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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:59

 

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Lièvre du soir, août 2010

 

L'autre soir sous nos fenêtres

Un lièvre est venu brouter

Des oreilles anémomètres

Le museau doux et plissé

 

Très longtemps il est resté

Ignorant de nos paroles

Kangourou gris enivré

Et que l'herbe verte affole

 

Après s'être rassasié

Le lièvre a fui dans la nuit

Indifférent étranger

A notre cacophonie

 

Samedi 21 août

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:51

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Château de sable sur la plage de Sainte-Barbe, vendredi 27 août 2010

 

 

C'est un temps de fin de vacances

L'air est doux et humide

Il n'y a pas de vent

Pas de soleil non plus

 

C'est un temps de fin de vacances

Dans le lointain des sables

S'amassent des nuées

Sans jamais éclater

 

C'est un temps de fin de vacances

Quelque chose finit

On ne sait pas bien quoi

Et tout est suspendu

 

C'est un temps de fin de vacances

Et les parents regardent

D'un oeil gris et absent

L'enfant sur le manège

 

C'est un temps de fin de vacances

Le voilier rentre au port

Les voiles affalées

Moteur sommeillant

 

C'est un temps de fin de vacances

On va sur la jetée

Bateaux abandonnés

Et pontons désertés

 

C'est un temps de fin de vacances

Les gens sont attablés

Et respirent la mer

Sous le soleil voilé

 

C'est un temps de fin de vacances

Et l'on voudrait rester

Tremblant château de sable

Dans l'été condamné

 

Lundi 23 août 2010

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:44

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Sur la plage de la Roche sèche, juillet 2010

 

J'ai suivi tes pas sur la plage

Je ne savais rien d'eux

Tracés mystérieux

Dessins tumultueux

Formes d'humanité

Dansant sur le mica

Et soulevant le quartz

Aux milliers d'étincelles

J'ai suivi tes pas sur la plage

 

J'ai suivi tes pas sur la plage

Des creux à l'aveuglette

Des cavités muettes

Des orbes silhouettes

Des méandres iodés

Aimantant le rivage

Fuyant le long des vagues

Et l'écume éblouie

J'ai suivi tes pas sur la plage

 

J'ai suivi tes pas sur la plage

Un dédale mouvant

Un chemin hésitant

Un chapelet tremblant

Au cri de la mouette

Et aux râles du vent

Amoureux de la dune

Ondulée et vibrante

J'ai suivi tes pas sur la plage

 

J'ai suivi tes pas sur la plage

Des empreintes perdues

Des traces impromptues

Des signes ambigus

Des marques éphémères

D'ondoyantes ornières

Serpentant dans les algues

Parmi les coquillages

J'ai suivi tes pas sur la plage

 

J'ai suivi tes pas sur la plage

Un cordon enivré

Un ceinturon tressé

Un collier enserré

Un alphabet secret

Un livre refermé

Sur notre amour tué

Aux souffrances marines

J'ai perdu tes pas sur la plage

 

Jeudi 19 août 2010

 

Pour papierlibre.over-blog.net

Thème : des pas sur la plage

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:17

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Pendant la tonte, juillet 2010

 

 

Dans l'herbe de l'été

Loin des fourches caudines

De la lame assassine

La grenouille rumine

 

 

Dans l'herbe de l'été

La grenouille a sauté

   

Pendant la tonte, Août 2010

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 15:02

  annie-ernaux

 

Avec cette « autobiographie impersonnelle », ainsi qu'elle qualifie son oeuvre, Annie Ernaux entreprend une recherche du temps perdu, qui se situe entre 1941, l'année de sa naissance, et la première décennie du XXIème siècle. Et l'on ne peut qu'admirer la manière dont elle a conçu ce livre, dont ses contemporains reconnaîtront la justesse et l'émotion. Aiguillonnée par sa conscience aiguë de l'éphémère, persuadée que « toutes les images disparaîtront », avant que ce ne soit « le silence et aucun mot pour le dire », avant de ne plus « être qu'un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération », elle prend la plume pour dire ce que furent ses années, enregistrées « rien qu'en vivant » et en étant une femme dans ce temps-là. Ne reconnaît-elle pas que, tourmentée par une certaine image de la femme, sa vie ressemble au tableau de Dorothea Tanning, Anniversaire, représentant une femme à la poitrine nue , avec derrière elle une enfilade de portes entrebâillées », comme autant de mises en abyme?

Au-delà de la sensation brute, de l'accession à un « temps palimpseste », impuissant à « sauver sa circonstance », elle découvre en une intuition proustienne ce que sera la forme si longtemps cherchée de son livre, : elle gît dans la sensation éprouvée lors d'une opération des amygdales après la guerre ou dans un bus à Paris en juillet 68, quand « il lui semble se fondre dans une totalité indistincte, dont elle parvient à arracher par un effort de la conscience critique, un à un les éléments qui la composent, coutumes, gestes, paroles, etc. le minuscule moment du passé s'agrandit, débouche sur un horizon à la fois mouvant et d'une tonalité uniforme, celui d'une ou de plusieurs années. » Le souvenir personnel seul ne vaut pas cette « sorte de vaste sensation collective, dans laquelle sa conscience , tout son être est pris. »

C'est sans doute dans cette manière d'unanimisme moderne que se trouve la grande réussite d'un ouvrage qui fait de son auteur le reflet d'une époque, la caisse de résonance du « mouvement des idées, des croyances et de la sensibilité » de celle-ci. L'emploi de « l'imparfait continu », l'absence du « je » au profit du « nous » et du « on », les « arrêts sur mémoire » des photos ou des films, contribuent à créer l'image d'une femme singulière, non tant par les éléments sociaux externes de sa vie, non plus que par ses éléments psychologiques internes, mais bien « par leur combinaison, unique en chacun ». Et aux aspects successifs de sa personnalité répond le « elle » de l'écriture. Si la langue demeure certainement pour l'écrivain l'instrument qui permet d'agir et de se révolter, il y a surtout, chez celle qui « ne se sent nulle part seulement dans le savoir et la littérature », le désir fou de s'emparer de la lumière des visages disparus, celle qui baignait son enfance et qui a éclairé toute son existence.

Car la beauté du livre réside dans cette évocation subtile d'un temps « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » et qui touchera au plus profond ceux qui ont la soixantaine. Elle prend racine dans les repas dominicaux, là où s'élabore pour l'auteur le récit familial et social, celui qui parle de la guerre et des origines, l'endroit où la folie peut survenir et qui peut à tout moment devenir la scène de Festen.

Associant avec art le procédé de l'accumulation et le commentaire, le récit offre au lecteur une traversée détaillée de la seconde moitié du XXème siècle et du début du XXIème siècle. Les sexagénaires pourront y retrouver les difficultés de l'après-guerre, quand « on vivait dans la rareté de tout »; la naissance de la société de consommation, quand « la pub était la monitrice culturelle de la société » ; l'émancipation et la réussite sociale par les études, quand « il fallait « entrer » dans l'enseignement, à la Poste ou à la SNCF, chez Michelin, Gillette, dans les assurances : "gagner sa vie " » ; la baisse de la pratique religieuse, quand « la religion catholique s'était effacée sans tapage du cadre de vie ». Dans le maëlstrom des guerres d'Indochine et d'Algérie, ils se rappelleront leurs premiers émois amoureux, « quand la honte ne cessait pas de menacer les filles », et les mouvements de libération de la femme, quand « un sentiment de femme était en train de disparaître, celui d'une infériorité naturelle ». A travers l'évocation d'une publicité, d'un film ou d'une chanson, leur jeunesse, leurs utopies, leurs déceptions leur sauteront à la figure.

Livre-miroir, reflet fidèle et vibrant de la génération des années 1940, Les Années est le livre qu'on aurait aimé écrire, afin d'exister encore un peu quand on ne sera plus rien.

 

 

Jeudi 19 août 2010

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 08:36

  IPHIGENIE--

  Tatiana Papamoskou, dans Ifigenia de Michel Cacoyannis (1977)

 

Princesse achéenne

Enfant de Mycènes

Au soleil d’Aulis

Moi j’étais venue

Douce et innocente

Epouser Achille

 

La flotte endormie

Sommeillait à l’ancre

Oubliée d’Eole

 

Maintenant

Me voilà perdue

 

Exilée au pied

De l’escalier de pierre

Aux joints mal équarris

1

Je ne danserai plus

Au bras de mes compagnes

Dans la fraîcheur des soirs

2

Je ne mangerai plus

Rondes olives noires

Sous les feuillages absinthe

3

Je ne sourirai plus

Avec mes frère et sœur

Aux marches du palais

4

Je monte vers l’autel

Où mon père m’appelle

Avec son masque d’or

5

Je tremble sur les marches

Où le prêtre m’attend

Et son stylet d’argent

6

Ô triste Iphianassa

Sacrifiée sans larmes

Aux vents noirs de la guerre

 

Samedi 24 juillet 2010

 

escalier-corce

Escalier corse, Martine Girard

 

Pour papierlibre.over-blog.net

Sur une photo représentant un vieil escalier de pierre

 

 

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 12:31

tigre de barye fondeur barbedienne 

Tigre, Barye, fondeur Barbedienne 

 

 

Chat du matin…

 

A l’orée des maïs rangés en fantassins

Aimanté par le jaune des tournesols hautains

Un grand chat impérial indolent et félin

Fildefériste noir sur l’acier du chemin

 

Sur la route, 8h30 du matin

 

 

chat botero 

Chat, Botero

 

 

Vendredi 23 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:36

  Gwenaëlle Aubry

 

Avec son cinquième roman, intitulé Personne, Gwenaëlle Aubry entreprend en un douloureux abécédaire de brosser le portrait de son père, qui passa sa vie à « combattre l'ombre en lui ». Reconnaissant avec Peorges Pérec les pouvoirs salvateurs de l'écriture, sous l'égide de saint Augustin et d'Antonin Artaud, elle s'interroge sur le deuil, le double et la folie, elle chemine pas à pas aux côtés de ce père, victime d'un trouble bi-polaire, et qu'elle se reproche de n'avoir pas su accompagner.

L'intérêt de l'ouvrage réside dans le fait qu'en regard de sa propre analyse des faits, elle place des extraits du texte écrit par son père, Le mouton noir mélancolique. Ce sont « près de deux cents pages rédigées à la main d'une écriture soignée, corrigées et annotées jusqu'à la fin ». A la douleur longtemps tue de la fille se superpose la souffrance du père, conscient jusqu'à l'exacerbation de sa maladie. Grand juriste et professeur de droit reconnu, comme nombre de psychotiques qui « creusent plus loin le réel », il était passionné de poésie et de philosophie, dissertant de Plotin avec sa fille. Celle-ci décèle en ce texte un « effort insensé » pour saisir en lui ce « spectre dérangeant », sous-titre explicite de son manuscrit.

C'est ce texte aussi, dit-elle, qui la relie à son père, lui redonne vie en lui permettant d'associer « leurs mots à tous deux ». Exemple filial émouvant de résurrection par une écriture à deux mains.

Parmi tous les personnages que son père s'inventait, elle cherche à redonner forme à l'homme qu'il était mais qu'il ne parvint jamais à être. De James Bond et du prince Eric à François-Xavier Aubry, double ancestral « réel et rêvé », en passant par les figures filmiques de Jean-Pierre Léaud et de Dustin Hofman, elle s'interroge sur sa personnalité en miettes, ses errances titubantes, dans sa petite ville, ses disparitions et ses retours, son goût de l'ordre et des rituels. Il est pour elle cet enfant qui n'a jamais grandi, constat qu'il avait fait lui-même : « Eternel enfant de cinq ans, enfant chez moi, héros à l'extérieur, dualité bien connue et parfois à l'origine de la psychose maniaco-dépressive. »

Elle raconte cette existence dans le secret, « clopin-clopant, en biais », avec un père qui « avait privé les siens de lui-même ; elle dit « l'absolue nudité » du regard de cet homme, ce « père impuissant », tel qu'il se définissait lui-même. Et pourtant, c'était celui-là même qui lui avait avoué qu' « un homme tu sais n'a pas peur d'avoir des enfants il a peur de perdre ses enfants ». Et elle avait ainsi pris conscience « jusqu'à la suffocation » du manque dans lequel sa soeur et elle avaient été contraintes de l'abandonner ; deux petites filles qui avaient assisté à une de ses tentatives de suicide lors de vacances en Bretagne, quand elles avaient vu ce qu'elle n'auraient pas dû voir, « le monde retourné ».

A lire cette difficile confession, on comprend combien le mélancolique est en quête de lui-même et s'efforce de « rassembler ses morceaux » afin de se créer en « corps constitué ». Mais combien aussi, dans le même temps, il n'aspire qu'à « dépouiller ses masques, ses attributs, ses qualités ». Et ce n'est pas le moindre mérite de cet ouvrage que de nous donner à appréhender cette maladie qui demeure bien souvent innommée. Ne se résumait-elle pas pour l'auteur à la sempiternelle phrase creuse : « Ton père ne va pas bien en ce moment »? Mais il a bien fallu qu'un jour elle reconnaissse que son père était « fou », tout en ayant conscience que c'était un « mot emphatique, vague inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, rien d'autre que [son] angoisse ».

Il aura fallu des années à l'auteur pour oser parler de ce drame qui l'a constituée, « pour que les signes se raniment, changent l'absence en mémoire, le naufrage en trésor, voilent ce front opaque, ce corps sans tombe ni repos, sous un linceul de mots, qu'il lui soit léger ». A celui qui voulait n'être « rien » elle édifie un « tombeau » et lui restitue sa dignité et son être. Elle admet enfin après un long cheminement que son père, « pour n'avoir jamais fait bloc avec lui-même, pour avoir connu la douleur et l'extase » a vécu une expérience unique, semblable à celles rapportés par « quelques livres noirs et lumineux, et le sien obscurément aussi ».

Cet ouvrage écorché et douloureux s'achève sur le constat amer mais lucide que, grâce à l'incinération qu'il avait demandée, le père de la narratrice est enfin parvenu à ce qu'il avait désespérément cherché durant son toute existence : « Le droit de ne plus être quelqu'un. »

 

Vendredi 9 juillet 2010.

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:29

  Minh Tran Huy

 

Le deuxième roman de Minh Tran Huy, La double vie d'Anna Song, tient les promesses du premier (La Princesse et le Pêcheur) et réserve au lecteur bien des surprises. Alors que l'on croit lire une histoire d'amour fou articulée autour du thème de la falsification artistique, on découvre au terme de la lecture qu'il s'agit en fait d'une méditation sur les pouvoirs de la fiction.

C'est avec une grande habileté que la jeune romancière structure l'histoire de cette pianiste prodige, Anna Song, dont la carrière est brisée par une paralysie des deux derniers doigts de la main droite. Alors qu'elle subit une seconde épreuve avec un cancer, son ami d'enfance, Paul Desroches, devenu son mari, qui vit dans le souvenir de la pianiste géniale qu'elle fut, orchestre de main de maître une imposture. Il parvient à faire croire au monde musical international qu'elle a enregistré en studio plus 102 CD, d'une admirable virtuosité.

Le lecteur suit en parallèle les événements musicaux de la vie de la jeune femme racontée par son époux et le retentissement médiatique de la découverte de son talent exceptionnel, à travers des articles de journaux. La mystification joue à plein lorsqu'il apprend à la fin que cette histoire n'est que le roman écrit par l'ami d'enfance, qui n'a jamais épousé Anna Song...

Oeuvre à double voire à triple fond, le livre séduit par de très belles pages sur la magie de la musique et les extrémités auxquelles est confronté celui qui est en proie à l'amour absolu. On sera aussi sensible aux réminiscences d'un Viêtnam perdu et rêvé, celui de l'auteur et de son personnage, dont une très poétique légende viêtnamienne vient éclairer le destin tragique.

Vertigineuse mise en abyme pratiquée avec maestria par une romancière qui croit avec Shakespeare que « nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves » (La Tempête, Acte IV, scène 1), l'ouvrage résonne longtemps en nous comme de mélancoliques arpèges...

 

Samedi 10 juillet 2010

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:16

  Grimbert

 

Avec La petite robe de Paul, Philippe Grimbert nous livre un récit dense, issu sans nul doute de son expérience de psychanalyste. Dans ce qui est son premier roman il nous raconte l'histoire de Paul, un homme apparemment sans histoires qui, sous l'effet d'un mouvement irrépressible, achète un jour une petite robe blanche avec trois plis plats, de taille six ans, brodée de trois roses. Il ignore que cet achat,certes incongru puisque sa fille Agnès est adulte mais qu'il croit innocent, va remettre en cause les fondements de son couple et de sa vie.

Car, à partir du moment où il cache la petite robe dans le placard de son dressing, entre un costume sombre et un blazer bleu marine, tout se lézarde : « Dans l'existence transparente de Paul l'innocence du modèle aux trois roses faisait figure d'énigme. Quelle force l'avait donc poussé à l'acquérir et à la cacher? »

C'est tout l'art de Philippe Grimbert de distiller les signes imperceptibles qui vont faire basculer Paul et Irène sa femme dans le doute, la douleur et la violence. Quand Irène découvre fortuitement la petite robe blanche, mille questions l'assaillent : son mari a-t-il une double vie? est-il le père d'une petite fille dans un second foyer? est-il attiré de façon malsaine par les enfants? A cette occasion se ravivent ses plaies anciennes, le suicide inexpliqué et longtemps caché de ses parents dans sa prime enfance et la fausse couche d'il y a six ans dont elle ne s'est jamais remise.

De multiples signes conduisent aussi Paul à s'interroger sur la relation de son père et de sa mère et sur ses propres sentiments vis-à-vis de son père disparu. Il se demande quelles sont les raisons qui ont poussé sa mère à lui faire enterrer dans le jardin de la maison familiale une boîte en fer blanc renfermant des photos. Mu par une impulsion incoercible, il fera le geste sacrilège de déterrer la boîte et de l'ouvrir, découvrant une photo datée de juin 1942, qui représente son père sur un balcon portant une enfant vêtued'une robe blanche... Un rêve récurrent, souvenir horrifié d'un épisode de son enfance, reviendra le visiter : celui d'une petite poule blanche dont l'oeil malade avait été picoré par une autre poule qui avait fini par la tuer.

Au terme d'une remontée dans les profondeurs de son inconscient, Irène ira jusqu'à se mutiler le sexe, afin de ressaisir le temps où son sang coulait d'elle chaque mois. Tentée par le suicide, victime de la violence horrifiée de Paul qui la découvre près de la petite robe blanche maculée de son sang, elle finira par comprendre que les mains de Paul l'ont « arrachée à son cauchemar en libérant ses fantômes ». Quant à Paul, il saura pourquoi il a fait cet achat : « Il lui fallait vêtir un petit cadavre nu. »

Brassant- peut-être à l'excès- tous les thèmes chers à la psychanalyse, c'est pourtant un ouvrage qui se lit d'une traite. Même si l'on peut être dubitatif sur un happy end sans surprise, il n'en demeure pas moins que Philippe Grimbert, comme tout bon psychanalyste qui se respecte, proclame avec conviction que le silence est mortifère et que la parole est libératrice.

 

Lundi 05 juillet 2010

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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