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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:17

 patrick-white.jpg

Plaque  évoquant le Prix Nobel de Littérature 1973, Patrick White, sur Circular Quay à Sydney

 

Qui connaît la littérature australienne ? Pas grand’monde, me semble-t-il. Pour ma part, ma connaissance se réduisait à L’Avocat du Diable de Morris West (né à Melbourne), qui raconte une enquête sur une béatification ; à La femme eunuque (1970) de l’anglo-australienne Germaine Greer, lue du temps de ma période féministe. J’avais aussi en tête The thorn birds (Les oiseaux se cachent pour mourir, un titre emprunté à François Coppée !) de la romancière Colleen McCullough, ou l’histoire des plus romanesques du prêtre Ralph de Bricassard et de Meggie Carson. Je me souvenais aussi d’un personnage de détective, Napoléon Bonaparte, imaginé par Arthur William Upfield, le « pionnier du polar ethnologique ». Son héros est en effet un enquêteur issu d’une mère aborigène et d’un père européen. Dans ma mémoire enfin, Thomas Keneally et La liste de Schindler (Schindler’s Ark, 1982). Tout cela ne remplit pas même une étagère de bibliothèque !

Ww présentation

Aussi, celui qui veut découvrir un tant soit peu cette littérature (qui est bien loin d’être une sous-littérature britannique) se promènera-t-il sur Circular Quay à Sydney où il empruntera la Writers Walk, la promenade des écrivains. Celle-ci est composée d’une quarantaine de plaques métalliques dorées, disposées selon l’ordre alphabétique, et rappelant le souvenir d’écrivains australiens ou anglophones, parmi lesquels beaucoup de femmes. On sera surpris d’y trouver Rudyard Kipling,

Ww Kipling

Mark Twain, Joseph Conrad, Stevenson ou Michener qui ne firent que de brèves visites dans ce pays. Si Umberto Eco n’y donna que quelques conférences, Charles Darwin ou D. H. Lawrence, quant à eux, y vécurent plusieurs mois.

Ww Kipling

Ces plaques voisinent avec d’autres, beaucoup plus petites, qui marquent l’emplacement de l’ancien rivage de 1788 et de 1844.

Ww shore line

Chacune comporte un bref extrait, dont les tonalités sont diverses, d’un texte de l’auteur, suivi d’une courte biographie. Du musée d’Art contemporain à l’Opera House, on se familiarisera donc avec cette littérature, dont Patrick White (Flows in the glass, 1981, Eden Ville, 1939, The Tree of Man, 1955), qui reçut le prix Nobel de Littérature en 1973, est le phare. On sait qu’il fut choisi « pour son art de la narration psychologique et épique, qui a fait entrer un nouveau continent dans le monde de la littérature ».

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Le Prix Nobel de Littérature australien, Patrick White (Photo Wikipedia)

Cette littérature se tourne maintenant de plus en plus vers les cultures du Pacifique et de l’Asie. Longtemps, elle a véhiculé une forme de malaise, causé par l’infini des espaces de cette île-continent colonisée par les Anglais, et par la dépossession des Aborigènes. Ses thèmes de prédilection sont ainsi l’identité indigène, la « beauté et la peur » (termes du célèbre poème de D. Mackellar, "My Country") de la vie dans l’outback et le bush australien, l’exil et l’expérience des migrants. On y découvre aussi le mateship ou amitié fraternelle, et l’aspiration à une démocratie égalitaire. Ce sont toujours ses racines anglo-saxonnes et l’apport culturel de ses minorités ethniques- en premier lieu les Aborigènes- qui lui servent à nourrir son imaginaire et à refonder le sentiment d’une identité nouvelle.

J’ai été surprise de voir la place de choix que tiennent les poètes dans la Writers Walk : Oodgeroo Noonuccal, auteur du premier livre de poésie indigène, We are going (1964), y est présente. Tout comme les Bush poets que sont Henry Lawson et Banjo Paterson, le premier décrivant les réalités de l’outback, le second véhiculant davantage la romance du bush. Paterson est connu aussi pour Waltzing Matilda, un des chants patriotiques australiens les plus populaires.

Ww Paterson

Le symboliste Christopher Brennan (The Wanderer, 1902), Judith Wright, critique et grand poète de la nature australienne (The moving image, 1946), et Dorothea Mackellar, célèbre avec « My Country » (1908), y sont encore en bonne place.

Ww Brennan

On y trouve Kenneth Slessor, le poète qui célébra Sydney (Five Bells, 1939) et les combattants australiens de la guerre 40 (Beach Burial, 1944).

WW Slessor

Les romanciers y sont nombreux. On citera Marcus Andrew Hislop Clarke, qui a écrit un célèbre récit sur la vie d’une colonie pénitentiaire en Australie, For the Term of his Natural Life (1874) ; Eleanor Dark, auteur d'une trilogie fameuse, Timeless Land (1941, 1948, 1951) ;

WW Dark

Henry Handel Richardson, pseudonyme de Ethel Florence Lindesay Richardson, qui aima la Duse et composa aussi une trilogie, The Fortunes of Richard Mahony (1917, 1925, 1929) ; Miles Franklin, pionnière du féminisme à l’australienne, qui décrit la vie dans le bush à travers un regard féminin (Ma brillante carrière, 1901) ;

WW Franklin

David Malouf et The great world (1990), relation de deux Australiens pendant les deux guerres mondiales ; Nevil Shute ou la vie des Australiens pendant la Seconde Guerre mondiale (A Town like Alice). Sur Circular Quay, David Williamson est présent pour le théâtre et ses nombreuses pièces évoquant les thèmes de la politique et de la famille. Geoffrey Blainey et Rober Manning Clark représentent, quant à eux, ceux qui se sont adonnés à l’Histoire.

WW Williamson

Dans cette promenade, on peut encore rencontrer Faith Bandler (Ida Lessing), une Aborigène, grande militante des droits civiques, qui a écrit sur le blackbirding dont fut victime son père au Queensland (enlèvement pour travail forcé) et sur son frère (Welou mon frère, 1984).

La liste serait encore longue de tous ces écrivains (j'en ai compté 48) qui composent cette promenade littéraire aux antipodes. Pour terminer, je voudrais citer l'écrivain-poète (The Book of my Enemy, 2003, Opal Sunset : Selected Poems, 1958-2009) et homme de télévision Clive James. Expatrié en Angleterre, il vient d'être fait Officier de l'Order of Australia le 26 janvier 2013, Australia Day. Il a aussi une place de choix à Circular Quay, preuve, s'il en était besoin, que les Australiens sont fidèles à leurs écrivains, même ceux qui les ont quittés pour un autre pays. Et Clive James, cloué par la maladie en Angleterre, ne regrette qu'une chose : ne pouvoir s'envoler une dernière fois pour voir se coucher le soleil à Sydney.

 

Clive-james.JPGClive James à l'honneur dans le Sydney Morning Herald du 26 janvier 2013

 

 

 

 

Crédit Photos : ex-libris.over-blog.com, janvier 2013

Passionnant : le site officiel de Clive James : link

 

 


 

 


 


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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 11:45

 

 Bondi-beach-le-22-janvier-2.JPG

Bondi Beach, le matin

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 22 janvier 2013)

 

 

Mardi matin de janvier sur la plage de Bondi : le soleil est déjà chaud, la mer est à 22°, peu de surfeurs encore. Une fille en blanc fait sa gymn, une autre, assise, me montre deux visages tatoués sur son dos, je reconnais Dali et peut-être le Che. Un perroquet blanc s’est caché dans les rochers de South Bondi. Je crois que j’ai oublié à quoi ressemble la neige…

 

Bondi Beach, mardi 22 janvier 2013


Perroquet-blanc.JPG

      Perroquet blanc australien

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 


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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:33

 

 Vent-a-Bondi.JPG

Un kyte surf devant South Bondi (NSW)

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 02 février 2013)

 

Le vent souffle en forcené

La mer roule en majesté

Vent-a-Bondi-3.JPG

La plage de Bondi (NSW) désertée par grand vent

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 02 février 013) 

 

Bondi Beach est désertée

Les promeneurs en apnée

 

Bondi Beach, samedi 02 février 2013, vers le soir

 

Vent-a-Bondi-2.JPG

 Grosse mer à Bondi Beach (NSW)

Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 02 février 2013)


 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:15

 

 Cinéma macquarie 3

L'Opéra-House et le Harbour bridge, vus de Macquarie Point à Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 13 janvier 2013)

 

Dimanche de janvier

C’est un soir à Sydney

Et sur Macquarie Point

La nuit s’en vient tomber

L’Opéra et le pont

Dans un gris cotonneux

Vont sombrer dans le noir

Un rond lumineux rouge

Se met à clignoter

Sur la courbe du Cintre

L’Opéra coquillage

Prend des formes-mirages

Le rond visage hindou

De la fête foraine

Sourit de ses lumières

Un ferry jaune et vert

Brille de tous ses feux

La pluie glisse en silence

Sur nos ponchos mouillés

Et lentement se lève

De l’encre de la baie

Le rectangle très rouge

Du grand écran magique

Des nuits blanches australes

 

Dimanche 13 janvier 2013 au Saint-George Open Cinema,

En attendant After May d’Olivier Assayas, à Macquarie Point

 

 Cinéma Macquarie 2

 La nuit tombe sur l'Opéra House et le Harbour bridge à Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 13 janvier 2013)

 

 Macquarie-la-nuit.jpg

L'écran du Saint-George Open Cinema sortant de l'eau à Macquarie Point

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 13 janvier 2013)

 

 

 


 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:43

Clovelly-3.JPG

Un mercredi à Clovelly

(Photo ex-libris.over-blog.com, 16 janvier 2013)

 

Sur les rochers troués de Clovelly la brune

La mer a dessiné de ronds cernes de sel

Et trois petites grâces australiennes sirènes

Maquillent leur peau blonde du henné de la roche

 

Mercredi 16 janvier 2013, vers 13h 30,

sur les rochers de Clovelly, NSW

 

Clovelly 2

Sur les rochers de Clovelly

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 16 janvier 2013)

 

 


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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 17:38

Vaucluse-H.JPG 

      La façade de Vaucluse House à Vaucluse, NSW, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, 26 décembre 2012)

Mardi 26 décembre 2012, après avoir assisté de Christison Park au départ de la Sydney-Hobbart, nous avons découvert un endroit plein de charme, toujours à l’est, dans la baie de Sydney : Vaucluse House.

Vaucluse-H-jardin.JPGLe bassin de Vaucluse House à Vaucluse, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, 26 décembre 2012)

Cet endroit magnifique, une bâtisse à tourelles de style gothique, est situé au milieu d’un jardin de 9 hectares, qui en faisait 208 au XIXe siècle. C’était à l’origine une simple maison de pierres qui avait été construite en 1803 pour un chevalier irlandais, Sir Henry Brown Hayes. En 1827, elle est achetée par William Charles Wentworth (1790-1872), un avocat et un homme politique énergique et passionné, un des colons australiens les plus influents. On citera à son actif la première traversée européenne des Blue Mountains, à l’ouest de Sydney, en 1813. Il est connu encore pour avoir œuvré en faveur des droits civiques (le procès devant jury), pour avoir coédité le premier journal colonial indépendant, The Australian, en 1824, et proposé un Sénat héréditaire pour le parlement de la Nouvelle Galles du Sud (NSW). Il a aussi créé la première université australienne, l’Université de Sydney (1852), et le mouvement pour un gouvernement représentatif, obtenu en 1856.

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William Charles Wentworth (1790-1872), photo A. Ken (1868), et Sarah Wentworth, née Cox (1805-1880), photographe inconnu (Fonds Vaucluse House, Historic Houses Trust)

Le destin de cette maison est un peu particulier, quand on sait que Wentworth fut victime de l’ostracisme de ses concitoyens à cause de son mariage. Il fut en effet condamné à un certain isolement  social pour avoir épousé Sarah Cox (1805-1880), fille d’anciens détenus, qui avait été modiste avant son mariage. De plus, deux de leurs enfants étant nés avant leur union, et les parents eux-mêmes de William Wentworth ayant eu maille à partir avec la justice, cette maison devint pour toute la famille un endroit de réclusion en même temps qu’un havre de paix, de 1827 à 1861. Il faut ajouter encore que Wentworth s’était attiré les foudres de la haute société australienne en attaquant les « Exclusivités » de la politique coloniale.

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William Charles Wentworth

Dans l’esprit de la Government House, située dans les Botanic Gardens, ce manoir familial de style gothique séduit par sa disposition irrégulière, qui s’adapta au nombre croissant des enfants de William et Sarah Wentworth. La demeure est en effet composée de 16 pièces sur deux étages, que viennent compléter des écuries, une laiterie, un garde-manger, un potager, des cours de service, des caves, des allées pour chariots, au milieu d’un luxuriant jardin d’agrément. Vaucluse House est ainsi une des propriétés familiales demeurées intactes les plus importantes d’Australie.

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Les dépendances de Vaucluse House, Vaucluse, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 26 décembre 2012)

Son intérêt réside surtout dans le fait que cette demeure recrée l’atmosphère de l’époque où se construisait l’Australie (débuts de la colonisation : 1788). Elle a conservé son mobilier d’origine en chêne, de style Gothic Revival et de nombreux détails architecturaux du XIXe siècle : bordure de papier peint à fleurs, corniches en plâtre, cheminées en marbre italien… On peut notamment y admirer une très belle mosaïque en pierre dure du XVIe siècle, que les Wentworth rapportèrent d’Italie en 1858-1859, quand ils y firent « Le Grand Tour ». Un des salons du rez-de-chaussée fut créé tout spécialement pour permettre aux filles des Wentworth, mises au ban de la société, de rencontrer d’éventuels prétendants. Dans une des chambres du premier étage, le lit comporte les trois matelas typiques de l’époque,  remplis de paille, de crin de cheval et de plumes.

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The Three Graces (Edith, Eliza et Laura, filles de Sarah et William Charles Wentworth), Hans Julius Gruder, 1868

(Caroline Simpson Library & Research Collection, Historic Houses Trust)

J’ai beaucoup aimé cette visite dans le passé, pas si lointain, de ce pays qui, ne l’oublions pas, fut créé par des bagnards. J’ai été sensible à la volonté de William Wentworth qui, par amour, sut s’opposer à la société de son temps et créer cet îlot familial sur la Grande Ile. Vaucluse House m’a fait penser à une autre superbe demeure coloniale, celle de la famille Le Clézio, la Maison  Eurêka, que j’avais visitée à Moka (Ile Maurice). link

 Wenworth-3.JPG

 Vaucluse Bay, photographe inconnu, 1880

(Vaucluse House, Historic Houses Trust)

 

 

Sources :

Historic House Trust   

 

 



 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 19:16

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Aborigènes sur Circular Quay dans l'attente des touristes

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

Plusieurs fois, au cours de mon séjour à Sydney, devant la luxuriance et la beauté de la nature australienne, je me suis demandé comment devait être ce pays avant l’arrivée des Anglais, quand les Aborigènes (au nombre d'un million, ils étaient plus de cinq cents peuples) en étaient les maîtres. Et justement, alors que nous en avions rencontré il y a quatre ans dans le Centre Rouge et à Alice Springs, je me suis beaucoup étonné de ne guère en croiser à Sydney. Certes, ils ne représentent que 2,3% de la population australienne, vivent surtout dans leurs communautés et habitent, je crois, les quartiers de Redfern et de Wooloomooloo où, il est vrai, nous ne sommes pas allés. Nous n’avons vu, malheureusement, que ces hommes, à Circular Quay, qui font le spectacle pour le touriste avec didjeridoo et tatouages. On a un sentiment de honte quand on passe à côté d’eux et qu’on pense à ce à quoi a été réduit leur peuple.

Sur la plage de Bondi, j’en ai vu un, très grand, très massif, qui montrait aux baigneurs les méduses, nombreuses ce jour-là. Plus tard, je l’ai retrouvé, dormant allongé aux côtés d’un ami, dans l’anfractuosité d’un rocher. Dans George Street, une des rues les plus animées de Sydney, à l’heure de midi, nous avons été surpris par l’attitude violente d’un Aborigène, une sorte de géant, pieds nus, vêtu d’un tee-shirt et d’un short noirs. Il bousculait sans vergogne et avec hargne les passants, allant même jusqu’à faire le coup de poing avec l’un d’entre eux qui l’avait heurté par mégarde avec sa valise. Enfin, c’est au State Theatre, à l’occasion du spectacle du chanteur aborigène Archie Roach, que nous en avons été heureux d’en voir en grand nombre, venus applaudir celui qui est devenu leur porte-parole.

Abo Archie

Archie Roach et deux de ses chanteurs au cours de son spectacle Into the Bloodstream,

au State Theatre de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog. com, janvier 2013)

Je me suis dit que les musées pourraient me parler davantage de ces autochtones que les Anglais colonisèrent. On sait que cela ne se fit pas sans violence, comme en témoigne un film d’archives terrifiant que nous avions vu à Cairns, au cours de notre précédent voyage, au Tjapukai Aboriginal Cultural Park. Il relatait en effet ce qu’il faut bien appeler la chasse à l’Aborigène, que pratiquèrent surtout les Australiens du Nord-Est.

En effet, la colonisation du continent austral est une des période sombre de ce pays. A leur arrivée, les Anglais ayant déclaré juridiquement que cette terre n’appartenait à personne, qu’elle était « Terra Nullius », ils se la sont approprié et ont méprisé cette culture vieille de 50 000 ans. Entre massacres, exactions, tentatives d'assimilation, les Aborigènes ont été proches de l'extinction.

De la « Native » ou « Black Police », constituée de corps entièrement aborigènes formés dans les années 1830 à 1880, pour semer la terreur, aux « générations volées » (1901-1969) de la stratégie d’ « assimilation », en passant par les politiques perverses de « protection » ou « welfare », ce peuple n’a ainsi cessé de subir des vicissitudes. Cependant, depuis les années 70 et les luttes revendicatives d’Edward Mabo, la situation des Aborigènes s’améliore. Les Australiens regardent enfin leur passé en face, même si de graves problèmes subsistent, les Aborigènes représentant toujours la catégorie la plus pauvre et la moins formée de la population. Ils sont particulièrement touchés par l’alcoolisme, la délinquance et le suicide. En 2009, ils représentaient 25% de la population carcérale.

En réalité, bien qu’ils n’y soient pas non plus très présents, c’est donc dans les musées de Sydney, que je suis allée à la rencontre des Aborigènes.

Abo danie Mellor 1

In lands of plenty, Danie Mellor, Australium Museum, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

Danie Mellor, (http://daniemellor.com/portfolio/), un artiste indigène australien, né en 1971, est un de ceux qui a su le mieux rendre compte du choc de la rencontre entre les deux civilisations. En 2009, il a reçu un prix prestigieux, le 26e National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award pour une œuvre intitulée De Rite Rituel. Utilisant la technique de la gravure mezzotinte, il pratique la superposition d’images, favorisant ainsi un dialogue à deux voix entre autochtones et colonisateurs. Le contraste est saisissant entre les cadres dorés des œuvres, qui rappellent une époque révolue, et les formes modestes de l’art indigène qui y sont enchâssées. Danie Mellor a pris place avec éclat dans la narration visuelle de l’histoire australienne, mettant en relief la convergence de la culture, de l’environnement, de l’histoire et des populations.

C’est à l’Australium Museum de Sydney que j’ai vu ses réalisations bleu et or, qui m’ont impressionnée par tout ce qu’elles véhiculent en profondeur. In lands of plenty montre une vieille femme au centre d’une nature morte représentant des fruits en plénitude mais son panier est vide. Ces fruits, qu’elle possédait autrefois en abondance, elle n’y a plus accès et son aliénation est ainsi mise en relief.

A new earth rappelle tout le travail de classification (plantes, animaux, humains) entrepris par les nouveaux colons anglais. Leurs planches scientifiques précisaient les espèces et les situaient dans leur contexte. Ici, on voit que les hommes deviennent objets d’étude comme la faune et la flore.

Il en va de même pour The reality of myth, une image qui fait écho à une gravure de Jacob Breyne, celle d’un savant observant un specimen de plante. Ici, cette dernière est remplacée par une femme aborigène, qui devient ainsi simple catégorie d’étude comme la faune et la flore.

Michael-Reid-Danie-Mellor-Of-Man-Myth-and-Magic-0086406_120.jpg

 

A cultivated ceremony fait référence à la Jirrbal Aboriginal Ceremony, un rituel qui se pratique encore auprès des cours d’eau sacrés. Une œuvre qui rappelle que, si les cultures indigènes étaient perçues comme primitives, elle n’en possédaient pas moins un savoir très ancien, hérité de millénaires.

Toujours à l’Australium Museum, contiguë aux œuvres de Danie Mellor, on peut admirer une superbe collection de 40 000 pièces qui évoque la diversité de l’art aborigène, du Temps du Rêve à nos jours. Présentant bien sûr les représentations d’animaux endémiques que tout le monde a en tête, elle insiste aussi sur l’histoire et les combats politiques de ces peuples, dont la culture- il ne faut pas l’oublier- est la plus ancienne au monde. Elle montre en particulier la relation particulière des Aborigènes avec leur terre et se divise en six thèmes : spiritualité, héritage culturel, archéologie, famille, terre et justice sociale. Particulièrement pédagogique, elle est confortée par des documents d’archives, photographique et audio-visuels d’une grande richesse.

Abo peinturesArt aborigène, Art Gallery of NSW Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Je voudrais me faire ici l’écho de quelques phrases notées ici et là au hasard de ma déambulation, et qui expriment ce sentiment viscéral d’appartenance à la terre qu’éprouvent les Aborigènes. La terre, sacrée, est pour eux « le noyau de toute spiritualité ». « Il feel my body, with my blood. Feeling all these trees, all this country. When this wind blows, you can feel it- same for country… you feel it, you can look, but feeling… that make you.” ( Kakadu Man, Big Bill Neidjie, 1986).

Et aussi : “It is my father’s land, my grandfather’s land, my grandmother’s land. I am related to it, it gives me my identity. If I don’t fight for it, then I will be moved out of it and that will be the loss of my identity.” (Land Bilong Islander, Father David Rossi, 1990).

Et encore : “The tide of history can never take away our connection to land, because it is a spiritual connection and a higher level… Our law and spirituality is interwined with the land, the people and creation and the forms our culture and our sovereignty.” (Justice Brennan, 1992).

Et enfin, ces mots, qui sont terribles : “Racism for me, as always meant being a “second class citizen” in my own country.” (Aunty Joyce Abraham, Gamilaroi Elder).

Abo John Skinner Prout

Bush landscape with water fall and an Aboriginal standing with native animals (1860), John Skinner Prout, Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

L’Art Gallery of NSW  quant à elle comporte dans ses collections  une quinzaine de photos du photographe Michael Riley. link Ayant commencé sa carrière artistique en 1982, il a fait partie d’un groupe de jeunes artistes indigènes et a fondé le Boomalli Aboriginal Artists Co-operative. Il a participé à la première exposition de photographes indigènes en 1986 et certaines de ses œuvres se trouvent au Musée du Quai Branly. Malgré sa mort prématurée en 2004, son œuvre demeure essentielle pour la compréhension de l’histoire des Aborigènes.

Enfin, parmi les peintres du XIXe siècle et les modernes, quelques-uns ont retenu mon attention. Certains proposent une vision conventionnelle de l’Aborigène. Ainsi, Thomas Clark (1814-1883), avec Fern gully with Aboriginal family (1863) peint une famille aborigène dans son décor naturel, un creux  de verdure et de fougère. John Skinner Prout (1805-1876), neveu du grand coloriste Samuel Prout, propose un Aborigène au milieu d’animaux : Bush landscape with waterfall and an Aborigene standing with native animals (1860). Une vision héritée du mythe du "sauvage" à défaut d'être celui du "bon sauvage".

Abo clark

Fern gully with Aboriginal family, Thomas Clark, 1863 (Art Gallery of NSW, Sydney)

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Mais la représentation des Aborigènes qui m’a le plus émue est celle de Sir George Russell Drysdale (1912-1981). Avec lui, c’est une nouvelle vision de la société australienne qui émerge. Deux tableaux notamment ont sollicité mon regard. Il s’agit de  Shopping Day (1953) et Group of Aborigenes (1963). Les Aborigènes y apparaissent désormais comme des humains ordinaires, bien loin du noble sauvage ou du primitif menaçant. Malgré les couleurs des toiles, de leurs hautes silhouettes massives sur de longues jambes filiformes émane une impression de tristesse poignante et d’immense solitude. Placés au sein d’un paysage qui semble leur être hostile, leur aliénation n’en est que plus grande. Si Russell Drysdale est le témoin du changement de la société australienne, il a surtout l’art de créer  un paysage physique et psychologique, en même temps qu’il est poétique et mystérieux.

Abo DrysdaleGroup of Aborigenes (1963) et Shopping Day (1953), George Russell Drysdale (Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Pour clore cette approche de l’Aborigène dans l’art australien, je n’aurais garde d’oublier la belle sculpture de Rayner Hoff (1894-1937), un sculpteur qui travailla sur l’Anzac War Memorial de Hyde Park à Sydney. Sa Tête de jeune garçon aborigène (1925) m’a plu par son réalisme et son modelé tendre.

Abo Rayner HoffHead of an Aboriginal Boy (1925), Rayner Hoff (Art Gallery of New South Wales, Sydney)

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Au terme de cette brève approche de la représentation de l'Aborigène dans l'art australien, il est clair que l'Art peut aider à la prise de conscience des peuples. Cependant, le champ demeure immense pour que le premier habitant de l'Australie devienne enfin un sujet artistique comme les autres.

 

Lien vers mon billet sur la peinture aborigène link

 

 

 


 

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:02

 Mignon-Forbes.JPG

Mignon, Elizabeth Stanhope-Forbes, 1890, Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 11 février 2013)

 

Dans une des salles de l’Art Gallery of NSW de Sydney, consacrée au Western Art, en février 2013, nous avons vu ce tableau d’Elizabeth-Adela Stanhope Forbes, un peintre canadien (1859-1912). Amie de Whistler, dont elle subit l’influence, elle vécut à Londres avec son mari, le peintre Alexander Stanhope Forbes, fut la voisine de Dante Gabriel Rossetti qu’elle ne rencontra jamais, et connut les peintres de Pont-Aven en 1882.

Cette huile sur toile est très représentative de ce peintre, dont un des thèmes de prédilection est les enfants. Ici, il s’agit bien sûr d’une enfant particulière, puisque le tableau représente Mignon, un des personnages les plus emblématiques du roman de Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister (1796). J’ai été surprise de voir, sous le pinceau d’Elizabeth Forbes, Mignon habillée en fille. Le peintre en fait une petite fille sage en robe blanche, dénaturant ainsi, ce me semble, l'originalité troublante de cette figure féminine. En effet, si la jeune héroïne apparaît dans un costume d’ange à la fin du roman, elle est le plus souvent vêtue en garçon. Un des charmes de ce personnage romanesque d’origine italienne, au nom ambigu, est d’ailleurs son aspect androgyne. Goethe utilise ainsi indifféremment le masculin ou le féminin pour parler de la petite danseuse « des œufs ».

Une lettre de Goethe au chancelier von Müller laisse entendre qu’il aurait écrit son célèbre roman d’apprentissage uniquement pour elle. Présente dans les cinq premiers livres, elle en serait la réelle inspiratrice. Agée de douze à treize ans, Mignon est cette adolescente mutique et maladive que Wilhelm Meister, fils de négociants, rencontre dans la troupe de comédiens ambulants, où il découvre Shakespeare et Hamlet. Compagne d’un vieux harpiste (qui se révélera être son père), dévouée corps et âme au jeune homme, elle en tombe éperdument amoureuse ; il la délaissera pour Natalie et elle en mourra.

Goethe fait de cette enfant à la peau mate et aux longs cheveux le symbole de la tentation de l’Absolu et de la nostalgie du Midi. S’accompagnant à la cithare, celle qui sait à peine lire et écrire connaît l’art de chanter des lieder d’une manière bouleversante. Personnage  inoubliable, elle aura une grande influence sur nombre d’auteurs européens, de Schiller à Brentano, en passant par Novalis, Hugo Wolf et Kleist avec sa petite Catherine de Heilbronn. Elle inspirera aussi les musiciens : Beethoven, Schumann, Schubert, et bien sûr Ambroise Thomas, qui en fera un opéra (1866).

Devant ce tableau, me sont revenus les premiers vers de ce poème que tous les germanisants ont appris pendant leur scolarité. Mais pour moi, ce jour-là, le pays « wo di Zitronen blühn », c’était l’Australie !


Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Gold-Orangen glühn,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn.
 
Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und sehn mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn.
 
Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?
                                     Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns ziehn!


‎"Connais-tu le pays où fleurit l'oranger?
Le pays des fruits d'or et des roses vermeilles,
Où la brise est plus douce et l'oiseau plus léger,
Où dans toute saison butinent les abeilles,
Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu,
...Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu !
Hélas! Que ne puis-je te suivre
Vers ce rivage heureux d'où le sort m'exila!
C'est là! c'est là que je voudrais vivre,
Aimer, aimer et mourir!

Connais-tu la maison où l'on m'attend là-bas?
La salle aux lambris d'or, où des hommes de marbre
M'appellent dans la nuit en me tendant les bras?
Et la cour où l'on danse à l'ombre d'un grand arbre?
Et le lac transparent où glissent sur les eaux
Mille bateaux légers pareils à des oiseaux!


Citronnier.JPG

Citronnier dans une rue de Bondi Beach, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

link

Mignon chanté par Magdalena Kozena

 

 

 




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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:36

perruche 1

             Psephotus varius (ou mulga parrot) dans un arbuste à Bondi Beach

            (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

Un jour qui sait

Peut-être je serai

 

perruche 4

Perruche australe dans un citronnier à Bondi

  (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012) 

 

La perruche arc-en-ciel

Aux délicates ailes

 

perruche 2

                                                                                          Perruche australe à Bondi Beach

                                                                                 (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

Chatoyante et jaspée

Irisée diaprée

 

Perruche-botanic-gardens.JPGPerruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

 (Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Multicolore

Omnicolore

Versicolore

 

Perruche-botanic-gardens-2.JPG Perruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Cachée dans le feuillage

Perdue tel un mirage

 

perruche-boatanic-gardens-3.JPGPerruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

  (Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013

 

Dolente de soleil

Eperdue de merveille

 

perruche-5.JPG

Perruche australe dans une rue de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

D'être sans autre égale

La palette idéale

 

 

Pour la perruche splendide

La perruche soleil

La perruche royale

La perruche australe

 


 


 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:08

Chien.JPG

Deux chiens devant la mer, à Tamarama Beach, sur la Coastal Walk, NSW, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 janvier 2013)

 

 

Le bonheur d'être chien à Tamarama Beach

 

 


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