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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 14:16

  chatterely

  Constance Chatterley (Marina Hands) et Parkin (Jean-Louis Coulloc'h)

 

Pour les Anglais, Lady Chatterley de T. H. Lawrence, c’est un peu comme Madame Bovary pour les Français : un livre-culte de leur panthéon littéraire. Il fallait ainsi à Pascale Ferran beaucoup d’audace- et sans doute une très grande admiration pour ce roman-  pour se lancer dans l’adaptation de cette œuvre, par ailleurs réputée sulfureuse.

On sait que David Herbert Lawrence écrivit trois fois son dernier livre. Le public a lu surtout la dernière version, celle que l’auteur considérait comme définitive, qu’il fit éditer à compte d’auteur en mars 1928, et dans laquelle la question de la révolution industrielle est très présente. Le garde-chasse (du nom d’Olivier Mellors) devient une sorte d’intellectuel qui tient un vrai discours politique, se faisant ainsi en quelque sorte le porte-parole de Lawrence. Par ailleurs la fin en est plus optimiste, laissant présager que les amants pourront sans doute se retrouver.

La réalisatrice a préféré la deuxième version, moins bavarde selon elle, et orientée sur ce qu’elle appelle « le centre de feu de l’histoire, […] la naissance d’un couple, le processus d’amour et de transformation l’un par l’autre ». (Interview accordée à Audrey Jeamart).

Et si Lawrence a écrit trois fois cette histoire, la particularité du travail de Pascale Ferran, c’est qu’elle en a tourné quant à elle deux versions, Lady Chatterley, version courte pour le cinéma (2h48) et Lady Chatterley et l’homme des bois, version longue pour la télévision, en deux épisodes de 1h44 et 1h37). Bien qu’elle soit extrêmement fidèle au livre, ce choix lui a permis de s’approprier l’histoire comme elle le souhaitait. La double version lui donnait par ailleurs l’occasion d’obtenir double financement.

La version télévisuelle longue s’est d’abord imposée à Pascale Ferran car, pour elle, la durée logique de l’adaptation se situait entre trois et quatre heures. La version cinématographique devait se situer dans la perspective de cerner davantage l’évolution des personnages. Ayant vu en premier cette dernière version, je craignais une lassitude à voir la version longue. Or il n’en est rien, bien au contraire, les personnages se métamorphosant devant nous au rythme du défilement des saisons, particulièrement bien rendu.

Publié à Florence en 1928, Lady Chatterley’s Lover ne fut imprimé au Royaume-Uni qu’en 1960, l’ouvrage ayant suscité un énorme scandale dû, en partie aux scènes de relations sexuelles explicites, en partie au fait que les amants étaient un garde-chasse, classe subalterne, et une aristocrate. Le procès intenté aux éditeurs, Penguin Books, se conclut par un verdict d’acquittement, ouvrant ainsi la voie à une plus grande liberté d’expression.

N’existe-t-il pas en fait un grand malentendu ? En effet, c’est bien cet ouvrage, considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature érotique, que Lawrence avait  envisagé d’intituler Tenderness (Tendresse). Il avait aussi indiqué qu’il n’avait pas écrit un « roman de sexe », précisant : « Je veux qu’hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. » Pascale Ferran l’a bien compris qui explique à sa manière : « Je pense que [Lawrence] cherche avant tout à raconter une intimité, qui se développe, entre autres, par des scènes d’amour physique entre les deux personnages. Cela fait complètement partie de leur trajet relationnel. Mais on n’est pas dans la pulsion animale. Il y a autre chose entre eux. C’est ce que je trouve très beau dans le livre. Le corps et l’âme des deux personnages ne font qu’un, tout le temps. »

La réussite de la version télévisée et du film tient justement à ce fragile équilibre entre la découverte des corps et la maturation spirituelle et morale de Constance Chatterley, la maîtresse de Wragby Hall, et de Parkin, le garde-chasse. La réalisatrice parvient à allier crudité et lyrisme et les six scènes d’amour initiatiques ne sont jamais vulgaires ni empreintes de voyeurisme. Entre les deux personnages que tout sépare s’instaure progressivement une intimité qui devient un véritable amour. A une gêne mêlée de respect, où les vêtements sont encore un rempart, à des dialogues rares où le tu se mêle au vous, va succéder un apprivoisement progressif, une découverte du corps de l’autre à la lumière, une volonté de toucher et d’être touché, une aspiration au baiser, un désir d’entendre de véritables paroles d’amour.

 

Jean-Louis-Coulloch-Marina-Hands

 

C’est ce cheminement, dont la gradation est remarquablement nuancée, qui fait la force du film et lui confère son émotion. Le dialogue final, notamment, dans lequel Parkin remercie Constance de l’avoir « ouvert » au monde, de lui avoir ôté toute peur, de l’avoir délivré de sa solitude, est particulièrement significatif à cet égard. Quant à Constance, si Parkin lui a fait découvrir l’union heureuse des corps et des cœurs, il lui aura aussi permis d’ouvrir son regard sur un univers d’injustice, symbolisé par Clifford Chatterley qui ne peut concevoir que « ses » mineurs se mettent en grève.

Cette accession d’une femme à sa pleine féminité et à une réelle prise de conscience est rythmée par la vie de la nature, admirablement filmée. On pourrait trouver répétitif le rituel des promenades de Constance, qui va de Wragby Hall à la cabane de Parkin, mais il n’en est rien. La nature y est montrée à l’unisson de ses humeurs et de ses sentiments : elle cueille des jonquilles quand le printemps arrive, son dos s’appuie à l’écorce des arbres à la recherche de sensations nouvelles, elle boit dans ses mains à la source courante quand l’amour lui est advenu, elle s’extasie devant des oisillons nouvellement nés. Cet amour qui semblait voué à l’échec se fait panthéiste, symbolisé par la course joyeuse des amants nus sous la pluie, par leur union charnelle dans les feuilles et l’humus et par cette sorte de tableau pré-raphaélite où ils parsèment leur corps de fleurs et ceignent leur tête de couronnes de feuillages.

Si la relation entre Constance Chatterley et Parkin est bien évidemment au cœur du film, il serait cependant injuste de ne pas évoquer le personnage de Clifford Chatterley, subtilement interprété par Hippolyte Girardot. Revenu infirme de la Première Guerre mondiale, le maître de Wragby Hall  est celui pour qui « aucun organe vital n’est atteint mais [pour qui] partout la vie est brisée ». Incapable de donner un héritier à son épouse, il lui laisse entendre au début à que « tous les corps se valent » et qu’il ne verrait pas d’obstacle à ce qu’elle ait un enfant d’un autre homme, s’il est bien sûr de son rang ! Sans être aucunement ce qu’on pourrait appeler un mari complaisant, il est donc celui qui permet à Constance de vivre le plus naturellement du monde sa relation adultère.

Peu à peu, cependant, il la voit s’animer de nouveau après une grave période de neurasthénie et son orgueil reprend le dessus, surtout lorsqu’elle lui fait comprendre qu’elle pourrait être enceinte. Au cours d’une promenade avec sa femme, une scène burlesque le montre aux prises avec sa chaise roulante qui refuse obstinément de remonter la pente qu’il a descendue jusqu’à la source. Son amour-propre d’aristocrate lui interdit de demander l’aide de Constance et de Parkin. Il sera finalement contraint d’accepter leur secours, ne se doutant pas que, dans son dos, sa femme pose doucement sa main gantée de dentelle sur celle rugueuse et noueuse du garde-chasse. A la fin du film, lorsque Constance revient d’un voyage à Menton avec sa sœur Hilda, elle retrouve son époux, toujours fier et orgueilleux, qui a fait l’effort surhumain de quitter sa chaise roulante et de marcher avec des béquilles.

Clifford Chatterley est donc un personnage tout en nuances, qui oscille entre mépris et sollicitude, entre morgue et blessure intime, qui cherche à exister en dépit de son infirmité, en dirigeant sa mine, en s’adonnant au dessin technique et en lisant à voix haute Andromaque à Constance.

Ainsi, grâce au jeu de trois acteurs talentueux, et particulièrement celui d’une Marina Hands, naturellement lumineuse, et justement césarisée en 2007, ce film parfaitement maîtrisé réinvente le trio amoureux dans une Angleterre puritaine où les personnages ne sont jamais là où on les attend. Et comme l’écrit Yvette Reynaud-Kherlakian (www.e-litterature.net), Lady Chatterley et l’homme des bois constitue une « conquête hautement spirituelle [qui] se fait, non par volonté morale mais par une sorte de restauration spontanée et studieuse, grave et gourmande, de la dignité du sexe ».

 

ARTE ayant diffusé de nouveau la version télévisée de Lady Chatterley et l’homme des bois, de Pascale Ferran,  jeudi 04 et 11 novembre 2010, je publie de nouveau l’article que j’avais écrit en janvier 2010.

 

  chattreley pluie

 

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 20:50

 

  neuville

Le Flambeau de Neuville-Saint-Vaast, souvenir du martyre du village

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, j’ai trouvé ce sonnet recopié sur un feuillet  libre, apparemment arraché à un autre livret, car les bords en sont finement dentelés, et comme écrit à la hâte, dans une sorte d’urgence fiévreuse à dire l’horreur.

Son titre « Après la bataille », m’a évidemment fait penser au poème de Victor Hugo, dans La Légende des Siècles et qui porte le même titre. Le poème de ce dernier évoque la figure du général Hugo, lors de l’avancée des troupes françaises pendant la guerre d’Espagne. Poème célèbre par sa dramatisation et son art du récit, dans lequel le fils poète exalte le souvenir du père illustre, qui donne à boire au soldat « mort plus qu’à moitié » qui le vise au front. Tout le monde a en mémoire le dernier vers :

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père. »

Ici, le sonnet a une tonalité beaucoup plus tragique (proche peut-être du Dos de mayo peint par Goya qui y stigmatise les exactions des Français) et se clôt sur un vers empreint de mysticisme.

J’ignore à qui appartiennent les initiales A. V. écrites à la fin du texte, mais c’est sûrement quelqu’un qui a vu de près le spectacle horrible de la guerre. Peut-être est-ce même un soldat qui a participé à cette phase de ce que les historiens de la Grande Guerre ont appelé la guerre de position, qui fait suite à la guerre de mouvement de 1914. Au mois d’octobre de cette même année, après avoir occupé Lille, les Allemands sont arrêtés à Vimy lors de la bataille de l’Artois mais ils ont détruit le beffroi d’Arras.

Le 9 mai 1915, c’est la prise de la Targette à Neuville-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais, village qui sera totalement détruit. La division marocaine réussit alors une percée sur la crête de Vimy. La situation décrite dans le poème est celle de l’Armée française avant qu’elle ne se lance dans la Deuxième Bataille de l’Artois et ne soit arrêtée à Lorette. Neuville-Saint-Waast ne sera dégagée qu’au mois d’octobre.

 

J’ai recopié le poème tel qu’il se présente, en respectant les majuscules, l’orthographe et la ponctuation employées.

 

P1010294

 

 

Neuville Saint Vaast- Sonnet- 12 mai 1915.

 

Après la bataille

 

La route, entre deux rangs d’arbres

 [déchiquetés

longe les murs béants d’un verger. La mitraille

a d’informes monceaux de pierre et de

                                                [ferraille

Jonché le sol meurtri des jardins dévastés

                       -------

Tout fume encor ; du fond des boyaux empestés

Monte un affreux relent de mort et de

[bataille

Les cadavres gisants (un surtout qui vous

                                                         [raille

En un rictus hideux, pêle-mêle jetés

                      -------

Un chemin creux, au fond l’enclos du

                                             [cimetière

Au revers des talus, donnant dans la

                                          [poussière

les vainqueurs effondrés sur les corps

    [des vaincus ;

 

Parfois le sifflement d’un obus, un cratère

qui s’ouvre, et le couchant qui nimbe de lumière

la face en pleurs du Christ et ses bras étendus

 

A.     V.

 

Les combats eurent lieu dans le cimetière lui-même, ce qui explique la présence d’un Christ aux bras étendus. Actuellement, le cimetière de La Targette s’étend sur 44 525 m2 et accueille 12 210 corps, dont 11 443 Français.

Je pense avec émotion à l’inconnu qui a pris la plume pour témoigner du scandale de la guerre et à ma grand-mère qui a conservé ce papier plié, sur lequel son nom est écrit au crayon de bois, preuve que ce poème lui était bien destiné.

 

  Dans le cimetière les tranchées sont creusées au milieu

 

 

 

En ce jour de 11 novembre 2010, commémorant l'armistice du 11 novembre 1918, qui mit fin à la boucherie de la Grande Guerre, je publie de nouveau ce poème anonyme, retrouvé dans Le Carnet de Poésie de ma Grand-Mère. Et je me souviens que tous les survivants de cette guerre sont morts.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 09:44

  Vermeer de Delft La Liseuse

La  lettre, Vermeer de Delft

 

Sous le frontispice

Du blog ex-libris,

 

invitation-au-chateau-1947-decor-unique-da-barsacq

L'invitation au château, de Jean Anouilh,

décor unique d'André Barsacq, 1947

 

Une invitation au château

Des textes et des mots,

 

camilleclaudel valse

La Valse, bronze de Camille Claudel

 

Une invitation à la valse

Quand les âmes s’enlacent

 

jeanne duval la vénus noire manet 

Jeanne Duval, La Vénus noire de Baudelaire, Manet 

 

Une invitation au voyage

Vers les mouvants nuages

 

 

"Un nouveau venu vous rend visite. Qu'aimeriez-vous lui montrer de vous qui lui permette de vous connaître et d'avoir envie de revenir ?" (Un texte bref et illustré si possible par une image qui vous corresponde serait le bienvenu.)

Cet article devra évidemment être publié pour la communauté et il vous faudra en apporter l'adresse dans un commentaire ici :

http://azacamopol.over-blog.com/article-liste-des-blogs-de-la-communaute-60627284.html

 

 

 

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 10:50

  Aurevily félicien rops

Illustration de Félicien Rops pour Les Diaboliques de Jules Barbey d'Aurevilly 

 

 

 

C’était sous Charles X

Dans un salon normand

Et s’adonnant au whist

Des nobles devisant 

 

Vieilles douairières

Décadents gentilshommes

Une comtesse fière

Dont le mystère étonne

 

Et saura-t-on jamais

Qui de sa fille ou d’elle

De Marmor l’Ecossais

Aura été la belle

 

Dans l’ardeur de gagner

C’était le dieu du chelem

Et dans ses mains très blêmes 

Des cartes biseautées 

 

Madame de Tremblay

De sa fille la rivale

Vipérine et fatale 

Voudra-t-elle se venger

 

Quand vient le jour mourant

Un éclat électrique

Celui d’un diamant

Et d’une toux phtisique

 

Quel est cela qui brille

Qui est celle qui tousse

Mais voyons c’est ma fille

Ma bague en taille douce

 

Et la belle comtesse

Remet sa pierre au doigt

Mâche en délicatesse

Des fleurs de réséda

  

Marmor est-il celui

Qui fut l’empoisonneur

De la mort d’Herminie

Est-il instigateur

 

Dans une jardinière

Aux fleurs de réséda

Un nouveau-né en terre

Au mystérieux trépas 

 

C’était sous Charles X

Dans un salon normand

Une partie de whist

Au parfum inquiétant

 

 

 

Frontispice des diaboliques

Fronstipice de l'édition des Diaboliques par Félicien Rops

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : Les jeux de société

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 13:28

  Resurrection (2001

 

Publié en 1899, à l’aube du XX° siècle, qui se profile à la fin du roman, Résurrection est le testament politique, philosophique et religieux du comte Léon Tolstoï. Pour rendre hommage au grand écrivain qui mourut le 07 novembre 1910 à 06h 5 du matin, dans la petite gare d’Aśtapovo, ARTE lui consacrait hier, dimanche 07 novembre 2010, une longue soirée Théma, diffusant en première partie le film des frères Paolo et Vittoriano Taviani (2001), adapté de cet ultime roman.

A l’origine de cette histoire, il y a un fait véridique que A. F. Kony, procureur général au tribunal régional de Saint-Pétersbourg, rapporta à son ami Tolstoï, au cours d’un séjour à Iasnaïa Poliana, à l’automne 1887. Il avait reçu la visite d’un jeune aristocrate, venu se plaindre à lui qu’on refusait de transmettre une missive à une détenue du nom de Rosalie. Cette fille d’un métayer avait été recueillie à la mort de son père par le propriétaire des terres, qui l’avait gardée comme domestique. Séduite par le fils de la maison et enceinte, elle avait été chassée du domaine et la misère l’avait conduite à se prostituer. Un vol de cent roubles au détriment de l’un de ses clients l’avait ainsi amenée au tribunal où, par le plus grand des hasards, elle s'était trouvée en présence de l'un des jurés, le jeune homme qui l’avait autrefois abandonnée. Culpabilisé par le souvenir de sa faute de jeunesse, et dans la volonté de la racheter, ce dernier avait souhaité épouser la jeune fille, mais elle était morte du typhus.

 

Résurrection 2

Katioucha Maslova (Stefania Rocca) et le prince Dimitri Nekhlioudov (Timothy Peach)

 

Très vite Tolstoï va élaborer le plan de son roman qu’il appelle alors la Koneva, mais qu'il n'achèvera qu’en décembre 1898. Cette longue gestation s’explique par le fait que son métier d’écrivain ne l’intéresse plus guère, qu’il a du mal à mettre en accord ses actes avec ses idées, et qu’il se souvient avoir lui-même autrefois séduit une jeune domestique nommée Gacha. L’histoire du prince Dimitri Nekhlioudov et de Katioucha Maslova sera aussi un peu la sienne. Quant à la publication de l’œuvre, elle fut soumise à moult censures et ce n’est qu’en 1935 que Tchertkov mit la toute dernière main à l’édition définitive de l’œuvre.

L’extraordinaire histoire d’amour et de rédemption du prince Nekhlioudov et de Katioucha Maslova, comme seule l’âme russe peut en inventer, est certes un des éléments-clés du film. Et comme le dit un personnage : « Nous n’avons pas besoin d’un prince qui se fourvoie avec une prostituée ! » Sa volonté inébranlable d’épouser et de sauver la prostituée, dont il se sent coupable de la déchéance, fait du prince, décidé à tout abandonner de ce qui fut son existence dorée pour réparer sa faute, un personnage hors-norme : « Même si tu ne le veux pas, dit-il à Katioucha, je serai toujours auprès de toi. » La certitude acquise que, sans amour, on ne peut être heureux le mènera dans une Sibérie tétanisée dans la neige et le gel. Pourtant Katioucha ne le suivra pas mais liera son sort à l’anarchiste Simonson. La scène de leur séparation est exemplaire à cet égard :

« -     Je ne vous dit pas adieu, je vous reverrai.

   -     Pardon, dit-elle d’une voix à peine perceptible.

Leurs yeux se rencontrèrent et dans son étrange regard, dans le pauvre sourire qui accompagnait, au lieu d’un adieu, ce « pardon », Nekhlioudov lut que des deux explications de sa conduite, la seconde était la vraie : elle l’aimait, et elle pensait qu’en s’unissant à lui elle gâcherait sa vie ; mais dès à présent, quoique heureuse d’avoir rempli ses intentions, elle souffrait de se séparer de lui. »

Si cet amour « bizarre » entre un prince qui renie sa caste et une femme qui est « déjà morte », est remarquable, ce qui l’est tout autant, c’est la mue qu’opère le prince, obligé par cet amour coupable puis assumé d’ouvrir les yeux sur les malheurs du peuple. Le personnage du prince Nekhlioudov est l’incarnation des idéaux  que Léon Tolstoï défendit toute sa vie. Georges Lucacs, cité dans la préface de Nivat (pour l’édition Folio Classique du roman), écrit que cet aristocrate, honteux des privilèges et des excès de sa classe sociale, veut « faire le bien avec les fruits du mal ». Comme Tolstoï proposant à ses serfs la libération du servage, on le voit offrir ses terres à ses paysans qui les refusent. Le chapitre XXVIII de la Troisième partie insiste sur cette obsession viscérale des autres, qui fut celle de Tolstoï, et qu’il exprime ainsi : « Les maux effroyables qu’il [le prince] avait vus et constatés au cours des dernières semaines et en particulier le jour même dans cette horrible prison, tous ces maux […] régnaient triomphants, sans qu’il entrevît la moindre possibilité de les détruire et même de les combattre.

Dans son imagination, il vit se dresser ces centaines, ces milliers de malheureux, dégradés, parqués dans un air empesté, par des généraux, des procureurs, des directeurs de prisons indifférents. […] Comme auparavant, il se demanda si c’était lui, Nekhlioudov, qui était fou ou bien les autres, ceux qui accomplissaient tous ces actes prétendus raisonnables, et la question s’imposait à lui avec une force nouvelle et réclamait une réponse. » Et c'est bien cette réponse que Tolstoï chercha toute sa vie, au point d'y sacrifier sa vie familiale.

Dans ce film de facture extrêmement classique, parfois démonstratif, on regrettera  sans doute une absence d’émotion et des décors qui sentent souvent l’artifice. La musique envoûtante de Nicola Piovani se fait trop rare, en dépit de très beaux passages, et notamment la ballade des prisonniers. Par ailleurs, si les frères Taviani ont gommé en partie la perspective religieuse extrêmement présente dans le roman, et notamment l’Evangile de Matthieu, ils ont proposé cependant deux belles scènes : celle de la Pâque orthodoxe et le mariage de Katioucha et de Simonson. Et il n’en demeure pas moins non plus que la scène finale dans l’isba, où des moujiks fêtent le nouveau siècle (en surimpression on lit "XX secolo"), n’en fait pas l’économie.Quelqu'un demande au prince quel vœu il souhaite formuler et, après avoir hésité, il déclare : « Aimons-nous les uns les autres », phrase-clé du Sermon sur la montagne, cité abondamment par Tolstoï dans les dernières pages du roman

Il apparaît cependant que l’adaptation des frères Taviani, revenus de leurs idéaux communistes, est surtout pour eux une manière de dire la folie idéologique d'état, qui sera celle du XX° siècle. Leur film s'insurge contre "une chose appelée service de l'Etat qui permet de traiter des êtres comme des objets". Il dénonce les inégalités de classes, les jugements iniques, les emprisonnements arbitraires, les déportations massives dans des wagons noirs, emportés vers le néant. Et Tolstoï a beau écrire dans son épilogue que « cette nuit [après s'être séparé à tout jamais de Katioucha et avoir visité les cellules de la prison] fut le début pour Nekhlioudov d’une existence nouvelle », la révolution qui s’opère dans ce superbe personnage, double de l’écrivain, n’est qu’une révolution intérieure, qui sera impuissante à enrayer tous les goulags à venir.

 

  resurrezione

  Katioucha Maslova en partance pour la Sibérie

 

 

Sources :

Anna Karénine, Résurrection, « Introduction à Résurrection », Bibliothèque de La Pléiade, 1951.

Lumière morte de fin du monde, « Un Tolstoï maudit, Résurrection », Critique de Réal la Rochelle, 21/05/2008.

 

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 16:54

  484427 la-princesse-de-montpensier-de-bertrand-tavernier 2

  François de Chabannes instruisant Marie de Montpensier.

 

C’est au contact d’Henriette d’Angleterre, Madame, dont elle fut la confidente, que Marie-Madeleine Pioche de Lavergne, comtesse de La Fayette, se découvre la tentation d’écrire. Sur les conseils du grammairien Ménage, abbé et homme de lettres, à qui elle doit son apprentissage en écriture, elle entreprend la rédaction d’une nouvelle, qui suit celle de La Comtesse de Tende, et dont le dessein était simple : « Montrer les ravages que peut faire l'amour dans l’existence d’une femme, quel danger il constitue pour son bonheur ». Avec La Princesse de Clèves, ces trois textes aborderont une thématique commune, celle de la faute commise par une femme mariée.

Publiée anonymement en 1662, la nouvelle, intitulée La Princesse de Monpensier (orthographe de l’époque), recueillit un vif succès. En effet, sous l’identité de la princesse de Montpensier, les contemporains découvrirent sans peine, non son homonyme la Grande Mademoiselle, mais bien plutôt la malheureuse Henriette d’Angleterre elle-même. L’on sait en effet que sous les costumes du XVI° siècle, c’est la noblesse du Grand Siècle qui revit par la plume incisive de celle qu’on surnommait « le Brouillard ».

A l’heure où les romans-fleuves de Mademoiselle de Scudéry sont en train de passer de mode, Madame de La Fayette met en scène le thème de la fatalité de l’amour condamné par la société ou non partagé, dans le cadre de la cour des Valois, toute faite de raffinement et de vilenie. « Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, l’amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres et d’en causer beaucoup dans son empire. »

On connaît le propos que reprend Bertrand Tavernier dans le film éponyme : Marie de Mézières (Mélanie Thierry), « héritière très considérable » est promise au jeune duc du Maine (Mayenne dans le film, César Dombroy), cadet d’Henri de Lorraine, duc de Guise (Gaspard Ulliel), dit « le balafré ». C’est pourtant de ce dernier dont elle est éprise. Les Bourbon, jaloux de la puissance des Guise et que cette alliance renforcerait, rompent leur engagement et arrangent un mariage avec Philippe de Bourbon, prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet). Marie, qui craint de côtoyer celui qu’elle aime en épousant son frère, se résout, non sans rébellion, à cette décision.

 

PRINCESSEMONTPENSIER1

  Marie de Mézières et son mari Philippe de Montpensier.

 

Retenu à la guerre, le jeune marié confie pendant un an sa jeune épousée au comte François de Chabannes (Lambert Wilson) qui fut son précepteur. Loin de la cour, sur les hauteurs du sévère château de Champigny,  l'ancien soldat lui apprend à écrire, lui donne le goût de la poésie, lui enseigne la marche des étoiles. « Il la rendit en peu de temps une des personnes du monde la plus achevée. » Alors qu’elle lui livre son amour secret pour Henri de Guise, il lui avoue qu’il s’est épris d’elle. Puis le hasard fera que le duc d’Anjou, Henri de France, futur Henri III (Raphaël Personnaz), tombera amoureux de la princesse esseulée, tandis que se rallume la flamme de cette dernière pour Henri de Guise. Chabannes, malheureux  et déçu, se fera le complice de leurs amours, allant jusqu’à sacrifier son honneur en sauvant celui d’Henri de Guise. Il sera massacré au cours de la Saint-Barthélémy. Quant à Marie de Montpensier, elle sera délaissée par l’inconstant Guise. Dans la nouvelle, elle en tombe malade et meurt. Dans le film, elle se retire du monde : « Elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant, et le plus parfait ami qui fut jamais. »

 

Marie et ses amoureux

  Dans la cour du château de Blois,

Henri de Guise, le duc d'Anjou, Marie et Philippe de Montpensier.

 

Pour son vingt-sixième long-métrage, le cinéphile et cinéaste, passionné d’Histoire, qu’est Bertrand Tavernier a relevé le défi d’adapter dans un film de 140 minutes ce texte d’une vingtaine de feuillets, rédigé dans sa grande majorité au style indirect. Dans une interview à Ciné Lycée, il explique qu’il préfère le terme de « lecture » à celui d’ « adaptation », d’autant plus que la majorité du film est constitué de scènes totalement originales. Avec Jean Cosmos, il a repris, par le biais d’un scénario écrit par François-Olivier Rousseau, un projet déjà existant.

Dans ce récit qui se déroule entre 1567 et 1571, pendant les guerres de religion et le règne de Charles IX, Bertrand Tavernier a été sensible à des échos très contemporains, comme l’aspiration d’une jeune fille à vivre son propre destin, ou encore le fanatisme religieux. Il a donc été saisi par « la métamorphose » de cette jeune fille noble, « non préparé[e] aux événements qui vont s’imposer à elle […] tout comme par la répercussion de ce changement sur son entourage ». Et d’une manière subtile, il parvient à expliquer l’attitude du comte de Chabannes qui, étant passé des huguenots aux catholiques, finit par abandonner le métier de la guerre. Soucieux de retrouver au plus près l’esprit de l’époque, le cinéaste cherche à comprendre ce que fut ce temps et à en « absorber » l’essence même. En revenant sans cesse aux particularités de cette langue du dix-septième, il s’est ainsi efforcé d’en percer les mystères pour en donner à l’image le ton le plus juste.

Le regard de Madame de La Fayette débusque en effet les noirceurs de l’âme humaine et la violence de ces sociétés apparemment si policées et Bertrand Tavernier ne les occulte nullement. Ainsi le film commence par une scène terrible où l’on voit le comte de Chabannes tuer une femme enceinte, dont la maison abrite des huguenots, cet acte étant considéré à l’époque comme gravissime, tout comme la destruction d’un four à pain ou d’une charrue. En même temps que la famille et la maisonnée, le spectateur assiste aussi à la mise en scène de la nuit de noces de Marie de Mézières et de Philippe  

de Montpensier. Tandis que les deux pères, le marquis de Mézières et le duc de Montpensier (Philippe Magnan et Michel Vuillermoz), jouent aux échecs, une suivante vient leur présenter le drap taché de sang, preuve que le mariage a été consommé. Telle est la peinture de cette société rigide qui se méfie de la passion, aliène la femme et ne sert que l’homme.

 

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  Marie de Montpensier partant pour le château de Champigny, résidence de son époux.

 

Le film est par ailleurs mené à bride abattue par un metteur en scène amateur de scènes équestres et celles-ci sont particulièrement réussies. Pour les passages où l'on guerroie, Bertrand Tavernier s’est attaché à repérer des terrains accidentés, les plus à mêmes de suggérer l’effort. Il s'en explique ainsi  : « J’ai appris que la mise en scène de cinéma, c’était la dramatisation du rapport entre le temps et l’espace. » « Quand on voit Gaspard Ulliel (Henri de Guise) affronter deux ou trois adversaires successifs dans le même plan, cela nous donne une idée de l’effort qu’il doit fournir », poursuit-il.  Les scènes de batailles ont été réalisées « à l’ancienne », dans l’espace de deux jours, sans effets spéciaux, en utilisant le brouillard, les mouvements du terrain, la fumée. Bertrand Tavernier s’est contenté d’une rivière, de beaucoup d’arbustes, et d’un terrain vallonné, qui encombraient le cadre et le dispensaient de disposer d’un trop grand nombre de figurants.

Il a encore souhaité, dit-il, retrouver « les séquences des vieux westerns », dans lesquelles les cavaliers bavardent de concert. Il a donc utilisé le Steadicamer sur une moto ou une petite voiture électrique, obtenant ainsi des plans-séquences où les personnages évoluent librement dans le cadre. Le choix des acteurs a d’ailleurs été conditionné par le fait de savoir monter à cheval. C’était le cas de Lambert Wilson et de Raphaël Personnaz ; tous les autres en ont fait le difficile apprentissage ! Quant à Mélanie Thierry, toute vêtue de vert, elle est impériale en amazone, lorsqu’elle galope sans désemparer jusqu’au château de Champigny, au moment où son mari l’éloigne de la cour.

 

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  Marie de Montpensier chevauchant vers le château de Champigny quand son mari l'éloigne de la cour.

 

Le choix du Cinémascope a contraint le metteur en scène à se rapprocher des acteurs, à créer plus d’intimité et à mettre en valeur les décors imaginés par Guy-Claude François, les couleurs, les matières et les somptueux costumes créés par Caroline de Vivaise. On admirera le tuffeau des châteaux du Plessis-Bourré et de Blois et les infinis paysages vallonnés d’Auvergne, remarquablement éclairés par le directeur de la photographie Bruno de Keyzer. Mais en même temps, le film ne sent pas la reconstitution historique à tout prix. Ainsi, nul n’y porte la fameuse fraise, présente pourtant sur de nombreux portraits des grands de l’époque. Tavernier a fait le choix du naturel et du mouvement, qui conviennent particulièrement bien à l’extrême jeunesse de ses personnages, et que soutient une très belle musique de Philippe Sarde.

 

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   Henri de France, duc d'Anjou, et futur Henri III.

 

C’est l'enthousiasme de ces jeunes acteurs que le cinéaste a privilégié dans le film. Lors du tournage du duel à Blois entre Philippe de Montpensier et Henri de Guise, le cadreur Chris Squires a suivi au plus près les duellistes : « Il n’y a pas de marque au sol, rien de figé, je privilégie ainsi le mouvement, les pulsions des acteurs », commente le cinéaste. Et si La princesse de Montpensier peut être qualifiée par certains de « film de cape et d’épée », cela n’ a rien à voir avec Le Bossu et autre Capitan, films qui n’avaient jamais véritablement comblé le jeune spectateur passionné qu’était Bertrand Tavernier.

Dans ce long-métrage, le cinéaste filme donc avec flamme l’ardeur et le désir. Si Mélanie Thierry joue un peu trop souvent de ses moues boudeuses, elle n’en est pas moins crédible dans ce personnage de jeune femme écartelée entre devoir vertueux et passion, esquisse en quelque sorte de ce que sera la princesse de Clèves. Gaspard Ulliel campe un « balafré » plein de fougue, dont l’ambition cherche à se placer d’abord auprès de Marguerite de Valois, soeur du roi, puis auprès de Marie de Clèves qu’il épousera. Mais c’est surtout Raphaël Personnaz qui emporte l’adhésion, en jouant un futur Henri III aux yeux charbonneux, qui ne supporte pas de se voir supplanté par un rival dans le cœur de Marie de Montpensier. Il confère ici beaucoup d’épaisseur à un personnage historique trop souvent caricaturé en mignon. Seul parmi cette nouvelle génération, Grégoire Leprince-Ringuet ne parvient pas à donner sa force tragique au mari mal-aimé, qu’il interprète sans guère d'âme ni de conviction. Dans le même rôle ingrat, Jean Marais (dans La Princesse de Clèves de Jean Delannoy) était plus convaincant et parvenait à toucher .

 

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"Je suis si persusadée que l'amour est une chose incommode,

que j'ai de la joie que votre père et moi-même en ayons été exempts",

confie  la marquise de Mézières à sa fille en lui conseillant de se marier.

 

En ce qui concerne les comédiens confirmés, l’acteur du Français qu’est Michel Vuillermoz ne déçoit pas en duc de Montpensier alors que Philippe Magnan, dans le rôle du marquis de Mézières, frôle le ridicule, surtout dans la scène où il somme sa fille d’épouser Philippe de Montpensier en lui faisant violence. (Dans cette même scène, on sera sensible au fait que la marquise de Mézières (Florence Thomassin) donne à sa fille une définition de ses relations avec son mari que Madame de La Fayette elle-même avait faite sienne : « Je suis si persuadées que l’amour est une chose incommode, que j’ai de la joie que mes amis et moi en soyons exempts », disait l’écrivain de sa relation avec la Rochefoucauld.) On regrettera encore le choix d’une Catherine de Médicis grasse et vulgaire, dont le jeu force le trait.

 

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  Marie de Montpensier et François de Chabannes.

 

Mais celui qui remporte la palme, c’est bien évidemment Lambert Wilson qui, après son rôle « habité » du frère Christian de Chergé dans Des hommes et des dieux, endosse de nouveau un rôle à la mesure de son immense talent. Tout en retenue, il interprète avec sobriété et émotion le rôle du comte de Chabannes, fin lettré et homme de science, image d’une tolérance impossible en ces temps de guerres de religion, et que l’amour vient foudroyer alors qu’il croyait que son âge l'en avait délivré. La lettre, adressée par lui à Marie de Montpensier et que Philippe de Montpensier trouve sur son cadavre au lendemain de la Saint-Barthélémy, ne peut que faire penser à la lettre que lit Cyrano à Roxane au moment où il va mourir. Et le film s’achève sur le recueillement silencieux de Marie sur la dalle de sa sépulture dans une petite église d’Auvergne. Et si le personnage-clé de ce film, c’était lui…

 

lettre Marie de Montpensier avec à la main la lettre tachée du sang de François de Chabannes.

 

Selon moi, il est peut-être le porte-parole le plus fidèle du dessein littéraire de Madame de Lafayette, cette pionnière de l'écriture féminine et féministe, qui aspirait à ce que « sous la pudeur aristocratique, s’exprime le désir de  se faire le juste écho d’une société d’honnêtes gens occupés avec passion à ne pas être dupes des apparences ».

 

  la fayette

 

Portrait de Madame de La Fayette

 

 

Sources :

L’Express.fr, « Bertrand Tavernier raconte le tournage de La Princesse de Montpensier. »

http://www.cinelycee.fr/dossiers/interviews/interview-de-bertrand-tavernier-423.

Dictionnaire des Littératures de Langue française, article « La Fayette », J-P de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey, Bordas, 1987.

 

A voir aussi :

Sur la 5, Collection Empreintes, Bertrand Tavernier, cinéaste de toutes les batailles, Film documentaire de N.T. Binh.

Vendredi 05 novembre 2010, 20h 35.

Dimanche 07 novembre 2010, 07h 50.

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 09:26

 

   orpailleur

  Orpailleurs

 

Homme

 

 Orpailleur sans espoir

Dans la batée des jours

Découvreur de cailloux

   

SpanishConquistadors 

Conquérants espagnols

 

Conquérant en haillons

D’un faux Eldorado

Couleur de verroterie

   

nombre d 'or 

 

Architecte obsédé

Par le nombre parfait

Jamais additionné

 

alchimiste Adriaen van ostade 

L'Alchimiste, Adriaen van Ostade, 1661

 

Alchimiste déçu

Dans les vapeurs du plomb

Malade du poison

 

LUCAS Cranach l'Ancien l'âge d'or 

L'Age d'or, Lucas Cranach l'Ancien

 

Ne rêve pas de l’âge d’or

Vis seulement

Ton âge d’homme

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : L’or

 

 

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 12:10

 

      Rodin amants           L'éternelle idole, Rodin, Musée Rodin, (Photo Collection personnelle)              

 

 

                                                       A Emmanuel Laforest,

 

Il faut nous aimer sur terre. Il faut nous aimer vivants.

Ne crois pas au cimetière. Il faut nous aimer avant.

Ma poussière et ta poussière deviendront le jouet des

                                                                                   [vents.

 

                                                         Fantômes en Guirlande

 

Paul Fort, qui fut élu Prince des poètes en 1912, disait de lui-même qu'il était "un arbre à poèmes : un poémier". 

L'écriture de ce tercet, éloquente dans sa simplicité, est un démenti, me semble-t-il, à ceux qui affirmaient avec dédain qu'il écrivait "comme un pommier produit des pommes"!

                                              

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:50

 

Cimetière de marson

Ancien cimetière de Marson (Octobre 2010)

 

En ce début de novembre où l’on se recueille dans les cimetières, j’aime à écouter la voix musicale de Marie Dauguet. Dans ce poème « Sotto voce », elle dédramatise la mort, à bas bruit, à demi-voix, à demi-jeu :

 

Il est doux de mourir un peu

Aux berges des forêts mouillées,

Et parmi les feuilles rouillées

Où s’égoutte du brouillard bleu ;

Il est doux de mourir un peu.

 

Il est doux de n’être plus rien

Que la brume qui s’échevèle,

Moins que le frôlis sourd d’une aile,

Aux velours pourprés des fusains ;

Il est doux de n’être plus rien.

 

Il est doux de mourir un peu

Avec les eaux qui se corrompent,

Avec les lointains qui s’estompent,

Avec les buis, les houx fangeux ;

Il est doux de mourir un peu.

 

Il est doux de n’être plus rien,

Moins que le frisson d’une rose,

Dont le vent d’hiver décompose

La chair de nacre et de carmin.

Il est doux de n’être plus rien.

 

A travers le Voile

 

Née le 2 avril 1860 à La Chaudeau, en Haute-Saône, Marie Dauguet reçut une éducation très libre « à la Rousseau », en pleine nature. Vers 1875, elle partit vivre au Beuchot, au cœur des ballons vosgiens, où elle épousa un ami d’enfance.

Musicienne passionnée de Chopin, composant et peignant, elle se mit à écrire des poèmes en 1899, loin de toute école et de toute doctrine. « L’art fut vraiment pour moi la libération », écrit-elle le 15 février 1904.

Cette suite de quatre quatrains est exemplaire de ce que disait d’elle un critique : « Musicienne, elle écoute parler le vent, les eaux, les arbres ; tous les bruits de la nature lui sont connus, et chacun d’eux éveille en son âme un écho harmonique. »

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

 

Jeudi 04 novembre 2010

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 18:34

marie a à 12 ans meytens 1767-1768 

Portrait de Marie-Antoinette d'Autriche adolescente,

1767-1768, Martin van der Meytens 

 

Oh reine Marie-Antoinette,

Quand tu penchais ta fine tête

Tu aspirais le mets des dieux

Et tu fermais tes jolis yeux

 

Oh tendre Marie-Antoinette

Quand après bal et opérette

Dans ta frêle gorge incarnat

Se répandait le chocolat

 

Oh simple Marie-Antoinette

Quand exilée dans ta fermette

Tu humais sa noire vanille

Comme font les petites filles

 

Oh fière Marie-Antoinette

Quand inclinée sur l’épinette

Tu respirais la douce amande

Dont ta  bouche était si gourmande

 

Oh folle Marie-Antoinette

Quand dans l'oubli de l’étiquette

Tu dégustais toute troublée

Son doux  parfum fleur d’oranger

 

Oh rieuse Marie-Antoinette

Quand tu jouais aux devinettes

Cherchant son parfum d’orchidée

Trouvé par ton chocolatier

 

Oh  pensive Marie-Antoinette

Quand Fersen te contait fleurette

Tu savourais son ambre gris

Un élixir de très grand prix

 

Oh triste Marie-Antoinette

Quand a fui le temps de la fête

Se sont fanés myosotis

Des porcelaines de ton service

 

Oh tragique Marie-Antoinette

Ta tête est là sur la planchette

Tes tasses ont été brisées

Ton chocolat s’est renversé

 

 

service chocolat m a 

Service à chocolat en porcelaine de Sèvres de Marie-Antoinette 

 

 

Pour le Défi de la Semaine, n°41, proposé par Jill Bill pour les Croqueurs de Mots,

Thème : Le chocolat dans tous ses états

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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