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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 15:25

le christ au jardin des o

Le Christ au Jardin des Oliviers, Alice Martinez-Richter,

(Photo : Association Autour du peintre Antoine Martinez)

 

 

Venant de terminer Le Maître et Marguerite, je me suis plongée dans le sixième roman de l’écrivain corse Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme (Prix du Roman France Télévision). Quelle n’a pas été ma surprise d’y lire en exergue un extrait du roman de Boulgakov, évoquant le rêve de Ponce Pilate et l’intense sentiment de culpabilité qui étreint le cinquième procurateur de Judée à l’idée d’avoir prêté la main par lâcheté à la mort de Yeshoua Ha-Nozri, un avatar de Jésus-Christ.

C’est à l’ombre de cette citation que se déploie le roman de ce jeune écrivain, qui écrit sur le thème de la torture une œuvre sans manichéisme aucun. Au cours d’un entretien avec des lecteurs (Vidéo My Boox), il explique que son livre n’aurait pas existé sans le documentaire de Patrick Rotman, L’Ennemi intime (2002), et que c’est maintenant à ceux qui n’ont pas vécu ce douloureux débat idéologique de faire cesser le silence sur ce sujet tabou. Il ajoute qu’il a craint, soit que ce livre ne soit lu comme une apologie de la torture, soit qu’on n’y voie qu’une insulte à l’Armé française. Se tenant avec maestria sur une délicate ligne de crête, il parvient à éviter ces deux écueils et à poser le problème de la torture sur le plan philosophique et moral. Il le fait à travers deux personnages de militaires, qui deviennent des bourreaux chacun à sa manière, et dont il orchestre la confrontation dans un face à face remarquablement structuré, quarante années plus tard.

Le roman met en scène André Degorce, capitaine de carrière, qui a connu les camps de Buchenwald et ceux du Viêt-Minh. Durant les "événements d'Algérie", en 1957, dans une villa de Saint-Eugène, que domine Notre-Dame d’Afrique à Alger, il supervise les interrogatoires des combattants de l’ALN. Sa conception du code d’honneur militaire, sa foi, ses scrupules moraux, sa propre expérience de victime ne serviront de rien contre le maëlstrom de violence qui va l’emporter et lui faire perdre son âme. En face de lui, on découvre Horace Andreani, un jeune lieutenant, qui a combattu à ses côtés en Indochine, et qui est devenu son frère d’armes. Mais le jeune homme a l’obéissance chevillée au corps et il fait son métier de militaire sans scrupules de conscience. Le fellagah n’est-il pas un terroriste, qui pose des bombes aveuglément, et qu’il faut à tout prix neutraliser ?

D’une certaine manière, le roman s’apparente à une tragédie classique. N’y trouve-t-on pas l’unité de lieu avec la villa de Saint-Eugène ; l’unité de temps qui excède de deux jours seulement les vingt-quatre heures prescrites ; enfin l’unité d’action avec « une action simple, faite de peu de matière ». La péripétie serait l’arrestation du chef rebelle algérien Tahar, en qui le capitaine Degorce reconnaît un ennemi digne de lui et à qui il fait rendre les honneurs militaires, tout en le livrant à ses bourreaux. Péripétie encore que le suicide du prisonnier Rober Clément, torturé à mort. Quant au dénouement, il conduit les deux protagonistes en enfer, dans un rêve qui pourrait rappeler celui de Ponce Pilate dans Le Maître et Marguerite : l’on y entend Andreani, l’exécuteur des basses œuvres, dire à son chef, Degorce. « Et c’est l’heure où je me penche doucement vers vous pour murmurer à votre oreille que nous sommes arrivés en enfer, mon capitaine – et que vous êtres exaucé. »

La descente aux enfers du capitaine est en effet décrite en trois journées : 27, 28 et 29 mars 1957, respectivement placées sous le signe des textes de la Bible que sont Genèse, IV, 10, Matthieu XXV, 41-43 et Jean II, 24-25. Références capitales pour la compréhension de l’œuvre quand on les lit. La Genèse rapporte le crime de Caïn contre Abel : « Yahvé reprit : « Qu’as-tu fait ! Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! ». Matthieu évoque le Jugement dernier : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges […] ». Quant à Jean, il dit à propos du séjour du Christ à Jérusalem, lors de la première Pâque: « Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme ; car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme. » Nourri de la lecture de la Bible, le capitaine vit son heure terrible et solitaire à Gethsémani. : « Il a dans la bouche un goût de sang et son âme est triste à mourir. »

Le récit de la crise de conscience du capitaine Degorce s’enrichit d’une donnée supplémentaire, qui est l’admiration passionnée et déçue du subalterne pour son supérieur. Celle-ci est longuement décrite dans la quinzaine de pages hallucinées à la première personne qui ouvrent le roman. On y voit l’atroce déception d’Horace Andreani, à qui Degorce avait pourtant enseigné, après Diên Biên Phu qu’il lui faudrait apprendre à se préserver de « l’homme, homme nu ». Dans une langue haletante, en de longues phrases crues et cyniques, il lui reproche son orgueil, sa propension à disserter sur la dignité de l’homme, son incapacité à « soupçonner qu’un cœur de bourreau battait dans [sa] poitrine ». Car lui, Horace Andreani, a accepté d’aller aussi loin qu’il le pouvait en obéissant aux ordres d’abord, puis en choisissant l’OAS contre une armée qui, pensait-il, l’avait trahi. S’il a été condamné puis amnistié, il dénie cependant au peuple pour qui il a combattu ce droit de le tuer, de l’épargner, de le juger.  Et il englobe tous ceux qui pratiquèrent la torture avec lui : « Nous sommes au-delà de leur compréhension » dit-il, considérant qu’ils ont « reçu l’enseignement du monde, […] écouté sa leçon, éternelle et brutale » et qu’ils ont été, le capitaine et lui, « les instruments de son impitoyable pédagogie ».

Dans cette magistrale ouverture sont en germe les trois journées qui suivent et dont le récit se fait de manière complexe, dans une narration à la troisième personne du singulier et les relais de parole d’Andreani. La correspondance désormais vaine de Degorce avec son épouse Jeanne-Marie, ses interrogations morales soulignées par les parenthèses en italique, le récit des séances de torture planifiées par lui sur son organigramme et de ses rencontres avec Tahar, le calme rebelle, sont autant d’étapes sur le chemin de croix de celui qui prend peu à peu conscience qu’il a perdu son âme : « L’âme, peut-être, l’âme, qui rend la parole vivante. Il a laissé son âme en chemin, quelque part derrière lui, et il ne sait pas où.»

Ce qui fait office d’épilogue accorde la parole une dernière fois à Andreani, qui apparaît comme l’âme damnée de son supérieur en même temps que sa conscience : « […] si vous êtes encore capable d’honnêteté, vous devez bien admettre qu’à part moi personne n’a aimé l’homme que vous êtes réellement car, en vérité, personne ne vous a connu à part moi.» Et cette fraternité dans l’horreur les lie à tout jamais.

Et dans ce roman d’un lyrisme intense, où tous les partis, de Tahar l’Algérien au jeune séminariste complice, en passant par le harki Belkacem, sont des victimes de la « pourriture douceâtre » qu’est la guerre, on ne peut que pleurer sur Degorce et Andreani, perdus définitivement sur le chemin de la rédemption.

 

 

 

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 18:44

  le maître et marguerite wassily kandinskyLe Maître et Marguerite, Wassily Kandinsky

 

Le 28 mars 1930, l’écrivain Mikhaïl Afanassiévich Boulgakov qui, à partir de 1927, subira de manière ininterrompue les foudres de la censure stalinienne, écrit une lettre désespérée au gouvernement de l’URSS. Considéré comme le rejeton d’ « une engeance néo-bourgeoise », et comme « un écrivain qui farfouille dans des tas d’ordures pourries », il y déclare notamment : « Je vous prie de vous souvenir qu’être mis dans l’impossibilité d’écrire revient pour moi à être enterré vivant. » Suite à ce courrier, le 18 avril 1930, Staline en personne téléphonera à l’écrivain et lui proposera  un poste d’assistant- metteur en scène au Théâtre d’Art et de consultant au TRAM (Théâtre de la jeunesse ouvrière). Dès lors, l’écrivain s’efforcera de poursuivre son œuvre, mais il demeurera toute son existence un auteur « empêché » d’écrire.

Ce qui deviendra son chef-d’œuvre, Le Maître et Marguerite, son « roman sur le Diable », connaîtra la destruction de sa propre initiative, le 12 octobre 1933, et six rédactions successives. Le 13 février 1940, presque aveugle, il en dictera les dernières corrections à son épouse, mettant ainsi la dernière main à une entreprise, commencée à la fin de l’année 1928. Quelques jours avant de mourir, ne s’était-il pas levé en pleine nuit afin de s’assurer que l’on n’était pas venu saisir son manuscrit ?

Ce grand roman est en effet la revanche posthume de Boulgakov sur un régime qui mit les écrivains aux ordres et créa une littérature sous contrôle. Revisitant à sa manière le supplice du Christ, le mythe de Faust et la littérature classique russe, l’écrivain de Kiev écrit une œuvre d’une originalité incomparable, véritable réquisitoire contre le régime stalinien qui interdit à l’artiste de créer.

L’intrigue complexe mêle les agissements diaboliques d’un certain Woland et de son « train » dans le Moscou des années 1930, le récit de la condamnation à mort de Yeshoua Ha-Nozri par Ponce Pilate, et l’histoire d’amour du Maître et de Marguerite, avatar de la Gretchen de Goethe. Par le biais de cette structure, dans laquelle l’histoire du philosophe errant de Judée est rapportée sous la forme d’un récit de Woland, d’un rêve du poète Biezdomny et du roman du Maître lui-même, Boulgakov instaure une vertigineuse mise en abyme, dans laquelle les différents personnages masculins se superposent et s’interpénètrent. Le Maître, qui a les caractéristiques physiques de Gogol, et dont l’oeuvre est vilipendée par la critique, devient l’image de Yeshoua condamné à mort. Ponce Pilate, à l’origine de la condamnation, annonce le pouvoir arbitraire de Staline,  à qui le personnage de Woland peut aussi renvoyer. Mais cet illusionniste de génie n’est-il pas encore la représentation inversée du Maître ? L’initiale W de son nom, n’est-ce pas le M qui est brodé sur la toque du Maître ?

Certes, Le Maître et Marguerite n’a rien d’un ouvrage philosophique et, cependant, il permet à Boulgakov de poser les questions-clés qui sont celles de toute existence. Par l’intermédiaire du Diable-Woland, il affirme l’existence de Dieu ; à travers le personnage de Ponce Pilate, il réfléchit sur la lâcheté, le Mal et le pardon ; par le biais du Maître, victime de la censure, et qui brûle son manuscrit (comme Gogol et lui-même le firent), il s’interroge sur les difficultés de la création. Grâce à un imaginaire puissant, il fait de Woland, le maître diabolique de Moscou, le représentant de l’artiste total, le créateur de génie. Si le sort dévolu au Maître dans l’épilogue demeure ambigu (« Il n’a pas mérité la lumière, il a mérité le repos », dira de lui Matthieu Lévi, le disciple de Yeshoua), il n’en demeure pas moins que le roman propose l’idée d’une justice rétributive et d’une loi morale intangible.

Mais l’art de Boulgakov, c’est surtout, malgré l’horreur de la situation qui fut la sienne, de se servir du rire du Diable pour fomenter sa vengeance contre le régime qui voulut le bâillonner. Comme Molière, son grand modèle, il s’avance masqué et utilise les armes du pouvoir pour lutter contre ce dernier. Employant tous les moyens de la satire, brassant tous les genres (du lyrisme au burlesque en passant par l’épopée), créant des personnages à clef, multipliant les références littéraires et musicales, maniant les sous-entendus tragiques, les connaissances bibliques et les symboles cachés, il élabore ce que Dominique Fernandez appelle un « roman-mythe », d’une force suggestive impressionnante.

« Farce métaphysique », qui se déploie sous la lumière inquiétante de la lune du sabbat des sorcières, Le Maître et Marguerite, qui ne fut publié que dans les années soixante, demeure un chef-d’œuvre sans équivalent dans la littérature mondiale. Il apporte la preuve magistrale de la supériorité de l’esprit sur la force brutale et affirme haut et fort que « les manuscrits ne brûlent pas » !

 

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 23:32

   VertigeDeLaListe 2

  L'escalier d'or, Edward Burne-Jones, 1880, Tate Gallery, Londres

 

Souvent confondue avec le jour des défunts, le 02 novembre, la Toussaint, est une grande fête catholique. Célébrée encore aujourd’hui le 1er novembre, comme une fête dite d’obligation, elle remonte aux premiers siècles. Elle fut instituée pour commémorer les martyrs dont le nom était inconnu et, de ce fait ne pouvaient être gratifiés d’une fête particulière. Introduite à Rome le 13 mai 610, comme la « Fête de Tous les Saints Martyrs » par le pape Boniface IV, elle fut transférée à la date du 1er novembre pour l’Eglise universelle, sous le pontificat de Grégoire VII, au XI° siècle. Elle inclura dès lors tous les saints et non plus seulement les martyrs.

A cette occasion, lors de la messe du jour, on récite les litanies des saints, une manière de prier ceux-ci, qui était très pratiquée au Moyen Age. La structure de cette prière en est très simple : le célébrant s’adresse au saint en l’appelant par son nom et l’assemblée poursuit par la formule : « De grâce écoute-nous » ou « Priez pour nous ». A la fin du Moyen Age, on trouve des listes de saints parfois interminables. S’il existe une version officielle pour l’Eglise universelle, les Eglises locales possèdent souvent la leur. La mémoire des saints est par ailleurs rappelée lors de la célébration de la messe au cours de la prière eucharistique.

Ces litanies des saints sont l’occasion d’évoquer un superbe livre d’Umberto Eco, intitulé Vertige de la liste, publié aux éditions Flammarion. Sollicité par le Louvre pour une série de conférence, de lectures publiques et d'expositions, l’auteur du Roman de la Rose avait choisi comme thème l’énumération, c’est-à-dire la liste, le catalogue ou l’inventaire. Il use en effet très souvent dans ses romans du procédé de la liste, influencé qu’il fut par les textes médiévaux et les œuvres de Joyce, tout en se référant aussi à Homère qui, avec le catalogue des navires de la flotte achéenne dans l’Iliade et la célèbre description du bouclier d’Achille,  « oscille entre une poétique du « tout est là » et une poétique de l’ « et cætera ».

Le répertoire des  textes où l’on trouve des listes étant innombrable, la « chasse aux listes »  fut pour lui exaltante, bien « moins pour ce qu’[il] a réussi à citer […] que pour ce à quoi [il] a dû  renoncer ». Tout en ayant conscience qu’il n’était pas omniscient, qu’il ne pouvait connaître tous les textes contenant des listes et que son ouvrage aurait pu être sans fin, il fut victime de ce qu’il appelle « le vertige de la liste », expression qui donnera son titre à cette œuvre unique.

Réfléchissant au chapitre 7 sur la distinction entre liste "pratique" et liste "poétique" , il en propose certaines caractéristiques. La première a une fonction essentiellement référentielle ; elle est finie car elle énumère des objets réellement existants ; elle n’est pas modifiable. C'est Rabelais énumérant les habits des moines de l'abbaye de Thélème, c'est Edmond Rostand décrivant toutes les formes de nez dans Cyrano. Cependant, ces listes pratiques sont extensibles à l’infini puisqu’on peut chaque année en proposer une édition augmentée. Un des plus beaux exemples en est la liste des conquêtes de Don Juan par Leporello, le fameux catalogue, dans le Dom Juan de Mozart.

Quant aux listes dites "poétiques" ou encore "littéraires", elles sont fermées, car sujettes aux contraintes formelles de l’œuvre qui les héberge. En même temps, en dépit de ces mêmes contraintes, Homère aurait pu poursuivre indéfiniment le catalogue des navires grecs et Ezéchiel le prophète ajouter de nouveaux attributs à la ville de Tyr. Pour ces listes "poétiques", l’auteur semble plus attaché à la forme sonore de leurs noms qu’à leur valeur référentielle. On passe ainsi d’une liste (pratique) s’intéressant aux référents ou aux signifiés à une liste (poétique) portant son intérêt plus sur les valeurs phoniques, autrement dit les signifiants.

Ainsi les litanies de la Bienheureuse Vierge Marie énumèrent les attributs et les appellations de la Mère de Dieu, repris des Ecritures mais aussi de tradition orale et de la piété populaire. Il importe donc qu’elles soient "récitées comme un mantra" tibétain, cette répétition de sons réitérés de nombreuses fois, selon un certain rythme et servant de support à la méditation.  "Ce qui compte, dit Eco, c’est d’être saisi par le vertige sonore de l’énumération". C'est ce que fait notamment Charles Péguy dans son célèbre poème à Marie, inspiré sans doute par les Litaniae Lauretanae :

 

A celle qui intercède,
La seule qui puisse parler de l'autorité d'une mère.

S'adresser hardiment à celle qui est infiniment pure.

Parce qu'elle est aussi infiniment douce...
A celle qui est infiniment riche.

Parce qu'elle est aussi infiniment pauvre.
A celle qui est infiniment haute.
Parce qu'elle est aussi infiniment descendante.

A celle qui est infiniment grande.

Parce qu'elle est aussi infiniment petite.

Infiniment humble.

Une jeune mère.

A celle qui est infiniment jeune.
Parce qu'aussi elle est infiniment mère...
A celle qui est infiniment joyeuse.

Parce qu'elle est aussi infiniment douloureuse...

A celle qui est infiniment touchante.

Parce qu'aussi elle est infiniment touchée.

A celle qui est toute Grandeur et toute Foi

Parce qu'aussi elle est toute Charité...

 

A celle qui est Marie.
Parce qu'elle est pleine de grâce.
A celle qui est pleine de grâce.

Parce qu'elle est avec nous.
A celle qui est avec nous.

Parce que le Seigneur est avec elle.

 

Il en va de même pour les litanies des saints, psalmodiées le jour de la Toussaint. On ne cherche pas à connaître ceux qui sont présents ou absents, patriarches, prophètes, apôtres, disciples ou martyrs, « ce qui compte, c’est de scander en rythme les noms pendant un temps suffisamment long ». 

Ainsi, dans la fumée de l'encens qui s'élève en léger nuage dans la lumière du vitrail d'une petite église de campagne, agenouillé sur le vieux pavement inégal, on peut approcher le mystère de ce que l'Eglise appelle la communion des saints. Le croyant entre alors de plain-pied dans cette communauté de croyants composée de l'Eglise triomphante (les saints au ciel), de l'Eglise pérégrinante (les chrétiens qui cheminent sur terre) et de l'Eglise souffrante.

Et dans cette perspective, on relira ce qu'écrit Umbero Eco dans son fascinant ouvrage à propos de la liste dite poétique  : " Elle est une tentative par l'esprit humain de se saisir de quelque chose de plus grand que lui-même. Elle est un moyen pour dire l'indicible [...] L'énumération, la compilation, la classification ne s'achèvent jamais : elles ouvrent vers l'infini... Par cet "et caetera", l'esprit rend les armes. Si la liste peut être comprise comme l'expérience de l'infini, elle s'achève toujours par un échec. Sauf pour les mystiques qui disent, eux, avoir vu quelque chose."  Et ainsi que le dit Bernard Sève, qui traite de la même thématique dans son ouvrage, De haut en bas. Philosophie des listes, "le sage et le saint sont au-dessus des listes".

 

 

  touslessaintsgt3

Tous les saints, Albrecht Dürer

 

 

 

Sources :

Guide des traditions et coutumes catholiques, Greg Dues, Traduit de l'anglais et adapté par Emmanuelle Billotteau, Bayard, 2004

Vertige de la liste, Umberto Eco, Traduction de Myriem Bouhazer, 2009, Flammarion, Ouvrage publié à l'occasion de la manifestation Vertige de la liste au musée du Louvre, sous la direction d'Umberto Eco, Grand Invité du Louvre en novembre 2009

A lire aussi :

De haut en bas. Philosophie des listes. Bernard Sève, 2010, Editions du Seuil

NB :

L'ouvrage d'Umberto Eco est à lire comme une gigantesque liste, tout à la fois catalogue, bibliographie et anthologie, en partie conscrés à des oeuvres plastiques. Celui de Bernard Sève se présente plutôt comme une série de courts essais envisageant le thème sous différents angles. L'auteur porte son intérêt sur le processus de constitution des listes et aux fonctions qui sont les leurs autant qu'aux listes en elles-mêmes.  Umberto Eco se conforme à l' "ordre des matières", et Bernard Sève à l' "ordre des raisons". (Voir l'article, "L'ère du catalogue", par Boris Donné, http://www.laviedesidees.fr)

 

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 09:54

  Joyce Carol Oates-web

Joyce Carol Oates (Photo The Humanist)

 

Lire une œuvre de Joyce Carol Oates, c’est aller à la rencontre de personnages qui nous ressemblent. Mais derrière leur façade de Monsieur et Madame Tout-le-monde, ce sont des êtres qui soudain nous découvrent ce quelque chose, inconnu d’eux-mêmes, qui a fondé leur existence d’adultes. Et c’est là qu’ils deviennent passionnants. Les dix-neuf nouvelles du recueil, Vous ne me connaissez pas, ne dérogent pas à la règle. Et, à la fin d’une lecture hallucinée, le lecteur repose le livre, fasciné par les abysses humaines que la romancière a fait naître sous ses yeux.

Joyce Carol Oates possède en effet le don de mettre en scène de brèves histoires où se trouve résumé ce qui fait l’essence d’un être et sa part de mystère. Ici, c’est un mari excédé par la relation fusionnelle que son épouse entretient avec son beau-frère, qui le pousse à distiller les mots qui l’acculeront au suicide (Complice) ; là, c’est une adolescente de treize ans qui va voir sa vie détruite parce qu’elle dénonce deux de ses frères, à l’origine de la mort d’un jeune noir (Curly red). L’auteur a l’art de dire le moment où le destin bascule, qui va orienter toute la vie du personnage, et le marquer à jamais.

Elle sait à merveille évoquer les limites entre ce qui fut ou peut-être ne fut pas, la part d’incertitude qui gît dans le réel et qu’on ne parvient jamais à cerner. Nédra est-elle prête à sacrifier son bonheur conjugal. Peut-elle avouer « l’histoire de ce qu’[elle a] vu mais n’[a pas vu », à savoir son mari Irish Mac Ewann tuer son père ? (Bonheur). De Crista et Henry, le frère et la sœur, on ne saura pas lequel détient la vérité sur la mort de leur mère, peut-être tuée par leur père, ou non. « Avait-elle vu ? Non. Elle n’avait pas vu, pas entendu. » Mais on devine que la scène meurtrière va sans doute se répéter(Des morts : une élégie). Quant à Jorie, la petite jumelle enfermée dans une cave et qu’on retrouve dénutrie et mutique, est-elle vraiment la victime de sa mère ou de sa soeur jumelle Jamie ? (Jorie et Jamie : une déposition).

Joyce Carol Oates porte aussi un regard plein d’empathie sur la solitude des êtres. Ainsi, dans Cachée, on suit l’histoire d’une enseignante-poète à qui un détenu envoie ses poèmes afin qu’elle les fasse publier. Après s’être intéressée un moment à lui, elle refusera d’apporter sa contribution à sa défense et portera le poids de sa propre culpabilité. Dans Maître assistant, c’est un professeur qui anime à mi-temps un atelier d’écriture. Un des participants, un prisonnier, innocenté récemment, qui a connu l’expérience du couloir de la mort, la trouble et la fascine. Quoiqu’elle le considère comme étant « borderline », elle finira par se rendre chez lui afin de mettre un terme à sa propre solitude. C’est encore une enseignante, Madame Halifax, qui entretient une relation amoureuse avec un élève, Ricky Swann. Qu’adviendra-t-il d’eux ? Son jeune amant tuera-t-il son époux avec un marteau ? Devenue enceinte, sera-t-elle condamnée ? Pourra-t-elle continuer à jouer au bowling ? « Ce n’est pas grave, Madame Halifax, recommence. Il te reste une deuxième chance. »

L’auteur sait aussi évoquer ces moments-clés d’une vie, qui l’influencent à jamais. Sharon, revenant, dans les lieux où elle vécut autrefois, se souvient d’un artisan tapissier qui l’avait troublée dans sa jeunesse. Elle ne parvient pas à oublier la scène au cours de laquelle il l’avait assiégée trivialement dans les toilettes, alors qu’elle faisait du baby-sitting (Tapisserie). La nouvelle, Je ne suis pas votre fils, Vous ne me connaissez pas, qui donne son titre au recueil, détaille la visite de deux frères à leur père sénile dans une maison de retraite. Le narrateur y agresse un résident, qu’il reconnaît comme étant ce professeur de mathématiques, auteur d’attouchements sexuels, dont il avait été la cible en classe, et qui lui avait dit : « Je sais ce que tu vaux. » Quant à la « fille à l’œil poché », victime à quinze ans d’un rapt avec sévices sexuels, à vingt-sept ans, elle ne comprend toujours pas, pourquoi le serial killer ne l’a pas tuée. « Tu sais quoi, petite, lui répétait-il, tu n’es pas comme les autres. » Victime du syndrome de Stockholm, elle continue à le voir « dans la rue, dans une voiture qui passe » (La fille à l’œil poché).

Il y a encore, ces personnages assoiffés d’amour qui vont jusqu’aux limites d’eux-mêmes. Dans Moi et Wolfie, c’est la vie en vase-clos d’un fils de treize ans et de sa mère maniaco-dépressive, que le premier défend envers et contre tout. On pressent qu’ils largueront les amarres pour partir sur la route, vers la « rive canadienne où [ils] n’étaient jamais allés ». Et que dire de ce professeur, un expert médico-légal et sculpteur, qui, en reconstituant le crâne d’une jeune fille assassinée, détruit son couple, et se prend d’amour pour sa fille naturelle qu’il n’a jamais connue (Le crâne, une histoire d’amour ) ?

Dans la quatrième partie (structure en quatre parties par ailleurs assez peu compréhensible), deux nouvelles ont une tonalité différente. Trois filles met en scène deux amies qui déambulent dans la célèbre librairie de livres d’occasion Strand, au coin de Broadway et de la 12° Rue. Elles remarquent une femme qui s’y promène incognito et qui se révèle être Marilyn Monroe. Pour préserver son anonymat, la narratrice lui propose d’acheter à sa place les livres qu’elle désire. Elle les remerciera en leur offrant un livre retiré de l’un de se sacs, Selected Poems of Marianne Moore. Un « soir magique » qui signe le début d’un amour entre les deux amies. Une nouvelle d’autant plus émouvante au moment où l’on publie les Fragments de Marilyn, la star qui disait : « Seule. Je suis toujours seule, quoi qu’il arrive. » L’on sait par ailleurs que Joyce Carol Oates a consacré un ouvrage à Marylin, intitulé Blonde.

La seconde nouvelle de cette dernière partie, Les Mutants, décrit l’expérience terrifiante d’une jeune femme prisonnière d’un immeuble, le jour du 11 septembre. L’espoir est cependant présent lorsqu’elle découvre, au milieu de la nuit, « la lueur d’autre bougies, scintillantes comme des étoiles lointaines ».

Malgré la présence de ces deux dernières nouvelles, il me semble que le texte le plus emblématique soit le dixième, situé quasiment au milieu du recueil, et portant un titre inquiétant très symbolique (Le lac Wolf’s head). Constituée d’un peu plus de deux pages, cette nouvelle est la plus énigmatique. Au bord d’un lac de villégiature, la narratrice est « là, vivante ». Il y est question de « types qui apparaissent et disparaissent », d’une femme servant d’appât, d’une corde à linge solide sous le siège passager d’une voiture, de deux couteaux et de minces filets de sang. L’atmosphère est lourde, toute pleine de la menace d’un inconnu « tourn[ant] autour des cottages et cherchant l’entrée ».

On ne saura rien des personnages : le mystère plane, ce mystère des êtres qui est au cœur de ce superbe livre, avec souvent en arrière-fond le mugissement profond et menaçant des chutes du Niagara.

 

Vendredi 22 octobre 2010

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 18:42

  arnaldur-indridason

 

Le dernier roman de l'auteur islandais Arnaldur Indridason est une lente remontée à travers des eaux gelées vers le mystère de son héros, le neurasthénique et bourru inspecteur Erlandur Sveinsson. En exergue, on y trouve une phrase que le roman va expliciter : « Le frère aîné se remit de ses engelures, mais, après l'événement, on le décrivit comme solitaire et apathique. » C'est en effet le drame originel de son enfance, la disparition de son frère puîné de huit ans au cours d'une tempête sur la lande d'Eskifjardarheidi qui permet de comprendre pourquoi le policier reprend des enquêtes anciennes et s'efforce de trouver des réponses à des disparitions jamais résolues.

Le livre s'organise autour d'une intrigue apparemment simple, le suicide d'une jeune femme. Très vite, par le biais d'une cassette remise à l'inspecteur par une amie de la victime, celui-ci part en quête du passé de la jeune femme, obsédée par la relation avec l'au-delà. Cette histoire trouve un prolongement avec d'autres enquêtes que le policier n'a cessé de suivre, et surtout avec sa saga personnelle, marquée par l'absence jamais élucidée de son propre frère, victime d'une nature sauvage : « on aurait dit que la terre l'avait simplement englouti. » Il n'est jamais parvenu à comprendre pourquoi il avait été sauvé de la tempête meurtrière et pourquoi Bergur avait péri.

Cette culpabilité originelle a fait de lui un homme « enfermé dans [ses] pensées », un mari empêché qui n'a vécu que peu de temps avec sa femme et un père quasiment absent pour un fils et une fille à la dérive. Dans le roman pourtant, on le voit renouer peu à peu avec ses enfants et même, sous l'injonction réitérée de sa fille, tenter de revoir sa femme, ignorée depuis plus de vingt ans.

Dans ce roman, plus familial que policier au demeurant, l'auteur nous donne à voir comment la nature façonne la psychologie de ses personnages et se trouve être un élément essentiel de l'intrigue. Dans une conversation avec sa fille Eva Lind, Erlendur lui dit qu'il se rend souvent dans l'Est et grimpe sur le Hardskafi. Une petite note apprend au lecteur que Harður signifie dur et skafi, entre autres, une spatule, un racloir, le nom de cette montagne suggérant ainsi l'idée d'un obstacle infranchissable, qui se dresse devant Erlandur. Harðurskafi est surtout le titre original du roman, beaucoup plus évocateur que le trop lisible Hypothermie, choisi sans doute parce qu'il relie les différentes intrigues évoquées.

Des teintes automnales du lac de Thingvellir, cadre de la mort de Magnus et de sa fille Maria, aux grands fonds du lac dUxavatan où ont disparu les jeunes David et Gudrun, en passant par la lande tragique d'Eskifjardarheidi, qui ne rendra jamais le petit Bergur, le roman tisse la palette d'un pays à la beauté froide et sauvage. Les personnages y sont des taiseux en hypothermie dont la passion ne demande qu'à être ravivée...

 

Mercredi 11 août 2010

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 15:02

  annie-ernaux

 

Avec cette « autobiographie impersonnelle », ainsi qu'elle qualifie son oeuvre, Annie Ernaux entreprend une recherche du temps perdu, qui se situe entre 1941, l'année de sa naissance, et la première décennie du XXIème siècle. Et l'on ne peut qu'admirer la manière dont elle a conçu ce livre, dont ses contemporains reconnaîtront la justesse et l'émotion. Aiguillonnée par sa conscience aiguë de l'éphémère, persuadée que « toutes les images disparaîtront », avant que ce ne soit « le silence et aucun mot pour le dire », avant de ne plus « être qu'un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération », elle prend la plume pour dire ce que furent ses années, enregistrées « rien qu'en vivant » et en étant une femme dans ce temps-là. Ne reconnaît-elle pas que, tourmentée par une certaine image de la femme, sa vie ressemble au tableau de Dorothea Tanning, Anniversaire, représentant une femme à la poitrine nue , avec derrière elle une enfilade de portes entrebâillées », comme autant de mises en abyme?

Au-delà de la sensation brute, de l'accession à un « temps palimpseste », impuissant à « sauver sa circonstance », elle découvre en une intuition proustienne ce que sera la forme si longtemps cherchée de son livre, : elle gît dans la sensation éprouvée lors d'une opération des amygdales après la guerre ou dans un bus à Paris en juillet 68, quand « il lui semble se fondre dans une totalité indistincte, dont elle parvient à arracher par un effort de la conscience critique, un à un les éléments qui la composent, coutumes, gestes, paroles, etc. le minuscule moment du passé s'agrandit, débouche sur un horizon à la fois mouvant et d'une tonalité uniforme, celui d'une ou de plusieurs années. » Le souvenir personnel seul ne vaut pas cette « sorte de vaste sensation collective, dans laquelle sa conscience , tout son être est pris. »

C'est sans doute dans cette manière d'unanimisme moderne que se trouve la grande réussite d'un ouvrage qui fait de son auteur le reflet d'une époque, la caisse de résonance du « mouvement des idées, des croyances et de la sensibilité » de celle-ci. L'emploi de « l'imparfait continu », l'absence du « je » au profit du « nous » et du « on », les « arrêts sur mémoire » des photos ou des films, contribuent à créer l'image d'une femme singulière, non tant par les éléments sociaux externes de sa vie, non plus que par ses éléments psychologiques internes, mais bien « par leur combinaison, unique en chacun ». Et aux aspects successifs de sa personnalité répond le « elle » de l'écriture. Si la langue demeure certainement pour l'écrivain l'instrument qui permet d'agir et de se révolter, il y a surtout, chez celle qui « ne se sent nulle part seulement dans le savoir et la littérature », le désir fou de s'emparer de la lumière des visages disparus, celle qui baignait son enfance et qui a éclairé toute son existence.

Car la beauté du livre réside dans cette évocation subtile d'un temps « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » et qui touchera au plus profond ceux qui ont la soixantaine. Elle prend racine dans les repas dominicaux, là où s'élabore pour l'auteur le récit familial et social, celui qui parle de la guerre et des origines, l'endroit où la folie peut survenir et qui peut à tout moment devenir la scène de Festen.

Associant avec art le procédé de l'accumulation et le commentaire, le récit offre au lecteur une traversée détaillée de la seconde moitié du XXème siècle et du début du XXIème siècle. Les sexagénaires pourront y retrouver les difficultés de l'après-guerre, quand « on vivait dans la rareté de tout »; la naissance de la société de consommation, quand « la pub était la monitrice culturelle de la société » ; l'émancipation et la réussite sociale par les études, quand « il fallait « entrer » dans l'enseignement, à la Poste ou à la SNCF, chez Michelin, Gillette, dans les assurances : "gagner sa vie " » ; la baisse de la pratique religieuse, quand « la religion catholique s'était effacée sans tapage du cadre de vie ». Dans le maëlstrom des guerres d'Indochine et d'Algérie, ils se rappelleront leurs premiers émois amoureux, « quand la honte ne cessait pas de menacer les filles », et les mouvements de libération de la femme, quand « un sentiment de femme était en train de disparaître, celui d'une infériorité naturelle ». A travers l'évocation d'une publicité, d'un film ou d'une chanson, leur jeunesse, leurs utopies, leurs déceptions leur sauteront à la figure.

Livre-miroir, reflet fidèle et vibrant de la génération des années 1940, Les Années est le livre qu'on aurait aimé écrire, afin d'exister encore un peu quand on ne sera plus rien.

 

 

Jeudi 19 août 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:36

  Gwenaëlle Aubry

 

Avec son cinquième roman, intitulé Personne, Gwenaëlle Aubry entreprend en un douloureux abécédaire de brosser le portrait de son père, qui passa sa vie à « combattre l'ombre en lui ». Reconnaissant avec Peorges Pérec les pouvoirs salvateurs de l'écriture, sous l'égide de saint Augustin et d'Antonin Artaud, elle s'interroge sur le deuil, le double et la folie, elle chemine pas à pas aux côtés de ce père, victime d'un trouble bi-polaire, et qu'elle se reproche de n'avoir pas su accompagner.

L'intérêt de l'ouvrage réside dans le fait qu'en regard de sa propre analyse des faits, elle place des extraits du texte écrit par son père, Le mouton noir mélancolique. Ce sont « près de deux cents pages rédigées à la main d'une écriture soignée, corrigées et annotées jusqu'à la fin ». A la douleur longtemps tue de la fille se superpose la souffrance du père, conscient jusqu'à l'exacerbation de sa maladie. Grand juriste et professeur de droit reconnu, comme nombre de psychotiques qui « creusent plus loin le réel », il était passionné de poésie et de philosophie, dissertant de Plotin avec sa fille. Celle-ci décèle en ce texte un « effort insensé » pour saisir en lui ce « spectre dérangeant », sous-titre explicite de son manuscrit.

C'est ce texte aussi, dit-elle, qui la relie à son père, lui redonne vie en lui permettant d'associer « leurs mots à tous deux ». Exemple filial émouvant de résurrection par une écriture à deux mains.

Parmi tous les personnages que son père s'inventait, elle cherche à redonner forme à l'homme qu'il était mais qu'il ne parvint jamais à être. De James Bond et du prince Eric à François-Xavier Aubry, double ancestral « réel et rêvé », en passant par les figures filmiques de Jean-Pierre Léaud et de Dustin Hofman, elle s'interroge sur sa personnalité en miettes, ses errances titubantes, dans sa petite ville, ses disparitions et ses retours, son goût de l'ordre et des rituels. Il est pour elle cet enfant qui n'a jamais grandi, constat qu'il avait fait lui-même : « Eternel enfant de cinq ans, enfant chez moi, héros à l'extérieur, dualité bien connue et parfois à l'origine de la psychose maniaco-dépressive. »

Elle raconte cette existence dans le secret, « clopin-clopant, en biais », avec un père qui « avait privé les siens de lui-même ; elle dit « l'absolue nudité » du regard de cet homme, ce « père impuissant », tel qu'il se définissait lui-même. Et pourtant, c'était celui-là même qui lui avait avoué qu' « un homme tu sais n'a pas peur d'avoir des enfants il a peur de perdre ses enfants ». Et elle avait ainsi pris conscience « jusqu'à la suffocation » du manque dans lequel sa soeur et elle avaient été contraintes de l'abandonner ; deux petites filles qui avaient assisté à une de ses tentatives de suicide lors de vacances en Bretagne, quand elles avaient vu ce qu'elle n'auraient pas dû voir, « le monde retourné ».

A lire cette difficile confession, on comprend combien le mélancolique est en quête de lui-même et s'efforce de « rassembler ses morceaux » afin de se créer en « corps constitué ». Mais combien aussi, dans le même temps, il n'aspire qu'à « dépouiller ses masques, ses attributs, ses qualités ». Et ce n'est pas le moindre mérite de cet ouvrage que de nous donner à appréhender cette maladie qui demeure bien souvent innommée. Ne se résumait-elle pas pour l'auteur à la sempiternelle phrase creuse : « Ton père ne va pas bien en ce moment »? Mais il a bien fallu qu'un jour elle reconnaissse que son père était « fou », tout en ayant conscience que c'était un « mot emphatique, vague inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, rien d'autre que [son] angoisse ».

Il aura fallu des années à l'auteur pour oser parler de ce drame qui l'a constituée, « pour que les signes se raniment, changent l'absence en mémoire, le naufrage en trésor, voilent ce front opaque, ce corps sans tombe ni repos, sous un linceul de mots, qu'il lui soit léger ». A celui qui voulait n'être « rien » elle édifie un « tombeau » et lui restitue sa dignité et son être. Elle admet enfin après un long cheminement que son père, « pour n'avoir jamais fait bloc avec lui-même, pour avoir connu la douleur et l'extase » a vécu une expérience unique, semblable à celles rapportés par « quelques livres noirs et lumineux, et le sien obscurément aussi ».

Cet ouvrage écorché et douloureux s'achève sur le constat amer mais lucide que, grâce à l'incinération qu'il avait demandée, le père de la narratrice est enfin parvenu à ce qu'il avait désespérément cherché durant son toute existence : « Le droit de ne plus être quelqu'un. »

 

Vendredi 9 juillet 2010.

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:29

  Minh Tran Huy

 

Le deuxième roman de Minh Tran Huy, La double vie d'Anna Song, tient les promesses du premier (La Princesse et le Pêcheur) et réserve au lecteur bien des surprises. Alors que l'on croit lire une histoire d'amour fou articulée autour du thème de la falsification artistique, on découvre au terme de la lecture qu'il s'agit en fait d'une méditation sur les pouvoirs de la fiction.

C'est avec une grande habileté que la jeune romancière structure l'histoire de cette pianiste prodige, Anna Song, dont la carrière est brisée par une paralysie des deux derniers doigts de la main droite. Alors qu'elle subit une seconde épreuve avec un cancer, son ami d'enfance, Paul Desroches, devenu son mari, qui vit dans le souvenir de la pianiste géniale qu'elle fut, orchestre de main de maître une imposture. Il parvient à faire croire au monde musical international qu'elle a enregistré en studio plus 102 CD, d'une admirable virtuosité.

Le lecteur suit en parallèle les événements musicaux de la vie de la jeune femme racontée par son époux et le retentissement médiatique de la découverte de son talent exceptionnel, à travers des articles de journaux. La mystification joue à plein lorsqu'il apprend à la fin que cette histoire n'est que le roman écrit par l'ami d'enfance, qui n'a jamais épousé Anna Song...

Oeuvre à double voire à triple fond, le livre séduit par de très belles pages sur la magie de la musique et les extrémités auxquelles est confronté celui qui est en proie à l'amour absolu. On sera aussi sensible aux réminiscences d'un Viêtnam perdu et rêvé, celui de l'auteur et de son personnage, dont une très poétique légende viêtnamienne vient éclairer le destin tragique.

Vertigineuse mise en abyme pratiquée avec maestria par une romancière qui croit avec Shakespeare que « nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves » (La Tempête, Acte IV, scène 1), l'ouvrage résonne longtemps en nous comme de mélancoliques arpèges...

 

Samedi 10 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:16

  Grimbert

 

Avec La petite robe de Paul, Philippe Grimbert nous livre un récit dense, issu sans nul doute de son expérience de psychanalyste. Dans ce qui est son premier roman il nous raconte l'histoire de Paul, un homme apparemment sans histoires qui, sous l'effet d'un mouvement irrépressible, achète un jour une petite robe blanche avec trois plis plats, de taille six ans, brodée de trois roses. Il ignore que cet achat,certes incongru puisque sa fille Agnès est adulte mais qu'il croit innocent, va remettre en cause les fondements de son couple et de sa vie.

Car, à partir du moment où il cache la petite robe dans le placard de son dressing, entre un costume sombre et un blazer bleu marine, tout se lézarde : « Dans l'existence transparente de Paul l'innocence du modèle aux trois roses faisait figure d'énigme. Quelle force l'avait donc poussé à l'acquérir et à la cacher? »

C'est tout l'art de Philippe Grimbert de distiller les signes imperceptibles qui vont faire basculer Paul et Irène sa femme dans le doute, la douleur et la violence. Quand Irène découvre fortuitement la petite robe blanche, mille questions l'assaillent : son mari a-t-il une double vie? est-il le père d'une petite fille dans un second foyer? est-il attiré de façon malsaine par les enfants? A cette occasion se ravivent ses plaies anciennes, le suicide inexpliqué et longtemps caché de ses parents dans sa prime enfance et la fausse couche d'il y a six ans dont elle ne s'est jamais remise.

De multiples signes conduisent aussi Paul à s'interroger sur la relation de son père et de sa mère et sur ses propres sentiments vis-à-vis de son père disparu. Il se demande quelles sont les raisons qui ont poussé sa mère à lui faire enterrer dans le jardin de la maison familiale une boîte en fer blanc renfermant des photos. Mu par une impulsion incoercible, il fera le geste sacrilège de déterrer la boîte et de l'ouvrir, découvrant une photo datée de juin 1942, qui représente son père sur un balcon portant une enfant vêtued'une robe blanche... Un rêve récurrent, souvenir horrifié d'un épisode de son enfance, reviendra le visiter : celui d'une petite poule blanche dont l'oeil malade avait été picoré par une autre poule qui avait fini par la tuer.

Au terme d'une remontée dans les profondeurs de son inconscient, Irène ira jusqu'à se mutiler le sexe, afin de ressaisir le temps où son sang coulait d'elle chaque mois. Tentée par le suicide, victime de la violence horrifiée de Paul qui la découvre près de la petite robe blanche maculée de son sang, elle finira par comprendre que les mains de Paul l'ont « arrachée à son cauchemar en libérant ses fantômes ». Quant à Paul, il saura pourquoi il a fait cet achat : « Il lui fallait vêtir un petit cadavre nu. »

Brassant- peut-être à l'excès- tous les thèmes chers à la psychanalyse, c'est pourtant un ouvrage qui se lit d'une traite. Même si l'on peut être dubitatif sur un happy end sans surprise, il n'en demeure pas moins que Philippe Grimbert, comme tout bon psychanalyste qui se respecte, proclame avec conviction que le silence est mortifère et que la parole est libératrice.

 

Lundi 05 juillet 2010

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:15

 

Dostoevsky

  Fédor Dostoïevski

 

L'Année de la Russie en France donne à tout un chacun l'occasion de découvrir ce qui demeure pour beaucoup une terra incognita. De l'exposition Sainte Russie au Louvre à celle de l'Exposition Nationale russe au Grand Palais, en passant par le festival Etonnants Voyageurs, les Français auront de multiples opportunités pour aller à la rencontre de l'"âme russe", extravagante et tourmentée.

A cet effet, voici une sélection de livres de cette littérature de l' "autolacération", ainsi que l'a définie un critique.

 

La sélection de La Bibliothèque idéale.

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, 1967.

Ecrit entre 1928 et 1940, c’est le chef-d’œuvre posthume de Boulgakov-publié en 1967, vingt-sept ans après sa mort. L’intrusion du Diable dans le Moscou des années 20. A travers l’histoire d’un manuscrit interdit, une satire burlesque des milieux littéraires et une méditation profonde sur l’art et le pouvoir.

Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov,1978.

« Nous avions que la mort n’était pas pire que la vie. » Laconique et glacé, une plongée aux limites du désespoir humain, dans les camps de l’extrême-nord sibérien où Chalamov (1907-1982) passa dix-sept ans de détention.

L’Idiot, Fiodor Dostoïevski, 1869.

Avec l’innocent prince Mychkine-« l’homme absolument bon »- Dostoïevski inaugure la série des grands romans polyphoniques de la maturité. Difficile de choisir dans une œuvre dont l’influence et le pouvoir de fascination restent inégalés, et qui a laissé les monuments que sont Les Possédés, Crime et Châtiment ou Les Frères Karamazov.

 

Nikolai-Gogol

Nicolas Gogol

 

Les Ames mortes, Nicolas Gogol,1842.

Les aventures de Tchitchikov, ex-fonctionnaire reconverti dans l’étrange commerce des paysans serfs décédés. Une galerie de portraits grotesques et impitoyables. « Un fantastique poème épique », disait Nabokov.

Un héros de notre temps, Mikhaïl Lermontov, 1840.

Les aventures caucasiennes d’un jeune officier insatisfait et désabusé, Pétchorine, qui marque la naissance du thème de « l’homme de trop ».

Le Docteur Jivago, Boris Pasternak, 1957.

Sur fond de guerres et de révolutions, les amours tumultueuses de l’idéaliste docteur et de Larissa. Synthèse romanesque de l’œuvre du poète, le livre s’achève sur un cycle de poèmes, les Vers de Iouri Jivago.

 

pouchkine

Alexandre Pouchkine

 

La Fille du Capitaine, Alexandre Pouchkine,1836.

A travers une chronique familiale, l’histoire de la révolte de Pougatchev sous le règne de Catherine II. Concision et justesse d’écriture : toute l’esthétique pouchkienne dans ce court roman historique, le premier du genre dans les lettres russes.

Le Pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne,1967.

Atteint d’une tumeur déclarée incurable, un ancien détenu « relégué à perpétuité » échoue dans un hôpital d’Asie centrale. Largement autobiographique, le roman le plus poétique de l’auteur.

La Steppe, Anton Tchekhov, 1888.

Le voyage à travers la Russie méridionale d’un jeune garçon partant vers de lointaines études. La monotonie envoûtante de la steppe, l’agencement « musical » de la narration et un art souverain du détail marquent le passage, dans ce long récit d’initiation, vers les nouvelles « romanesques » de la maturité.

 

tolstoi

Léon Tolstoï

 

Anna Karénine, Léon Tolstoï, 1877

Chronique d’une passion- celle d’Anna pour Vronsky- avec en contrepoint l’amour idyllique de Kitty et de Lévine- et, en toile de fond, la société aristocratique des années 1870. L’un des sommets du génie artistique de Tolstoï, au moment même où il amorce son renoncement à l’art et ses errements spirituels.

Pétersbourg, Andreï Biely, 1914.

Un roman « labyrinthique » et réputé intraduisible dont le poète A. Biely (1880-1934) a le secret. Thème récurrent de la littérature russe, la « ville de Pierre » tient ici le premier rôle.

La Faculté de l’inutile, Iouri Dombrovski, 1978.

L’arrestation d’un jeune archéologue en 1937 et sa résistance à l’arbitraire dans une société où le droit est devenu « inutile ».

Oblomov, Ivan Gontcharov, 1856.

Le rêve d’une Russie immobile, patriarcale et campagnarde.

 

Maxime-Gorki

Maxime Gorki

 

Enfance, Maxime Gorki, 1913.

Les années d’apprentissage du jeune Alexis Pechkov, alias Maxime Gorki, qui n’était pas encore devenu le héraut du réalisme socialiste.

Une confession, Maxime Gorki, 1908.

Aventure picaresque d’une conversion : celle de Matveï, vagabond, escroc, mitron dans un monastère, libertin… La quête du héros révèle « un écrivain hanté par la question religieuse et proclamant un énergétisme optimiste qui guidera toute sa vie ».

Vie et Destin, Vassili Grossman, 1980.

Autour de l’année 1942 et de la bataille de Stalingrad. La première comparaison systématique de l’hitlérisme et du stalinisme.

Lady Macbeth au village, Nicolas Leskov, 1865.

Elle empoisonne son beau-père, assassine son mari, étouffe son beau-fils et noie sa rivale… Une vision tragique de la « Russie profonde » autour des années 1860.

Djann, Andreï Platonov, 1936.

Un peuple nomade, misérable et affamé. Ecrite en 1936 mais publiée en 1951, une sombre et puissante parabole de la quête du bonheur.

 

tourgeniev-assis

Ivan Tourgueniev

 

Premier amour, Tourgueniev, 1860.

Rivalité amoureuse entre un père et un fils, un court récit d’une « première expérience ».

La Mort du Vazir-Moukhtar, Iouri Tynianov, 1928.

La vie aventureuse (et la mort en 1829 à Téhéran) du dramaturge Alexandre Griboïedov, ministre de Russie auprès du Chah de perse. Par un maître du roman historique.

Nous autres, Evgueni Zamiatine, 1922-1925.

« Des machines parfaitement semblables à des hommes et des hommes parfaitement semblables à des machines. » Une anti-utopie qui préfigure Huxley et Orwell.

Les Hauteurs béantes, Alexandre Zinoviev, 1976.

Un tableau féroce de l’ « homo sovieticus ».

Ma jeunesse à Bagrovo, Serge Aksakov, 1857.

La vieille Russie patriarcale, provinciale et terrienne, à l’aube du XIX° siècle.

Les Sept Pendus, Leonid Andreïev, 1908.

Sept condamnés, dont cinq terroristes, attendant leur exécution. Dans l’atmosphère de la révolution de 1905.

 

Berberova

Nina Berberova

 

L’Accompagnatrice, Nina Berberova, 1946.

Des salons de Pétersbourg à un cinéma de quartier à Paris, l’exil d’une pianiste. Par une Russe blanche, elle-même exilée en France puis aux Etats-Unis.

Sotnikov, Vassil Byskov, 1970.

Un « Lacombe Lucien » dans la Biélorussie occupée de 1912. « Le sale destin d’un homme perdu dans une guerre. » Hors des chemins balisés du manichéisme officiel.

Le Don paisible, Maikhaïl Cholokhov, 1928-1940.

Vaste fresque de la vie des paysans cosaques dans les années 1910-1920. La saga des Cosaques donna lieu à une polémique sur la paternité du livre, qui entacha sérieusement l’image du prix Nobel. L’auteur se serait contenté d’adapter le manuscrit d’un écrivain cosaque, Fiodor Krioukov.

Le Voleur, Leonid Leonov, 1927.

Les bas-fonds de Moscou pendant la NEP.

L’Envie, Iouri Olecha, 1927.

Un regard corrosif sur « l’homme nouveau » des années 20. L’unique roman, éblouissant et inclassable de I. Olecha.

Histoire d’une vie, Constantin Paoustovski, 1946-1962.

Un tableau minutieux et vivant de la Russie dans les premières décennies du siècle, à travers l’autobiographie d’un « compagnon de route » qui sut préserver son indépendance d’écrivain.

L’Acajou, Boris Pilniak, 1929.

Un roman « hérétique » dont la publication (à l’étranger) marqua le début de la disgrâce de Pilniak Aujourd’hui réhabilité, un expérimentateur du langage dans la lignée de Biély et de Remizov.

De l’argent pour Maria, Valentin Raspoutine.

L’un des meilleurs représentants de la littérature « rurale » des années 1970.

Les Yeux tondus, Alexeï Remizov, 1957.

L’un des écrivains les plus marquants et les plus secrets de l’émigration raconte « au ras des yeux » ses souvenirs d’enfance et d’exil.

Les Golovlev, Maikhaïl Saltykov-Chtchedrine, 1880.

La décadence d’une famille de propriétaires terriens autour des années 1860. Avec Histoire d’une ville, un classique de la satire « accusatrice » du XIX° siècle.

La Maison déserte, Lydia Tchoukovskaïa ?

Les purges staliniennes à Leningrad. Pathétique et terrifiant, un récit écrit sur le vif, en 1938.

La maison du quai, Iouri Trigonov, 1976.

L’écrivain de la vie quotidienne moscovite.

Moscou-Pétouchki (Moscou-sur-Vodka), V. Erofeïev.

Un court récit dans la meilleure veine du « réalisme fantastique ».

 

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Ivan Bounine

 

La vie d’Arseniev, Ivan Bounine.

Souvenirs de jeunesse d’un héros qui ressemble comme un frère à Bounine, tandis que la Russie impériale jette ses derniers feux . La nostalgie d’un bonheur définitivement perdu.

Machenka, La Défense Loujine, Nabokov.

 

Ouvrages sur « la maison morte russe ».

Récits de la maison des morts, Fiodor Dostoïevski.

L’archipel du goulag, Alexandre Soljenitsyne.

Le Sablier, Ekaterina Oulitskaïa.

Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma, Evguenia Guinzbourg.

 

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  Alexandre Soljenitsyne

 

La sélection d’Aimé Ancian (critique au Magazine littéraire).

La Russie contemporaine en dix romans.

La Glace, Vladimir Sorokine.

Un roman ancré dans le siècle, de la Seconde Guerre Mondiale à la pop culture. Violence et amour, sacrilège et sacré.

Les Couloirs du temps, Iouri Mamleïev.

Une vision burlesque d’une humanité déchue, dont les « nouveaux Russes » sont la pitoyable incarnation.

La Fiancée prussienne et autres nouvelles, Iouri Bouïda .

Contes magiques et épisodes autobiographiques autour de la région de Kaliningrad.

Le Musulman, Valery Zalotoukha.

L’Assistant du Chinois, Ilya Kotcherguine.

La Soif, Andreï Guelassimov.

Dans ces trois livres, des individus luttent pour se construire et s’intégrer à une communauté malgré leurs particularités, leur religion, une inquiétude métaphysique ou un traumatisme psychique

Fox Mulder a une tête de cochon, Andreï Guelassimov.

Svinobourg, Dmitri Bortnikov.

L’Immortel, Olga Slavnikova.

Les efforts d’une femme pour cacher à son mari invalide la chute du communisme et ceux de sa fille pour réussir dans une chaîne de télévision privée.

Le Dernier Amour du président, Andreï Kourkov.

Le destin imaginaire d’un futur président ukrainien.

Et encore …

Les Amours de Monakhov, Andreï Bitov.

Roman d’apprentissage amoureux, architecturé en six parties distinctes. Une éducation sentimentale à la russe.

La Petite Fille devant la porte, Mariana Kozyriev.

L’auteur éclaire la terreur stalinienne de l’entre-deux guerres à travers le regard de la petite Victoria.

La Camarade nue, Mikhaïl Konokov.

Quand l’Armée rouge, pendant la Seconde Guerre Mondiale, se voit racontée par une orpheline de quatorze ans. Unique roman de Konokov, écrit pendant la perestroïka.

Il était une fois, Viktor Chklovski.

Un livre de mémoires, écrit au début des années soixante par l’un des grands animateurs du formalisme russe, ami de Blok, Maïakovski, Tynianov ou encore Gorki.

 

Sources :

http://www.litteraturerusse.net/histoire/1.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_russe

« La littérature russe de Pouchkine à Soljenitsyne », Le Magazine littéraire, n°440.

« Neuf siècles de littérature russe », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« La réception française », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Le devoir de résurrection », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Ecrivains de Saint-Pétersbourg », Le Magazine littéraire, n°420.

« Dossier Tchekhov », Le Magazine Littéraire, n° 299.

« Dostoïevski », Le Magazine littéraire, n°495.

La Bibliothèque idéale, « Le roman russe », Bernard Pivot, Albin Michel, 1988.

Histoire de la littérature russe, Emmanuel Waegemans, Presses Universitaires du Mirail, 2003. (Très intéressant pour préciser le contexte historique et littéraire).

 

Pour aller plus loin :

Dictionnaire amoureux de la Russie, Dominique Fernandez, Plon, 2004.

Etudes de littérature russe, Prosper Mérimée, Editions Champion, 1932..

Le Roman russe, E. M. de Voguë, Editions L’Age d’Homme, 1971.

Dostoïevski (Articles et causeries), André Gide, Plon, 1923.

La Planche de vivre, Anthologie de poèmes, René Char et Tina Jolas, Gallimard, 1981.

Vers la fin du mythe russe et Russie-Europe, la fin du schisme, Georges Nivat, Editions L’Age d’Homme, 1988 et 1993.

Regards sur la Russie de l’an VI, Georges Nivat, Editions Fallois, 1993 et 1998.

Histoire de la littérature russe, Dirigée par E. Etkind, G. Nivat, I. Serman, V. Strada, 6 tomes, Editions Fayard.

Ecrivains soviétiques, M. Aucouturier, Larousse, 1978.

La littérature russe, Jean Bonamour, 2e édition corrigée, PUF, Collection Que sais-je ?, 1992.

Avec Tolstoï, Dominique Fernandez, Grasset, 2010.

Tolstoï est mort, Vladimir Pozner, Editions Bourgois, 2010.

La fuite de Tolstoï, Alberto Cavallari, réédition Bourgois, « Titre ».

La Poétique de Dostoïevski, Mikhaïl Bakhtine (1929), Edition sPoints seuil, 1970.

Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard (1961), Réédition Hachette Pluriel.

Tolstoï ou Dostoïevski, Georges Steiner (1963), Réédition 10/18.

Le Roman russe, Jean Bonamour, PUF.

 

 

 

 

Eugène melchior de voguë

  Eugène-Melchior de Voguë, grand passeur de la littérature russe,

auteur de Le Roman russe

 

 

 

 

  Samedi 12 juin 2010

 

 

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Published by Catheau - dans Lectures
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