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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 16:45

 

Paul-Jean-Toulet-2.jpg


Paul-Jean Toulet (1867-1920) est un poète méconnu que l’édition de ses Œuvres  complètes chez Robert Laffont, en juin 2009, va, on l’espère, contribuer à sortir de l’oubli. Son nom demeure essentiellement attaché à ses Contrerimes, recueil publié en 1921, peu après sa mort, et qui comporte aussi des Chansons (dont la célèbre « Dans Arles, où sont les Aliscams »), des Dixains et des Coples (pièces courtes de deux à quatre vers).

« En feuilletant les pages de ce livre de poèmes qui, dès sa publication, valut à Toulet une gloire entre toutes authentique, on s’aperçoit que les « contrerimes » proprement dites sont au nombre de soixante-dix. Il faut entendre par « contrerimes » des quatrains aux vers alternés de huit et six [syllabes], mais dont les rimes s’embrassent. » (Ph. C.)

Pierre-Olivier Walzer définit ainsi  ce procédé prosodique, au jeu de rimes assez rare :  « La contrerime est cette pièce formée le plus souvent de trois quatrains, construits d’après le schéma : 8-6-8-6 rimant a b b a, de sorte que le grand vers rime avec le petit, ce qui donne à la strophe un élan et une rapidité impossible à atteindre dans une strophe aux vers égaux. »
Michel Décaudin précise que c’est « un système d’une science exquise, avec ses deux octosyllabes et ses deux hexasyllabes alternés, rimant « à contre-longueur » [selon l’expression même de Paul-Jean Toulet] : en vingt-huit syllabes se superposent deux schémas légèrement décalés l’un par rapport à l’autre, l’ordre des vers étant a b a b et celui des rimes a b b a ; il en résulte une allégresse de la démarche qu’accentuent encore la brièveté des pièces, l’usage du rejet et celui de l’ellipse. »  Le trait marquant de la poésie de Toulet est ainsi sa concision, aucune pièce du recueil ne dépassant trente-six vers.

« Système d’une parfaite précision qui se fonde sur un principe d’indétermination, lui-même soigneusement contrôlé », ce rythme subtil fut employé notamment par Leconte de Lisle pour conférer aux poèmes une touche d’exotisme. Cette forme rigoureuse marque par ailleurs un retour à un certain classicisme, dans le souci de se préserver des élans passionnés du cœur, en masquant avec pudeur sa souffrance. »  L’hexasyllabe, fréquemment introduit par un relatif ou une préposition, vient comme l’écho étouffé d’une sensation ou d’un souvenir.

Les premières « contrerimes » de Paul-Jean Toulet paraissent en 1910 et lui valent alors d’être reconnu dès 1913 comme le chef de file des poètes dits « fantaisistes », tels Tristan Derême, Jean-Marc Bernard ou Francis Carco.

 

 

P1010166.JPG

Coucher de soleil sur la pointe aux Piments,
Dimanche 07 mars 2010.

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver

Comme une rouge nue

Où déjà te dessinait nue

L’arôme de ta chair ;

 

Ni vous, dont l’image ancienne

Captive encor mon cœur,

Ile voilée, ombres en fleurs,

Nuit océanienne ;

 

Non plus ton parfum, violier*

Sous la main qui t’arrose,

Ne valent la brûlante rose

Que midi fait plier.

 

 

*Nom vulgaire des giroflées.

 

II

 

  ile-maurice-007.JPG

A la nuit tombante, Pointe aux Piments,
Lundi 1er mars 2010.
 

O mer, toi que je sens frémir

A travers la nuit creuse,

Comme le sein d’une amoureuse

Qui ne peut pas dormir ;

 

Le vent lourd frappe la falaise…

Quoi ! si le chant moqueur

D’une sirène est dans mon cœur-

O cœur, divin malaise.

 

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir

Personne qui vous plaigne…

Tout bas, comme un flanc qui saigne,

Il s’est mis à pleuvoir.

 

IX


P1000495.JPGCasuarinas ou filaos, Pointe aux Piments,
Mardi 02 mars 2010.
 

Molle rive dont le dessin

Est d’un bras qui se plie,

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein,

 

Filaos* au chantant ramage-

Que je meure et, demain,

Vous ne serez plus, si ma main

N’a fixé votre image.

 

*Synonyme de casuarina, arbre qui pousse

sur les côtes de l’île Maurice.

 

XLV

 

P1010161.JPGCoucher de soleil, Pointe aux Piments,
Dimanche 07 mars 2010.

Douce plage où naquit mon âme ;

Et toi, savane en fleurs

Que l’Océan trempe de pleurs

Et le soleil de flamme ;

 

Douce aux ramiers, douce aux amants,

Toi de qui la ramure

Nous charmait d’ombre, et de murmure,

Et de roucoulements ;

 

Où j’écoute frémir encore

Un aveu tendre et fier-

Tandis qu’au loin riait la mer

Sur le corail sonore.

 

XLVI




Samedi 13 mars 2010. 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:15


île maurice 244
Dans une rue de Port Louis, Ile Maurice,
Jeudi 04 mars 2010.

Elle est noire, c'est vrai. Corail ni jameroses*
Ne rient dans sa figure, ou l'or non plus des blés.
Mais, les charbons sont noirs comme elle. Allume-les :
On dirait un buisson de roses.

* Fruit du jamerosier ou jambosier, petit arbre à grandes fleurs, originaire de l'Inde,  
dont les fruits sont de grosses baie rouges sentant la rose.
On les utilise comme fruits de table ou pour préparer des boissons rafraichissantes.

LXI

maurice suite 017
La terre aux sept couleurs de Chamarel, sous la pluis tropicale,
Samedi 06 mars 2010.

Des bords du canal noir où tu quittas ton linge,
Le noir tchocra* te guette avec des yeux luisants,
Floryse. Au loin blanchit la mer sur les brisants,
Parfois sur Chamarel** on voit passer un singe.

* On désigne de ce nom un domestique, un groom, à l'île Maurice et à la Réunion.
** Au sud-ouest de l'île Maurice, terre dite "aux sept couleurs",  de l'orange au violet
en passant par l'ocre.

LXIX

île maurice 022
Pointe aux Piments, la mer devant la fenêtre,
au matin du mardi 02 mars 2010.

Nous fumâmes toute la nuit. Puis un boy vint
Pour ouvrir la fenêtre. Une aurore embaumée
Entra, chassant la nuit, les rêves, la fumée.
- "Une encor, dit Scilla. Ca fera juste 20."

LXXXIII


Ces quatrains sont extraits de Coples, pièces courtes de deux à quatre vers,
qui appartiennent au recueil Contrerimes.


Samedi 13 mars 2010.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 08:49


P1000769
Statuette dans la Maison Eurêka à Moka, Ile Maurice,
le jeudi 04 mars 2010.

Au pays du sucre et des mangues,
Les pâles dames créoles
S'éventent sous les varangues
Au pays du sucre et des mangues
Et zézaient de lentes paroles.

Dans les grands faureuils balançoires
En sombre bois des îles
Elles content de vaines histoires,
Dans les grands fauteuils balançoires
Qui bercent leurs têtes futiles.

Ainsi qu'une odeur de parterre
Lointaine et paresseuse,
Dans le coeur s'infiltre en mystère
Ainsi qu'une odeur de parterre
Leur grâce voluptueuse.

Vers inédits, Premiers vers II,
(Environ 1887)


Paul-Jean Toulet s'embarque à dix-huit ans pour l'île Maurice : trois années (1885-1887) de découvertes et de plaisirs. S'il n'a écrit que de rares strophes sur l'ancienne Isle de France,  elles recèlent cependant une "sorcellerie évocatoire", que n'aurait pas reniée Baudelaire.



P1000727
Madame de la Tour, la mère de Virginie
dans Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.
Maison Eurêka à Moka,
jeudi 04 mars 2010.


Samedi 13 mars 2010.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 19:29

                                                        île maurice 006-1

                                                              Nuit tombante, Pointe aux Piments, Ile Maurice,
                                                                                     Lundi 1er mars 2010.



             Jardin qu'un dieu sans doute a posé sur les eaux,
                  Maurice, où la mer chante, et dorment les oiseaux
.

                                                                                               XLIV, Coples.


Paul-Jean Toulet est né le 5 juin 1867 à Pau. Ses parents, qui habitaient l'île Maurice, rentrèrent en Béarn pour sa naissance. En décembre 1885, il s'embarque pour cette île "au parfum des prochains gérofliers en fleurs". Il y mena une vie sans soucis, s'adonnant au jeu, à la lecture et à sa passion des femmes. Il en reviendra avec le goût de la drogue : le gandia, sorte de chanvre séché, et l'opium.
Ce séjour le marqua définitivement et son oeuvre en conserve de nombreuses traces.



                                                        P1010165
                                                                    
                                                                Coucher de soleil, Pointe aux Piments, Ile Maurice,
                                                                                      Dimanche 7 mars 2010.

                        Douce plage où naquit mon âme ;
                                           Et toi, savane en fleurs
                                 Que l'Océan trempe de pleurs
                                           Et le soleil de flamme...
                                                                                      
                                                                                         Les Contrerimes


Samedi 13 mars 2010

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 14:03

auschwitz.jpg

Afin que nul n'oublie...

Aujourd'hui, on commémore le 65 ème anniversaire de la libération du plus grand camp d'extermination nazi, Auschwitz-Birkenau.
Serge Smulevic y fut déporté  sous le matricule 169922.
Je vous invite à consulter son site, intitulé Ma déportation, Réflexions sur la déportation. Ses textes, ses dessins, ses poèmes témoignent de ce qui fut l'enfer sur terre.


Quand je raconte Auschwitz,

Je raconte ce que j'ai vu

Parce que j'y ai vécu.


Jamais je ne raconte ce que l'on me raconte.

Exagérer ce que l'on a vécu,

C'est travestir la vérité, c'est trahir

La déportation.


Au début, il y a eu Dieu.

Peut-être.

Après, il y a eu Auschwitz.

Avec certitude.

Après, il y aura après nous.

                                                            Quoi ?

                                                                                                   Serge Smulevic


Jeudi 26 janvier 2010 

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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