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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 14:49

Toerless.jpg


Le lundi 30 mars 2009, ARTE a diffusé le film de Volker Schlöndorff, Les Désarrois de l'élève Törless, adapté du roman de Robert Musil, publié en 1906 sous le titre original: Die Verwirrungen des Zöglings Törless. L'ouvrage a été traduit en français en 1960 par Philippe Jaccottet.
L'excellent film en noir et blanc du cinéaste allemand (Prix de la Critique Internationale en 1966) nous fait replonger dans ce roman qui décrit le monde pervers et sadique des élèves d'un collège pour fils de bonne famille, dans l'Empire austro-hongrois du début du siècle. On ne peut qu'admirer la maîtrise d'un auteur de 26 ans dont c'est la première oeuvre, laquelle est un chef-d'oeuvre. S'ennuyant dans son école d'ingénieurs, Musil se met à écrire...
Törless est un jeune garçon de 15 ans que deux élèves plus âgés acceptent comme compagnon. Beineberg se passionne pour les philosophies indiennes et les problèmes de l'au-delà tandis que Reiting aime à dresser les élèves les uns contre les autres. Ils admettent Törless dans leur repaire aménagé dans un grenier (mais on est bien loin des douceurs versifiées du
Siècle des poètes disparus!). Ayant découvert que leur condisciple Basini a commis un vol, Beineberg et Reiting vont en faire leur jouet, pour ne pas dire leur esclave, sous l'oeil impassible et lâche de Törless. Ce dernier cèdera à une attirance passagère pour un Basini, victime passive et consentante. Le roman culmine dans une scène de sadisme collectif où Basini est livré à la violence déchaînée des élèves de sa classe. Törless, après avoir conseillé à Basini de se dénoncer pour mettre fin à son calvaire,demandera à quitter le collège.Ses maîtres, inquiets devant sa propension à philosopher, accèderont aisément à sa requête. (Les lecteurs, amateurs de mathématiques, seront sensibles à son questionnement fondamental sur les nombres imaginaires!)
Contrairement à ce qui a souvent été dit, l'intérêt du livre ne réside pas dans le récit d'une "amitié particulière". Dans sa
Préface, Philippe Jaccottet insiste sur le fait que Musil décrit le désarroi à la fois intellectuel et moral propre à l'adolescence. L'égarement passager de Törless pour Basini relève d'un trouble plus profond: la question que l'élève pose aux choses et aux êtres. Et les tortures que subit la victime correspondent, pour le héros, à l'écroulement des apparences quotidiennes. 
On ne pourra pas non plus éviter de voir dans les deux élèves tortionnaires la préfiguration de ce que seront les bourreaux nazis, dont les forces se déchaîneront quelques trente années plus tard. L'idée d'êtres inférieurs par nature, les pulsions sadiques et masochistes sont déjà puissamment à l'oeuvre dans ce roman des forces obscures. Philippe Jaccottet n'explique-t-il pas comment l'indicible se confond souvent avec l'innommable, comment la sensualité ne se sépare pas des plus intimes expériences?
Le roman et le film sont remarquables:Törless préfigure l'Ulrich de
L'Homme sans qualités et le jeu de Matthieu Carrière, dans l'éphémère beauté de ses 15 ans, est déjà étonnamment maîtrisé. 

                                                                                                                              
Avril 2009

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Published by Catheau - dans Cinéma
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