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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 14:44

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Lundi 08 avril 2013, sur France 5, j’ai regardé Le temps du silence (2010), un téléfilm du réalisateur Franck Apprederis. Il s’agit d’une adaptation de l’œuvre de Jorge Semprun, L’Ecriture ou la Vie (1994), à laquelle l’écrivain a participé pour le scénario et les dialogues. Il précisera lui-même son projet en ces termes : « C’est délibérément un film autobiographique. Mais c’est aussi la tentative de dépasser l’autobiographie, la singularité de l’expérience. Il y a dans l’écriture de ce film, du moins potentiellement, la volonté de partager une expérience, une mémoire, qu’on a vécues seul mais dans la fraternité de tant de solitudes semblables. » Ce téléfilm avait été diffusé sur France 3 le 11 juin 2011, au lendemain de la mort de l’auteur espagnol, le 07 juin 2011.

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L’interprète du rôle de Manuel en est un jeune sociétaire de la Comédie Française, Loïc Corbery, qui a expliqué après la diffusion son émotion lors du tournage du téléfilm : « Dans les allées fantomatiques de Buchenwald, avec, sur la veste de mon costume, mon triangle de tissu rouge de prisonnier politique et mon pantalon de toile, le numéro de détention de Jorge Semprun […] est une sensation difficile à raconter. » Il explique par ailleurs que le rôle a été pour lui « un cadeau merveilleux […] un challenge énorme ».

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Force est de constater qu’il ne démérite pas dans ce défi, même si l’adaptation qui joue sur la couleur, le noir et le blanc, qui s’efforce de réinventer la vie des camps, qui propose de beaux portraits de femmes (notamment Sarah Biasini dans le rôle de Louise ou Anne Loiret dans celui d’Isabelle) ne m’a pas semblé très convaincante. Trop lisse peut-être, trop illustrative sans doute. Mettre en images ce qui n’a pu que difficilement être mis en mots par ceux qui ont vécu l’horreur me semble un défi impossible.

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Car c’est bien là le propos de l’écrivain espagnol dans L’Ecriture ou la Vie, cet ouvrage qu’il n’écrira qu’en 1987, après y avoir longtemps travaillé. Un récit autobiographique qui rend compte de la difficulté de vivre- de survivre- et d’écrire après son internement à Buchenwald, de 1943 à 1945, là où, dit-il, il apprendra ce que c’est que « vivre sa mort ». En témoigne ce dialogue entre Manuel et l’une des femmes qu’il rencontre après la guerre : - « La mort ne vient pas après mais pendant. » - « Pendant quoi ? »- « Pendant la vie ! »

A ceux qui lui conseillent d’écrire pour « mettre en ordre  [sa] mémoire, pour oublier justement », il répond : « Si je continue à écrire, c’est la fin. » L’écriture en effet le replonge dans l’horreur, l’asphyxie comme l’eau de « la baignoire de la villa de la Gestapo à Auxerre ». C’est Lorène (Barbara Cabrita), celle qui ne sait rien de son passé, qui le fait revenir à la vie, « c’est-à-dire dans l’oubli ». Avec Laurence (Audrey Marney), dont le fiancé est mort à la guerre, l’amour est une impasse.

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Jorge Semprun l’a toujours affirmé : « Je ne suis pas un survivant […] je ne parlerai jamais comme quelqu’un qui a survécu à la mort de ses camarades. Je ne suis qu’un vivant, c’est tout ! » A ce propos, on sera sensible à l’évocation du très beau poème d’Aragon, « Chanson pour oublier Dachau », dont une quinzaine de vers se retrouve dans le livre de Semprun.  Dans le téléfilm, on assiste à la discussion entre Manuel, le peintre Boris Taslizky (Philippe Le Dem) et Aragon (Frédéric Van Den Driessche) et aux réflexions sur le poème du Nouveau Crève-Cœur (1948) qui en a découlé. Si je me souviens bien, il me semble que le peintre ou l’écrivain dit que ce poème, mieux que de la prose, a su dire l’indicible. Je voudrais donc faire quelques remarques sur ce poème qu’on ne peut lire sans une profonde émotion.

 

« Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

Il n’y aura pas à courir les pieds nus dans la neige

Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches

jusqu’au matin

Ni marquer le pas le genou plié devant un

gymnasiarque dément

Les femmes de quatre-vingt-trois ans

les cardiaques ceux qui justement

Ont la fièvre ou des douleurs articulaires

ou Je ne sais pas moi les tuberculeux

N’écouteront pas les pas dans l’ombre qui

s’approchent

Regardant leurs doigts déjà qui s’en vont en fumée

Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

 

Ton corps

Ton corps n’est plus le chien qui rôde et qui ramasse

Dans l’ordure ce qui peut lui faire un repas

Ton corps n’est plus le chien qui saute sous le fouet

Ton corps n’est plus cette dérive aux eaux d’Europe

Ton corps n’est plus cette stagnation cette rancoeur

Ton corps n’est plus la promiscuité des autres

N’est plus sa propre puanteur

Homme ou femme tu dors dans des linges lavés

Quand tes yeux sont fermés quelles sont les images

Qui repassent au fond de leur obscur écrin

Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin

Fuit devant les harpons d’un souvenir sauvage

Quand tes yeux sont fermés revois-tu revoit-on

Mourir aurait été si doux à l’instant même

Dans l’épouvante où l’équilibre est stratagème

Le cadavre debout dans l’ombre du wagon

Quand tes yeux sont fermés quel charançon les

ronge

Quand tes yeux sont fermés les loups font-ils le beau

Quand tes yeux sont fermés ainsi que des tombeaux

Sur des morts sans suaire en l’absence des songes

 

Tes yeux

Homme ou femme retour d’enfer

Familiers d’autres crépuscules

Le goût de soufre aux lèvres gâtant le pain frais

Les réflexes démesurés à la quiétude villageoise de

la vie

Comparant tout sans le vouloir à la torture

Déshabitués de tout

Hommes et femmes inhabiles à ce semblant de bonheur revenu

Les mains timides aux têtes d’enfants

Le cœur étonné de battre

 

Leurs yeux

Derrière leurs yeux pourtant cette histoire

Cette conscience de l’abîme

Et l’abîme

Où c’est trop d’une fois pour l’homme être tombé

Il y a dans ce monde nouveau tant de gens

Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur

Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens

Pour qui toute douceur est désormais étrange

Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens

Que leurs propres enfants ne pourront pas

comprendre

Oh vous qui passez

Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs

 

Tout comme Semprun, Aragon se tient ici du côté de la vie. Les morts, dans une métaphore classique, sont comparés à des dormeurs que les vivants ne doivent pas réveiller. Le poème, circulaire, commence par « Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs » pour se terminer par une apostrophe aux vivants en marche : « Oh vous qui passez/ Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs ». On notera l’emploi du futur de certitude et l’impératif de défense, que viennent renforcer la négation et le pronom indéfini du premier vers. Une occurrence du premier vers se retrouve de plus à la fin de la première partie qui décrit les scènes du quotidien.

Entre ces vers qui isolent les morts du monde des vivants, Aragon reconstitue en effet le rituel atroce des camps. Le champ lexical du corps est au service de la vision de ces rassemblements inhumains sous le froid et la neige pendant des heures, pour la satisfaction du sadisme d’ « un gymnasiarque dément ». Celui de la maladie souligne l’horreur de ces traitements infligés à des gens déjà affaiblis, la menace de la mort dans les crématoires étant matérialisée par les « pas dans l’ombre qui/ s’approchent » et les « doigts déjà qui s’en vont en fumée ». Quelques vers suffisent à exprimer avec force la lente déchéance des corps promis aux crématoires et la déshumanisation des êtres.

Dans une deuxième partie, le poète s’adresse à une victime en particulier, donnant ainsi plus de force à ce qui fut une extermination de masse mais où chaque mort fut particulière. On notera l’anaphore de « Ton corps », insistant sur cette méthode de destruction des corps par l’humiliation, le rabaissement à l’état animal, la promiscuité dégradante. Tout un vocabulaire péjoratif, allié à un procédé d’accumulation et au démonstratif, vient de plus en souligner l’horreur (« l’ordure », « le fouet », « cette dérive », « cette stagnation », « cette rancœur », « la promiscuité », « puanteur »).

On notera cependant que ces évocations de l'enfer se font par le biais de la forme négative totale, particulièrement insistante (« ne… pas », « ne…plus »), indiquant que ces épreuves sont définitivement terminées. Réveiller les dormeurs (et donc écrire ?) serait contraindre les survivants à revivre l’abjection. Mais en sont-ils véritablement libérés ?

En effet, usant de la forme interrogative, le poète s’interroge sur les visions que le survivant (« Homme ou femme ») a gardée en mémoire, maintenant qu’il repose « dans des linges lavés ». Métonymiquement, les yeux succèdent au corps. L’anaphore, « Quand tes yeux sont fermés », souligne combien les nuits des victimes sont hantées de cauchemars et qu’elles n’ont pas droit à la beauté des « songes ». On est happé ici par la force des images venues sous la plume du poète. Elles évoquent une chasse à l’homme, le monstre « marin » du nazisme poursuivi sans fin par le « souvenir sauvage », et la mort debout dans les wagons, « dans l’épouvante où l’équilibre est stratagème ». La mémoire devient ainsi insecte rongeur, « charançon » mortifère, qui fait revivre la parade bottée et cravachée des officiers nazis, devenus « loups » pour l’homme et faisant « le beau ». C’est là, pour celui qui reste, que « Mourir aurait été si doux » et que ses yeux fermés ne voient plus que les « morts sans suaire ».

Ce thème du regard est aussi très présent chez Jorge Semprun. N’évoque-t-il pas « son regard de fou, dévasté » ? Ne saisit-il pas celui « dilaté d’horreur d’un jeune soldat américain fixé sur l’amoncellement des cadavres qui s’entassaient à l’entrée des bâtiments des fours ? » Comment vivre après quand « les yeux ont vu ça » ? Chez Aragon, le questionnement angoissé se poursuit quand, « de retour d’enfer », il faut réapprendre à vivre, en ayant éternellement en tête « d’autres crépuscules », toujours à la bouche « le goût de soufre », « les réflexes démesurés à la quiétude villageoise ». Tout un lexique de l’inaptitude (« inhabiles », « timides », « étonné de tout ») indique que désormais les survivants (Hommes et femmes ») sont « Déshabitués de tout ». De tout ce qui fait la saveur de la vie elle-même (« le pain frais », les « têtes d’enfants », le cœur qui bat ), rien ne leur semble plus normal : ce n’est qu’un « semblant de bonheur revenu ».

La dernière partie du poème dit la blessure irrémédiable d’avoir connu le gouffre, cette béance déshumanisée qui demeure « derrière leurs yeux » (double occurrence du mot) et le mot « abîme » est ici employé deux fois. La chute dans cette abjection est de « trop » et il n’est aucun moyen de l’oublier. L’anaphore, « Il y a dans ce monde ancien… nouveau… ancien et nouveau », souligne la solennité de ce qui est ici affirmé. De nouveau, l’emploi du futur et de la forme négative conforte cette idée d’un fait irrémédiable, ce que révèlent l’emploi des adverbes de temps (« plus jamais », « désormais »). La répétition du superlatif insiste sur le nombre des victimes, (« tant de gens… tant et tant de gens ») qui se retrouvent désormais dans un au-delà du monde où la douceur n’est plus « naturelle » mais est devenue « étrange », tout comme eux sont devenus des étrangers. Il ne sert à rien de parler ni d’écrire puisque « leurs propres enfants ne pourront pas/ comprendre ». Et pourtant, les derniers vers, « Oh vous qui passez/ Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs », s’ils désignent bien les morts, mai[…] les désigne[nt] aux vivants et les désigne[nt] comme morts ». Entre l’écriture ou la vie, dans un premier temps, Semprun choisira aussi la vie. Il savait en outre, ainsi qu’il l’a écrit, que « le vrai problème, ce ne sera pas de raconter mais d’être entendu ».

Ce téléfilm m’aura ainsi permis de découvrir ce poème poignant d’Aragon, résistant communiste comme Semprun, qui, s’il ne connut pas les camps, sut les dire avec justesse et vérité grâce aux mots du poète.

 Aragon.JPG

 

 

Sources :

L’Ecriture ou la Vie, wikipedia.org

Ecrire après Auschwitz : mémoires croisées France/ Allemagne

 

 

 

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 19:34

 

Volkaert--Edward-Cows-in-a-pasture.jpg

Vaches paissant, Edward Volkaert

 

À Paul Lafond

 

Dimanche

des Rameaux…

Les blancs hameaux,

les ormeaux,

les sureaux,

les roseaux,

les fuseaux,

les bestiaux,

s’endorment

comme

des oiseaux.

A l’ombre des feuilles,

les eaux lentes se recueillent

dimanchement.

Ô Rousseau !

Où sont

les sons

des chalumeaux ?

[…]

 

Francis Jammes, De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir

 

J’aime le début de ce poème, "Dimanche des Rameaux", des vers tout simples du poète pyrénéen que chérissait Rilke. En très peu de mots, toute une atmosphère calme et printanière est suggérée. L’allusion à Rousseau me rappelle ce merveilleux passage des Confessions, quand le jeune Jean-Jacques (« Petit »), le 21 mars 1728 à Annecy,  fait la rencontre éblouie de celle qui deviendra « Maman », Madame de Warens.

 

 


 

 

 

 

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 22:26

 

 Etang.JPG

Etang de Marson

(Photo ex-libris.over-blog.com, Efet Orton, Dimanche 11 novembre 2012)

 

 

A l’infini le ciel tout en azur

Dans les bambous, un vent léger, presque froid, telle une caresse,

Sur l’onde limpide, un voile de brume,

Dans l’embrasure, le clair de lune.

Sur la haie, des grappes de fleurs, comme l’an passé-

Au fond de l’air, le cri d’une oie sauvage. De quel pays vient-elle ?

Le cœur tout inspiré, je voudrais prendre le pinceau-

Mais rougis à l’idée de me comparer au maître Dao !

 

Nguyen Khuyen (1835-1909),

in Mille ans de littérature vietnamienne, Une anthologie, Picquier poche

 

 

Blog en pause

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:37

 

 anna-en-jaune-la_co.jpg

Anna de Noailles, 1913

 

 

C’est l’été, je meurs, c’est l’été…

Un désir indéfinissable

Est sur l’univers arrêté.

Ah ! dans les plis légers du sable

Le tendre groupe projeté

D’un rosier blanc et d’un érable !

Le cœur languit de volupté ;

On croit qu’on sourit, mais on pleure.

Le désir est illimité…

- O belle heure de l’été, belle heure

Brisée en deux par les parfums,

Plaintive, ardente, et qui demeures

Un arceau de miel rose et brun,

Que dois-je faire de l’ivresse

Qui m’exalte au-delà de moi ?

O belle fleur qui nous caresses

Par les fleurs du plus chaud des mois,

Entraîne mon corps qui défaille

Vers quelque douce véranda

Que protège un store de paille,

Vert comme un nouveau réséda ;

Que là je trouve un enfant tendre,

Un ami triste comme moi,

Auprès de qui j’irai m’étendre

Et jeter mon divin émoi ;

Et les bras mêlés sur la table

Où luira le traînant soleil,

Dans un sanglot inexplicable

Nous aurons un plaisir pareil…

 

"Vie-Joie-Lumière" in Les Eblouissements

 

En ce jeudi 21 juin 2012, premier jour de l’été, où  la chaleur fut accablante, mêlée d’une humidité séchée par le grand vent, j’ai souhaité faire entendre la voix d’Anna de Noailles, celle qui voulait « pour amant le tendre été ».

Dans cette suite de vingt-neuf octosyllabes en vers croisés, elle exprime un sentiment d’exacerbation douloureuse, créée par  un désir diffus et innommé. S’y opposent les champs lexicaux du plaisir («  désir » (vers 2 et 9), « volupté »,  « ardente », « l’ivresse », « m’exalte », « caresses », « défaille », « émoi », « plaisir ») et de la souffrance (« je meurs », « on pleure », « brisée », « plaintive », "triste » "sanglot »).

J’aime chez elle cette manière qu’elle a de s’adresser à la nature avec spontanéité et simplicité, pour dire un sentiment complexe, qui serait un spleen ensoleillé. On notera l’apostrophe, « O belle heure de l’été », reprise dans une anaphore qui insiste sur ce moment de beauté privilégié (vers 10), que vient conforter la variation phonique : « O belle fleur ».

Tout son être est ici sollicité : le cœur bien sûr (vers 7) mais aussi est surtout le corps. Les parfums deviennent couleurs ( "un rosier blanc", « un arceau de miel rose et brun »), les images l’entraînent dans une ex-tase intense qui la projette hors d’elle-même( « projeté », « au-delà de moi ») et qu’elle souhaite partager.

Dans ce moment unique, comme pétrifié (« arrêté », « demeures »), dans le temps d’un été à son plein, la poétesse ardente et passionnée aspire à la rencontre avec « un enfant tendre », « un ami triste », (deux caractéristiques soulignées par l’allitération en [t]), qui la comprendrait. A l’abri d’un store couleur de réséda, sous un soleil atténué (« traînant »), la tendresse (vers 5 et 22) et la douceur (vers 19) s’exprimeraient dans une communion sensuelle qui ferait s’unir leurs bras et pleurer sans raison leur âme.

Dans ce poème tout plein de vibrations indéfinies, d’une acuité inquiète, au cœur même de l’éblouissant été, on perçoit cette angoisse qui hante Anna de Noailles. C'est elle qui donne à toute son œuvre ce frémissement lyrique inimitable, venu peut-être de ses origines orientales.

 


 

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 07:00

 Queneau.JPG

      Mer, rochers et algues, entre Kerouriec et La Roche Sèche en Erdeven

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2012)

 

 

 

Clochard nocturne aux yeux taillés

tu te traînes sur les rocs maritimes

laissant laiteuse la trace de ton passage bavé

les eaux noires continuent de rouler leurs airs

toi libre de respirer tu évites

les hommes couchés derrière leurs murailles

en haut de la falaise somnole un douanier

et lorsque la nuit se dissout tu repars

vers le nid d’algues où tu es né

 

Fendre les flots (1969),

in Courir les rues, Battre la campagne, Fendre les flots

Raymond Queneau

 

Queneau présentait ainsi la troisième partie de son recueil : « La vie est une navigation, on le sait depuis Homère. » Dans la préface de l’édition Gallimard, Claude Debon souligne que Fendre les flots est, des trois volumes, le plus « pensé », le plus construit.

Brève apostrophe à l’être humain, ce neuvain me semble bien résumer cette idée d’un homme, éternel voyageur, qui aspire à sortir de ses limites pour retourner vers les eaux originelles d’où il est issu.

Dans ce texte à l’apparence simplissime, subtile association de prosaïsme et de philosophie, on perçoit une grande profondeur. L’homme y apparaît sous la très belle métaphore d’un « clochard nocturne aux yeux taillés». Une image complexe qui associe la péjoration de l’appellation « clochard » à la beauté de l’errance, qui mêle aussi la noirceur de la nuit à la pénétration de ces yeux « taillés », peut-être comme des gemmes.

S’opposent ici les champs lexicaux de l’immobilité, du minéral, de l’enfermement (« rocs », « couchés », « murailles », « falaise », « douanier ») et de l’errance (« clochard », « maritimes », « rouler », « libre », « passage » « repars » « algues »).

Par le biais d’un lexique péjoratif ( « tu te traînes », « bavé »), d'une allitération en [t] des plus insistantes sur l’aspect lent et rampant (vers 1, 2 et 3), les premiers vers dessinent un être à la lenteur d’escargot, mollusque portant sa maison sur son dos, bavant une laitance qui écoeure.  En face de lui, la mer éternelle (« continuent ») est en proie à un mouvement infini, que vient souligner l’emploi des consonnes liquides.

Avec l’évocation ironique d’un « douanier » qui « somnole », fonctionnaire installé dans la monotonie des jours, la seconde partie du poème souligne ce désir fondamental de l’homme à sortir de ses frontières, à s’arracher à l’immobilité, à la prison de la terre. Il n’a de cesse de retourner vers la matrice originelle, son élément primordial d’où il a été exilé, « le nid d’algues » de la naissance. L’assonance stridente en [i] (« libre », « évites », « respirer », « nuit », « dissout », « nid ») est au service de cette inspiration extrême (aspiration), qui précède le départ au loin.

L’ensemble baigne dans une atmosphère cosmique obscure (« nocturne », « eaux noires », « la nuit »), que le mouvement vers l’ailleurs vient dissiper (« se dissout ») et anéantir. Ce poème dynamique (« tu repars ») philosophe sans en avoir l'air, tout comme Heiddeger lorsqu'il écrivait que « L’homme est l’être des lointains. »

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : prendre l’air

 

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:50

A-los-poetas-de-la-generacion-del-27.JPG

Statue dédiée aux poètes de la génération de 27, Séville

(Photo ex-libris.over-blog. com, Effet Lomo, samedi 21 avril 2012 au matin)

A Séville, non loin des bords du Guadalquivir, on peut admirer cette statue en l’honneur des poètes de la génération de 27. Celle-ci constituait un groupe littéraire qui apparut sur la scène espagnole entre 1923 et 1927. Nés entre 1892 et 1903, considérant Góngora comme leur maître, ils furent désignés par le nombre 27. 1927,  c’est en effet l’année où on célébra le tricentenaire de la mort de Góngora. 

Ce groupe comprenait : Pedro Salinas, Jorge Guillén, Gerardo Diego, Dámaso Alonso, Federico García Lorca, Vicente Aleixandre, Emilio Prados, Rafael Alberti, Luis Cernuda, Manuel Altolaguirre. Ils agirent ensemble dans la commémoration du tricentenaire de la mort de Góngora, dans la résidence d’étudiants de Madrid où ils organisèrent toute une vie culturelle, dans le conseil de rédaction des revues comme Occidente ou la Gazeta Literaria, dans la composition de l’anthologie conçue par Gerardo Diego en 1931, à laquelle chaque auteur apporta sa contribution.

Ces jeunes poètes donnèrent la primauté aux formes populaires espagnoles et à la métaphore.  Ils tentèrent de concilier les traditions littéraires savantes et populaires espagnoles et les avant-gardes européennes. En eux, modernité et tradition se rencontrent, sans pour autant s’affronter.  Ils puisèrent leur inspiration chez Góngora, dans le romancero et les chansons traditionnelles mais aussi dans le monde le plus contemporain. Evoluant de la poésie pure vers un engagement plus concret, le groupe se dispersa lors de la guerre d’Espagne.

Dans ce square, des stèles présentent certains poèmes, dont celui-ci de Manuel Altolaguirre :


Ahora sé que eres tú.

Ahora, cuando no te siento,

Cuando mis sentidos no te limitan

Ahora es cuando cuando te tango

 

Maintenant sois ce que tu es.

Maintenant quand je ne te respire pas,

Quand mes sens ne te cernent pas,

Maintenant tu existes quand je ne te possède pas.

Sources :

FACEEF, F. G. Lorac, Vie et oeuvre

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre


 


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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:43

 

 Mar-Adentro-2.jpg

 

 

 

Il y a quelque temps, j'ai vu à la télévision Mar Adentro du réalisateur espagnol, Alejandro Amenabar. C'est l'histoire vraie de Ramon Sampedro, resté tétraplégique après un plongeon dans la mer. Demeuré plus de vingt-cinq ans immobile, soutenu par la présence constante et affectueuse de sa famille, il souhaita mourir. L'Etat lui ayant refusé cette liberté, il réalisa cependant son désir avec l'aide de onze de ses amis.

Selon moi, ce film ne se veut pas un plaidoyer pour l'euthanasie, tant il est animé par toutes les forces de la Vie : celle du courage et du libre-arbitre de Ramon Sampedro lui-même, celle de sa famille opposée à son choix, celle de ses amis à l'amitié sans faille, celle du rêve qui l'a aidé à vivre.

Pour preuve, ce poème intitulé « Mar adentro »,  écrit par Ramon Sampedro, et dont la traduction littérale en français est malaisée : peut-être "Au loin, au plus profond" ou encore « Mer intérieure » ou « Grand large »…


Au loin, au plus profond
et dans l'apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s'unissent deux volontés
pour accomplir un désir. 

Un baiser embrase la vie,
en un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose,
mon corps n'est déjà plus mon corps ;
c'est comme pénétrer au centre de l'univers. 

L'étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu'à nous voir réduits
en un unique désir. 

Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu'à l'au-delà absolu
par le sang et par les os. 

Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.

 

 


 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 23:32

 

youki-et-desnos.jpg

      Youki et Robert Desnos

 

quand l’âge aura flétri ces yeux et cette bouche

quand trop de souvenirs alourdiront ce cœur

quand il ne restera pour bercer dans sa couche

ce corps aujourd’hui beau que des spectres moqueurs

 

quand la poussière infecte en recouvrant les choses

vêtira d’un linceul les désirs abolis

quand l’amour plus fané qu’en un livre une rose

ne sera plus qu’un nom sous des portraits pâlis

 

quand il sera trop tard pour n’être plus cruelle

quand l’écho des baisers et l’écho des serments

Décroîtront comme un pas la nuit dans une ruelle

ou le sifflet d’un train vers le noir firmament

 

quand sur les seins pendants le ventre qui se ride

Les mains aux doigts séchés durcies par les passions

Et lasses d’essuyer trop de larmes acides

Referont le bilan de leur dégradation

 

quand nul fard ne pourra mentir à ce visage

S’il se penche au miroir jadis trop complaisant

Pour se désaltérer comme au lac d’un mirage

Aux rêves du passé revécus au présent

 

La belle que voilà restera belle encore

Par la vertu d’un feu reflété constamment

aux vitres d’un château dont les salles sonores

seront hantées par ceux qui furent ses amants

 

La belle que voilà ainsi qu’une fontaine

Dont le flot toujours pur sur les marbres disjoints

S’écoule en entraînant d’ineffables sirènes

Pour perdre sa splendeur ne renoncera point

 

Rien ne disparaîtra des ciels qui se reflètent

Malgré la peau fripée et malgré les reins plats

Restera jalousée et présente à la fête

Jeune éternellement la belle que voilà

 

Tant de cœurs ont battu jadis à son attente

qu’une flamme est enclose dans ce corps sans raison

qu’indigne de ces feux elle reste éclatante

Ainsi qu’à l’incendie survivent les tisons

 

Robert Desnos, in Youki 1930 Poésie

 

Dans les années 30, vivant désormais pour Youki et avec elle, Desnos se met à une poésie qui s’approche de la chanson ou de la comptine. Dans Youki 1930 Poésie, il associe ces deux genres dans des poèmes tout remplis de jeux verbaux et dans d’autres plus mélancoliques, à la forme plus classique.

C’est le cas de cette suite de neuf quatrains aux rimes croisées (dont nous avons respecté la surprenante ponctuation), intitulée « La belle que voilà », titre qui évoque une vieille chanson française.

Y célébrant la Femme aimée comme Ronsard le fit dans les Sonnets pour Hélène (« Quand vous serez bien vieille…), ou encore plus fortement Baudelaire dans « A une charogne », le poète ose ici l’image d’une femme vieillie et usée. Et l’on pense de même aux paroles de la chanson de Moustaki : « La femme qui est dans mon lit /N’a plus vingt ans depuis longtemps… »

Construit sur l’anaphore de la conjonction de temps, le texte consacre ainsi cinq strophes à la description de la dégradation du corps et à l’engloutissement des serments dans le passé. Pourtant, à l’encontre par exemple de « Colloque sentimental » de Verlaine, qui signe la fin définitive de l’amour, les quatre dernières strophes exaltent l’éternité d’un sentiment amoureux qui, tel le phénix, se pérennise grâce au souvenir.

Renouvelant ainsi à sa manière, simple et discrète, un thème ô combien rebattu, Desnos se situe ici dans la lignée des poètes de l’amour fou, dont la plume inspirée ressuscite la femme qu’ils aimèrent et ne cesseront d’aimer.

 

 

 


 

 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 22:30

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Rue Saint-Martin

(Photo Wikipédia)

 

De l’aventure surréaliste aux compagnons des camps de concentration, Robert Desnos fut un chantre de l’amitié. En 1930, dans Corps et biens, il avait déjà écrit :

« Il avait le cœur sur la main

Et la cervelle dans la lune

C’était un bon copain… »

Dans Les portes battantes (1936-1938), il évoquait « cet ami que je n’ai pas revu… » :

« Mais le temps viendra bientôt

Où les rencontres d’amis seront désirables

Et où, de toutes façons,

Ils auront quelque chose à se dire »

Avec Etat de veille, recueil de poésie engagée (vingt poèmes publiés en 1943, dans la collection « Pour mes amis », édités hors commerce par Robert J. Godet, avec une gravure originale au burin par Gaston-Louis Roux), on retrouve ce fil de l’amitié, patiemment tissé avec ceux qui se battent aux côtés du poète pour la libération de la France.

C’est en effet le moment où Desnos est entré dans le réseau Agir après la rafle du Vel d’hiv. Il fournit alors des informations pour la presse clandestine et « fabrique des pièces pouvant aider des membres du réseau et des israélites ».

Ainsi dans le deuxième poème, « Histoire d’une ourse », on peut lire :

« J’entends des pas lourds dans la  nuit,

J’entends des chants, j’entends des cris,

Les cris, les chants de mes amis.

 

Leurs pas sont lourds

Mais quand naîtra le jour

Naîtra la liberté et l’amour. »

 

Dans le très beau poème, « Couplets de la rue Saint-Martin », c’est avec une pudeur retenue qu’il évoque son ami André Platard, disparu un matin, et qui sera fusillé par les nazis.

 

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

Depuis qu’André Platard l’a quittée.

Je n’aime plus la rue Saint-Martin,

Je n’aime rien, pas même le vin.

 

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

Depuis qu’André Platard l’a quittée.

C’est mon ami, c’est mon copain.

Nous partagions la chambre et le pain.

Je n’aime plus la rue Saint-Martin.

 

C’est mon ami, c’est mon copain.

Il a disparu un matin,

Ils l’ont emmené, on ne sait plus rien.

On ne l’a plus revu dans la rue Saint-Martin.

 

Pas la peine d’implorer les saints,

Saints Merri, Jacques, Gervais et Martin,

Pas même Valérien qui se cache sur la colline.

Le temps passe, on ne sait rien.

André Platard a quitté la rue Saint-Martin.

 

                                                              1942

 

in Etat de veille, avril 1943

 

D’une certaine manière, ce poème fait suite au dixième, daté de 1936, intitulé « Aujourd’hui je me suis promené… ». Le poète y raconte comment il se promène avec un camarade « même s’il est mort »,et comment celui-ci lui dit :

« Toi aussi tu viendras où je suis,

Un Dimanche ou un Samedi, »

Deux textes qui se répondent et qui sont préfiguration du sort qui sera dévolu à Desnos lui-même…

Composé d’une suite de quatre strophes, alternant quatre et cinq vers, ce poème est d’une extrême simplicité. S’apparentant à une chanson populaire, telle une rengaine, il demeure à l’esprit grâce à l’emploi du son [in] repris à la rime, à la répétition lancinante de l’adverbe « rien », à une suite de vers, composés uniquement de phrases juxtaposée, comme dans le langage quotidien.

Le désamour du poète pour la rue Saint-Martin s’explique par la disparition de l’ami, le copain, avec qui il partageait « la chambre et le pain », retrouvant à travers ce partage l’étymologie du mot co-pain. Il s’exprime surtout par le leitmotiv du vers « Je n’aime plus la rue Saint-Martin », répété cinq fois, et qui fait office de refrain.

André Platard demeure présent au cœur de Desnos. Son nom revient trois fois dans le poème, ce qui lui permet de le ramener à l’existence. Il en va de même pour l’emploi du présent permanent : « C’est mon ami, c’est mon copain ». Pourtant, même l’imploration des saints du quartier ne sert plus de rien, ils sont désormais inefficaces, en dépit de l’accumulation de leur  nom (« Merri, Jacques, Gervais, Martin »). L’allusion au Mont Valérien ajoute encore au tragique de l’évocation.

Enfin, le sort funeste de l’ami est exprimé de manière très euphémisée par les formes verbales « on ne l’a plus revu » et « André Platard a quitté… ». L’atmosphère ici est toute empreinte de pudeur et de délicatesse et fait immanquablement songer à « Pauvre Rutebeuf » de Villon :

« Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus

Et tant aimés … »

Même épure, même dépouillement, révélateurs, me semble-t-il de ce que recherchait Desnos dans Réflexions sur la poésie : « Unir le langage populaire, le plus populaire, à une atmosphère inexprimable, à une imagerie aiguë… »

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lilou Frédotte : l’amitié

 


 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 22:25

 MAURICE-Denis-1870-1943-La-nativite-Musee-des-augustins-To.jpg

La Nativité, Maurice Denis (Musée des Augustins, Toulouse)

 

Mon Dieu qui dormez faible entre mes bras,

Mon enfant tout chaud sur mon cœur qui bat,

J’adore en mes mains et berce étonnée,

La merveille, ô Dieu, que m’avez donnée.

 

De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas.

Vierge que je suis, en cet humble état,

Quelle joie en fleur de moi serait née ?

Mais Vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée.

 

Que rendrais-je à vous, moi sur qui tomba

Votre grâce ? Ô Dieu, je souris tout bas

Car j’avais aussi, petite et bornée,

J’avais une grâce et Vous l’ai donnée.

 

De bouche, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas

Pour parler aux gens perdus d’ici-bas…

Ta bouche de lait vers mon sein tournée,

Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

 

De main, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas

Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las…

Ta main, bouton clos, rose encor gênée,

Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

 

De chair, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas

Pour rompre avec eux le pain du repas…

Ta chair au printemps de moi façonnée,

Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

 

De mort, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas

Pour sauver le monde… Ô douleur ! là-bas,

Ta mort d’homme, un soir, noire, abandonnée,

Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.

 

Marie Noël, Le Rosaire des joies 

 

J’aime ce poème de Marie Noël, qui fait parler la Vierge Marie avec la simplicité d’une mère. Celle-ci avoue l’émerveillement devant la naissance et la gratitude d’avoir été choisie pour être la mère de Dieu. Elle donne tout son prix à l’Incarnation en évoquant la bouche consolatrice, la main guérisseuse, la chair qui deviendra Eucharistie, qu’elle-même a façonnées. Enfin, elle dit dans les larmes le mystère de la Rédemption qui doit passer par la mort de son fils. En quelques strophes, tout est accompli.

 

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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