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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 13:50

  L'entrée du musée de la Vie romantique

  Lumière dans l'antichambre de l'hôtel Scheffer-Renan (19 septembre 2010)

 

Dimanche 19 septembre 2010, Les Journées du Patrimoine ont guidé mes pas au 16 de la rue Chaptal, vers un charmant musée de la Ville de Paris, l’hôtel Scheffer-Renan, qui porte le nom de Musée de la Vie romantique. Il s’agit de la demeure du peintre Ary Scheffer (1795-1858), désormais consacrée à l’évocation de la vie artistique et littéraire de la première moitié du XIX° siècle. On y accède par un passage pavé qui débouche sur une cour et un joli jardin ombragé, sous les volets verts de cette maison, mitoyenne du parc du comte Chaptal, et l’un des derniers témoignages des demeures d’artistes édifiées sous la Restauration et la Révolution de Juillet.

 

Le musée de la Vie romantique

  La façade aux volets verts de l'hôtel Scheffer-Renan (19 septembre 2010)

 

Deux ateliers jumeaux, situés de part et d’autre de la cour, accueillent chaque année des expositions temporaires, et notamment à partir du 28 septembre 2010, une exposition sur les écrivains russes. Dans l’atelier-salon, situé à gauche, Ary Scheffer recevait chaque vendredi tout ce que Paris comptait de célébrités artistiques ou politiques : George Sand, Chopin, Delacroix, Rossini, Liszt, Pauline Viardot, Thiers, Dickens… A droite, l’atelier de peinture était réservé à Henri Scheffer, le frère d'Ary, et à ses propres élèves.

Dans l’antichambre, on fait ainsi connaissance avec l’ancien propriétaire des lieux,  ce peintre d’origine hollandaise, né à Dordrecht en 1795. On y observe un buste commémoratif d’Ary Scheffer réalisé par Jules Cavelier, à la demande de sa fille. C’est le portrait de La Fayette qui le lancera dans les milieux artistiques. Libéral, il sera proche de la famille d’Orléans.

A l’étage, dans « Le Salon des portraits romantiques », l’on remarque le portrait de Cornelia Scheffer, fille du peintre, qui copiera avec talents les oeuvres de son père. Elle tiendra salon elle aussi en compagnie de son mari, le chirurgien René Marjolin, recevant Tourgueniev et Gounod entre autres. En 1899, elle lèguera à la ville de Dordrecht une partie de l’atelier de son père. Quant à sa cousine, Cornélie Scheffer, fille du peintre Henry Scheffer, elle épousera en 1856, l’auteur de La vie de Jésus, Ernest Renan, dont le portait par Henry Scheffer, et le buste par René de Saint-Marceaux, se trouvent dans « Le grand Salon Ary Scheffer ». Leur fille, Noémie Renan-Psichari, sera la légataire de Cornelia Scheffer, en 1898. Et ce n’est qu’en 1983 que sa descendante, Corrie Psichari-Siohan obtiendra que la maison de son aïeul Ary Scheffer devienne un musée de la Ville de Paris.

 « Le Salon des Orléans » évoque les liens de celui qui fut le professeur de dessin des enfants du duc d’Orléans avec la famille du futur Louis-Philippe. Marie d’Orléans, une de ses filles, est connue pour avoir ouvert la voie de la sculpture aux femmes. Une réduction en bronze de sa Jeanne d’Arc, exposée au musée de l’Histoire de France du

château de Versailles, rappelle son souvenir.

   Faust Faust dans son cabinet, Ary Scheffer (19 septembre 2010)

 

« Le grand Salon Ary Scheffer » présente des œuvres inspirées de l’histoire et de la littérature. Françoise de Rimini (1835), héroïne de Dante, voisine avec les personnages de Goethe, Marguerite au rouet et Faust dans son cabinet. L’inspiration médiévale romantique s’exprime dans Lenore, les morts vont vite ; elle est encore  illustrée par la toile de Barthélémy-Charles Durupt, Manfred et l’esprit (1817), évocatrice de la tragédie de Byron.

« Le petit Salon », qui clôt la visite, indique la prédilection du protestant Ary Scheffer pour les sujets religieux, dont témoignent Sainte Anne et Sainte Monique. Cette salle est intéressante puisqu’elle présente une toile de Arie-Johannes Lamme, un cousin des Scheffer, qui peignit Ary Scheffer dans son grand atelier (1851), révélant ainsi le peintre au travail dans son lieu d’élection.

 

Portrait de George Sand

  Portrait de George Sand ( 19 Septembre 2010)

 

C’est pourtant le rez-de-chaussée qui a surtout retenu mon attention par les nombreux souvenirs évoquant « la bonne dame de Nohant ». On peut en effet y admirer cent-soixante-dix œuvres, en provenance de Nohant, propriété reçue par George Sand de sa grand-mère, Aurore Dupin de Francueil, fille naturelle du Maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, lui-même fils naturel d'Auguste II de Saxe, et futur roi de Pologne.

De nombreux portraits ou médaillons évoquent l’entourage de l’écrivain : ses enfants, Maurice et Solange, sa grand-mère paternelle (Marie-Aurore de Saxe en Diane chasseresse) et le receveur des finances Louis-Claude Dupin de Francueil, le sculpteur Louis Clésinger, époux de sa fille Solange, le graveur Luigi Calamatta, père de sa belle-fille, les amants de cœur, Chopin (un émouvant moulage en plâtre de la main du musicien par Auguste Clésinger), Alexandre Manceau, son dernier compagnon, et Delacroix. Dans « Le Salon George Sand », on retiendra notamment le très beau pastel, par Maurice Quentin de Latour, du Maréchal Maurice de Saxe. Le glorieux aïeul est encore représenté en miniature par l’orfèvre Jean Massé, sur le couvercle d’une tabatière.

 

Le maréchal de saxe

  Pastel du Maréchal de Saxe, Maurice Quentin de Latour, vers 1748

(19 septembre 2010)

 

Le salon des souvenirs baigne dans une lumière mordorée de fin d’après-midi : l’on imagine la silhouette de George Sand, ses mains tournant et retournant à son doigt le beau rubis offert par la Dauphine, mère de Louis XVI, à sa petite-nièce Marie-Aurore. On la devine s’appuyant sur le marbre de la commode tombeau en marqueterie ; on la voit rêver devant un dessin (La mare au Diable au bois de Chanteloup), réalisé par son fils Maurice, l’unique élève de Delacroix.

 

Portrait de Maurice Sand

  Portrait de Maurice au chapeau, Thomas Couture (19 septembre 2010)

 

Enfin, « Le Petit Salon bleu » invite à découvrir une autre facette de l’écrivain : la peinture. Au crépuscule de sa vie, elle pratiqua en effet l’art de la « dendrite », technique d’ « aquarelle à l’écrasage ». La couleur est déposée au pinceau sur le papier et pressée encore mouillée avec une feuille de bristol pour obtenir une tache aléatoire. George Sand aimait ce procédé, porte ouverte à l’imagination.

Merci à ce charmant musée qui donne l’occasion de parcourir à nouveau l’itinéraire d’une femme qui réclama pour ses soeurs l’indépendance affective et créatrice et qui écrivait : « La guerre sera longue et rude ; mais je ne suis ni le premier, ni le seul, ni le dernier champion d’une si belle cause, et je la défendrai tant qu’il me restera un souffle de vie. » (Préface à Indiana, 1842).

 

  Statuette de George Sand

   Statuette représentant George Sand assise avec un livre (19 septembre 2010)

 

 

 

Sur la tombe de George Sand

 

 

Quel calme sous l’asile entre-croisé des branches !

Septembre s’est penché vers la tombe, sa sœur,

Et livre tristement à sa grave douceur

Le sourire attardé de quatre roses blanches…

 

Les arbres dont l’écorce était chère à ses doigts,

L’herbe dont en rêvant elle aimait la caresse,

Le vieil étang, mirant sa limpide caresse,

Ce soir auront frémi du souffle d’autrefois !

 

Car ta campagne, ô mère, a gardé ta pensée

Et te berce en l’amour où tu l’avais bercée,

Le Berry de jadis fidèle est demeuré ;

 

Et lorsque le soleil s’est couché tout à l’heure,

Devant ton souvenir, comme un enfant qui pleure,

L’automne défaillant longuement a pleuré.

 

Gabriel Nigond (1877- ?)

Novembre, 1903

 

 

Portrait de g sand et de Pauline Viardot par Maurice Sand 

Portraits de George Sand et de Pauline Viardot (Maurice Sand)

(19 septembre 2010) 

 

 

Sources :

Aide à la visite, Guide du Musée de la Vie romantique, Mairie de Paris. 

 

Lundi 27 septembre 2010

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:12

  île maurice 119

  Le bassin des lotus (Nelumbo nucifera),

Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice ( mars 2010)

 

L’étang dont le soleil chauffe la somnolence

Est fleuri, ce matin, de beaux nénuphars blancs ;

Les uns, sortis de l’eau, se dressent tout tremblants,

Et dans l’air parfumé, leur tige se balance.

 

île maurice 114 

Lotus blanc en fleur, Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres n’ont encore pu fièrement émerger :

Mais leur fleur vient sourire à la surface lisse.

On les voit remuer doucement et nager :

L’eau frissonnante affleure au bord de leur calice.

 

île maurice 129 

Le bassin des nénuphars géants (Victoria Amazonia),

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres, plus loin encor du moment de surgir

Au soleil, ont leur fleur entièrement recouverte…

On peut les voir, bercés d’un remous sur l’eau verte :

Ecrasés par son poids, ils semblent s’élargir.

 

  île maurice 127

La fleur rose du Victoria Amazonia,

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

Ainsi vont mes pensers dans leur floraison lente.

Il en est d’achevés, sans plus rien d’hésitant,

Complètement éclos, comme, sur cet étang,

Les nénuphars bercés par la brise indolente.

 

 île maurice 130

Deux fleurs du Victoria Amazonia,

Jardin de Pamplemousses (mars 2010)

 

D’autres n’ont encore pu dépasser le niveau ;

Ce sont ceux-là surtout, que, poète, on caresse,

Qu’on laisse à fleur d’esprit flotter avec paresse,

Comme les nénuphars qui bâillent à fleur d’eau.

 

  île maurice 339

Etang de nymphéas mauve vers Chamarel,

Ile Maurice (mars 2010)

 

Mais je sens la poussée en moi vivace et sourde

D’autres pensers germés mystérieusement,

Qui s’achèvent encor dans l’assoupissement,

Comme les nénuphars qui dorment sous l’eau lourde.

 

île maurice 136 

Les Musardises

 

A vingt-deux ans, en 1890, à la veille d’épouser Rosemonde Gérard, Edmond Rostand (1868-1918) fait paraître son premier recueil de vers, Les Musardises, qui ne connaîtra guère d'écho. Dans cette suite de quatrains, le jeune poète file la métaphore du nénuphar, image de la pensée qui germe silencieusement et ne demande qu’à s’exprimer.

 

 

 

Dimanche 26 septembre 2010

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 15:14

  bret-easton-ellis 1

  Bret Easton Ellis

 

Jeudi 23 septembre 2010, à La Grande Librairie, François Busnel recevait, Marc Dugain (L’insomnie des étoiles), Maÿlis de Kerangal (Naissance d’un pont), Bret Easton Ellis (Suites impériales) et Jay Mc Inerney (Moi tout craché).

Selon François Busnel, à chaque nouveau livre, Marc Dugain brouille les pistes. Celui qui fut un chef d’entreprise dans une autre vie surprend à chaque fois. Après l’horreur continuée des gueules cassées, dont rendait compte La chambre des officiers, Heureux comme Dieu en France et les ouvrages sur Staline et Hoover, il explore aujourd’hui avec L’insomnie des étoiles les pages blanches de l’Histoire en 1945. Pendant le bref moment où la France occupe l’Allemagne vaincue, un capitaine enquête sur un crime particulier, alors que des milliers d’hommes continuent à mourir de cette guerre. Le personnage remontera ainsi à une des sources du génocide juif, l’extermination des malades mentaux, dès1933. Les nazis ont expérimenté avec ces derniers ce qu’ils ont développé ensuite à grande échelle avec les juifs. C’est une intuition métaphysique qui lui fait ainsi tirer les fils de l’Histoire dans une Allemagne rurale où l’on pourrait croire qu’il ne s’est rien passé.

L’auteur reconnaît que cet officier qui est aussi astronome et plein de secrets, c’est un peu lui. S’il ne se dit pas spécialiste ès fiction, il trouve intéressant de mettre en scène des personnages qui ont une distance et vivent de vraies angoisses métaphysiques. A cette occasion, il dit être allé à la rencontre de Dieu, « pas celui des hommes, mais l’autre ». « J’aimerais croire » poursuit-il, « mais je ne crois pas ». Et quand on ne croit pas, on est affronté à la réalité de sa finitude. C’est un roman sur le remords, « cette pourriture ». Mais si le remords a un lien étroit avec la culpabilité, pour Marc Dugain il est clair que les leaders fascistes sont parvenus à effacer la notion de culpabilité ; ce fut leur grande force et c’est ce qui leur permit de passer de l’idéologie au meurtre de masse.

A François Busnel qui lui demande sa définition du romancier, Marc Dugain compare ce dernier à un musicien qui, au milieu de cinquante interprétations, donne la sienne propre. L’écriture est un éclairage que l’on essaie de donner sur la réalité.

 

dugain

  Marc Dugain

 

Avec Naissance d’un pont, qualifié par son éditeur de « roman à l’américaine », Maÿlis de Kerangal invente, elle, une Amérique inconnue. Dans son dernier opus comme dans les précédents (Dans les rapides, Ni fleur ni couronne, Corniche Kennedy), elle a l’art de trouver un rythme juste. Dans une ville californienne inventée, Coca, elle donne vie à toute une armée d’hommes d’affaires, d’ouvriers, de « misfits » rassemblés pour construire un pont et dont elle entrelace les destins. Marquée par Steinbeck, Faulkner, Easton Ellis, Roth, Joyce Carol Oates, elle a construit son roman sur l’idée de la concession et du compromis, le pont étant le lien entre la ville émergente et la forêt des Indiens.

Ce récit de fondation, très américain, brasse les thèmes de la frontière, d’une époque héroïque où les hommes étaient des pionniers. Comme le roman est la chambre d’écho du monde, le chantier du pont est un microcosme de tensions, de luttes sociales, de « bruit et de fureur ». Ses personnages portent des patronymes symboliques. Grâce à Diderot, philosophe matérialiste, ludique et joyeux, sous la stature de qui elle a « couvé » son roman, et dont elle donne le nom à un personnage, elle revisite la figure du héros, confronté à quelque chose qui le dépasse, lui échappe et à quoi il doit s’atteler. Quant à Catherine Thoreau, du nom du grand écrivain panthéiste américain, elle conduit des engins.

Avec une langue étonnante, musicale et saccadée, l’auteur « fait bruiter l’écriture ». Maÿlis de Kerangal dit attacher une grande importance à l’aspect oral de ses textes qu’elle lit toujours à voix haute avant de les fixer. Il lui en faut régler l’intensité, et en faire respirer la phrase. Alors que la littérature française s’attelle souvent à des romans plus intimistes, elle a adopté dans ce roman d’action un aspect de « grande focale ». A François Busnel qui souligne que l’énergie et la vigueur du roman le font songer à Zola, elle répond que c’est un écrivain qu’elle a beaucoup lu : comme lui, elle capte le réel brut. Elle conclut en disant que la dimension politique n’est pas exempte de son roman, que la lutte des classes est toujours présente dans un collectif instable et qu’il s’agit avec cette œuvre de composer avec le monde intimement et collectivement.

 

Kerangal-MaylisDe

Maÿlis de Kerangal (Photo des livres.com)

 

Avec Suites impériales, Bret Easton Ellis, le « sale gosse» des lettres américaines donne une suite à Moins que zéro, son premier roman, écrit en 1985. Ensuite, on se souvient du héros d’American psycho, trader le jour et serial killer la nuit, de Zombies, portrait noir de l’Amérique des années 80, de Lunar park où le héros se demande qui il est, dans une autobiographie fictionnelle.

Bret Easton Ellis précise qu’on ne décide pas du roman que l’on va écrire, qu’une carrière littéraire n’a rien de logique. Il s’est agi pour lui de trouver ce qu’était devenu son héros Clay, vingt-cinq ans après, à cause de ce qui lui est arrivé, à lui, dans sa propre vie. Ce roman, qui est selon lui le plus sombre de sa carrière, vient des sentiments, des émotions et il n’écrit un livre que lorsqu’il se « sent » d’écrire un roman. Si certains auteurs sont des « moulinets d’édition » en produisant un roman par an, ce n’est certes pas son cas.

Il déclare par ailleurs ignorer d’où provient la violence qui parcourt toutes ses œuvres. S’il reconnaît avoir eu un père violent, son livre n’est pas un livre sur la violence. American psycho était bien un livre sur la solitude ; et ici Clay est aux prises avec la tristesse, la peur, la paranoïa. Certes, le personnage, c’est lui-même mais Bret Easton Ellis n’a pas voulu écrire une autobiographie (« C’est emmerdant ! »). Il s’agit plutôt de transformer une douleur personnelle en quelque chose d’intéressant, de prendre le désespoir et de le mettre dans un contexte dramatique. Il avoue ne pas savoir en quoi consiste exactement le Mal dans la société américaine, même s’il reconnaît que Los Angeles, c’est le Diable ! Mais le Mal a beaucoup de visages et il n’a pas de réponse toute faite.

Il avoue que, s’il était aussi nihiliste que son personnage, il n’écrirait pas de romans. Ce livre peut le libérer de sa souffrance, il représente un espoir. Il indique que la relation entre un auteur et son œuvre n’a pas de commune mesure avec la relation entre un lecteur et un livre, qui n’est qu’éphémère. Et si lui voit son reflet quand il travaille sur son texte, c’est quand même le lecteur, à la lecture, qui décidera de ce dont le livre parle.

Enfin, François Busnel demande à Bret Easton Ellis la signification de la récurrence dans son œuvre de la phrase : « Disparaître ici ». Dans Moins que zéro, c’est un panneau sur Sunset boulevard, une réminiscence de Gastby le Magnifique aussi sans doute. Dans Suites impériales, la phrase apparaît sur une glace écrite au rouge à lèvres. Mais, l’auteur ne livre pas son secret ! Un roman, c’est un rêve et non une logique. Il se déclare très étonné quand il lit les thèses sur son œuvre et ce que les critiques y voient. « Je ne suis pas aussi lucide quand j’écris mes romans », commente-t-il. « Tout le monde ment ! » Et de terminer par une pirouette en avouant qu’il a menti à 30% pendant cet entretien.

Pour conclure l’émission, Jay Mc Inerney est interrogé par François Busnel pour son dernier recueil de nouvelles, Moi tout craché. Lui qui adore le genre de la  nouvelles, celles de Carver notamment, a commencé par ce genre. Il souhaitait en effet maîtriser cet art avant de passer au roman. Après sept romans, il revient à ce qui lui a permis d’entrer en littérature. Selon lui, dans une nouvelle réussie, tout doit être à sa place, à la juste hauteur. S’il considère que son premier roman était le plus flamboyant, il pense que son style est désormais devenu plus subtil. A la faveur de l’allusion par Busnel à la nouvelle au titre intriguant, Au lit avec des cochons, dans laquelle le cochon est une métaphore du narrateur, il avoue qu’avant il était trop plein de lui-même et de son succès et qu’il fait à présent une sorte d’autocritique, que lui permet l’ironie, une des caractéristiques de son œuvre selon Busnel. Pour lui, comme pour Bret Easton Ellis, il importe de trouver une dimension plus frappante que sa petite expérience et de mettre à jour ce je ne sais quoi d’universel qui transcende sa propre vie.

Evoquant le 11 septembre, Jay Mc Inerney constate que l’Amérique ne demeure pas coincée dans un chapitre de son existence, que les choses évoluent et qu’elle a presque déjà oublié. Elle n’a pas de mémoire, elle parle de demain pas d’hier.

Et Busnel conclut l’émission en se félicitant qu’ « heureusement les écrivains existent qui ont un peu de mémoire ».

  McInerney-Jay

Jay Mc Inerney (Photo des livres.com)

 

Samedi 25 septembre 2010

 

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 21:07

  BERCHEm Le passage du gué ou la rencontre

Le passage du gué ou la rencontre, Nicolaes Pietersz Berchem (1620-1683)

 

Il fallait passer la rivière,

Nous étions tous deux aux abois.

J’étais timide, elle était fière.

Les tarins chantaient dans les bois.

 

Elle me dit : « J’irai derrière,

Mon ami, ne regardez pas. »

Et puis elle défit ses bas…

Il fallait passer la rivière.

 

Je ne regardai… qu’une fois,

Et je vis l’eau comme une moire

Se plisser sous ses pieds d’ivoire…

Nous étions tous deux aux abois.

 

Elle sautait de pierre en pierre ;

J’aurais dû lui donner le bras ;

Vous jugez de notre embarras.

J’étais timide, elle était fière.

 

Elle allait tomber, - je le crois,-

J’entendis son cri d’hirondelle ;

D’un seul bond je fus auprès d’elle…

Les tarins chantaient dans les bois.

 

Edouard Pailleron (1834-1899),

Amours et haines, 1869

 

 

Après son premier recueil de poèmes, Les Parasites, ce dramaturge et collaborateur de la Revue des Deux-Mondes, publie un second volume, Amours et haines. L'accent y est empreint d'allégresse, de mélancolie et d'ironie, ainsi que le suggère cette suite de quatrains, tout en marivaudage elliptique.

 

 

 

 

Vendredi 24 septembre 2010

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 08:19

  pont japonais

  Le bassin aux nymphéas, Harmonie verte, 1899, Claude Monet

 

Jeudi 23 septembre 2010, Laurence Piquet consacrait son émission Un soir au musée à l’exposition Claude Monet qui s’ouvre au Grand Palais. A la fin, elle s’entretenait avec Alexandre Duval-Stalla, auteur d’un ouvrage sur l’amitié entre le peintre et Georges Clemenceau, une relation unique entre un peintre et un homme politique.

Voici ce que disait le Tigre au peintre de Giverny :

 

Vos yeux voient des choses que je ne vois pas !

 

Mes yeux ont besoin de votre couleur !

 

Un bel hommage au peintre de la lumière ! 

  Monet clemenceau une amie sur le pont japonais photo du com

  Georges Clemenceau, Claude Monet et une amie, sur le pont japonais,

Photo du comte Samji Kuroki, 1921

 

 

 

A lire : Claude Monet- Georges Clemenceau : une histoire, deux caractères, Gallimard, 2010.

 

 

 

Vendredi 24 septembre 2010

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 17:38

 

 

  eole

 

Le vent de septembre est en embuscade

Dans le cèdre bleu aux branches penchées

Le vent de septembre fuit en escapade

Dans les bois taillés les feuilles coupées

 

Le vent de septembre joue sa sérénade

Aux rosiers têtus encore couronnés

Le vent de septembre chante sa ballade

Aux lavandes grises toujours parfumées

 

Le vent de septembre sans fin cavalcade

Dans les altéas au vert anémié

Le vent de septembre est en débandade

Dans les grands roseaux bruissants et secrets

 

Le vent de septembre crie ses jérémiades

A la sauge jaune au thym étoilé

Le vent de septembre souffle par foucades

Sur le gazon mort séché par l’été

 

Le vent de septembre mord les palissades

Des deux clématites aux pans décloués

Le vent de septembre porte l’estocade

A mon cœur chagrin trahi par l’été

 

 

Jeudi 23 septembre 2010, jour de l’automne

 

 

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie 

des Croqueurs de Mots

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 13:26

 

Des hommes et des dieux 1 

 

Dans une Algérie en proie à la violence et au fanatisme, des hommes font le choix, au péril de leur vie, de demeurer auprès de ceux à côté de qui ils vivent depuis des années. Tel est l’argument du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux. Que ces hommes soient des moines ne changent rien au fait que le thème essentiel de ce long métrage soit celui du Choix, assumé en toute liberté.

Certains regretteront sans doute que le metteur en scène n’ait pas clairement nommé les auteurs de cet acte barbare qui consista à égorger en mai 1996 sept moines, animés du  désir vibrant de montrer que des chrétiens et des musulmans étaient capables de vivre ensemble. On sait qu’il était dans l’impossibilité de le faire puisque, à l’heure qu’il est, trois thèses sont en présence, qu’une action en justice de la part de certaines familles des victimes permettra, on l’espère, de vérifier : manipulation des Services secrets algériens, bavure de l’armée algérienne ou assassinat par le GIA. Ce n’était certes pas le propos d’un metteur en scène déterminé à mettre en images un cheminement particulier, assumé en toute connaissance de cause. Il s’agissait pour ces hommes de mettre en pratique l’amour fraternel, dans sa dimension la plus vaste : « Nos frères étaient le visage, le cœur, les mains de Jésus pour des musulmans, nos voisins, nos hôtes, nos frères », résume Mgr Henri Tessier. A Tibhirine, ce n’est pas l’ascétisme qui primait mais l’amour de Dieu et du prochain… jusqu’à la mort.

Pourtant la décision des moines de demeurer dans le monastère cistercien de Notre-Dame de l’Atlas, près de Médéa, ne s’est pas prise aisément. Devant le premier oukase de Christian de Chergé (Lambert Wilson), prieur de la communauté depuis 1984, enjoignant à ses frères de rester, frère Christophe (Olivier Rabourdin) notamment s’insurge : il dit ne pas avoir l’âme d’un martyr. Un autre encore allègue des soucis de santé. Xavier Beauvois nous donne à pénétrer leurs hésitations, leurs doutes, leurs peurs, et finalement la décision de rester parmi la population du village, qui dit se sentir protégée par leur présence. En dépit des injonctions répétées du gouvernement algérien, de l’incursion dans le monastère du commando de l’émir Sayyat Attiya, le soir de Noël 1993, ils ne reviendront pas sur la voie qu’ils ont délibérément adoptée.

 

des-hommes-et-des-dieux 2

  Frère Christian (Lambert Wilson),

lors de l'incursion du commando, la nuit de Noël, en 1993.

 

C’est d’une manière sobre et somme toute très classique que Xavier Beauvois orchestre la marche de cette petite communauté vers une mort pressentie et acceptée, qu'un communiqué du GIA annoncera le 21 mai 1996. Dans ce lieu isolé, au sein d’une nature rude et austère, les moines suivent la règle de saint Benoît :  « Ora et labora ». Ils  prient, chantent, écoutent les lectures au chapitre, cultivent leurs champs, vendent leur miel au marché, assistent aux fêtes musulmanes tandis que résonne le muezzin. Entre eux une fraternité qui s’exprime par de petits gestes : c’est frère Christian venant ôter les lunettes de frère Luc (Michael Lonsdale) endormi sur son livre et qui remonte sa couverture ; c’est frère Luc qui masse le dos endolori de frère Amédée ; c’est, au moment de la vaisselle, frère Christophe et frère Luc discutant du sermon de frère Christian ; c’est ce dernier qui regarde avec sollicitude frère Christophe, malade d’angoisse. Henry Quinson, le conseiller religieux du film, ne dit-il pas : « Les moines de Tibhirine étaient comme des fleurs des champs, ni belles ni originales, mais tous ensemble ils formaient un bouquet merveilleux » ?

A ceux qui ne comprendraient pas que les moines soient allés comme des agneaux à l’abattoir, le film tend à montrer la profonde cohérence entre leurs écrits, leur foi, leur vie et leur mort. Henry Quinson souligne qu’à l’image d’un Christ désarmé, ils sont un scandale pour ceux qui croient au pouvoir des armes. A cet égard, la scène où l’on voit les moines se mettre à chanter, tandis que le ronronnement inquiétant d’un hélicoptère les survole, est emblématique. Ils mettent en pratique deux des fondements du christianisme exprimé que sont l’amour du prochain et le pardon. Christian de Chergé, qui animait le groupe d’échanges sur la spiritualité musulmane, Ribât el Salâm, n’avait-il pas écrit en 1993 :  « J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint » ?

 

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  Frère Luc (Michael Lonsdale),

en conversation avec une jeune Arabe  (Sabrina Ouazani) travaillant sur les terres du monastère

 

S’ils étaient tous guidés par leur foi et l’amour de leurs frères musulmans, chaque moine avait bien évidemment des raisons personnelles pour agir de la sorte. Frère Christian, avait été militaire pendant la guerre d’Algérie ; sauvé de la mort par son ami Mohammed, retrouvé égorgé quelques jours plus tard, il avait conscience d’avoir une dette envers les Algériens. De même, frère Paul avait été parachutiste et avait été marqué par la guerre d’Algérie. Frère Christophe avait résidé comme coopérant en Algérie dans un centre de jeunes handicapés. Quant à frère Luc, dit le toubib, qui avait connu les horreurs du nazisme, il prodiguait des soins médicaux à tous, sans distinction de religion ou de tendance politique. Le geste qu’il accomplit dans le secret de sa cellule, et qui le fait embrasser les plaies d’un Christ aux outrages, révèle par ailleurs un grand mysticisme. Toujours est-il que tous, quels qu’aient été leurs mobiles profonds, reconnaissent que le départ aurait été pour eux une forme de mort et qu’ils se sentaient à leur juste place en restant en Algérie, sur cette terre entre le Tamesguida et le Chréa. Et le film nous fait bien partager cette intime conviction.

Dans un entretien avec Thomas Baurez (Studio Ciné Live), Xavier Beauvois précise que l’important pour un metteur en scène, « c’est de se construire une morale de cinéma », et qu’« il faut écouter son film comme s’il avait une âme ». Assisté de Caroline Champetier, il a réalisé un film, où l’esthétique tient une grande place et où chaque séquence est imaginée comme un tableau vivant. Inspiré par la phrase de Patrice Chéreau, « On ne peut pas filmer un homme allongé sans penser au tableau du Christ de Mantegna », il a filmé de la même manière la scène où le terroriste blessé est soigné par frère Luc. Considérant qu’il était inutile de faire des travellings pendant les offices, il s’est contenté de cadres fixes tandis qu’en extérieur sa caméra s’est faite plus mouvante. De même, souhaitant faire de la scène du dernier repas (la Cène) le point d’orgue du film, il s’est abstenu de réaliser des gros plans des visages pendant la majorité du film, réservant cette technique pour ce moment si particulier. Si la musique du Lac des Cygnes peut sembler ici un moyen facile de faire naître l’émotion du spectateur, on reconnaîtra que cette scène donne à voir la variété et l’intensité des sentiments des moines, à l’aube d’une mort pressentie et donnée. 

Ainsi ce film, dont le titre Des hommes et des dieux est extrait du Psaume d'Asaph dans l’Ancien Testament ("Vous êtes des dieux [...] Cependant, vous mourrez comme des hommes... ", Psaume 82), souligne l’éminente dignité et sacralité de tout homme. Mais il nous enseigne aussi que chacun, quelles que soient les circonstances, est maître de ses choix. Alors qu’il vient de lui annoncer sa résolution de rester au monastère, frère Luc ne déclare-t-il pas avec humour à frère Christian : « Laissez passer l’homme libre » ? 

 

  des-hommes-et-des-dieux 3

  Frère Christophe en prière (Olivier Rabourdin)

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Notre-Dame_de_l’Atlas

Entretien de Xavier Beauvois avec Thomas Baurez, « Profession de foi », Studio Ciné Live, n°18.

 

Jeudi 23 septembre 2010

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 13:54

  Poétiques 1

  La poésie au jardin des Plantes

 

Pour la quatrième fois, le salon des Poétiques de Saumur, organisé par Albane Gellé et Patrick Cahuzac (Librairie Le Livre à Venir), s’est déroulé en plein air, par un beau soleil de septembre, au Jardin des Plantes, les 10, 11 et 12 septembre 2010.

Un moment que les amateurs de poésie attendent puisqu’il leur permet de rencontrer des éditeurs, de découvrir ce qui se passe en poésie à travers les tables rondes et d’écouter des voix singulières à l’occasion des lectures. Les rencontres ont été inaugurées avec un concert d’Olivia Nicosia, une chanteuse polyglotte, qui a attiré un public nombreux, le vendredi 10 septembre.

 

Poétiques 6

L'exposition des photos d'écrivains

 

Les journées étaient animées cette fois-ci par les Anj’ôleurs qui murmuraient des poèmes à l’oreille des visiteurs dont les yeux étaient bandés. La plasticienne Coco Texèdre a été à l'initiative d'un atelier d’écriture le dimanche matin tandis qu’une yourte invitait les enfants à rêver autour d’histoires contées par Mathilde Grolleau. Une belle exposition photographique de Michel Durigneux présentait les portraits des écrivains qui ont été invités à Saumur par l’association Littérature et Poétiques.

 

Poétiques 3

  Un Anj'ôleur sussurrant un poème à l'oreille d'une visiteuse

 

Le samedi 11 septembre, à 16h 30, Marie-Céline Siffert a lu des extraits de Encore (Editions Contre-Pied, 2007), de son œuvre  en travail et de Monsieur en extase sur la couverture (Editions Jacques Brémond, 2008), recueil pour lequel elle a reçu en 2007 le Prix Ilarie Voronca, qui distingue le manuscrit d’un auteur ayant peu publié.

De sa voix claire, douce et posée, elle a étonné son auditoire avec un texte qui fouille la réalité, la fouaille, la pénètre, dans une opiniâtreté à vouloir dire ce qui échappe sans cesse. Une écriture du suspens et de la fuite qui surprend lorsqu’on la découvre sur le papier, tant elle apparaît alors ponctuée et structurée en paragraphes, qui se dissolvent à la lecture à voix haute.

 

Poétiques 2

  Marie-Céline Siffert disant Monsieur en extase sur la couverture

 

A 18h 30, Emmanuel Adely, quant à lui, a lu des extraits de Cinq suites pour violence sexuelle (Editions Argol). Avec ce texte, il s’est employé à démonter, puis à reconstruire, les cinq discours de campagne de Nicolas Sarkozy, du 22 avril au 06 mai 2007. Jouant de la répétition, de l’énumération, du rapprochement, du raccourci, il fait ainsi apparaître la racine d’une pensée politique, qui joue sur l’exhortation, l’incitation, le volontarisme, où un moi s’exalte de ses propres mots. Si l’on sourit au début, on est vite gagné par l'inquiétude devant une logorrhée qui tourne à vide.

 Poétiques 4

  Emmanuel Adely disant Cinq suites pour violence sexuelle

 

Le lendemain, dimanche 12 septembre, Jacques Bonnaffé a lu des extraits des Sermons joyeux de Jean-Pierre Siméon.  Pleine de vie, la parole de ce dernier est une invitation, une harangue à « oser la poésie » afin « qu’elle exerce chacun/ au doute/ à l’obscur/ à l’incertain/ à la frayeur/ à l’étrange/ à la fureur/  au déni/ comme au désir… »

 

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Jean-Pierre Siméon (Photo Littérature et Poétiques)

 

Ces rencontres m’ont donné l’opportunité de découvrir, en flânant à travers les tables des quatorze éditeurs présents, les très beaux textes de Françoise Hàn, éditée chez Jacques Brémond. Dans un élégant recueil gris au format long et étroit, intitulé Un été sans fin, dédié « à  Claude/ au-delà du 9 décembre 2006 », elle dit la douleur de la perte. Onze poèmes d’une déploration vécue cependant dans la lumière et qui invite à aller « Vers » la « Clarté » :  « irruptions de lumière/failles dans le mur orbe/ de la mort »

Ce furent deux belles journées pour rendre hommage à tous ceux qui aspirent à « révéler un monde en attente d’être nommé », ainsi que le dit Françoise Hàn.

 

  Poétiques 5

 

  Albane Gellé présentant Marie-Céline Siffert

 

 

 

Mercredi 22 septembre 2010

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 08:37

  la chambre de van gogh à Arles

La chambre de Van Gohg à Arles, (1888), Van Gogh,

Musée Van Gogh, Amsterdam 

 

Dans Les Eblouissements, la comtesse Marie-Laure de Noailles célèbre la nature en une perception aiguë et pénétrante. Selon Gérard d’Houville, « elle était une petite déesse dansant dans la lumière et dans la joie », dont ces dix vers sont une belle expression.

 

 

Silence en été

 

Silence ; le soleil est pris dans le volet,

Et reste là, comme une abeille qui volait

Et qu’un lis blanc retient dans sa forte étamine.

Silence ; on n’entend pas que le temps vif chemine.

C’est un répit si clair, si sûr, si persistant

Que l’on croit être, enfin et pour toujours, content,

Et l’on sommeille, et l’air est jaune comme l’ombre,

- Ô silence, couleur de soleil dans la chambre !

Silence : horloge molle, au son faible, enchanté,

Qui marques les instants du bonheur, en été ! ...

 

Vie- Joie- Lumière in Les Eblouissements (1907)

 

 

 

Mercredi 21 septembre 2010

 

 

 

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 22:20

nature morte avec poire et insectes Nature morte avec poire et insectes,

Justus Juncker, Francfort Statel Museum

 

Sous les quatre poiriers

Les poires sont tombées

Dans l’herbe dense et drue

Les fruits ont disparu

 

Sous les quatre poiriers

Je les ai ramassées

Elles avaient mûri

Elles avaient pourri

 

Sous les quatre poiriers

Je les ai rassemblées

Chair odoriférante

Exaltées par l’attente

 

Sous les quatre poiriers

Soudain j’ai suffoqué

Ivresse de la tonne

Aux senteurs de l’automne

 

Dans le jardin,

mercredi 15 septembre 2010

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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