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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Chamapigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Le coeur de l'homme 1

 

Le coeur de l'homme 2

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Champaigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:14

 

Arlésienne vers 1785 Antoine raspal Museon arlaten Cliché

  Portrait d'une  jeune Arlésienne, Alexandre Hesse, vers 1842

 

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur une feuille d’un bleu passé, on peut lire deux poèmes rédigés d’une petite écriture fine et ronde, celle de M. Gay, l’inconnu qui a écrit le poème intitulé « Après la guerre… » que j’ai déjà évoqué.

Ces deux textes sont très différents dans leur tonalité : le premier  est une personnification du Rhône et décrit son voyage des glaciers jusqu’à la mer ; le second est une méditation sur le Temps et a pour titre « Le cœur de l’homme ».

Je ne sais pourquoi ma grand-mère, une fille du pays d’oïl, a conservé ce feuillet qui renferme un poème en l’honneur des femmes du pays d’oc, les Arlésiennes, dont il célèbre la beauté. Une petite note, précédée d’une croix, précise d’ailleurs la définition de l’ « aise », une des pièces du costume provençal.

Peut-être aimait-elle particulièrement la nouvelle d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, qui évoque la tragique histoire du beau Jan, « sage comme une fille, solide et le visage ouvert », amoureux fou à en mourir d’une petite Arlésienne coquette, « toute en velours et en dentelles ». Qui n’a pas en mémoire l’admirable chute de la nouvelle : « C’était dans la cour, devant la table couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras » ?

 

La légende du Rhône

 

Un jour, il vit enfin luire le grand soleil !

C’était près d’Avignon, vieille ville papale !

Et, du coup transformé, son eau jusque là sale

Muée en un miroir immense de vermeil !

Après avoir suivi le chemin des épreuves

Le Rhône devenait le plus beau des grands fleuves !

 

Alors il s’attardait près de ses vastes îlots,

Et, poursuivant le cours de son humeur fantasque,

Passait, majestueux, auprès de la Tarasque,

Serpentant dans les blés pleins de coquelicots,

Dans les prés qu’il rêvait de trouver sur sa course

Depuis les glaciers bleus où se perdait sa source !

 

Mais, un jour de printemps, au soleil radieux,

D’Arles voyant enfin, dans l’air pur, les arènes

Dresser, près de son lit, leurs arcades romaines,

Il pensa s’arrêter, n’en croyant pas ses yeux…

Car le fichu plissé croisé par-dessus l’aise *

En coiffe provençale, il voyait une Arlèse !

 

C’est alors qu’il comprit, n’ayant plus rien à voir,

Qu’il avait dignement rempli sa destinée.

Et, craignant de flétrir l’image illuminée

Reflétée un instant dans son plus pur miroir,

Il alla vers la mer, en bénissant sa chance,

Puisqu’il avait pu voir Les Femmes de Provence !

 

M. Gay

 

* Aise : sorte de tunique noire que les Arlèses (ou Arlésiennes) portent sous leurs fichus blancs qui forment ce qu’on appelle la chapelle.

 

  La légende du Rhône-copie-1 La légende du Rhône suite

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 16:52

 

Le lavandin

  Lavande et lavandin au jardin, Juin 2010

 

Au creux de mon jardin

L’été chuchote enfin

Sur le ciel immobile

Les arbres font concile

L’air est bourdonnements

Frissons roucoulements

 

Les ronds millepertuis

La sauge en confettis

Les roses rougissantes

La clématite ardente

Les lys incandescents

Aux coloris grisants

Distillent un Orient

De parfums chatoyants

 

Dans les gras lavandins

Abeilles en va-et-vient

Sur la mer des lavandes

En blanches sarabandes

Papillons qui se posent

Ivres métamorphoses

 

papillon sur la lavande 

 Un papillon sur le lavandin, juin 2010

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

des Croqueurs de Mots

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 06:55

 

tristan et yseult

Tristan (James Franco) et Yseult (Sophia Myles),

Dans le film de Kevin Reynolds (2005)

 

 

C’était à Carhaix

Tristan languissait

La nef ramenait

Yseult qu’il aimait

 

L’on voyait Penmarch

Les éclairs blafards

La pluie qui effare

En un cauchemar

 

Puis le temps s’apaise

Et les vents se taisent

Loin sur la falaise

L’attente lui pèse

 

Celle aux Blanches Mains

Sa vengeance tient

Elle voudrait bien

Changer le destin

 

Amie dites-moi

Qu’est-ce que l’on voit

En ce grand arroi

Sur la mer de soie

 

Ami je crois voir

Sous la lune ivoire

Dans le fin brouillard

Une voile noire

 

Vers la muraille

Tristan en défaille

La mort le tenaille

Au coeur des entrailles

 

Pour Yseult la blonde

Sa douleur profonde

La fait moribonde

Elle meurt au monde

 

Amants d’amertume

Que l’Amour consume

Vaisseau dans la brume

Une gloire posthume

 

 

 

 

 

Pour papierlibre@over-blog.net

Thème : un bateau dans la brume

Jeudi 24 juin 2010

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 20:30

P1000329

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut voir un dessin léger au crayon de couleur, qui représente un clocher et un pan de mur de maison surmonté d'un grand toit. Une rambarde, un pont, le feuillage frémissant d'un arbre, un coin de village français... Le dessin est signé des initiales MD et il est daté du 09-10-38.

En regard de ce dessin, j'ai trouvé ces deux quatrains, rédigés sur une petite carte de visite aux bords irréguliers, d'une écriture régulière et penchée, à l'encre violette. La signature est celle d'un(e) certain(e) M. Colman.

 

Aimer sa petite Patrie

Son jardin, ses champs, sa maison,

Son clocher qui chante ou qui prie

Selon le jour et la saison.

 

Jusqu'au soir où le corps succombe,

Fruit mûr détaché du rameau,

Qu'alors on creuse notre tombe

Où gazouille notre berceau.

                                             (M. Colman)

 

Le 30 septembre s'est achevée la conférence de Munich sur l'officialisation de l'abandon des Sudètes à Hitler, qui s'en est emparé sans coup férir. En dépit du violent réquisitoire de Winston Churchill, le 03 octobre, contre ces accords infamants, le Grand Conseil du fascisme a adopté de nouvelles mesures antisémites en Italie, le 07 octobre. L'aryanisation des biens juifs est en marche en Allemagne et l'on construit le camp de Ravensbrück. Les menaces se profilent à l'horizon.

Bientôt, sur les routes de France, ce sera le grand Exode et les Français seront contraints de fuir leur "petite Patrie" devant l'avancée de l'occupant.  Pendant cinq ans, elle ne sera plus qu'un rêve nostalgique que ce fragile dessin aux tons pastel et cet humble poème me semblent exprimer avec une touchante simplicité.

 

P1010877

 

Mercredi 23 juin 2010

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 13:23

 

Dans ses yeux

  Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

 

 

« Une enquête à résoudre, une histoire à écrire », c’est ainsi que la bande-annonce du premier long métrage de Juan José Campanella en présente le thème. Le film associe en effet très habilement deux périodes temporelles qui s’interpénètrent par d’incessants allers et retours entre le passé et le présent.

Le spectateur fait ainsi la connaissance de Benjamin Espósito (Ricardo Darin), un inspecteur-enquêteur qui eut à résoudre dans les années 70, à Buenos-Ayres, l’énigme du viol et du crime particulièrement atroce d’une jeune institutrice et dont le souvenir le hante. Désormais à la retraite, et pour exorciser ce souvenir (« Je veux tout comprendre » dit-il), il entreprend l’écriture d’un roman qui en retrace l’histoire. Ce faisant, il part en quête d’un amour perdu, celui qu’il éprouva pour sa collègue de travail et supérieure d’alors, la greffière en chef, Irene Menéndez-Hastings (Soledad Villamil), et qu’il retrouve à cette occasion. Contraint de remonter le temps, il se voit replongé dans l’Argentine corrompue d’avant le coup d’Etat militaire de 1976.

Juan José Campanella explique ainsi son propos : « Mon but était de poser cette question : cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui ? Qu’apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux ? Quels secrets nous raconteraient-ils ? » Les regards tiennent ainsi une grande place dans ce film : regard bleu tout plein d’amour non-dit d’Espósito pour Irene ; regard velouté et embué de la jeune femme qui n'ose s'avouer sa passion ; regard intérieur du mari de la victime, Ricardo Morales (Pablo Rago); regard sans vie du violeur Isidoro Gómez (Javier Godino), devenu spadassin à la solde du régime. C’est d’ailleurs en observant attentivement un album de photos qu’Espósito sera mis sur la piste d’un assassin qui ne quitte jamais des yeux celle qu’il désire et sa future victime.

Dans une interview, Campanella insiste sur le fait que les yeux sont la seule chose qui différencie les films des autres formes narratives. Le cinéma est ainsi cet outil fantastique qui permet de montrer de très près le regard des acteurs. Selon lui, ne pas utiliser cet outil, c’est oublier la nature première du cinéma, dont le grand pouvoir réside dans le fait de réussir à dévoiler l’âme humaine à travers les yeux des comédiens.

Car ce long métrage est aussi un grand film d’amour- "Dans ses yeux l'amour à l'état pur", dit l'enquêteur du mari de la victime- et une méditation sur le temps. Le metteur en scène admet que la seule chose qui lui plaise dans le fait de devenir adulte, c’est qu’on a la possibilité de regarder en arrière. La mémoire est bien ce moyen qui donne l’occasion de se retourner sur son passé, d’analyser ce que l’on est devenu par rapport à ce que l’on a vécu. Si la force du souvenir et la recherche de la vérité permettent à Espósito de réaliser l’amour inabouti de sa jeunesse, la mémoire de l’amour d’autrefois demeurera pourtant une prison pour le mari de la victime, lui que  « la mort de sa femme a rendu prisonnier pour l’éternité ». A cet égard, la fin inattendue du film est particulièrement révélatrice.

 

dans ses yeux 3

Benjamin Esposito (Ricardo Darin) 

et Ricardo Morales (Pablo Rago)

 

Un autre intérêt du film réside dans le traitement des personnages secondaires, tous très bien campés et d’une grande crédibilité. On n’oubliera pas la composition de Guillermo Francella, célèbre acteur comique, dans un rôle inattendu, celui de Pablo Sandoval, l’ami fidèle de l’inspecteur. En dépit de son alcoolisme et de ses maladresses, il le mettra sur la piste du coupable: « Un homme peut tout changer dans sa vie, mais il ne peut pas changer de passion ! ». Quant à Javier Godino, il est impénétrable dans un personnage de petite frappe, sûr de son impunité.

Campanella dit avoir été très marqué par les personnages dramatiques ou comiques des films italiens, et dans lesquels n'existe pas le stéréotype du flic ou de la femme fatale. Son film est par ailleurs un subtil alliage de passages noirs et de moments drôles où l’on se prend à rire. L’idée lui plaît d’une histoire dans laquelle des gens ordinaires sont coincés dans un film noir.

C’est vraiment la gageure de ce film d’être à la lisière de différents genres cinématographiques (le thriller psychologique, le film noir, le drame romanesque), pari risqué et parfaitement tenu pour cette œuvre de réalisation « classique », adaptée du roman d’Eduardo Sacheri, El Secreto de sus ojos. Le metteur en scène reconnaît lui-même que son film présente nombre de  facettes, que les thèmes et les angles en sont très variés. Il avoue avoir mis un an pour se décider à adapter cette histoire, avant de réaliser qu’elle touchait à nombre de choses différentes et permettait de multiples analyses. Dans ses yeux a obtenu l’Oscar du Meilleur Film Etranger le 07 mars 2010, alors même qu’il était en lice avec Le Ruban blanc de Haneke et Un Prophète d’Audiard ; c’est dire la qualité d’un film hispano-argentin qui ne se trouve jamais là où on l’attend !

 

Dans ses yeux 2

  Irene Ménendez-Hastings (Soledad Villamil)

et Benjamin Esposito (Ricardo Darin)

 

 

 

Mercredi 23 juin 2010

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 13:48

 

michèle Anne-De-Mey neige

 

 

Alors que l’été tarde à arriver, vendredi 18 juin 2010, Le Bateau feu à Dunkerque nous immergeait de nouveau dans l’hiver. Le ballet de Charleroi/Danses présentait la chorégraphie de Michèle-Anne de Mey intitulé Neige, sur des musiques de Beethoven (7ème Symphonie, II mouvement/ Allegretto), Robert Schumann (Beethoven Etudes) et Jonathan Harvey (Mortous Plango).

Depuis le 1er juillet 2005, la chorégraphe belge est la principale directrice artistique de Charleroi/Danses. Celle qui a fait partie de l’école de Maurice Béjart, Mudra, de 1976 à 1979, et a participé à plusieurs créations d’Anne Teresa De Keersmaecker, explique ainsi son œuvre, « pendant lunaire » de sa Sinfonia Eroica (1990). Ce ballet est né de plusieurs désirs ou fantasmes : il s’est agi pour elle de travailler sur une création météorologique, en l’occurrence la neige, et de trouver des mouvements traduisant les tempêtes de neige. Sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive et l’éclairagiste Nicolas Olivier a été ainsi déterminante : « Nous nous sommes mis à rêver de la façon dont on parviendrait à faire se déchaîner des éléments naturels dans le cadre clos et artificiel de la scène. » 

 

Michèle Anne de Mey

Michèle Anne de Mey

 

Il faut reconnaître que le dispositif scénique est impressionnant. Derrière le quatrième mur du théâtre matérialisé par une fine cloison transparente en plexiglas, le spectacle s’ouvre sur une fumée qui envahit la scène. Le deuxième tableau, par le biais d’un jeu de projection ingénieux, fait naître les personnages sous la forme d’ombres évoluant sur des flots concentriques, préludes au ballet qui va se dérouler sous une neige tombant de manière ininterrompue et qui ira jusqu’à ensevelir les danseurs. Une prouesse technique qui fait se déverser chaque soir sur les danseurs 500 kgs de papier de soie ! Nicolas Olivier souligne la difficulté du travail sur la lumière afin de donner aux corps le maximum de contrastes.

Au sein de cette neige enveloppante, incessante, aveuglante, trois femmes (Michèle Anne de Mey, Gala Moody, Kyung Hee Woo) et quatre hommes (Grégory Grosjean, François Brice, Leif Federico Firnhaber, Adrien le Quinquis), vêtus de noir, blanc et gris, évoluent sur le fin tapis blanc dans la semi-obscurité ou les trouées de lumière. Une mention spéciale pour Kyung Hee Woo au corps souple et musclé, au visage de sphinx, et à Gala Moody, au corps blanc des femmes de Leonor Fini.

 

Neige

 

Nés dans l’immobilité puis la lenteur, leurs mouvements prennent forme sur un fond musical lancinant et obsédant, la 7ème Symphonie de Beethoven étant déclinée à l’envi (pour quatuor à cordes, un piano, deux pianos etc) au fil des tableaux de la chorégraphie. « Plus qu’un conte, c’est une invitation au voyage car il n’y a pas vraiment d’histoire, de trame narrative », précise Michèle Anne de Mey.

Les corps se prennent et se déprennent, s’aiment et se désaiment, s’attirent et se repoussent, en double ou renvoyés à leur solitude. Sous une neige qui tombe à l’infini, se déploie une chorégraphie lente, démultipliée comme dans un cauchemar qui ne veut pas finir. La neige est doux manteau mais elle est aussi piège. C’est la Nature et la Mort qui auront le dernier mot, alors même que l’on songe par instants aux vers d’Apollinaire :
 « Ah ! tombe la neige

Tombe et que n’ai-je

Ma bien-aimée entre mes bras »

On peut entrer dans la fascination de ce spectacle à l’onirisme inquiétant ou  demeurer complètement étranger à cette mise en scène d'une lente blancheur. On regrettera cependant que le dispositif scénique ait ici pris le pas sur la matière même du spectacle, à savoir la danse.

 

 

neige 3

 

 

 

 

Mardi 22 juin 2010

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:16

 

Hokusai 1760-1849 Ocean waves

Les vagues de l'océan, Hokusai

 

Le dragon des abysses

Soudain a remué

Ses écailles argentées

Sous la surface lisse

 

Les grappes de coraux

Les milliers de poissons

Comme dans un tonneau

En pleine ébullition

 

Les algues déchirées

Le krill et le plancton

Les enfants de Nérée

Ivres dans l’explosion

 

Sur la plage au matin

Le soleil s’est levé

Tout est calme et serein

La journée commencée

 

Au loin à l’horizon

Les eaux ont reflué

Happées vers les bas-fond

D’une profonde apnée

 

Les sables dénudés

Crabes et coquillages

Et comme abandonnés

Des bois et des cordages

 

Instant d’éternité

Dans l’azur suspendu

Vent d’incrédulité

La vague est revenue

 

Un ouragan liquide

Un typhon affolé

Les folles Danaïdes

Par le flot déchaînées

 

La vague portuaire

Enfin s’est retirée

Sur les terres amères

Des vies se sont noyées

 

C’était la fin décembre

Et moi je me souviens

Prisonnier de ma chambre

Sur l’océan Indien

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine,

Thème : Caprices météorologiques,

Dimanche 13 juin 2010

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 22:09

P1000317

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, en date de février 1906, on trouve un joli dessin au crayon de bois, signé Lucie. Ce dessin fut sans doute exécuté par une amie de mon aïeule au cours d’un petit voyage dans la ville natale du poète Rémi Belleau, Nogent-le-Rotrou, ville du Perche au patrimoine historique très riche (Château Saint-Jean, abbaye de Saint-Denis, église Saint-Hilaire, église Notre-Dame, tombeau de Maximilien de Béthune, duc de Sully.

 

dde sau aat sig Nogent le rotrou eglise st laurent

 

Ce dessin représente le chevet de l’église Saint-Laurent. Dès le XIème siècle existait déjà à cet endroit une petite chapelle dédiée à sainte Madeleine, située à droite du chœur actuel. Les bases de l’église actuelle furent érigées au XIIIème siècle et  Saint-Laurent devint paroisse. Elle comprenait alors une nef unique, une abside et l’antique chapelle du sud. Au XVème, fut aménagé un premier bas-côté que suivirent un second bas-côté et une sacristie au XVIème siècle. Le clocher gothique fut couronné au XVIIème siècle dans le style Renaissance.

La statuaire de cette église est particulièrement riche : pièces en bois polychrome, en marbre, en pierre, et une mise au tombeau de l’école de Bourgogne. Les vitraux quant à eux datent du XVIème au XXème siècle. Sur l’un des deux tableaux en pierre figurant la crèche, l’Enfant-Jésus a été sculpté à part : on pouvait ainsi le retirer pendant l’Avent et le remettre en place à l’occasion de la veillée de Noël.

J'aime à penser que ma grand-mère vint y prier comme le poète de la Pléiade et que les murs du sanctuaire se souviennent de sa prière devenue poème :

 

Où est donc mon espérance,
Et qui a la connaissance,
Seigneur, de ce que j’attends,
Sinon toi, qui seul embrasses,
Qui tranches, et qui compasses
Le ciel, les jours et les temps ?

 

 

belleau

Rémi Belleau

 

 

 

Sources :

  http://www.ville-nogent-le-rotrou.fr/index.php

 

Samedi 12 juin 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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