Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 18:20

Gangadhar Mahato anguish Gordana Kezic

Anguish, Gandaghar Mahato, Photo de Gordana Kezic 

 

Cet homme-là debout

Sa bouche est comme un trou

Ses orbites sont vides

Et son corps est livide

Il n’a plus de cheveux

Ses genoux sont cagneux

On voit les ligaments

De son cou haletant

Cet homme-là debout

Il possédait tout

Il portait dans ses mains

L’espoir des lendemains

Mais on lui a tout pris

Ne reste que son cri

 

 

 

 

  Ken Sealey Sead photo Clyde Yee

Sead, Ken Sealley, Photo de Clyde Yee 

 

Déjà

Nu

Dans la rondeur maternelle

Je nageais

Somnolais

Dans l’amniotique tunnel

Mes doigts n’étaient que bourrelets

Mes pieds étaient encore palmés

Mes bras souples comme murènes

Mon dos sinuant comme queue de sirène

J’ondulais doucement

En de vifs mouvements

Je flottais dans cette eau

Ces lointains sidéraux

Je flottais me mouvais

Et puis me retournais

En harmonie totale

Dans l’océan fœtal

Et j’étais en apnée

De toute éternité

 

Puis

Nu

Il m’a fallu naître

Ouvrir la fenêtre

De la maison humaine

De ses joies de ses haines

 

Mais

Quand me roule la mer

Comme en son bathysphère

Quand m’enlace la vague

Voilà que j’extravague

Que je me remémore

La maternelle amphore

 

 

 

Jean-Marc Rivalland Breaking Wave Gordana Kezic 

Breaking wave, Jean-Marc Rivalland, Photo de Gordana Kezic

 

Ces textes m'ont été inspirés par les photos d'une exposition qui a lieu à Bondi, Australie, aux antipodes, où vit mon fils. D'autres photos de cette exposition, qui a lieu au bord de la mer, sont visibles sur le site  http://sculpturebythesea.com/gallery.html

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:27

petitmendiant murillo

Le petit mendiant, Bartolomé Esteban Murillo, 1645,

Musée du Louvre

 

 

Quand j’pass’ triste et noir, gn’a d’quoi rire.

Faut voir rentrer les boutiquiers,

Les yeux durs, la gueule en tir’lire,

Dans leurs comptoirs comm’ des banquiers.

 

J’les r’luque : et c’est irrésistible.

Ys’caval’nt, y z’ont peur de moi,

Peur que j’leur chopp leurs comestibles,

Peur pour leurs femmes, pour je n’sais quoi.

 

Leurs conscienc’ dit :  « Tu t’soignes les tripes,

Tu t’les bourr’s à t’en étouffer,

Ben, n’en v’là un qu’a pas bouffé ! »

Alors, dame ! euss y m’prenn’nt en grippe !

 

Gn’a pas ; mon spectr’ les embarrasse,

Ca leur z’y donn’comme des remords :

Des fois, j’plaqu’ ma fiole à leurs glaces,

Et y d’viennent livid’s comm’ des morts !

 

Du coup, malgré leur chair de poule,

Y s’jettent su’ la porte en hurlant :

Faut voir comme y z’ameut’nt la foule

Pendant qu’Bibi y fout son camp !

 

« Avez-vous vu ce misérable,

Cet individu équivoque ?

Ce pouilleux, ce voleur en loques

Qui nous r’gardait croûter à table ?

 

« Ma parole ! on n’est pus chez soi,

On n’peut pus digérer tranquilles…

Nous payons l’impôt, gn’a des lois !

Qu’est-c’ qui font donc, les sergents d’ville ? »

 

J’suis loin, que j’les entends encor :

L’vent d’hiver m’apport’ leurs cris aigres.

Y piaill’nt, comme à Noël des porcs,

Comm’ des chiens gras su’ un chien maigre !

 

Pendant c’temps, moi, j’file en silence.

Car j’aim’ pas la publicité ;

Oh ! j’connais leur état d’santé,

Y m’f’raient foutre au clou par prudence !

 

Comm’ça, au moins, j’ai l’bénéfice

De m’répéter en liberté

Deux mots lus su’ les édifices :

« Egalité ! Fraternité ! »

 

Souvent, j’ai pas d’aut’nourriture

(C’est l’pain d’lesprit dis’nt les gourmets) ;

Bah ! l’Homme est un muff’ par nature,

Et la Natur’ chang’ra jamais.

 

Car, gn’a des prophèt’s, des penseurs

Qui z’ont cherché à changer l’Homme.

Ben quoi donc qu’y z’ont fait en somme,

De c’kilog d’fer qu’y nomm’nt son Cœur ?

 

Rien de rien… même en tapant d’ssus,

Ou en l’prenant par la tendresse

Comm’ l’a fait Not’Seigneur Jésus,

Qui s’a vraiment trompé d’adresse.

 

Aussi, quand on a lu l’histoire

D’ceuss’qu’a voulu améliorer

L’genre humain…, on les trait’ de poires ;

On vourait ben les exécrer ;

 

On réfléchit, on a envie

D’beugler tout seul Miserere :

Pis on s’dit : « Ben quoi, c’est la Vie ! »

Gn’a rien à fair’, gn’a qu’à pleurer… »

 

Les Soliloques du Pauvre (1896)

 

A l’heure où la neige tombe sur la France, où les maraudes des associations s’efforcent de proposer un toit aux sans-abris, il semble salutaire de relire ce texte de Jehan Rictus (1867-1933), lui qui écrivait : « […] tout jeune, vers quinze ans, seul au monde, j’ai roulé, disparu, tribulé et produit comme j’ai pu ».

Dans sa langue faubourienne, gouailleuse, si émouvante, il a su dire la souffrance et la douleur des exclus et des humiliés. Sa poésie est un réquisitoire contre ceux « dont la conscience semble dormir en toute sécurité au milieu d’un bourbier » (Georges Oudinot).

Il fut retrouvé mort, le 8 novembre 1933, dans son logis de la rue Camille-Tahan.

 

 

 

 

Repost 0
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 17:29

  melusine

 

Qui erre ici dessous le lierre?

C’est Merlin le vilain mire.

Qui dans sa tour se retire ?

C’est Mélusine la sorcière

 

Quel est ce cri ? Quel est ce rire ?

 

C’est le savant emprisonné,

Et que Viviane aura aimé,

Par une ruse emprisonné.

C'est bien la mère des Lusignan,

Qui s’envole au gré des vents,

Fée dont la queue mime un serpent.

 

Nus, sans pouvoirs, ils redeviennent

Humbles humains sans stratagème.

 

Bulle

 

 

 

Défi n°43, proposé par Nounedeb.

Coup de balai à Brocéliande : Prenez la fée Mélusine et son double, sombre sorcière. Passez-les dans une tornade blanche jusqu’à ce que toutes les lettres se détachent. Récupérez-les pour former 10 mots en plus des 2 ci-dessus (on peut utiliser la même lettre plusieurs fois), et l’indispensable Merlin. Il n’y a plus qu’à utiliser ces mots dans un texte libre (si vous les mettez en italique, on les reconnaîtra).  

Pour la Communauté des Croqueurs de Mots

 

 

 

Repost 0
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 16:14

 

 

Mariage de Louis XIII et anne d'autriche

Mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche

 

 

Le 28 novembre 1615, Louis XIII, roi de France et de Navarre, fils de Henri IV et de Marie de Médicis, épouse Anne d’Autriche (1601-1666), fille de Philippe III d’Espagne et de l’archiduchesse Marguerite d’Autriche. Cette union avait été envisagé lors du traité de Fontainebleau (22 août 1612), dans la perspective d’une union dans la reprise de la lutte contre les huguenots. Cependant, Anne d’Autriche ne devient officiellement, à dix ans, la « fiancée » du roi de France, qu’à la mort de Henri IV, qui avait fait traîner les pourparlers. L’adolescente, à qui son père accorde une dot très importante, est mariée par procuration à Burgos, le 18 octobre 1615. Le même jour, à Bordeaux, Elisabeth, sœur de Louis XIII, épouse aussi par procuration l’infant Philippe,  futur Philippe IV d’Espagne. Les petites princesses seront échangées sur l’île des Faisans, sur la Bidassoa, près d’Hendaye. Quarante-cinq ans plus tard, les enfants de ces deux couples, Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, s’uniront à Saint-Jean-de-Luz.

Ce n’est que le 28 novembre de la même année que le mariage de la fille de Philippe III d’Espagne sera officiellement célébré à Bordeaux et béni par Mgr Le Cornu de la Courbe de Brée, évêque de Saintes. Il sera aussitôt consommé, Marie de Médicis voulant s’assurer que rien ne puisse remettre en cause l’union des deux princes, qui n’ont que quatorze ans. Apeurés et inexpérimentés, ils se remettront difficilement de cette nuit de noces, imposée et sans intimité aucune. En 1619 seulement, Luynes obligera le roi à reprendre  des relations conjugales avec la reine.

Ainsi, au XVII° sicle, sur deux générations successives, les rois de France s’uniront à des infantes d’Espagne, accréditant ainsi les vers de Malherbe :

« Certes c’est à l’Espagne à produire des reines

Comme c’est à la France à produire des rois. »

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Des personnages.
commenter cet article
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 11:26

  kakis

Plaqueminier à Dampierre-sur-Loire (Novembre 2010)

 

 

 

Que j’aime ce bel arbre aux kakis orangés

Celui qui courageux depuis des millénaires

Survécut à la bombe tuant les Japonais

Et porte fièrement ses fruits pendant l’hiver

 

Il est venu de loin de l’Extrême-Orient

Cet arbre universel riche cadeau des dieux

Ce grand plaqueminier fortement astringent

Qui brûlera les morts en funéraires feux

 

Quand s’en viendra l’automne et toutes ses couleurs

Vers sa cime conique je lèverai les yeux

Et je m’enivrerai de cet arbre enchanteur

Dont le haut tronc rugueux relie la terre aux cieux

 

  kaki d'Asie variété Hachiya aquarelle de 1887

Kaki d'Asie, variété d'Hachiya, aquarelle de 1887

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 10:30

  Ultima rosa

 

Ultima rosa

Au rosier décapité

Automne aux abois

 

 

 

Repost 0
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 18:20

  galantes scènes jef rabillon

Sylvine et Arlekiss, (Annelore Stubbe et Danny Ronaldo), Photo Jef Rabillon 

 

C’est avec Arlequin poli par l’amour, pièce créée à l’Hôtel de Bourgogne le 16 juillet 1720, et jouée aux Italiens le 17 octobre, que Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux connaît son premier succès au théâtre. Cette féerie en un acte et 22 scènes, sera à l’origine d’une longue collaboration avec les Comédiens-Italiens, notamment Silvia Baleti, qui sera son interprète favorite. Il donnera leur nom aux personnages de ses pièces, il appréciera leur jeu plein de fantaisie et leurs pantomimes, inspirés de la commedia dell’arte, et le théâtre de l’époque en sera profondément renouvelé.

Quant à La Serva Padrona, c’est un double intermezzo de Giovanni Battista Pergolesi, créé au Teatro San Bartolomeo de Naples, le 28 août 1733. On sait que, dès son origine, l’opéra italien mêlait passages sérieux et passages comiques, puis les parties comiques se séparèrent peu à peu de l’opéra. D’abord placés à la fin des actes, puis éliminés de l’opera seria, ces intermèdes occupèrent par la suite les deux entractes, qui furent bientôt reliés par une même action. C’est donc à ce type d’œuvres qu’appartient La Serva Padrona, que Pergolèse composa pour égayer les entractes de son opéra Il Prigionero Superbo, inaugurant ainsi l’opera buffa. Mais cette œuvre est surtout connue pour avoir déclenché la Querelle des Bouffons. Cette controverse parisienne opposa, au cours des années 1752-1754, les défenseurs de la musique française, regroupés autour de Jean-Philippe Rameau, et les tenants d’une ouverture vers d’autres horizons musicaux, réunis autour de Jean-Jacques Rousseau, et partisans d’italianiser l’opéra français. De tout temps, l’art a eu le souci de se  renouveler !

C’est cet aspect novateur que l’on a pu aussi apprécier, (sans aucune querelle !) jeudi 25 novembre 2010, dans la salle Beaurepaire à Saumur, où l’ensemble bruxellois Leporello, dirigé par Dirk Opstaele, et l’ensemble baroque Stradivaria de Nantes, conduit par Daniel Cuiller, proposaient Galantes scènes, spectacle théâtral et musical, associant librement une adaptation de la première pièce de Marivaux et l’intermezzo de Pergolèse.

Dans une interview, accordée à Alexandre Pham, le 22 février 2010, les deux initiateurs de ce « nouvel objet musical entre théâtre et opéra » s’expliquent sur leurs intentions. L’homme de théâtre bruxellois explique qu’il a souhaité entrecouper le texte adapté de Marivaux par des intermèdes musicaux chantés (airs et duos) de l’œuvre de Pergolèse, afin de donner une force émotive plus grande aux scènes jouées. Selon lui, le rire naît toujours d’une sorte de contraste entre le tragique et le clownesque. Le spectateur rira s’il a de la sympathie pour le personnage et compatira à ses malheurs, ici Arlekiss à la recherche de l’amour véritable, mais manipulé par Madame de Fée. Pour Dirk Opstaele, qui considère que Marivaux maîtrise au plus haut degré l’art de la situation théâtrale, il est inévitable qu’il y ait, même au sein de la comédie, un enjeu tragique. La mort rôde, il y a des menaces d’assassinat, mais les lazzi, les scènes improvisées, le talent de jongleur, de bateleur, d’acrobate d’Arlequin désamorcent cette angoisse latente.

Daniel Cuiller précise que la réflexion première dans l’élaboration du projet a porté sur l’association entre les différents éléments. Peu à peu, textes et musiques se sont structurés, découverts, en fonction de la volonté de créer un nouvel objet artistique. Mais pour lui, il ne s’agit nullement d’un « assemblage ». Les éléments musicaux de Pergolèse, confortés par des musiques additionnelles de Rameau, Cimarosa, Francœur, Martini, viennent comme une ponctuation de l’action scénique. Ils apportent un regard différent, extérieur, sur ce qui se passe sur scène, ils sont comme un commentaire, voire une morale, pour certains airs de Rameau.

L’ensemble forme une sorte de grand récitatif, qui était la forme première de la diction chantée aux XVII° et XVIII° siècles. Ainsi, le mouvement continuel du texte est soutenu et rythmé par la musique, réalisant une œuvre autonome et originale.

Si Dirk Opstaele a modernisé la langue de Marivaux, il a conservé dans ses grandes lignes l’intrigue originale. Arlequin poli par l’amour met en scène une fée (La Fée/ Madame de Fée/ Mieke Laureys), qui s’est éprise d’un beau jeune homme endormi dans les bois, Arlequin (Arlequin/ Arlekiss/ Danny Ronaldo). Elle espère lui donner de l’esprit en l’éveillant à l’amour. La bergère Silvia (Silvia/ Sylvine, camériste de Madame de Fée/ Annelore Stubbe), qui refuse l’amour d’un berger (ici Trivlich, majordome de Madame de Fée/ Gordon Wilson), tombe amoureuse d’Arlequin. La Fée, jalouse de cet amour fait croire à Arlequin que Silvia s’est moquée de lui. Trivelin (le domestique de La Fée chez Marivaux) les sauvera en leur donnant le moyen de s’emparer de la baguette magique de La Fée (ici une poule cachée sous son troisième jupon !). Berger, autre bergère, chanteurs, danseurs et lutins ont été supprimés pour ne garder de l’intrigue que l’essentiel.

Si Marivaux souhaitait faire entendre la langue du XVIII° siècle, le metteur en scène fait ici résonner aux oreilles du spectateur une langue jubilatoire, mêlant tournures anciennes, expressions modernes et mots étrangers. L’accent bruxellois (et anglais pour Trivlich) fait merveille et il est, d’une certaine manière, fidèle à l’esprit originel de la pièce de Marivaux. En effet, si Trivelin, joué par Biancolelli, parlait couramment le français, ce n’était pas le cas pour Arlequin, interprété par un comédien qui ne possédait pas complètement la langue du dramaturge. Il remplaçait alors nombre de ses répliques par des mimiques expressives. On retrouve aussi dans cette adaptation les préoccupations de Marivaux en matière de langue : sous-entendus, apartés, jeux de mots, double sens, jeux verbaux toujours en quête, non pas de « l’exacte clarté » (« Sur la clarté du discours », Le Mercure) mais d’une forme de suggestion qui laisse deviner davantage qu’elle ne dit.

Pour jouer le célèbre Bergamasque au costume losangé, Dirk Opstaele a fait confiance à Danny Ronaldo, un des plus célèbres Arlequins de la scène européenne. Et ce n’est pas peu dire qu’il possède toutes les ficelles de la commedia dell’arte. Il est passé maître dans l’art des concetti, rodomontades et autres lazzis, possédant tout l’éventail des grimaces, gestes grivois, et pirouettes acrobatiques, qui font mouche à tout coup. On le voit être tenté par le suicide en se mettant la tête dans un seau de plastique rouge, dont il ressort en faisant de grands jets d’eau avec la bouche. Certaines scènes s’apparentent même à de la prestidigitation quand il apparaît avec un œuf dur qu’il crache, tandis que d’autres œufs surgissent sans qu’on s’y attende. Arlekiss et Sylvine forment ainsi un duo insolemment doué, dans un marivaudage outrancier, qui invite au rire. Cette habileté dans le geste burlesque sait se manifester de manière comiquement tendre, notamment dans la scène d’amour où il se donnent des baisers amoureux par l’intermédiaire de leurs doigts de pied.

Dans cette première pièce de Marivaux, outre l’aspect commedia dell’arte essentiellement ludique, on sera sensible à la conception de l’amour qui s’y fait jour, et qui se manifeste par l’instantanéité du mouvement psychologique et de ses effets, qui prendront par la suite toutes les formes des « surprises de l’amour ». La naissance de l’amour chez Arlequin et chez Sylvine est à l’origine d’une prise de conscience de soi et du monde social, vision que Marivaux développera dans tout son théâtre à venir. Dans cette comédie, l’aspect psychologique des personnages est déjà traité avec finesse et sérieux et l’on y découvre ce rêve d’un « monde vrai » (Le Cabinet du Philosophe), où les êtres communiquent sans erreur ni tromperie.

L’originalité du spectacle réside encore dans le fait que le metteur en scène fait participer les chanteurs et musiciens, fidèle en cela à l'époque de Pergolèse où les chanteurs du double intermezzo étaient aussi acteurs.Virginie Pochon, la soprano, et le baryton Franck Lequérinel, sont mis à contribution pour renvoyer la balle aux comédiens et ils font ainsi partie intégrante du spectacle, tout en conservant la maîtrise du livret. Daniel Cuiller, premier violon, Solenne Guilbert, second violon, Marion Middenway, violoncelle, et Frédéric Jouannais au clavecin, opinent du chef, sourient, brandissent leur archet, et l’on perçoit combien la troupe est à l’unisson dans ce jeu musical et théâtral, remarquablement chorégraphié.

Ainsi cette improbable rencontre entre Marivaux et Pergolèse, imaginée par un Belge et un Français,  est une vraie réussite et les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir, qui ont applaudi à tout rompre cette troupe endiablée et diablement maître de son jeu, tandis qu’Arlekiss faisait saluer la poule de Madame de Fée, partie déambuler dans le public.

Un « objet théâtral » unique qui n’a pas fait mentir la dernière réplique d’Arlequin dans la pièce de Marivaux : « […] je veux qu’on chante, qu’on danse et puis après nous irons nous faire roi quelque part. »

 

Galantes scènes kurt van der Elst   

Madame de Fée (Mieke Laureys), Trivlich (Gordon Wilson),

Sylvine (Annelore Stubbe), Arlekiss (Danny Ronaldo),

Photo Kurt van der Elst

 

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, J. – P de Beaumarchais, D. Couty, Alain Rey, Tome 3, Bordas, Paris, 1987.

Reportage réalisé au Grand Théâtre d’Angers, Alexandre Pham, 22 février 2010, Réalisation Studio Classiquenews TV.

http://www.forumopera.com/v1/critiques/serva_fasano.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:43

  Portait de Rénée Vivien par Alice Pike Barney, la mère d

Renée Vivien par Alice Pike Barney, la mère de Natalie Clifford Barney

 

Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas,

Je lui dirais : « O Christ, je ne te connais pas !

 

« Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne,

Et je vécus ainsi qu’une simple païenne…

 

« Le soleil me ceignait de ses plus vives flammes

Et l’amour m’inclina vers la beauté des femmes… »

 

- Comme je ne cherchais que l’amour, obsédée

Par un regard, les gens de bien m’ont lapidée.

 

Pendant longtemps je fus clouée au pilori,

Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri ;

 

Puis des hommes ont pris dans leurs mains de la boue

Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

 

Je porte dans mon cœur et dans mon âme nue

L’orgueil d’être farouche et d’être méconnue.

 

Sans vous comprendre et sans que vous m’ayez comprise

J’ai passé parmi vous, noire dans l’ombre grise…

 

Et j’ai vu m’échapper l’Amour comme la Gloire.

Tout s’accomplit enfin : Sonne, ô mon heure noire ;

 

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort

Marque enfin cet instant espéré de la mort !

 

- Je pars comme on retourne, allégée et ravie

De pardonner enfin à l’Amour et la Vie.

 

Vous me ferez alors oublier, Violettes,

Le long mal qui sévit dans le cœur des poètes…

 

Sachant que la bonté du sort m’est enfin due,

Je retournerai vers celle que j’ai perdue.

 

Les lotus léthéens lèvent leurs fronts pâlis…

Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

 

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,

Que je m’en aille enfin n’importe où- mais ailleurs !

 

 

A une époque où l’homosexualité était considérée comme de l’hystérie ou une maladie mentale, Renée Vivien en parla à la première personne. Elle aima Natalie Clifford Barney et la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt et fut ainsi considérée comme une femme "sulfureuse", celle par qui le scandale arrive.

Dans cette suite de distiques, elle dit pudiquement la souffrance de se voir elle-même et son œuvre poétique marquées au fer rouge. Dans Le Pur et l’impur, Colette évoque les difficultés d’une vie qui se termina à trente-deux ans. La muse-aux-violettes repose au cimetière de Passy, non loin d’une autre femme à l’existence éphémère, la diariste et peintre Marie Bashkirtseff.

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 18:37

  Potiche

 

 

Une vieille potiche

Qui son mystère affiche

Héritée d’un grand-père

Amoureux du désert

 

J’aime à la regarder

Dessus le vaisselier

Dans son dessin oblong

Son col étroit et rond

 

Son glacis vernissé

Son blanc qui est cassé

Et ses dessins naïfs

Combien décoratifs

 

Tracés par le pinceau 

Des fleurs et des oiseaux

Autant de taches bleues

Dansant devant mes yeux

 

Par quelle âme inventés

Par quelle main dessinés

Parvenus jusqu’à nous

Tels de vrais bijoux

 

Elle me fait rêver

Son fond d’un blanc de lait

Ses fines craquelures

Fragiles meurtrissures

 

Sa courbe sinueuse

Silhouette harmonieuse

Où mon esprit se perd

Intrigant univers

 

Quel est cet artisan

Ce roi ou cet amant

Qui l’offrit à sa belle

Au regard de gazelle

 

Quel est donc ce potier

Par l’amour inspiré

Qui créa cette jarre

Au comble de son art

 

Ornement d’un palais

Vase pour des secrets

Récipient pour un baume

Jarre aux subtils arômes

 

Jamais je ne saurai

Mais toujours j’aimerai

Cette belle sultane

Dans sa robe ottomane

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy

du 22 au 28 novembre 2010

Thème : les potiches

Communauté : Les Croqueurs de Mots

Repost 0
24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 09:54

  femmes près d'une conque

Deux femmes près d'une conque et deux amours, François Boucher,

Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

 

 

Passants, je me souviens du crépuscule vert

Où glissent lentement les ombres sous-marines,

Où les algues de jade au calice entr’ouvert

Etreignent de leur bras fluide les ruines

Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.

Je me souviens du soir où la nacre s’irise,

Où dorment les anneaux, étincelants encor,

Qui donnaient à la mer ses époux de Venise.

Passants, je me souviens du mystique travail

Des vivants jardins, qui recèlent virginales,

L’anémone et la mousse et la fleur du corail

Dont l’effort des remous avive les pétales,

Rose animale et rouge éclose dans la nuit.

Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume

Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit

En laissant sur les flots une neige d’écume.

Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant

Des vagues, refleurir les astres du phosphore.

Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.

Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore

En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints

De sel, qui furent des bannières déployées,

D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints

Et les membres meurtris des Amantes noyées…

J’ai connu les frissons de leur baiser amer.

Dans mon cœur chante encor la musique illusoire

De l’Océan. –Je garde en ma frêle mémoire

Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.

 

Evocations (1903)

 

Toujours sur le thème du coquillage, j’ai retrouvé dans ma vieille anthologie ce poème de Renée Vivien. De son vrai nom Pauline Tarn, elle est née en juin 1877 à Londres, d’un père anglais et d'une mère américaine, et mourut à Paris le 18 novembre 1909. Sa vie en poésie fut brève mais l’on retrouve ici « cette harmonie douce et immense, cette largeur d’évocation sombre et caressante qui la caractérise ».

 

renee vivien auguste rodin

Renée Vivien, buste en marbre, Auguste Rodin

 

Repost 0

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche