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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 07:23

 

le-cerf-et-la-vigne JJ granville

  Le cerf et la vigne, Jean-Ignace-Isidore Grandville (1803-1847)

 

On était en avril et, par un frais matin,

Un chevreuil intrépide s’en vint dans un jardin.

Oublieux des conseils prodigués par sa mère

Et portant haut ses bois, il n’était pas peu fier

De vivre sans licol : « Foin de ces fariboles ! »

  Il muse, il se hasarde, il va, il batifole ;

Arrachant les écorces, mâchant les jeunes tiges,

Et broutant la bourdaine, il est pris de vertige.

 

Il aperçoit la femme du maître de céans,

Qui lui paraît, ma foi, une assez belle enfant.

« Voilà donc, rêve-t-il, l’épouse qu’il me faut,

Les biches à côté d’elle n’ont rien que des défauts. »

Tout imbu de son charme, il flatte, il apprivoise,

La dame lui sourit, le don juan pavoise.

 

En s’approchant du gîte, quelle n’est pas sa surprise,

Au-delà des croisées, de voir la table mise !

« Que j’aimerais- dit-il- être convive ici ! »

Il l'ignorait encore, on l’y voyait aussi :

Non pas sur une chaise mais au fond de l’assiette,

En cuissot de chevreuil, sur un lit de sarriette.

 

On l’avait chapitré, c’est un bien grand malheur

De convoiter la femme dont l’époux est chasseur.

 

Fable librement inspirée par la venue insolite d’un chevreuil dans le jardin d’Alice (revesetecrituresdalice.over-blog.com)

 

Mardi 18 mai 2010

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Published by Catheau - dans Fables
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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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