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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 17:48

max-ernst-a-friends-reunion au-rendez-vous-des-amis  

Au rendez-vous des amis, tableau de Max Ernst, 5 décembre 1922,

1. René Crevel, 2. Philippe Soupault, 3. Arp, 4. Max Ernst, 5. Max Morise,

6. Dostoïevsky, 7. Rafaele Sanzio, 8. Théodore Fraenkel, 9. Paul Eluard,

10. Jean Paulhan, 11. Benjamin Péret, 12. Louis Aragon, 13. André Breton,

14. Baargeld, 15. Giorgio de Chirico, 16. Gala Eluard, 17. Robert Desnos.

 

 

Déclaration du 27 janvier 1925

 

Eu égard à une fausse interprétation de notre tentative, stupidement répandue dans le public,

Nous tenons à déclarer ce qui suit à toute l’ânonnante critique, littéraire dramatique, philosophique, exégétique et même théologique contemporaine :

1° Nous n’avons rien à voir avec la littérature ;

Mais nous sommes très capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde.

2° Le surréalisme n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie ;

Il est un moyen de libération totale de l’esprit

                        et de tout ce qui lui ressemble.

3° Nous sommes bien décidés à faire une Révolution.

4° Nous avons accolé le mot de surréalisme au mot de révolution uniquement pour montrer le caractère désintéressé, détaché, et même tout à fait désespéré, de cette révolution.

5° Nous ne prétendons rien changer aux mœurs des hommes, mais nous pensons bien leur démontrer la fragilité de leurs pensées, et sur quelles assises mouvantes, sur quelles caves, ils ont fixé leurs tremblantes maisons.

6° Nous lançons à la société cet avertissement solennel :

Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun de ses faux-pas de son esprit nous ne la raterons pas.

7° A chacun des tournants de sa pensée, la Société nous retrouvera.

8° Nous sommes des spécialistes de la Révolte.

Il n’est pas de moyen d’action que nous ne soyons capables, au besoin, d’employer.

9° Nous disons plus spécialement au monde occidental :

                                    le surréalisme existe

-         Mais qu’est-ce donc que ce nouvel isme qui s’accroche à nous ?

-         Le surréalisme n’est pas une forme poétique.

Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves,

                                    et au besoin par des marteaux matériels !

 

                                                         Du bureau de recherches surréalistes

                                                         15, rue de Grenelle

 

Louis Aragon, Antonin Artaud, Jacques Baron, Joë Bousquet, J. A Boiffard, André Breton, Jean Carrive, René Crevel, Robert Desnos, Paul Eluard, Max Ernst, T. Fraenkel, Francis Gérard, Michel Leiris, Georges Limbour, Mathias Lübeck, Georges Malkine, André Masson, Max Morise, Pierre Naville, Marcel Noll, Benjamin Péret, Raymond Queneau, Philippe Soupault, Dédé Sunbeam, Roland Tual.

 

Après la révolution du vocabulaire entreprise par Victor Hugo, qui voulait mettre un "bonnet rouge au vieux dictionnaire" (Les Contemplations, Livre I, VII, 1856), après "la lettre du voyant" de Rimbaud à Paul Demeny, prônant un "long, immense, raisonné  déréglement de tous les sens (15 mai 1871), c'est la révolution surréaliste qui invitera à une révolution totale de l'esprit.

 

Histoire du Surréalisme, suivie de Documents surréalistes, pp. 218-219, Maurice Nadeau, Editions du Seuil, 1964.

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy, Thème : Révolution.

 

 

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 15:41

 

 

Calaferte

Chéri Alexandre (Pierre Gondard), Gertrude (Yvette Poirier),

Annibal (Gilles Ronsin), Eléonore (Hélène Gay),

Scénographie, Sandrine Pelloquet, Costumes, Sylvie Lombart,

Photo Etienne Lizambard

 

Le 02 mai 2004, cela a fait déjà dix ans que Louis Calaferte est mort mais cet anniversaire n’a guère retenu l’attention. Il faut dire que cet auteur prolifique (récits, poèmes, carnets, pièces de théâtre) a construit une œuvre forte hors des sentiers battus et des coteries littéraires. Il faut donc rendre hommage au metteur en scène Patrick Pelloquet (Théâtre des Pays de Loire) qui, depuis 1996, met en scène des pièces de Calaferte. Avec La Bataille de Waterloo, Entonnoir et Trafic, il a poursuivi en 2009 à Avignon son travail entamé en 1996 avec Les Mandibules (dont je garde un souvenir extraordinaire) et La Souris grise en 1997. A cette occasion, il avait fait la connaissance de Guillemette Calaferte, qui continue d’éditer les volumes restés inédits du journal de son mari. Satisfaite de la cohérence du travail de Pelloquet avec les intentions du dramaturge, elle l’encourage alors à poursuivre dans cette voie. Patrick Pelloquet aurait d'ailleurs encore un projet avec une sixième pièce, Le serment d'Hippocrate

Soucieux de ne pas reproduire les mêmes schémas, Patrick Pelloquet a choisi, avec un collectif d’acteurs, trois autres pièces, formant un triptyque. Elles sont en effet réunies par un lieu unique, la salle à manger, qui a l’intérêt de permettre une scénographie unique modulable. La pièce est censée être située dans un même immeuble de trois étages, et son décor fait référence à l’esprit futuriste de la  Cité radieuse de Le Corbusier.

La thématique des trois pièces porte sur une satire de la famille, et le spectateur découvre à chaque étage une famille à différents âges de la vie. Entonnoir montre un jeune couple dynamique, aux prises avec l'éducation difficile de son jeune enfant. La bataille de Waterloo présente des parents, Gertrude et Chéri Alexandre, dépassés par leurs insupportables garnements, Annibal et Eléonore. Enfin, Trafic met en scène un vieux couple, sans enfants, habitant près d’une gare, qui vit au rythme des arrivées et des départs des trains, et que perturbe le retard d’un train. Ces trois pièces ont été jouées en alternance en 2009 dans le Off à Avignon, au Grenier à Sel.

Mercredi 21 octobre, au théâtre de la salle Beaurepaire à Saumur, on jouait l’une des pièces de cette trilogie La bataille de Waterloo. Dans un décor aux couleurs vives (bleu, jaune, orange), rehaussé par un balcon, une table de plastique blanc entourée de chaises modernes, à la Knoll, supporte un énorme bocal où tourne un faux poisson rouge. Derrière un fauteuil orange en forme de Z, se dresse un mannequin d’homme-grenouille.

C’est dans cet endroit loufoque que des personnages, tels ceux des bandes dessinées, vont donner de la relation intra-familiale une vision « drolatique tout autant qu’inquiétante ». Patrick Pelloquet précise que ces personnages sont davantage des stéréotypes que des personnages dignes de ce nom, avec une psychologie propre (un peu comme chez Ionesco). Par leur intermédiaire, Calaferte part en guerre contre une « normalité normalisée », contre les clichés des comportements familiaux. Certains critiques disent avoir pensé à Jacques Tati en observant ces personnages vivant dans une société de consommation, qui commence à s’automatiser et qui est censée conduire au bonheur dans la normalité.

Patrick Pelloquet, dans une perspective ludique, a proposé à ses comédiens de jouer alternativement les enfants et les parents, dans les trois pièces. Les comportements des protagonistes sont soulignés par le traitement qu’en propose le metteur en scène. Tout en ne niant pas la personnalité de l’acteur, il accentue son physique par le maquillage, le port quasi-systématique de la perruque. Celle-ci s’apparente d’ailleurs davantage à un casque, qui n’accorde aucune liberté aux cheveux. Patrick Pelloquet dit s’être inspiré des play-mobils, silhouettes qui lui paraissaient bien adaptées pour traiter l’univers de Calaferte. Ainsi, Eléonore (Hélène Gay) et Annibal (Gilles Ronsin), les « Choux chéris » de leur mère, sont vêtus de vêtements à la Courrèges, de collants et sous-pulls rouges, et sont coiffés d’une perruque rousse, créant ainsi deux silhouettes en miroir. Le costume de la mère, Gertrude, joue le blanc et le noir : le noir pour la perruque, époque 1970, et les escarpins ; le blanc et le noir pour le tailleur très structuré ; et les collants blancs. Quant au père, Chéri Alexandre  (Pierre Gondard), il est tout de blanc vêtu, à la coloniale, avec une perruque noire gominée, tandis que Madame Ondula (Hélène Raimbault), la cartomancienne de l’appartement du dessous, se promène toujours en culotte. Chaussé de hauts talons, les jambes gainées de collant noir, elle arbore un déshabillé de voile noir qui cache à peine de superbes culottes, brodées d’étoiles blanches, et qu’elle a appris à confectionner chez les sœurs !

La spectateur s’amuse de voir que Calaferte a l’art d’introduire le grain de sable qui fera dérailler cet univers normalisé et remettra en question le confort habituel. Dans La bataille de Waterloo, Madame Ondula est l’élément perturbateur : ne cuisine-t-elle pas des gratins de courge tout en recevant des loups-garous et des ramoneurs ? Perturbation encore parce que personne ne connaît plus la date de la défaite napoléonienne. Dans le monde créé par Calaferte, les enfants trépignent, se roulent par terre, se disputent comme des chiffonniers, insultent leur père, tandis que celui-ci, imperturbable, lance des phrases toutes faites, et fait montre d’une autorité de façade dont les enfants n’ont cure. Quant à la mère (fantastique Yvette Poirier), elle oscille entre un amour béat pour son mari et une tendresse inquiète pour ses enfants. Dans une crise de jalousie envers Madame Ondula, on la voit se dévêtir et jouer la séduction à Chéri Alexandre qui s’avance vers elle en grognant à quatre pattes, dans une scène à mourir de rire.

Avec cette vision « réaliste et décalée » du quotidien, Calaferte nous invite à décrypter les clichés, les a-priori, les phrases toute faites, qui peu à peu font de nous des robots et nous empêchent de penser. Patrick Pelloquet fait remarquer qu’avec ces « comportements du genre humain qui ne sont ni datés ni localisés, [Calaferte] atteint une forme d’universalisme ». « C’est une écriture d’entomologiste », ajoute-t-il.

Louis Calaferte écrivait en 1963 : « Il n’y a pas de mesure à la mesure des mots. Il ne viendrait à personne l’idée de mettre un frein à la clarté de midi en été. Les mots. Silex et diamant. » Et c’est cette écriture si particulière dont s’emparent magistralement les cinq comédiens, qui se livrent sans compter, entraînant le spectateur dans une chorégraphie impeccable, en même temps qu'une sarabande totalement folle. Dans le fracas final de l’incendie, Annibal réalise son rêve en devenant pompier, Chéri Alexandre arbore enfin ses galons d’homme-grenouille- chef, tandis que le délire se conclut sur les notes de La Symphonie fantastique.

Cette pièce, beaucoup plus sérieuse qu’il n’y paraît, témoigne bien de l’œuvre de Calaferte, qualifiée par l’auteur lui-même d’ « intime et de baroque ».

 

 

 

Le Théâtre complet de Louis Calaferte (23 pièces), en quatre volumes est publié aux Editions Hesse :

Pièces intimistes, 1993.

Pièces baroques, I, II, III, 1994, 1996.

 

Louis Calaferte a reçu le Grand Prix de la Ville de Paris pour son œuvre dramatique.

 

Sources :

Calaferte en trois pièces, http://www.trpl.fr

 

 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 09:54

  Joyce Carol Oates-web

Joyce Carol Oates (Photo The Humanist)

 

Lire une œuvre de Joyce Carol Oates, c’est aller à la rencontre de personnages qui nous ressemblent. Mais derrière leur façade de Monsieur et Madame Tout-le-monde, ce sont des êtres qui soudain nous découvrent ce quelque chose, inconnu d’eux-mêmes, qui a fondé leur existence d’adultes. Et c’est là qu’ils deviennent passionnants. Les dix-neuf nouvelles du recueil, Vous ne me connaissez pas, ne dérogent pas à la règle. Et, à la fin d’une lecture hallucinée, le lecteur repose le livre, fasciné par les abysses humaines que la romancière a fait naître sous ses yeux.

Joyce Carol Oates possède en effet le don de mettre en scène de brèves histoires où se trouve résumé ce qui fait l’essence d’un être et sa part de mystère. Ici, c’est un mari excédé par la relation fusionnelle que son épouse entretient avec son beau-frère, qui le pousse à distiller les mots qui l’acculeront au suicide (Complice) ; là, c’est une adolescente de treize ans qui va voir sa vie détruite parce qu’elle dénonce deux de ses frères, à l’origine de la mort d’un jeune noir (Curly red). L’auteur a l’art de dire le moment où le destin bascule, qui va orienter toute la vie du personnage, et le marquer à jamais.

Elle sait à merveille évoquer les limites entre ce qui fut ou peut-être ne fut pas, la part d’incertitude qui gît dans le réel et qu’on ne parvient jamais à cerner. Nédra est-elle prête à sacrifier son bonheur conjugal. Peut-elle avouer « l’histoire de ce qu’[elle a] vu mais n’[a pas vu », à savoir son mari Irish Mac Ewann tuer son père ? (Bonheur). De Crista et Henry, le frère et la sœur, on ne saura pas lequel détient la vérité sur la mort de leur mère, peut-être tuée par leur père, ou non. « Avait-elle vu ? Non. Elle n’avait pas vu, pas entendu. » Mais on devine que la scène meurtrière va sans doute se répéter(Des morts : une élégie). Quant à Jorie, la petite jumelle enfermée dans une cave et qu’on retrouve dénutrie et mutique, est-elle vraiment la victime de sa mère ou de sa soeur jumelle Jamie ? (Jorie et Jamie : une déposition).

Joyce Carol Oates porte aussi un regard plein d’empathie sur la solitude des êtres. Ainsi, dans Cachée, on suit l’histoire d’une enseignante-poète à qui un détenu envoie ses poèmes afin qu’elle les fasse publier. Après s’être intéressée un moment à lui, elle refusera d’apporter sa contribution à sa défense et portera le poids de sa propre culpabilité. Dans Maître assistant, c’est un professeur qui anime à mi-temps un atelier d’écriture. Un des participants, un prisonnier, innocenté récemment, qui a connu l’expérience du couloir de la mort, la trouble et la fascine. Quoiqu’elle le considère comme étant « borderline », elle finira par se rendre chez lui afin de mettre un terme à sa propre solitude. C’est encore une enseignante, Madame Halifax, qui entretient une relation amoureuse avec un élève, Ricky Swann. Qu’adviendra-t-il d’eux ? Son jeune amant tuera-t-il son époux avec un marteau ? Devenue enceinte, sera-t-elle condamnée ? Pourra-t-elle continuer à jouer au bowling ? « Ce n’est pas grave, Madame Halifax, recommence. Il te reste une deuxième chance. »

L’auteur sait aussi évoquer ces moments-clés d’une vie, qui l’influencent à jamais. Sharon, revenant, dans les lieux où elle vécut autrefois, se souvient d’un artisan tapissier qui l’avait troublée dans sa jeunesse. Elle ne parvient pas à oublier la scène au cours de laquelle il l’avait assiégée trivialement dans les toilettes, alors qu’elle faisait du baby-sitting (Tapisserie). La nouvelle, Je ne suis pas votre fils, Vous ne me connaissez pas, qui donne son titre au recueil, détaille la visite de deux frères à leur père sénile dans une maison de retraite. Le narrateur y agresse un résident, qu’il reconnaît comme étant ce professeur de mathématiques, auteur d’attouchements sexuels, dont il avait été la cible en classe, et qui lui avait dit : « Je sais ce que tu vaux. » Quant à la « fille à l’œil poché », victime à quinze ans d’un rapt avec sévices sexuels, à vingt-sept ans, elle ne comprend toujours pas, pourquoi le serial killer ne l’a pas tuée. « Tu sais quoi, petite, lui répétait-il, tu n’es pas comme les autres. » Victime du syndrome de Stockholm, elle continue à le voir « dans la rue, dans une voiture qui passe » (La fille à l’œil poché).

Il y a encore, ces personnages assoiffés d’amour qui vont jusqu’aux limites d’eux-mêmes. Dans Moi et Wolfie, c’est la vie en vase-clos d’un fils de treize ans et de sa mère maniaco-dépressive, que le premier défend envers et contre tout. On pressent qu’ils largueront les amarres pour partir sur la route, vers la « rive canadienne où [ils] n’étaient jamais allés ». Et que dire de ce professeur, un expert médico-légal et sculpteur, qui, en reconstituant le crâne d’une jeune fille assassinée, détruit son couple, et se prend d’amour pour sa fille naturelle qu’il n’a jamais connue (Le crâne, une histoire d’amour ) ?

Dans la quatrième partie (structure en quatre parties par ailleurs assez peu compréhensible), deux nouvelles ont une tonalité différente. Trois filles met en scène deux amies qui déambulent dans la célèbre librairie de livres d’occasion Strand, au coin de Broadway et de la 12° Rue. Elles remarquent une femme qui s’y promène incognito et qui se révèle être Marilyn Monroe. Pour préserver son anonymat, la narratrice lui propose d’acheter à sa place les livres qu’elle désire. Elle les remerciera en leur offrant un livre retiré de l’un de se sacs, Selected Poems of Marianne Moore. Un « soir magique » qui signe le début d’un amour entre les deux amies. Une nouvelle d’autant plus émouvante au moment où l’on publie les Fragments de Marilyn, la star qui disait : « Seule. Je suis toujours seule, quoi qu’il arrive. » L’on sait par ailleurs que Joyce Carol Oates a consacré un ouvrage à Marylin, intitulé Blonde.

La seconde nouvelle de cette dernière partie, Les Mutants, décrit l’expérience terrifiante d’une jeune femme prisonnière d’un immeuble, le jour du 11 septembre. L’espoir est cependant présent lorsqu’elle découvre, au milieu de la nuit, « la lueur d’autre bougies, scintillantes comme des étoiles lointaines ».

Malgré la présence de ces deux dernières nouvelles, il me semble que le texte le plus emblématique soit le dixième, situé quasiment au milieu du recueil, et portant un titre inquiétant très symbolique (Le lac Wolf’s head). Constituée d’un peu plus de deux pages, cette nouvelle est la plus énigmatique. Au bord d’un lac de villégiature, la narratrice est « là, vivante ». Il y est question de « types qui apparaissent et disparaissent », d’une femme servant d’appât, d’une corde à linge solide sous le siège passager d’une voiture, de deux couteaux et de minces filets de sang. L’atmosphère est lourde, toute pleine de la menace d’un inconnu « tourn[ant] autour des cottages et cherchant l’entrée ».

On ne saura rien des personnages : le mystère plane, ce mystère des êtres qui est au cœur de ce superbe livre, avec souvent en arrière-fond le mugissement profond et menaçant des chutes du Niagara.

 

Vendredi 22 octobre 2010

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 21:56

 

La mer 2

La mer à Erdeven, mai 2010

 

 

Quand nul ne la regarde

La mer n’est plus la mer,

Elle est ce que nous sommes

Lorsque nul ne nous voit.

Elle a d’autres poissons,

D’autres vagues aussi.

C’est la mer pour la mer

Et pour ceux qui en rêvent

Comme je fais ici.

 

Jules Supervielle, La Fable du monde

 

Ce très court texte est une invitation à regarder les beautés du monde qui existent hic et nunc, sans nous. A notre image, la mer a son jardin secret !

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots.

 

 

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 21:16

  01 les gueux

Les Gueux, 1622, eau-forte de Jacques Callot, 

 

 

Les pauvres diables vont trimant

Vers un but qui toujours recule.

A l’aube comme au crépuscule

Et sous le soleil inclément,

Honteuse engeance à triste mine,

Dans la guenille et la vermine,

Les pauvres diables vont trimant.

 

Les pauvres diables vont peinant ;

Le fardeau leur courbe l’échine.

Dans la mine, avec la machine,

Sur la mer, sur le continent,

Dur est le pain, rude est la tâche,

Rare l’aubaine… Sans relâche,

Les pauvres diables vont peinant.

 

Les pauvres diables vont mourant.

Pour les consoler à cette heure,

La foi, l’espoir, rien ne demeure :

En maudissant, en exécrant

Le destin si peu tutélaire,

Fous de vengeance et de colère,

Les pauvres diables vont mourant.

 

 

Le poète nivernais, Achille Millien (1838-1927), originaire de Beaumont-la-Ferrière, chanta les légendes, les chansons, les mœurs et les coutumes de sa province. Dans cette suite de trois septains, il dit sobrement la fatalité d’un sort qui frappe toujours les petits et les humbles.

 

 

Mercredi 20 octobre 2010

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 18:01

   garden eden-

  Le jardin d'Eden, 1410, Peinture sur bois,

Städelsches Kunstinstitut, Francfort

 

Loin très loin

Au fond des labyrinthes de buis et de pierre

Où se perdent les amants

Caché très caché

Derrière les moucharabiehs des harems

Aux senteurs de musc et de benjoin

Retiré très retiré

Dans les prisons sans mémoire

Où gémissent les condamnés

Enfoncé très enfoncé

Comme un clou planté

Dans une plaie qui saigne

Profond très profond

Dans les couloirs de mines

Où croissent opiniâtrement les gemmes

Bas très bas

Dans les grottes souterraines

Où l’eau goutte sur les stalactites silencieux

En apnée limite

Dans la mer abyssale

Où nagent des poissons qui n’ont pas de nom

Creux très creux

Dans les veines rougeoyantes

Des volcans furieux

Là où la terre n’est plus que feu

A des milliards d’années-lumière

Dans le ciel des trous noirs et des super novas

Où l’infini ne se dit pas

Petit si petit

Que c’en est invisible

Dans l’infime des microscopes

Où vibrent les atomes

 

Au cœur de mon corps

Verger de pommes d’or

Au nadir de moi-même

Un jardin clôturé

La clef en fut jetée

Et nul

N’en ouvrira

La porte

Etroite

 

Mercredi 20 octobre 2010

 

 

 

Pour Papierlibre de Juliette,

Thème : mes jardins secrets 

 

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:41

  Camille Claudel La Vague

La Vague (1902-1905), Onyx et bronze, Camille Claudel,

Photo www.forumfr.com

 

 

C’était notre « lune de miel » comme on dit

C’était l’amour à Khao Lak

C’était à l’hôtel Theptharo

 

Je suis debout sur la terrasse de notre chambre

Au premier étage

 

Toi assis sur le banc

Sur le carrelage de la piscine

Toi tu me souris dans le soleil

 

Je prends des photos de toi en rafales

De toi mon amour

 

C’est la dernière

 

Tu viens de quitter le banc

Tu viens de me quitter

 

C’est juste avant la vague

 

Je n’aimerai plus jamais

 

La mer

 

La 04 septembre 2009

 

J'ai écrit ce poème il y a plus d'un an. Le titre choisi était bien celui-là. Je le publie de nouveau car il répond au Défi de la Semaine (L'instant d'avant), n°40, proposé par Harmonie, pour la communauté des Croqueurs de Mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 09:23

  chirico-ariane 1913 Metropolitan museum of art NY

Ariane (1913), Giorgio de Chirico,

Metropolitan Museum of Art, New York

 

 

 

 

La nuit s’en va à pas de loup

Dans les corridors d’amadou

 

Aucun bruit ne pénètre

Les rideaux de ma chambre

Sur les hautes fenêtres

Sont des carrés de cendre

 

Aux aguets du matin

Un chien hurle au passant

La grille du voisin

S’ouvre au jour en grinçant

 

De ma main somnolence

Je griffe le silence

 

  A mon réveil

Dimanche 17 octobre 2010

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 21:25

  bartolomeomanfrediallegoriesaisonsc1610

Allégorie des saisons, Bartolomeo Manfredia, 1610

 

 

Mini Rondel

 

Passent les saisons,

Les jours gris ou roses,

S’effeuillent les roses

Sous les frondaisons

 

Sur les trahisons

Des gens et des choses

Passent les saisons

Les jours gris ou roses

 

S’ouvrent mes prisons

Quand sur moi tu poses

Tes yeux dont tu doses

Mes verts horizons

Passent les saisons…

 

« Toi » in Fumées

René Courbet de Champrouge

 

« Tout l’art du rondeau consiste à ramener le refrain sans effort, gaiement, naturellement », écrit Théodore de Banville dans son Petit Traité de poésie.

C’est ce naturel qui émane de ce mini-rondel de René Courbet de Champrouge, qui fut lauréat du prix Maurice Rollinat. Ce poète, qui habitait à Dunkerque, a bien respecté la construction sur deux rimes, la règle des deux premiers vers retrouvés à la fin de la deuxième strophe et du premier vers repris à la fin de la troisième strophe.

Mais, si la structure du poème correspond, comme c'est la règle,  aux trois quatrains et aux treize vers de la forme fixe, René de Champrouge a ici choisi le pentasyllabe, plus léger et plus dansant que le décasyllabe habituel. Ce rythme sied au mouvement hâtif et éphémère des saisons, l’évocation du regard de la femme aimée instaurant comme une pause amoureuse dans le passage inéluctable du temps.  Un poème émouvant dans sa légèreté apparente. 

 

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 15:05

  Busnel assis

François Busnel (Photo La 5)

 

Jeudi 14 octobre 2010, François Busnel recevait trois écrivains autour du thème : comment se raconter : Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, pour Mourir de dire : la honte ; Alexandre Jollien, philosophe, pour Le Philosophe nu ; Philippe Forest, romancier, pour Le Siècle des nuages. Un film retraçait la visite du journaliste au nord de Seattle chez Tom Robbins, pionnier de la contre-culture, dont le premier ouvrage, Une bien étrange attraction, vient d’être publié en France.

Pour Boris Cyrulnik, la honte est le poison de l’âme. C’est le plus sûr moyen de ne pas parler ou de parler pour se cacher. Dans la honte, la personnalité souffre en secret. Le pervers n’éprouve pas ce sentiment car, pour lui, l’Autre n’existe pas. N’éliminons pas toute honte, c’est le signe que nous sommes moraux et une aide pour notre vie affective.

Cependant, il ne faut pas la confondre avec la culpabilité, quoique les deux sentiments soient souvent associés. La seconde est le tribunal de votre imaginaire : elle incite à différentes attitudes : expier, racheter, se flageller. La honte, quant à elle, est un détracteur incessant, un « abjecteur » de conscience.

La honte engendre souvent le silence, lequel peut être protecteur au début. Elle n’est pas logique mais psychologique et sera déclenchée par la représentation d’images et par des mots.

Si Boris Cyrulnik convoque l’éthologie animale dans son livre, c’est parce que le modèle animal est un extraordinaire trésor à hypothèses.

Il est possible de s’affranchir de la honte en agissant sur deux pôles. Sur soi, d’abord, par un système de compensation, et sur la culture. Les romanciers, les philosophes, les journalistes changent ainsi le regard social. Boris Cyrulnik, dans cet ouvrage, milite donc pour une philosophie du quotidien.

 

Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik (Photo Odile Jacob)

 

C’est aussi ce que prône celui qu’on appelle le « philosophe de la joie », Alexandre Jollien, qui fut victime à la naissance d’une infirmité motrice cérébrale. Avec Le Philosophe nu, il propose un livre étonnant sous forme de journal., qui est en même temps une porte d’entrée dans la pratique de la philosophie. Cette discipline, qui permet de s’appuyer sur le réel pour avancer, n’est pas faite pour « tenir salon mais pour tenir debout ». Dans ce traité des passions, Alexandre Jollien, qui a toujours dû compenser à cause de son handicap, cherche le moyen de mettre en pratique la philosophie, qui lui apparaît comme une bouée de sauvetage.

La philosophie l’aide à savourer les petits moments de joie arrachés dans la blessure et lui permet de renaître chaque matin. Certes, il a lu les philosophes, mais il reconnaît que, de temps en temps, il aimerait ressembler aux beaux jeunes gens qui passent ! Car c’est là que réside la difficulté : comment combler le fossé entre le discours rationnel et les passions ? Peut-être que la solution pour aller mieux, c’est de réhabiliter l’Autre. C’est plus le regard d’amour que ses deux enfants portent sur lui que la parole de Spinoza qui est important pour lui. Et dans son livre, François Busnel fait remarquer que le philosophe cite surtout les paroles poétiques de Nietzsche et celles qui sont le moins conceptuelles. Les généralités ne sont-elles pas que des abstractions ?

A la question de savoir s’il faut renoncer à l’idéal sous prétexte qu’il nous tue, Alexandre Jollien répond par le zen, qu’il pratique avec son ami Bernard Campan. Il s’agit de tout faire impeccablement et de demeurer détaché du résultat. Et de citer l’anecdote de ce prêtre qui passe sa journée à ratisser son jardin afin que rien n’en détruise l’ordonnancement. Survient un autre prêtre qui considère qu’il y manque quelque chose et qui secoue les branches d’un arbre pour que des fruits en tombent à terre… Si Alexandre Jollien s’avoue chrétien, il n’en pratique pas moins le zazen. Il importe en effet de s’asseoir, de regarder passer les pensées et de revenir à ce qu’on est ici et maintenant. Cette heure de zazen quotidienne l’aide à vivre, atténue ses douleurs et lui a permis de supprimer ses médicaments. Et de conclure que vivre à fond tient plus de la dégustation que de la dévoration.

 

Alexandre jollien

Alexandre Jollien

 

Avant de donner la parole à Philippe Forrest, François Busnel diffuse le film de sa rencontre avec Tom Robbins. Il a interviewé « l’écrivain le plus dangereux du monde » dans sa maison de l’Etat de Whashington, au nord de Seattle, une habitation décorée de tous les personnages qui le fascinent, notamment Tarzan, qui supplanta très tôt Jésus dans son imaginaire

Une bien étrange attraction est son premier livre, sorti en 1971. On le retrouva au chevet d’Elvis Presley au moment de sa mort et c’était le livre préféré des Hell’s Angels. Reflet d’une époque agitée, cet ouvrage, qui fait la part belle au rêve, part en guerre contre le matérialisme ambiant, à la recherche d’un mode de vie plus authentique. L’auteur, qui déclare avoir dû « réinventer le roman », est, selon Busnel, le roi de la métaphore. Il s’amuse avec la langue, destinée à rendre plus intenses les expériences, les endroits, les personnes, les choses décrites. N’affirme-t-il pas que le hot-dog, égalitaire, économique et omniprésent, est « le pilier de la démocratie » ?

Et François Busnel de qualifier de « complètement barré mais génial » cet écrivain, porte-parole d’une littérature capable de transformer les choses !

 

Tom Robbins

Tom Robbins (Photo hystorylink.org)

 

Le journaliste donne enfin la parole à Philippe Forest, qui selon lui vient d’écrire un des plus beaux romans de la rentrée littéraire. Avec Le Siècle des nuages, il écrit l’histoire de son père, un pilote, ni héros ni salaud. Ce faisant, il écrit l’histoire du XX° siècle. Tout y est vrai mais transformé en fiction, philosophie, poésie, biographie, histoire contribuant à créer un roman. La fiction, en effet, c’est ce qui donne sens à ce qui a été vécu.

A l’origine du livre aussi, cette phrase de Georges Bataille : « Toute littérature est coupable. » Tout le mouvement du livre conduit à cette épreuve du deuil, vécu par l’auteur, celui de sa petite fille de quatre ans, raconté dans L’Enfant éternel. A la fin du roman, le grand-père et sa petite-fille se rejoignent. La culpabilité d’avoir survécu est redoublée par l’écriture du livre, qu’elle soit justifiée ou non. Et comment survivre à l’épreuve de la Vérité ?

François Busnel souligne la très belle expression : « Le long, amer et inexpiable chagrin de la vie ». Etablir le commerce avec ce chagrin, n’est-ce pas justement la fonction de la littérature ? Et si « les livres comptent peu pour les femmes » et qu’ « on n’écrit jamais qu’à défaut d’aimer », Philippe Forrest reconnaît aussi que le romancier est un « bidonneur ».  Quant au personnage principal du livre, placé sous les figures tutélaires de Faulkner et de Saint-Exupéry, aviateurs et écrivains, et grands mélancoliques, le père de l’auteur apparaît comme un héros qui ne rencontre pas vraiment l’Histoire. S’il se trompe en permanence, s’il n’est pas un héros positif, il finit cependant par faire le bon choix. A travers lui, se dessine alors un livre-fleuve, chronologique et généalogique.

Avec ce livre sans dialogues qui privilégie le participe présent, à la manière d’un Faulkner, Philippe Forrest invente un nouveau style épique et réalise l’épopée du XX° siècle, à travers le personnage d’un aviateur.

Enfin, le titre du roman, Le Siècle des nuages, correspond bien à l’opacité du réel car la Vérité n’est que la perception opaque du monde. La matière de l’écriture, n’est-elle pas en fin de compte l’oubli davantage que la mémoire ?

 

Philippe forest

Philippe Forest

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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