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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 22:16

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Michel Mohrt voit dans le puritanisme et le sens du mal deux des principaux fils conducteurs du roman américain depuis ses origines. La « puissance des ténèbres » court depuis La Lettre écarlate jusqu'aux romans de John Updike. Il s'agit là d'un thème essentiel que symbolise la « baleine blanche » de Melville. Car le blanc, pour les puritains et les « pères fondateurs » est la couleur du mal...  

 

  • James Fenimore Cooper (1789-1851).

Le Dernier des Mohicans (1826) : une évocation des guerres coloniales entre Français et Anglais au milieu du XVII°siècle.

  • Harriet Beecher Stowe.

La Case de l'oncle Tom (1852) : la description des affres de l'esclavage et sa dénonciation au nom du christianisme et du droit des femmes.

  • Edgar Allan Poe.

Histoires extraordinaires (1840) : Poe détache la littérature américaine de l'anglaise, invente le roman policier de raisonnement et crée un nouveau genre de fantastique à la frontière entre le burlesque et le métaphysique.

Récit d'Arthur Gordon Pym (1838): mutinerie, naufrage et "horribles souffrances » accablent une expédition dans les mers du Sud et l'Antarctique.

  • Nathaniel Hawthorne (1804-1864).

La Lettre écarlate (1850) : dans l'Amérique puritaine des pionniers, une femme adultère est punie. Elle choisit de rester sur place et de se racheter par sa bonté.

  • Herman Melville (1819-1891).

Moby Dick (1851): récit réaliste, roman d'aventures et quête biblique, l'histoire du capitaine Achab poursuivant la baleine blanche est le chef-d'œuvre de la littérature américaine. La richesse documentaire de cette œuvre n'est nullement éclipsée par les questions métaphysiques que pose ce roman universel.

  • Samuel L. Clemens dit Mark Twain (1835-1910).

Tom Sawyer (1876) : mélodrame burlesque où deux garnements sont confrontés au meurtre et à l'erreur judiciaire dans une chasse au trésor où ils déploient leur astuce face au monde des adultes.

Huckleberry Finn (1885) : chef-d'oeuvre de l'auteur qui consiste en un parcours initiatique du jeune paria Huck, fils d'un petit blanc raciste, avec Jim, esclave en fuite. Le roman du premier écrivain américain à utiliser une machine à écrire.

  • Henry James ( 1843-1916).

Le Tour d'écrou (1898) : James explore les confins du réel pour traduire les incertitudes d'une imagination tentée par le fantastique. L'expérience équivoque d'une gouvernante  face à deux enfants y constitue l'énigme centrale.

Les Ambassadeurs (1903) : le sommet de l'art de James. Des Américains découvrent à Paris les charmes de la vie européenne.

  • Edith Wharton (1862-1937).

Ethan Frome (1911) : l'auteur s'écarte de la peinture des mœurs de la haute société pour aborder le thème tragique de la passion inassouvie dans un paysage de Nouvelle-Angleterre, peuplé de paysans frustes proches des personnages de Thomas Hardy.

  • Stephen Crane (1871-1900).

La Conquête du courage (1895) : évocation de la guerre de Sécession à travers le regard d'un jeune soldat avide de gloire, devenu déserteur par panique sur le champ de bataille.

  • Jack London (1879-1916).

Martin Eden (1909) : à travers l'histoire du jeune écrivain pauvre et rebelle, tour à tour marin et cow-boy, les thèmes majeurs du roman américain.

Theodore Dreiser (1871-1945).

Une tragédie américaine (1925) : par le maître du roman réaliste américain, une critique féroce de la civilisation matérialiste à travers une affaire célèbre qui conduisit un meurtrier à la chaise électrique.

  • Upton Sinclair (1878-1968).

La Jungle (1906) : la conversion au socialisme d'un ouvrier des abattoirs de Chicago, broyé par le capitalisme sauvage.

  • Ernest Hemingway (1898-1961).

Le Soleil se lève aussi (1926) : ou les cyniques désillusions de l'après-guerre. De beaux personnages, Le digne Jack Barnes émasculé par une blessure de guerre, le matador Pedro Romero qui fait un art du défi à la mort, Lady Brett, femme fatale, lucide et indépendante.

L'Adieu aux armes (1929) : évocation de la désastreuse retraite de Caporetto vécue par Hemingway au cours de la Grande Guerre. L'amour entre l'ambulancier Frederic Henry et l'infirmière anglaise Catherine Barkley connaît un destin tragique.

Pour qui sonne le glas a pour toile de fond la guerre d'Espagne.

Le Vieil Homme et la Mer (1952) : un vieux pêcheur cubain, Santiago, se bat farouchement contre un énorme poisson et finit par en triompher. Une fable étonnante qui a valu à son auteur une renommée universelle et le prix Nobel.

  • John Dos Passos (1896-1970).

Manhattan Transfer (1925) : le roman éclaté d'un monde éclaté : actualités, séquences romanesques, monologues lyriques se succèdent. Les vies s'entrecroisent, les mythologies américaines se font et se défont. Une épopée du XX°siècle.

  • Francis Scott Fitzgerald ( 1896-1940).

Gatsby le magnifique (1925) : « L'histoire d'un garçon pauvre dans une ville riche...Tout le sens de Gatsby, c'est l'injustice qui empêche un jeune homme pauvre d'épouser une jeune fille qui a de l'argent » : le drame de Fitzgerald dans le scintillement des Années folles.

Tendre est la nuit (1934) : l'argent sacrifie les talents et ruine les espoirs de ceux qui veulent réussir.

  • Sinclair Lewis (1885-1951).

Babbitt (1922) : une critique acerbe de "l'american way of life". Un monde foisonnant de personnages types de la société américaine de l'après Première Guerre mondiale par le premier prix Nobel américain.

  • Willa Cather.

La Mort et l'Archevêque (1927) : une dénonciation du fanatisme à travers la vie de deux missionnaires français originaires du Massif Central, pionniers du catholicisme en Amérique.

  • John Steinbeck.

Des Souris et des Hommes (1937) : drame de la fraternité dont les chapitres sont autant d'actes rigoureusement construits qui conduisent inexorablement à une fin tragique.

Les Raisins de la colère (1939) : sur la route 66, balayée par le souffle de l'épopée, les Okies, paysans de l'Oklahoma, s'embarquent à la recherche vaine du bonheur en Californie. Le chef-d'œuvre de l'auteur.

  • Margaret Mitchell.

Autant en emporte le vent (1936) : à travers l'inoubliable figure de Scarlett O'Hara, l'auteur identifie avec nostalgie le Sud à l'aristocratie romanesque des planteurs.

  • Erskine Caldwell.

Le Petit arpent du Bon Dieu (1933) : l'évocation de la misère et de la truculence des « petits blancs » ruinés mais stoïques dans un environnement brutal.

  • Carson McCullers.

Le Cœur est un chasseur solitaire (1940) : dans une petite ville de Géorgie, John Singer est un sourd-muet voué à la solitude qui paradoxalement prend une allure charismatique en recevant les confidences intimes d'individus divers, chacun décrivant le muet « comme il souhaitait qu'il fût. »

  • William Faulkner (1897-1962).

Le Bruit et la Fureur (1929) : la malédiction du Sud racontée et perçue au travers des prismes de plusieurs consciences. Un art du contrepoint musical qui a révolutionné le roman américain.

Tandis que j'agonise (1930) : monologues narrant le périple funèbre et cocasse d'une famille de petits blancs transportant le cercueil de leur mère à Jefferson.

Sanctuaire : intrusion de la tragédie dans le roman policier selon Malraux, l'œuvre suinte de la violence pathogène que subit une jeune fille délurée, Temple Drake, entre les mains d'un malfrat  pervers et impuissant, Popeye. On la retrouve dans Requiem pour une nonne (1951).

Lumière d'Août (1932) : une exploration du mal dans un Sud miné par le racisme, livré à un pouvoir de caste qui fait régner le mépris du Noir et des femmes.

  • Henry Miller (1891-1980).

Tropique du Cancer (1934) et Tropique du Capricorne ( 1939) : des « romances autobiographiques » au centre de débats sur la pornographie et la censure. Entre Rabelais et Walt Whitmann.

  • Horace McCoy.

On achève bien les chevaux (1935): ou la révélation de l'envers sordide du rêve américain en Californie.

  • John Fante.

Wait until Spring (1938): l'auteur y commence sa saga de l'Ouest à travers le personnage d'Arturo Baldini, du Colorado aux bas-fonds de Los Angeles.

  • Dashiell Hammett.

Le Faucon Maltais (1930) : ou l'inauguration du roman noir (« hard-boiled »), où Hammett présente sur un rythme « jazzy » des scènes que, au cinéma, le talent de John Huston rendra inoubliables.

  • Raymond Chandler.

Le grand Sommeil (1939) : s'il obéit au code d'honneur d'un chevalier médiéval, le privé Philip Marlowe est aussi le héros des causes perdues.

  • Robert Penn Warren.

Les Fous du roi (1946) :l'ascension et la chute d'un politicien démagogue et fasciste qui gouverne la Louisiane.

  • Herman Wouk.

Ouragan sur le Caine (1951) : le retentissement de la guerre y est traité en termes de paranoïa et de droit militaire à la désobéissance.

  • Mary McCarthy.

Le Groupe (1963) : le gratin protestant de la côte Est, produit des fameux collèges de l'Ivy League. La vie de huit jeunes filles sorties d'une de ses classes.

  • William Burroughs.

Le Festin Nu (1959) : « Je me suis éveillé de la maladie à l'âge de 45 ans, calme, sain d'esprit et relativement sain de corps si j'exempte un foie affaibli et ce masque de chair d'emprunt que portent tous ceux qui ont survécu au Mal... » L'enfer de la drogue.

  • Jack Kerouac.

Sur la Route (1957) : le livre-phare de la « beat generation » incarnée par Dean Moriarty, un frère de James Dean. Des voitures volées, des mauvais garçons qui ont fait pacte d'amitié et la route à 200 à l'heure. Une forme de bonheur dans les liens communautaires.

  • J. D Salinger.

L'Attrape-Cœur (1951) : l'itinéraire chaotique d'un adolescent de 16 ans, renvoyé de son lycée de Pennsylvanie. Un parcours initiatique qui révèle le mal dans l'âge adulte.

  • William Styron.

Les Confessions de Nat Turner (1967) : le massacre des Blancs en 1831 par des esclaves révoltés est relaté par le protagoniste lui-même dans un récit imaginaire avant son exécution.

Le Choix de Sophie (1979) : le narrateur Stingo rencontre une survivante d'Auschwitz, ce qui donne lieu à une réflexion sur les horreurs des camps et les stratégies de survie.

  • Bernard Malamud (1914-1986).

L'Homme de Kiev (1966), Les Locataires (1971) : un observateur privilégié de la communauté juive américaine qui traite dans son œuvre du thème de l'étranger.

  • Saul Bellow, Prix Nobel en 1976.

Les Aventures d'Augie March (1953) : elles inscrivent le protagoniste dans une tradition picaresque américanisée assortie d'une quête des origines. Le tournant à ne pas manquer dans la littérature contemporaine.

  • Isaac Bashevis Singer, Prix Nobel en 1978.

Ennemis (1969) : un juif polonais croit sa femme morte, épouse celle qui l'a sauvé d'un camp nazi et se retrouve bigame.

  • Philip Roth.

Portnoy et son complexe (1969) : un portrait hilarant des juifs de la classe moyenne new-yorkaise.

  • Richard Wright.

Un enfant du pays (1940) : les brimades, les lynchages et la violence du ghetto de Chicago dans une écriture naturaliste.

  • James Baldwin (1924-1987).

Les élus du Seigneur (1953) : un jour dans la vie des membres d'une église de Harlem où l'auteur a grandi.

  • Norman Mailer.

Les Nus et les Morts ( 1948) : l'enfant terrible des lettres américaines avec un regard désabusé et objectif sur la guerre du Pacifique.

  • Irwin Shaw.

Le Bal des maudits (1948) : l'auteur y dévoile l'absurdité des destins en temps de guerre.

  • James Jones.

Tant qu'il y aura des hommes (1951) : l'œuvre révèle les luttes internes de l'armée qui broie les âmes sensibles.

  • Ken Kesey.

Vol au-dessus d'un nid de coucous (1962) : macabre et hilarante métaphore de l'enfermement et de l'aliénation, marquée par le rebelle maniaque Randle McMurphy dont l'Indien Chief, également interné, rapporte les actes qui sèment le désordre dans un hôpital psychiatrique.

Thomas Wolfe.

Le Bûcher des Vanités (1986) ; Que l'ange regarde de ce côté : un classique racontant une enfance dans une petite ville du Sud.

  • Truman Capote.

De Sang-froid (1965) : anatomie d'un fait divers : l'assassinat d'une famille de fermiers texans. L'auteur mène sa propre investigation dans une affaire criminelle au Kansas, pour finalement retourner l'accusation contre l'injustice sociale, le meurtrier ayant cru effacer son infirmité par son acte de folie meurtrière.

  • Vladimir Nabokov (1899-1977).

Lolita (1958) : la dérive d'un quinquagénaire amoureux d'une nymphette, dont il a épousé la mère par calcul.

  • Djuna Barnes.

Le Bois de la nuit (1936) : « d'une qualité d'horreur et de fatalité apparentée de très près à la tragédie élisabéthaine » (T.S Eliot), cette œuvre a influencé la littérature américaine d'aujourd'hui.

  • John Irving.

Le Monde selon Garp (1978) : ou le destin ironique et fatal du fils programmé d'une féministe.

  • Paul Auster.

The City of Glass (1985); Ghosts (1986); The Locked Room (1986): l'auteur crée un paysage urbain surréalistes de labyrinthes générateurs de dédoublements « poesques ».

  • Toni Morrison, Prix Nobel en 1993.

La Chanson de Salomon (1970), Tar Baby (1981) ; Jazz (1992) ; Paradise (1998) : ou le parcours historique et intérieur de l'Afro-Américain afin qu'il n'appartienne qu'à lui-même.

 

Liste établie à partir de :

La Littérature américaine, Daniel Royot, PUF, Que sais-je ?

La Bibliothéque idéale, Bernard Pivot, Albin Michel.

 

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 21:53

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« Est Mitteleuropéen tout homme que la division de notre continent blesse, touche, gêne, inquiète et oppresse. » (Le rêve de Mitteleuropa, György Konrad).

Cette expression, Mitteleuropa, a été popularisée par le Praguois, Milan Kundera, mais le terme lui-même ne se laisse pas traduire aisément : « Europe centrale », « Europe du milieu » ou encore « Europe médiane ».

Le concept recouvre des écrivains de langue allemande mais la littérature allemande ne s'arrête pas aux grands noms de Thomas Mann ou de Hermann Hesse et aux frontières de l'Allemagne. Elle est aussi suisse (avec Gottfried Keller et plus près de nous Robert Walser), autrichienne et, pourrait-on dire européenne avec Rilke et Kafka, nés à Prague ou Canetti, né en Bulgarie. La rencontre des cultures allemande, juive et slave, dont l'empire austro-hongrois, la Cacanie de Musil, fut en son temps le creuset, a produit un nombre impressionnant d'auteurs de premier plan parmi lesquels Schnitzler, Zweig, Roth, Perutz et bien sûr Kafka et Musil. Le rôle de Vienne fut essentiel dans cette littérature.

Voici donc une liste non exhaustive d'auteurs de langue allemande et d' écrivains que l'on peut rattacher à la notion de Mitteleuropa et quelques résumés d'œuvres.

 

Peter Altenberg (1899-1919).

Esquisses et nouvelles esquisses viennoises. Traduction : M. Couffon. Actes Sud.

 

Ingeborg Bachmann (1926-1973).

Malina (1971). Traduction : Philippe Jaccottet. Le Seuil.

Une femme entre amant et mari. Mais ces deux être existent-ils vraiment ? Une descente aux enfers dans l'énigme de la passion féminine par l'un des grands auteurs autrichiens contemporains qui fut la compagne de Max Frisch.

 

Thomas Bernhard (1931-1989).

Perturbation (1967). Traduction : G.Fritsch-Estrangin. Gallimard.

Le narrateur adolescent accompagne son père, médecin dans les Alpes autrichiennes, dans ses visites aux malades. Maladie, folie, solitude et suicide sont les thèmes habituels de l'œuvre de Thomas Bernhard ;

 

Hermann Broch.

La mort de Virgile. (1945). Traduction : Albert Kohn. Gallimard.

La dernière journée de Virgile. Ce roman de la conscience, dans lequel le poète mourant médite sur sa vie et son œuvre, rappelle, dans son projet comme dans sa construction, l'Ulysse de James Joyce. Ecrivain juif autrichien, émigré aux USA en 1938 et mort en 1951.

Les Somnambules. Traduction : P. Flachet et Kohn. Gallimard/ L'Imaginaire.

 

Elias Canetti.

Auto-da-fé (1935). Traduction: Paule Arhex. Gallimard.

La folle histoire du professeur Kien, sinologue de renom, de sa bibliothèque de 2500 volumes et de Thérèse, l'ancienne gouvernante devenue sa femme. On pense à Kafka et à Musil. Le chef-d'œuvre du prix Nobel de littérature 1981.

 

Heimito von Doderer.

Les Chutes de Slunj (1963). Traduction : A. Kohn et P. Deshusses. Rivages.

Une famille d'industriels anglais dans l'Autriche du début du siècle. Le dernier roman de l'auteur des Démons, Les Fenêtres éclairées et d'Un crime que tout le monde commet.

 

Franz Grillparzer.

Le Musicien des rues . traduction : J. Lajarije, Editions Jacqueline Chambon.

 

Hermann Hesse.

Le Jeu des perles de verre (1943). Traduction : J. Martin. Calmann-Lévy.

Un idéal de connaissance et de spiritualité imaginé en 2200. Selon Frédérick Tristan, l'ouvrage le plus complet de cet écrivain, qui résume toute la connaissance. Le dernier roman de l'auteur du Loup des steppes, Siddharta, Peter Camenzind, L'ornière, Enfance d'un magicien

 

Franz Kafka.

Le procès (1925). Traduction B. Lortholary. G.F.

L'histoire de Joseph K. arrêté un matin, accusé sans connaître sa faute. Dans le monde de Kafka, nul n'est censé ignorer la loi mais nul ne peut non plus la connaître. Cette œuvre inachevée devenue célèbre en France après la guerre a été tantôt interprétée comme un roman de l'absurde, tantôt comme une dénonciation du totalitarisme. Cauchemar et humour mêlés, la représentation d'un monde où l'homme est coupable sans jamais pouvoir se justifier. A lire aussi Le Château et La Métamorphose.

 

Eduard von Keyserling (1855-1918).

Ecrivain allemand impressionniste. Son œuvre pessimiste est fréquemment centrée sur les pays baltes de culture germanique.

 

Alfred Kubin.

L'Autre Côté (1909). Traduction: R. Valençay. NEO.

L'empire austro-hongrois en désagrégation. Entre expressionnisme et surréalisme, l'anti-utopie d'un Autrichien avant tout célèbre par ses dessins et ses tableaux.

 

Milan Kundera. (1929)

Ecrivain tchèque naturalisé français. Il s'impose par la lucidité et l'humour de ses romans (La Plaisanterie, La valse aux adieux, Le Livre du rire et de l'oubli) et de ses nouvelles (Risibles Amours).

 

Thomas Mann.

La Montagne magique (1924). Traduction : Maurice Betz. Fayard.

Hans Castorp, venu rendre visite pour trois semaines à un cousin dans un sanatorium de Davos, se laisse séduire par la magie des lieux, la maladie et la mort. Il ne quittera Davos que pour les champs de bataille de la guerre de 1914 sur laquelle se clôt symboliquement ce roman de la durée, de la fin d'un monde et de la mort. Le chef- d'œuvre d'un des plus grands écrivains de ce siècle, auteur entre autres de Docteur Faustus, Mort à Venise, Chez le prophète, Les enfants de Wotan, Les Buddenbrook.

Heinrich Mann.

Professeur Unrat (1905). Traduction : C. Wolff. Grasset.

Un petit professeur de province amoureux d'une danseuse de cabaret. Le cinéma a immortalisé sous le titre L'Ange bleu (avec Marlène Dietrich) ce roman du frère de Thomas Mann.

 

Klaus Mann.

Mephisto par le fils de Thomas Mann, auteur aussi du Tournant.

 

Sandor Marai (1900- 1989)..

Un immense écrivain hongrois dont l'œuvre fut interdite en Hongrie jusqu'en 1990 et que l'on redécouvre avec des œuvres superbes. Un témoin d'un monde finissant qui observe avec nostalgie une Europe mythique en train de s'éteindre.

Les Braises. Livre de poche.

1940. Au fond de la puszta magyare, la dramatique confrontation de deux hommes autrefois amis. Livre de l'amitié perdue et des amours impossibles, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé.

Et aussi L'héritage d'Esther, Divorce à Buda, Les Confessions d'un bourgeois, La Conversation de Bolzano, Les révoltés, Mémoires de Hongrie.

 

C.S Mahrendorff.

Et ils troublèrent le sommeil du monde. Fayard, 1999.

Vienne à la fin du XIX° siècle. La villes semble s'étourdir dans une ultime valse avant de sombrer dans la décadence avec la Première Guerre Mondiale et la fin des Habsbourg. Un médecin, l'un des premiers neurologues, le docteur Heydinger, habitué des cafés littéraires de la capitale autrichienne, voit un jour se présenter à son cabinet un certain John Livingstone, mystérieux Anglais, cocaïnomane. Ce dernier est venu enquêter sur les agissements obscurs d'une société secrète antisémite et qui veut tuer Gustav Mahler...A lire aussi La Valse des anges déchus.

 

Robert Musil.

L'Homme sans qualités (1930-32-43). Traduction : Philippe Jacottet. P.S

Dans l'Autriche-Hongrie d'avant 1914, la « Cacanie », Ulrich, l'homme « sans qualités particulières », tente de construire sa vie par expériences successives, destinées à épuiser tout le champ du possible. Une peinture des milieux d'aristocrates, de grands bourgeois et d'intellectuels autrichiens qui est aussi une critique de notre temps. L'un des trois ou quatre grands livres du XX°siècle.

Les Désarrois de l'élève Törless. Depuis quatre ans, Töerless vit au collège de X... la petite ville est située loin de la capitale, perdue dans les campagnes arides, presque inhabitées, de la vaste monarchie austro- hongroise...

 

Léo Perutz.

Le Marquis de Bolibar (1930). Traduction : O. Niox- Château. Albin- Michel.

Entre le réel et l'imaginaire, en Espagne pendant les guerres de l'Empire, le roman fantastique d'un Borges autrichien.

 

Gregor von Rezzori. (1914-1998).

Sur mes traces, Mémoires. Traduction : Jacques Lajarrige, Pierre Deshusses. Editions du Rocher.

Un caractère et un destin qui coïncide avec le siècle. Comme Zweig et Musil, le regard qu'il porte sur l'Europe dont il a vécu  tous les grands bouleversements le hausse au rang de témoin de notre siècle.

Alire aussi L'Hermine souillée.

 

Rainer-Maria Rilke.

Les carnets de Malte Laurids Brigge (1910). Traduction : Maurice Betz. P.S

« C'est donc ici que les gens viennent pour vivre ? Je serais plutôt tenté de croire que l'on meurt ici. » Malte Laurids Brigge n'est autre que Rilke lui-même à qui la découverte de Paris a inspiré ce journal où le spectacle de la ville fait surgir les souvenirs et les rêves entremêlés à la pensée de la mort et aux douleurs de la création. A lire aussi Lettres à un jeune poète et Journaux de jeunesse.

 

Josef Roth.

La marche de Radetzky (1932). Traduction : Blanche Gidon. P.S.

Rythmé par le leitmotiv d'une marche militaire symbolique et dérisoire, le roman de la décadence et de la fin de l'empire austro- hongrois à travers le destin exemplaire de la famille von Trotta. Ce que Broch appelait « l'Apocalypse joyeuse » a inspiré à Roth, écrivain juif autrichien, mort à Paris en 1939 dans la misère, son plus beau roman. Et aussi Zipper et son père, Le Roman des Cent- Jours, La Crypte des capucins.

 

Arthur Schnitzler.

Vienne au crépuscule (1924). Traduction : R. Dumont. Stock.

Le dilettantisme d'un groupe d'intellectuels et d'esthètes dans une atmosphère nonchalante de cafés viennois du début du siècle. Une anatomie de la culture et de la décadence par un auteur inspiré par Freud. A lire aussi Mademoiselle Else, La Ronde, Les dernières cartes.

 

Adalbert Stifter.

L'Homme sans postérité (1845). Traduction : G. A Goldschmitt. Phébus.

Angoisse et culpabilité. Le roman d'un écrivain catholique autrichien qui mit fin à ses jours en se tranchant la gorge. Et aussi Brigitta, L'Arrière- Saison, Les deux sœurs, Tourmaline (nouvelles).

 

Robert Walser.

L'Homme à tout faire (1908). Traduction : J. Launay. L'Age d'homme.

Sur les bords du lac de Zürich, au début du XX°siècle, l'histoire de l'employé Joseph Marti qui croyait avoir trouvé une maison et une famille chez un ingénieur, inventeur sans succès et ruiné. Robert Walser, qu'admiraient Musil et Hermann Hesse, est mort en 1958, après avoir passé 30 ans dans un asile psychiatrique.

 

Franz Wedekind (1864-1918).

Le Coup de foudre. Traduction : M. Barillier. L'Age d'homme.

Un recueil de nouvelles de l'écrivain expressionniste auteur de Lulu. Une description du désir qui rappelle souvent Schnitzler.

 

Franz Werfel (1890-1945).

Cella ou les vainqueurs. Traduction : Robert Dumont. Stock.

Ecrit en 1938, juste avant la mort de l'auteur et publié en 1955, ce roman évoque, à travers l'histoire de la famille Bodenheim, la période qui a précédé l'Anschluss. A lire également Les 40 jours de Musa Dagh, LePassé ressuscité.

 

Lajos Zilahy.

Le Siècle écarlate. Mercure de France / Bibliothèque étrangère.

C'est la vie des jumeaux Dukay, nés le jour où s'ouvre le Congrès de Vienne, que nous conte Le Siècle écarlate. Comme c'est souvent la coutume dans les familles nobles de l'empire austro- hongrois. L'aîné, Flexi, charmant, poli, docile, sera élevé à Vienne, ainsi qu'il convient à l'héritier du nom et de la fortune, tandis que Dali, le cadet, est expédié à Budapest. Tête brûlée, bagarreur, Dali va connaître un destin tumultueux, traînant tous les cœurs après lui. Une flamboyante fresque de l'histoire européen.

 

Stefan Zweig.

La Confusion des sentiments (1927). Traduction : A. Hella et O. Bournacque. Stock.

L'étrange relation d'un maître et de son disciple. Les ambiguïtés de l'amitié et du désir par un auteur qui devait fuir le nazisme et se suicider au Brésil en 1942. A lire aussi Le Joueur d'échecs, La Peur, Amok, La femme et le paysage, Nuit fantastique, Vingt- quatre heures de la vie d'une femme, La pitié dangereuse, Le monde d'hier, mémoires d'un Européen, Journaux 1912- 1940.

 

NB : Les indications de traduction et d'édition sont données à titre indicatif. Beaucoup de ces œuvres sont parues en collections de poche.

 

Ouvrages sur l'empire austro-hongrois :

Milo Dor, Mitteleuropa, mythe ou réalité.

François Fejto, Requiem pour un empire défunt.

Jacques Le Rider, La Mitteleuropa.

Claudio Magris, Danube.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 17:46

 

Qui n'a pas gardé dans un petit creux de sa mémoire le souvenir enchanté d'une fable du « bonhomme La Fontaine » qu'il est toujours capable de réciter malgré le poids des années ?

Car la fable, genre pourtant très ancien, n'a pas pris une ride.  Empruntée à des sources gréco-latines (Esope, VIe avant J.C. ; Phèdre, Ier après J.C.), et des sources orientales (le Pañchatañtra indien écrit en sanscrit et diffusé en langue arabe), renouvelée au Moyen Age avec les isopets de Marie de France et le Roman de Renart, présente dans les œuvres de Rabelais et de Marot, la fable connaît son apothéose avec La Fontaine. Après lui, les autres écrivains, tel Florian au XVIIIe, ne feront plus que l'imiter. L' « ample comédie à cent actes divers », chère à Taine, restera un modèle inégalé.
Ainsi, comme l'écrivait La Fontaine dans la Préface aux Fables, « ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans la connaissance que l'usage leur a donnée, et apprend aux enfants ce qu'il faut qu'ils sachent. »

Petit récit en vers ou en prose, destiné à illustrer un précepte ou une vérité morale, soulignés par une maxime générale, la fable est selon Sainte-Beuve « un genre naturel, une forme d'invention inhérente à l'esprit de l'homme ».
Et Rousseau a eu beau dire dans L'Emile que les Fables de La Fontaine ne sont pas faites pour les enfants, le spectacle récent de Fabrice Luchini prouve le contraire, même si l'approche en a changé. Un journaliste n'a-t-il pas écrit à cette occasion : «  Il y a longtemps que les fables n'existent plus pour leur moralité. N'importe quel gamin vous le dira : le plaisir, c'est l'histoire, et peu importe la leçon ! »

 

                                                                                                                   

 

 

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 07:26

 

La polémique récente sur la commémoration  de la naissance de l'écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952), Prix Nobel de Littérature et ardent pro-nazi pendant la Seconde guerre mondiale, ravive le vieux débat entre l'homme et l'œuvre de l'écrivain.

Il semble pourtant que Proust dans le Contre Sainte-Beuve (1954) ait écrit des choses définitives à ce propos que je voudrais souligner ici.

Taine fait l'éloge de Sainte-Beuve, considéré par lui-même et Paul Bourget, comme le maître inégalable de la critique du XIX° siècle, parce qu'il « a importé, dans l'histoire morale, les procédés de l'histoire naturelle. » Il a montré comment il faut s'y prendre pour connaître l'homme : les milieux successifs qui le forment, ses origines, la prime éducation, tout ce qui modèle l'enfant et l'adolescent, les influences des milieux qu'il a fréquentés, le mouvement littéraire auquel on le rattache, l'étude psychologique de l'individu avec ses contradictions et ses passions, enfin l'analyse de l'homme à travers ses multiples déguisements, ses attitudes littéraires et les préjugés du public.

Ce que Proust appelle la « méthode Sainte-Beuve » « consiste [ainsi] à ne pas séparer l'homme et l'œuvre, à considérer qu'il n'est pas indifférent pour juger l'auteur d'un livre [...] d'avoir d'abord répondu aux questions qui paraissaient les plus étrangères à son œuvre (comment se comportait-il, que pensait-il de la religion , quelle était son attitude avec les femmes ou l'argent etc.), à s'entourer de tous les renseignements possibles sur un écrivain, à collationner ses correspondances, à interroger les hommes qui l'ont connu, en causant avec eux s'ils vivent encore, en lisant ce qu'ils ont pu écrire sur lui s'ils sont morts [...] » L'œuvre serait le reflet de la vie et s'expliquerait par elle. Cette méthode se fonde sur l'intention poétique (intentionnisme) et sur les qualités personnelles de l'auteur (biographisme).

Sainte-Beuve ajoutait notamment à propos de Stendhal que ce que lui en diraient les gens qui l'ont connu prévaudrait toujours sur ses propres impressions ou souvenirs personnels ! N'est-ce pas une erreur fatale que de penser ainsi ? En effet, en quoi le fait d'avoir été l'ami de Stendhal permet-il de le mieux juger ? Or, s'étant muni des témoignages de Mérimée et d'Ampère, et de tous les renseignements possible sur l'auteur de La Chartreuse de Parme, il en vient à prononcer ce jugement singulièrement aveugle : « Je viens de relire, ou d'essayer, les romans de Stendhal ; ils sont franchement détestables. » De la même manière, Sainte-Beuve a négligé et même condamné Nerval et Baudelaire (tout en reconnaissant le génie de Balzac et de Flaubert).

Il est clair que pour Proust, la manière qu'adopte Sainte-Beuve pour appréhender l'écrivain méconnaît l'essentiel : « QU'UN LIVRE EST LE PRODUIT D'UN AUTRE MOI QUE CELUI QUE NOUS MANIFESTONS DANS NOS HABITUDES, DANS LA SOCIETE, DANS NOS VICES." Selon lui, l'auteur de Volupté a totalement ignoré ce qu'il y a de singulier dans l'inspiration et le travail littéraire, qui le différencie absolument des occupations des autres hommes et des autres occupations de l'écrivain. Il n'a pas compris qu'il existe une attitude fondamentale véritablement existentielle qui met l'écrivain face à lui-même, quand il s'efforce  « d'entendre et de rendre le son vrai de [son] cœur et non la conversation. »

Proust insiste bien sur le fait que ce que l'écrivain donne au public, c'est ce qu'il a écrit seul, pour lui-même, et c'est ce qu'il appelle « l'œuvre de soi ». Ce qui appartient à l'« intimité », à la « conversation » avec l'entourage familial ou littéraire, fausse la vie spirituelle en se l'associant et n'est que l'œuvre d'un soi extérieur et « non pas du moi profond qu'on ne retrouve qu'en faisant abstraction des autres et du moi qui connaît les autres, le moi qui a attendu pendant qu'on était avec les autres, qu'on sent bien le seul réel, et pour lequel seuls les artistes finissent par vivre, comme un dieu qu'ils quittent de moins en moins et à qui ils ont sacrifié une vie qui ne sert qu'à l'honorer. »

Proust est « contre Sainte-Beuve » parce que ce dernier n'a  pas su voir que l'écrivain et l'homme du monde ne sont pas le même être, n'a pas compris que le moi réel de l'écrivain ne se montre que dans les livres et qu'il ne montre aux « hommes du monde [...] qu'un homme du monde comme eux. »

Ainsi, la fameuse « méthode Sainte-Beuve » qui a fait la renommée du critique littéraire interroge précisément l'écrivain « sur tous les points où le moi véritable n'est pas en jeu » !

Proust aspire à une critique formaliste, à une analyse stylistique, dépourvue d'éléments extérieurs à l'œuvre : « L'homme qui fait des vers et qui cause dans un salon n'est pas la même personne. » En ceci Proust a ouvert la voie aux formalistes russes et à tout un champ nouveau de la critique littéraire.

 

Si l'on adopte le point de vue de Proust, on ne peut plus garder rancune à Hamsun de ses égarements pro-nazis et la Norvège ne peut plus se priver d'un de ses écrivains majeurs. Certes les comparaisons sont faciles avec Céline qui voyagea jusqu'à Berchtesgaden ou Brasillach emporté par le fanatisme antisémite. Il n'en demeure pas moins que l'auteur du Voyage au bout de la nuit a renouvelé en son temps la manière d'écrire et que les traductions des poètes grecs du second n'ont pas pris une ride.  Devons-nous jeter dans les poubelles de la littérature Giraudoux qui souhaitait un « ministère de la race », Paul Morand, Colette, Mac Orlan, qui, à partir de 1943, alimentent le journal Combats, dirigé par Charbonneau ? Devons-nous vouer aux gémonies Drieu la Rochelle, Jacques Chardonne, Marcel Jouhandeau ou encore Marcel Aymé ?

Selon la « méthode de Sainte-Beuve » qui ne veut pas séparer l'homme de l'oeuvre, les auteurs d'un manuel de littérature à l'usage des classes de lycée, paru chez Magnard, ont en leur temps tourné en dérision l'œuvre de Vigny, sous le prétexte qu'il aurait été un indicateur de la police de Napoléon III ! « Comment peut-on avoir écrit « La mort du loup » et être un indic ? »

En ce qui concerne l'auteur de Pan, l'on peut certes à bon droit être choqué par le fait qu'il ait remis à Goebbels, propagandiste en chef d'Hitler, sa médaille de prix Nobel- geste d'autant plus fort qu'Hitler avait interdit aux Allemands de recevoir un prix Nobel après que Carl von Ossietzky, journaliste pacifiste et antinazi incarcéré dans un camp, eut été lauréat du Nobel de la paix en 1935.

Germanophile avant guerre, surtout par haine de l'impérialisme, Hamsun a continué à soutenir l'Allemagne pendant la guerre, fidélité qu'il a étendue au régime collaborationniste de Vidkun Quisling en Norvège. A-t-il sous-estimé la réalité de la violence de l'antisémitisme, comme l'estiment certains, a-t-il poursuivi un rêve de retour aux sources de l'âme norvégienne, qui peut le dire ? (Il ne faut pas oublier que les Scandinaves représentent la branche septentrionale d'un complexe germanique dont les Allemands, entre autres, figureraient l'occidentale.)

Reconnaissons cependant que Knut Hamsun n'a jamais manifesté de sentiments racistes dans ses écrits. « Ce qui doit être mis en avant est son œuvre littéraire » insiste encore Vigdis Moe Skarstein.

Si l'on est en droit de blâmer l'homme qui avait 80 ans en 1939, ne décrions pas l'écrivain qui est immense ! Au lieu de le comparer avec Céline, c'est plutôt avec Giono qu'il conviendrait de le faire, lui qui eut aussi quelques ennuis au moment de la Libération. (Pacifiste convaincu, arrêté en 1939 et en 1944, il fut accusé d'avoir collaboré alors qu'il n'avait jamais pris position en faveur de Vichy.)

Interné en asile psychiatrique, condamné à payer comme les anciens membres du NS, (Rassemblement national) une amende ruineuse, Knut Hamsun n'a-t-il pas payé sa dette et n'est-il pas grand temps de le sortir de son purgatoire ?

 

Sources :

Contre Sainte-Beuve, Proust, Folio Essais, p.121 à 147.

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/ « Un demi-siècle après sa mort, Knut Hamsun divise encore la Norvège. »

http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/03/knut-hamsun-nest-plus-un-probleme/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Contre_Sainte-Beuve

 

                                                                                                                                                                                      13 mars 2009.

 

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 07:18

                                                                                                                                                                         

La première fois que j'ai rencontré Fatou Diome, c'était à l'émission de Mireille Dumas, Vie privée, Vie publique, et j'ai été fascinée par l'intelligence et la sensibilité avec lesquelles elle parlait des rapports Nord-Sud et de l'immigration. J'ai tout de suite eu envie de lire son roman, Le ventre de l'Atlantique, paru en août 2003, et je n'ai pas été déçue. J'ai en effet découvert un écrivain sincère et vrai. Ne dit-elle pas elle-même : « J'écris vraiment parce que je le ressens comme ça et ça peut donner des choses inattendues, qu'une certaine politesse sociale ou une certaine langue de bois aurait pu interdire. »


A mi-chemin entre la fiction et l'autobiographie, elle y raconte les relations essentiellement téléphoniques qu'entretient, Salie, l'héroïne,  « dont le nom très beau signifie « dignité » », étudiante à Strasbourg, originaire de l'île de Niodior, au large du Sénégal, avec son demi-frère Madické, qui rêve d'être footballeur dans un grand club européen et de rencontrer son idole, Paolo Maldini, du Milan AC. A travers cette relation qui passe aussi par le petit écran, la sœur regardant les grands matchs de football en France, et le frère les suivant grâce à l'écran de « l'homme de Barbès », un immigré qui est revenu au pays, c'est toute l'ambiguïté du rapport Nord-Sud, la fascination du mirage français, qui sont évoquées avec réalisme et ironie. Fatou Diome écrit à ce propos : « Pour être objectif, il faut être capable de prendre de la distance, sinon on ne peut pas être critique vis-à-vis de ce qui se passe en Afrique [...] Je suis obligée de prendre l'ironie et l'humour pour relativiser les choses. »


Dans une prose riche et imagée qui fait souvent penser au style des contes africains, Fatou Diome décrit d'une manière originale la vie de ceux qui sont restés au Sénégal et les quelques destins des uns qui sont partis « pour des raisons économiques » et des autres qui l'ont fait « pour des raisons plus vivables », le leitmotiv du roman étant : « Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité ». Elle évoque avec une grande sensibilité les deux personnages essentiels de son existence: d'abord, sa grand-mère qui l' « allaita sans date butoir » alors qu'elle était une enfant illégitime et « qui n'a jamais cessé de tisser le fil qui [la] relie à la vie ». Ensuite, l'instituteur, Monsieur Ndétaré, dont elle força en cachette la porte de l'école et dont elle dit avec émotion : « Parce que je ne cessais de le harceler, il m'a tout donné : la lettre, le chiffre, la clé du monde. »


Autour de ces deux personnages-phares gravite toute une société africaine: des hommes, victimes du mirage français, comme Moussa, ou des femmes, victimes du poids des coutumes ancestrales et de l'obscurantisme, comme Sankèle ou Gnarelle. Sans concession, l'auteur fait le tableau de la « colonisation mentale » qui a succédé à la colonisation historique, des ravages du tourisme sexuel, de l'illusion du slogan « Blacks, Blancs, Beurs », mais aussi des méfaits de la polygamie, du danger des « faux dévots en train d'envahir le pays » et des « déferlantes de progéniture », obstacle à l'émancipation féminine.


Ni pamphlet ni thèse, ce roman propose encore de très belles pages où l'on respire l'Afrique : le rituel du thé, les conversations sous l'arbre à palabres tandis que les femmes « transforment les grains de riz en rubis », les soirs de danses nocturnes au Dingaré, la place du village et le rythme du djembé, les « rites » du marabout Peul pour faire revenir un mari vers sa seconde épouse, et la légende où deux amoureux, Sédar et Soutoura sont transformés en dauphins. « Atlantique, emporte-moi, ton ventre amer me sera plus doux que mon lit ! ».


Mais ce roman est peut-être et surtout une quête identitaire. Comment se situer lorsqu'on est une femme entre deux mondes, une « Francenabé » et que l'on vit la solitude de l'exil ? « Chez moi ? Chez l'Autre ? Etre hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. » Il est cependant une certitude, c'est que, pour Fatou Diome, l'instruction fut la porte ouverte vers la liberté et l'émancipation : « Enracinée partout, exilée tout le temps, je suis chez moi là où l'Afrique et l'Europe perdent leur orgueil et se contentent de s'additionner : sur une page, pleine de l'alliage qu'elle m'ont légué. »


Et n'est-ce pas le sens de la dédicace dans laquelle l'auteur s'adresse à sa grand-mère, qu'elle imagine « enfin reposée, prenant le thé avec Mahomet et Simone de Beauvoir » ?

                                                                                   

                                                                                                                                                                                             Août 2003.

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 07:06

  

Dans un petit livre de cent cinquante pages, la psychanalyste Lydia Flem, auteur de plusieurs ouvrages sur Freud et sur l'amour de l'opéra, évoque en douze brefs chapitres une expérience à laquelle chacun de nous se voit un jour ou l'autre confronté. Dans cet ouvrage, empreint de pudeur et d'émotion, elle dit la douloureuse épreuve du deuil des parents, auquel s'ajoute l'épreuve supplémentaire de devoir « vider » la maison familiale. Le livre est par ailleurs un témoignage bouleversant sur le retentissement de la Shoah dans une famille.

 

Les deux premiers chapitres servent d'introduction à cette réflexion sur la disparition du couple parental qui fait de nous « un être sans famille », étape qui, souvent, est vécue dans la solitude, la communauté, la religion, et les coutumes s'étant bien souvent désagrégées. Au-delà de ce sentiment de perte irrémédiable, comment s'obliger à « vider la maison de nos parents » sans se sentir coupable ? La narratrice se perçoit « comme un sinistre huissier » puisque l'héritage n'est pas le legs et « ne traduit aucune intention à notre égard », tout en s'interrogeant sur les quatre solutions qui s'offrent à elle : « garder, offrir, vendre ou jeter ». Elle a cependant une certitude, celle que ses parents désormais reposent en elle et font partie d'elle-même. Mais ce sentiment profond est contrebalancé par le vertige d'occuper désormais la place de l' « ancienne » et de « créer une nouvelle lignée ».

 

Dans ce désordre émotionnel qui est celui de la narratrice, on peut souligner deux aspects essentiels du récit : sa relation avec les objets et surtout la découverte de l'histoire occultée de sa famille qui s'ouvre sur une re-naissance.

 

Répondant au poète se demandant si les objets inanimés ont une âme, Lydia Flem écrit : « Les objets ont une âme ; [...] Les choses ne sont pas seulement des choses, elles portent des traces humaines, elles nous prolongent.» Ainsi, découvrant les draps et les nappes brodées par ses aïeules, l'élégante garde-robe cousue par sa mère et le vieux sac jamais vidé d'une de ses grands-mères, elle salue ces « femmes courageuses et fortes », dont elle se sent l'héritière malgré sa différence, ayant troqué « troqué l'aiguille pour le porte-plume et le stylo électronique. » Après avoir oscillé entre nostalgie et accablement devant cette obligation de faire le vide, la narratrice décide de « donner congé à son passé en offrant aux amis et connaissances le maximum de choses : « Les objets [...] n'appartiennent à personne en propre, ils nous sont confiés pour un temps. Leur ronde doit se poursuivre. A chacun son tour d'en jouir. » Et elle trouve dans ce don un grand bonheur : « J'étais légère » écrit-elle.

 

            Cependant, la profondeur et la portée de ce court récit viennent surtout du fait que la redécouverte des objets s'accompagne de la redécouverte de la filiation de la narratrice et de la véritable personnalité de ses parents.  « Faire son deuil, écrit-elle, éprouver le vide, s'accompagne de larmes mais surtout de la douleur du dévoilement : si nous ne l'avions pas déjà réalisé, c'est la dernière occasion de mesurer les limites de nos parents, de les regarder dans leur fragilité. » Vider la maison familiale s'apparente pour la narratrice à une véritable psychanalyse.

 

En effet, au hasard des rangements, Lydia Flem ouvre une petite mallette patinée par le temps et découvre l'existence de sa grand-mère russe, déportée et assassinée par les nazis en 1942 et dont elle ne savait rien. Commence alors pour elle la douloureuse démarche de s' « inscrire dans une lignée de morts partis en fumée, de familles massacrées en toute impunité. » Afin de devenir la « libre » héritière de ses prédécesseurs, elle se voit contrainte de rompre par l'écriture le silence oppressant dans lequel sa famille a vécu. « On faisait comme si nous étions une petite famille sans histoire : papa, maman, la bonne et moi, alors que c'était Hitler, Staline, l'Histoire et nous. » Dans sa longue enquête à travers la maison familiale, ses parents peu à peu se livrent à elles, eux qui n'avaient guère parlé de leur passé.

 

Ainsi, elle apprend à travers des objets « grappillés » çà et là que son père fut emprisonné de mars 1942 à avril 1945 et que sa mère, qui survécut à Auschwitz, fut une authentique héroïne de la Résistance. Ayant enfin la possibilité de nommer les autres membres de sa famille victimes de la barbarie nazie, Lydia Flem se retrouve alors libérée d'un sentiment d'asphyxie éprouvé depuis toujours. « Les morts, même atrocement assassinés redevenaient des morts. Je cessais d'être le petit enfant qui, s'imaginant cadenassé dans la chambre à gaz, retenait sa respiration pour ne pas aspirer le poison et mourir. [Mes parents] en me quittant me libéraient de leur emprise muette. Ils étaient morts, j'allais enfin pouvoir les rencontrer. »

 

            Pour Lydia Flem, l'écriture a donc été refuge et thérapie et cette expérience de la mort de ses parents lui a permis de mieux se connaître. « Devenir orphelin, écrit-elle, même tard dans la vie, exige une nouvelle manière de se penser. » On ne peut faire l'économie de la mémoire et des larmes mais on peut en sortir grandi si l'on fait confiance à la vie. « La mort appartient à la vie, la vie englobe la mort » et c'est avec une extrême simplicité que, dans ce sobre récit, Lydia Flem nous donne une véritable leçon de philosophie.


                                                                                                                                                                                        Mars 2004. 

 

                                                                                                           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 13:31

C'est à l'occasion d'un compte-rendu de lecture sur Désert (1980) de Le Clézio que j'ai appris que ce patronyme d'origine bretonne signifie "les enclos". Et pourtant l'on est bien loin des endroits clos avec le beau nomade aux sandales!
Quel plaisir de relire Désert, ce roman des racines et de l'exil. Il est constitué de deux récits alternés; le premier conte un épisode de la "pacification" du Maroc (1909-1912), qui privilégie le point de vue de Nour, un "homme bleu"; le second s'attache à Lalla, jeune fille du désert marocain, qui part à Marseille pour revenir mettre au monde son enfant dans le désert de ses ancêtres.  Ce récit d'une foule en guerre et d'un voyage initiatique a fait dire à un critique que c'est comme si une Odyssée se greffait sur une Iliade.
Les deux personnages, que rien de prime abord ne semble rapprocher, sont cependant complémentaires. Leurs origines sont communes à travers Al Azraq, l'homme bleu, le guerrier du désert, devenu saint et ermite et qui a gardé la peau bleue. Par leur nom, ils s'opposent et se complètent. Lalla est un prénom proche de Laila qui signifie "la nuit" en arabe, alors que Nour, la figure masculine, représente  "la lumière".
La beauté du roman tient d'une part à  l'association des personnages fictifs et surnaturels. Ainsi, des êtres invisibles jouent un rôle déterminant dans la vie de Lalla. Al Azraq déjà évoqué, Es Ser, le Secret, que Lalla retrouve "sur le plateau de pierre, là où commence le désert", et qui est comme une présence protectrice. Il y a aussi la douloureuse absence de Hawa, la mère disparue, qui oblige Lalla à devenir femme. Lalla n'accouchera-t-elle sous un figuier comme sa mère?
D'autre part, le tableau que fait Le Clézio des migrants et des exclus de Marseille est empreint d'une grande émotion: on a le coeur serré quand meurt Radicz le gitan, poursuivi par les policiers ou  M. Ceresola, seul dans son immeuble malsain, victimes de la ville où circule "le mal". Pour ne plus être ce "chien noir" des villes, Lalla, après une carrière de mannequin, retournera vers la terre "du sable, du vent, de la lumière et de la nuit".
Ainsi, Lalla nous apparaît comme la petite soeur de Le Clézio qui écrit: "L'idée de retour au point
de départ est une idée très importante pour moi."

                                                                                                                                                                                    17 avril 2009

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 13:14

 

« Le Petit Chaperon rouge  a été mon premier amour. Je sens que si j'avais pu l'épouser, j'aurais connu le parfait bonheur. » Ces mots du grand romancier Charles Dickens révèlent bien le charme envoûtant de ce conte, raconté à des générations d'enfants. Mais au-delà de la distraction et de l'imagination propres au conte, on sait, depuis la parution de l'ouvrage de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées (1976), que ceux-ci exercent une fonction thérapeutique sur l'enfant. Selon ce grand psychologue pour enfants, les contes de fées folkloriques et populaires, dont l'origine remonte souvent à la nuit des temps, répondent de façon précise aux angoisses du jeune enfant. Ils décrivent une situation inconsciente que les enfants reconnaissent au passage, inconsciemment.

Quelques remarques sur le conte du Petit Chaperon rouge, extraites de l'œuvre de Bettelheim, vont ainsi nous montrer comment ce conte de fées révèle des vérités sur l'espèce humaine et sur l'homme lui-même.

Deux versions.

Rappelons d'abord que cette histoire est un conte de Charles Perrault (1628-1703) qu'ont repris les frères Jacob (1785-1863) et Wilhelm  (1786-1859) Grimm. Le récit est conduit de la même manière chez les deux auteurs, jusqu'à ce point où le loup, s'étant introduit dans le lit de la grand'mère, dévore le Petit Chaperon rouge. L'histoire s'achève, chez Perrault, par une morale galante. Ici, il est évident que le loup n'est qu'une métaphore qui ne laisse pas grand-chose à l'imagination du lecteur. Cet excès de simplification, joint à une moralité explicite, fait de cette histoire un conte de mise en garde ou d'avertissement. L'enfant n'a pas l'occasion de découvrir lui-même le sens caché du conte. En revanche, chez les frères Grimm, l'histoire se poursuit avec la venue du chasseur qui éventre le loup et en retire, saines et sauves, la grand'mère et la petite-fille.

Dévoration et Œdipe.

Comme dans de nombreux contes, la peur d'être dévoré est le thème central du Petit Chaperon rouge mais ce conte aborde aussi quelques problèmes cruciaux que doit résoudre la petite fille d'âge scolaire quand ses liens oedipiens (1) s'attardent dans son inconscient, ce qui peut l'amener à s'exposer aux tentatives d'un dangereux séducteur.

Principe de plaisir et principe de réalité.

Sortie de sa maison, l'héroïne trouve un chemin bien tracé dont sa mère lui dit de ne pas s'écarter. Mais si les parents du Petit Chaperon rouge lui ont enseigné le principe de réalité, elle est attirée par le principe de plaisir, explicité par le loup quand elle le rencontre : « Toutes ces jolies fleurs dans les sous-bois, comment se fait-il que tu ne les regardes-même pas...c'est pourtant joli la forêt ! » Elle est donc victime du conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité exprimé par sa mère au début de l'histoire : «  Sois bien sage en chemin... Et puis, dis bien bonjour en en entrant et ne regarde pas dans tous les coins ! » La mère sait que son enfant est encline à découvrir les secrets des adultes. Quand elle découvre le loup qui a revêtu les effets de la grand-mère, elle essaie de comprendre en questionnant, sur les oreilles, les yeux, les mains, la bouche. Ce sont les quatre sens, l'ouïe, la vue, le toucher et le goût, dont l'enfant se sert pour comprendre le monde.

Le symbolisme de la couleur rouge.

Tout au long du conte, et dans le titre comme dans le nom de l'héroïne, l'importance de la couleur rouge, arborée par l'enfant est très soulignée. Le rouge est la couleur qui symbolise les émotions violentes et particulièrement celles qui renvoient à la sexualité. Le bonnet de velours rouge a été offert par la grand'mère : « Il lui allait si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon rouge. » Le couvre-chef peut ainsi être  considéré comme le symbole du transfert prématuré du pouvoir de séduction sexuelle, accentué par le fait que la grand'mère est vieille et malade et ne peut même pas ouvrir la porte. Le nom de « Petit Chaperon rouge » est significatif. Le chaperon est « petit » mais aussi l'enfant. Elle est trop petite, non pas pour porter la coiffure, mais pour faire face à ce que symbolise le petit bonnet rouge.

Le chasseur et le loup, une figure double de l'homme et du père.

Dans ce conte, l'homme au contraire tient une place capitale sous deux aspects opposés : le dangereux séducteur, meurtrier de la grand'mère et de la petite fille (le loup), et le chasseur, qui représente la figure paternelle, forte, responsable et qui sauve l'enfant. Tout se passe comme si le Petit Chaperon rouge essayait de comprendre la nature contradictoire du sexe masculin en expérimentant les aspects de sa personnalité : les tendances égoïstes et violentes (le loup) et les tendances altruistes et réfléchies (le chasseur).

L'homme apparaît donc bien présent dans le conte sous deux formes contraires : celle du loup, personnalisant les dangers de la lutte oedipienne, et celle du chasseur, dans sa fonction protectrice et salvatrice, qui est celle du père.

Mort et renaissance.

En fait, le Petit Chaperon rouge et sa grand'mère ne meurent pas vraiment mais elles « renaissent ». La renaissance qui permet d'accéder à un stade supérieur est un des leitmotive de nombreux contes de fées. L'enfant saisit intuitivement que ce qui « meurt » vraiment chez l'héroïne, c'est la petite fille qui s'est laissé tenter par le loup. Lorsqu'elle bondit hors du ventre de l'animal, c'est une personne tout à fait différente qui revient à la vie.

Le Petit Chaperon rouge a perdu son innocence enfantine en rencontrant les dangers qui existent en elle et dans le monde et elle l'a échangée contre une sagesse que seul peut posséder celui qui  « est né deux fois ». Quand le chasseur ouvre le ventre du loup et la libère, elle renaît à un plan supérieur d'existence ; capable d'entretenir des relations positives avec ses parents, elle cesse d'être une enfant et renaît à la vie en tant que jeune fille.

Quelques réserves.

Les folkloristes du siècle dernier, obsédés par la question de l'origine des contes populaires, se partageaient entre une interprétation mythique, qui, à la suite des frères Grimm, les faisait dériver de mythes solaires aryens, et une interprétation ethnographique, qui voyait en eux la survivance de pratiques et de croyances des sociétés primitives. La psychanalyse est certes venue donner un essor nouveau à la question de l'origine des contes, et il n'est pas difficile de déceler chez nombre d'entre eux un scénario oedipien. La vision de Bettelheim peut pourtant sembler très étroitement oedipienne et la vision qu'il se fait de la normalité adulte peut paraître suspecte. Le conte populaire n'est-il pas avant tout une exploration des limites du culturel et de ses rapports avec le naturel ?

 

(1) Complexe d'Œdipe : ce concept psychanalytique, créé par  Freud, est une fixation affective que le très jeune enfant opère sur le parent de sexe opposé et dont l'issue ultérieure normale est l'identification avec le parent de même sexe.


Sources :

  • Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim, Collection « Réponses », Robert Laffont, 1976.
  • Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, Bouquins, Robert Laffont, 1980.
  • Dictionnaire des Littératures de Langue française, A-D, J-P de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey, Bordas, 1987.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 13:07

  

La petite fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel, Editions Stock, 2005.

 

Le Lorrain Philippe Claudel nous avait déjà montré l'étendue de son talent de conteur avec Les Ames grises (Prix Renaudot 2003), dont l'adaptation cinématographique d'Yves Angelo (Septembre 2005) avait su rendre avec justesse les ambiguïtés et l'émotion poignante.

Dans La petite fille de Monsieur Linh, l'auteur reprend un personnage féminin et le thème de la guerre mais il s'aventure encore plus avant dans la simplicité d'une écriture dépouillée, avec "un récit au plus près de l'humain", comme il l'a écrit lui-même dans une dédidace à une lectrice.

Il s'agit de l'histoire de Monsieur Linh, un vieil homme, semblable à tous les réfugiés de la terre, (sans doute originaire du Viêt-Nam) qui parvient dans une ville inconnue après six semaines de voyage en bateau. Il n'a pu emporter de son passé qu'une valise avec "quelques vêtements usagers, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre." Mais son bien le plus précieux, c'est sa petite-fille qu'il a emmenée avec lui, alors qu'elle n'était âgée que de six semaines. Sang diû, c'est son nom, qui signifie "Matin doux", est la seule survivante de la famille du vieillard, victime d'une bombe dans son pays en guerre "depuis des années déjà".

Nous accompagnons donc Monsieur Linh, "Oncle", dans le foyer d'accueil où il  essaye de vivre avec d'autres réfugiés, qui le considèrent avec ironie, et où tout lui est absolument étranger. "Rien ne ressemble à ce qu'il connaît. C'est comme venir au monde une seconde fois." Seule Sang diû lui permet de survivre; il s'occupe d'elle comme le ferait une mère et lui sourit: "Je suis ton grand-père, lui dit Monsieur Linh, et nous sommes tous les deux, nous sommes deux, les deux seuls, les deux derniers. Mais je suis là, n'aie crainte, il ne peut rien t'arriver, je suis vieux mais j'aurai encore la force, tant qu'il le faudra, tant que tu seras une petite mangue verte qui aura besoin du vieux manguier."

Au cours d'une promenade, Monsieur Linh rencontre un solitaire comme lui, Monsieur Bark, et dont il devient l'ami, alors même qu'ils ne parlent pas la même langue. Cet homme, veuf depuis deux mois, l'appelle "Tao-laï", qui est la formule de politesse pour dire bonjour dans la langue de son pays natal. Il offrira même "une robe éblouissante" à  Sang diû. Et toujours le vieil homme serre contre lui avec tendresse sa petite-fille " de l'aube et de l'orient"  en lui chantant de sa voix chevrotante une chanson dont "les mots sont un baume qui adoucit ses lèvres, ainsi que son âme" et qui ravivent en lui les senteurs et les sensations de sa terre d'origine:

"Toujours il y a le matin

 Toujours revient la lumière

 Toujours il y a un lendemain

 Un jour c'est toi qui seras mère."

Quand on contraint Monsieur Linh à quitter le centre d'accueil pour une autre résidence, le vieillard sent "un grand vide en lui". Il s'oblige cependant à être fort pour sa petite-fille qu'on lui a laissée et dont il continue à s'occuper. Bien vite, il aspire à retrouver son ami, Monsieur Bark, qui se demande ce qu'il est devenu. Vêtu de sa robe de chambre, Sang diû dans les bras, le vieil homme part en quête de son ami dans la grande ville labyrinthique. "Hagard, il devient un errant."

On ne révélera pas la fin inattendue du roman qui donne tout son sens à l'errance de Monsieur Linh en dévoilant les ravages de l'exil et du déracinement. "On ne peut jamais s'envoler vers ce qu'on a perdu."

Dans ce roman subtil où s'entrelacent les thèmes de l'exil, de la guerre, du manque, de la mémoire, de l'abandon mais aussi de l'amitié par-delà les cultures, on tend vers la poésie pure, "sans rien qui pèse ou qui pose". Le vieux Monsieur Linh dans sa robe de chambre bleue et sa petite-fille si sage resteront longtemps dans votre mémoire.

 

 

                                                                                                                                                                     Février 2007

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