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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 21:56

 

La mer 2

La mer à Erdeven, mai 2010

 

 

Quand nul ne la regarde

La mer n’est plus la mer,

Elle est ce que nous sommes

Lorsque nul ne nous voit.

Elle a d’autres poissons,

D’autres vagues aussi.

C’est la mer pour la mer

Et pour ceux qui en rêvent

Comme je fais ici.

 

Jules Supervielle, La Fable du monde

 

Ce très court texte est une invitation à regarder les beautés du monde qui existent hic et nunc, sans nous. A notre image, la mer a son jardin secret !

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots.

 

 

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 21:16

  01 les gueux

Les Gueux, 1622, eau-forte de Jacques Callot, 

 

 

Les pauvres diables vont trimant

Vers un but qui toujours recule.

A l’aube comme au crépuscule

Et sous le soleil inclément,

Honteuse engeance à triste mine,

Dans la guenille et la vermine,

Les pauvres diables vont trimant.

 

Les pauvres diables vont peinant ;

Le fardeau leur courbe l’échine.

Dans la mine, avec la machine,

Sur la mer, sur le continent,

Dur est le pain, rude est la tâche,

Rare l’aubaine… Sans relâche,

Les pauvres diables vont peinant.

 

Les pauvres diables vont mourant.

Pour les consoler à cette heure,

La foi, l’espoir, rien ne demeure :

En maudissant, en exécrant

Le destin si peu tutélaire,

Fous de vengeance et de colère,

Les pauvres diables vont mourant.

 

 

Le poète nivernais, Achille Millien (1838-1927), originaire de Beaumont-la-Ferrière, chanta les légendes, les chansons, les mœurs et les coutumes de sa province. Dans cette suite de trois septains, il dit sobrement la fatalité d’un sort qui frappe toujours les petits et les humbles.

 

 

Mercredi 20 octobre 2010

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 18:01

   garden eden-

  Le jardin d'Eden, 1410, Peinture sur bois,

Städelsches Kunstinstitut, Francfort

 

Loin très loin

Au fond des labyrinthes de buis et de pierre

Où se perdent les amants

Caché très caché

Derrière les moucharabiehs des harems

Aux senteurs de musc et de benjoin

Retiré très retiré

Dans les prisons sans mémoire

Où gémissent les condamnés

Enfoncé très enfoncé

Comme un clou planté

Dans une plaie qui saigne

Profond très profond

Dans les couloirs de mines

Où croissent opiniâtrement les gemmes

Bas très bas

Dans les grottes souterraines

Où l’eau goutte sur les stalactites silencieux

En apnée limite

Dans la mer abyssale

Où nagent des poissons qui n’ont pas de nom

Creux très creux

Dans les veines rougeoyantes

Des volcans furieux

Là où la terre n’est plus que feu

A des milliards d’années-lumière

Dans le ciel des trous noirs et des super novas

Où l’infini ne se dit pas

Petit si petit

Que c’en est invisible

Dans l’infime des microscopes

Où vibrent les atomes

 

Au cœur de mon corps

Verger de pommes d’or

Au nadir de moi-même

Un jardin clôturé

La clef en fut jetée

Et nul

N’en ouvrira

La porte

Etroite

 

Mercredi 20 octobre 2010

 

 

 

Pour Papierlibre de Juliette,

Thème : mes jardins secrets 

 

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:41

  Camille Claudel La Vague

La Vague (1902-1905), Onyx et bronze, Camille Claudel,

Photo www.forumfr.com

 

 

C’était notre « lune de miel » comme on dit

C’était l’amour à Khao Lak

C’était à l’hôtel Theptharo

 

Je suis debout sur la terrasse de notre chambre

Au premier étage

 

Toi assis sur le banc

Sur le carrelage de la piscine

Toi tu me souris dans le soleil

 

Je prends des photos de toi en rafales

De toi mon amour

 

C’est la dernière

 

Tu viens de quitter le banc

Tu viens de me quitter

 

C’est juste avant la vague

 

Je n’aimerai plus jamais

 

La mer

 

La 04 septembre 2009

 

J'ai écrit ce poème il y a plus d'un an. Le titre choisi était bien celui-là. Je le publie de nouveau car il répond au Défi de la Semaine (L'instant d'avant), n°40, proposé par Harmonie, pour la communauté des Croqueurs de Mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 09:23

  chirico-ariane 1913 Metropolitan museum of art NY

Ariane (1913), Giorgio de Chirico,

Metropolitan Museum of Art, New York

 

 

 

 

La nuit s’en va à pas de loup

Dans les corridors d’amadou

 

Aucun bruit ne pénètre

Les rideaux de ma chambre

Sur les hautes fenêtres

Sont des carrés de cendre

 

Aux aguets du matin

Un chien hurle au passant

La grille du voisin

S’ouvre au jour en grinçant

 

De ma main somnolence

Je griffe le silence

 

  A mon réveil

Dimanche 17 octobre 2010

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 21:25

  bartolomeomanfrediallegoriesaisonsc1610

Allégorie des saisons, Bartolomeo Manfredia, 1610

 

 

Mini Rondel

 

Passent les saisons,

Les jours gris ou roses,

S’effeuillent les roses

Sous les frondaisons

 

Sur les trahisons

Des gens et des choses

Passent les saisons

Les jours gris ou roses

 

S’ouvrent mes prisons

Quand sur moi tu poses

Tes yeux dont tu doses

Mes verts horizons

Passent les saisons…

 

« Toi » in Fumées

René Courbet de Champrouge

 

« Tout l’art du rondeau consiste à ramener le refrain sans effort, gaiement, naturellement », écrit Théodore de Banville dans son Petit Traité de poésie.

C’est ce naturel qui émane de ce mini-rondel de René Courbet de Champrouge, qui fut lauréat du prix Maurice Rollinat. Ce poète, qui habitait à Dunkerque, a bien respecté la construction sur deux rimes, la règle des deux premiers vers retrouvés à la fin de la deuxième strophe et du premier vers repris à la fin de la troisième strophe.

Mais, si la structure du poème correspond, comme c'est la règle,  aux trois quatrains et aux treize vers de la forme fixe, René de Champrouge a ici choisi le pentasyllabe, plus léger et plus dansant que le décasyllabe habituel. Ce rythme sied au mouvement hâtif et éphémère des saisons, l’évocation du regard de la femme aimée instaurant comme une pause amoureuse dans le passage inéluctable du temps.  Un poème émouvant dans sa légèreté apparente. 

 

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 15:05

  Busnel assis

François Busnel (Photo La 5)

 

Jeudi 14 octobre 2010, François Busnel recevait trois écrivains autour du thème : comment se raconter : Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, pour Mourir de dire : la honte ; Alexandre Jollien, philosophe, pour Le Philosophe nu ; Philippe Forest, romancier, pour Le Siècle des nuages. Un film retraçait la visite du journaliste au nord de Seattle chez Tom Robbins, pionnier de la contre-culture, dont le premier ouvrage, Une bien étrange attraction, vient d’être publié en France.

Pour Boris Cyrulnik, la honte est le poison de l’âme. C’est le plus sûr moyen de ne pas parler ou de parler pour se cacher. Dans la honte, la personnalité souffre en secret. Le pervers n’éprouve pas ce sentiment car, pour lui, l’Autre n’existe pas. N’éliminons pas toute honte, c’est le signe que nous sommes moraux et une aide pour notre vie affective.

Cependant, il ne faut pas la confondre avec la culpabilité, quoique les deux sentiments soient souvent associés. La seconde est le tribunal de votre imaginaire : elle incite à différentes attitudes : expier, racheter, se flageller. La honte, quant à elle, est un détracteur incessant, un « abjecteur » de conscience.

La honte engendre souvent le silence, lequel peut être protecteur au début. Elle n’est pas logique mais psychologique et sera déclenchée par la représentation d’images et par des mots.

Si Boris Cyrulnik convoque l’éthologie animale dans son livre, c’est parce que le modèle animal est un extraordinaire trésor à hypothèses.

Il est possible de s’affranchir de la honte en agissant sur deux pôles. Sur soi, d’abord, par un système de compensation, et sur la culture. Les romanciers, les philosophes, les journalistes changent ainsi le regard social. Boris Cyrulnik, dans cet ouvrage, milite donc pour une philosophie du quotidien.

 

Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik (Photo Odile Jacob)

 

C’est aussi ce que prône celui qu’on appelle le « philosophe de la joie », Alexandre Jollien, qui fut victime à la naissance d’une infirmité motrice cérébrale. Avec Le Philosophe nu, il propose un livre étonnant sous forme de journal., qui est en même temps une porte d’entrée dans la pratique de la philosophie. Cette discipline, qui permet de s’appuyer sur le réel pour avancer, n’est pas faite pour « tenir salon mais pour tenir debout ». Dans ce traité des passions, Alexandre Jollien, qui a toujours dû compenser à cause de son handicap, cherche le moyen de mettre en pratique la philosophie, qui lui apparaît comme une bouée de sauvetage.

La philosophie l’aide à savourer les petits moments de joie arrachés dans la blessure et lui permet de renaître chaque matin. Certes, il a lu les philosophes, mais il reconnaît que, de temps en temps, il aimerait ressembler aux beaux jeunes gens qui passent ! Car c’est là que réside la difficulté : comment combler le fossé entre le discours rationnel et les passions ? Peut-être que la solution pour aller mieux, c’est de réhabiliter l’Autre. C’est plus le regard d’amour que ses deux enfants portent sur lui que la parole de Spinoza qui est important pour lui. Et dans son livre, François Busnel fait remarquer que le philosophe cite surtout les paroles poétiques de Nietzsche et celles qui sont le moins conceptuelles. Les généralités ne sont-elles pas que des abstractions ?

A la question de savoir s’il faut renoncer à l’idéal sous prétexte qu’il nous tue, Alexandre Jollien répond par le zen, qu’il pratique avec son ami Bernard Campan. Il s’agit de tout faire impeccablement et de demeurer détaché du résultat. Et de citer l’anecdote de ce prêtre qui passe sa journée à ratisser son jardin afin que rien n’en détruise l’ordonnancement. Survient un autre prêtre qui considère qu’il y manque quelque chose et qui secoue les branches d’un arbre pour que des fruits en tombent à terre… Si Alexandre Jollien s’avoue chrétien, il n’en pratique pas moins le zazen. Il importe en effet de s’asseoir, de regarder passer les pensées et de revenir à ce qu’on est ici et maintenant. Cette heure de zazen quotidienne l’aide à vivre, atténue ses douleurs et lui a permis de supprimer ses médicaments. Et de conclure que vivre à fond tient plus de la dégustation que de la dévoration.

 

Alexandre jollien

Alexandre Jollien

 

Avant de donner la parole à Philippe Forrest, François Busnel diffuse le film de sa rencontre avec Tom Robbins. Il a interviewé « l’écrivain le plus dangereux du monde » dans sa maison de l’Etat de Whashington, au nord de Seattle, une habitation décorée de tous les personnages qui le fascinent, notamment Tarzan, qui supplanta très tôt Jésus dans son imaginaire

Une bien étrange attraction est son premier livre, sorti en 1971. On le retrouva au chevet d’Elvis Presley au moment de sa mort et c’était le livre préféré des Hell’s Angels. Reflet d’une époque agitée, cet ouvrage, qui fait la part belle au rêve, part en guerre contre le matérialisme ambiant, à la recherche d’un mode de vie plus authentique. L’auteur, qui déclare avoir dû « réinventer le roman », est, selon Busnel, le roi de la métaphore. Il s’amuse avec la langue, destinée à rendre plus intenses les expériences, les endroits, les personnes, les choses décrites. N’affirme-t-il pas que le hot-dog, égalitaire, économique et omniprésent, est « le pilier de la démocratie » ?

Et François Busnel de qualifier de « complètement barré mais génial » cet écrivain, porte-parole d’une littérature capable de transformer les choses !

 

Tom Robbins

Tom Robbins (Photo hystorylink.org)

 

Le journaliste donne enfin la parole à Philippe Forest, qui selon lui vient d’écrire un des plus beaux romans de la rentrée littéraire. Avec Le Siècle des nuages, il écrit l’histoire de son père, un pilote, ni héros ni salaud. Ce faisant, il écrit l’histoire du XX° siècle. Tout y est vrai mais transformé en fiction, philosophie, poésie, biographie, histoire contribuant à créer un roman. La fiction, en effet, c’est ce qui donne sens à ce qui a été vécu.

A l’origine du livre aussi, cette phrase de Georges Bataille : « Toute littérature est coupable. » Tout le mouvement du livre conduit à cette épreuve du deuil, vécu par l’auteur, celui de sa petite fille de quatre ans, raconté dans L’Enfant éternel. A la fin du roman, le grand-père et sa petite-fille se rejoignent. La culpabilité d’avoir survécu est redoublée par l’écriture du livre, qu’elle soit justifiée ou non. Et comment survivre à l’épreuve de la Vérité ?

François Busnel souligne la très belle expression : « Le long, amer et inexpiable chagrin de la vie ». Etablir le commerce avec ce chagrin, n’est-ce pas justement la fonction de la littérature ? Et si « les livres comptent peu pour les femmes » et qu’ « on n’écrit jamais qu’à défaut d’aimer », Philippe Forrest reconnaît aussi que le romancier est un « bidonneur ».  Quant au personnage principal du livre, placé sous les figures tutélaires de Faulkner et de Saint-Exupéry, aviateurs et écrivains, et grands mélancoliques, le père de l’auteur apparaît comme un héros qui ne rencontre pas vraiment l’Histoire. S’il se trompe en permanence, s’il n’est pas un héros positif, il finit cependant par faire le bon choix. A travers lui, se dessine alors un livre-fleuve, chronologique et généalogique.

Avec ce livre sans dialogues qui privilégie le participe présent, à la manière d’un Faulkner, Philippe Forrest invente un nouveau style épique et réalise l’épopée du XX° siècle, à travers le personnage d’un aviateur.

Enfin, le titre du roman, Le Siècle des nuages, correspond bien à l’opacité du réel car la Vérité n’est que la perception opaque du monde. La matière de l’écriture, n’est-elle pas en fin de compte l’oubli davantage que la mémoire ?

 

Philippe forest

Philippe Forest

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 17:23

Bas-relief Bonne-maman

Bas-relief d'inspiration antique, sculpté par ma grand-mère,

Jeudi 14 octobre 2010

 

 

Un vieux bas-relief

A l'antique

De plâtre noirci

Est là contre le mur

Sur le gravier

Et les feuilles séchées

 

Une image de la Grèce

 

 

Un homme est assis

Avec bâton et besace

La tête inclinée

Vers le sein d’une femme

Debout

Penchée vers lui

Ses lèvres effleurant ses cheveux

La main sur sa tête

Compatissante

Infiniment douce

Tellement consolatrice

 

Abandon de l’homme

Force de la femme

 

Ma grand-mère l’a sculpté

Il y a bien longtemps

 

Pour quel couple à venir ?

 

 Jeudi 14 octobre 2010

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 16:44

  Hubert van ravesteyn (1638 avant 1691)Nature morte aux noix

  Nature morte aux noix, au tabac et au vin, 1671, Hubert van Ravesteyn,

Musée des Beaux-arts de l'Ontario

  

 

Sous les noyers en ribambelle

Voici venir les damoiselles

Tenant paniers ronds et tressés

Dans leurs mains fines et gantées

 

Sous les noyers en file indienne

Elles fredonnent une rengaine

Qui n’a ni rime ni raison

Les pieds profonds dans le gazon

 

Sous les noyers en farandole

Elles content des fariboles

Mèches errantes et joues rosies

Par le vent frais le vent coulis

  

Sous les noyers du bel automne

Leurs silhouettes papillonnent

Les noix roulant dans les paniers

Elles bruiront dans les setiers

 

Sous les noyers en enfilade

Elles rêvent aux sérénades

Que leur chanteront leurs galants

Le soir venu au feu brûlant

 

Loin des noyers ensommeillés

Assises auprès des cheminées

Elles mangeront les cerneaux

Les énoiseuses des vigneaux

 

En ramassant des noix à Maison-Rouge,

Lundi 11 octobre 2010

 

 

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Harmonie 37 : le Temps  

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 13:08

 

Faisan Monet.1869.collection particulière

Faisan, Monet, 1869, Collection particulière

 

 

Avant d’être plumé près du fourneau joyeux,

Vois-tu, je suis d’abord un repas pour tes yeux,

Comme sur les forêts novembre est sur mon aile.

Chaque plume à mon col imite une prunelle,

Et riche, et roux et bleu, sur la table laissé,

Je suis très beau ; j’ai l’air de l’automne blessé.

Avant qu’à la cuisine obscure tu m’emportes,

J’ai l’air d’un seigneur mort vêtu de feuilles mortes.

 

Abel Bonnard, Les Familiers, 1906

 

 

A présent que l’automne et les lâchers de faisans ramènent sur les routes de campagne la silhouette racée et la démarche majestueuse de ces beaux oiseaux ignorants de leur mort prochaine, voici un court poème en leur honneur. Il est extrait du premier recueil d’Abel Bonnard (1883-1968), Les Familiers, qui obtint le Prix de l’Académie française en 1906. Colette connaissait par cœur certains poèmes de cette œuvre et il paraît que le Chanteclerc de Rostand doit beaucoup à un texte en particulier.

Dans ses vers on retrouve la « même finesse de touche, [la] même acuité d’observation, [la] même trouvaille d’images souvent imprévues, mais toujours étonnantes d’exactitude » que chez le Jules Renard poète qui venait d’écrire ses Histoires naturelles (1894). Il éprouvait un grand amour à l’endroit des oiseaux et avait écrit : « Les oiseaux […] appartiennent moins à notre monde qu’ils ne lui sont ajoutés ; ils inventent la joie au-dessus de nous. » (Océan et Brésil).

Abel Bonnard, descendant des Bonaparte par son père biologique, le comte Joseph Napoléon Primoli, fit le mauvais choix de la Collaboration ; il vit sa condamnation à mort pour contumace commuée en bannissement ; il mourut en Espagne en 1968.

 

Faisan

Faisan devant des maïs (Samedi 09 octobre 2010)

 

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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