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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:14

 

Arlésienne vers 1785 Antoine raspal Museon arlaten Cliché

  Portrait d'une  jeune Arlésienne, Alexandre Hesse, vers 1842

 

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur une feuille d’un bleu passé, on peut lire deux poèmes rédigés d’une petite écriture fine et ronde, celle de M. Gay, l’inconnu qui a écrit le poème intitulé « Après la guerre… » que j’ai déjà évoqué.

Ces deux textes sont très différents dans leur tonalité : le premier  est une personnification du Rhône et décrit son voyage des glaciers jusqu’à la mer ; le second est une méditation sur le Temps et a pour titre « Le cœur de l’homme ».

Je ne sais pourquoi ma grand-mère, une fille du pays d’oïl, a conservé ce feuillet qui renferme un poème en l’honneur des femmes du pays d’oc, les Arlésiennes, dont il célèbre la beauté. Une petite note, précédée d’une croix, précise d’ailleurs la définition de l’ « aise », une des pièces du costume provençal.

Peut-être aimait-elle particulièrement la nouvelle d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, qui évoque la tragique histoire du beau Jan, « sage comme une fille, solide et le visage ouvert », amoureux fou à en mourir d’une petite Arlésienne coquette, « toute en velours et en dentelles ». Qui n’a pas en mémoire l’admirable chute de la nouvelle : « C’était dans la cour, devant la table couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras » ?

 

La légende du Rhône

 

Un jour, il vit enfin luire le grand soleil !

C’était près d’Avignon, vieille ville papale !

Et, du coup transformé, son eau jusque là sale

Muée en un miroir immense de vermeil !

Après avoir suivi le chemin des épreuves

Le Rhône devenait le plus beau des grands fleuves !

 

Alors il s’attardait près de ses vastes îlots,

Et, poursuivant le cours de son humeur fantasque,

Passait, majestueux, auprès de la Tarasque,

Serpentant dans les blés pleins de coquelicots,

Dans les prés qu’il rêvait de trouver sur sa course

Depuis les glaciers bleus où se perdait sa source !

 

Mais, un jour de printemps, au soleil radieux,

D’Arles voyant enfin, dans l’air pur, les arènes

Dresser, près de son lit, leurs arcades romaines,

Il pensa s’arrêter, n’en croyant pas ses yeux…

Car le fichu plissé croisé par-dessus l’aise *

En coiffe provençale, il voyait une Arlèse !

 

C’est alors qu’il comprit, n’ayant plus rien à voir,

Qu’il avait dignement rempli sa destinée.

Et, craignant de flétrir l’image illuminée

Reflétée un instant dans son plus pur miroir,

Il alla vers la mer, en bénissant sa chance,

Puisqu’il avait pu voir Les Femmes de Provence !

 

M. Gay

 

* Aise : sorte de tunique noire que les Arlèses (ou Arlésiennes) portent sous leurs fichus blancs qui forment ce qu’on appelle la chapelle.

 

  La légende du Rhône-copie-1 La légende du Rhône suite

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 16:52

 

Le lavandin

  Lavande et lavandin au jardin, Juin 2010

 

Au creux de mon jardin

L’été chuchote enfin

Sur le ciel immobile

Les arbres font concile

L’air est bourdonnements

Frissons roucoulements

 

Les ronds millepertuis

La sauge en confettis

Les roses rougissantes

La clématite ardente

Les lys incandescents

Aux coloris grisants

Distillent un Orient

De parfums chatoyants

 

Dans les gras lavandins

Abeilles en va-et-vient

Sur la mer des lavandes

En blanches sarabandes

Papillons qui se posent

Ivres métamorphoses

 

papillon sur la lavande 

 Un papillon sur le lavandin, juin 2010

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

des Croqueurs de Mots

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 06:55

 

tristan et yseult

Tristan (James Franco) et Yseult (Sophia Myles),

Dans le film de Kevin Reynolds (2005)

 

 

C’était à Carhaix

Tristan languissait

La nef ramenait

Yseult qu’il aimait

 

L’on voyait Penmarch

Les éclairs blafards

La pluie qui effare

En un cauchemar

 

Puis le temps s’apaise

Et les vents se taisent

Loin sur la falaise

L’attente lui pèse

 

Celle aux Blanches Mains

Sa vengeance tient

Elle voudrait bien

Changer le destin

 

Amie dites-moi

Qu’est-ce que l’on voit

En ce grand arroi

Sur la mer de soie

 

Ami je crois voir

Sous la lune ivoire

Dans le fin brouillard

Une voile noire

 

Vers la muraille

Tristan en défaille

La mort le tenaille

Au coeur des entrailles

 

Pour Yseult la blonde

Sa douleur profonde

La fait moribonde

Elle meurt au monde

 

Amants d’amertume

Que l’Amour consume

Vaisseau dans la brume

Une gloire posthume

 

 

 

 

 

Pour papierlibre@over-blog.net

Thème : un bateau dans la brume

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 20:30

P1000329

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut voir un dessin léger au crayon de couleur, qui représente un clocher et un pan de mur de maison surmonté d'un grand toit. Une rambarde, un pont, le feuillage frémissant d'un arbre, un coin de village français... Le dessin est signé des initiales MD et il est daté du 09-10-38.

En regard de ce dessin, j'ai trouvé ces deux quatrains, rédigés sur une petite carte de visite aux bords irréguliers, d'une écriture régulière et penchée, à l'encre violette. La signature est celle d'un(e) certain(e) M. Colman.

 

Aimer sa petite Patrie

Son jardin, ses champs, sa maison,

Son clocher qui chante ou qui prie

Selon le jour et la saison.

 

Jusqu'au soir où le corps succombe,

Fruit mûr détaché du rameau,

Qu'alors on creuse notre tombe

Où gazouille notre berceau.

                                             (M. Colman)

 

Le 30 septembre s'est achevée la conférence de Munich sur l'officialisation de l'abandon des Sudètes à Hitler, qui s'en est emparé sans coup férir. En dépit du violent réquisitoire de Winston Churchill, le 03 octobre, contre ces accords infamants, le Grand Conseil du fascisme a adopté de nouvelles mesures antisémites en Italie, le 07 octobre. L'aryanisation des biens juifs est en marche en Allemagne et l'on construit le camp de Ravensbrück. Les menaces se profilent à l'horizon.

Bientôt, sur les routes de France, ce sera le grand Exode et les Français seront contraints de fuir leur "petite Patrie" devant l'avancée de l'occupant.  Pendant cinq ans, elle ne sera plus qu'un rêve nostalgique que ce fragile dessin aux tons pastel et cet humble poème me semblent exprimer avec une touchante simplicité.

 

P1010877

 

Mercredi 23 juin 2010

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 13:23

 

Dans ses yeux

  Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

 

 

« Une enquête à résoudre, une histoire à écrire », c’est ainsi que la bande-annonce du premier long métrage de Juan José Campanella en présente le thème. Le film associe en effet très habilement deux périodes temporelles qui s’interpénètrent par d’incessants allers et retours entre le passé et le présent.

Le spectateur fait ainsi la connaissance de Benjamin Espósito (Ricardo Darin), un inspecteur-enquêteur qui eut à résoudre dans les années 70, à Buenos-Ayres, l’énigme du viol et du crime particulièrement atroce d’une jeune institutrice et dont le souvenir le hante. Désormais à la retraite, et pour exorciser ce souvenir (« Je veux tout comprendre » dit-il), il entreprend l’écriture d’un roman qui en retrace l’histoire. Ce faisant, il part en quête d’un amour perdu, celui qu’il éprouva pour sa collègue de travail et supérieure d’alors, la greffière en chef, Irene Menéndez-Hastings (Soledad Villamil), et qu’il retrouve à cette occasion. Contraint de remonter le temps, il se voit replongé dans l’Argentine corrompue d’avant le coup d’Etat militaire de 1976.

Juan José Campanella explique ainsi son propos : « Mon but était de poser cette question : cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui ? Qu’apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux ? Quels secrets nous raconteraient-ils ? » Les regards tiennent ainsi une grande place dans ce film : regard bleu tout plein d’amour non-dit d’Espósito pour Irene ; regard velouté et embué de la jeune femme qui n'ose s'avouer sa passion ; regard intérieur du mari de la victime, Ricardo Morales (Pablo Rago); regard sans vie du violeur Isidoro Gómez (Javier Godino), devenu spadassin à la solde du régime. C’est d’ailleurs en observant attentivement un album de photos qu’Espósito sera mis sur la piste d’un assassin qui ne quitte jamais des yeux celle qu’il désire et sa future victime.

Dans une interview, Campanella insiste sur le fait que les yeux sont la seule chose qui différencie les films des autres formes narratives. Le cinéma est ainsi cet outil fantastique qui permet de montrer de très près le regard des acteurs. Selon lui, ne pas utiliser cet outil, c’est oublier la nature première du cinéma, dont le grand pouvoir réside dans le fait de réussir à dévoiler l’âme humaine à travers les yeux des comédiens.

Car ce long métrage est aussi un grand film d’amour- "Dans ses yeux l'amour à l'état pur", dit l'enquêteur du mari de la victime- et une méditation sur le temps. Le metteur en scène admet que la seule chose qui lui plaise dans le fait de devenir adulte, c’est qu’on a la possibilité de regarder en arrière. La mémoire est bien ce moyen qui donne l’occasion de se retourner sur son passé, d’analyser ce que l’on est devenu par rapport à ce que l’on a vécu. Si la force du souvenir et la recherche de la vérité permettent à Espósito de réaliser l’amour inabouti de sa jeunesse, la mémoire de l’amour d’autrefois demeurera pourtant une prison pour le mari de la victime, lui que  « la mort de sa femme a rendu prisonnier pour l’éternité ». A cet égard, la fin inattendue du film est particulièrement révélatrice.

 

dans ses yeux 3

Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Ricardo Morales (Pablo Rago)

 

Un autre intérêt du film réside dans le traitement des personnages secondaires, tous très bien campés et d’une grande crédibilité. On n’oubliera pas la composition de Guillermo Francella, célèbre acteur comique, dans un rôle inattendu, celui de Pablo Sandoval, l’ami fidèle de l’inspecteur. En dépit de son alcoolisme et de ses maladresses, il le mettra sur la piste du coupable: « Un homme peut tout changer dans sa vie, mais il ne peut pas changer de passion ! ». Quant à Javier Godino, il est impénétrable dans un personnage de petite frappe, sûr de son impunité.

Campanella dit avoir été très marqué par les personnages dramatiques ou comiques des films italiens, et dans lesquels n'existe pas le stéréotype du flic ou de la femme fatale. Son film est par ailleurs un subtil alliage de passages noirs et de moments drôles où l’on se prend à rire. L’idée lui plaît d’une histoire dans laquelle des gens ordinaires sont coincés dans un film noir.

C’est vraiment la gageure de ce film d’être à la lisière de différents genres cinématographiques (le thriller psychologique, le film noir, le drame romanesque), pari risqué et parfaitement tenu pour cette œuvre de réalisation « classique », adaptée du roman d’Eduardo Sacheri, El Secreto de sus ojos. Le metteur en scène reconnaît lui-même que son film présente nombre de  facettes, que les thèmes et les angles en sont très variés. Il avoue avoir mis un an pour se décider à adapter cette histoire, avant de réaliser qu’elle touchait à nombre de choses différentes et permettait de multiples analyses. Dans ses yeux a obtenu l’Oscar du Meilleur Film Etranger le 07 mars 2010, alors même qu’il était en lice avec Le Ruban blanc de Haneke et Un Prophète d’Audiard ; c’est dire la qualité d’un film hispano-argentin qui ne se trouve jamais là où on l’attend !

 

Dans ses yeux 2

  Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

et Benjamin Esposito (Ricardo Darin)

 

 

 

Mercredi 23 juin 2010

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 13:48

 

michèle Anne-De-Mey neige

 

 

Alors que l’été tarde à arriver, vendredi 18 juin 2010, Le Bateau feu à Dunkerque nous immergeait de nouveau dans l’hiver. Le ballet de Charleroi/Danses présentait la chorégraphie de Michèle-Anne de Mey intitulé Neige, sur des musiques de Beethoven (7ème Symphonie, II mouvement/ Allegretto), Robert Schumann (Beethoven Etudes) et Jonathan Harvey (Mortous Plango).

Depuis le 1er juillet 2005, la chorégraphe belge est la principale directrice artistique de Charleroi/Danses. Celle qui a fait partie de l’école de Maurice Béjart, Mudra, de 1976 à 1979, et a participé à plusieurs créations d’Anne Teresa De Keersmaecker, explique ainsi son œuvre, « pendant lunaire » de sa Sinfonia Eroica (1990). Ce ballet est né de plusieurs désirs ou fantasmes : il s’est agi pour elle de travailler sur une création météorologique, en l’occurrence la neige, et de trouver des mouvements traduisant les tempêtes de neige. Sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive et l’éclairagiste Nicolas Olivier a été ainsi déterminante : « Nous nous sommes mis à rêver de la façon dont on parviendrait à faire se déchaîner des éléments naturels dans le cadre clos et artificiel de la scène. » 

 

Michèle Anne de Mey

Michèle Anne de Mey

 

Il faut reconnaître que le dispositif scénique est impressionnant. Derrière le quatrième mur du théâtre matérialisé par une fine cloison transparente en plexiglas, le spectacle s’ouvre sur une fumée qui envahit la scène. Le deuxième tableau, par le biais d’un jeu de projection ingénieux, fait naître les personnages sous la forme d’ombres évoluant sur des flots concentriques, préludes au ballet qui va se dérouler sous une neige tombant de manière ininterrompue et qui ira jusqu’à ensevelir les danseurs. Une prouesse technique qui fait se déverser chaque soir sur les danseurs 500 kgs de papier de soie ! Nicolas Olivier souligne la difficulté du travail sur la lumière afin de donner aux corps le maximum de contrastes.

Au sein de cette neige enveloppante, incessante, aveuglante, trois femmes (Michèle Anne de Mey, Gala Moody, Kyung Hee Woo) et quatre hommes (Grégory Grosjean, François Brice, Leif Federico Firnhaber, Adrien le Quinquis), vêtus de noir, blanc et gris, évoluent sur le fin tapis blanc dans la semi-obscurité ou les trouées de lumière. Une mention spéciale pour Kyung Hee Woo au corps souple et musclé, au visage de sphinx, et à Gala Moody, au corps blanc des femmes de Leonor Fini.

 

Neige

 

Nés dans l’immobilité puis la lenteur, leurs mouvements prennent forme sur un fond musical lancinant et obsédant, la 7ème Symphonie de Beethoven étant déclinée à l’envi (pour quatuor à cordes, un piano, deux pianos etc) au fil des tableaux de la chorégraphie. « Plus qu’un conte, c’est une invitation au voyage car il n’y a pas vraiment d’histoire, de trame narrative », précise Michèle Anne de Mey.

Les corps se prennent et se déprennent, s’aiment et se désaiment, s’attirent et se repoussent, en double ou renvoyés à leur solitude. Sous une neige qui tombe à l’infini, se déploie une chorégraphie lente, démultipliée comme dans un cauchemar qui ne veut pas finir. La neige est doux manteau mais elle est aussi piège. C’est la Nature et la Mort qui auront le dernier mot, alors même que l’on songe par instants aux vers d’Apollinaire :
 « Ah ! tombe la neige

Tombe et que n’ai-je

Ma bien-aimée entre mes bras »

On peut entrer dans la fascination de ce spectacle à l’onirisme inquiétant ou  demeurer complètement étranger à cette mise en scène d'une lente blancheur. On regrettera cependant que le dispositif scénique ait ici pris le pas sur la matière même du spectacle, à savoir la danse.

 

 

neige 3

 

 

 

 

Mardi 22 juin 2010

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:16

 

Hokusai 1760-1849 Ocean waves

Les vagues de l'océan, Hokusai

 

Le dragon des abysses

Soudain a remué

Ses écailles argentées

Sous la surface lisse

 

Les grappes de coraux

Les milliers de poissons

Comme dans un tonneau

En pleine ébullition

 

Les algues déchirées

Le krill et le plancton

Les enfants de Nérée

Ivres dans l’explosion

 

Sur la plage au matin

Le soleil s’est levé

Tout est calme et serein

La journée commencée

 

Au loin à l’horizon

Les eaux ont reflué

Happées vers les bas-fond

D’une profonde apnée

 

Les sables dénudés

Crabes et coquillages

Et comme abandonnés

Des bois et des cordages

 

Instant d’éternité

Dans l’azur suspendu

Vent d’incrédulité

La vague est revenue

 

Un ouragan liquide

Un typhon affolé

Les folles Danaïdes

Par le flot déchaînées

 

La vague portuaire

Enfin s’est retirée

Sur les terres amères

Des vies se sont noyées

 

C’était la fin décembre

Et moi je me souviens

Prisonnier de ma chambre

Sur l’océan Indien

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine,

Thème : Caprices météorologiques,

Dimanche 13 juin 2010

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 22:09

P1000317

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, en date de février 1906, on trouve un joli dessin au crayon de bois, signé Lucie. Ce dessin fut sans doute exécuté par une amie de mon aïeule au cours d’un petit voyage dans la ville natale du poète Rémi Belleau, Nogent-le-Rotrou, ville du Perche au patrimoine historique très riche (Château Saint-Jean, abbaye de Saint-Denis, église Saint-Hilaire, église Notre-Dame, tombeau de Maximilien de Béthune, duc de Sully.

 

dde sau aat sig Nogent le rotrou eglise st laurent

 

Ce dessin représente le chevet de l’église Saint-Laurent. Dès le XIème siècle existait déjà à cet endroit une petite chapelle dédiée à sainte Madeleine, située à droite du chœur actuel. Les bases de l’église actuelle furent érigées au XIIIème siècle et  Saint-Laurent devint paroisse. Elle comprenait alors une nef unique, une abside et l’antique chapelle du sud. Au XVème, fut aménagé un premier bas-côté que suivirent un second bas-côté et une sacristie au XVIème siècle. Le clocher gothique fut couronné au XVIIème siècle dans le style Renaissance.

La statuaire de cette église est particulièrement riche : pièces en bois polychrome, en marbre, en pierre, et une mise au tombeau de l’école de Bourgogne. Les vitraux quant à eux datent du XVIème au XXème siècle. Sur l’un des deux tableaux en pierre figurant la crèche, l’Enfant-Jésus a été sculpté à part : on pouvait ainsi le retirer pendant l’Avent et le remettre en place à l’occasion de la veillée de Noël.

J'aime à penser que ma grand-mère vint y prier comme le poète de la Pléiade et que les murs du sanctuaire se souviennent de sa prière devenue poème :

 

Où est donc mon espérance,
Et qui a la connaissance,
Seigneur, de ce que j’attends,
Sinon toi, qui seul embrasses,
Qui tranches, et qui compasses
Le ciel, les jours et les temps ?

 

 

belleau

Rémi Belleau

 

 

 

Sources :

  http://www.ville-nogent-le-rotrou.fr/index.php

 

Samedi 12 juin 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:15

 

Dostoevsky

  Fédor Dostoïevski

 

L'Année de la Russie en France donne à tout un chacun l'occasion de découvrir ce qui demeure pour beaucoup une terra incognita. De l'exposition Sainte Russie au Louvre à celle de l'Exposition Nationale russe au Grand Palais, en passant par le festival Etonnants Voyageurs, les Français auront de multiples opportunités pour aller à la rencontre de l'"âme russe", extravagante et tourmentée.

A cet effet, voici une sélection de livres de cette littérature de l' "autolacération", ainsi que l'a définie un critique.

 

La sélection de La Bibliothèque idéale.

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, 1967.

Ecrit entre 1928 et 1940, c’est le chef-d’œuvre posthume de Boulgakov-publié en 1967, vingt-sept ans après sa mort. L’intrusion du Diable dans le Moscou des années 20. A travers l’histoire d’un manuscrit interdit, une satire burlesque des milieux littéraires et une méditation profonde sur l’art et le pouvoir.

Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov,1978.

« Nous avions que la mort n’était pas pire que la vie. » Laconique et glacé, une plongée aux limites du désespoir humain, dans les camps de l’extrême-nord sibérien où Chalamov (1907-1982) passa dix-sept ans de détention.

L’Idiot, Fiodor Dostoïevski, 1869.

Avec l’innocent prince Mychkine-« l’homme absolument bon »- Dostoïevski inaugure la série des grands romans polyphoniques de la maturité. Difficile de choisir dans une œuvre dont l’influence et le pouvoir de fascination restent inégalés, et qui a laissé les monuments que sont Les Possédés, Crime et Châtiment ou Les Frères Karamazov.

 

Nikolai-Gogol

Nicolas Gogol

 

Les Ames mortes, Nicolas Gogol,1842.

Les aventures de Tchitchikov, ex-fonctionnaire reconverti dans l’étrange commerce des paysans serfs décédés. Une galerie de portraits grotesques et impitoyables. « Un fantastique poème épique », disait Nabokov.

Un héros de notre temps, Mikhaïl Lermontov, 1840.

Les aventures caucasiennes d’un jeune officier insatisfait et désabusé, Pétchorine, qui marque la naissance du thème de « l’homme de trop ».

Le Docteur Jivago, Boris Pasternak, 1957.

Sur fond de guerres et de révolutions, les amours tumultueuses de l’idéaliste docteur et de Larissa. Synthèse romanesque de l’œuvre du poète, le livre s’achève sur un cycle de poèmes, les Vers de Iouri Jivago.

 

pouchkine

Alexandre Pouchkine

 

La Fille du Capitaine, Alexandre Pouchkine,1836.

A travers une chronique familiale, l’histoire de la révolte de Pougatchev sous le règne de Catherine II. Concision et justesse d’écriture : toute l’esthétique pouchkienne dans ce court roman historique, le premier du genre dans les lettres russes.

Le Pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne,1967.

Atteint d’une tumeur déclarée incurable, un ancien détenu « relégué à perpétuité » échoue dans un hôpital d’Asie centrale. Largement autobiographique, le roman le plus poétique de l’auteur.

La Steppe, Anton Tchekhov, 1888.

Le voyage à travers la Russie méridionale d’un jeune garçon partant vers de lointaines études. La monotonie envoûtante de la steppe, l’agencement « musical » de la narration et un art souverain du détail marquent le passage, dans ce long récit d’initiation, vers les nouvelles « romanesques » de la maturité.

 

tolstoi

Léon Tolstoï

 

Anna Karénine, Léon Tolstoï, 1877

Chronique d’une passion- celle d’Anna pour Vronsky- avec en contrepoint l’amour idyllique de Kitty et de Lévine- et, en toile de fond, la société aristocratique des années 1870. L’un des sommets du génie artistique de Tolstoï, au moment même où il amorce son renoncement à l’art et ses errements spirituels.

Pétersbourg, Andreï Biely, 1914.

Un roman « labyrinthique » et réputé intraduisible dont le poète A. Biely (1880-1934) a le secret. Thème récurrent de la littérature russe, la « ville de Pierre » tient ici le premier rôle.

La Faculté de l’inutile, Iouri Dombrovski, 1978.

L’arrestation d’un jeune archéologue en 1937 et sa résistance à l’arbitraire dans une société où le droit est devenu « inutile ».

Oblomov, Ivan Gontcharov, 1856.

Le rêve d’une Russie immobile, patriarcale et campagnarde.

 

Maxime-Gorki

Maxime Gorki

 

Enfance, Maxime Gorki, 1913.

Les années d’apprentissage du jeune Alexis Pechkov, alias Maxime Gorki, qui n’était pas encore devenu le héraut du réalisme socialiste.

Une confession, Maxime Gorki, 1908.

Aventure picaresque d’une conversion : celle de Matveï, vagabond, escroc, mitron dans un monastère, libertin… La quête du héros révèle « un écrivain hanté par la question religieuse et proclamant un énergétisme optimiste qui guidera toute sa vie ».

Vie et Destin, Vassili Grossman, 1980.

Autour de l’année 1942 et de la bataille de Stalingrad. La première comparaison systématique de l’hitlérisme et du stalinisme.

Lady Macbeth au village, Nicolas Leskov, 1865.

Elle empoisonne son beau-père, assassine son mari, étouffe son beau-fils et noie sa rivale… Une vision tragique de la « Russie profonde » autour des années 1860.

Djann, Andreï Platonov, 1936.

Un peuple nomade, misérable et affamé. Ecrite en 1936 mais publiée en 1951, une sombre et puissante parabole de la quête du bonheur.

 

tourgeniev-assis

Ivan Tourgueniev

 

Premier amour, Tourgueniev, 1860.

Rivalité amoureuse entre un père et un fils, un court récit d’une « première expérience ».

La Mort du Vazir-Moukhtar, Iouri Tynianov, 1928.

La vie aventureuse (et la mort en 1829 à Téhéran) du dramaturge Alexandre Griboïedov, ministre de Russie auprès du Chah de perse. Par un maître du roman historique.

Nous autres, Evgueni Zamiatine, 1922-1925.

« Des machines parfaitement semblables à des hommes et des hommes parfaitement semblables à des machines. » Une anti-utopie qui préfigure Huxley et Orwell.

Les Hauteurs béantes, Alexandre Zinoviev, 1976.

Un tableau féroce de l’ « homo sovieticus ».

Ma jeunesse à Bagrovo, Serge Aksakov, 1857.

La vieille Russie patriarcale, provinciale et terrienne, à l’aube du XIX° siècle.

Les Sept Pendus, Leonid Andreïev, 1908.

Sept condamnés, dont cinq terroristes, attendant leur exécution. Dans l’atmosphère de la révolution de 1905.

 

Berberova

Nina Berberova

 

L’Accompagnatrice, Nina Berberova, 1946.

Des salons de Pétersbourg à un cinéma de quartier à Paris, l’exil d’une pianiste. Par une Russe blanche, elle-même exilée en France puis aux Etats-Unis.

Sotnikov, Vassil Byskov, 1970.

Un « Lacombe Lucien » dans la Biélorussie occupée de 1912. « Le sale destin d’un homme perdu dans une guerre. » Hors des chemins balisés du manichéisme officiel.

Le Don paisible, Maikhaïl Cholokhov, 1928-1940.

Vaste fresque de la vie des paysans cosaques dans les années 1910-1920. La saga des Cosaques donna lieu à une polémique sur la paternité du livre, qui entacha sérieusement l’image du prix Nobel. L’auteur se serait contenté d’adapter le manuscrit d’un écrivain cosaque, Fiodor Krioukov.

Le Voleur, Leonid Leonov, 1927.

Les bas-fonds de Moscou pendant la NEP.

L’Envie, Iouri Olecha, 1927.

Un regard corrosif sur « l’homme nouveau » des années 20. L’unique roman, éblouissant et inclassable de I. Olecha.

Histoire d’une vie, Constantin Paoustovski, 1946-1962.

Un tableau minutieux et vivant de la Russie dans les premières décennies du siècle, à travers l’autobiographie d’un « compagnon de route » qui sut préserver son indépendance d’écrivain.

L’Acajou, Boris Pilniak, 1929.

Un roman « hérétique » dont la publication (à l’étranger) marqua le début de la disgrâce de Pilniak Aujourd’hui réhabilité, un expérimentateur du langage dans la lignée de Biély et de Remizov.

De l’argent pour Maria, Valentin Raspoutine.

L’un des meilleurs représentants de la littérature « rurale » des années 1970.

Les Yeux tondus, Alexeï Remizov, 1957.

L’un des écrivains les plus marquants et les plus secrets de l’émigration raconte « au ras des yeux » ses souvenirs d’enfance et d’exil.

Les Golovlev, Maikhaïl Saltykov-Chtchedrine, 1880.

La décadence d’une famille de propriétaires terriens autour des années 1860. Avec Histoire d’une ville, un classique de la satire « accusatrice » du XIX° siècle.

La Maison déserte, Lydia Tchoukovskaïa ?

Les purges staliniennes à Leningrad. Pathétique et terrifiant, un récit écrit sur le vif, en 1938.

La maison du quai, Iouri Trigonov, 1976.

L’écrivain de la vie quotidienne moscovite.

Moscou-Pétouchki (Moscou-sur-Vodka), V. Erofeïev.

Un court récit dans la meilleure veine du « réalisme fantastique ».

 

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Ivan Bounine

 

La vie d’Arseniev, Ivan Bounine.

Souvenirs de jeunesse d’un héros qui ressemble comme un frère à Bounine, tandis que la Russie impériale jette ses derniers feux . La nostalgie d’un bonheur définitivement perdu.

Machenka, La Défense Loujine, Nabokov.

 

Ouvrages sur « la maison morte russe ».

Récits de la maison des morts, Fiodor Dostoïevski.

L’archipel du goulag, Alexandre Soljenitsyne.

Le Sablier, Ekaterina Oulitskaïa.

Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma, Evguenia Guinzbourg.

 

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  Alexandre Soljenitsyne

 

La sélection d’Aimé Ancian (critique au Magazine littéraire).

La Russie contemporaine en dix romans.

La Glace, Vladimir Sorokine.

Un roman ancré dans le siècle, de la Seconde Guerre Mondiale à la pop culture. Violence et amour, sacrilège et sacré.

Les Couloirs du temps, Iouri Mamleïev.

Une vision burlesque d’une humanité déchue, dont les « nouveaux Russes » sont la pitoyable incarnation.

La Fiancée prussienne et autres nouvelles, Iouri Bouïda .

Contes magiques et épisodes autobiographiques autour de la région de Kaliningrad.

Le Musulman, Valery Zalotoukha.

L’Assistant du Chinois, Ilya Kotcherguine.

La Soif, Andreï Guelassimov.

Dans ces trois livres, des individus luttent pour se construire et s’intégrer à une communauté malgré leurs particularités, leur religion, une inquiétude métaphysique ou un traumatisme psychique

Fox Mulder a une tête de cochon, Andreï Guelassimov.

Svinobourg, Dmitri Bortnikov.

L’Immortel, Olga Slavnikova.

Les efforts d’une femme pour cacher à son mari invalide la chute du communisme et ceux de sa fille pour réussir dans une chaîne de télévision privée.

Le Dernier Amour du président, Andreï Kourkov.

Le destin imaginaire d’un futur président ukrainien.

Et encore …

Les Amours de Monakhov, Andreï Bitov.

Roman d’apprentissage amoureux, architecturé en six parties distinctes. Une éducation sentimentale à la russe.

La Petite Fille devant la porte, Mariana Kozyriev.

L’auteur éclaire la terreur stalinienne de l’entre-deux guerres à travers le regard de la petite Victoria.

La Camarade nue, Mikhaïl Konokov.

Quand l’Armée rouge, pendant la Seconde Guerre Mondiale, se voit racontée par une orpheline de quatorze ans. Unique roman de Konokov, écrit pendant la perestroïka.

Il était une fois, Viktor Chklovski.

Un livre de mémoires, écrit au début des années soixante par l’un des grands animateurs du formalisme russe, ami de Blok, Maïakovski, Tynianov ou encore Gorki.

 

Sources :

http://www.litteraturerusse.net/histoire/1.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_russe

« La littérature russe de Pouchkine à Soljenitsyne », Le Magazine littéraire, n°440.

« Neuf siècles de littérature russe », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« La réception française », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Le devoir de résurrection », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Ecrivains de Saint-Pétersbourg », Le Magazine littéraire, n°420.

« Dossier Tchekhov », Le Magazine Littéraire, n° 299.

« Dostoïevski », Le Magazine littéraire, n°495.

La Bibliothèque idéale, « Le roman russe », Bernard Pivot, Albin Michel, 1988.

Histoire de la littérature russe, Emmanuel Waegemans, Presses Universitaires du Mirail, 2003. (Très intéressant pour préciser le contexte historique et littéraire).

 

Pour aller plus loin :

Dictionnaire amoureux de la Russie, Dominique Fernandez, Plon, 2004.

Etudes de littérature russe, Prosper Mérimée, Editions Champion, 1932..

Le Roman russe, E. M. de Voguë, Editions L’Age d’Homme, 1971.

Dostoïevski (Articles et causeries), André Gide, Plon, 1923.

La Planche de vivre, Anthologie de poèmes, René Char et Tina Jolas, Gallimard, 1981.

Vers la fin du mythe russe et Russie-Europe, la fin du schisme, Georges Nivat, Editions L’Age d’Homme, 1988 et 1993.

Regards sur la Russie de l’an VI, Georges Nivat, Editions Fallois, 1993 et 1998.

Histoire de la littérature russe, Dirigée par E. Etkind, G. Nivat, I. Serman, V. Strada, 6 tomes, Editions Fayard.

Ecrivains soviétiques, M. Aucouturier, Larousse, 1978.

La littérature russe, Jean Bonamour, 2e édition corrigée, PUF, Collection Que sais-je ?, 1992.

Avec Tolstoï, Dominique Fernandez, Grasset, 2010.

Tolstoï est mort, Vladimir Pozner, Editions Bourgois, 2010.

La fuite de Tolstoï, Alberto Cavallari, réédition Bourgois, « Titre ».

La Poétique de Dostoïevski, Mikhaïl Bakhtine (1929), Edition sPoints seuil, 1970.

Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard (1961), Réédition Hachette Pluriel.

Tolstoï ou Dostoïevski, Georges Steiner (1963), Réédition 10/18.

Le Roman russe, Jean Bonamour, PUF.

 

 

 

 

Eugène melchior de voguë

  Eugène-Melchior de Voguë, grand passeur de la littérature russe,

auteur de Le Roman russe

 

 

 

 

  Samedi 12 juin 2010

 

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 14:04

 

Sorj Chalandon

 

Avec La légende de nos pères, Sorj Chalandon pose la question de la fonction de l’écriture. Dans ce dernier roman, il met en scène un biographe familial, Marcel Frémaux, qui écrit des récits de vie et « remet en ordre les mots des simples gens ». Cet ancien instituteur et journaliste, devenu rédacteur de la mémoire des autres, retravailles leurs écrits, ajoute de la fantaisie à la réalité, mêle au vrai deux ou trois fables et « tout en devient plus beau ».

Sollicité par Ludivine Beuzaboc, il entreprend de rédiger la biographie du père de la jeune femme, un certain Tescelin Beuzaboc. Elle lui a dit en substance : «  Mon père était cheminot. Pendant l’Occupation, il a résisté. Il avait vingt ans. Il a pris des risques terribles et n’en a jamais parlé. » Le narrateur qui a laissé s’en aller son propre père, « ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d’ombre », sans le questionner, saisit cette opportunité pour, en quelque sorte, racheter son manquement à la mémoire paternelle.

Cependant, au bout de quelques séances avec le vieil homme qui lui rappelle son père, la « peste du doute » s’insinue dans le biographe. Bien qu’il ne se veuille « ni journaliste ni historien », « encore moins juge », il s’interroge sur la véracité des dires du grand bonhomme aux cheveux d’argent. Dans la touffeur de la ville de Lille, il se pose  nombre de questions et veut se persuader d’une unique chose : « Le client raconte, le biographe écrit. » Petit à petit, c’est « une saloperie silencieuse, sinueuse, écoeurante  comme une odeur de mort » qui naît en lui.

Il finira par découvrir que la prétendue blessure à la jambe gauche de Beuzaboc n’a jamais été causée par un bombardement mais est due à l’écrasement d’une charge mal arrimée ; que la mort du soldat allemand n’est qu’une « histoire pour enfant » ;  que Beuzaboc n’a jamais secouru le moindre aviateur anglais et que Wimpy est une légende. Il apprendra à ses dépens que le vieux père de Ludivine n’est qu’ « un homme qui n’a trahi personne, ne s’est pas engagé non plus. A simplement détourné les yeux ». Il choisira de falsifier la vérité : « Il serait ce grand homme, ce brave. […] Il voulait être résistant ? Je ferais de lui un héros. Il voulait la reconnaissance. Il l’aurait pour l’éternité. J’allais tout réécrire. »

C’est au cours d’un repas où le biographe doit remettre le résultat de son travail d’écriture à son client que la vérité éclatera, dévoilée par celui-là même qui avait voulu la travestir. Placé en face de son mensonge après avoir écouté les faits d’armes du vrai héros qu’est le père du narrateur, conscient qu’il est un usurpateur, Beuzaboc a décidé qu’il ne voulait pas léguer ses mensonges, tandis que Marcel Frémaux prend le parti d’arrêter son métier.

Livre sur la filiation et le devoir de mémoire, écrit dans une langue hachée qui va à l’essentiel, l’ouvrage pourra séduire ceux qui réfléchissent sur l’attitude des Français pendant la guerre. On s’étonnera cependant que le fils d’un résistant puisse accepter de prêter la main à un mensonge semblable. On regrettera cette fin où, sous prétexte d’un aveu sincère, et sans se poser véritablement de questions, la fille et les amis donnent l’absolution à celui qui a passé sa vie à mentir. On sort de cette lecture avec une grande impression de malaise.

 

Jeudi 10 juin 2010

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