Mon cœur est ailleurs/ Il pleut sur Paris/ Et passent les heures/ Et sonne minuit/ Ma peine se meurt/ Ma peine s’enfuit »

La Danse croate d’un compositeur anonyme, jouée à la flûte par Dany, concluait cette première partie.

Puis nous sommes revenus à la peinture avec un texte inédit de François, qui évoque le tableau de Corot, Souvenirs de Mortefontaine. Il en décrit l’atmosphère : « […] Grâce et mélancolie, attente et retenue. On en revient avec des transparences bleuies, des appels de sous-bois, des sources dévoilées dans la vapeur des secrets. »

Je poursuivais avec un de mes poèmes, extrait de Vert jardin, « A Fausses-reposes », que m’avaient inspiré les étangs de Ville d’Avray : « […] A Fausses-Reposes/ Camille Corot/ L’eau métamorphose/ En des ciels floraux »

François nous proposait alors d’écouter la clarté de la musique de Pergolèse, dans le poème « Stabat mater », extrait de D’infiniment de pluie et d’aube : « […] Là-bas, dans la plaine, les bouquets de nos mains assemblées font un couloir d’oiseaux lents ; là-bas un poudroiement de lumière abolit la souffrance. […] ».

Quant à moi, dans un poème inédit, « Douceur de l’Angelico », je tentais d’approcher la pureté rayonnante de Fra Angelico. : « […] Sous le ciel de Toscane/ Aux collines étagées/ Parmi les champs de fleurs/ Aux printemps lumineux/ Fra Beato Angelico illustrait sa prière/ C’était une légende dorée/ Dans un vieux livre […] »

Caresse et douceur caractérisent aussi les « Femmes-fleurs de Monet » que François célèbre dans son recueil, D’infiniment de pluie et d’aube : […] Nous irons vous cueillir, femmes, fleurs, nuages, à petits pas légers, jusque dans le blanc du ciel, jusque dans le blanc du rêve, pour aller nous fondre dans l’air. » Beauté des femmes, que François admire encore dans le texte inédit, intitulé « Renoir… » : « […] Renoir, chevelure : ondoiement d’orange et de blé, gerbes à vivre dans le beurre du vivant. »

C’était à mon tour d’exalter la beauté féminine à travers mon poème, « Dans ta robe de soie », inspiré par Madame Chan, dans In the mood for love, et extrait de Vers rêvés. Il s’achève ainsi : « Dans ta robe organdi ton corps se mouvait/ Tes gestes dessinaient des courbes lumineuse/ La minute arrêtée claire et voluptueuse/ Au miroir de soie où ton âme habitait »

Avec « Boticelli naissance de Vénus », c’est la sublimation de la femme en peinture que François célèbre dans « D’infiniment de pluie et d’aube » : « […] Née de l’eau, de l’or et du vent, sa chevelure est le rêve qui éclaire la caverne des hommes – flambe douce, à jamais chargée des secrets liquides de l’âme. »

Extrait de Mais l’ancolie…, le poème « Jean et Ursine » m’a été inspiré par l’enluminure, L’homme zodiacal, extrait des Très Riches heures du Duc de Berry : « […] Du Zodiaque absolu le temps viendra toujours/ Et j’y ajouterai l’ours noir et le cygne/  Gémeaux nous brillerons à l’éther de l’Amour/ Dans la constellation seront Jean et Ursine »

Un Andante, de Walter Roehr, à la flûte, nous amenait vers la troisième partie de la lecture.

Dany célébrait alors l’art poétique avec un petit quatrain, extrait de La Joie n’a pas de poids :

« De nature encombrée de songes inutiles/ Poétiser peut-être, ainsi l’eau dans les pierres/ Torturant son chemin au gré de l’immobile/ Initie-t-elle enfin l’essentielle rivière »

La céramique aussi est sujet d’inspiration, comme en témoignait le texte de François, intitulé EMAUX, et extrait de D’infiniment de pluie et d’aube : « Terre et feu, mais doucement, car il nous faut de grands émaux./ Terre et feu encore, car il nous faut le jour et l’ombre et l’or,/ Le grand or craquelé dans sa lumière de chêne et de cidre. »

Un de mes poèmes inédits, « Ecroulement », invitait alors à voir la peinture de Turner : « Quelle alchimie dans l’œil aigu du peintre/ Toutes règles enfreintes/ Quand tout se défait quand tout se déforme/ En jeux protéiformes […] » 

Avec le sonnet, « Là où il y a souffrance », extrait de Les Lachrymots, Dany rendait hommage à tous les artistes : « Là où il y a souffrance, il y a art, c’est la loi/ La matière, l’essence et si le mot prend chair/ Affûtez-vous poignards aux longs reflets impairs/ Après l’amputation, avant la mise en croix. […] »

De nouveau, François nous invitait à nous souvenir des peintres et surtout de Van Gogh, avec « A ce qui chavire », extrait de D’Infiniment de pluie et d’aube, et un inédit, « Van Gogh en ses lunes » : « A ce qui chavire dans les ciels et les blés de Van Gogh, tout chahutés de la danse des tempêtes : ici l’orange, le jaune ont giclé en copeaux de feu ; là le blanc, le bleu ont roulé en écume de lune. […] » Et il poursuivait : « […] Van Gogh de terre et de feu, sacrifié à pleins poumons sur l’autel de l’inaccessible aurore. »

Une autre artiste « maudite », Camille Claudel, me permettait d’évoquer l’art de la sculpture avec un poème inédit, « A Camille en Galatée ». Il se clôt ainsi : « […] Chez Rodin l’auguste sculpteur/ Dans l’atelier déserté/ Par la folie du feu sacré/ Gît le moule froid de Galatée »

Puis c’était une invitation à me suivre « au musée des Beaux-Arts de Dunkerque », avec un poème inédit, intitulé « Nature morte ». Il décrit le contenu d’une vitrine d’exposition et se termine ainsi : « […] Entre la conque de la Naissance/ Et le crâne aveugle de la Mort/ Une tragique nature morte »

Un Allegro de Telemann, toujours joué à la flûte par Dany, annonçait la dernière partie de notre lecture.

Celle-ci débutait par un sonnet de Dany, « Une heure après le lever du jour », extrait des Lachrymots. Il lui avait été inspiré un matin par la campagne normande : « Une heure après le lever du jour, le soleil/ Avait perdu sa teinte rouge d’abricot/ Canteloube chantait coincé dans la radio/ Si bien qu’on entendait la France à son réveil […] »

Ensuite, j’emmenais l’auditoire à Venise avec « Regard dans la Tempête », un poème extrait de Mais l’ancolie… Je tente d’y décrypter le mystérieux tableau du Giorgione, La Tempête :

 « […] Et moi/ Je voudrais m’ensommeiller là/ Dans ce lieu vert et utopique/ En l’intime des éléments/ Etre la femme et son enfant/ Que l’homme enfin regarderait/ De son œil d’amant lumineux/ Sous le plombé du ciel d’orage »

Avec le quatrain, « Le petit air penché de la chapelle », extrait de La Joie n’a pas de poids, Dany nous permettait une brève incursion rieuse dans le domaine de l’architecture : « Le petit air penché de la chapelle/ Incline à pardonner quelques péchés véniels/ Au premier rang des- quels l’ivrognerie/ Du maître d’œuvre qui louvoie au paradis »

De la chapelle à la cathédrale, nous ne pouvions manquer d’évoquer l’incendie de Notre-Dame. Ce que j’ai fait avec mon poème inédit, « A Notre-Dame » : « Elle a péri dans les flammes/ La forêt de Notre-Dame ;/ Sur le parvis endeuillé/ Gisent des charbons brûlés. […] Lundi de Semaine sainte,/ Journée tragique et défunte,/ Notre-Dame, corps vivant,/ Comme le Christ souffrant,/ Aura vécu son martyre,/ Mais sans jamais s’avilir,/ Aura souffert sa Passion/ Vers une Résurrection. »

Un détail du panneau central du triptyque du Jardin des Délices de Bosch m’avait inspirée. C’est ainsi qu’avec le poème « Préadamites »,  je rêve sur l’œuf transparent : « Dans le jardin délicieux aux suaves couleurs/ Parmi les fruits géants les bêtes monstrueuses/ Un homme et une femme revêtus de blancheur/ Sont assis tous les deux dans la sphère harmonieuse […] »

François, quant à lui, continuait à rêver en musique avec « L’infiniment de pluie de Brahms », extrait de D’infiniment de pluie et d’aube. : « […] Vaste ondulation mourante, longue plainte à faire tourner les goélands au creux des vagues, au creux de soi. […] »

Et avec le poème « A la lumière portée », extrait du même recueil, François nous emmenait faire un dernier détour chez les peintres : « A la lumière portée à son comble de poussière d’or, sur un trois-mâts de brume, de Turner. […] Aux colosses de jambon et de neige, buvant aux charrettes de la vie et de la mort, de Brueghel. »

Je rendais alors hommage à Seamus Heaney, grand poète irlandais, et prix Nobel de Littérature 1995 : « […] Et maintenant l’éclaire/ La lanterne aubépine/ Lui qui creusait la langue/ De son stylo trapu/ Seamus Heaney le Sage/ Marcheur parmi les cairns/ Et il habite enfin/ Ce qui lui échappa »

Dany nous donnait ensuite à entendre un extrait d’un monologue théâtral, La lettre de Jézafata à son bourreau. Il rend hommage au poème en nous invitant à  «  […] Croire au rythme. S’illusionner du chant. Et puis darder la petite joie rougeoyante qui se souvient de la première étincelle du Tout. Pourquoi voudrais-tu que la Mort existe après le poème ? »

L’avant-dernier texte de Dany affirmait que « Les poèmes sont des oiseaux/ Heureux/ De quitter la cage des livres »

Et Dany la chanteuse a clôturé cette lecture poétique et musicale en chantant « L’âme des poètes », chère à Charles Trénet : « Longtemps, longtemps, longtemps/ Après que les poètes ont disparu/ Leurs chansons courent encore dans les rues […] »

Si le public à l’église Saint-Sulpice de Rou ne fut guère nombreux, l’auditoire de Marson le fut davantage et les applaudissements nourris. Après ce partage d’une parole poétique, hélas souvent trop rare, alors qu’elle éclaire le quotidien des jours, le maire de Rou-Marson nous a offert, comme à son habitude, un apéritif convivial.

Et je ne voudrais pas passer sous silence le commentaire chaleureux et inspiré  d'une amie, qui m'a écrit ce petit message au lendemain de cette lecture :

"Continuez ! Continuez à écrire et à nous faire bénéficier de tous ces mots que la pensée, le rêve, bref la poésie, vous inspirent. Continuez même si cela ne remue pas les foules. C'est essentiel pour vous, pour nous, pour l'esprit humain qui ne saurait vivre sans cette étincelle, même si souvent, petite braise oubliée, elle semble dormir sous la cendre.

Merci encore à vous trois pour cet excellent moment."

Photo ex-libris.com

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commentaires

M
Un instant de grâce comme on dit. Vous avez apporté un peu de bonheur à ce public.<br /> :)
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C
C'est sans le vouloir, à cause d'une mauvaise manipulation, que ce billet est de nouveau publié. Tant mieux car cela a permis que vous le lisiez et m'écriviez ce commentaire amical.

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