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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:36

  Gwenaëlle Aubry

 

Avec son cinquième roman, intitulé Personne, Gwenaëlle Aubry entreprend en un douloureux abécédaire de brosser le portrait de son père, qui passa sa vie à « combattre l'ombre en lui ». Reconnaissant avec Peorges Pérec les pouvoirs salvateurs de l'écriture, sous l'égide de saint Augustin et d'Antonin Artaud, elle s'interroge sur le deuil, le double et la folie, elle chemine pas à pas aux côtés de ce père, victime d'un trouble bi-polaire, et qu'elle se reproche de n'avoir pas su accompagner.

L'intérêt de l'ouvrage réside dans le fait qu'en regard de sa propre analyse des faits, elle place des extraits du texte écrit par son père, Le mouton noir mélancolique. Ce sont « près de deux cents pages rédigées à la main d'une écriture soignée, corrigées et annotées jusqu'à la fin ». A la douleur longtemps tue de la fille se superpose la souffrance du père, conscient jusqu'à l'exacerbation de sa maladie. Grand juriste et professeur de droit reconnu, comme nombre de psychotiques qui « creusent plus loin le réel », il était passionné de poésie et de philosophie, dissertant de Plotin avec sa fille. Celle-ci décèle en ce texte un « effort insensé » pour saisir en lui ce « spectre dérangeant », sous-titre explicite de son manuscrit.

C'est ce texte aussi, dit-elle, qui la relie à son père, lui redonne vie en lui permettant d'associer « leurs mots à tous deux ». Exemple filial émouvant de résurrection par une écriture à deux mains.

Parmi tous les personnages que son père s'inventait, elle cherche à redonner forme à l'homme qu'il était mais qu'il ne parvint jamais à être. De James Bond et du prince Eric à François-Xavier Aubry, double ancestral « réel et rêvé », en passant par les figures filmiques de Jean-Pierre Léaud et de Dustin Hofman, elle s'interroge sur sa personnalité en miettes, ses errances titubantes, dans sa petite ville, ses disparitions et ses retours, son goût de l'ordre et des rituels. Il est pour elle cet enfant qui n'a jamais grandi, constat qu'il avait fait lui-même : « Eternel enfant de cinq ans, enfant chez moi, héros à l'extérieur, dualité bien connue et parfois à l'origine de la psychose maniaco-dépressive. »

Elle raconte cette existence dans le secret, « clopin-clopant, en biais », avec un père qui « avait privé les siens de lui-même ; elle dit « l'absolue nudité » du regard de cet homme, ce « père impuissant », tel qu'il se définissait lui-même. Et pourtant, c'était celui-là même qui lui avait avoué qu' « un homme tu sais n'a pas peur d'avoir des enfants il a peur de perdre ses enfants ». Et elle avait ainsi pris conscience « jusqu'à la suffocation » du manque dans lequel sa soeur et elle avaient été contraintes de l'abandonner ; deux petites filles qui avaient assisté à une de ses tentatives de suicide lors de vacances en Bretagne, quand elles avaient vu ce qu'elle n'auraient pas dû voir, « le monde retourné ».

A lire cette difficile confession, on comprend combien le mélancolique est en quête de lui-même et s'efforce de « rassembler ses morceaux » afin de se créer en « corps constitué ». Mais combien aussi, dans le même temps, il n'aspire qu'à « dépouiller ses masques, ses attributs, ses qualités ». Et ce n'est pas le moindre mérite de cet ouvrage que de nous donner à appréhender cette maladie qui demeure bien souvent innommée. Ne se résumait-elle pas pour l'auteur à la sempiternelle phrase creuse : « Ton père ne va pas bien en ce moment »? Mais il a bien fallu qu'un jour elle reconnaissse que son père était « fou », tout en ayant conscience que c'était un « mot emphatique, vague inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, rien d'autre que [son] angoisse ».

Il aura fallu des années à l'auteur pour oser parler de ce drame qui l'a constituée, « pour que les signes se raniment, changent l'absence en mémoire, le naufrage en trésor, voilent ce front opaque, ce corps sans tombe ni repos, sous un linceul de mots, qu'il lui soit léger ». A celui qui voulait n'être « rien » elle édifie un « tombeau » et lui restitue sa dignité et son être. Elle admet enfin après un long cheminement que son père, « pour n'avoir jamais fait bloc avec lui-même, pour avoir connu la douleur et l'extase » a vécu une expérience unique, semblable à celles rapportés par « quelques livres noirs et lumineux, et le sien obscurément aussi ».

Cet ouvrage écorché et douloureux s'achève sur le constat amer mais lucide que, grâce à l'incinération qu'il avait demandée, le père de la narratrice est enfin parvenu à ce qu'il avait désespérément cherché durant son toute existence : « Le droit de ne plus être quelqu'un. »

 

Vendredi 9 juillet 2010.

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:29

  Minh Tran Huy

 

Le deuxième roman de Minh Tran Huy, La double vie d'Anna Song, tient les promesses du premier (La Princesse et le Pêcheur) et réserve au lecteur bien des surprises. Alors que l'on croit lire une histoire d'amour fou articulée autour du thème de la falsification artistique, on découvre au terme de la lecture qu'il s'agit en fait d'une méditation sur les pouvoirs de la fiction.

C'est avec une grande habileté que la jeune romancière structure l'histoire de cette pianiste prodige, Anna Song, dont la carrière est brisée par une paralysie des deux derniers doigts de la main droite. Alors qu'elle subit une seconde épreuve avec un cancer, son ami d'enfance, Paul Desroches, devenu son mari, qui vit dans le souvenir de la pianiste géniale qu'elle fut, orchestre de main de maître une imposture. Il parvient à faire croire au monde musical international qu'elle a enregistré en studio plus 102 CD, d'une admirable virtuosité.

Le lecteur suit en parallèle les événements musicaux de la vie de la jeune femme racontée par son époux et le retentissement médiatique de la découverte de son talent exceptionnel, à travers des articles de journaux. La mystification joue à plein lorsqu'il apprend à la fin que cette histoire n'est que le roman écrit par l'ami d'enfance, qui n'a jamais épousé Anna Song...

Oeuvre à double voire à triple fond, le livre séduit par de très belles pages sur la magie de la musique et les extrémités auxquelles est confronté celui qui est en proie à l'amour absolu. On sera aussi sensible aux réminiscences d'un Viêtnam perdu et rêvé, celui de l'auteur et de son personnage, dont une très poétique légende viêtnamienne vient éclairer le destin tragique.

Vertigineuse mise en abyme pratiquée avec maestria par une romancière qui croit avec Shakespeare que « nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves » (La Tempête, Acte IV, scène 1), l'ouvrage résonne longtemps en nous comme de mélancoliques arpèges...

 

Samedi 10 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:16

  Grimbert

 

Avec La petite robe de Paul, Philippe Grimbert nous livre un récit dense, issu sans nul doute de son expérience de psychanalyste. Dans ce qui est son premier roman il nous raconte l'histoire de Paul, un homme apparemment sans histoires qui, sous l'effet d'un mouvement irrépressible, achète un jour une petite robe blanche avec trois plis plats, de taille six ans, brodée de trois roses. Il ignore que cet achat,certes incongru puisque sa fille Agnès est adulte mais qu'il croit innocent, va remettre en cause les fondements de son couple et de sa vie.

Car, à partir du moment où il cache la petite robe dans le placard de son dressing, entre un costume sombre et un blazer bleu marine, tout se lézarde : « Dans l'existence transparente de Paul l'innocence du modèle aux trois roses faisait figure d'énigme. Quelle force l'avait donc poussé à l'acquérir et à la cacher? »

C'est tout l'art de Philippe Grimbert de distiller les signes imperceptibles qui vont faire basculer Paul et Irène sa femme dans le doute, la douleur et la violence. Quand Irène découvre fortuitement la petite robe blanche, mille questions l'assaillent : son mari a-t-il une double vie? est-il le père d'une petite fille dans un second foyer? est-il attiré de façon malsaine par les enfants? A cette occasion se ravivent ses plaies anciennes, le suicide inexpliqué et longtemps caché de ses parents dans sa prime enfance et la fausse couche d'il y a six ans dont elle ne s'est jamais remise.

De multiples signes conduisent aussi Paul à s'interroger sur la relation de son père et de sa mère et sur ses propres sentiments vis-à-vis de son père disparu. Il se demande quelles sont les raisons qui ont poussé sa mère à lui faire enterrer dans le jardin de la maison familiale une boîte en fer blanc renfermant des photos. Mu par une impulsion incoercible, il fera le geste sacrilège de déterrer la boîte et de l'ouvrir, découvrant une photo datée de juin 1942, qui représente son père sur un balcon portant une enfant vêtued'une robe blanche... Un rêve récurrent, souvenir horrifié d'un épisode de son enfance, reviendra le visiter : celui d'une petite poule blanche dont l'oeil malade avait été picoré par une autre poule qui avait fini par la tuer.

Au terme d'une remontée dans les profondeurs de son inconscient, Irène ira jusqu'à se mutiler le sexe, afin de ressaisir le temps où son sang coulait d'elle chaque mois. Tentée par le suicide, victime de la violence horrifiée de Paul qui la découvre près de la petite robe blanche maculée de son sang, elle finira par comprendre que les mains de Paul l'ont « arrachée à son cauchemar en libérant ses fantômes ». Quant à Paul, il saura pourquoi il a fait cet achat : « Il lui fallait vêtir un petit cadavre nu. »

Brassant- peut-être à l'excès- tous les thèmes chers à la psychanalyse, c'est pourtant un ouvrage qui se lit d'une traite. Même si l'on peut être dubitatif sur un happy end sans surprise, il n'en demeure pas moins que Philippe Grimbert, comme tout bon psychanalyste qui se respecte, proclame avec conviction que le silence est mortifère et que la parole est libératrice.

 

Lundi 05 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 20:57

 

P1010982  

Méduses sur la plage de la Roche sèche (Erdeven), juillet 2010

 

 

Méduses

 

 Comètes opalescentes

Dans les cieux sablonneux

Méduses transparentes

Univers à l’envers

 

 

  P1010988

Méduses sur la plage de la Roche sèche (Erdeven), juillet 2010

 

 

 

 

Dimanche 11 juillet 2010

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 18:01

 

Eugénie de Guérin

Portrait d'Eugénie de Guérin 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut lire un court texte de Lucie Félix-Faure Goyau. Au-dessous, la date du 30 novembre 1923 est indiquée, suivie du prénom Madeleine,  celui de l’une de ses sœurs, qui ne se maria jamais. Sans doute est-ce elle qui a recopié ces quelques lignes pour sa sœur aînée :

 

« Orienter sa vie, tout est là. Le joli mot qu’orienter ! Il exprime la direction vers la lumière. En ses syllabes il flotte de l’Amour. Orientons nos vies, orientons nos âmes. Que la lumière pénètre en nous ! »

 

 

P1000364

 

Lucie Faure-Goyau (1866-1913) est la fille de Félix Faure et de Berthe Belluot. Elle épousa l’écrivain Georges Goyau, un historien et essayiste, spécialiste de l’histoire religieuse, dont elle n’eut pas d’enfant. Femme de lettres elle-même, elle publiera un certain nombre d’ouvrages et notamment une biographie d’Eugénie de Guérin (1805-1848), un personnage singulier qui mérite qu’on s’attarde sur elle.

Telle Jacqueline Pascal ou Lucile de Chateaubriand, Eugénie de Guérin s’associa au destin de son frère, Maurice de Guérin (1810-1838), le poète romantique, « ce cœur inquiet et troublé » (Jacques Banville), auteur du poème en prose Le Centaure et de La Bacchante. Ils vécurent ensemble à Andillac dans le Tarn, au château du Cayla.

 

Maurice de Guérin

  Portrait de Maurice de Guérin

 

Son Journal, destiné à son frère, parut quatorze ans après sa mort en 1862, et les huit premières éditions en furent épuisées en seize mois. François Mauriac semble avoir compris cet attachement si particulier de la sœur pour le frère : « Une sœur qui ne se marie pas, c’est souvent une femme qui, ayant renoncé à sa propre histoire, à son drame particulier, s’efforce de se maintenir au centre de la vie du frère qu’elle chérit, cet inconnu dans lequel, avec une passion tenace, elle tente de ressusciter l’enfant qu’elle a bercé sur ses genoux. »

 

Château du Cayla 2

  Le château du Cayla à Andillac (Tarn)

 

En novembre 1838, elle assiste à Paris au mariage de son frère Maurice avec Caroline de Gervain. Elle ne revient au Cayla  que le 8 juillet 1839 pour la mort de son frère « ce jeune malade à pas lents », disait Charles Maurras, onze jours plus tard. Ce sera l’événement majeur de sa vie. Même après sa mort, il demeure le destinataire de son journal intime :

 

Cahier XI

 

ENCORE A LUI .

A MAURICE MORT. A MAURICE AU CIEL.
IL ETAIT LA GLOIRE ET LA JOIE DE MON CŒUR.
OH ! QUE C’EST UN DOUX NOM ET PLEIN DE DILECTION

QUE LE NOM DE FRERE !

 

Vendredi 19 juillet, à 11 heures ½, date éternelle !

 

21 juillet [1839].- Non, mon ami, la mort ne nous séparera pas, ne t’ôtera pas de ma pensée : la mort ne sépare que le corps ; l’âme, au lieu d’être là, est au ciel et ce changement de demeure n’ôte rien à ses affections. Bien loin de là, j’espère ; on aime mieux au ciel où tout se divinise. O mon ami ! Maurice, Maurice, es-tu loin de moi, m’entends-tu ?

 

Et le 30 septembre 1839, elle écrit dans son Journal :

 

Je voudrais que le ciel fût tout tendu de noir,

Et qu’un bois de cyprès vînt à couvrir la terre ;

Que le jour ne fût plus qu’un soir.

 

Après la mort de son frère, désemparée, elle cherchera en Barbey d’Aurevilly un frère de substitution. Il avait dit d’elle : « Cette Marthe de l’Evangile était poète, et l’on peut répondre qu’elle l’était toujours. » Mais ce « frère de Paris » se fait très vite silencieux et le Journal d’Eugénie de Guérin s’achève brutalement le 3 octobre 1841.

Rainer Maria Rilke a manifesté son admiration pour cet être « capable d’écrire ainsi pour lui dans le silence. » Et il ajoute que  « probablement n’existe-t-il plus de telles femmes, de cœurs capables d’une restriction aussi grandiose, qui en chaque lieu s’éprouvent dans le tout… » (Correspondance avec Marie de la Tour et Taxis).

Celle qui avait fait de son frère puîné son Orient ne se remettra jamais de ce deuil. Cette « pieuse sœur, maternelle et charmante » mourra neuf ans plus tard, inconsolée, à quarante-trois ans…

 

 

Journal d'Eugénie de Guérin

 

Sources :

« La poétique du journal d’Eugénie de Guérin", Françoise Simonet-Tenant, Université Paris-XIII

http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Faure

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C%A9nie_de_Gu%C3%A9rin

http://www.biblisem.nat/etudes/mougueri.htm

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

Jeudi 01 juillet 2010

 

 

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 22:05

 

la comtesse 4

 

Avec La Comtesse, son troisième film (après Loooking for Jimmy et Two days in Paris), Julie Delpy signe une œuvre dérangeante, non tant par les actes sanglants commis par son héroïne que par la volonté de celle-ci de s’affirmer, à la fin du XVI°siècle, comme femme dans un monde d’hommes : « Si j’avais été un homme, mon destin aurait été fort différent », dit-elle.

L’actrice d’origine française, et qui a fait carrière aux Etats-Unis, s’est en effet intéressée au destin hors du commun de la comtesse hongroise Erzsebet Bathory (1560-1614), celle qui inspira en partie Bram Stocker pour son personnage de Dracula, tout droit sorti de Camilla de Sheridan Le Fanu, celle que la légende a surnommée la "dame sanglante de Scjete" (du nom de son château).

Par ses origines, Erzsebet Bathory était l’héritière de l'une des plus grandes familles de Hongrie, qui s'était établie dans ce pays au XIV°siècle. Etienne 1er son oncle fut roi de Pologne et, en 1476, le prince Stephen Bathory, son aïeul le plus puissant, était venu en aide au comte Dracula dans la reconquête du trône de Valachie. Plus tard, elle avait elle-même acquis un immense domaine lui ayant appartenu. Son père, Gyorgy Bathory, était le frère d'André Bathory, un des princes de Transylvanie.

 

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Cette « femme élégante et fière, dont le large front témoign[ait] d’une grande intelligence » (Ferdinand Stobel von Ravelsberg), cultivée et parlant quatre langues, épousa très jeune, en 1575,  un guerrier sanguinaire, Ferenc Nadasdy, grand pourfendeur de Turcs, dont elle eut cinq enfants. En son absence, elle géra son immense fortune, devenant même la créancière du roi. Agée d’une quarantaine d’années, c’est après la mort de son époux, à l’occasion d’un voyage à la Cour, qu’elle tomba follement amoureuse du jeune fils du comte Gyorgy Thurzo (William Hurt), palatin de Hongrie, dont elle avait rejeté l’amour. Ce dernier n’aura de cesse de la séparer de son fils Istvan (Daniel Brühl).

La comtesse, convaincue qu’elle a été abandonnée à cause de son âge, et sur les conseils de son âme damnée Anna Darvulia (Annamaria Marinca) se lance alors dans une quête éperdue de l’éternelle jeunesse. Elle ira jusqu’aux pires excès, à savoir le meurtre de plus de six cents jeunes filles- dit-on- dont le sang est censé rajeunir sa peau. En 1610, au terme d’un procès hâtif, initié par le roi et l’Eglise, elle sera emmurée vivante pendant quatre ans dans son propre château- sa noblesse lui ayant permis d'échapper à l'exécution-  (et sans toutefois avoir été déclarée sorcière afin que ses enfants ne soient pas spoliés de leur héritage).

 

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Dans un entretien avec Eric Kervern, Julie Delpy explique les raisons qui l’ont incitée à réaliser ce film. Le personnage de la comtesse Bathory la fascine depuis toujours et elle a eu envie d’aller plus loin dans la compréhension de ce personnage ambigu. Erzsebet ne fut-elle pas victime d’une cabale orchestrée par les grands du royaume de Hongrie ? Correspondait-elle vraiment au mythe de la femme sanguinaire et diabolique devenu le sien ? La réalisatrice a souhaité mettre en scène une femme de pouvoir,dans un siècle où les hommes à la guerre craignaient, en leur absence, de se voir dépossédés de leurs prérogatives.

Au delà du mythe de Lilith ou de la « méchante reine », elle a trouvé dans ce personnage de femme amoureuse et violente une matière complexe, telle que peut en receler Hamlet ou d’autres grands types masculins. Elle dit avoir été élevée par ailleurs aux films des années 70, dans lesquels ce sont les méchants qui sont les héros, comme le Parrain ou Bonnie et Clyde dans les deux films éponymes. Elle aime l’idée d’un personnage central décalé, opposé au héros traditionnel, beau et bon. Daniel Brühl, le comédien allemand, qui interprète le jeune amant de la comtesse Bathory, explique quant à lui que Julie Delpy a voulu montrer l’héroïne comme une femme meurtrie, blessée de l’intérieur, viscéralement « romantique » dans sa conception des relations humaines.

Après avoir mis huit ans pour enfin réaliser ce film écrit par elle en 2000, Julie Delpy le présente comme étant plus proche de Shakespeare que de Dracula et elle affirme que sa première influence a été celle de Carl Dreyer. On ne s’en étonnera pas quand on voit la maîtrise dont elle fait preuve dans le cadrage des scènes (superbe scène de la rencontre au cours d’un bal, qui fait penser au bal de La Princesse de Clèves de Jean Delannoy), et l’art du clair-obscur pour un film au classicisme épuré. Outre la beauté des costumes et des décors, on sera encore sensible à la précision et la subtilité des dialogues, non dénués d’humour (notamment dans la scène du dîner avec l’archevêque), et à une bande-son superbe composée par Julie Delpy et son compagnon Marc Streitenfeld.

 

la comtesse 3

 

La première partie du film, où Erzsebet Bathory s’affronte aux puissants, est cependant plus convaincante que la seconde qui la voit s’abandonner à la violence. En dépit d’un traitement relativement « soft »- on est loin du film gore- certaines scènes sont assez difficiles à regarder, il faut bien l'avouer.

La distribution est au diapason du film, quoique le personnage du jeune amant, interprété par Daniel Brühl (dont c’est le deuxième film avec Julie Delpy, après Two days in Paris en 2007), fasse un peu pâle figure au regard des autres comédiens. Annamaria  Marinca, (Palme d’or de la meilleure comédienne au 60ème Festival de Cannes pour Quatre mois, trois semaines, deux jours de Cristian Mungiu), interprète ici sobrement  la maîtresse-sorcière qui initie la comtesse à la sorcellerie. William Hurt campe pour sa part l’implacable comte Thurzo, attaché de toute sa haine virile à la perte d’Erzsebet Bathory. Quant à Julie Delpy (que l’on n’a pas oubliée dans La Passion Béatrice, où elle interprète le rôle de Béatrice de Cortemart, César du Meilleur espoir féminin en 1988), elle prête son pur visage hiératique, masque des pensées mortifères, à une héroïne, emportée inéluctablement dans l’horreur par la passion et le refus de vieillir. « Seigneur, est-ce mal de vouloir rester belle et jeune ? », interroge-t-elle dans une prière ?

 

la comtesse5

 

Si l’on est en droit de ne pas adhérer à une théorie du complot ,qui fait d’une sanglante meurtrière une victime de l’ordre masculin, on ne peut qu’admirer la passion avec laquelle July Delpy s’empare d’un personnage controversé, qu’elle interprète d’une manière extrêmement personnelle, en s’abstenant de nous en donner jamais une vision manichéenne.

 

 

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Mardi 29 juin 2010

 

A lire :

Le Secret des Bathory, Andras Varesi. 

Heroine des Grauens. Elisabeth Bathory, Michael Farin.

Elisabeth Bathory, la comtesse sanglante, Valentine Penrose, Le Mercure de France, 1962.

 

Sources :

http://www.excessif.com/src/scripts/imprimer.php

http://.www.allocine.fr/film/casting_gen_cfilm=61081.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisabeth_B%C3

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 14:33

 

HenryWLongfellow1868

Henry Wadsworth Longfellow en 1868,

Portrait par Julia Margaret Cameron

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, sur une feuille de papier à lettres à lignes plié, a été recopié un poème du poète américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882), qui fut en son temps le plus lu des poètes de son pays. Et c'est grâce à Charles Baudelaire qui le traduisit qu'il est connu en France.

Venue du Yorkshire, la famille Longfellow avait émigré en 1676 en Amérique. Par son père, l’écrivain descendait de Priscilla et John Alden, un des fameux Pilgrims qui s’étaient embarqués en 1620 sur le Mayflower et qui fondèrent la colonie de Plymouth. Son grand-père maternel s’illustra comme général durant la guerre d’Indépendance.

Bibliothécaire à Bowdoin College à Brunswick, dans le Maine, Longfellow en devint le premier professeur de Langues modernes après un voyage en Europe de 1826 à 1829. Sa culture étrangère est ainsi le produit de sa vive curiosité linguistique et de ses voyages (France, Espagne, Italie) qui le firent écrire Outre-Mer (A Pilgrimage beyond the sea, 1835) et traduire La Divine Comédie (1865-1867). Par la suite, il enseigna longtemps à Harvard qu’il quittera en 1854 pour s’adonner tout entier à l’écriture.

Héritier du romantisme européen, il demeura à l’écart des conflits idéologiques, non sans affirmer son anti-esclavagisme. Une émotion contrôlée imprègne ses odes, ses ballades et ses élégies où point la nostalgie du temps perdu. Ses rythmes s’adaptent cependant avec une grande virtuosité à la variété de ses thèmes comme l’attestent l’élan patriotique de « Paul Revere’s Ride » dans Tales of a Wayside Inn (1863-1874), ainsi que la narration de la déportation des Acadiens en Louisiane (Evangeline, 1847). Il est aussi l’auteur de trois tragédies formant la trilogie de Christus (1872), de poèmes narratifs d’inspiration romantique fort appréciés en leur temps.

 

-Mary Storer Potter 1 femme de longfellow

Mary Storer Potter, première épouse de Longfellow

 

Poète que les enfants apprennent dans les écoles, il demeure surtout célèbre aux Etats-Unis avec The Song of Hiawatha (1855), récit indien plein de pittoresque et de magie, qui exprime son attachement aux Amérindiens. C’est une œuvre écrite en vers trochaïques, les mieux adaptés au rythme saccadé et répétitif des danses amérindiennes. Dans cette histoire de la vie d’un Indien du nom de Hiawatha d’une cinquantaine de pages, l’auteur mêle à la trame de l'intrigue des thèmes américains et des légendes indiennes nord-américaines, particulièrement celles des Ojibwés du Michigan du Nord, du Wisconsin, et du Minnesota.

 

Fanny Appleton Longfellow 2 femme de longfellow

Frances Appleton Longfellow, seconde épouse du poète

 

Veuf en 1835 de Mary Storer Potter, il épousa en secondes noces Frances « Fanny » Appleton qui mourra tragiquement en 1861, en mettant accidentellement le feu à sa robe. Durablement éprouvé par ce deuil, il composera en 1879 le poème dédié à sa mémoire, « The cross of snow ».

Mort en 1882, il est le premier poète américain à avoir son buste placé dans le Poets’ corner de l’abbaye de Westminster.

 

 

La flèche et la chanson

 

Le poème "The Arrow and the Song" est écrit en deux versions, en anglais et en français, qui sont disposées en vis-à-vis, avec deux ou trois ratures ; il me semble que c’est la main de ma grand-mère qui les a recopiées à la plume, à l’encre noire. Je les restitue avec la ponctuation d’origine.

 

The Arrow and the Song

 

I shot an arrow into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For son swiftly it flew, the sight

Could not follow it in its flight.

 

I breathed a song into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For who has sight so keen and strong

That it can follow the flight of song?

 

Long, long, afterwards in an oak,

I found the arrow still unbroken,

And the song from beginning to end,

I found again in the heart of a friend!

 

La Flèche et la Chanson.

 

Je lançai une flèche dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car si rapidement elle vola (que) la vue

Ne pouvait la suivre dans son vol.

 

J’exhalai une chanson dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car, …. qui a la vue assez perçante et assez forte

Pour pouvoir suivre le vol d’une chanson ?

 

Longtemps, longtemps après, dans un chêne,

Je trouvai la flèche encore intacte,

Et la chanson du commencement à la fin,

Je (la) retrouvai dans le cœur d’un ami !

 

Longfellow

 

Marie-Georgina Burch La Beuze

12 rue Belzunce Paris (10°)

 

Peut-être que ce poème fut traduit par cette amie de ma grand-mère qui a laissé son nom en bas des deux versions (comme en feraient foi les ratures), et qu’elle le lui communiqua en témoignage de leur amitié.

L’association de la flèche, de la chanson et de l’amitié (par un poète dont le patronyme signifie "camarade", "copain") m’apparaît ainsi révélatrice du contenu de son Carnet de Poésie, dans lequel la poésie est toujours intimement liée à la rencontre avec les autres.

 

 

poets corner

  Statue en pied de Longfellow dans le Poets' corner à l'abbaye de Westminster

 

 

Sources :

La littérature américaine, Daniel Royot, PUF, mars 2004

http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-wadsworth-longfellow/

http://dutron.wordpress.com/2009/08/16/lecoin-des-poemes-qu%E2%80%99on-y-tie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Longfellow

 

 

Lundi 28 juin 2010

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Chamapigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Le coeur de l'homme 1

 

Le coeur de l'homme 2

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Champaigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:14

 

Arlésienne vers 1785 Antoine raspal Museon arlaten Cliché

  Portrait d'une  jeune Arlésienne, Alexandre Hesse, vers 1842

 

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur une feuille d’un bleu passé, on peut lire deux poèmes rédigés d’une petite écriture fine et ronde, celle de M. Gay, l’inconnu qui a écrit le poème intitulé « Après la guerre… » que j’ai déjà évoqué.

Ces deux textes sont très différents dans leur tonalité : le premier  est une personnification du Rhône et décrit son voyage des glaciers jusqu’à la mer ; le second est une méditation sur le Temps et a pour titre « Le cœur de l’homme ».

Je ne sais pourquoi ma grand-mère, une fille du pays d’oïl, a conservé ce feuillet qui renferme un poème en l’honneur des femmes du pays d’oc, les Arlésiennes, dont il célèbre la beauté. Une petite note, précédée d’une croix, précise d’ailleurs la définition de l’ « aise », une des pièces du costume provençal.

Peut-être aimait-elle particulièrement la nouvelle d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, qui évoque la tragique histoire du beau Jan, « sage comme une fille, solide et le visage ouvert », amoureux fou à en mourir d’une petite Arlésienne coquette, « toute en velours et en dentelles ». Qui n’a pas en mémoire l’admirable chute de la nouvelle : « C’était dans la cour, devant la table couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras » ?

 

La légende du Rhône

 

Un jour, il vit enfin luire le grand soleil !

C’était près d’Avignon, vieille ville papale !

Et, du coup transformé, son eau jusque là sale

Muée en un miroir immense de vermeil !

Après avoir suivi le chemin des épreuves

Le Rhône devenait le plus beau des grands fleuves !

 

Alors il s’attardait près de ses vastes îlots,

Et, poursuivant le cours de son humeur fantasque,

Passait, majestueux, auprès de la Tarasque,

Serpentant dans les blés pleins de coquelicots,

Dans les prés qu’il rêvait de trouver sur sa course

Depuis les glaciers bleus où se perdait sa source !

 

Mais, un jour de printemps, au soleil radieux,

D’Arles voyant enfin, dans l’air pur, les arènes

Dresser, près de son lit, leurs arcades romaines,

Il pensa s’arrêter, n’en croyant pas ses yeux…

Car le fichu plissé croisé par-dessus l’aise *

En coiffe provençale, il voyait une Arlèse !

 

C’est alors qu’il comprit, n’ayant plus rien à voir,

Qu’il avait dignement rempli sa destinée.

Et, craignant de flétrir l’image illuminée

Reflétée un instant dans son plus pur miroir,

Il alla vers la mer, en bénissant sa chance,

Puisqu’il avait pu voir Les Femmes de Provence !

 

M. Gay

 

* Aise : sorte de tunique noire que les Arlèses (ou Arlésiennes) portent sous leurs fichus blancs qui forment ce qu’on appelle la chapelle.

 

  La légende du Rhône-copie-1 La légende du Rhône suite

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

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Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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