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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 18:34

marie a à 12 ans meytens 1767-1768 

Portrait de Marie-Antoinette d'Autriche adolescente,

1767-1768, Martin van der Meytens 

 

Oh reine Marie-Antoinette,

Quand tu penchais ta fine tête

Tu aspirais le mets des dieux

Et tu fermais tes jolis yeux

 

Oh tendre Marie-Antoinette

Quand après bal et opérette

Dans ta frêle gorge incarnat

Se répandait le chocolat

 

Oh simple Marie-Antoinette

Quand exilée dans ta fermette

Tu humais sa noire vanille

Comme font les petites filles

 

Oh fière Marie-Antoinette

Quand inclinée sur l’épinette

Tu respirais la douce amande

Dont ta  bouche était si gourmande

 

Oh folle Marie-Antoinette

Quand dans l'oubli de l’étiquette

Tu dégustais toute troublée

Son doux  parfum fleur d’oranger

 

Oh rieuse Marie-Antoinette

Quand tu jouais aux devinettes

Cherchant son parfum d’orchidée

Trouvé par ton chocolatier

 

Oh  pensive Marie-Antoinette

Quand Fersen te contait fleurette

Tu savourais son ambre gris

Un élixir de très grand prix

 

Oh triste Marie-Antoinette

Quand a fui le temps de la fête

Se sont fanés myosotis

Des porcelaines de ton service

 

Oh tragique Marie-Antoinette

Ta tête est là sur la planchette

Tes tasses ont été brisées

Ton chocolat s’est renversé

 

 

service chocolat m a 

Service à chocolat en porcelaine de Sèvres de Marie-Antoinette 

 

 

Pour le Défi de la Semaine, n°41, proposé par Jill Bill pour les Croqueurs de Mots,

Thème : Le chocolat dans tous ses états

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 23:32

   VertigeDeLaListe 2

  L'escalier d'or, Edward Burne-Jones, 1880, Tate Gallery, Londres

 

Souvent confondue avec le jour des défunts, le 02 novembre, la Toussaint, est une grande fête catholique. Célébrée encore aujourd’hui le 1er novembre, comme une fête dite d’obligation, elle remonte aux premiers siècles. Elle fut instituée pour commémorer les martyrs dont le nom était inconnu et, de ce fait ne pouvaient être gratifiés d’une fête particulière. Introduite à Rome le 13 mai 610, comme la « Fête de Tous les Saints Martyrs » par le pape Boniface IV, elle fut transférée à la date du 1er novembre pour l’Eglise universelle, sous le pontificat de Grégoire VII, au XI° siècle. Elle inclura dès lors tous les saints et non plus seulement les martyrs.

A cette occasion, lors de la messe du jour, on récite les litanies des saints, une manière de prier ceux-ci, qui était très pratiquée au Moyen Age. La structure de cette prière en est très simple : le célébrant s’adresse au saint en l’appelant par son nom et l’assemblée poursuit par la formule : « De grâce écoute-nous » ou « Priez pour nous ». A la fin du Moyen Age, on trouve des listes de saints parfois interminables. S’il existe une version officielle pour l’Eglise universelle, les Eglises locales possèdent souvent la leur. La mémoire des saints est par ailleurs rappelée lors de la célébration de la messe au cours de la prière eucharistique.

Ces litanies des saints sont l’occasion d’évoquer un superbe livre d’Umberto Eco, intitulé Vertige de la liste, publié aux éditions Flammarion. Sollicité par le Louvre pour une série de conférence, de lectures publiques et d'expositions, l’auteur du Roman de la Rose avait choisi comme thème l’énumération, c’est-à-dire la liste, le catalogue ou l’inventaire. Il use en effet très souvent dans ses romans du procédé de la liste, influencé qu’il fut par les textes médiévaux et les œuvres de Joyce, tout en se référant aussi à Homère qui, avec le catalogue des navires de la flotte achéenne dans l’Iliade et la célèbre description du bouclier d’Achille,  « oscille entre une poétique du « tout est là » et une poétique de l’ « et cætera ».

Le répertoire des  textes où l’on trouve des listes étant innombrable, la « chasse aux listes »  fut pour lui exaltante, bien « moins pour ce qu’[il] a réussi à citer […] que pour ce à quoi [il] a dû  renoncer ». Tout en ayant conscience qu’il n’était pas omniscient, qu’il ne pouvait connaître tous les textes contenant des listes et que son ouvrage aurait pu être sans fin, il fut victime de ce qu’il appelle « le vertige de la liste », expression qui donnera son titre à cette œuvre unique.

Réfléchissant au chapitre 7 sur la distinction entre liste "pratique" et liste "poétique" , il en propose certaines caractéristiques. La première a une fonction essentiellement référentielle ; elle est finie car elle énumère des objets réellement existants ; elle n’est pas modifiable. C'est Rabelais énumérant les habits des moines de l'abbaye de Thélème, c'est Edmond Rostand décrivant toutes les formes de nez dans Cyrano. Cependant, ces listes pratiques sont extensibles à l’infini puisqu’on peut chaque année en proposer une édition augmentée. Un des plus beaux exemples en est la liste des conquêtes de Don Juan par Leporello, le fameux catalogue, dans le Dom Juan de Mozart.

Quant aux listes dites "poétiques" ou encore "littéraires", elles sont fermées, car sujettes aux contraintes formelles de l’œuvre qui les héberge. En même temps, en dépit de ces mêmes contraintes, Homère aurait pu poursuivre indéfiniment le catalogue des navires grecs et Ezéchiel le prophète ajouter de nouveaux attributs à la ville de Tyr. Pour ces listes "poétiques", l’auteur semble plus attaché à la forme sonore de leurs noms qu’à leur valeur référentielle. On passe ainsi d’une liste (pratique) s’intéressant aux référents ou aux signifiés à une liste (poétique) portant son intérêt plus sur les valeurs phoniques, autrement dit les signifiants.

Ainsi les litanies de la Bienheureuse Vierge Marie énumèrent les attributs et les appellations de la Mère de Dieu, repris des Ecritures mais aussi de tradition orale et de la piété populaire. Il importe donc qu’elles soient "récitées comme un mantra" tibétain, cette répétition de sons réitérés de nombreuses fois, selon un certain rythme et servant de support à la méditation.  "Ce qui compte, dit Eco, c’est d’être saisi par le vertige sonore de l’énumération". C'est ce que fait notamment Charles Péguy dans son célèbre poème à Marie, inspiré sans doute par les Litaniae Lauretanae :

 

A celle qui intercède,
La seule qui puisse parler de l'autorité d'une mère.

S'adresser hardiment à celle qui est infiniment pure.

Parce qu'elle est aussi infiniment douce...
A celle qui est infiniment riche.

Parce qu'elle est aussi infiniment pauvre.
A celle qui est infiniment haute.
Parce qu'elle est aussi infiniment descendante.

A celle qui est infiniment grande.

Parce qu'elle est aussi infiniment petite.

Infiniment humble.

Une jeune mère.

A celle qui est infiniment jeune.
Parce qu'aussi elle est infiniment mère...
A celle qui est infiniment joyeuse.

Parce qu'elle est aussi infiniment douloureuse...

A celle qui est infiniment touchante.

Parce qu'aussi elle est infiniment touchée.

A celle qui est toute Grandeur et toute Foi

Parce qu'aussi elle est toute Charité...

 

A celle qui est Marie.
Parce qu'elle est pleine de grâce.
A celle qui est pleine de grâce.

Parce qu'elle est avec nous.
A celle qui est avec nous.

Parce que le Seigneur est avec elle.

 

Il en va de même pour les litanies des saints, psalmodiées le jour de la Toussaint. On ne cherche pas à connaître ceux qui sont présents ou absents, patriarches, prophètes, apôtres, disciples ou martyrs, « ce qui compte, c’est de scander en rythme les noms pendant un temps suffisamment long ». 

Ainsi, dans la fumée de l'encens qui s'élève en léger nuage dans la lumière du vitrail d'une petite église de campagne, agenouillé sur le vieux pavement inégal, on peut approcher le mystère de ce que l'Eglise appelle la communion des saints. Le croyant entre alors de plain-pied dans cette communauté de croyants composée de l'Eglise triomphante (les saints au ciel), de l'Eglise pérégrinante (les chrétiens qui cheminent sur terre) et de l'Eglise souffrante.

Et dans cette perspective, on relira ce qu'écrit Umbero Eco dans son fascinant ouvrage à propos de la liste dite poétique  : " Elle est une tentative par l'esprit humain de se saisir de quelque chose de plus grand que lui-même. Elle est un moyen pour dire l'indicible [...] L'énumération, la compilation, la classification ne s'achèvent jamais : elles ouvrent vers l'infini... Par cet "et caetera", l'esprit rend les armes. Si la liste peut être comprise comme l'expérience de l'infini, elle s'achève toujours par un échec. Sauf pour les mystiques qui disent, eux, avoir vu quelque chose."  Et ainsi que le dit Bernard Sève, qui traite de la même thématique dans son ouvrage, De haut en bas. Philosophie des listes, "le sage et le saint sont au-dessus des listes".

 

 

  touslessaintsgt3

Tous les saints, Albrecht Dürer

 

 

 

Sources :

Guide des traditions et coutumes catholiques, Greg Dues, Traduit de l'anglais et adapté par Emmanuelle Billotteau, Bayard, 2004

Vertige de la liste, Umberto Eco, Traduction de Myriem Bouhazer, 2009, Flammarion, Ouvrage publié à l'occasion de la manifestation Vertige de la liste au musée du Louvre, sous la direction d'Umberto Eco, Grand Invité du Louvre en novembre 2009

A lire aussi :

De haut en bas. Philosophie des listes. Bernard Sève, 2010, Editions du Seuil

NB :

L'ouvrage d'Umberto Eco est à lire comme une gigantesque liste, tout à la fois catalogue, bibliographie et anthologie, en partie conscrés à des oeuvres plastiques. Celui de Bernard Sève se présente plutôt comme une série de courts essais envisageant le thème sous différents angles. L'auteur porte son intérêt sur le processus de constitution des listes et aux fonctions qui sont les leurs autant qu'aux listes en elles-mêmes.  Umberto Eco se conforme à l' "ordre des matières", et Bernard Sève à l' "ordre des raisons". (Voir l'article, "L'ère du catalogue", par Boris Donné, http://www.laviedesidees.fr)

 

 

 

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 14:01

  Abdou diouf

 

Vendredi 29 octobre 2010 la collection Empreintes de France 5 proposait un portrait d’Abdou Diouf, qui fut à trois reprises président du Sénégal (1981-2000), et qui est, depuis 2002, Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Cet élégant Sénégalais, aux origines peul, wolof et toucouleur (par sa mère) et sérère (par son père), surnommé parfois « la girafe » à cause de ses deux mètres de taille, fut le protégé et le successeur du grand Léopold Sedar Senghor, l’auteur d’Ethiopiques (1956). Le grand poète, qui déclarait être lié à l’Europe « par le nombril », n’écrivait-il pas : « Le français, ce sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l’orage. »

Abdou Diouf apprit à lire au cours préparatoire avec le manuel Mamadou et Bineta vont à l’école et reçut ainsi la langue française en héritage.  Il n’eut alors de cesse d’œuvrer pour sa diffusion. Paraphrasant la phrase de Cioran, il précise qu’on habite un pays, bien sûr, qu’on habite un monde, certes, mais aussi et surtout une langue. Selon lui, l’"honnête homme" du XXI° siècle doit parler sa langue maternelle (le wolof pour lui) et au moins les deux grandes langues de communication internationale que sont l’anglais et le français.

Cet humaniste, qui a agi sans relâche pour l’unité du continent africain, est par ailleurs très attaché à l’idée de laïcité. Musulman lui-même, il a épousé une catholique, et certains membres de sa famille sont juifs. Il vit ainsi au quotidien la diversité culturelle et religieuse.

Et Abdou Diouf a conclu le rappel de son étonnant parcours par cette phrase de Soeren Kierkekaard : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin.»

 

  Abdou diouf 2

 

 

 

 

Samedi 30 octobre 2010

 

 

 

 

 

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 17:57

henriette-browne l'oiseau hors de la cage 

L'oiseau hors de la cage, Henriette Browne

 

Un jour s’envoleront les oiseaux prisonniers

Que l’homme a enfermés dans des cages en osier

Dans des volières en fer et des serres en métal

Pour ouïr de leur chant l’infini récital

 

Ils iront vers les Indes les beaux mainates noirs

Pelotonnés et tristes quand arrive le soir

Oiseaux singes savants que l’on fait répéter

Pour que l’on rie sottement de leur chant éraillé

 

Ils frémiront des ailes les serins panachés

Aux roulades aériennes au tempo bien scandé

De leurs griffes agiles ils fuiront de leur nid

Pour retrouver enfin le ciel des Canaries

 

Ils prendront leur envol les bruns ignicolores

Rêvant de leur Afrique et de son soleil d’or

De leurs notes aiguës ils suivront les rivières

Pour sautiller sans fin dessus leurs roselières

 

Elles battront des rémiges les perruches bavardes

Rejoignant dans le bush leurs compagnes nomades

Et sur la terre rouge au ciel toujours bleu

Elles psalmodieront des airs mélodieux

 

Ils voleront de pair les verts inséparables

Vivant comme on le dit d’un amour véritable

Vers leur pays natal la bleue Madagascar

Sur les fins filaos en lieu de reposoirs

 

Ils voltigeront loin les grisés mandarins

Là-bas en Australie se baigneront sans fin

Ils tournoieront en bandes dans l’air chatoyant

Et se reposeront sur les lézards géants

 

Il viendra ce jour-là où les cages muettes

Seront abandonnées par l’oiseau musagète

Et où la gent ailée sans barreaux ni mangeoire

Retrouvera des siens l’aérienne mémoire

 

 

Vendredi 29 octobre 2010

 

 

 

 

Pour le Défi de la Semaine de Lajémy, Communauté des Croqueurs de Mots,

Thème n° 41 :  Ouvrez la cage aux oiseaux 

 

 

 

NB : sur un thème voisin, j'ai écrit l'année dernière un texte intitulé Philémon et Baucis, Une histoire d'inséparables (Atelier d'écriture).

 

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 21:14

  Gargantua enfant

Gargantua enfant, Gustave Doré

 

Dans deux paniers heurtés au pas sec du mulet,

Nous allions tristement vendus à qui voulait.

On s’arrête ; ta main me soupèse et me tâte ;

Tu m’as pris. Me voilà lié par une patte ;

Hypocrite, tu viens me jeter mie et grain,

Mais ne crois pas ainsi tenter  mon bec chagrin.

Mon aspect pitoyable est un muet reproche ;

Ne ris pas ; je connais mon sort ; j’attends la broche.

Je cligne mon œil rouge et somnole à demi.

Tu vas m’assassiner pour fêter quelque ami.

Adieu la chaude sieste et le réveil allègre.

Je n’y peux rien. Tords-moi le cou.

                                                         Mais je suis maigre.

 

 Abel Bonnard, Les Familiers.

 

 

Quel gourmand rêvera encore de poulet rôti après avoir lu ce poème ?

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jill Bill : La gourmandise.

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 20:03

promenade 26 octobre 2010 008 

Plage de La Roche Sèche (26 octobre 2010)  

 

C'est un mardi d'octobre on marche dans la dune

Sur un petit sentier de sable sous la mousse

On sent la mer tout près iode que l'on hume

On entend le ressac qui roule ses secousses

 

  promenade 26 octobre 2010 001

Roseaux sur la dune

 

De fins roseaux grisés composent une houle

Où le vent va et vient caressant leurs cheveux

Ondulation inquiètes des hautes tiges en foule

Qu'effleurent les mouettes et les noirs macareux

 

promenade 26 octobre 2010 027 

Petits escargots sur la dune

 

Sous nos pas hésitants d'infimes escargots

Petits yeux spiralés qui sèchent dans leur blanc

Parsèment l'herbe rase aux coulées de guano

Dessinant chemin creux pour des contes d'enfants

 

promenade 26 octobre 2010 030 

Buissons de genêts sur la dune

 

De minuscules fleurs jaunes et violettes

Forment une palette délicate et ténue

S'harmonisant au vert des genêts silhouettes

Eclatant leurs soleils en des buissons touffus

 

 promenade 26 octobre 2010 012

Terriers sur la dune 

  

Au creux des monticules des trouées obscures

Comme des yeux de sable ouverts sur l'espace

Abritent des lapins sauvages et qui n'ont cure

Du vent tourbillonnant des nuages qui passent

 

promenade 26 octobre 2010 025 

Plume sur la dune

 

Au milieu des chardons aux feuilles desséchées

Et des champignons nains rassemblés en bouquets

Tandis que vole au loin une plume arrachée

On respire la mer et ses mouvants secrets

 

promenade 26 octobre 2010 021 

Fleurs jaunes et ronces sur la dune

 

Mardi 26 octobre 2010, 15h 30,

Promenade sur la dune d'Erdeven

 

 

 

 

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 19:34

motherhood paulcesarhelleu 1859-1927

Maternité, Paul César Helleu

 

Qu'y a-t-il de plus tendre qu'y a t-il de plus doux

Que ce tout jeune enfant tout contre votre épaule

Ce corps abandonné au pli de votre cou

Ce souffle murmurant dont le parfum vous frôle

 

L'on voudrait rester là ne plus jamais bouger

La main sur une tête où bat la fontanelle

Fossé fragilisé de l'esprit nouveau-né

Vibrant de la chaleur du ventre maternel

 

Comme l'on aimerait prolonger cet instant

Quand la petite main d'un réflexe enfantin

Tient la vôtre si fort irrésistiblement

Que l'enfance soudain au coeur vous revient

 

Etre ainsi tout entier dans cette sensation

Qu'un petit des vivants dort en son innocence

Au rythme de ses rêves ceux qui n'ont pas de nom

Dans les allées futures de l'infinie patience

 

Se peut-il que ce temps où tout est plénitude

Où l'on hume tremblant cette senteur de lait

Soit lui aussi réduit à toute finitude

Et qu'éphémère et vif il s'en aille à jamais

 

Lundi 25 octobre 2010

Quand je tenais Diane cet été dans mes bras

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 17:48

max-ernst-a-friends-reunion au-rendez-vous-des-amis  

Au rendez-vous des amis, tableau de Max Ernst, 5 décembre 1922,

1. René Crevel, 2. Philippe Soupault, 3. Arp, 4. Max Ernst, 5. Max Morise,

6. Dostoïevsky, 7. Rafaele Sanzio, 8. Théodore Fraenkel, 9. Paul Eluard,

10. Jean Paulhan, 11. Benjamin Péret, 12. Louis Aragon, 13. André Breton,

14. Baargeld, 15. Giorgio de Chirico, 16. Gala Eluard, 17. Robert Desnos.

 

 

Déclaration du 27 janvier 1925

 

Eu égard à une fausse interprétation de notre tentative, stupidement répandue dans le public,

Nous tenons à déclarer ce qui suit à toute l’ânonnante critique, littéraire dramatique, philosophique, exégétique et même théologique contemporaine :

1° Nous n’avons rien à voir avec la littérature ;

Mais nous sommes très capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde.

2° Le surréalisme n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie ;

Il est un moyen de libération totale de l’esprit

                        et de tout ce qui lui ressemble.

3° Nous sommes bien décidés à faire une Révolution.

4° Nous avons accolé le mot de surréalisme au mot de révolution uniquement pour montrer le caractère désintéressé, détaché, et même tout à fait désespéré, de cette révolution.

5° Nous ne prétendons rien changer aux mœurs des hommes, mais nous pensons bien leur démontrer la fragilité de leurs pensées, et sur quelles assises mouvantes, sur quelles caves, ils ont fixé leurs tremblantes maisons.

6° Nous lançons à la société cet avertissement solennel :

Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun de ses faux-pas de son esprit nous ne la raterons pas.

7° A chacun des tournants de sa pensée, la Société nous retrouvera.

8° Nous sommes des spécialistes de la Révolte.

Il n’est pas de moyen d’action que nous ne soyons capables, au besoin, d’employer.

9° Nous disons plus spécialement au monde occidental :

                                    le surréalisme existe

-         Mais qu’est-ce donc que ce nouvel isme qui s’accroche à nous ?

-         Le surréalisme n’est pas une forme poétique.

Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves,

                                    et au besoin par des marteaux matériels !

 

                                                         Du bureau de recherches surréalistes

                                                         15, rue de Grenelle

 

Louis Aragon, Antonin Artaud, Jacques Baron, Joë Bousquet, J. A Boiffard, André Breton, Jean Carrive, René Crevel, Robert Desnos, Paul Eluard, Max Ernst, T. Fraenkel, Francis Gérard, Michel Leiris, Georges Limbour, Mathias Lübeck, Georges Malkine, André Masson, Max Morise, Pierre Naville, Marcel Noll, Benjamin Péret, Raymond Queneau, Philippe Soupault, Dédé Sunbeam, Roland Tual.

 

Après la révolution du vocabulaire entreprise par Victor Hugo, qui voulait mettre un "bonnet rouge au vieux dictionnaire" (Les Contemplations, Livre I, VII, 1856), après "la lettre du voyant" de Rimbaud à Paul Demeny, prônant un "long, immense, raisonné  déréglement de tous les sens (15 mai 1871), c'est la révolution surréaliste qui invitera à une révolution totale de l'esprit.

 

Histoire du Surréalisme, suivie de Documents surréalistes, pp. 218-219, Maurice Nadeau, Editions du Seuil, 1964.

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy, Thème : Révolution.

 

 

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 15:41

 

 

Calaferte

Chéri Alexandre (Pierre Gondard), Gertrude (Yvette Poirier),

Annibal (Gilles Ronsin), Eléonore (Hélène Gay),

Scénographie, Sandrine Pelloquet, Costumes, Sylvie Lombart,

Photo Etienne Lizambard

 

Le 02 mai 2004, cela a fait déjà dix ans que Louis Calaferte est mort mais cet anniversaire n’a guère retenu l’attention. Il faut dire que cet auteur prolifique (récits, poèmes, carnets, pièces de théâtre) a construit une œuvre forte hors des sentiers battus et des coteries littéraires. Il faut donc rendre hommage au metteur en scène Patrick Pelloquet (Théâtre des Pays de Loire) qui, depuis 1996, met en scène des pièces de Calaferte. Avec La Bataille de Waterloo, Entonnoir et Trafic, il a poursuivi en 2009 à Avignon son travail entamé en 1996 avec Les Mandibules (dont je garde un souvenir extraordinaire) et La Souris grise en 1997. A cette occasion, il avait fait la connaissance de Guillemette Calaferte, qui continue d’éditer les volumes restés inédits du journal de son mari. Satisfaite de la cohérence du travail de Pelloquet avec les intentions du dramaturge, elle l’encourage alors à poursuivre dans cette voie. Patrick Pelloquet aurait d'ailleurs encore un projet avec une sixième pièce, Le serment d'Hippocrate

Soucieux de ne pas reproduire les mêmes schémas, Patrick Pelloquet a choisi, avec un collectif d’acteurs, trois autres pièces, formant un triptyque. Elles sont en effet réunies par un lieu unique, la salle à manger, qui a l’intérêt de permettre une scénographie unique modulable. La pièce est censée être située dans un même immeuble de trois étages, et son décor fait référence à l’esprit futuriste de la  Cité radieuse de Le Corbusier.

La thématique des trois pièces porte sur une satire de la famille, et le spectateur découvre à chaque étage une famille à différents âges de la vie. Entonnoir montre un jeune couple dynamique, aux prises avec l'éducation difficile de son jeune enfant. La bataille de Waterloo présente des parents, Gertrude et Chéri Alexandre, dépassés par leurs insupportables garnements, Annibal et Eléonore. Enfin, Trafic met en scène un vieux couple, sans enfants, habitant près d’une gare, qui vit au rythme des arrivées et des départs des trains, et que perturbe le retard d’un train. Ces trois pièces ont été jouées en alternance en 2009 dans le Off à Avignon, au Grenier à Sel.

Mercredi 21 octobre, au théâtre de la salle Beaurepaire à Saumur, on jouait l’une des pièces de cette trilogie La bataille de Waterloo. Dans un décor aux couleurs vives (bleu, jaune, orange), rehaussé par un balcon, une table de plastique blanc entourée de chaises modernes, à la Knoll, supporte un énorme bocal où tourne un faux poisson rouge. Derrière un fauteuil orange en forme de Z, se dresse un mannequin d’homme-grenouille.

C’est dans cet endroit loufoque que des personnages, tels ceux des bandes dessinées, vont donner de la relation intra-familiale une vision « drolatique tout autant qu’inquiétante ». Patrick Pelloquet précise que ces personnages sont davantage des stéréotypes que des personnages dignes de ce nom, avec une psychologie propre (un peu comme chez Ionesco). Par leur intermédiaire, Calaferte part en guerre contre une « normalité normalisée », contre les clichés des comportements familiaux. Certains critiques disent avoir pensé à Jacques Tati en observant ces personnages vivant dans une société de consommation, qui commence à s’automatiser et qui est censée conduire au bonheur dans la normalité.

Patrick Pelloquet, dans une perspective ludique, a proposé à ses comédiens de jouer alternativement les enfants et les parents, dans les trois pièces. Les comportements des protagonistes sont soulignés par le traitement qu’en propose le metteur en scène. Tout en ne niant pas la personnalité de l’acteur, il accentue son physique par le maquillage, le port quasi-systématique de la perruque. Celle-ci s’apparente d’ailleurs davantage à un casque, qui n’accorde aucune liberté aux cheveux. Patrick Pelloquet dit s’être inspiré des play-mobils, silhouettes qui lui paraissaient bien adaptées pour traiter l’univers de Calaferte. Ainsi, Eléonore (Hélène Gay) et Annibal (Gilles Ronsin), les « Choux chéris » de leur mère, sont vêtus de vêtements à la Courrèges, de collants et sous-pulls rouges, et sont coiffés d’une perruque rousse, créant ainsi deux silhouettes en miroir. Le costume de la mère, Gertrude, joue le blanc et le noir : le noir pour la perruque, époque 1970, et les escarpins ; le blanc et le noir pour le tailleur très structuré ; et les collants blancs. Quant au père, Chéri Alexandre  (Pierre Gondard), il est tout de blanc vêtu, à la coloniale, avec une perruque noire gominée, tandis que Madame Ondula (Hélène Raimbault), la cartomancienne de l’appartement du dessous, se promène toujours en culotte. Chaussé de hauts talons, les jambes gainées de collant noir, elle arbore un déshabillé de voile noir qui cache à peine de superbes culottes, brodées d’étoiles blanches, et qu’elle a appris à confectionner chez les sœurs !

La spectateur s’amuse de voir que Calaferte a l’art d’introduire le grain de sable qui fera dérailler cet univers normalisé et remettra en question le confort habituel. Dans La bataille de Waterloo, Madame Ondula est l’élément perturbateur : ne cuisine-t-elle pas des gratins de courge tout en recevant des loups-garous et des ramoneurs ? Perturbation encore parce que personne ne connaît plus la date de la défaite napoléonienne. Dans le monde créé par Calaferte, les enfants trépignent, se roulent par terre, se disputent comme des chiffonniers, insultent leur père, tandis que celui-ci, imperturbable, lance des phrases toutes faites, et fait montre d’une autorité de façade dont les enfants n’ont cure. Quant à la mère (fantastique Yvette Poirier), elle oscille entre un amour béat pour son mari et une tendresse inquiète pour ses enfants. Dans une crise de jalousie envers Madame Ondula, on la voit se dévêtir et jouer la séduction à Chéri Alexandre qui s’avance vers elle en grognant à quatre pattes, dans une scène à mourir de rire.

Avec cette vision « réaliste et décalée » du quotidien, Calaferte nous invite à décrypter les clichés, les a-priori, les phrases toute faites, qui peu à peu font de nous des robots et nous empêchent de penser. Patrick Pelloquet fait remarquer qu’avec ces « comportements du genre humain qui ne sont ni datés ni localisés, [Calaferte] atteint une forme d’universalisme ». « C’est une écriture d’entomologiste », ajoute-t-il.

Louis Calaferte écrivait en 1963 : « Il n’y a pas de mesure à la mesure des mots. Il ne viendrait à personne l’idée de mettre un frein à la clarté de midi en été. Les mots. Silex et diamant. » Et c’est cette écriture si particulière dont s’emparent magistralement les cinq comédiens, qui se livrent sans compter, entraînant le spectateur dans une chorégraphie impeccable, en même temps qu'une sarabande totalement folle. Dans le fracas final de l’incendie, Annibal réalise son rêve en devenant pompier, Chéri Alexandre arbore enfin ses galons d’homme-grenouille- chef, tandis que le délire se conclut sur les notes de La Symphonie fantastique.

Cette pièce, beaucoup plus sérieuse qu’il n’y paraît, témoigne bien de l’œuvre de Calaferte, qualifiée par l’auteur lui-même d’ « intime et de baroque ».

 

 

 

Le Théâtre complet de Louis Calaferte (23 pièces), en quatre volumes est publié aux Editions Hesse :

Pièces intimistes, 1993.

Pièces baroques, I, II, III, 1994, 1996.

 

Louis Calaferte a reçu le Grand Prix de la Ville de Paris pour son œuvre dramatique.

 

Sources :

Calaferte en trois pièces, http://www.trpl.fr

 

 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 09:54

  Joyce Carol Oates-web

Joyce Carol Oates (Photo The Humanist)

 

Lire une œuvre de Joyce Carol Oates, c’est aller à la rencontre de personnages qui nous ressemblent. Mais derrière leur façade de Monsieur et Madame Tout-le-monde, ce sont des êtres qui soudain nous découvrent ce quelque chose, inconnu d’eux-mêmes, qui a fondé leur existence d’adultes. Et c’est là qu’ils deviennent passionnants. Les dix-neuf nouvelles du recueil, Vous ne me connaissez pas, ne dérogent pas à la règle. Et, à la fin d’une lecture hallucinée, le lecteur repose le livre, fasciné par les abysses humaines que la romancière a fait naître sous ses yeux.

Joyce Carol Oates possède en effet le don de mettre en scène de brèves histoires où se trouve résumé ce qui fait l’essence d’un être et sa part de mystère. Ici, c’est un mari excédé par la relation fusionnelle que son épouse entretient avec son beau-frère, qui le pousse à distiller les mots qui l’acculeront au suicide (Complice) ; là, c’est une adolescente de treize ans qui va voir sa vie détruite parce qu’elle dénonce deux de ses frères, à l’origine de la mort d’un jeune noir (Curly red). L’auteur a l’art de dire le moment où le destin bascule, qui va orienter toute la vie du personnage, et le marquer à jamais.

Elle sait à merveille évoquer les limites entre ce qui fut ou peut-être ne fut pas, la part d’incertitude qui gît dans le réel et qu’on ne parvient jamais à cerner. Nédra est-elle prête à sacrifier son bonheur conjugal. Peut-elle avouer « l’histoire de ce qu’[elle a] vu mais n’[a pas vu », à savoir son mari Irish Mac Ewann tuer son père ? (Bonheur). De Crista et Henry, le frère et la sœur, on ne saura pas lequel détient la vérité sur la mort de leur mère, peut-être tuée par leur père, ou non. « Avait-elle vu ? Non. Elle n’avait pas vu, pas entendu. » Mais on devine que la scène meurtrière va sans doute se répéter(Des morts : une élégie). Quant à Jorie, la petite jumelle enfermée dans une cave et qu’on retrouve dénutrie et mutique, est-elle vraiment la victime de sa mère ou de sa soeur jumelle Jamie ? (Jorie et Jamie : une déposition).

Joyce Carol Oates porte aussi un regard plein d’empathie sur la solitude des êtres. Ainsi, dans Cachée, on suit l’histoire d’une enseignante-poète à qui un détenu envoie ses poèmes afin qu’elle les fasse publier. Après s’être intéressée un moment à lui, elle refusera d’apporter sa contribution à sa défense et portera le poids de sa propre culpabilité. Dans Maître assistant, c’est un professeur qui anime à mi-temps un atelier d’écriture. Un des participants, un prisonnier, innocenté récemment, qui a connu l’expérience du couloir de la mort, la trouble et la fascine. Quoiqu’elle le considère comme étant « borderline », elle finira par se rendre chez lui afin de mettre un terme à sa propre solitude. C’est encore une enseignante, Madame Halifax, qui entretient une relation amoureuse avec un élève, Ricky Swann. Qu’adviendra-t-il d’eux ? Son jeune amant tuera-t-il son époux avec un marteau ? Devenue enceinte, sera-t-elle condamnée ? Pourra-t-elle continuer à jouer au bowling ? « Ce n’est pas grave, Madame Halifax, recommence. Il te reste une deuxième chance. »

L’auteur sait aussi évoquer ces moments-clés d’une vie, qui l’influencent à jamais. Sharon, revenant, dans les lieux où elle vécut autrefois, se souvient d’un artisan tapissier qui l’avait troublée dans sa jeunesse. Elle ne parvient pas à oublier la scène au cours de laquelle il l’avait assiégée trivialement dans les toilettes, alors qu’elle faisait du baby-sitting (Tapisserie). La nouvelle, Je ne suis pas votre fils, Vous ne me connaissez pas, qui donne son titre au recueil, détaille la visite de deux frères à leur père sénile dans une maison de retraite. Le narrateur y agresse un résident, qu’il reconnaît comme étant ce professeur de mathématiques, auteur d’attouchements sexuels, dont il avait été la cible en classe, et qui lui avait dit : « Je sais ce que tu vaux. » Quant à la « fille à l’œil poché », victime à quinze ans d’un rapt avec sévices sexuels, à vingt-sept ans, elle ne comprend toujours pas, pourquoi le serial killer ne l’a pas tuée. « Tu sais quoi, petite, lui répétait-il, tu n’es pas comme les autres. » Victime du syndrome de Stockholm, elle continue à le voir « dans la rue, dans une voiture qui passe » (La fille à l’œil poché).

Il y a encore, ces personnages assoiffés d’amour qui vont jusqu’aux limites d’eux-mêmes. Dans Moi et Wolfie, c’est la vie en vase-clos d’un fils de treize ans et de sa mère maniaco-dépressive, que le premier défend envers et contre tout. On pressent qu’ils largueront les amarres pour partir sur la route, vers la « rive canadienne où [ils] n’étaient jamais allés ». Et que dire de ce professeur, un expert médico-légal et sculpteur, qui, en reconstituant le crâne d’une jeune fille assassinée, détruit son couple, et se prend d’amour pour sa fille naturelle qu’il n’a jamais connue (Le crâne, une histoire d’amour ) ?

Dans la quatrième partie (structure en quatre parties par ailleurs assez peu compréhensible), deux nouvelles ont une tonalité différente. Trois filles met en scène deux amies qui déambulent dans la célèbre librairie de livres d’occasion Strand, au coin de Broadway et de la 12° Rue. Elles remarquent une femme qui s’y promène incognito et qui se révèle être Marilyn Monroe. Pour préserver son anonymat, la narratrice lui propose d’acheter à sa place les livres qu’elle désire. Elle les remerciera en leur offrant un livre retiré de l’un de se sacs, Selected Poems of Marianne Moore. Un « soir magique » qui signe le début d’un amour entre les deux amies. Une nouvelle d’autant plus émouvante au moment où l’on publie les Fragments de Marilyn, la star qui disait : « Seule. Je suis toujours seule, quoi qu’il arrive. » L’on sait par ailleurs que Joyce Carol Oates a consacré un ouvrage à Marylin, intitulé Blonde.

La seconde nouvelle de cette dernière partie, Les Mutants, décrit l’expérience terrifiante d’une jeune femme prisonnière d’un immeuble, le jour du 11 septembre. L’espoir est cependant présent lorsqu’elle découvre, au milieu de la nuit, « la lueur d’autre bougies, scintillantes comme des étoiles lointaines ».

Malgré la présence de ces deux dernières nouvelles, il me semble que le texte le plus emblématique soit le dixième, situé quasiment au milieu du recueil, et portant un titre inquiétant très symbolique (Le lac Wolf’s head). Constituée d’un peu plus de deux pages, cette nouvelle est la plus énigmatique. Au bord d’un lac de villégiature, la narratrice est « là, vivante ». Il y est question de « types qui apparaissent et disparaissent », d’une femme servant d’appât, d’une corde à linge solide sous le siège passager d’une voiture, de deux couteaux et de minces filets de sang. L’atmosphère est lourde, toute pleine de la menace d’un inconnu « tourn[ant] autour des cottages et cherchant l’entrée ».

On ne saura rien des personnages : le mystère plane, ce mystère des êtres qui est au cœur de ce superbe livre, avec souvent en arrière-fond le mugissement profond et menaçant des chutes du Niagara.

 

Vendredi 22 octobre 2010

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