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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 22:18

 

Mathurin Méheut l'ex-voto

L'ex-voto, Mathurin Méheut

 

 

 

Oh ! combien de marins, combien de capitaines,

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis !…

 

V. Hugo, Oceano Nox

 

Eh bien, tous ces marins- matelots, capitaines,

Dans leur grand Océan à jamais engloutis…

Partis insoucieux pour leurs courses lointaines,

Sont morts- absolument comme ils étaient partis.

 

Allons ! c’est leur métier ; ils sont morts dans leurs bottes !

Leur boujaron au cœur, tout vifs dans leurs capotes…

- Morts… Merci : la Camarde a pas le pied marin ;

 

- Eux, allons donc : Entiers ! enlevés par la lame,

Ou perdus dans un grain…

 

Un grain… est-ce la mort, ça ? La basse voilure

Battant à travers l’eau ! Ca se dit encombrer

Un coup de mer plombé, puis la haute mâture

Fouettant les flots ras- et ça se dit sombrer.

 

- Sombrer. Sondez ce mot. Votre mort est bien pâle…

- Et pas grand chose à bord, sous la lourde rafale…

Pas grand chose devant le grand sourire amer

Du matelot qui lutte. – Allons donc, de la place ! –

Vieux fantôme éventé, la Mort change de face :

La Mer ! …

 

Noyés ?- Eh ! allons donc ! les noyés sont d’eau douce !

- Coulés ! corps et biens ! Et jusqu’au petit mousse,

Le défi dans les yeux, dans les dents le juron !

A l’écume crachant une chique râlée,

Buvant sans haut-le-cœur la grand’tasse salée

- Comme ils ont bu leur boujaron,-

 

Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière :

Eux, ils vont aux requins ! L’âme d’un matelot,

Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,

Respire à chaque flot.

 

- Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle !…

C’est leur anniversaire. – Il revient bien souvent. –

O poète, gardez pour vous vos chants d’aveugle ;

- Eux : le De Profundis que vous corne le vent.

 

- Qu’ils roulent infinis dans les espaces vierges !…

Qu’ils roulent verts et nus,

Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges…

- Laissez-les donc rouler, terriers parvenus !

 

Edouard-Joachim- dit Tristan- Corbière- fils d’Edouard Corbière, capitaine au long cours et auteur de quelques romans maritimes, est né le 18 juillet 1845 à Coatcongar, près de Morlaix. En 1873, il publie son unique recueil de vers, Les Amours jaunes. Dans ce poème, qui vient en contrepoint du célèbre poème de Victor Hugo, on retrouve ce que disait Jules Laforgue de l’art du poète « maudit », mort à trente ans : « L’intérêt est dans le cinglé, la pointe sèche, le calembour, la fringance, le haché romantique… »

Ce texte, dans son acuité,  est en même temps l’hommage ironiquement tragique d’un fils de marin à tous les péris en mer.

 

Tristan corbière

  Tristan Corbière

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : poèmes ou textes de légendes de mer.

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 14:21

  La-Charmeuse-de-serpents-du-Douanier-Rousseau

  La charmeuse de serpents, le Douanier Rousseau

 

 

 

Dans les jardins d’hiver, des fleuristes bizarres

Sèment furtivement des végétaux haineux,

Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds

Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.

 

Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares,

Où coulent de très lourds parfums vertigineux,

Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux.

La mort s’épanouit dans leurs splendeurs barbares.

 

Leurs somptueux bouquets détruisent la santé,

Et c’est pour en avoir trop aimé la beauté

Qu’on voit dans les palais languir les blanches reines.

 

Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers !

Dans les cerveaux hâtifs où j’ai jeté mes graines,

Je regarde fleurir les poisons de mes vers.

 

La Nuit, Iwan Gilkin

 

Iwan Gilkin est un poète belge, né à Bruxelles, le 07 janvier 1858 et mort le 28 septembre 1924. De vingt à trente-six ans il vit une crise morale profonde qui le rapproche de Baudelaire. Croyant à l’inéluctable décadence de la civilisation latine, il écrit La Nuit, en 1897. Dans cette œuvre pessimiste, qui devait s’intituler La Fin d’un Monde, il montre le Mal « fascinant les âmes, les enlaçant dans ses replis comme un reptile aux écailles chatoyantes, les broyant et les brûlant comme un serpent de feu ».

Dans ce sonnet, doutant même de la portée de sa poésie, il identifie le poète à un jardinier dont les vers sont porteurs de poison.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:27

petitmendiant murillo

Le petit mendiant, Bartolomé Esteban Murillo, 1645,

Musée du Louvre

 

 

Quand j’pass’ triste et noir, gn’a d’quoi rire.

Faut voir rentrer les boutiquiers,

Les yeux durs, la gueule en tir’lire,

Dans leurs comptoirs comm’ des banquiers.

 

J’les r’luque : et c’est irrésistible.

Ys’caval’nt, y z’ont peur de moi,

Peur que j’leur chopp leurs comestibles,

Peur pour leurs femmes, pour je n’sais quoi.

 

Leurs conscienc’ dit :  « Tu t’soignes les tripes,

Tu t’les bourr’s à t’en étouffer,

Ben, n’en v’là un qu’a pas bouffé ! »

Alors, dame ! euss y m’prenn’nt en grippe !

 

Gn’a pas ; mon spectr’ les embarrasse,

Ca leur z’y donn’comme des remords :

Des fois, j’plaqu’ ma fiole à leurs glaces,

Et y d’viennent livid’s comm’ des morts !

 

Du coup, malgré leur chair de poule,

Y s’jettent su’ la porte en hurlant :

Faut voir comme y z’ameut’nt la foule

Pendant qu’Bibi y fout son camp !

 

« Avez-vous vu ce misérable,

Cet individu équivoque ?

Ce pouilleux, ce voleur en loques

Qui nous r’gardait croûter à table ?

 

« Ma parole ! on n’est pus chez soi,

On n’peut pus digérer tranquilles…

Nous payons l’impôt, gn’a des lois !

Qu’est-c’ qui font donc, les sergents d’ville ? »

 

J’suis loin, que j’les entends encor :

L’vent d’hiver m’apport’ leurs cris aigres.

Y piaill’nt, comme à Noël des porcs,

Comm’ des chiens gras su’ un chien maigre !

 

Pendant c’temps, moi, j’file en silence.

Car j’aim’ pas la publicité ;

Oh ! j’connais leur état d’santé,

Y m’f’raient foutre au clou par prudence !

 

Comm’ça, au moins, j’ai l’bénéfice

De m’répéter en liberté

Deux mots lus su’ les édifices :

« Egalité ! Fraternité ! »

 

Souvent, j’ai pas d’aut’nourriture

(C’est l’pain d’lesprit dis’nt les gourmets) ;

Bah ! l’Homme est un muff’ par nature,

Et la Natur’ chang’ra jamais.

 

Car, gn’a des prophèt’s, des penseurs

Qui z’ont cherché à changer l’Homme.

Ben quoi donc qu’y z’ont fait en somme,

De c’kilog d’fer qu’y nomm’nt son Cœur ?

 

Rien de rien… même en tapant d’ssus,

Ou en l’prenant par la tendresse

Comm’ l’a fait Not’Seigneur Jésus,

Qui s’a vraiment trompé d’adresse.

 

Aussi, quand on a lu l’histoire

D’ceuss’qu’a voulu améliorer

L’genre humain…, on les trait’ de poires ;

On vourait ben les exécrer ;

 

On réfléchit, on a envie

D’beugler tout seul Miserere :

Pis on s’dit : « Ben quoi, c’est la Vie ! »

Gn’a rien à fair’, gn’a qu’à pleurer… »

 

Les Soliloques du Pauvre (1896)

 

A l’heure où la neige tombe sur la France, où les maraudes des associations s’efforcent de proposer un toit aux sans-abris, il semble salutaire de relire ce texte de Jehan Rictus (1867-1933), lui qui écrivait : « […] tout jeune, vers quinze ans, seul au monde, j’ai roulé, disparu, tribulé et produit comme j’ai pu ».

Dans sa langue faubourienne, gouailleuse, si émouvante, il a su dire la souffrance et la douleur des exclus et des humiliés. Sa poésie est un réquisitoire contre ceux « dont la conscience semble dormir en toute sécurité au milieu d’un bourbier » (Georges Oudinot).

Il fut retrouvé mort, le 8 novembre 1933, dans son logis de la rue Camille-Tahan.

 

 

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:43

  Portait de Rénée Vivien par Alice Pike Barney, la mère d

Renée Vivien par Alice Pike Barney, la mère de Natalie Clifford Barney

 

Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas,

Je lui dirais : « O Christ, je ne te connais pas !

 

« Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne,

Et je vécus ainsi qu’une simple païenne…

 

« Le soleil me ceignait de ses plus vives flammes

Et l’amour m’inclina vers la beauté des femmes… »

 

- Comme je ne cherchais que l’amour, obsédée

Par un regard, les gens de bien m’ont lapidée.

 

Pendant longtemps je fus clouée au pilori,

Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri ;

 

Puis des hommes ont pris dans leurs mains de la boue

Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

 

Je porte dans mon cœur et dans mon âme nue

L’orgueil d’être farouche et d’être méconnue.

 

Sans vous comprendre et sans que vous m’ayez comprise

J’ai passé parmi vous, noire dans l’ombre grise…

 

Et j’ai vu m’échapper l’Amour comme la Gloire.

Tout s’accomplit enfin : Sonne, ô mon heure noire ;

 

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort

Marque enfin cet instant espéré de la mort !

 

- Je pars comme on retourne, allégée et ravie

De pardonner enfin à l’Amour et la Vie.

 

Vous me ferez alors oublier, Violettes,

Le long mal qui sévit dans le cœur des poètes…

 

Sachant que la bonté du sort m’est enfin due,

Je retournerai vers celle que j’ai perdue.

 

Les lotus léthéens lèvent leurs fronts pâlis…

Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

 

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,

Que je m’en aille enfin n’importe où- mais ailleurs !

 

 

A une époque où l’homosexualité était considérée comme de l’hystérie ou une maladie mentale, Renée Vivien en parla à la première personne. Elle aima Natalie Clifford Barney et la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt et fut ainsi considérée comme une femme "sulfureuse", celle par qui le scandale arrive.

Dans cette suite de distiques, elle dit pudiquement la souffrance de se voir elle-même et son œuvre poétique marquées au fer rouge. Dans Le Pur et l’impur, Colette évoque les difficultés d’une vie qui se termina à trente-deux ans. La muse-aux-violettes repose au cimetière de Passy, non loin d’une autre femme à l’existence éphémère, la diariste et peintre Marie Bashkirtseff.

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 09:54

  femmes près d'une conque

Deux femmes près d'une conque et deux amours, François Boucher,

Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

 

 

Passants, je me souviens du crépuscule vert

Où glissent lentement les ombres sous-marines,

Où les algues de jade au calice entr’ouvert

Etreignent de leur bras fluide les ruines

Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.

Je me souviens du soir où la nacre s’irise,

Où dorment les anneaux, étincelants encor,

Qui donnaient à la mer ses époux de Venise.

Passants, je me souviens du mystique travail

Des vivants jardins, qui recèlent virginales,

L’anémone et la mousse et la fleur du corail

Dont l’effort des remous avive les pétales,

Rose animale et rouge éclose dans la nuit.

Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume

Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit

En laissant sur les flots une neige d’écume.

Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant

Des vagues, refleurir les astres du phosphore.

Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.

Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore

En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints

De sel, qui furent des bannières déployées,

D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints

Et les membres meurtris des Amantes noyées…

J’ai connu les frissons de leur baiser amer.

Dans mon cœur chante encor la musique illusoire

De l’Océan. –Je garde en ma frêle mémoire

Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.

 

Evocations (1903)

 

Toujours sur le thème du coquillage, j’ai retrouvé dans ma vieille anthologie ce poème de Renée Vivien. De son vrai nom Pauline Tarn, elle est née en juin 1877 à Londres, d’un père anglais et d'une mère américaine, et mourut à Paris le 18 novembre 1909. Sa vie en poésie fut brève mais l’on retrouve ici « cette harmonie douce et immense, cette largeur d’évocation sombre et caressante qui la caractérise ».

 

renee vivien auguste rodin

Renée Vivien, buste en marbre, Auguste Rodin

 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 22:05

   Gabriel Metsu homme écrivant une lettre v. 1662-1665 Natio

Homme écrivant une lettre, Gabriel Metsu, v. 1662-1664,

National gallery of Ireland, Dublin 

 

ENVOI

 

Je suis pareil à cet enfant

Qui, laissé seul, dans sa détresse

Fit une lettre et, comme adresse,

Mit simplement : Paris, maman…

 

De ceux qui m’aimeraient, peut-être,

Moi aussi je suis seul très loin ;

Au hasard j’ai jeté ma lettre ;

Que les hommes en prennent soin !

 

Pour des êtres charmants et tendres,

Dont j’ignore même le nom,

J’ai fait ces petites chansons…

Puisse une femme les comprendre !

 

J’ai transcrit là sincèrement

Mon cœur ingrat et peu fidèle…

Maman, Paris… écrit l’enfant…

Mais la lettre arrivera- t- elle ?

 

Les Lèvres et le Secret, 1906

 

 

Maurice Magre est un poète né à Toulouse en 1877. Après avoir créé L’Effort, revue de jeunes poètes toulousains, à l’origine d’un important mouvement littéraire provincial, il se fixe à Paris en 1898. Il y fait paraître La Chanson des Hommes qui veut faire monter le cri des foules au travail « jusqu’au cœur du poète ». En mars 1906, il publie Les Lèvres et le Secret, qui déconcerta la critique, car on n’y retrouvait plus les préoccupations sociales de l’auteur. Dans cet ouvrage, qui n’est pas sans rappeler Musset, et même Jean-Jacques Rousseau, l’auteur s’y analyse avec acuité, révélant une âme inquiète et tourmentée dont ce poème, dans son extrême simplicité, est le reflet.

 

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 19:15

  vase-Emile-Galle-dit-a-la-demoiselle-100865

  Vase dit "à la demoiselle", Emile Gallé, 1887,

Musée des Arts décoratifs, Paris,

"Nos racines sont au fond des bois, au bord des sources, sous les mousses",

telle était la profession de foi,

gravée sur la porte de l'un des ateliers du grand maître-verrier

 

 

 

 

Dans un rayon, l’aérienne libellule

S’agite sans bouger sur le ruisseau dormant.

Penche-toi : tu verras que de bleus diamants

Brûlent dans l’éventail de ses ailes de tulle…

 

Eté 1893,  Matin d'automne

 

Né à Fontenay-sous-Bois, pendant la Commune, le 04 mai 1871, Adolphe Boschot  adopta très vite en poésie une facture conçue non pour l’œil mais pour l’oreille. 

Auteur entre autres des Poèmes dialogués (1900) et de La réforme de la prosodie (1901), il se consacra surtout à l’histoire de l’art et à la critique musicale.

Ce léger quatrain témoigne de cette tonalité particulière qu’il affectionnait et qu’il appelait « une facture de musique de chambre ».

 

 

 

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:50

 

Cimetière de marson

Ancien cimetière de Marson (Octobre 2010)

 

En ce début de novembre où l’on se recueille dans les cimetières, j’aime à écouter la voix musicale de Marie Dauguet. Dans ce poème « Sotto voce », elle dédramatise la mort, à bas bruit, à demi-voix, à demi-jeu :

 

Il est doux de mourir un peu

Aux berges des forêts mouillées,

Et parmi les feuilles rouillées

Où s’égoutte du brouillard bleu ;

Il est doux de mourir un peu.

 

Il est doux de n’être plus rien

Que la brume qui s’échevèle,

Moins que le frôlis sourd d’une aile,

Aux velours pourprés des fusains ;

Il est doux de n’être plus rien.

 

Il est doux de mourir un peu

Avec les eaux qui se corrompent,

Avec les lointains qui s’estompent,

Avec les buis, les houx fangeux ;

Il est doux de mourir un peu.

 

Il est doux de n’être plus rien,

Moins que le frisson d’une rose,

Dont le vent d’hiver décompose

La chair de nacre et de carmin.

Il est doux de n’être plus rien.

 

A travers le Voile

 

Née le 2 avril 1860 à La Chaudeau, en Haute-Saône, Marie Dauguet reçut une éducation très libre « à la Rousseau », en pleine nature. Vers 1875, elle partit vivre au Beuchot, au cœur des ballons vosgiens, où elle épousa un ami d’enfance.

Musicienne passionnée de Chopin, composant et peignant, elle se mit à écrire des poèmes en 1899, loin de toute école et de toute doctrine. « L’art fut vraiment pour moi la libération », écrit-elle le 15 février 1904.

Cette suite de quatre quatrains est exemplaire de ce que disait d’elle un critique : « Musicienne, elle écoute parler le vent, les eaux, les arbres ; tous les bruits de la nature lui sont connus, et chacun d’eux éveille en son âme un écho harmonique. »

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

 

Jeudi 04 novembre 2010

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 21:14

  Gargantua enfant

Gargantua enfant, Gustave Doré

 

Dans deux paniers heurtés au pas sec du mulet,

Nous allions tristement vendus à qui voulait.

On s’arrête ; ta main me soupèse et me tâte ;

Tu m’as pris. Me voilà lié par une patte ;

Hypocrite, tu viens me jeter mie et grain,

Mais ne crois pas ainsi tenter  mon bec chagrin.

Mon aspect pitoyable est un muet reproche ;

Ne ris pas ; je connais mon sort ; j’attends la broche.

Je cligne mon œil rouge et somnole à demi.

Tu vas m’assassiner pour fêter quelque ami.

Adieu la chaude sieste et le réveil allègre.

Je n’y peux rien. Tords-moi le cou.

                                                         Mais je suis maigre.

 

 Abel Bonnard, Les Familiers.

 

 

Quel gourmand rêvera encore de poulet rôti après avoir lu ce poème ?

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jill Bill : La gourmandise.

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 21:16

  01 les gueux

Les Gueux, 1622, eau-forte de Jacques Callot, 

 

 

Les pauvres diables vont trimant

Vers un but qui toujours recule.

A l’aube comme au crépuscule

Et sous le soleil inclément,

Honteuse engeance à triste mine,

Dans la guenille et la vermine,

Les pauvres diables vont trimant.

 

Les pauvres diables vont peinant ;

Le fardeau leur courbe l’échine.

Dans la mine, avec la machine,

Sur la mer, sur le continent,

Dur est le pain, rude est la tâche,

Rare l’aubaine… Sans relâche,

Les pauvres diables vont peinant.

 

Les pauvres diables vont mourant.

Pour les consoler à cette heure,

La foi, l’espoir, rien ne demeure :

En maudissant, en exécrant

Le destin si peu tutélaire,

Fous de vengeance et de colère,

Les pauvres diables vont mourant.

 

 

Le poète nivernais, Achille Millien (1838-1927), originaire de Beaumont-la-Ferrière, chanta les légendes, les chansons, les mœurs et les coutumes de sa province. Dans cette suite de trois septains, il dit sobrement la fatalité d’un sort qui frappe toujours les petits et les humbles.

 

 

Mercredi 20 octobre 2010

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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