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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 13:22

  rue lecourbe

  Paris, La rue Lecourbe et le métro aérien, ND, Photo

 

 

Dans l’air étincelant

D’un clair matin d’automne

Que la nuit a lavé

 

Sur les trottoirs miroirs

Et dans les flaques d’eau

Giclées d’adolescents

Aux visages embrumés

 Aux gestes embarrassés

Pères préoccupés

Tenant bon la menotte

Du petit qui trottine

D’un pas accéléré

Poussettes et cartables

Cheveux en débandade

Echarpes dénouées

Silhouettes maussades

Portes entrebâillées

Eclat des carrosseries

Coupant comme du verre

Tohu-bohu de cris

De moteurs de klaxons

Toute la rue bourdonne

 

Et dans le grondement

Mugissement lointain

Du métro aérien

La fulgurance ocrée

Façade ornementée

Douces rotondités

D’un fier immeuble d’angle

Signé Alfred Agache

Chauffant son ventre rond

Au soleil tôt levé

 

Rue Lecourbe, 8h du matin,

Mardi 21 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots 

Thème libre proposé par Olivier de Vaux

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 13:26

  odeur-de-la-papaye-verte-

 

 

Lundi 04 octobre 2010, France O diffusait le film du cinéaste Tran Anh Hung, L’odeur de la papaye verte, Caméra d’or à Cannes (1993), César de la Meilleure œuvre (1993) et nomination à l’Oscar du Film étranger à Hollywood. Une reconnaissance méritée pour un premier long-métrage qui conjugue une grande émotion et une maîtrise technique remarquable.

Ce jeune réalisateur, issu de l’Ecole Louis Lumière, a quitté le Viêt-nam à l’âge de douze ans. Il avoue la nécessité psychologique qui présida à sa volonté de faire ce film : « J’avais besoin de regarder derrière moi, besoin d’un passé cinématographique national que je n’avais pas. » Il parvient cependant à restituer avec fidélité l’atmosphère d’une famille vietnamienne de commerçants en tissus, à travers le regard serein et émerveillé d’une petite domestique de dix ans, prénommée Mùi (Lu Man San). Nous sommes dans le Viêt-Nam des années 1950, quand la sirène du couvre-feu dit la menace de la guerre. Le spectateur découvre cette maison typiquement vietnamienne, organisée autour de sa cour à la végétation luxuriante, où les grillons voisinent avec les grenouilles, où les chants des oiseaux font écho aux notes d’un instrument de musique traditionnelle. « Je voulais que cette histoire se passe dans un petit quartier calme, typiquement vietnamien », explique le metteur en scène.

A travers cette petite domestique et les autres personnages féminins, c’est la condition de la femme qui est un des enjeux du film. Le cinéaste le dit lui-même : « Je voulais parler du problème de la servitude, qui est au cœur de la condition de la femme vietnamienne. Cette servitude étant très liée à la tradition et à l’éducation, elle se perpétue par un recommencement continuel. » La mère (Truong Thi Loc) subit passivement les frasques de son mari (Tran Ngoc Trung), qui disparaît régulièrement et dilapide la fortune familiale. La belle-mère (Vo Thi Hai), qui vit dans le souvenir de son époux mort, reproche à sa belle-fille de n’avoir pas su rendre son fils heureux. Les deux domestiques, la jeune et la vieille Ti (Nguyen Anh Hoa), accomplissent les gestes du quotidien sans jamais se plaindre. Tran Anh Hung reconnaît par ailleurs que son oeuvre est « le souvenir d’enfance des gestes maternels ».

C’est ainsi que la multiplication des gros plans, parfaitement maîtrisés, nous donne à voir au plus près la réalité vietnamienne. Les vint-cinq kilos de riz qui glissent dans une jarre vernissée, les petites assiettes et les bols des repas disposés avec minutie, l’épluchage au plus près de la papaye, légume quand elle est verte, fruit lorsqu’elle est mûre. La papaye, dont les grains, semblables à de petites perles, sont caressés par le regard émerveillé de Mùi.

 

odeur-de-la-papaye-verte-02-

 

La fascination du film tient sans doute à la qualité du regard de cette fillette vietnamienne que rien n’étonne, qui porte attention à la moindre chose, au plus petit être vivant. C’est un gecko qui se glisse dans les feuilles du philodendron, ce sont les grenouilles et leur chant omniprésent, c’est le grillon porte-bonheur que Mùi emportera dans la maison du pianiste alors qu’elle a vingt ans. Impassibilité sereine, qui est celle du cinéaste filmant le doigt de Tin (Neth Gérard) écrasant une fourmi, aussi bien que les éclats d’une potiche de porcelaine cassée. Si la violence et la douleur affleurent, elle sont toujours contenues et suggérées : plan superbe de la mère et du fils Lam (Do Nhat), assis dans la même attitude et unis dans la souffrance après l’humiliation de la mère ; gros plan sur les humbles sandales de Mùi, symbole de sa servitude, regard de Tin, le petit maître, toisant sa domestique, photo de la petite sœur disparue sur l’autel des ancêtres.

Si la douleur est sous-jacente, la douceur est aussi présente. On retiendra la scène émouvante où la maîtresse offre à sa petite domestique, un ao-daï et des bijoux en or, ceux qu’elle réservait à sa fille morte : « Tu m’as tellement aidée, lui dit-elle, pendant ces dix ans. » C’est encore le sourire mystérieux avec lequel Mùi, servant à table, découvre Khuyên (Vuong Hoa Hai), le musicien au service duquel elle entrera dix ans plus tard. C’est enfin la merveilleuse scène de cache-cache, toute en fluidité, où Mùi retarde son abandon à l’amour du jeune pianiste, qui lui apprendra à lire

Dans ce film, transparaît une philosophie de l’existence dont le chef décorateur Alain Nègre et  le chef opérateur Benoît Delhomme se sont fait admirablement les porte-paroles. Il faut en effet savoir que cette maison vietnamienne a été complètement reconstituée à Bry-sur-Marne dans les studios de la SFP. N’ayant pu tourner sur place à cause de la hausse des coûte et de la saison des pluies, Tran Anh Hung, pourtant très attaché à la dimension asiatique de son projet, et C. Rossignon, le producteur, se sont résolus à tourner en France.

Le décorateur a donc accordé une attention toute particulière à l’atmosphère typiquement vietnamienne, qu’il a rendue notamment avec la présence des claustras ouvragés, permettant une grande profondeur de champ et de longs travellings. Il a souhaité aussi faire apparaître le contraste entre l’espace privé et public : « Une fenêtre doit donner l’impression de vie derrière », dit-il. Il a fait venir du Viêt-Nam quelques containers d’objets, dont les volets qui entourent la maison ou les nattes qui habillent les murs. Pour la cour végétale, lieu emblématique, Benoît Delhomme, le chef opérateur, a choisi une lumière « zénithale » qui contraste avec celle des intérieurs, moins focalisée et plus tamisée, comme celle qui se glisse à travers les moustiquaires de la chambre des servantes ; plus dorée aussi, telle celle qui auréole la séance d'acupuncture, destinée à soigner le père prodigue. Selon le producteur, Benoît Delhomme a véritablement « sculpté » la lumière. C’est donc un véritable tour de force d’avoir su transposer un petit Viêt-Nam à Bry-sur-Marne, d’en avoir donné « l’illusion tangible », uniquement à partir d’une maison de bois et de verdure.

Ainsi, dans ce long métrage quasi-muet, dans lequel les comédiens sont tous des amateurs (sauf Mùi à vingt ans, jouée par Tran Nu Yên Kê), où résonnent les notes d’un instrument traditionnel et celles des Préludes de Chopin, les êtres vivants et les choses exhalent leur beauté cachée, le quotidien est marqué par un rituel immuable, la retenue et la pudeur sont de mise et tout y « bouge harmonieusement », ainsi que le dit Mùi à la fin du film. Et l’on ne peut que remercier ce jeune cinéaste vietnamien de nous apprendre à contempler le monde à travers le regard d’une petite fille, qui est peut-être le regard du Bouddha.

 

  Tran%20Anh%20Hung

 

Tran Anh Hung et Tran Nu Yên Kê

 

 

 

 

Sources :

Arte, L’odeur de la papaye verte :

Note du réalisateur,

Le film vu par Alain Nègre,

Le regard de Christophe Rossignon.

 

 

Mercredi 07 octobre 2010

 

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 18:09

P1000319

 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma Grand-mère, on trouve ce dessin coloré à la plume, qui fait un peu songer aux dessins anglais de chasse à courre. La date et la signature sont illisibles. Au vu de sa place dans le livret, on peut le  situer entre 1906 et 1910.

Il m'a inspiré ces quatre tercets :

 

 

Au bois une amazone

Conductrice des chiens

A la chasse s'adonne

 

Dans les prés les vallées

Elle mène les siens

Bruyante et entêtée

 

Actéon l’avait vue

Défi prométhéen

Quand elle se baignait nue

 

Ô Diane vengeresse

Un cerf  il devient

Et brame sa détresse

 

 

   

Lundi 04 octobre 2010

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 09:45

  Bâillement

  Poisson rouge sous la pluie, Samedi 02 octobre 2010

 

L’après-midi est moite comme des draps mouillés

Le soleil est voilé tel une chambre noire

La pluie bave des bulles sur le bassin herbé

Et un gros poisson rouge bâille son nonchaloir

 

Samedi 02 octobre 2010,

au milieu de l'après-midi

 

 

Bâillment 2 

La fin des nénuphars, Samedi 02 octobre 2010

 

 

 

 

Lundi 04 octobre 2010

 

 

 

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 17:21

  raymond-radiguet

Raymond Radiguet par Pablo Picasso, 17 décembre 1920 

 

 

 

Ciel ! les colonies.

 

Dénicheur de nids.

Un oiseau sans ailes.

Que fait Paul sans elle ?

Où est Virginie ?

 

Elle rajeunit.

 

Ciel des colonies,

Paul et Virginie :

Pour lui et pour elle

C’était une ombrelle.

 

Raymond Radiguet, Les Joues en Feu (1920)

 

Les Joues en Feu de Raymond Radiguet (1903-1923) est le recueil de poèmes de ce jeune homme de dix-sept ans, que ses amis appelaient Monsieur Bébé, et qui mourut à vingt ans de la fièvre typhoïde.

Celui qui créa, avec son mentor Jean Cocteau et avec Erik Satie, un opéra-comique intitulé Paul et Virginie a écrit aussi ce court poème au titre semblable. En dix pentamètres d’une brièveté fulgurante, il a l’art d’exprimer ce que fut l’amour fou de deux enfants sous le ciel de l’île Maurice, alors Ile de France. « Tu me demandes pourquoi tu m’aimes ; mais tout ce qui a été élevé ensemble s’aime. Vois nos oiseaux ; élevés dans les mêmes nids, ils s’aiment comme nous : ils sont toujours ensemble comme nous… » (Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre, Collection GF, Flammarion, p. 113).

 

Dimanche 03 octobre 2010

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 11:03

  la petite danseuse degas

  La Petite Danseuse de quatorze ans, ou La Grande Danseuse habillée,

98x 35,2x 24,5 , Hilaire-Germain-Edgar de Gas, dit Edgar Degas, 

(Photo, Forumfr.com)

 

Les Nordistes ont de la chance ! Du 08 octobre 2010 au 15 janvier 2011, en se rendant au Musée d’Art et d’Industrie, La Piscine, à Roubaix, ils découvriront Degas (1834-1917), sculpteur, une exposition consacrée à l’œuvre sculpté du peintre. C’est le fonds du Musée d’Orsay, constitué des 22 séries de bronzes originaux, réalisés par le fondeur Hébrard à partir de cires, trouvées dans l’atelier du peintre à sa mort, qui en constituera l’essentiel. Quelques tableaux, dessin, pastels, gravures et photographies, des emprunts à des collections privées et à des musées français (Troyes, la BNF) et étrangers (Copenhague) apporteront des informations sur le rôle des modelages dans l’élaboration de l’œuvre et la compréhension des sculptures.

On sait que Degas s’intéressa très tôt au monde de la danse, un des ses thèmes de prédilection. Dans les années 1870, il montre les danseuses sur scène ou en train de s’exercer. Plus tard, il sera aux côtés des ballerines dans les salles de répétition, où se côtoient les mères, les abonnés, les protecteurs. La Petite Danseuse de quatorze ans, dite aussi La Grande Danseuse habillée, appartient à cet univers fait de rêves et de désillusions.

C’est vers les années 1880 que le peintre s’essaie à une sculpture « impressionniste », alors que sa vue commence à décliner. Degas fait poser des ballerines dans son atelier. Il réalisera des modèles en cire peinte (matériau facile à modeler et dont la coloration évoquait la chair), qu’il « accessoirise » par la suite. Le sculpteur les utilisait pour fixer le mouvement et ils servaient ensuite de modèles pour ses tableaux. Comme dans ses tableaux, le sculpteur réussit à donner vie dans ses sculptures aux mouvements des corps des danseuses, souvent fixés dans des poses fatigantes. Ces modèles n’étaient pas destinés à être montrés. Après la découverte de 150 d’entre eux, 73 seront restaurés puis moulés entre 1919 et 1921, par la fonderie A. A. Hébrard, selon la technique de la fonte à la cire perdue, afin de permettre les tirages en bronze que l’on connaît aujourd’hui.

Sur les très nombreux modèles conservés de nos jours, un seul fut pourtant présenté de son vivant, à l’occasion de la sixième exposition impressionniste de 1881. Il s’agit de la sculpture de La Petite Danseuse de quatorze ans ou La Grande Danseuse habillée, dont 27 copies en bronze seront réalisées entre 1920 et 1950. Un bronze, fondu en 1930, est conservé à la National Gallery of Art de Washington. Le Musée d’Art de Philadelphie en détient un  aussi, depuis 1956. C'est un autre tirage en bronze, daté entre 1921 et 1931, conservé au Musée d’Orsay, qui est exposé à La Piscine. Il n'a gardé que le tutu et le ruban.

Commencée en 1878, achevée en 1880, la ballerine fut présentée dans l’exposition de 1881, sous le titre de Petite Danseuse de quatorze ans (statuette en cire). La Petite Danseuse est ici l’expression d’une ballerine, rompue aux exercices. Sa fine silhouette au visage émacié et creusé, tendu vers le haut, aux yeux clos, est saisie debout dans la quatrième position, la plus malaisée à garder, les bras dans le dos. La jambe droite, fine et musclée sous le plissement du bas, s’avance dans une diagonale ouverte vers l’extérieur, tandis que le poids du corps repose sur la jambe gauche bien posée au sol, dans un souci de grande véracité anatomique

Elle représente en grande taille (1 mètre) une jeune danseuse de quatorze ans, que l'artiste saisit dans un moment de repos. A l’origine, celle-ci était en cire peinte et colorée, et portait un corsage, de vrais cheveux noués en tresse avec un ruban de satin (qui était paraît-il vert poireau), des bas de laine, des chaussons de danse et un tutu de tulle, illustrant ainsi de manière étonnante les recherches de Degas sur la réalité. Elle devait ainsi présenter un aspect inquiétant, voisin sans doute de celui des marionnettes, comme on en voit dans les Contes d'Hoffman.

La fascination qu’exerce cette sculpture, « une des plus représentatives de la période impressionniste », selon Helena Newman, tient à plusieurs raisons. D’abord, c’est la réception de l’œuvre qui fit scandale auprès des critiques de l’époque. Si certains jugèrent scandaleux de représenter un simple petit rat d’opéra, d’autres furent surtout choqués par l’hyper-réalisme  du travail, que le « peintre des danseuses » avait par ailleurs choisi de présenter dans une vitrine pour en confirmer le statut d’œuvre d’art. Ils ne virent là qu’un travail de taxidermiste !

Paul Mantz, du journal Le Temps, est particulièrement sévère et décrit ainsi la petite ballerine : « Troublante mais aussi redoutable parce qu’elle est sans pensée. Elle avance avec une bestiale effronterie son visage, ou plutôt son petit museau. » Sa critique se double d’un questionnement moral, qui n’a rien à voir avec l’Art :  « Pourquoi son front est-il déjà comme ses lèvres, marqué d’un caractère si profondément vicieux ? »

Seul, Joris-Karl Huysmans fut sensible à l’aspect novateur de l’œuvre d'un peintre, déjà avant-gardiste par bien des aspects, et il en fit une belle description dans L’Art Moderne (1880) :

« De même que certaines madones maquillées et vêtues de robes, de même que ce Christ de la Cathédrale de Burgos dont les cheveux sont de vrais cheveux, les épines de vraies épines, la draperie une véritable étoffe, la danseuse de M. Degas a de vraie jupes, de vrais rubans, un vrai corsage, […] les cheveux retombant sur l’épaule et arborant dans le chignon orné d’un ruban pareil à celui du cou, de réels crins, telle est cette danseuse qui s’anime sous le regard et semble prête à quitter son socle. » « Statue, idole, modèle ethnographique, expression du réalisme scientifique » d’un Degas, passionné par Darwin, La Petite Danseuse est tout cela à la fois et bien plus encore.

En effet, l’identité du modèle, au destin malheureux, a aussi une grande part dans la rêverie qu’elle suscite. Grâce aux Carnets du peintre, dans lesquels elle est nommée dès 1873, et aux études conservées, on sait qu’il s’agit de Marie-Geneviève Van Goethem, née le 7 juin 1865. Elle est la seconde des trois filles d’Antoine et Marie Van Goethem, un couple belge venu travailler à Paris dans le IX° arrondissement, lui en tant que tailleur et elle comme blanchisseuse. Après la mort de leur père, pauvres et sans ressources, les trois soeurs entrent à l’Opéra. Marie sera engagée dans le corps de ballet en 1880 comme quadrille. Participant à des spectacles et posant comme modèle pour les peintres, elle subvient aux besoins de sa famille. Vers 1882, leur mère devient maquerelle en les prostituant et Marie est renvoyée de l’Opéra. Si l’on sait que Charlotte, la dernière, accomplira une vraie carrière de danseuse, Antoinette l'aînée et Marie la puînée disparaîtront sans laisser de traces.

Le sort tragique de cette jeune danseuse fut révélé par une enquête de Martine Kahane, Conservateur général et Directrice du service culturel de l’Opéra. Elle fut en effet chargée avec l’atelier de couture de la maison de réparer le tutu qui habillait la sculpture. Et ce sont les recherches, qu’elle mena à cette occasion et qu’elle publia en 1998, qui lui permirent de découvrir la triste histoire de la petite danseuse.

Par la suite, Brigitte Lefèvre, Directrice de la danse, fut à l’origine de la création par le chorégraphe Patrice Bart d’un ballet en deux actes, intitulé La Petite danseuse de Degas, sur une musique de Denis Levaillant (du 26 juin au 14 juillet 2010 à l’Opéra). L’argument plonge le spectateur dans les coulisses de l’Opéra Garnier et ressuscite un monde de mères entremetteuses, de vieillards lubriques, de filles encore enfants, qui dansent pour survivre, en rêvant au jour où elles seront danseuses étoiles.  La grâce de Clairemarie Osta et Mélanie Hurel, titulaires du rôle, a ainsi fait revivre cet été l'histoire de l'Opéra Garnier, à travers le personnage émouvant de la jeune ballerine.

Exposée dans ce merveilleux musée qu'est La Picine à Roubaix, dans le mystère de sa patine noire, La petite Danseuse de quatorze ans, quintessence de la Danse, sera ainsi la compagne, pour quelques mois, d’une autre étoile de la sculpture, La petite châtelaine avec les cheveux tout à jour, fragile et lumineux buste blanc de Camille Claudel (1895).

 

 

 

Sources :

Oboulo.com : Edouard Degas, Petite danseuse de quatorze ans

Le Parisien.fr 30/09/10

Information Presse, Opéra National de Paris

 

A lire :

Une très belle description de La Petite Danseuse de quatorze ans par Sandrine Mahieu, sur Musée Critique de la Sorbonne

 

 

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 09:44

Chat blanc au soleil

Chat au soleil sous nos fenêtres, (Mardi 28 septembre 2010)

 

 

Lové au soleil

Un petit chat blanc s’enrêve

D’un blanc bol de lait

 

 

 

Vendredi 01 octobre 2010

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:37

  musset

 

Le 11 décembre 2010, on fêtera le bicentenaire de la naissance de Louis Charles Alfred de Musset, né à Paris au 33, rue des Noyers (aujourd’hui, 57, boulevard Saint-Germain).

C’est l’occasion de lire ce poème de Valère Gillé, extrait de Les Tombeaux, publié à Bruxelles en 1900, et qui donne du poète l’image la plus connue, sinon la plus convenue.

 

Souvenez-vous : la brise est charmeuse et câline ;

La nuit est dans le parc comme un enchantement,

Et parmi les velours de l’ombre, en s’endormant,

La lune dans les fleurs et les feuilles s’incline.

 

Sous le balcon d’Agnès, de Laure ou de Zerline

Il chante : c’est la voix de l’éternel amant.

Le ciel de cristal tinte, et langoureusement

Dans un rêve d’amour vibre la mandoline.

 

Mais l’infidèle a clos ses volets ; et son cœur

Reste sourd à l’appel ardent, tendre ou moqueur

Du page qui l’implore et soupire pour elle.

 

Soudain il rit, d’un rire ironique et falot,

Et ses doigts plus nerveux pincent la chanterelle,

Qui pleure, s’exaspère et rompt dans un sanglot.

 

Car Musset, le poète romantique par excellence, est celui-là même qui écrivait dans la dédicace de La Coupe et les Lèvres :

 

[Mais] je hais les pleurards, les rêveurs à nacelles,

Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles,

Cette engeance sans nom, qui ne peut faire un pas

Sans s’inonder de vers, de pleurs, et d’agendas.

 

Cette dédicace est riche d’enseignements : Musset, qui y tente de définir ses goûts et ses méthodes, en arrive à une seule conclusion, le doute. Ce déchirement interne, au cœur d’une œuvre d’une grande variété, sera mis en lumière dans La Nuit de décembre (décembre 1835), long poème où le narrateur  met en scène cet « étranger vêtu de noir », qui lui ressemble « comme un frère ». Ce phénomène d’autoscopie, au-delà du thème du double, correspond à un trait fondamental de l’écrivain, la multiplication des voix : Coelio et Octave l’expriment dans Les Caprices de Marianne (1833) mais c’est le personnage de Lorenzo de Médicis, dans Lorenzaccio (1834), qui l’illustrera de la manière la plus magistrale.

 

  philipe dans lorenzaccio

  Gérard Philipe dans Lorenzaccio

 

 

Jeudi 30 septembre 2010

 

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 17:57

ormesson

 

Jeudi 09 septembre 2010, François Busnel entamait la troisième saison de La Grande Librairie. A cette occasion, il recevait Amélie Nothomb (Une forme de vie), Bernard Quiriny (Les Assoiffés), Antonia Kerr (Des fleurs pour Zoé) et Jean d’Ormesson (C’est une chose étrange à la fin que le monde).

Je voudrais m’arrêter ici sur ce qu’a dit cet écrivain, que l’on a toujours plaisir à écouter, tant il parle simplement dans ses œuvres et de ses œuvres. D’emblée, il affirme à François Busnel qu’un homme est ce qu’il a lu : et de citer Homère, Molière, Chateaubriand. Ses premières lectures lui ont par ailleurs appris la transgression et il se souvient avec émotion du meilleur des Pieds Nickelés. Il évoque encore Mon amie Nane de Paul-Jean Toulet et L’usage du monde de Nicolas Bouvier, le modèle des livres de voyages selon lui. Persuadé que partir, c’est merveilleux, et que partir, c’est mieux qu’arriver, il avoue s’être longtemps promené dans le monde en se demandant ce qu’il faisait là.

Et il n’y a jamais eu qu’un seul roman, dit-il, celui de l’univers, et un seul romancier : Dieu. En proie à la stupeur d’exister, il s’est toujours interrogé sur les origines et la fin du monde. Et son dernier livre est pour lui l’occasion de réconcilier culture littéraire et culture scientifique et de montrer qu’elles marchent de concert. Homère et Platon vont de pair avec Euclide et Pythagore ; Proust et Joyce n’existent pas sans Einstein et Bohr. On ne peut dire si c’est l’art ou la science qui explique mieux le monde, si le monde est dirigé par le Nombres ou par la Poésie, mais il est certain qu’il est composé de ces différents courants. Conscients que nous allons inéluctablement vers notre mort, il nous faut nous interroger.

Pour Jean d’Ormesson, qui réussit à traverser la vie avec la gaieté qu’on lui connaît, il serait « assommant » d’être immortel : « Ce serait une catastrophe ! » Le Juif errant n’aspire qu’à mourir et, d’ailleurs, ne meurent que ceux qui ont bien vécu !

Avec la mort, le sexe est une des clés de l’énigme du système. Le plus important, ce sont en effet les relations entre les homme et les femmes, celles que nous entretenons les uns avec les autres. Certes, l’Académie, Le Figaro, l’UNESCO, tout cela a compté pour l’écrivain, mais, à son âge, il dit se sentir délivré et il parle de tout avec plus de liberté.

Pour lui, le Vieux, ainsi que Einstein nommait Dieu en parlant avec Niels Bohr, ne joue pas aux dés. S’il lui paraît impossible de démontrer les preuves de l’existence de Dieu  (l’argument d’Anselme, le pari de Pascal, l’argument ontologique ne convainquent que ceux qui y croient déjà), il est aussi certain, selon lui, qu’on ne peut prouver son inexistence. Stephen Hawking, le grand astrophysicien que d’Ormesson admire, affirme que Dieu n’est pas nécessaire et que les lois de la gravitation suffisent à expliquer le monde. Mais ces lois, d’où viennent-elles ?

Alors Jean d’Ormesson espère que Dieu existe. Lui qui a toujours été considéré comme un écrivain du bonheur, lui qui aime « formidablement » cette vie, sait pourtant que ce monde est sinistre, que les amours finissent mal, qu’il n’y a ni Justice ni Vérité ; mais il affirme haut et fort qu’il faut se raccrocher à quelque chose et espérer qu’après la mort,  « un endroit existe ».

Avec cet ouvrage, il déclare ne pas avoir cherché « une bonne histoire ». Il s’est efforcé d’y expliquer un monde "formidablement romanesque" de la manière la plus simple qui soit, afin que tout le monde puisse comprendre.

Et l’on ne s’étonnera pas qu’il ait choisi comme titre de son livre un vers d’Aragon, poète qu’il aurait aimé avoir comme pair à l’Académie française, et qui sut comme lui pratiquer la vertu d’admiration et dire la beauté de l’univers.

 

C’est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit

Ces moments de bonheur ces midis d’incendie

La nuit immense et noire aux déchirures blondes

 

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit

D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même

Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime

Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix  

[...] 

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre

Cette peur de mourir que les gens ont en eux

Comme si ce n’était pas assez merveilleux

Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

[...] 

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

Qu'à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

 

Louis Aragon

Les Yeux et la Mémoire, 1954,

Chant II, Que la vie en vaut la peine

 

  aragon man ray

Aragon par Man Ray 

 

Mercredi 29 septembre 2010

 

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 17:32

 cnossos-fresque-de-loiseau-bleu

Fresque à l'oiseau bleu, Palais de Cnossos, Crète

 

C’était il y a bien longtemps, dans des temps très anciens, quand la Grande muraille ne serpentait pas encore sur la terre de Chine et que les rois croyaient qu’ils étaient les Fils du Ciel. Dans un palais aux toits brillants, pointus et biscornus, se mourait de langueur une petite princesse du nom de Li-Ming, qui signifie belle et légère.

Le roi, son père, avait beau s’appeler Chung, qui veut dire le sage, il était fou de douleur. Il avait convoqué tous les mages et chiromanciens de la province afin de lui redonner sa vigueur. Certains s’abîmaient les yeux à rechercher des médecines inconnues dans les carapaces torturée des tortues. D’autres croyaient la guérir en appliquant sur son visage défait une poudre confectionnée avec la perle des huîtres des lacs noirs avoisinants. Las ! Rien n’y faisait ! Elle dépérissait.

Un soir, où le soleil dorait sa chambre de ses ultimes rayons, elle appela son père. « Mon bon père », lui confia-t-elle dans un soupir, « je vais vous avouer le secret qui me tue. Vous ne pouvez plus rien pour moi car je me meurs d’amour pour l’Oiseau de Paradis, celui qui vole si légèrement dans les nuages et dont les chants sont ceux de la harpe éolienne. Laissez-moi m’en aller le rejoindre au Paradis des Oiseaux. Ne me retenez pas. La terre m’est trop lourde, mon corps m’est trop pesant, mes jambes ne me portent plus, mes pieds sont en charpie. »

Alors, en désespoir de cause, et pour voir le sourire glisser une dernière fois sur son visage diaphane et veiné de bleu, son père lui confectionna un cerf-volant. Il choisit la soie la plus arachnéenne, un bambou plus léger que la plume, une corde plus fine qu’un cheveu, créant ainsi  l’oiseau de l’éther le plus aérien que main d’homme eût jamais réalisé. Il y dessina deux hirondelles très blanches et très noires, symbole de fidélité.

Avec l’aide de Yi-Ze, sa suivante aux joues couleur de fleur de prunus, il porta sa fille adorée dans le jardin clos où dansaient les grues ; le cœur en déroute, il l’allongea sur la frêle aile volante, en ayant soin de ne pas la blesser. Il manoeuvra  tant et si bien les ficelles que le cerf-volant et son précieux fardeau montèrent doucement au-dessus des fins bambous, tout en se balançant dans une brise aux effluves de magnolias. La princesse lui adressa avec tendresse un dernier adieu de ses doigts amaigris, bagués de jade. Seul désormais et l’âme désertée, il la regarda disparaître.

Or, un soir que la lune était pleine, deux oiseaux d’un bleu de lapis-lazuli vinrent se poser sur le rebord vernissé de la fenêtre de la chambre du roi, orphelin de sa fille. Celui dont les plumes étaient les plus duveteuses lui présenta dans son bec d’ivoire un rouleau de parchemin. Chung l’ouvrit en tremblant de ses mains noueuses. Il y reconnut le coup de pinceau délié et délicat de son enfant très aimée et voici ce qu’il  lut : « Merci, mon père, de votre magnanimité. Le cerf-volant m’a délivrée de mon corps trop lourd. Grâce à votre sacrifice et à votre amour, je vole désormais pour toujours dans les cieux sans limites auprès de mon amant bleu et je danse avec les nuages. Je vous supplie de sécher vos larmes car, les soirs où vous serez triste, je viendrai chanter pour vous mon chant le plus cristallin, afin que vous écoutiez la musique des sphères. »

Telle est l’histoire que j’ai racontée cet été sur la dune à mon petit-fils. Il étrennait son premier cerf-volant et il me demandait : « Bonne-maman, dis, tu penserais à quoi, toi, si tu t’envolais sur mon cerf-volant ? »

 

 

Pour papierlibre.over-blog.net

Thème : sur l'aile d'un cerf-volant 

Mardi 28 septembre 2010

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Papier Libre
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