Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 18:53

Le 25 novembre 2009, c'était le 50 ème anniversaire de la disparition du Prince de Hombourg et du Cid.
Dans le costume de Rodrigue, Gérard Philipe repose au cimetière de Ramatuelle, "près de la mer, pour qu'il soit à jamais le songe du sable et du soleil, hors des brouillards, et qu'il demeure éternellement la preuve de la jeunesse du monde. 
Et le passant, tant il fera beau sur sa tombe, dira : "Non, Perdican n'est pas mort ! " (Louis Aragon)



                                        Un prince en Avignon
                                                   (Texte : Jean-Michel Rivat, Musique : Jean-Pierre Bourtayre)
                                                                                            (Esther Ofarim)

                                       Il était un prince en Avignon
                             Sans royaume, sans château, ni donjon
                                 Là-bas tout au fond de la province
                                                  Il était un prince

                                             Et l'enfant que j'étais
                                   Cueillant pour lui bien des roses
                           En ce temps le bonheur était peu de chose

LePrince de hombourg


Il était un prince en Avignon
Sans royaume, sans château, ni donjon
Mais ses mots nous chantaient les campagnes
Des grands rois d'Espagne

Quand le soir descendait
On devenait spectateurs
Et la ville avec lui n'était plus qu'un coeur


Il nous emportait dans son empire
Nous attendrissait d'un sourire
Combien je rêvais, combien je l'aimais
Et puis vers ma ville je m'en retournais

 



le-cid--2.jpg




Il était un prince en Avignon
Sans royaume, sans château, ni donjon
Là-bas tout au fond de la province
Il était un prince


Lundi 07 décembre 2009

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 19:11



Jeudi 12 novembre 2009, sur le plateau de La Grande Librairie, on parlait du Grand Siècle. François Busnel y était en compagnie d'historiens et d'universitaires : Patrick Dandrey (Quand Versailles était conté), Joël Cornette (LouisXIV), Christine Mongenot (pour la publication des Lettres de Madame de Maintenon), et Dominique Labbé (Dans Si deux et deux sont quatre, Molière n'a pas écrit Dom Juan, il pose la question de savoir si c'est Corneille qui a écrit les oeuvres de Molière). Denis Podalydès, sociétaire du Français (et auteur de Voix off, Traits et Portraits, Prix Fémina de l'Essai 2008), y évoquait le personnage de l'Avare qu'il joue actuellement à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Catherine Hiegel. Il nous a ainsi donné l'occasion de redécouvrir un personnage de théâtre devenu un type.
Au roi qui demandait à Boileau à la fin de son règne : « Que restera-t-il de mon siècle ? », l’auteur des Caractères répondait : Molière, Sire ! » A l’occasion de la grande exposition qui se tient actuellement à Versailles sur le Roi Soleil, (Louis XIV, l’homme et le roi, jusqu’au 07 février 2010), force est de constater que le dramaturge est plus vivant que jamais.


LAvare1-en-noir.jpg


Denis Podalydès a éclairé pour nous le personnage de L’Avare. Cette pièce, qui a été jouée plus de 2 000 fois (2 538 en septembre 2009), est la plus représentée après Tartuffe ou l’Imposteur (3 115). Du temps de Molière, elle fut jouée en même temps que cette dernière et qu’Amphytrion mais ne connut guère le succès. C’est au XX° siècle que tous les grands acteurs ont interprété le rôle-titre : Jouvet, Serrault (dans la mise en scène de Roger Planchon), Michel Aumont, Michel Bouquet (qui l’a joué pendant vingt ans et qui, à 80 ans, repart en tournée), dans la mise en scène de Jean-Paul Roussillon.

L’acteur dit avoir bien observé le jeu de ses prédécesseurs pour en tirer un enseignement et modeler le rôle à son image. « J’aime savoir ce que les autres ont fait avant moi, j’ai une espèce de curiosité maladive, même pour des petits trucs, pour voir comment ils jouent telle ou telle réplique », explique-t-il dans une interview accordée à Etienne Sorin. Il a beaucoup regardé le DVD de la mise en scène avec Michel Aumont et il reconnaît que le jeu de Michel Serrault a été le terreau dans lequel il a pioché, lent et patient travail qui lui a permis d’ajouter sa touche personnelle au rôle. L’interprétation de Podalydès suscite des commentaires très élogieux. Selon P. L. Callixte, la troupe du Français est étonnante et propose une représentation quasi-parfaite. L’acteur a suivi les conseils de Michel Bouquet, son maître au Conservatoire, qui lui recommandait de « faire rire ».

Il existe en effet deux grandes traditions en ce qui concerne cette pièce. Goethe en faisait une œuvre sombre, et Bouquet et Aumont en ont réussi la synthèse dans une mise en scène de J. P. Roussillon, révolutionnaire et balzacienne, qui s’est jouée au Français de 1969 à 1989. Catherine Hiegel, qui a joué elle-même dans cette mise en scène, a, quant à elle, retenu la tradition comique. Elle a voulu monter une farce. « Pour Catherine, la comédie devait l’emporter et elle avait une idée très précise d’Harpagon : jeune, tonique, violent et joyeux. » Si le décor est clair, elle a voulu cependant faire de l’Avare un insecte en habit noir : « Harpagon est une araignée qui hante sa propre maison. » (Interview avec Etienne Sorin).

Il existe certes plusieurs registres.  Il est clair que les scènes avec Cléante le fils sont tragiques : « L’Avare est une figure du père tyrannique, castrateur, qui tient les cordons de la bourse, et contre lequel il faut se former, qu’il faut abattre. A l’opposé d’Harpagon, Cléante est un joueur qui dilapide l’argent. » Mais L’Avare est surtout une formidable machine comique. C’est d’ailleurs dans ce registre que Molière, placé près de la rampe,  interprétait le rôle au Théâtre du Petit-Bourbon.

Le personnage est bipolaire : c’est un terrien et un pragmatique à qui le jeu de Podalydès parvient à donner un côté aérien et léger. En lui s’associent la marotte, l’obsession, et la chimère. Toujours dans son interview par Etienne Sorin, Podalydès le décrit remarquablement : « Il est âgé mais l’avarice le tient juvénile, c’est sa source de jouvence. Il arrive presque à retenir le temps ! Les grands monomanes de Molière sont très beaux parce que, dans le fond, ils sont désintéressés. Curieusement, ils ne sont pas si antipathiques que ça parce qu’ils s’adonnent à une seule et unique passion qui les brûle et les dévore. »

L’acteur affirme que la prose vivante de L’Avare vaut tous les alexandrins. Il reconnaît que, lorsqu’il est fatigué, le rôle le dynamise. Molière a l’art inimitable d’aller à l’essentiel. Ainsi, les premières répliques du Misanthrope sont significatives de cette nécessité et de cette économie de la langue, propres au grand Jean-Baptiste. Elles sont à dire d’une traite, comme on lance des flèches.

Le comédien ajoute qu’autrefois, le verbe « déclamer » avait un sens noble. Aujourd’hui, il est devenu péjoratif et synonyme d’emphase. Il est cependant possible de déclamer naturellement, car la langue de Molière doit être nourrie et il importe que le verbe en soit soutenu. L’acteur se doit de lui insuffler une énergie afin que la phrase « se soutienne » pour le spectateur.

Quand Molière joue Harpagon en 1668, il est loin d’être un vieillard ; il est vrai cependant que le rôle a souvent été interprété par des comédiens plus âgés. Podalydès, qui a quarante-cinq ans, avait cette crainte de n’être pas assez vieux pour le rôle. Mais la convention théâtrale de la farce autorise des comédiens jeunes à interpréter des personnages plus avancés en âge. Il avoue que, pour le personnage d’Alceste, il craignait aussi de n’être pas à la hauteur du rôle. Ayant progressé dans son art, il sait maintenant que cela n’est pas un si gros obstacle. Cette angoisse l’a désormais quitté.

Podalydès évoque ensuite ce qu’il appelle le rire de connivence que l’acteur fait naître lors du monologue de la cassette. Il l’expérimente chaque fois qu’il se déplace dans la salle au milieu des spectateurs, en disant : « Tout me semble mon voleur. N’est-il point caché parmi vous ? » et qu’il brise ainsi « le quatrième mur » du théâtre. Et quand il dit : « Ils me regardent et se mettent à rire », il sait qu’il doit fixer précisément un spectateur. Si trois spectateurs se mettent à rire, « c’est sauvé » ! 
De plus, c’est bien à ce moment  que le public participe pleinement au passage du tragique au comique. « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré », dit Harpagon, le visage peint tel un masque d’Arlequin noir, comme s’il avait mis la tête dans la terre. Il meurt et aussitôt le phénix renaît de ses cendres : « Est-ce qu’il n’y a pas quelqu’un qui veut me ressusciter en me rendant mon argent ? » Il retrouve alors le sens de la comédie et s’adonne à nouveau à la paranoïa. Le public rit et la pièce repart vers le cinquième acte quand il dit « Sortons ! » (Interview avec Etienne Sorin).

Podalydès ajoute que le rire global est celui qui vient du corps, celui qui crée le comique grotesque du corps. C’est ce rire qui permet la saisie du monde, dans la perspective de ce que disait Montaigne : « Toutes nos vacations sont farcesques. » Le rire devient alors le critère de la réussite.

Le comique de Molière saisit le monde sous l’angle de la déformation de la nature, une nature qui était alors synonyme de raison, notion que le siècle avait érigée en valeur suprême. Après avoir pointé les travers de la cour par le biais des gestes et des paroles, Molière en fait le procès en stigmatisant l’inconsistance des rituels qu’il tourne en dérision.

Si le rire est « multi-faces », il se fane pourtant très vite. Podalydès tient la gageure de faire rire le spectateur après Serrault et Bouquet, et cela est très rare.

A propos de la question de savoir si ce n’est pas Corneille qui aurait écrit les pièces de Molière, question soulevée pour la première fois par Pierre Louÿs en 1919, Dominique Labbé se fonde sur la statistique. Il a remarqué que les deux auteurs ont un vocabulaire très voisin, mais il est difficile d’en tirer des conclusions certaines.

Par ailleurs, comment concevoir que Louis XIV ait pu protéger un imposteur ? Pour Dandrey, tout cela relève d’une tendance à vouloir tout mathématiser et rationaliser.  Il espère fortement que jamais un écrivain ne pourra être identifié par la statistique. Podalydès, à qui on demande s’il est capable « à l’aveugle » de reconnaître le style de Corneille ou celui de Molière, répond que les deux écritures se ressemblent, les bases de l’éloquence de l’époque ayant été acquises par les auteurs chez les Jésuites. Cependant, il remarque chez Molière des effets significatifs de déséquilibre, lisibles par exemple dans la réplique de Mascarille disant : « J’importune, peut-être ? »

Pour le comédien, on reconnaît la « touche » de Molière, le dramaturge qui possédait tous les rires. La densité de son langage est remarquable, chez lui, le mot « est » la chose. Et quand Harpagon s’écrie : « Mon pauvre argent ! », Podalydès considère que cette réplique est belle comme un poème !

Certes, on ne dispose d’aucun manuscrit de la main de Molière, dont on ne connaît l’aventure théâtrale que par les registres de l’acteur La Grange. Cela n’a pourtant rien d’étonnant car, à l’époque, cela ne se faisait pas de montrer ses brouillons. « On ne reçoit pas les gens en robe de chambre » écrivait Guez de Balzac !

Si Molière a pu écrire avec une telle liberté, c’est grâce à Louis XIV, qui lui a donné toute latitude pour créer ses personnages. La censure n’entamera jamais la combativité de Molière, dont l’énergie phénoménale lui permit de relever tous les défis. Auteur, directeur de troupe, acteur, il écrivit ses plus grands chefs d’œuvre dans des périodes difficiles.

La querelle du Tartuffe ne modifia pas les bonnes relations que Molière entretenait avec le roi. On sait que la première version de Tartuffe en trois actes fut créée en 1664 pour Les Plaisirs de l’Ile enchantée, dans la perspective de la comédie-ballet et d’un art total, conception artistique que partageaient Louis XIV et le dramaturge. La pièce sera condamnée en 1668 mais le Grand Condé la fera jouer à Chantilly. Tartuffe sera même jouée de nouveau dans les appartements de l’austère Madame de Maintenon (surnommé aimablement « la crotte de souris » ou « la grande ripotée » !), alors qu’elle régnait sur le cœur du roi vieillissant. Ainsi, bien qu’il eût un jour qualifié Molière de « gentil baladin », jamais le soutien du Roi-Soleil ne  fit défaut au génial créateur d'Harpagon.

 

A voir :

Louis XIV, l’homme et le roi, Château de Versailles, jusqu’au 07 février 2010.

Fastes royaux, Collection des tapisseries de Louis XIV, Galerie des Gobelins, 75013 Paris, jusqu’au 07 février 2010.

 

A lire :

Catalogue de l’exposition, sous la direction de Nicolas Milovanovici et Alexandre Maral, Skira Flammarion.

Quand Versailles était conté, Patrick Dandrey, Editions Les Belles Lettres.

Louis XIV, Joël Cornette, Editions du Chêne.

Lettres de Madame de Maintenon, 1650-1689, Volume I, Christine Mongenot, Editions Honoré Champion.

Si deux et deux sont quatre, Molière n’a pas écrit Dom Juan, Dominique Labbé, Editions Max Milo.

Louis XIV, Jean-Christian Petitfils, Editions Perrin.

Les coulisses de Versailles, Pascal Bonafoux, Editions du Chêne.

L’Année des quatre Dauphins, Olivier Chaline, Flammarion.

Voix off, Traits et Portraits, Denis Podalydès, Le Mercure de France.


Dimanche 06 décembre 2009

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 16:10

  Expo Ionesco

Jeudi 26 novembre 2009, la 5 proposait Un soir à la BNF, dans le cadre de l’Exposition consacrée à Ionesco jusqu’au 03 janvier 2010, hommage exceptionnel à l’auteur de La Cantatrice chauve qui aurait eu cent ans cette année. On y découvre l’écrivain et l’homme, celui qui répondait à la question : « Maître avez-vous des thèmes ? », en disant : « Non, des obsessions ! » L’exposition fait pénétrer le visiteur dans la fabrique d’une œuvre, en présentant des archives inédites, des notes, des manuscrits, des œuvres picturales, etc.

L’écrivain, qui entre en littérature dans les années 1950 avec La Cantatrice chauve, professe son credo : « L’esprit de sérieux est une catastrophe. » A l’époque où règnent en maîtres Sartre, Camus et le théâtre de boulevard, il crée au théâtre des Noctambules sa fameuse « anti-pièce » avec le jeune metteur en scène Nicolas Bataille. « Point de départ de la pièce, écrit [ce dernier] : un couple qui n’a plus rien à se dire après vingt années de mariage, un autre qui ne se reconnaît plus. » Jouée depuis plus de cinquante ans au théâtre de La Huchette, elle est le héraut du « rire supérieur » prôné par Ionesco.

Cette pièce fut une véritable bombe atomique contre le « vieux théâtre » et enthousiasma Queneau et Breton. Louis Malle raconte qu’il alla la voir plusieurs soirs de suite en 1953 et Robert Abirached se souvient que les spectateurs s’y affrontaient comme pour une nouvelle bataille d’Hernani. Si Thierry Maulnier, complètement hermétique, constate : « Il y a d’autres langues, qui ne sont pas étrangères et que je ne comprends pas mieux pour autant », Jacques Lemarchand reconnaît que « le théâtre d’Ionesco est assurément le plus étrange et le plus spontané que nous ait révélé notre après-guerre. »

Cet objet de scandale, contraire à toutes les règles du théâtre, est en fait une parodie du langage, un jeu sur les mots, ce que Ionesco a appelé une « tragédie du langage ». L’idée de la pièce est venue à Ionesco lorsqu’il a essayé d’apprendre l’anglais par le biais de la méthode Assimil. Surpris par la banalité des phrases d’exemples et par leur enchaînement sans rapport entre elles, il décide d’écrire une pièce absurde, intitulée L’anglais sans peine. C’est un lapsus lors d’une répétition qui va transformer le titre originel. L’acteur, qui interprétait le pompier, au lieu de parler dans sa tirade d’« une institutrice blonde » se trompe et parle d’« une cantatrice chauve ».La-cantatrice-chauve.jpg

Ionesco précise dans Notes et Contre-Notes que l’absurde est ainsi venu se surajouter à la simple copie du manuel d’apprentissage, devenant ainsi le moteur de la pièce, grâce à sa volonté de « grossir les ficelles de l’illusion théâtrale». « Les répliques du manuel se déréglèrent […], le langage s’était désarticulé […], le monde m’apparaissant dans une lumière insolite », explique-t-il. Selon le comédien Olivier Achad, jouer la pièce, par ailleurs extrêmement construite, procure un étonnement jubilatoire.

Les mises en scène successives, notamment celle de Jean-Luc Lagarce en 1992, ont mis en lumière les thèmes chers à Ionesco, la douleur de l’être humain, le mystère de la vie.  Lagarce y pousse à l’extrême le non-sens et l’absurde. Avec des personnages-marionnettes, une  dérision conduite à son paroxysme, l’emploi de couleurs acidulées et d’un décor banal, le metteur en scène dénonce le ridicule des bourgeois et leur conformisme.  Voici ce qu’il en dit : « La pièce été jouée en 1950, n’est-ce pas ? Et le succès à La Huchette date de 1957 je crois, l’année de ma naissance. Tout s’est passé avant ma naissance et pourtant c’est une pièce contemporaine ! Ionesco est allé très loin dans la voie de l’absurde, et il n’a pas vraiment eu de successeur, tout comme Beckett d’ailleurs. La Cantatrice est une chose rare. »

Dans Le Magazine littéraire d’octobre 2009, Marie-France Ionesco, la fille du dramaturge, explique ainsi le théâtre de son père : « Mon père en revient toujours à cette expérience dans l’enfance, du théâtre de Guignol au Luxembourg qui lui révéla « le monde à l’état pur ». Son but a été de retrouver l’essence et la magie même d’un théâtre, débarrassé de toute artificialité. Si Rhinocéros, révélateur d’une « réalité tordue » (selon Laurent Pelly, Directeur du Théâtre National de Toulouse), révèle son obsession de la liberté, sa haine des idéologies, sa conviction qu’il n’existe pas de bonne société, c’est bien Le roi se meurt qui l’occupa le plus longtemps. Dans l’exposition, en témoignent « la dizaine de boîtes d’où émergent des versions successives, jusqu’à la pochette renfermant le tapuscrit ». C’est Marie-France Ionesco, alors élève de seconde et qui vient d’étudier Les Oraisons funèbres de Bossuet (« Madame se meurt, Madame est morte »), qui suggère à son père le titre de la pièce. L’exposition révèle la genèse d'une oeuvre qui s’intitula d’abord Rois. On y découvre les brouillons dictés sur des cahiers d’écolier, les croquis, les didascalies. On y recense les « possibilités » de la pièce, les fiches blanches cartonnées sur lesquelles Ionesco notait pensées ou répliques, et les commentaires sur les répétitions : « On devient fou avec ces répétitions, une bonne tout est gagné, une mauvaise tout est perdu. »

Dans ce fonds Ionesco, on finit cependant toujours par retrouver le « vicomte ». A l’origine, c’est un sketch qui s’étoffe peu à peu pour prendre la forme de la pièce Jacques ou la Soumission. C’est « une des pièces de mon père les plus profondément autobiographiques, sur son histoire spirituelle, sur le fait qu’il se sente étranger à ce monde », explique Marie-France Ionesco. Après le cinéma, le dramaturge s’adonnera à la peinture, peignant même pour sa fille une crucifixion ensanglantée. Jusqu’à la fin, il sera hanté par « l’absence-présence de Dieu », ce dont témoigne une de ses ultimes lettres, à Jean-Paul II, dans laquelle il interroge le pape comme un petit garçon qui a peur.

 
Exposition.

Ionesco, BNF, site François Mitterrand, Paris 13°.

Du 06 octobre au 03 janvier 2010. Entrée libre.

 

Catalogue.

Ionesco, sous la direction de Noëlle Giret, Editions Gallimard/ BNF, 192 p., 200 illustrations, 45 euros.

 

Opéra.

Maximilien Kolbe, opéra de Dominique Probst, livret d’Eugène Ionesco.

 

Théâtre.

La Cantatrice chauve, mise en scène de Jean-Luc Lagarce de 1992, reprise au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, du 02 au 21 novembre 2009.

 

DVD.

Le roi se meurt, Editions Montparnasse, captation d’une mise en scène de Jorge Lavelli à la Comédie-Française en 1977, avec François Chaumette, Michel Aumont, 15 euros.

 

Sur www.magazine-littéraire.com

En exclusivité, une visite en images dans l’appartement d’Eugène Ionesco.

Vendredi 04 décembre 2009.Bouquet 3


Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 19:21


hamlet.jpg
 

 

Le jeudi 19 novembre 2009, la Compagnie Les Sans-cou jouait La Tragédie d’Hamlet Prince de Danemark (1600-1601), salle Beaurepaire à Saumur, dans une adaptation d’une heure et demie d’Igor Mendjisky. Ce dernier explique qu’il a monté la pièce de manière à ce qu’elle puisse être jouée partout, dans n’importe quelle configuration, et que les acteurs soient à la fois sur le plateau et aux côtés des spectateurs, brisant ainsi « le quatrième mur » du théâtre.

Romain Cottard, qui interprète Hamlet, le fait avec une belle fougue et sa silhouette longiligne et élégante sied bien au rôle du prince comédien. Le reste de la distribution apparaît très inégal : Gertrude et Ophélie tirent particulièrement leur épingle du jeu au détriment des Polonius et autres Rozencrantz et Guildenstern, qui sont desservis par leur apparence de loubards de banlieue. Fanny Deblock, notamment, à la diction précise, propose une Ophélie sensible et irradiante

On reconnaîtra que le metteur en scène a été inventif, usant de la  poursuite avec un certain talent, notamment lorsque Hamlet parle avec Horatio, d’un étage à l’autre. Il a par ailleurs « modernisé » le texte, afin de le rendre plus accessible, mais ne perd-on pas ainsi la « chair » de cette langue magnifique, si riche en images ? D’autres trouvailles laissent rêveur : ainsi en est-il de la scène du duel entre Hamlet et Laërte, l’affrontement se faisant à travers des bassines d’eau et c’est au comédien qui laissera le plus longtemps la tête dans l’eau ! Que dire encore de la musique qui associe Shakespeare à Marilyn Manson et Eurythmics ? Sans doute ces remarques sont-elles celles de puristes d’arrière-garde puisque cette troupe a remporté le Grand Prix du Festival d’Anjou 2009 des jeunes compagnies !

Le plus grand reproche que l’on peut cependant faire à cette adaptation, c’est d’avoir empêché le comédien Romain Cottard de prononcer la question fameuse : « To be or not to be ? » Elle est en effet évincée, puisque l’acteur écrit la phrase à la craie sur le plateau.

Sans vouloir se focaliser sur ce passage qui a fait l’objet de toute une littérature critique, reconnaissons qu’il est dommage de ne pas avoir donné l’occasion à l’interprète de se la mettre en bouche, d’en balancer le rythme binaire, d’en savourer la dualité, de donner son approche de cette phrase, qui est la plus parfaite expression du dilemme entre action et inaction. Alors que la diction de cette alternative mythique consiste en l’un des exercices les plus répandus dans les cours de théâtre, on regrettera qu’on ait refusé à un jeune acteur, qui avait sûrement toutes les qualités pour nous en proposer l’ambiguïté, l’occasion de nous la faire entendre.


Jeudi 03 décembre 2009. 

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 11:07

Cendrey.jpgMarie-N-Dyae.jpg


Actuellement, au Théâtre du Quai à Angers, du 1er au 24 octobre, dans une mise en scène de Caroline Gonce, est à l'affiche Toute vérité, pièce co-écrite par Marie N'Diaye (Trois femmes puissantes) et Jean-Yves Cendrey (Le Japon comme ma poche et Honecker 21), deux écrivains à l'affiche de la rentrée littéraire, et mariés depuis vingt ans.

Il s'agit d'un affrontement (peut-être par-delà la mort) entre un père (Daniel Martin) et son fils (François André), auxquels leur haine mutuelle palpable ne laisse aucun répit.

A l'origine de la pièce, la lecture de la Lettre au père de Kafka. Jean-Yves Cendrey la reçoit « comme un crochet à la pointe du coeur » et il écrit à son tour sa propre lettre au père qu'il lira à l'occasion d'  « une conférence alimentaire » sur l'écrivain tchèque. Il l'oublie ensuite « au fond d'une boîte à brouillons ». Cependant Marie N'Dyae y décèle des vertus théâtrales et elle écrit le pendant au discours du fils. Elle se glisse « dans la peau du père et bourreau de l'autre personnage, qui se trouve être son mari » et qu'elle connaît depuis vingt-trois ans. Si le texte de Marie n'est guère agréable à l'époux, il constitue cependant une sorte de « structure mentale » très théâtrale, produit d'une « ambiguïté excitante pour un couple d'écrivains ». Jean-Yves Cendrey en a accepté le risque, respectant le principe de liberté absolue qui avait présidé au travail d'écriture.

La mise en scène de ce règlement de comptes à couteaux tirés souligne bien le fait que la parole du fils est dirigée vers le public plus qu'elle ne l'est  vers le père. Le fils est debout côté cour et regarde les spectateurs. Le père, assis dans un fauteuil, côté jardin, ne tourne jamais la tête vers son fils. Ce sont deux monologues qui ne peuvent se rencontrer. Jean-Yves Cendrey écrit: « Le fils ignore la présence du père. L'idée, c'était ça : une mise en danger du premier texte. » La particularité est donc bien que « le fils parle, [que] le père entend mais pas le fils qui continue. […] « C'est comme si le fils avait écrit ou raconté, et que très longtemps après, le père répond mais sans que le fils soit là. » La parole du père vient d'au-delà de la mort.

Cendrey précise encore qu'il ne s'agit pas d'un texte compassionnel en faveur du fils qu'il a été, mais bien plutôt d'un texte écrit « par haine des bourreaux. En écrivant on peut exercer cette haine, exercer un certain pouvoir et avoir à son tour une certaine autorité. » L'intérêt de la démarche d'écriture avec Marie N'Dyae est que la partie du père, qui est de la main de celle-ci, « vient mettre en danger cela » que dit le fils, puisque le co-auteur « est venue inciser ici et là avec la perversion et l'hypocrisie que le langage permet ». Elle ne va pas dans le sens du fils, elle permet au père de se défendre avec ses propres armes.

Sur le plan d'une écriture à quatre mains, la pièce est donc particulièrement intéressante. On reconnaîtra cependant que le texte (même si son intérêt est autobiographique) qui accumule les poncifs du père alcoolique, de la mère martyrisée et du fils battu, est difficile à supporter, d'autant plus que la mise en scène est très statique.
  Mardi 20 octobre

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche