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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 22:40

orfeo02.jpg

Orfeu (Breno Mello) et Eurydice (Marpessa Dawn)

 

       Manha de carnaval, musique du film Orfeu negro de Marcel Camus

 

Lundi 20 février, veille de Mardi gras et carnaval oblige, France Ô diffusait Orfeu negro (1959), film culte de Marcel Camus, Palme d’Or au Festival de Cannes et Oscar du Meilleur Film étranger cette année-là. C’est avec émotion que j’ai de nouveau entendu cette musique aux accents de bossa nova,  composée par Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfã, excusez du peu ! Et je me suis revue à dix ans, l’écoutant  sur un vieux 33 tours de papa.

Le film est adapté d’une pièce de Vinicius de Moraes, Orfeu da Conceição (1956). C’est un matin à l’aube, alors qu’il était en train de songer au mythe d’Orphée que le dramaturge  entendit, d’un morne tout proche, s'élever une batucada, « o morro do galvào », et que germa en lui l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, transposée dans les favelas brésiliennes des années 50. La pièce fut créée en 1956 et le film fut réalisé en 1958 par Marcel Camus, cinéaste lyrique alors en vogue avec le succès de Mort en fraude (1957).

Le film, Orphée noir, est une transposition du mythe d’Orphée, ce fils ou élève d’Apollon et de la muse Calliope, image éternelle du musicien et du poète. Originaire de Thrace, il chante et joue de la harpe et toute la nature en est enchantée. Après avoir accompagné les Argonautes en Colchide et écarté les Sirènes, il revient en Thrace où il épouse une naïade ou dryade du nom d’Eurydice. Alors que celle-ci tente d’échapper à Aristée qui la poursuit de ses assiduités, elle est mordue par un serpent et en meurt. Accablé de  douleur, Orphée ne chante plus. A Ténare, en Laconie, il parvient par un passage souterrain au Styx. Sa lyre  charme Cerbère et Charon qui le laissent passer. Hadès et Perséphone sont séduits eux aussi  et lui accordent le privilège de retrouver Eurydice. Cependant, il lui est interdit de se retourner vers elle tant qu’ils n’auront pas atteint le monde supérieur. Incapable de résister à la force de son amour, il se retourne vers Eurydice et la perd à jamais. Désormais il vivra loin de la compagnie des femmes. Mais les Ménades de Thrace, ses compagnes des orgies dionysiaques, lui en veulent de les négliger. Jalouses les unes des autres, elles se précipitent sur lui et le mettent en pièces. Seule sa tête sera épargnée. Appelant sans relâche « Eurydice », elle parviendra dans l’île de Lesbos où elle sera enterrée, conférant aux habitants et à l’oracle du sanctuaire le don poétique. Quant à sa lyre, elle deviendra une constellation.

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C’est avec beaucoup de subtilité et de poésie que le scénario du film reprend ces éléments.  Orphée y est un jeune et beau conducteur de tramway (Breno Mello), « traînant tous les cœurs après soi » et jouant merveilleusement de la guitare. Sur celle-ci est gravée la phrase : « Orphée est mon maître », qui fascine deux jeunes garçons, eux aussi danseurs et musiciens en herbe. A la veille du carnaval, Orphée, dont Mira (Lourdes de Oliveira) est follement amoureuse,  se prépare à prendre la tête de son école de samba. C’est à ce moment que survient Eurydice (Marpessa Dawn), une jeune provinciale, pleine de douceur, qui retrouve à Rio sa cousine Serafina (Léa Garcia). Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre mais Eurydice est inexplicablement poursuivie par un homme (Ademar da Silva) qui veut sa mort. Après lui avoir échappé une première fois sur les hauteurs de Rio, grâce à Orphée, elle finira par mourir électrocutée dans le local des tramways, alors que son poursuivant porte le costume de la Mort.

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La Mort (Ademar da Silva) surveillant Eurydice lors du carnaval

 Au cours d’une cérémonie vaudou, Orphée la retrouve mais il la perd de nouveau en voulant la regarder. Alors qu’il la ramène chez lui, au-dessus de la baie de Rio, ses anciennes maîtresses se précipitent sur eux et ils basculent dans le ravin en contrebas. Mais Orphée n’est pas mort car le jeune garçon qui l’admirait s’empare de sa guitare et parvient lui aussi, en jouant, à faire se lever le jour.

Ce film associe avec art les thèmes éternels de l’Amour absolu et du Fatum à la vie quotidienne du petit peuple de Rio. La danse et la transe du carnaval viennent en contrepoint du drame qui se joue pour Eurydice, menacée par la Mort. La poursuite de la jeune femme dans les souterrains de la gare des tramways distille une angoisse sourde, qui vient clore la frénésie solaire de la journée de carnaval. J’ai aussi beaucoup aimé les scènes dans la petite maison de planches où pigeons, poules, chats et coqs sont charmés par la guitare d’Orphée, sous le regard admiratif des deux jeunes garçons, amoureux de musique, de chant et de danse.

Dans une atmosphère où se mêlent innocence, sensualité et violence, la musique et les mots du poète, au-delà de la mort, demeurent pour faire se lever le jour.

 orfeo-les-enfants.png

 

 

 

Matin, fais lever le soleil

Matin, à l'instant du réveil

Viens tendrement poser
Tes perles de rosée
Sur la nature en fleurs
Chère à mon cœur
Le ciel a choisi mon pays
Pour faire un nouveau paradis
Où loin des tourments
Danse un éternel printemps
Pour les amants

[Refrain] :
Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens

Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Mets dans le cœur battant
De celle que j'attends
Un doux rayon d'amour
Beau comme le jour
Afin que son premier soupir
Réponde à mon premier désir
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus...
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus.

[Refrain]

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : les paroles d'une chanson accompagnées de la musique ou d'une vidéo

 


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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:52

 Pygmalion-et-galatee-Rodin-1889.JPG

Pygmalion et Galatée, Rodin, 1889

 

Camille avait un teint de lait

Comme celui de Galatée

 

Auguste régnait sur les arts

Il la sculpta tout en ivoire

 

Puis l’élève égala le maître

Elle refusa de se soumettre

 

Ensemble alors ils passèrent

La porte obscure de l'Enfer

 

Chez Rodin l’auguste sculpteur

Dans l’atelier déserté

Par la folie du feu sacré

Gît le moule froid de Galatée


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Sakountala ou L'Abandon ou Vertumne et Pomone (1886), Camille Claudel

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Enriqueta : les robots

 

Autre texte écrit sur Camille Claudel : link

 

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 09:13

John-Wiliam-Waterhouse-Hylas-et-les-nymphes-1896.jpg

Hylas et les nymphes, John William Waterhouse, 1896

 

 

 

Nuit rhénane 

 

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire


Alcools, Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

 

 

Ce poème est un des plus célèbres du recueil d’Alcools. Inaugurant la série des neuf poèmes des Rhénanes, un recueil dans le recueil, il se met à l’écoute d’un autre texte, qui est la « chanson » d’un batelier ; chaque strophe reprendra le thème du chant, du carmen magique. Ce dernier est renforcé par la thématique du cercle, sous-tendue par le verbe « tordre » et le participe passé employé comme adjectif ,« repliées ». La circularité en est encore renforcée par la double occurrence du substantif "verre" au premier et au dernier vers.

Car c’est bien de charme dont il s’agit ici : charme délétère et mortifère des nixes et de la Lorelei, chères aux conteurs germaniques, et à Apollinaire lui-même. L’on sait que ces fées des eaux renvoient à Annie Playden, la gouvernante anglaise de la vicomtesse de Milhau, dont il tombera éperdument amoureux, mais que la violence de son amour effraiera. Incarnations magiques, ces sept fées (chiffre magique) aux cheveux couleur d’eau sont elles-mêmes parole, puisqu’elles « incantent l’été », un verbe employé ici transitivement.

Pour lutter contre l’envoûtement  des ces femmes des eaux,  le narrateur-poète exhorte d’autres femmes « blondes », celles-ci bien réelles, dont les tresses sages et « repliées » sont censées conjurer la magie de celles qui tordent leur libre chevelure.

Ce poème « fantastique », emblématique du titre du recueil Alcools, met en scène un poète enivré (vers 1, 9 et 13), qui délègue son ivresse au fleuve Rhin, et dont on ne sait s’il parvient à rompre l’enchantement. Le dernier et unique alexandrin de la fin du poème est problématique : ce verre brisé est-il le signe que le charme est rompu ? Ou ce rire n’est-il pas plutôt le rire diabolique des sirènes maléfiques ?

« Nuit rhénane » véhicule toute une thématique de l’inspiration, connotée bien sûr par le thème de l’ivresse poétique. Elle est renforcée par l’idée de miroitement et de reflet (vers 9 et 10) mais aussi par les termes « flamme » et « or » et l'homonymie entre les substantifs "verre" et "vers". Mais le discours poétique peut-il vaincre le charme en le nommant ?

On sera sensible enfin au traitement des sonorités, remarquable dans la troisième strophe. L’assonance en [i] y mime la tension extrême du poète en train de succomber à la magie mortelle, symbolisée encore par le magnifique néologisme qu’est ce « râle-mourir ».

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : la superstition

 

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 22:54

 Charles-Edward-Perugini-le-regard-en-arriere.jpg

Le regard en arrière, Charles Edward Perugini

 

 

En arrière de moi quand j’ai tourné la tête

J’ai vu la plage grise où je courais enfant

Sous mes pieds j’ai senti les vieux pavés glissants

Où seule je marchais le cœur à l’aveuglette

 

En arrière de moi sur un coteau doré

J’ai revu ces journées où le temps s’éternise

Quand votre vie hésite malhabile indécise

Au seuil d’une existence sans liens et sans passé

 

En arrière de moi ont jailli les visages

Des enfants lumineux de ma maternité

Sous la toise du mur le crayon des années

De ceux-là qui me sont mon plus doux apanage

 

En arrière de moi des millions de secondes

Eurydice figées que mon regard désarme

Habitées par l’amour les rires et les larmes

Un temps si minuscule en l’infini des mondes

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : rétro

 


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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:30

 

Fenêtre 2

Fenêtres sur le tuffeau blanc 

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

J’aurais voulu connaître

Celles qui se penchaient

A ma haute fenêtre

Les femmes du passé

Qui contemplaient la lune

Sur les ardoises noires

Et tristes à la brune

Griffaient d’un doigt barbare

Le tendre tuffeau blanc

 


Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : à la fenêtre

 

 

 


 

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 17:49

  l-hiver-Mucha.jpg

 L'Hiver, aquarelle, Alphonse Mucha

 

 

 

Où est partie la neige

Qui tombait sur les choses

Les enveloppant toutes

De sa pesante hermine

 

Où s'en vont les empreintes

Des mille-et-un oiseaux

Pétrifiées sur la vitre

Par une main gelée

 

Où tremblent les haleines

Fragiles fumées blanches

A l'orée de nos bouches

Dans le matin glacé

 

Qui redessinera

Sur l'eau de mon bassin

Le gel emprisonnant

Les dansants poissons rouges

 

Il n'y a plus de neige

Il n'y a plus de givre

Il n'y a plus de glace

Il n'y a plus de gel

 

Les papillons sont fous

Les roses éclosent encore

Les oiseaux sont perdus

Les saisons sont sans nom

 

Dans le jardin humide

L'hiver sanglotera

Sur la blanche infidèle

Qui l'a abandonné

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Fanfan : Neige  

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 08:00


 Gustav Fjaestad

Soir d'hiver au bord d'une rivière, 1907, Gustav Fjaestad

 

Cette semaine, le thème du Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots, Hiver, me donne l’occasion d’évoquer le prix Nobel de Littérature 2011, le Suédois Tomas Tranströmer. Joseph Brodsky le considère comme un « poète de première importance, d’une incroyable intelligence ». Il reconnaît en lui un des maîtres de la métaphore et le poème que j’ai choisi illustre cette « union  inattendue de la vision élargie et de l’exactitude sensorielle », telle que la définit Kjell Espmark. Ce poème s’intitule : « La paix règne dans l’étrave bouillonnante », titre surprenant pour  un texte consacré à l’hiver.

 

Un matin d’hiver, je sentis combien cette terre

avance en roulant. Un souffle d’air

venu des tréfonds crépitait

aux murs de la maison.

 

Baignée par le mouvement : la tente du silence.

Et le gouvernail secret d’une nuée d’oiseaux migrateurs.

Le trémolo des instruments

cachés montait

 

de l’ombre de l’hiver. Comme lorsque nous voici

sous le grand tilleul de l’été, avec le vrombissement

de dizaine de milliers

d’ailes d’insectes au-dessus de nous.

 

17 poèmes, 17 Dikter, 1954,

in Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004, Poésie/Gallimard

 

A la lecture de ce poème on perçoit le grand écart des saisons dans ce pays nordique qu’est la Suède. On y découvre surtout un poète déchiffreur de la nature et de ses vibrations, un poète à l’écoute de son infinie complexité. On sent l’activité profonde venue des « tréfonds » et la rotondité de la terre qui « roule », l’air devient feu (il « crépite »), la musique de la nature s’élève et « monte », tout est bourdonnement secret avec « le vrombissement » des ailes des insectes estivaux. Ces derniers ont d’ailleurs une place capitale dans l’œuvre du poète suédois. On sait qu’on est au cœur d’un pays maritime avec l’image du gouvernail, des oiseaux migrateurs, de l’étrave, l’emploi de l’adjectif « baignée » pour qualifier la terre. Si tout est mouvement, en même temps tout est « paix » et « silence ». La dernière strophe culmine avec l’antithèse entre « l’ombre de l’hiver » et la verticalité solaire de l’été symbolisé par le tilleul.

Le poète nous communique ainsi sa sensation intérieure et nous contraint à accepter l’envers de la réalité, ces « possibilités inaccessibles », essence même de la poésie pour Georges Bataille. Quant à Renaud Ego, il se demande si ce n’est pas la grande et calme neige suédoise qui a fait accéder Tranströmer  à l’illumination poétique.

 transtörmer

Sources :

Avertissement de Kjell Espmark de l’Académie suédoise,

Postface de Renaud Ego, in Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004, Poésie/ Galliamard

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Fanfan : hiver

 

 

 

 

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 15:18

 femme marchant de dos

Femme debout, marchant de dos, Bernardino Poccetti (Fin XVI°-Début XVII°)

Le Louvre, Département des Arts graphiques

 

 

 

Tes pas, enfants de mon silence,

Saintement, lentement placés,

Vers le lit de ma vigilance,

Procèdent muets et glacés.

 

Personne pure, ombre divine ;

Qu’ils sont doux tes pas retenus,

Dieux !… Tous les dons que je devine

Viennent à moi sur ces pieds nus !

 

Si, de tes lèvres avancées,

Tu prépares pour l’apaiser

A l’habitant de mes pensées

La nourriture d’un baiser,

 

Ne hâte pas cet acte tendre,

Douceur d’être et de n’être pas,

Car j’ai vécu de vous attendre

Et mon cœur n’était que vos pas.

 

                                    Charmes, 1922

 

Cette suite de quatre quatrains octosyllabiques en rimes croisées occupe une place privilégiée dans mon anthologie personnelle. Je l’ai apprise il y a bien longtemps et j’aime à me la réciter en silence. Peut-être est-ce dû au charme mystérieux qui en émane, enclos déjà dans le titre du recueil Charmes, le terme latin « carmina » signifiant à la fois poèmes et chants magiques.

Sans doute cette prédilection tient-elle aussi à la polysémie du poème, dont on ne sait s’il décrit l’attente de la femme aimée, de la Muse ou encore de la Mort.

J’en aime la simplicité extrême, alliant un lexique abstrait à une expression plus sensuelle, qui baigne dans une discrète aura antique et mythologique. J’en admire la beauté plastique, qui me donne à imaginer cette silhouette féminine intemporelle, venue visiter le poète.

Le poète propose ici un texte clos sur lui-même grâce à la double occurrence du substantif « pas » dans le premier et le dernier vers. Il surprend avec le passage délicat du tutoiement au vouvoiement dans le dernier quatrain, comme s’il souhaitait établir une distance entre cet être mystérieux et lui-même.

C’est ce subtil équilibre entre tous ces éléments qui confère une dimension philosophique quasi mystique à un poème qui nous dit l’intensité extrême de l’instant en suspens, juste avant la rencontre amoureuse, l’acte d’écrire ou la venue de la Mort.

 

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par ABC : l’attente

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 19:48

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 Chaumière près de Crac'h (Photo Hélène Duriez)

 

 

Pousse la porte. Personne. Voici les vers luisants du petit feu dans l’âtre, le banc-coffre, la huche, les lits-clos et, dans le silence enfumé qui sent le pain bis et le lait, le solennel et doux tic-tac de la grande horloge noire où la Mort se tient cachée.

 

                                                     in Poètes bretons d’aujourd’hui, Telen Arvor, 1976

 

 

 

Dans le cimetière de Vannes repose Paul-Alexis Robic (1907-1973), un poète breton méconnu qui n’aura guère quitté le Morbihan. Charles le Quintrec le décrit ainsi : « Il eût aimé, tel un Rimbaud, entrer dans quelque cité interdite quand il n’avait sous les yeux que les rues dépavées de Vannes, les marronniers de la Garenne, et les sabliers du port. »

Car ce fils d’instituteurs de Quistinic, dans la vallée du Blavet, s’il travaillait à terre aux Ponts et Chaussées, avait pour fonction d’étudier les routes maritimes des deux baliseurs le Roi Gradlon et le Logoden. Cet amoureux de Supervielle et de Henry de Monfreid fut ainsi un voyageur immobile, un rêveur qui venait respirer sur les quais l’odeur du large.

Dans ces trois lignes, ce poète discret, qui courut surtout les chemins de son enfance, évoque avec une extrême économie de moyens l’intérieur d’une maison paysanne bretonne, telle qu’il en connut sans doute. Il invite son lecteur à pousser La Porte basse (titre de l’un de ses recueils, 1947) de la chaumière pleine d’un silence que rompt le tic-tac de l’horloge. Il l’entraîne ainsi avec lui dans un quotidien, dont la tranquillité n’est que le masque d’une Mort inéluctable qui guette tout un chacun.

 

 

 

Sources :

Poétique Bretagne, Une anthologie de 32 poètes, Keltia Graphic/ Coop Breizh

www.art-chignaned.com/spip/article :

Revue Art-Mène, n°2, Paul-Alexis Robic, « La Vallée aux loups », par Jean Markale, 1983

Hommage à Paul-Alexis Robic, « T’as le bonjour d’Alfred » par Jean-Paul Kermadec

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de mots,

Thème proposé par ABC : le silence

 

 


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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 16:17

  De Vilmorin Louise dans le salon bleu

 Louise de Vilmorin dans le célèbre salon bleu de Verrières-le-Buisson

   

 

Une lettre d'amour ? Oui, doux Seigneur

Mais à qui donc l'écrirai-je ?

Tous mes bouquets de bonheur

Sont poussières sous les neiges.

 

Neige, neige qui n'est pas de beau temps,

Beau temps qui n'est pas d'ivresse,

Neige de mes passe-temps

Et chevelure en détresse.

 

Ma main ne brode plus de mots d'amour

Doux Seigneur. L'âge m'emporte.

A tel revers nul secours,

Lettre d'amour : lettre morte.

 

Le sable du sablier, Louise de Vilmorin  

in Poèmes, Poésie/ Gallimard 

 

Dans Le sable du sablier, un volume marqué par les thèmes du temps et de la finitude, Louise de Vilmorin revient avec mélancolie sur ce que fut sa vie. Elle y évoque les hommes, leur mensonge, la passion de l'amour qui fit son malheur : « L'amour en sa rigueur me tue... »

Dans plusieurs poèmes, « celle qui voudrait dormir » appelle à l'aide le doux Seigneur, souhaitant ardemment qu'il l'emmène se reposer « loin de tout ce qui [la] délaisse/ Et loin de ce qu' [elle a] osé ».

Dans le poème ci-dessus, composé de trois quatrains, elle associe un décasyllabe à trois heptamètres. Curieux poème, dans lequel cette grande dame frivole et profonde, dont la devise était "Au secours", prend Dieu à témoin de la fin inexorable de ses amours terrestres : désormais, elle n'écrira plus de lettres d'amour.

 

 

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots :

Thème : lire et écrire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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