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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 19:04

  adoration des mages 2

L'Adoration des Mages, Très riches heures du duc de Berry, (Frères Limbourg, XV° siècle) 

 

 

 

Je me souviens : c’était l’été de 1986, l’année du passage de la comète de Halley. Tandis que, dans les froidures du Canada, une femme avait reçu un cœur artificiel, un autre cœur, dans l’Ukraine des Cosaques, avait quant à lui explosé pour ne laisser que mort et destruction. Et ma fille avait eu sept ans.

Nous étions dans le jardin à contempler le ciel étoilé, dans cette béatitude de l’après-dîner, sous les effluves des dernières fleurs qui se ferment, quand on attend que le sommeil vienne. « Maman- m’avait- elle demandé- ça veut dire quoi à la belle étoile ? » et je lui avais conté cette histoire.

Il y a des milliards d’années- lumières, quand Gaïa et Ouranos s’étaient déchirés, une étoile fragile était née dans la froide nuit sidérale. Un amour de petite comète, avec ses longs cheveux fins, qui flottaient telles des algues de lumière, et un cœur plus transparent que le cristal des neiges. Curieuse comme une petite fille qui se penche au balcon du firmament, elle jouait avec ses sœurs dans le jardin du ciel.

Elle aimait à vagabonder à travers la Voie lactée, musarder parmi les constellations, gambader de l’Etoile du Berger à l’Etoile du Sud et rêver avec les étoiles filantes. Le ciel était trop petit pour elle qui n’avait de cesse de tout connaître de l’infini du monde. Elle avait voyagé jusqu’aux grandes oreilles de Saturne, le seigneur des Anneaux, glissé au sein de la nébuleuse de Vénus, celle qui est ronde comme un œuf, et pérégriné dans les aurores boréales, quand la nuit devient arc-en-ciel.

Mais c’était la Terre qu’elle aimait, la Terre qui la fascinait, avec toutes ses vagues bleues, tellement plus bleues que celles de la nuit stellaire où elle se mouvait, avec sa grâce de danseuse- étoile. Emerveillée, elle y avait vu les mages babyloniens scruter le ciel mystérieux du haut des ziggourats ; étonnée, elle avait surpris les sages chinois en train de prononcer les formules magiques de la poudre et du verre. Avec amusement, elle avait guetté Gambiel et Josué, les deux grands voyageurs hébreux, qui avaient appesanti leurs vaisseaux de boisseaux de farine par peur qu’elle, une si petite étoile, ne les égare. Avec ses amis, les fuyants astéroïdes, elle se souvenait avec horreur de la déroute sauvage des Champs catalauniques, quand Attila avait fait un grand bûcher des selles de ses innombrables cavaliers et qu’il les y avait jetés. Et le baiser de la gloire l’avait effleurée quand le bâtard Guillaume s’était assis sur le trône de l’Anglais Harold.

Un jour, insouciante comme les papillons qui volent trop près de la bougie, elle avait voulu faire comme Icare, et elle avait caressé le soleil. Les rayons dardants du roi des astres avaient été bien près de la métamorphoser en méduse de feu. Ouranos l’avait punie et avait décrété qu’elle ne pourrait  désormais péleriner vers la Terre que tous les soixante-seize ans. Comme son cœur était lourd quand elle tournait, minuscule toupie folle, dans les froids espaces intergalactiques !

Alors, pour retrouver éclat et reprendre vigueur, elle se perdait en songeries et se rappelait sans jamais se lasser le plus merveilleux souvenir de sa vie de comète. En cette année-là, alors que Quirinius était gouverneur de Syrie, avait paru un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité de la Terre. Et des foules impossibles à dénombrer s’étaient mises en marche sur les routes poudreuses, pour aller se faire recenser là où on leur avait donné la naissance.

Et elle, petite étoile errante, avait aussi pris la route vers le monde des hommes. Or, il se trouva que son sillage vif et lumineux fut surpris par trois astrologues au regard perdu dans l’océan du ciel ténébreux. Le premier, au teint de cuivre jaune, quitta son orient de rizières vert absinthe et se dirigea vers l’ouest avec son escorte chamarrée et ses coffres remplis de l’or le plus fin. Le deuxième, aussi noir que la réglisse, fit lever ses caravanes de chameaux chargées de brûle-oliban, et abandonna les terres arides où il demeurait pour remonter vers le nord. Quant au troisième, au visage clair comme matin d’hiver, il mena vers le sud, par-delà les montagnes enneigées, son escorte de chevaux tarpans, dont les sacoches de cuir étaient emplies de la myrrhe la plus odorante.

Toujours guidés par la petite étoile, dont la lumière étincelante faisait plisser leurs yeux las, ils parvinrent tous les trois à Bethléem, humble bourg de Judée, non loin d’une mer qui se trouve au milieu des terres. L’étoile vagabonde avait achevé sa course dans un paysage d’oliviers et de sable. Et c’est là que, dans leurs robes de brocart et de soie déchirées par les ronces et les cailloux de leur long périple, ils firent enfin halte.

Ils crurent d’abord à un mirage lorsqu’ils découvrirent dans un simple abri de roches et de palmes un enfant nouvellement né, que veillaient ses parents. Emerveillés, ils comprirent au plus profond de leur cœur que cet humble enfançon vers qui l’étoile les avait menés était le roi des Juifs, dont ils avaient découvert l’astre luminescent à son lever, et qu’ils avaient suivi pendant de longs mois aventureux. Ils s’agenouillèrent autant que leurs jambes de vieux mires le pouvaient encore et lui donnèrent en offrande l’or, l’oliban et la myrrhe. Cette nuit-là, épuisés mais heureux d’avoir rendu hommage à l’Enfant-Dieu,  Melchior, Gaspard et Balthazar lancèrent un dernier regard vers la céphéide phosphorescente qui avait été leur guide fidèle. Ils se couchèrent sur le sable blanc du désert et s’endormirent à la belle étoile.

Ce souvenir mémorable apprenait la patience à la petite étoile de Noël. Toute fière et plus scintillante que jamais, elle s’en retournait vers le coryphée de ses sœurs. Elle en était sûre, on se souviendrait d’elle jusqu’à la nuit des temps.

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : la comète de Halley

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 22:18

 

Mathurin Méheut l'ex-voto

L'ex-voto, Mathurin Méheut

 

 

 

Oh ! combien de marins, combien de capitaines,

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis !…

 

V. Hugo, Oceano Nox

 

Eh bien, tous ces marins- matelots, capitaines,

Dans leur grand Océan à jamais engloutis…

Partis insoucieux pour leurs courses lointaines,

Sont morts- absolument comme ils étaient partis.

 

Allons ! c’est leur métier ; ils sont morts dans leurs bottes !

Leur boujaron au cœur, tout vifs dans leurs capotes…

- Morts… Merci : la Camarde a pas le pied marin ;

 

- Eux, allons donc : Entiers ! enlevés par la lame,

Ou perdus dans un grain…

 

Un grain… est-ce la mort, ça ? La basse voilure

Battant à travers l’eau ! Ca se dit encombrer

Un coup de mer plombé, puis la haute mâture

Fouettant les flots ras- et ça se dit sombrer.

 

- Sombrer. Sondez ce mot. Votre mort est bien pâle…

- Et pas grand chose à bord, sous la lourde rafale…

Pas grand chose devant le grand sourire amer

Du matelot qui lutte. – Allons donc, de la place ! –

Vieux fantôme éventé, la Mort change de face :

La Mer ! …

 

Noyés ?- Eh ! allons donc ! les noyés sont d’eau douce !

- Coulés ! corps et biens ! Et jusqu’au petit mousse,

Le défi dans les yeux, dans les dents le juron !

A l’écume crachant une chique râlée,

Buvant sans haut-le-cœur la grand’tasse salée

- Comme ils ont bu leur boujaron,-

 

Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière :

Eux, ils vont aux requins ! L’âme d’un matelot,

Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,

Respire à chaque flot.

 

- Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle !…

C’est leur anniversaire. – Il revient bien souvent. –

O poète, gardez pour vous vos chants d’aveugle ;

- Eux : le De Profundis que vous corne le vent.

 

- Qu’ils roulent infinis dans les espaces vierges !…

Qu’ils roulent verts et nus,

Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges…

- Laissez-les donc rouler, terriers parvenus !

 

Edouard-Joachim- dit Tristan- Corbière- fils d’Edouard Corbière, capitaine au long cours et auteur de quelques romans maritimes, est né le 18 juillet 1845 à Coatcongar, près de Morlaix. En 1873, il publie son unique recueil de vers, Les Amours jaunes. Dans ce poème, qui vient en contrepoint du célèbre poème de Victor Hugo, on retrouve ce que disait Jules Laforgue de l’art du poète « maudit », mort à trente ans : « L’intérêt est dans le cinglé, la pointe sèche, le calembour, la fringance, le haché romantique… »

Ce texte, dans son acuité,  est en même temps l’hommage ironiquement tragique d’un fils de marin à tous les péris en mer.

 

Tristan corbière

  Tristan Corbière

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : poèmes ou textes de légendes de mer.

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 13:31

  Le mystère de la passion

  Manuscrit du Mystère de la Passion (vers 1450), de Arnoul et Simon Gréban

 

« Quand donc viendra la clôture de ce dur labeur ? » se demandait avec angoisse Arnoul, le gentil escholier de la Sorbonne, déjà passé maître ès arts, et qui était depuis moult années clerc en théologie. Cloîtré dans sa petite chambre aux murs chaulés de blanc, tout en haut de la tour d’escalier de son logis de la rue de la Licorne, dans cette chaude fin d’après-midi, il laissait son regard errer jusqu’aux tours de Notre-Dame, qui surplombaient altièrement les toits du quartier misérable où il demeurait.

Il y vivait chichement avec Ombeline, sa vieille servante, depuis qu’à l’âge de onze ans, il avait quitté Compiègne, après le siège malheureux de la ville, qui avait conduit la Pucelle sur la place du Marché à Rouen. Grâce aux recommandations du bon maître Thomas de Courcelles, doyen de la cathédrale et proviseur de la Sorbonne, il était devenu l’organiste et le maître de chorale du lieu saint et son petit logis en était proche.

C’est sous les voûtes ogivales et résonnantes de Notre-Dame, dans le prisme coloré des feux des deux rosaces du transept, dans l’élévation mugissante de la musique des grandes orgues, dans le chant pur et céleste des jeunes garçons de la maîtrise, qu’avait jailli comme un miracle l’idée d’écrire  Le Mystère de la Passion. Dès lors, corps et âme, Arnoul avait été tout entier habité par ce dessein. Il avait rompu avec ses compagnons de débauche, il avait cessé de fréquenter les tavernes et tout le temps qu’il ne passait pas sur les bancs de la Sorbonne, il le consacrait à écrire l’histoire du gentil Notre-Seigneur.

Ce qu’il voulait dire, crier, hurler, c’est que le Christ avait donné sa vie pour tous les hommes, en rédemption de leurs péchés, et que sa Passion se poursuivrait jusqu’à la fin du monde. La souffrance des hommes, elle lui déchirait les yeux chaque jour, quand il sortait, tout ébloui par la lumière, sur le parvis de Notre-Dame.

Il se souvenait de ce qu’on lui avait raconté et il songeait souvent aux protestations d’innocence en ce même lieu du grand maître des Templiers, Jacques de Molay, et à sa mort infamante par le feu. Il regardait en frissonnant la haute échelle patibulaire, servant aux condamnés à monter jusqu’à la potence. Quand, il passait près de l’Hôtel-Dieu, il s’effrayait de la longue file des indigents, boiteux, aveugles, mutilés, loqueteux, tous ces misérables qui se pressaient près des portes aux lourdes ferrures, pour être soignés ou recevoir un bol de bouillon. Son cœur se serrait aux abords de l’hospice des Enfants-Trouvés, lorsqu’il songeait à ces petits êtres innocents qui ne connaîtraient jamais ni père ni mère.

Il ne pouvait oublier non plus que c’est la peste, la noire ravageuse, qui lui avait enlevé ses parents dans sa prime enfance. Quant à la guerre qui durait bientôt depuis cent ans, elle laissait la France exsangue et rien n’avait plus ni sens ni raison. Un roi était devenu fou ; les Ecorcheurs, mercenaires impitoyables et sans aveu, torturaient les voyageurs dans les forêts ; les canons remplaçaient les bombardes et tuaient davantage ; et, forfaiture suprême, l’on avait laissé aller à la mort Jeanne la Pucelle.

Alors, quand l’écriture lui devenait trop lourde, quand sa main se crispait sur sa plume, il appelait à la rescousse son frère Simon, secrétaire du comte du Maine. Fidèle et combatif, celui-ci venait le rejoindre à bride abattue dans sa retraite. Tous les deux, recréant l’intimité fraternelle de leurs toutes premières années, s’attelaient jusqu’au petit matin à la tâche prométhéenne que Arnoul s’était fixée.

Ils s’étaient distribué les passages et chacun rédigeait selon son art. Simon, méditatif et rationnel, était passé maître dans la création des personnages allégoriques, Justice, Miséricorde, Paix, Sagesse, et il n’avait pas son pareil pour tourner des morales et des sentences. Imaginatif, il excellait encore dans les indications pour la mise en scène, les didascalies concernant le jeu des acteurs et ajoutait d’une main preste : « cum pueris » ou bien « cum organis ». Arnoul, musicien dans l’âme, se réservait la composition des chants et de la musique, qu’il souhaitait solennelle. Sensible et émotif, c’est lui qui composait avec ardeur les couplets lyriques, les ballades, les rondeaux. Ombeline n’avait-elle pas pleuré quand il lui avait récité la « Complainte de Judas », les « Lamentations de la Vierge » ou la « Prière de Jésus au jardin des Oliviers ?

« Ô père, ne m’oublie pas,

Regarde la cruelle agonie

Dans laquelle tu m’as plongé :

On ne peut suer un tel sang

Sans que la cause n’en soit vive… »

Mais combien elle avait ri, tout en ayant un peu peur aussi, lorsque les deux frères lui avaient joué « Le Chœur des démons » :

« Commencez , mes petits diablotins ,

Grignotez et croquez vos notes,

Et marmottez comme des singes

Ou des vieux corbeaux tout affamés. »

Ainsi, peu à peu, lentement, au prix de maints efforts toujours recommencés, pendant nombre d’années, dont Arnoul ne se rappelait pas le chiffre, La Passion avait pris forme, nourrie de la propre chair des deux frères, de leurs études, de leurs travaux, de leurs rencontres, de leurs prières et de la violence de ce monde dans lequel ils essayaient de vivre tant bien que mal. Et un soir de givre et de glace, aux abords de Noël, alors qu’Ombeline rajoutait sans cesse du bois dans l’âtre, ils avaient contemplé, épuisés mais heureux comme les bergers à la crèche, la pile de manuscrits renfermant Le Mystère de la Passion. Ils étaient incrédules et se demandaient comment ils avaient pu composer ainsi trente-cinq mille vers et faire naître de leur esprit deux-cent-vingt-quatre personnages, qui prendraient vie en quatre journées.

 

  rosace nord

  Rosace nord de Notre-Dame de Paris

 

Alors, dans un même élan, Arnoul et Simon Gréban sortirent dans le froid vif et pinçant, et dirigèrent leur pas vers Notre-Dame. Là, dans la cathédrale vide, où ne brillait que la petite flamme du tabernacle, ils s’agenouillèrent pieusement, Arnoul sous la rosace sud et Simon sous la rosace nord. Et dans le tournoiement lumineux des médaillons, sous la pluie multicolore des fleurs du Paradis, les yeux mouillés de larmes, tout attachés sur le Christ en Majesté, la Mère de Dieu, la multitude de saints, de prophètes, d’anges, de rois, d’apôtres qu’ils avaient côtoyés pendant des années, ils remercièrent du plus profond de leur cœur le doux Seigneur qui, dans sa très haute miséricorde, leur avait octroyé la grâce d’achever Le Mystère de la Passion.

 

  Roasace sud Notre-Dame-de-Paris - rosace sud

  Rosace sud de Notre-Dame de Paris

 

Pour La petite Fabrique d’Ecriture,

Thème du 30 novembre au 14 décembre 2010, proposé par Azacamopol :

Y-a-t-il dans ma vie une « cathédrale » majuscule que j’ai envie de construire malgré toutes les embûches, le quotidien qui prend tant de place, malgré l’envie de baisser les bras qui surgit de temps à autre ? C’est cette « cathédrale », la vôtre, chef-d’œuvre réel ou rêvé, que je vous propose de présenter.

 

 

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 09:10

 

 

girouette

Girouette sous la neige (Rou, le 03 décembre 2010)

 

Dans ses dessous blancs

Frissonne la girouette

La neige est tombée

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 14:21

  La-Charmeuse-de-serpents-du-Douanier-Rousseau

  La charmeuse de serpents, le Douanier Rousseau

 

 

 

Dans les jardins d’hiver, des fleuristes bizarres

Sèment furtivement des végétaux haineux,

Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds

Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.

 

Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares,

Où coulent de très lourds parfums vertigineux,

Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux.

La mort s’épanouit dans leurs splendeurs barbares.

 

Leurs somptueux bouquets détruisent la santé,

Et c’est pour en avoir trop aimé la beauté

Qu’on voit dans les palais languir les blanches reines.

 

Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers !

Dans les cerveaux hâtifs où j’ai jeté mes graines,

Je regarde fleurir les poisons de mes vers.

 

La Nuit, Iwan Gilkin

 

Iwan Gilkin est un poète belge, né à Bruxelles, le 07 janvier 1858 et mort le 28 septembre 1924. De vingt à trente-six ans il vit une crise morale profonde qui le rapproche de Baudelaire. Croyant à l’inéluctable décadence de la civilisation latine, il écrit La Nuit, en 1897. Dans cette œuvre pessimiste, qui devait s’intituler La Fin d’un Monde, il montre le Mal « fascinant les âmes, les enlaçant dans ses replis comme un reptile aux écailles chatoyantes, les broyant et les brûlant comme un serpent de feu ».

Dans ce sonnet, doutant même de la portée de sa poésie, il identifie le poète à un jardinier dont les vers sont porteurs de poison.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 21:32

  david-sacre-napoleon

  Le Couronnement et le sacre de Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie, (02 décembre 1804)

Jacques-Louis David, 1805-1807 

 

Notre-Dame, à Paris, dore tes tours funèbres;

Rehausse ta muraille et chasse tes ténèbres;

Monte sur tes degrés jusqu’où vont les autans,

Et laisse en bas ta porte ouverte à deux battants,

Afin que, sur leur char, cent fameuses journées,

Couleuvrines d’Arcole, à Thèbes basanées,

 

Vieux drapeaux des Césars, par les balles usés,

Et canons musulmans dans leur sang baptisés,

Et la foule et le bruit, et tout ce qui, sur terre

Fait plier les genoux et baiser la poussière,

Entrent en même temps dans la nef et le chœur;

Car voici sous ton porche, un pape, un empereur.

 

Un pape sous son dais qui tient une couronne

Et dit en s’inclinant : « C’est moi qui te la donne,

Quand tu penses la prendre, ô César. Gloire à toi!

Je sacre ton épée et ton manteau de roi,

Afin qu'en te voyant passer dans les batailles

On dise : "Le voici, l'ange des funérailles !"

 

Désormais garde bien ce bandeau sur tes yeux,

Ainsi que je l'attache, et n'en romps pas les noeuds.

Qu'il soit dans tes projets, qu'il soit dans ton génie,

Qu'il soit dans ton sommeil et dans ton insomnie !

Qu'il soit dans ta ruine ou ta prospérité,

Et que rien ne le rompe avant l'éternité !

 

Je te sacre empereur de ce grain de poussière

Qui s'appelle le monde, et qu'un vent de colère

A poussé sous tes pieds. Sois en maître et seigneur !

Sur son faîte bâtis ton rêve de grandeur.

Eux-mêmes devant toi les rois se découronnent.

Entends ! la foule chante et les orgues résonnent :

 

L'orgue

 

Empereur, sous ton dais et sous ton allégresse,

Ne sens-tu pas ton coeur qui frémit par hasard ?

Au festin de ta gloire assieds-toi sans ivresse

Comme au festin de Balthazar.

 

Ne vois-tu pas aussi là cette main divine,

Au milieu de l'encens de toute la cité,

Qui sur le mur blanchi de ta prospérité

Ecrit le nom de ta ruine ?

 

Convive du Seigneur, reçois le pain et l'eau !

Déjà pâle d'ennui, quand ta coupe est remplie,

Ne sens-tu pas au bord, comme une amère lie,

Le goût amer de Waterloo ?

 

Dans le vaste océan de l'espérance humaine

Où ta voile défie et le vent et les flots,

N'entends-tu pas gronder au fond, comme un sanglot,

Le flot lointain de Sainte-Hélène ?

 

Et le chant a passé comme passent les vents ;

Et les morts ont souri de l'orgueil des vivants.

 

Edgar Quinet

 

De ce poème, commentaire "pompier" du sacre de Napoléon, je ne retiendrai que les deux derniers vers, que nombre de politiques à l'ego surdimensionné feraient bien de méditer. Ignoreraient-ils qu'ils seront tous un jour à la place de Balthazar ?

 

 

 

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:46

Conversations avec ma mère

Mama et Jaime (Isabelle Sadoyan et Didier Bezace),

Photo Brigitte Enguerrand 

 

Mardi 30 novembre 2010, au théâtre du Quai à Angers, une mère et son fils dialoguaient entre humour, exaspération, tendresse et poésie. On y jouait en effet Conversations avec ma mère, une adaptation théâtrale de Jordi Galceran du film Conversaciones con Mamá, du scénariste et réalisateur  argentin Santiago Carlos Ovès. Le film a reçu le Prix du Public et celui de la Meilleure interprétation féminine au Festival de Biarritz, Cinémas et Cultures d’Amérique latine.

Le metteur en scène explique ainsi le propos qui fut le sien dans ce film : « Pour le personnage de Mamá, je me suis inspiré de ma propre mère. Elle a quatre-vingt-dix ans. Je suis très inquiet de voir qu’une société comme la nôtre a tendance à abandonner les personnes  âgées à leur propre sort. Je ne parle pas seulement de ce qui se passe en Argentine, je crois que c’est valable pour toutes les sociétés. C’est très difficile pour un créateur, un artiste, de ne pas prendre en compte ce qui se passe réellement dans son pays. Mais en écrivant Conversations avec ma mère, je me suis dit que le thème de la relation entre une mère âgée et son fils adulte était universel et qu’il pouvait toucher au-delà du public local. »

C’est sans doute un des aspects qui a séduit Didier Bezace, directeur du Centre Dramatique National de La Commune d’Aubervilliers depuis 1997, et Isabelle Sadoyan, comédienne qui fit ses débuts avec Roger Planchon au TNP. En 2007, après une série de lectures publiques du scénario qui suscitèrent un grand écho, Didier Besace fut incité à le mettre en scène, préoccupé qu’il est par le thème de la mère, qu’il avait traité déjà avec le diptyque de Dario Fo, La Maman Bohème et Médée. Le spectacle fut créé le 05 octobre 2007 au théâtre de La Commune, avec la collaboration artistique de Laurent Caillon  et de Dyssia Loubatière.

Dans un décor minimaliste, une table et deux chaises de bois, et tandis qu’on entend dans la cuisine proche le sifflement d’un autocuiseur, le spectacle met en scène six conversations entre Mamá (Isabelle Sadoyan), âgée de quatre-vingt-deux ans, et son fils Jaime (Didier Bezace), cinquante-cinq ans, aux abois dans l’Argentine de 2001, en pleine faillite économique et sociale. Jaime, sanglé dans son costume et son imperméable gris de cadre supérieur bon teint, rend visite à sa mère. Il a perdu son travail et, poussé par sa femme Dorita et sa belle-mère (que sa mère déteste d’une manière obsessionnelle), il souhaiterait récupérer l’appartement où habite Mamá pour le vendre, tout en lui proposant une chambre de bonne dans son propre logement. Avec un étonnement mêlé de reproches, il va découvrir en sa mère des capacités de résistance insoupçonnées et un ardent désir de continuer à vivre et à aimer. Alors que lui n’est plus qu’une « apparence » derrière laquelle se cache de la peur, Mamá lui avoue son amour pour Gregorio, un « anarcho-retraité », qu’elle a rencontré près des poubelles. N’y venait-elle pas jeter les reliefs d’un repas sans cesse préparé pour un fils, qui n’est pas venu déjeuner avec elle depuis vingt ans ?

C’est toute la vie de ces deux-là, qui est évoquée dans ces six conversations, entrecoupées par un "noir" où résonnent de mélancoliques airs de tango. Jaime, désabusé et angoissé, a pourtant été ce jeune homme qui espérait changer le monde et Mamá  a bien été cette femme qui aimait son mari, malgré les frasques de ce dernier avec Betty l’infirmière. Et si elle a retrouvé l’amour avec Gregorio, celui qui sait si bien réparer les interrupteurs électriques, son fils, quant à lui, ne peut que faire le constat qu’il n’aime plus sa femme et qu’il ne communique plus avec sa fille. Alors, pour une fois, comme une ultime consolation, Jaime accepte de déjeuner avec sa mère, d'accrocher à son cou la serviette à carreaux bleu et blanc qui était la sienne. Sa mère l’enjoint de mettre son ciré et ses bottes et de sauter dans les flaques à pieds joints, comme lorsqu’il était petit. Et, à la fin de la cinquième conversation, le rideau de s’ouvrir magiquement sur l’enfance retrouvée, avec un petit garçon sautillant dans l’eau, sous une pluie battante.

Au fil de ces six conversations, drôles, graves, émouvantes, le fils et la mère vont donc aller à la rencontre l’un de l’autre et se retrouver par-delà la mort. Au rythme des répliques alternant malice de la mère et crispation du fils, longs silences et questionnement répétitifs, sur un rythme qui s’accélère et se ralentit, à l’image de celui du tango, mère et fils renouent les fils de l’amour passé.

Isabelle Sadoyan trouve dans ce personnage un rôle à la mesure du grand talent qu’elle avait manifesté dans le rôle de Madame Argante dans Les Fausses Confidences, joué sous la direction de Jacques Lasalle, puis de nouveau de Didier Bezace. Après les lectures de 2007, Didier Bezace lui a demandé de conserver, dans sa propre mise en scène, le "ton léger et mozartien", indispensable pour ne pas sombrer dans le pathos, et qu'elle avait adopté. Il faut la voir passer avec une grande subtilité d’une fausse innocence de petite fille à la franchise la plus crue d’une femme qui se sait aimée (« Tant que les hommes ne mangeront pas et ne baiseront pas assez, rien n’ira mieux dans ce pays ! »), tout en ayant des moments d’oubli et d’absence. Le travail sur la lumière sert particulièrement bien ces temps d’égarement où elle paraît ailleurs.

Quant à Didier Bezace, il joue avec justesse et sobriété, cet homme engoncé dans une vie de petit-bourgeois, ce père absent, ce mari indifférent à son épouse, ce gendre exaspéré par sa belle-mère, ce personnage qui a renoncé à tous ses idéaux, à qui sa mère donne une ultime leçon de vie et de bonheur : « Vas-y, Jaime, lui dit-elle, qu’est-ce que tu attends ? » Sa mise en scène, intimiste, claire et sans ostentation aucune, met en valeur son jeu sensible et sa complicité avec Isabelle Sadoyan. 

La dernière conversation, par-delà la mort, conclura de manière émouvante- et toujours humoristique- (l’humour n’est-il pas la politesse du désespoir ?) les retrouvailles de Mamá et de Jaime. A l’image de Didier Bezace, reconduisant dans la coulisse Isabelle Sadoyan après les saluts, en lui mettant affectueusement la main sur l’épaule, Jaime accompagnera filialement Mamá sur son dernier  chemin, dans un ultime tango.

 

  conversatinj-avec-ma-mere L'Express.fr

Photo Brigitte Enguerrand

 

Sources :

Dossier de présentation du Théâtre de la Commune, Saison 2008-2009.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 18:20

Gangadhar Mahato anguish Gordana Kezic

Anguish, Gandaghar Mahato, Photo de Gordana Kezic 

 

Cet homme-là debout

Sa bouche est comme un trou

Ses orbites sont vides

Et son corps est livide

Il n’a plus de cheveux

Ses genoux sont cagneux

On voit les ligaments

De son cou haletant

Cet homme-là debout

Il possédait tout

Il portait dans ses mains

L’espoir des lendemains

Mais on lui a tout pris

Ne reste que son cri

 

 

 

 

  Ken Sealey Sead photo Clyde Yee

Sead, Ken Sealley, Photo de Clyde Yee 

 

Déjà

Nu

Dans la rondeur maternelle

Je nageais

Somnolais

Dans l’amniotique tunnel

Mes doigts n’étaient que bourrelets

Mes pieds étaient encore palmés

Mes bras souples comme murènes

Mon dos sinuant comme queue de sirène

J’ondulais doucement

En de vifs mouvements

Je flottais dans cette eau

Ces lointains sidéraux

Je flottais me mouvais

Et puis me retournais

En harmonie totale

Dans l’océan fœtal

Et j’étais en apnée

De toute éternité

 

Puis

Nu

Il m’a fallu naître

Ouvrir la fenêtre

De la maison humaine

De ses joies de ses haines

 

Mais

Quand me roule la mer

Comme en son bathysphère

Quand m’enlace la vague

Voilà que j’extravague

Que je me remémore

La maternelle amphore

 

 

 

Jean-Marc Rivalland Breaking Wave Gordana Kezic 

Breaking wave, Jean-Marc Rivalland, Photo de Gordana Kezic

 

Ces textes m'ont été inspirés par les photos d'une exposition qui a lieu à Bondi, Australie, aux antipodes, où vit mon fils. D'autres photos de cette exposition, qui a lieu au bord de la mer, sont visibles sur le site  http://sculpturebythesea.com/gallery.html

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Poèmes
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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:27

petitmendiant murillo

Le petit mendiant, Bartolomé Esteban Murillo, 1645,

Musée du Louvre

 

 

Quand j’pass’ triste et noir, gn’a d’quoi rire.

Faut voir rentrer les boutiquiers,

Les yeux durs, la gueule en tir’lire,

Dans leurs comptoirs comm’ des banquiers.

 

J’les r’luque : et c’est irrésistible.

Ys’caval’nt, y z’ont peur de moi,

Peur que j’leur chopp leurs comestibles,

Peur pour leurs femmes, pour je n’sais quoi.

 

Leurs conscienc’ dit :  « Tu t’soignes les tripes,

Tu t’les bourr’s à t’en étouffer,

Ben, n’en v’là un qu’a pas bouffé ! »

Alors, dame ! euss y m’prenn’nt en grippe !

 

Gn’a pas ; mon spectr’ les embarrasse,

Ca leur z’y donn’comme des remords :

Des fois, j’plaqu’ ma fiole à leurs glaces,

Et y d’viennent livid’s comm’ des morts !

 

Du coup, malgré leur chair de poule,

Y s’jettent su’ la porte en hurlant :

Faut voir comme y z’ameut’nt la foule

Pendant qu’Bibi y fout son camp !

 

« Avez-vous vu ce misérable,

Cet individu équivoque ?

Ce pouilleux, ce voleur en loques

Qui nous r’gardait croûter à table ?

 

« Ma parole ! on n’est pus chez soi,

On n’peut pus digérer tranquilles…

Nous payons l’impôt, gn’a des lois !

Qu’est-c’ qui font donc, les sergents d’ville ? »

 

J’suis loin, que j’les entends encor :

L’vent d’hiver m’apport’ leurs cris aigres.

Y piaill’nt, comme à Noël des porcs,

Comm’ des chiens gras su’ un chien maigre !

 

Pendant c’temps, moi, j’file en silence.

Car j’aim’ pas la publicité ;

Oh ! j’connais leur état d’santé,

Y m’f’raient foutre au clou par prudence !

 

Comm’ça, au moins, j’ai l’bénéfice

De m’répéter en liberté

Deux mots lus su’ les édifices :

« Egalité ! Fraternité ! »

 

Souvent, j’ai pas d’aut’nourriture

(C’est l’pain d’lesprit dis’nt les gourmets) ;

Bah ! l’Homme est un muff’ par nature,

Et la Natur’ chang’ra jamais.

 

Car, gn’a des prophèt’s, des penseurs

Qui z’ont cherché à changer l’Homme.

Ben quoi donc qu’y z’ont fait en somme,

De c’kilog d’fer qu’y nomm’nt son Cœur ?

 

Rien de rien… même en tapant d’ssus,

Ou en l’prenant par la tendresse

Comm’ l’a fait Not’Seigneur Jésus,

Qui s’a vraiment trompé d’adresse.

 

Aussi, quand on a lu l’histoire

D’ceuss’qu’a voulu améliorer

L’genre humain…, on les trait’ de poires ;

On vourait ben les exécrer ;

 

On réfléchit, on a envie

D’beugler tout seul Miserere :

Pis on s’dit : « Ben quoi, c’est la Vie ! »

Gn’a rien à fair’, gn’a qu’à pleurer… »

 

Les Soliloques du Pauvre (1896)

 

A l’heure où la neige tombe sur la France, où les maraudes des associations s’efforcent de proposer un toit aux sans-abris, il semble salutaire de relire ce texte de Jehan Rictus (1867-1933), lui qui écrivait : « […] tout jeune, vers quinze ans, seul au monde, j’ai roulé, disparu, tribulé et produit comme j’ai pu ».

Dans sa langue faubourienne, gouailleuse, si émouvante, il a su dire la souffrance et la douleur des exclus et des humiliés. Sa poésie est un réquisitoire contre ceux « dont la conscience semble dormir en toute sécurité au milieu d’un bourbier » (Georges Oudinot).

Il fut retrouvé mort, le 8 novembre 1933, dans son logis de la rue Camille-Tahan.

 

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 17:29

  melusine

 

Qui erre ici dessous le lierre?

C’est Merlin le vilain mire.

Qui dans sa tour se retire ?

C’est Mélusine la sorcière

 

Quel est ce cri ? Quel est ce rire ?

 

C’est le savant emprisonné,

Et que Viviane aura aimé,

Par une ruse emprisonné.

C'est bien la mère des Lusignan,

Qui s’envole au gré des vents,

Fée dont la queue mime un serpent.

 

Nus, sans pouvoirs, ils redeviennent

Humbles humains sans stratagème.

 

Bulle

 

 

 

Défi n°43, proposé par Nounedeb.

Coup de balai à Brocéliande : Prenez la fée Mélusine et son double, sombre sorcière. Passez-les dans une tornade blanche jusqu’à ce que toutes les lettres se détachent. Récupérez-les pour former 10 mots en plus des 2 ci-dessus (on peut utiliser la même lettre plusieurs fois), et l’indispensable Merlin. Il n’y a plus qu’à utiliser ces mots dans un texte libre (si vous les mettez en italique, on les reconnaîtra).  

Pour la Communauté des Croqueurs de Mots

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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