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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 13:08

 

Faisan Monet.1869.collection particulière

Faisan, Monet, 1869, Collection particulière

 

 

Avant d’être plumé près du fourneau joyeux,

Vois-tu, je suis d’abord un repas pour tes yeux,

Comme sur les forêts novembre est sur mon aile.

Chaque plume à mon col imite une prunelle,

Et riche, et roux et bleu, sur la table laissé,

Je suis très beau ; j’ai l’air de l’automne blessé.

Avant qu’à la cuisine obscure tu m’emportes,

J’ai l’air d’un seigneur mort vêtu de feuilles mortes.

 

Abel Bonnard, Les Familiers, 1906

 

 

A présent que l’automne et les lâchers de faisans ramènent sur les routes de campagne la silhouette racée et la démarche majestueuse de ces beaux oiseaux ignorants de leur mort prochaine, voici un court poème en leur honneur. Il est extrait du premier recueil d’Abel Bonnard (1883-1968), Les Familiers, qui obtint le Prix de l’Académie française en 1906. Colette connaissait par cœur certains poèmes de cette œuvre et il paraît que le Chanteclerc de Rostand doit beaucoup à un texte en particulier.

Dans ses vers on retrouve la « même finesse de touche, [la] même acuité d’observation, [la] même trouvaille d’images souvent imprévues, mais toujours étonnantes d’exactitude » que chez le Jules Renard poète qui venait d’écrire ses Histoires naturelles (1894). Il éprouvait un grand amour à l’endroit des oiseaux et avait écrit : « Les oiseaux […] appartiennent moins à notre monde qu’ils ne lui sont ajoutés ; ils inventent la joie au-dessus de nous. » (Océan et Brésil).

Abel Bonnard, descendant des Bonaparte par son père biologique, le comte Joseph Napoléon Primoli, fit le mauvais choix de la Collaboration ; il vit sa condamnation à mort pour contumace commuée en bannissement ; il mourut en Espagne en 1968.

 

Faisan

Faisan devant des maïs (Samedi 09 octobre 2010)

 

 

 

 

 

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:37

  musset

 

Le 11 décembre 2010, on fêtera le bicentenaire de la naissance de Louis Charles Alfred de Musset, né à Paris au 33, rue des Noyers (aujourd’hui, 57, boulevard Saint-Germain).

C’est l’occasion de lire ce poème de Valère Gillé, extrait de Les Tombeaux, publié à Bruxelles en 1900, et qui donne du poète l’image la plus connue, sinon la plus convenue.

 

Souvenez-vous : la brise est charmeuse et câline ;

La nuit est dans le parc comme un enchantement,

Et parmi les velours de l’ombre, en s’endormant,

La lune dans les fleurs et les feuilles s’incline.

 

Sous le balcon d’Agnès, de Laure ou de Zerline

Il chante : c’est la voix de l’éternel amant.

Le ciel de cristal tinte, et langoureusement

Dans un rêve d’amour vibre la mandoline.

 

Mais l’infidèle a clos ses volets ; et son cœur

Reste sourd à l’appel ardent, tendre ou moqueur

Du page qui l’implore et soupire pour elle.

 

Soudain il rit, d’un rire ironique et falot,

Et ses doigts plus nerveux pincent la chanterelle,

Qui pleure, s’exaspère et rompt dans un sanglot.

 

Car Musset, le poète romantique par excellence, est celui-là même qui écrivait dans la dédicace de La Coupe et les Lèvres :

 

[Mais] je hais les pleurards, les rêveurs à nacelles,

Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles,

Cette engeance sans nom, qui ne peut faire un pas

Sans s’inonder de vers, de pleurs, et d’agendas.

 

Cette dédicace est riche d’enseignements : Musset, qui y tente de définir ses goûts et ses méthodes, en arrive à une seule conclusion, le doute. Ce déchirement interne, au cœur d’une œuvre d’une grande variété, sera mis en lumière dans La Nuit de décembre (décembre 1835), long poème où le narrateur  met en scène cet « étranger vêtu de noir », qui lui ressemble « comme un frère ». Ce phénomène d’autoscopie, au-delà du thème du double, correspond à un trait fondamental de l’écrivain, la multiplication des voix : Coelio et Octave l’expriment dans Les Caprices de Marianne (1833) mais c’est le personnage de Lorenzo de Médicis, dans Lorenzaccio (1834), qui l’illustrera de la manière la plus magistrale.

 

  philipe dans lorenzaccio

  Gérard Philipe dans Lorenzaccio

 

 

Jeudi 30 septembre 2010

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 21:51

  Schubert au piano klimt

  Schubert au piano, Gustav Klimt

 

Le lied que mon âme chantonne,

Mon lied peureux qui pleure un peu,

Est germanique et triste un peu,

Le lied que mon âme chantonne.

 

Oh ! c’est un lied bien monotone,

Pleurant toujours les mêmes pleurs,

Chantant toujours les mêmes fleurs,

Le lied que mon âme chantonne.

 

Le lied est vieux et monotone,

Et long et long- et vain, hélas !

Et jamais il ne finira,

Le lied que mon âme chantonne.

 

Roseaux (1898), Paul Gérardy (1870-1933)

 

 

Comment ne pas être sensible à la musique toute verlainienne de ce poète belge, (à ne pas confondre avec le Français Paul Géraldy, 1885-1914), « imprégné de la mélancolie demi-souriante des ciels mouillés du pays wallon » (Camille Mauclair) ?

 

Lundi 27 septembre 2010

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:12

  île maurice 119

  Le bassin des lotus (Nelumbo nucifera),

Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice ( mars 2010)

 

L’étang dont le soleil chauffe la somnolence

Est fleuri, ce matin, de beaux nénuphars blancs ;

Les uns, sortis de l’eau, se dressent tout tremblants,

Et dans l’air parfumé, leur tige se balance.

 

île maurice 114 

Lotus blanc en fleur, Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres n’ont encore pu fièrement émerger :

Mais leur fleur vient sourire à la surface lisse.

On les voit remuer doucement et nager :

L’eau frissonnante affleure au bord de leur calice.

 

île maurice 129 

Le bassin des nénuphars géants (Victoria Amazonia),

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres, plus loin encor du moment de surgir

Au soleil, ont leur fleur entièrement recouverte…

On peut les voir, bercés d’un remous sur l’eau verte :

Ecrasés par son poids, ils semblent s’élargir.

 

  île maurice 127

La fleur rose du Victoria Amazonia,

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

Ainsi vont mes pensers dans leur floraison lente.

Il en est d’achevés, sans plus rien d’hésitant,

Complètement éclos, comme, sur cet étang,

Les nénuphars bercés par la brise indolente.

 

 île maurice 130

Deux fleurs du Victoria Amazonia,

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres n’ont encore pu dépasser le niveau ;

Ce sont ceux-là surtout, que, poète, on caresse,

Qu’on laisse à fleur d’esprit flotter avec paresse,

Comme les nénuphars qui bâillent à fleur d’eau.

 

  île maurice 339

Etang de nymphéas mauve vers Chamarel,

Ile Maurice (mars 2010)

 

Mais je sens la poussée en moi vivace et sourde

D’autres pensers germés mystérieusement,

Qui s’achèvent encor dans l’assoupissement,

Comme les nénuphars qui dorment sous l’eau lourde.

 

île maurice 136 

Les Musardises

 

A vingt-deux ans, en 1890, à la veille d’épouser Rosemonde Gérard, Edmond Rostand (1868-1918) fait paraître son premier recueil de vers, Les Musardises, qui ne connaîtra guère d'écho. Dans cette suite de quatrains, le jeune poète file la métaphore du nénuphar, image de la pensée qui germe silencieusement et ne demande qu’à s’exprimer.

 

 

 

Dimanche 26 septembre 2010

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 21:07

  BERCHEm Le passage du gué ou la rencontre

Le passage du gué ou la rencontre, Nicolaes Pietersz Berchem (1620-1683)

 

Il fallait passer la rivière,

Nous étions tous deux aux abois.

J’étais timide, elle était fière.

Les tarins chantaient dans les bois.

 

Elle me dit : « J’irai derrière,

Mon ami, ne regardez pas. »

Et puis elle défit ses bas…

Il fallait passer la rivière.

 

Je ne regardai… qu’une fois,

Et je vis l’eau comme une moire

Se plisser sous ses pieds d’ivoire…

Nous étions tous deux aux abois.

 

Elle sautait de pierre en pierre ;

J’aurais dû lui donner le bras ;

Vous jugez de notre embarras.

J’étais timide, elle était fière.

 

Elle allait tomber, - je le crois,-

J’entendis son cri d’hirondelle ;

D’un seul bond je fus auprès d’elle…

Les tarins chantaient dans les bois.

 

Edouard Pailleron (1834-1899),

Amours et haines, 1869

 

 

Après son premier recueil de poèmes, Les Parasites, ce dramaturge et collaborateur de la Revue des Deux-Mondes, publie un second volume, Amours et haines. L'accent y est empreint d'allégresse, de mélancolie et d'ironie, ainsi que le suggère cette suite de quatrains, tout en marivaudage elliptique.

 

 

 

 

Vendredi 24 septembre 2010

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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