Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 19:23

Rossetti Venus Verticordia 1864-8

Vénus Vericordia, Huile sur toile, Rossetti, Art Gallery and Museum, Bournemourh

 

 

 

Elle tient la pomme dans sa main pour toi,

Dans son cœur pourtant elle irait presque la reprendre,

Elle a un air songeur, ses yeux en quête

De ce qu’ils peuvent voir dans ton esprit.

 

Peut-être : « Regarde, il est en paix », dit-elle ;

« Hélas ! La pomme pour ses lèvres : le trait

Qui suit sa brève douceur en son cœur,

L’errance perpétuelle de ses pas ! »

 

Un instant son regard est suspendu et timide ;

Mais si elle donne le fruit qui contient son charme,

Ces yeux s’enflammeront comme pour son garçon phrygien.

 

Puis sa gorge d’oiseau tendue prédit le malheur,

Et ses mers lointaines gémissent comme un unique coquillage,

Et son bosquet luit des feux de Troie embrasée par l’amour. »

 

On sait que Rossetti réalisa quatre versions de ce portrait (huile, aquarelle…), dont cette huile est la plus célèbre (1864-1868). Elle représente la déesse de l’Amour, Aphrodite chez les Grecs, et Vénus chez les Romains. Le titre, Vénus Verticordia, est une des nombreuses épiclèses de la déesse, connue sous les noms d’Anadyomène, Amathusie, Cypris, Cythérée, Erycine, ou encore Acidale. L’adjectif latin "verticordia" signifie « qui change les cœurs ».

Cette toile est représentative du syncrétisme exprimé par le peintre dans nombre de ses tableaux. Il associe clairement la tradition païenne aux racines chrétiennes. Vénus (sous les traits d’Alexa Wilding, un des modèles favoris du peintre) est en effet représentée nue, en buste, portant une pomme dans la main gauche et une flèche dans la main droite. Si le fruit évoque bien évidemment Eve et le péché originel, il évoque aussi le jugement de Pâris. Invité par Aphrodite, Athéna et Héra à remettre « la pomme de discorde » à la plus belle déesse de l’Olympe, le fils de Priam et d’Hécube choisit Aphrodite, qui lui permit d’enlever Hélène, la femme de Ménélas. On sait que cet amour fut à l’origine de la guerre de Troie. Par ailleurs, la flèche est l’attribut de Cupidon, dieu de l’Amour, fils de Mars et de Vénus, habile au maniement de l’arc dès son plus jeune âge. Les papillons jaunes, disposés dans l’orbe de l’auréole, sur la flèche et la pomme, symbolisent la métamorphose vers l’amour le plus pur mais, sans doute, aussi l’inconstance de la femme.

On raconte que la plupart des amis du peintre n’aimèrent pas le tableau, trouvant pour certains que la chevelure ressemblait à une vilaine perruque. Selon Waugh, le biographe de Rossetti, Valpy, un de ses principaux acheteurs, refusa de l’acheter à cause de la nudité du personnage.

Le tableau séduit particulièrement par le travail sur les roses et le chèvrefeuille, dans l’éclat rouge de leur floraison. Rossetti aurait dépensé des fortunes pour se procurer les fleurs, exigeant à chaque fois les plus épanouies.

Ruskin, quant à lui, fut choqué par la sensualité de la toile mais sa pudibonderie l’empêcha de la dénoncer précisément. Il préféra critiquer la vulgarité des fleurs. Mais, ainsi que le dit alors Graham Robertson dans une lettre à un ami : « S’il fallait écouter les ragots que l’on colporte sur les fleurs, le jardinage deviendrait tout simplement impossible ! »

Toujours est-il que les nuances de rouge et de rose de la bouche fermement ourlée, de l'aréole des seins et des doigts, les dégradés d'orange et de jaune de la pomme, de l'auréole et des papillons, l'éclatant blond vénitien de la chevelure, l'éclat laiteux de la peau, confèrent à cette Vénus émergeant d'une conque de fleurs une aura sensuelle, dont on ne s'étonnera pas qu'elle ait pu choquer les Anglais du siècle victorien.

 

  Dante Gabriel Rossetti Alexa Wilding 1866

   Portrait du modèle Alexa Wilding (1866), Rossetti

 

 

Sources :

http://www.theearthlyparadise.com

Dante Gabriel Rossetti, Ash Russel 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Femmes de Rossetti
commenter cet article
28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 18:12

  Rossetti Dante Gabriel-The Wedding of St George and Princes

Le Mariage de saint Georges et de la princesse Sabra, Rossetti, 1857,

Tate Gallery, Londres

 

 

Après avoir terminé L’Enfance de la Vierge Marie (1848-1849) et  Ecce Ancilla Domini (1849-1850), Rossetti part avec Hunt en voyage en France et en Belgique. A son retour, il commence une série de peintures à l’aquarelle, inspirées des légendes médiévales, des romans de chevalerie et de L’Enfer de Dante.

Ce tableau (1857), intitulé Le Mariage de saint Georges et de la princesse Sabra, appartient à cette première période. Il évoque un des épisodes de la légende de saint Georges, qui aurait délivré cette princesse, promise à la dévoration d’un monstre. Burne-Jones, dans la deuxième moitié des années 1860, mettra lui aussi en images les différentes étapes de cette histoire  (Le Fille du roi, La Pétition au roi, La Princesse Sabra tirant au sort, La Princesse attachée à l’arbre, Le Retour de la Princesse).

On voit ici la princesse Sabra en train de couper une mèche de ses cheveux pour la donner en gage à saint Georges. Ce dernier, revêtu de son armure, étreint son épouse à genoux, tandis que la tête du dragon, la gueule close par un lien et la langue pendante, gît dans un coffre. La composition, extrêmement claustrophobique, accumule les motifs médiévaux : armoiries, auréole, couronne, gonfanon, éperons à mollette, cloches, anges musiciens (?), motif millefleurs...

C’est Jane Burden, la future femme de William Morris, qui posa comme modèle pour ce tableau, qui était destiné à cet ami de Rossetti.

Ash Russell se demande si cette toile n'a pas été inspirée à  Rossetti par une ballade intitulée Sir Georges et le Dragon, publiée en 1765 par Thomas Percy, dans les Reliques de la Poésie Anglaise d’Autrefois :

 

« Ainsi il vécut avec son cher amour

Et la chance répandit sa grâce sur leur union

Ils furent heureux de longues années

Et leurs vies s’écoulèrent à Coventry »

 

James Smetham, un artiste proche des préraphaélites décrivait ainsi cette toile : « Une œuvre grandiose, comme un rêve voilé d’or. »

 

  JaneBurdendetail Rossetti

  Portrait de Jane Burden par Rossetti

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Femmes de Rossetti
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche