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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 18:01

 

Eugénie de Guérin

Portrait d'Eugénie de Guérin 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut lire un court texte de Lucie Félix-Faure Goyau. Au-dessous, la date du 30 novembre 1923 est indiquée, suivie du prénom Madeleine,  celui de l’une de ses sœurs, qui ne se maria jamais. Sans doute est-ce elle qui a recopié ces quelques lignes pour sa sœur aînée :

 

« Orienter sa vie, tout est là. Le joli mot qu’orienter ! Il exprime la direction vers la lumière. En ses syllabes il flotte de l’Amour. Orientons nos vies, orientons nos âmes. Que la lumière pénètre en nous ! »

 

 

P1000364

 

Lucie Faure-Goyau (1866-1913) est la fille de Félix Faure et de Berthe Belluot. Elle épousa l’écrivain Georges Goyau, un historien et essayiste, spécialiste de l’histoire religieuse, dont elle n’eut pas d’enfant. Femme de lettres elle-même, elle publiera un certain nombre d’ouvrages et notamment une biographie d’Eugénie de Guérin (1805-1848), un personnage singulier qui mérite qu’on s’attarde sur elle.

Telle Jacqueline Pascal ou Lucile de Chateaubriand, Eugénie de Guérin s’associa au destin de son frère, Maurice de Guérin (1810-1838), le poète romantique, « ce cœur inquiet et troublé » (Jacques Banville), auteur du poème en prose Le Centaure et de La Bacchante. Ils vécurent ensemble à Andillac dans le Tarn, au château du Cayla.

 

Maurice de Guérin

  Portrait de Maurice de Guérin

 

Son Journal, destiné à son frère, parut quatorze ans après sa mort en 1862, et les huit premières éditions en furent épuisées en seize mois. François Mauriac semble avoir compris cet attachement si particulier de la sœur pour le frère : « Une sœur qui ne se marie pas, c’est souvent une femme qui, ayant renoncé à sa propre histoire, à son drame particulier, s’efforce de se maintenir au centre de la vie du frère qu’elle chérit, cet inconnu dans lequel, avec une passion tenace, elle tente de ressusciter l’enfant qu’elle a bercé sur ses genoux. »

 

Château du Cayla 2

  Le château du Cayla à Andillac (Tarn)

 

En novembre 1838, elle assiste à Paris au mariage de son frère Maurice avec Caroline de Gervain. Elle ne revient au Cayla  que le 8 juillet 1839 pour la mort de son frère « ce jeune malade à pas lents », disait Charles Maurras, onze jours plus tard. Ce sera l’événement majeur de sa vie. Même après sa mort, il demeure le destinataire de son journal intime :

 

Cahier XI

 

ENCORE A LUI .

A MAURICE MORT. A MAURICE AU CIEL.
IL ETAIT LA GLOIRE ET LA JOIE DE MON CŒUR.
OH ! QUE C’EST UN DOUX NOM ET PLEIN DE DILECTION

QUE LE NOM DE FRERE !

 

Vendredi 19 juillet, à 11 heures ½, date éternelle !

 

21 juillet [1839].- Non, mon ami, la mort ne nous séparera pas, ne t’ôtera pas de ma pensée : la mort ne sépare que le corps ; l’âme, au lieu d’être là, est au ciel et ce changement de demeure n’ôte rien à ses affections. Bien loin de là, j’espère ; on aime mieux au ciel où tout se divinise. O mon ami ! Maurice, Maurice, es-tu loin de moi, m’entends-tu ?

 

Et le 30 septembre 1839, elle écrit dans son Journal :

 

Je voudrais que le ciel fût tout tendu de noir,

Et qu’un bois de cyprès vînt à couvrir la terre ;

Que le jour ne fût plus qu’un soir.

 

Après la mort de son frère, désemparée, elle cherchera en Barbey d’Aurevilly un frère de substitution. Il avait dit d’elle : « Cette Marthe de l’Evangile était poète, et l’on peut répondre qu’elle l’était toujours. » Mais ce « frère de Paris » se fait très vite silencieux et le Journal d’Eugénie de Guérin s’achève brutalement le 3 octobre 1841.

Rainer Maria Rilke a manifesté son admiration pour cet être « capable d’écrire ainsi pour lui dans le silence. » Et il ajoute que  « probablement n’existe-t-il plus de telles femmes, de cœurs capables d’une restriction aussi grandiose, qui en chaque lieu s’éprouvent dans le tout… » (Correspondance avec Marie de la Tour et Taxis).

Celle qui avait fait de son frère puîné son Orient ne se remettra jamais de ce deuil. Cette « pieuse sœur, maternelle et charmante » mourra neuf ans plus tard, inconsolée, à quarante-trois ans…

 

 

Journal d'Eugénie de Guérin

 

Sources :

« La poétique du journal d’Eugénie de Guérin", Françoise Simonet-Tenant, Université Paris-XIII

http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Faure

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C%A9nie_de_Gu%C3%A9rin

http://www.biblisem.nat/etudes/mougueri.htm

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

Jeudi 01 juillet 2010

 

 

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 22:05

 

la comtesse 4

 

Avec La Comtesse, son troisième film (après Loooking for Jimmy et Two days in Paris), Julie Delpy signe une œuvre dérangeante, non tant par les actes sanglants commis par son héroïne que par la volonté de celle-ci de s’affirmer, à la fin du XVI°siècle, comme femme dans un monde d’hommes : « Si j’avais été un homme, mon destin aurait été fort différent », dit-elle.

L’actrice d’origine française, et qui a fait carrière aux Etats-Unis, s’est en effet intéressée au destin hors du commun de la comtesse hongroise Erzsebet Bathory (1560-1614), celle qui inspira en partie Bram Stocker pour son personnage de Dracula, tout droit sorti de Camilla de Sheridan Le Fanu, celle que la légende a surnommée la "dame sanglante de Scjete" (du nom de son château).

Par ses origines, Erzsebet Bathory était l’héritière de l'une des plus grandes familles de Hongrie, qui s'était établie dans ce pays au XIV°siècle. Etienne 1er son oncle fut roi de Pologne et, en 1476, le prince Stephen Bathory, son aïeul le plus puissant, était venu en aide au comte Dracula dans la reconquête du trône de Valachie. Plus tard, elle avait elle-même acquis un immense domaine lui ayant appartenu. Son père, Gyorgy Bathory, était le frère d'André Bathory, un des princes de Transylvanie.

 

elizabethbathory

 

Cette « femme élégante et fière, dont le large front témoign[ait] d’une grande intelligence » (Ferdinand Stobel von Ravelsberg), cultivée et parlant quatre langues, épousa très jeune, en 1575,  un guerrier sanguinaire, Ferenc Nadasdy, grand pourfendeur de Turcs, dont elle eut cinq enfants. En son absence, elle géra son immense fortune, devenant même la créancière du roi. Agée d’une quarantaine d’années, c’est après la mort de son époux, à l’occasion d’un voyage à la Cour, qu’elle tomba follement amoureuse du jeune fils du comte Gyorgy Thurzo (William Hurt), palatin de Hongrie, dont elle avait rejeté l’amour. Ce dernier n’aura de cesse de la séparer de son fils Istvan (Daniel Brühl).

La comtesse, convaincue qu’elle a été abandonnée à cause de son âge, et sur les conseils de son âme damnée Anna Darvulia (Annamaria Marinca) se lance alors dans une quête éperdue de l’éternelle jeunesse. Elle ira jusqu’aux pires excès, à savoir le meurtre de plus de six cents jeunes filles- dit-on- dont le sang est censé rajeunir sa peau. En 1610, au terme d’un procès hâtif, initié par le roi et l’Eglise, elle sera emmurée vivante pendant quatre ans dans son propre château- sa noblesse lui ayant permis d'échapper à l'exécution-  (et sans toutefois avoir été déclarée sorcière afin que ses enfants ne soient pas spoliés de leur héritage).

 

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Dans un entretien avec Eric Kervern, Julie Delpy explique les raisons qui l’ont incitée à réaliser ce film. Le personnage de la comtesse Bathory la fascine depuis toujours et elle a eu envie d’aller plus loin dans la compréhension de ce personnage ambigu. Erzsebet ne fut-elle pas victime d’une cabale orchestrée par les grands du royaume de Hongrie ? Correspondait-elle vraiment au mythe de la femme sanguinaire et diabolique devenu le sien ? La réalisatrice a souhaité mettre en scène une femme de pouvoir,dans un siècle où les hommes à la guerre craignaient, en leur absence, de se voir dépossédés de leurs prérogatives.

Au delà du mythe de Lilith ou de la « méchante reine », elle a trouvé dans ce personnage de femme amoureuse et violente une matière complexe, telle que peut en receler Hamlet ou d’autres grands types masculins. Elle dit avoir été élevée par ailleurs aux films des années 70, dans lesquels ce sont les méchants qui sont les héros, comme le Parrain ou Bonnie et Clyde dans les deux films éponymes. Elle aime l’idée d’un personnage central décalé, opposé au héros traditionnel, beau et bon. Daniel Brühl, le comédien allemand, qui interprète le jeune amant de la comtesse Bathory, explique quant à lui que Julie Delpy a voulu montrer l’héroïne comme une femme meurtrie, blessée de l’intérieur, viscéralement « romantique » dans sa conception des relations humaines.

Après avoir mis huit ans pour enfin réaliser ce film écrit par elle en 2000, Julie Delpy le présente comme étant plus proche de Shakespeare que de Dracula et elle affirme que sa première influence a été celle de Carl Dreyer. On ne s’en étonnera pas quand on voit la maîtrise dont elle fait preuve dans le cadrage des scènes (superbe scène de la rencontre au cours d’un bal, qui fait penser au bal de La Princesse de Clèves de Jean Delannoy), et l’art du clair-obscur pour un film au classicisme épuré. Outre la beauté des costumes et des décors, on sera encore sensible à la précision et la subtilité des dialogues, non dénués d’humour (notamment dans la scène du dîner avec l’archevêque), et à une bande-son superbe composée par Julie Delpy et son compagnon Marc Streitenfeld.

 

la comtesse 3

 

La première partie du film, où Erzsebet Bathory s’affronte aux puissants, est cependant plus convaincante que la seconde qui la voit s’abandonner à la violence. En dépit d’un traitement relativement « soft »- on est loin du film gore- certaines scènes sont assez difficiles à regarder, il faut bien l'avouer.

La distribution est au diapason du film, quoique le personnage du jeune amant, interprété par Daniel Brühl (dont c’est le deuxième film avec Julie Delpy, après Two days in Paris en 2007), fasse un peu pâle figure au regard des autres comédiens. Annamaria  Marinca, (Palme d’or de la meilleure comédienne au 60ème Festival de Cannes pour Quatre mois, trois semaines, deux jours de Cristian Mungiu), interprète ici sobrement  la maîtresse-sorcière qui initie la comtesse à la sorcellerie. William Hurt campe pour sa part l’implacable comte Thurzo, attaché de toute sa haine virile à la perte d’Erzsebet Bathory. Quant à Julie Delpy (que l’on n’a pas oubliée dans La Passion Béatrice, où elle interprète le rôle de Béatrice de Cortemart, César du Meilleur espoir féminin en 1988), elle prête son pur visage hiératique, masque des pensées mortifères, à une héroïne, emportée inéluctablement dans l’horreur par la passion et le refus de vieillir. « Seigneur, est-ce mal de vouloir rester belle et jeune ? », interroge-t-elle dans une prière ?

 

la comtesse5

 

Si l’on est en droit de ne pas adhérer à une théorie du complot ,qui fait d’une sanglante meurtrière une victime de l’ordre masculin, on ne peut qu’admirer la passion avec laquelle July Delpy s’empare d’un personnage controversé, qu’elle interprète d’une manière extrêmement personnelle, en s’abstenant de nous en donner jamais une vision manichéenne.

 

 

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Mardi 29 juin 2010

 

A lire :

Le Secret des Bathory, Andras Varesi. 

Heroine des Grauens. Elisabeth Bathory, Michael Farin.

Elisabeth Bathory, la comtesse sanglante, Valentine Penrose, Le Mercure de France, 1962.

 

Sources :

http://www.excessif.com/src/scripts/imprimer.php

http://.www.allocine.fr/film/casting_gen_cfilm=61081.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisabeth_B%C3

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 14:33

 

HenryWLongfellow1868

Henry Wadsworth Longfellow en 1868,

Portrait par Julia Margaret Cameron

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, sur une feuille de papier à lettres à lignes plié, a été recopié un poème du poète américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882), qui fut en son temps le plus lu des poètes de son pays. Et c'est grâce à Charles Baudelaire qui le traduisit qu'il est connu en France.

Venue du Yorkshire, la famille Longfellow avait émigré en 1676 en Amérique. Par son père, l’écrivain descendait de Priscilla et John Alden, un des fameux Pilgrims qui s’étaient embarqués en 1620 sur le Mayflower et qui fondèrent la colonie de Plymouth. Son grand-père maternel s’illustra comme général durant la guerre d’Indépendance.

Bibliothécaire à Bowdoin College à Brunswick, dans le Maine, Longfellow en devint le premier professeur de Langues modernes après un voyage en Europe de 1826 à 1829. Sa culture étrangère est ainsi le produit de sa vive curiosité linguistique et de ses voyages (France, Espagne, Italie) qui le firent écrire Outre-Mer (A Pilgrimage beyond the sea, 1835) et traduire La Divine Comédie (1865-1867). Par la suite, il enseigna longtemps à Harvard qu’il quittera en 1854 pour s’adonner tout entier à l’écriture.

Héritier du romantisme européen, il demeura à l’écart des conflits idéologiques, non sans affirmer son anti-esclavagisme. Une émotion contrôlée imprègne ses odes, ses ballades et ses élégies où point la nostalgie du temps perdu. Ses rythmes s’adaptent cependant avec une grande virtuosité à la variété de ses thèmes comme l’attestent l’élan patriotique de « Paul Revere’s Ride » dans Tales of a Wayside Inn (1863-1874), ainsi que la narration de la déportation des Acadiens en Louisiane (Evangeline, 1847). Il est aussi l’auteur de trois tragédies formant la trilogie de Christus (1872), de poèmes narratifs d’inspiration romantique fort appréciés en leur temps.

 

-Mary Storer Potter 1 femme de longfellow

Mary Storer Potter, première épouse de Longfellow

 

Poète que les enfants apprennent dans les écoles, il demeure surtout célèbre aux Etats-Unis avec The Song of Hiawatha (1855), récit indien plein de pittoresque et de magie, qui exprime son attachement aux Amérindiens. C’est une œuvre écrite en vers trochaïques, les mieux adaptés au rythme saccadé et répétitif des danses amérindiennes. Dans cette histoire de la vie d’un Indien du nom de Hiawatha d’une cinquantaine de pages, l’auteur mêle à la trame de l'intrigue des thèmes américains et des légendes indiennes nord-américaines, particulièrement celles des Ojibwés du Michigan du Nord, du Wisconsin, et du Minnesota.

 

Fanny Appleton Longfellow 2 femme de longfellow

Frances Appleton Longfellow, seconde épouse du poète

 

Veuf en 1835 de Mary Storer Potter, il épousa en secondes noces Frances « Fanny » Appleton qui mourra tragiquement en 1861, en mettant accidentellement le feu à sa robe. Durablement éprouvé par ce deuil, il composera en 1879 le poème dédié à sa mémoire, « The cross of snow ».

Mort en 1882, il est le premier poète américain à avoir son buste placé dans le Poets’ corner de l’abbaye de Westminster.

 

 

La flèche et la chanson

 

Le poème "The Arrow and the Song" est écrit en deux versions, en anglais et en français, qui sont disposées en vis-à-vis, avec deux ou trois ratures ; il me semble que c’est la main de ma grand-mère qui les a recopiées à la plume, à l’encre noire. Je les restitue avec la ponctuation d’origine.

 

The Arrow and the Song

 

I shot an arrow into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For son swiftly it flew, the sight

Could not follow it in its flight.

 

I breathed a song into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For who has sight so keen and strong

That it can follow the flight of song?

 

Long, long, afterwards in an oak,

I found the arrow still unbroken,

And the song from beginning to end,

I found again in the heart of a friend!

 

La Flèche et la Chanson.

 

Je lançai une flèche dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car si rapidement elle vola (que) la vue

Ne pouvait la suivre dans son vol.

 

J’exhalai une chanson dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car, …. qui a la vue assez perçante et assez forte

Pour pouvoir suivre le vol d’une chanson ?

 

Longtemps, longtemps après, dans un chêne,

Je trouvai la flèche encore intacte,

Et la chanson du commencement à la fin,

Je (la) retrouvai dans le cœur d’un ami !

 

Longfellow

 

Marie-Georgina Burch La Beuze

12 rue Belzunce Paris (10°)

 

Peut-être que ce poème fut traduit par cette amie de ma grand-mère qui a laissé son nom en bas des deux versions (comme en feraient foi les ratures), et qu’elle le lui communiqua en témoignage de leur amitié.

L’association de la flèche, de la chanson et de l’amitié (par un poète dont le patronyme signifie "camarade", "copain") m’apparaît ainsi révélatrice du contenu de son Carnet de Poésie, dans lequel la poésie est toujours intimement liée à la rencontre avec les autres.

 

 

poets corner

  Statue en pied de Longfellow dans le Poets' corner à l'abbaye de Westminster

 

 

Sources :

La littérature américaine, Daniel Royot, PUF, mars 2004

http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-wadsworth-longfellow/

http://dutron.wordpress.com/2009/08/16/lecoin-des-poemes-qu%E2%80%99on-y-tie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Longfellow

 

 

Lundi 28 juin 2010

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Chamapigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Le coeur de l'homme 1

 

Le coeur de l'homme 2

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Champaigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:14

 

Arlésienne vers 1785 Antoine raspal Museon arlaten Cliché

  Portrait d'une  jeune Arlésienne, Alexandre Hesse, vers 1842

 

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur une feuille d’un bleu passé, on peut lire deux poèmes rédigés d’une petite écriture fine et ronde, celle de M. Gay, l’inconnu qui a écrit le poème intitulé « Après la guerre… » que j’ai déjà évoqué.

Ces deux textes sont très différents dans leur tonalité : le premier  est une personnification du Rhône et décrit son voyage des glaciers jusqu’à la mer ; le second est une méditation sur le Temps et a pour titre « Le cœur de l’homme ».

Je ne sais pourquoi ma grand-mère, une fille du pays d’oïl, a conservé ce feuillet qui renferme un poème en l’honneur des femmes du pays d’oc, les Arlésiennes, dont il célèbre la beauté. Une petite note, précédée d’une croix, précise d’ailleurs la définition de l’ « aise », une des pièces du costume provençal.

Peut-être aimait-elle particulièrement la nouvelle d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, qui évoque la tragique histoire du beau Jan, « sage comme une fille, solide et le visage ouvert », amoureux fou à en mourir d’une petite Arlésienne coquette, « toute en velours et en dentelles ». Qui n’a pas en mémoire l’admirable chute de la nouvelle : « C’était dans la cour, devant la table couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras » ?

 

La légende du Rhône

 

Un jour, il vit enfin luire le grand soleil !

C’était près d’Avignon, vieille ville papale !

Et, du coup transformé, son eau jusque là sale

Muée en un miroir immense de vermeil !

Après avoir suivi le chemin des épreuves

Le Rhône devenait le plus beau des grands fleuves !

 

Alors il s’attardait près de ses vastes îlots,

Et, poursuivant le cours de son humeur fantasque,

Passait, majestueux, auprès de la Tarasque,

Serpentant dans les blés pleins de coquelicots,

Dans les prés qu’il rêvait de trouver sur sa course

Depuis les glaciers bleus où se perdait sa source !

 

Mais, un jour de printemps, au soleil radieux,

D’Arles voyant enfin, dans l’air pur, les arènes

Dresser, près de son lit, leurs arcades romaines,

Il pensa s’arrêter, n’en croyant pas ses yeux…

Car le fichu plissé croisé par-dessus l’aise *

En coiffe provençale, il voyait une Arlèse !

 

C’est alors qu’il comprit, n’ayant plus rien à voir,

Qu’il avait dignement rempli sa destinée.

Et, craignant de flétrir l’image illuminée

Reflétée un instant dans son plus pur miroir,

Il alla vers la mer, en bénissant sa chance,

Puisqu’il avait pu voir Les Femmes de Provence !

 

M. Gay

 

* Aise : sorte de tunique noire que les Arlèses (ou Arlésiennes) portent sous leurs fichus blancs qui forment ce qu’on appelle la chapelle.

 

  La légende du Rhône-copie-1 La légende du Rhône suite

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 16:52

 

Le lavandin

  Lavande et lavandin au jardin, Juin 2010

 

Au creux de mon jardin

L’été chuchote enfin

Sur le ciel immobile

Les arbres font concile

L’air est bourdonnements

Frissons roucoulements

 

Les ronds millepertuis

La sauge en confettis

Les roses rougissantes

La clématite ardente

Les lys incandescents

Aux coloris grisants

Distillent un Orient

De parfums chatoyants

 

Dans les gras lavandins

Abeilles en va-et-vient

Sur la mer des lavandes

En blanches sarabandes

Papillons qui se posent

Ivres métamorphoses

 

papillon sur la lavande 

 Un papillon sur le lavandin, juin 2010

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

des Croqueurs de Mots

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 06:55

 

tristan et yseult

Tristan (James Franco) et Yseult (Sophia Myles),

Dans le film de Kevin Reynolds (2005)

 

 

C’était à Carhaix

Tristan languissait

La nef ramenait

Yseult qu’il aimait

 

L’on voyait Penmarch

Les éclairs blafards

La pluie qui effare

En un cauchemar

 

Puis le temps s’apaise

Et les vents se taisent

Loin sur la falaise

L’attente lui pèse

 

Celle aux Blanches Mains

Sa vengeance tient

Elle voudrait bien

Changer le destin

 

Amie dites-moi

Qu’est-ce que l’on voit

En ce grand arroi

Sur la mer de soie

 

Ami je crois voir

Sous la lune ivoire

Dans le fin brouillard

Une voile noire

 

Vers la muraille

Tristan en défaille

La mort le tenaille

Au coeur des entrailles

 

Pour Yseult la blonde

Sa douleur profonde

La fait moribonde

Elle meurt au monde

 

Amants d’amertume

Que l’Amour consume

Vaisseau dans la brume

Une gloire posthume

 

 

 

 

 

Pour papierlibre@over-blog.net

Thème : un bateau dans la brume

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 20:30

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Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut voir un dessin léger au crayon de couleur, qui représente un clocher et un pan de mur de maison surmonté d'un grand toit. Une rambarde, un pont, le feuillage frémissant d'un arbre, un coin de village français... Le dessin est signé des initiales MD et il est daté du 09-10-38.

En regard de ce dessin, j'ai trouvé ces deux quatrains, rédigés sur une petite carte de visite aux bords irréguliers, d'une écriture régulière et penchée, à l'encre violette. La signature est celle d'un(e) certain(e) M. Colman.

 

Aimer sa petite Patrie

Son jardin, ses champs, sa maison,

Son clocher qui chante ou qui prie

Selon le jour et la saison.

 

Jusqu'au soir où le corps succombe,

Fruit mûr détaché du rameau,

Qu'alors on creuse notre tombe

Où gazouille notre berceau.

                                             (M. Colman)

 

Le 30 septembre s'est achevée la conférence de Munich sur l'officialisation de l'abandon des Sudètes à Hitler, qui s'en est emparé sans coup férir. En dépit du violent réquisitoire de Winston Churchill, le 03 octobre, contre ces accords infamants, le Grand Conseil du fascisme a adopté de nouvelles mesures antisémites en Italie, le 07 octobre. L'aryanisation des biens juifs est en marche en Allemagne et l'on construit le camp de Ravensbrück. Les menaces se profilent à l'horizon.

Bientôt, sur les routes de France, ce sera le grand Exode et les Français seront contraints de fuir leur "petite Patrie" devant l'avancée de l'occupant.  Pendant cinq ans, elle ne sera plus qu'un rêve nostalgique que ce fragile dessin aux tons pastel et cet humble poème me semblent exprimer avec une touchante simplicité.

 

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Mercredi 23 juin 2010

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 13:23

 

Dans ses yeux

  Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

 

 

« Une enquête à résoudre, une histoire à écrire », c’est ainsi que la bande-annonce du premier long métrage de Juan José Campanella en présente le thème. Le film associe en effet très habilement deux périodes temporelles qui s’interpénètrent par d’incessants allers et retours entre le passé et le présent.

Le spectateur fait ainsi la connaissance de Benjamin Espósito (Ricardo Darin), un inspecteur-enquêteur qui eut à résoudre dans les années 70, à Buenos-Ayres, l’énigme du viol et du crime particulièrement atroce d’une jeune institutrice et dont le souvenir le hante. Désormais à la retraite, et pour exorciser ce souvenir (« Je veux tout comprendre » dit-il), il entreprend l’écriture d’un roman qui en retrace l’histoire. Ce faisant, il part en quête d’un amour perdu, celui qu’il éprouva pour sa collègue de travail et supérieure d’alors, la greffière en chef, Irene Menéndez-Hastings (Soledad Villamil), et qu’il retrouve à cette occasion. Contraint de remonter le temps, il se voit replongé dans l’Argentine corrompue d’avant le coup d’Etat militaire de 1976.

Juan José Campanella explique ainsi son propos : « Mon but était de poser cette question : cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui ? Qu’apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux ? Quels secrets nous raconteraient-ils ? » Les regards tiennent ainsi une grande place dans ce film : regard bleu tout plein d’amour non-dit d’Espósito pour Irene ; regard velouté et embué de la jeune femme qui n'ose s'avouer sa passion ; regard intérieur du mari de la victime, Ricardo Morales (Pablo Rago); regard sans vie du violeur Isidoro Gómez (Javier Godino), devenu spadassin à la solde du régime. C’est d’ailleurs en observant attentivement un album de photos qu’Espósito sera mis sur la piste d’un assassin qui ne quitte jamais des yeux celle qu’il désire et sa future victime.

Dans une interview, Campanella insiste sur le fait que les yeux sont la seule chose qui différencie les films des autres formes narratives. Le cinéma est ainsi cet outil fantastique qui permet de montrer de très près le regard des acteurs. Selon lui, ne pas utiliser cet outil, c’est oublier la nature première du cinéma, dont le grand pouvoir réside dans le fait de réussir à dévoiler l’âme humaine à travers les yeux des comédiens.

Car ce long métrage est aussi un grand film d’amour- "Dans ses yeux l'amour à l'état pur", dit l'enquêteur du mari de la victime- et une méditation sur le temps. Le metteur en scène admet que la seule chose qui lui plaise dans le fait de devenir adulte, c’est qu’on a la possibilité de regarder en arrière. La mémoire est bien ce moyen qui donne l’occasion de se retourner sur son passé, d’analyser ce que l’on est devenu par rapport à ce que l’on a vécu. Si la force du souvenir et la recherche de la vérité permettent à Espósito de réaliser l’amour inabouti de sa jeunesse, la mémoire de l’amour d’autrefois demeurera pourtant une prison pour le mari de la victime, lui que  « la mort de sa femme a rendu prisonnier pour l’éternité ». A cet égard, la fin inattendue du film est particulièrement révélatrice.

 

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Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Ricardo Morales (Pablo Rago)

 

Un autre intérêt du film réside dans le traitement des personnages secondaires, tous très bien campés et d’une grande crédibilité. On n’oubliera pas la composition de Guillermo Francella, célèbre acteur comique, dans un rôle inattendu, celui de Pablo Sandoval, l’ami fidèle de l’inspecteur. En dépit de son alcoolisme et de ses maladresses, il le mettra sur la piste du coupable: « Un homme peut tout changer dans sa vie, mais il ne peut pas changer de passion ! ». Quant à Javier Godino, il est impénétrable dans un personnage de petite frappe, sûr de son impunité.

Campanella dit avoir été très marqué par les personnages dramatiques ou comiques des films italiens, et dans lesquels n'existe pas le stéréotype du flic ou de la femme fatale. Son film est par ailleurs un subtil alliage de passages noirs et de moments drôles où l’on se prend à rire. L’idée lui plaît d’une histoire dans laquelle des gens ordinaires sont coincés dans un film noir.

C’est vraiment la gageure de ce film d’être à la lisière de différents genres cinématographiques (le thriller psychologique, le film noir, le drame romanesque), pari risqué et parfaitement tenu pour cette œuvre de réalisation « classique », adaptée du roman d’Eduardo Sacheri, El Secreto de sus ojos. Le metteur en scène reconnaît lui-même que son film présente nombre de  facettes, que les thèmes et les angles en sont très variés. Il avoue avoir mis un an pour se décider à adapter cette histoire, avant de réaliser qu’elle touchait à nombre de choses différentes et permettait de multiples analyses. Dans ses yeux a obtenu l’Oscar du Meilleur Film Etranger le 07 mars 2010, alors même qu’il était en lice avec Le Ruban blanc de Haneke et Un Prophète d’Audiard ; c’est dire la qualité d’un film hispano-argentin qui ne se trouve jamais là où on l’attend !

 

Dans ses yeux 2

  Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

et Benjamin Esposito (Ricardo Darin)

 

 

 

Mercredi 23 juin 2010

 

 

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Published by Catheau - dans Cinéma
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