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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 18:45

La valse chaloupée 1906

 La Valse chaloupée (1906), Kees Van Dongen


Chiquita sentait la vanille

Et, quand parfois je la pinçais,

Elle disait tout bas : - Assez !

Mé prénez-vous por ouné fille ?

 

Je la croyais et la laissais.

Alors elle éclatait de rire

Ou, se remettant à danser

Comme ne l’eût pas fait la pire

Des gitanes, elle pressait

Son corps au mien et m’embrassait.

 

C’est dans la dernière partie de La Bohème et mon Cœur de Francis Carco, intitulée « Petite suite sentimentale », que l’on trouve cette suite de dix vers en octosyllabes, construite sur trois rimes. Dans la préface du recueil, Francis Carco évoque  ses « belles années disparues ».

Il se rappelle ses amis, « ce groupe de très jeunes gens de province, désœuvrés, collaborant aux publications d’avant-garde et n’aimant que la poésie ». Il se décrit «  avec cette cravate noire en forme de plastron, cette longue mèche de cheveux, ce regard trop sincère » et « comme un enfant qui […] n’avait d’amour que pour Clara d’Ellébeuse, Pomme d’Anis, et la provinciale Aloïda… »

Dans ce bref poème, j’aime la manière vive dont il brosse la silhouette d’une de ces filles, aux amours faciles ;  le souvenir de sa danse brille en lui comme une étincelle.

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : badinages libres,

Proposé par Vert de Grisaille

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 20:44

Urbain-Grandier 2

 

 

Dimanche 18 septembre 2011, pendant les Journées du Patrimoine, j'ai découvert la ville des possédées, Loudun. Je suis entrée dans l'église Saint-Pierre du Marché, dont Urbain Grandier fut le curé, et où l'on exorcisa les religieuses ursulines, compagnes de soeur Jeanne des Anges. J'ai vu la place Urbain Grandier, devant la collégiale Sainte-Croix, où le prêtre séducteur, auteur d'un traité controversé sur le célibat des prêtres, fut brûlé vif, le 18 août 1634, après avoir été soumis à la question extraordinaire. J'ai entendu les lointains échos de cette histoire d'intolérance et de fanatisme, qui fut sans doute un extraordinaire cas d'hystérie collective, doublé d'une machination politique.

A la faveur de cette visite, je publie de nouveau ce poème écrit il y a deux ans.

 

 

Le soir, près du foyer, quand la flamme s’élève,

Je rêve aux hérétiques, à tous les condamnés,

Alors qu’aux noirs fagots d’où s’est tarie la sève

S’abandonne le corps des maudits torturés.

 

Dans un lent cauchemar, je vois le tombereau

Cahotant lourdement et la foule en folie

Huant les misérables, les mains liées au dos,

Et je sens les crachats de la meute qui crie.

 

Devers le haut bûcher, les malheureux s’avancent

Dans leur robe soufrée, pétrifiés d’angoisse,

Et devant leurs yeux fous, des silhouettes dansent

Une gigue macabre qui tous les membres poisse.

 

Je songe à vous, damnées, par l’espoir désertées,

La pucelle Jeanne d’Arc, La Voisin la sorcière,

Femmes au cœur ardent par l’homme pourchassées,

Insoumises et rebelles, indomptables et fières.

 

Je pense à vous, Jean Hus, et, vous, Savonarole,

A l’esprit orgueilleux, à l’âme inaliénable,

Emprisonnés souvent pour d’obscures paroles,

Bafoués, méprisés, pour jamais détestables.

 

Quand la flamme a rampé sur vos corps enroidis,

Quand vous avez atteint aux rivages du Styx,

Quand les charbons se font incandescents rubis,

De la cendre s’envole un flamboyant phénix.

 

  Urbain Grandier

  Le supplice d'Urbain Grandier, Joseph-Nicolas Jouy,

Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Moog : feu de cheminée

 

 

 

 

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 14:45

   Noyer noyé

Noyer noyé (Photo ex-libris.com)

 

 

 

Ce matin, en entrouvrant les yeux, je cherche le noyer qui s’encadrait fidèle dans ma haute fenêtre et qui fut abattu. Je l’avais chanté il y a plus d’un an, le 24 mars 2010. (in Poèmes  page 27, "Elégie pour un noyer").  Je me resouviens de lui aujourd’hui.

 

 

Sous la robe orbée des paupières bombées de la nuit

Dans l’eau lente du regard et le scaphandre des souvenirs

Flotte l’ombre matinale d’un autrefois déjà lointain

 

Le grand noyer noyé par un après-midi froid de mars

Dans la stridence démente des scies méchantes

Dans le bourdonnement énervé des dures tronçonneuses

Dans la pâle ignorance de ceux qui ne savent plus

Que ses cheveux de racines caressaient le cœur de la terre

Se métamorphosaient mystérieusement en indolents lombrics

Faisaient fortes et noires les fourmis zélées et opiniâtres

Aspiraient l’obscure senteur de l’humus âcre et puissant

 

Le grand noyer noyé qui ignorait qu’il deviendrait sabots endurants

Qui avait résisté au feu au froid à la folie et à la foudre

Qui m’offrait ses chatons en chenilles sur son écorce grise

Qui pleuvait de bonnes bogues vives et vertes au soleil de septembre

Qui me récompensait d’un en-cas de cerneaux irritants sous la langue

Qui me promettait le râpeux vin de noix après la messe du dimanche

Et le gâteau crissant des colliers de noix beiges fracassées sous le fer

Et l’huile forte et douce des salades plantées au potager d’été

 

Le grand noyer noyé au houppier en épi aux feuillages épais

Qui vit tomber au vent sa frondaison céleste et solitaire

Saignant de son écorce ses fissures écorchées

Où soudain ont coulé les larmes alourdies de sève translucide

 

A sombré doucement dans mon rêve éveillé

 

 

Jeudi 15 septembre 2011-09-15

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Moog : Auprès de mon arbre

 

 

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 09:28

  Orion guidé par cédalion poussin

Orion aveugle guidé par Cédalion et Diane dans le ciel, Nicolas Poussin

 

 

 

Orion mon beau chasseur

Que t’est-il advenu

Toi le grand massacreur

Dans les forêts feuillues

 

Orion mon doux veneur

Pourquoi t’ai-je perdu

Toi l’époux de Sidé

Le fils d’Euryalé

 

Orion mon rabatteur

Amant de Méropée

Désiré par l’Aurore

Pourquoi m’as-tu quittée

 

  orion-et-diane

Orion et Diane, Giorgio Ghisi

 

Orion mon fin pisteur

Toi le marcheur marin

Des flots bleus le gardien

Où t’en es-tu allé

 

Orion mon géant fou

Toi qui fus aveuglé

Guéri par le Soleil

Et ses rayons dorés

 

Moi qu’on dit vengeresse

N’ai-je pas accepté

Qu’au lancer du rond disque

Tu oses me défier

 

  Image d'orion dans le ciel

Image d'Orion dans le ciel

 

Orion mon victorieux

Des animaux sauvages

Le perfide scorpion

Piqua-t-il ton talon

 

Moi qui fus chasseresse

Ton amante rivale

T'aurais-je de mes flèches

Criblé et transpercé

 

Orion  mon sauvage

Jalousé d’Apollon

Aurais-je été dupée

Et t’aurais-je tué

 

 orion constellation

Constellation d'Orion

 

Orion mon bel amant

Ah que le cœur me fend

Dans la nuit hivernale

Redeviens mon féal

 

Orion mon fier Orion

Attache ta Ceinture

Lève ton Bouclier

Ceins ton grand Baudrier

 

Orion  mon compagnon

Dans le ciel infini

Sans fin nous chasserons

Dans les constellations

 

  Orion nébuleuse

La nébuleuse d'Orion

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Catiechris : planètes, infini, poussières d’étoiles…

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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