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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 18:20

  galantes scènes jef rabillon

Sylvine et Arlekiss, (Annelore Stubbe et Danny Ronaldo), Photo Jef Rabillon 

 

C’est avec Arlequin poli par l’amour, pièce créée à l’Hôtel de Bourgogne le 16 juillet 1720, et jouée aux Italiens le 17 octobre, que Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux connaît son premier succès au théâtre. Cette féerie en un acte et 22 scènes, sera à l’origine d’une longue collaboration avec les Comédiens-Italiens, notamment Silvia Baleti, qui sera son interprète favorite. Il donnera leur nom aux personnages de ses pièces, il appréciera leur jeu plein de fantaisie et leurs pantomimes, inspirés de la commedia dell’arte, et le théâtre de l’époque en sera profondément renouvelé.

Quant à La Serva Padrona, c’est un double intermezzo de Giovanni Battista Pergolesi, créé au Teatro San Bartolomeo de Naples, le 28 août 1733. On sait que, dès son origine, l’opéra italien mêlait passages sérieux et passages comiques, puis les parties comiques se séparèrent peu à peu de l’opéra. D’abord placés à la fin des actes, puis éliminés de l’opera seria, ces intermèdes occupèrent par la suite les deux entractes, qui furent bientôt reliés par une même action. C’est donc à ce type d’œuvres qu’appartient La Serva Padrona, que Pergolèse composa pour égayer les entractes de son opéra Il Prigionero Superbo, inaugurant ainsi l’opera buffa. Mais cette œuvre est surtout connue pour avoir déclenché la Querelle des Bouffons. Cette controverse parisienne opposa, au cours des années 1752-1754, les défenseurs de la musique française, regroupés autour de Jean-Philippe Rameau, et les tenants d’une ouverture vers d’autres horizons musicaux, réunis autour de Jean-Jacques Rousseau, et partisans d’italianiser l’opéra français. De tout temps, l’art a eu le souci de se  renouveler !

C’est cet aspect novateur que l’on a pu aussi apprécier, (sans aucune querelle !) jeudi 25 novembre 2010, dans la salle Beaurepaire à Saumur, où l’ensemble bruxellois Leporello, dirigé par Dirk Opstaele, et l’ensemble baroque Stradivaria de Nantes, conduit par Daniel Cuiller, proposaient Galantes scènes, spectacle théâtral et musical, associant librement une adaptation de la première pièce de Marivaux et l’intermezzo de Pergolèse.

Dans une interview, accordée à Alexandre Pham, le 22 février 2010, les deux initiateurs de ce « nouvel objet musical entre théâtre et opéra » s’expliquent sur leurs intentions. L’homme de théâtre bruxellois explique qu’il a souhaité entrecouper le texte adapté de Marivaux par des intermèdes musicaux chantés (airs et duos) de l’œuvre de Pergolèse, afin de donner une force émotive plus grande aux scènes jouées. Selon lui, le rire naît toujours d’une sorte de contraste entre le tragique et le clownesque. Le spectateur rira s’il a de la sympathie pour le personnage et compatira à ses malheurs, ici Arlekiss à la recherche de l’amour véritable, mais manipulé par Madame de Fée. Pour Dirk Opstaele, qui considère que Marivaux maîtrise au plus haut degré l’art de la situation théâtrale, il est inévitable qu’il y ait, même au sein de la comédie, un enjeu tragique. La mort rôde, il y a des menaces d’assassinat, mais les lazzi, les scènes improvisées, le talent de jongleur, de bateleur, d’acrobate d’Arlequin désamorcent cette angoisse latente.

Daniel Cuiller précise que la réflexion première dans l’élaboration du projet a porté sur l’association entre les différents éléments. Peu à peu, textes et musiques se sont structurés, découverts, en fonction de la volonté de créer un nouvel objet artistique. Mais pour lui, il ne s’agit nullement d’un « assemblage ». Les éléments musicaux de Pergolèse, confortés par des musiques additionnelles de Rameau, Cimarosa, Francœur, Martini, viennent comme une ponctuation de l’action scénique. Ils apportent un regard différent, extérieur, sur ce qui se passe sur scène, ils sont comme un commentaire, voire une morale, pour certains airs de Rameau.

L’ensemble forme une sorte de grand récitatif, qui était la forme première de la diction chantée aux XVII° et XVIII° siècles. Ainsi, le mouvement continuel du texte est soutenu et rythmé par la musique, réalisant une œuvre autonome et originale.

Si Dirk Opstaele a modernisé la langue de Marivaux, il a conservé dans ses grandes lignes l’intrigue originale. Arlequin poli par l’amour met en scène une fée (La Fée/ Madame de Fée/ Mieke Laureys), qui s’est éprise d’un beau jeune homme endormi dans les bois, Arlequin (Arlequin/ Arlekiss/ Danny Ronaldo). Elle espère lui donner de l’esprit en l’éveillant à l’amour. La bergère Silvia (Silvia/ Sylvine, camériste de Madame de Fée/ Annelore Stubbe), qui refuse l’amour d’un berger (ici Trivlich, majordome de Madame de Fée/ Gordon Wilson), tombe amoureuse d’Arlequin. La Fée, jalouse de cet amour fait croire à Arlequin que Silvia s’est moquée de lui. Trivelin (le domestique de La Fée chez Marivaux) les sauvera en leur donnant le moyen de s’emparer de la baguette magique de La Fée (ici une poule cachée sous son troisième jupon !). Berger, autre bergère, chanteurs, danseurs et lutins ont été supprimés pour ne garder de l’intrigue que l’essentiel.

Si Marivaux souhaitait faire entendre la langue du XVIII° siècle, le metteur en scène fait ici résonner aux oreilles du spectateur une langue jubilatoire, mêlant tournures anciennes, expressions modernes et mots étrangers. L’accent bruxellois (et anglais pour Trivlich) fait merveille et il est, d’une certaine manière, fidèle à l’esprit originel de la pièce de Marivaux. En effet, si Trivelin, joué par Biancolelli, parlait couramment le français, ce n’était pas le cas pour Arlequin, interprété par un comédien qui ne possédait pas complètement la langue du dramaturge. Il remplaçait alors nombre de ses répliques par des mimiques expressives. On retrouve aussi dans cette adaptation les préoccupations de Marivaux en matière de langue : sous-entendus, apartés, jeux de mots, double sens, jeux verbaux toujours en quête, non pas de « l’exacte clarté » (« Sur la clarté du discours », Le Mercure) mais d’une forme de suggestion qui laisse deviner davantage qu’elle ne dit.

Pour jouer le célèbre Bergamasque au costume losangé, Dirk Opstaele a fait confiance à Danny Ronaldo, un des plus célèbres Arlequins de la scène européenne. Et ce n’est pas peu dire qu’il possède toutes les ficelles de la commedia dell’arte. Il est passé maître dans l’art des concetti, rodomontades et autres lazzis, possédant tout l’éventail des grimaces, gestes grivois, et pirouettes acrobatiques, qui font mouche à tout coup. On le voit être tenté par le suicide en se mettant la tête dans un seau de plastique rouge, dont il ressort en faisant de grands jets d’eau avec la bouche. Certaines scènes s’apparentent même à de la prestidigitation quand il apparaît avec un œuf dur qu’il crache, tandis que d’autres œufs surgissent sans qu’on s’y attende. Arlekiss et Sylvine forment ainsi un duo insolemment doué, dans un marivaudage outrancier, qui invite au rire. Cette habileté dans le geste burlesque sait se manifester de manière comiquement tendre, notamment dans la scène d’amour où il se donnent des baisers amoureux par l’intermédiaire de leurs doigts de pied.

Dans cette première pièce de Marivaux, outre l’aspect commedia dell’arte essentiellement ludique, on sera sensible à la conception de l’amour qui s’y fait jour, et qui se manifeste par l’instantanéité du mouvement psychologique et de ses effets, qui prendront par la suite toutes les formes des « surprises de l’amour ». La naissance de l’amour chez Arlequin et chez Sylvine est à l’origine d’une prise de conscience de soi et du monde social, vision que Marivaux développera dans tout son théâtre à venir. Dans cette comédie, l’aspect psychologique des personnages est déjà traité avec finesse et sérieux et l’on y découvre ce rêve d’un « monde vrai » (Le Cabinet du Philosophe), où les êtres communiquent sans erreur ni tromperie.

L’originalité du spectacle réside encore dans le fait que le metteur en scène fait participer les chanteurs et musiciens, fidèle en cela à l'époque de Pergolèse où les chanteurs du double intermezzo étaient aussi acteurs.Virginie Pochon, la soprano, et le baryton Franck Lequérinel, sont mis à contribution pour renvoyer la balle aux comédiens et ils font ainsi partie intégrante du spectacle, tout en conservant la maîtrise du livret. Daniel Cuiller, premier violon, Solenne Guilbert, second violon, Marion Middenway, violoncelle, et Frédéric Jouannais au clavecin, opinent du chef, sourient, brandissent leur archet, et l’on perçoit combien la troupe est à l’unisson dans ce jeu musical et théâtral, remarquablement chorégraphié.

Ainsi cette improbable rencontre entre Marivaux et Pergolèse, imaginée par un Belge et un Français,  est une vraie réussite et les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir, qui ont applaudi à tout rompre cette troupe endiablée et diablement maître de son jeu, tandis qu’Arlekiss faisait saluer la poule de Madame de Fée, partie déambuler dans le public.

Un « objet théâtral » unique qui n’a pas fait mentir la dernière réplique d’Arlequin dans la pièce de Marivaux : « […] je veux qu’on chante, qu’on danse et puis après nous irons nous faire roi quelque part. »

 

Galantes scènes kurt van der Elst   

Madame de Fée (Mieke Laureys), Trivlich (Gordon Wilson),

Sylvine (Annelore Stubbe), Arlekiss (Danny Ronaldo),

Photo Kurt van der Elst

 

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, J. – P de Beaumarchais, D. Couty, Alain Rey, Tome 3, Bordas, Paris, 1987.

Reportage réalisé au Grand Théâtre d’Angers, Alexandre Pham, 22 février 2010, Réalisation Studio Classiquenews TV.

http://www.forumopera.com/v1/critiques/serva_fasano.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:43

  Portait de Rénée Vivien par Alice Pike Barney, la mère d

Renée Vivien par Alice Pike Barney, la mère de Natalie Clifford Barney

 

Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas,

Je lui dirais : « O Christ, je ne te connais pas !

 

« Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne,

Et je vécus ainsi qu’une simple païenne…

 

« Le soleil me ceignait de ses plus vives flammes

Et l’amour m’inclina vers la beauté des femmes… »

 

- Comme je ne cherchais que l’amour, obsédée

Par un regard, les gens de bien m’ont lapidée.

 

Pendant longtemps je fus clouée au pilori,

Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri ;

 

Puis des hommes ont pris dans leurs mains de la boue

Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

 

Je porte dans mon cœur et dans mon âme nue

L’orgueil d’être farouche et d’être méconnue.

 

Sans vous comprendre et sans que vous m’ayez comprise

J’ai passé parmi vous, noire dans l’ombre grise…

 

Et j’ai vu m’échapper l’Amour comme la Gloire.

Tout s’accomplit enfin : Sonne, ô mon heure noire ;

 

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort

Marque enfin cet instant espéré de la mort !

 

- Je pars comme on retourne, allégée et ravie

De pardonner enfin à l’Amour et la Vie.

 

Vous me ferez alors oublier, Violettes,

Le long mal qui sévit dans le cœur des poètes…

 

Sachant que la bonté du sort m’est enfin due,

Je retournerai vers celle que j’ai perdue.

 

Les lotus léthéens lèvent leurs fronts pâlis…

Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

 

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,

Que je m’en aille enfin n’importe où- mais ailleurs !

 

 

A une époque où l’homosexualité était considérée comme de l’hystérie ou une maladie mentale, Renée Vivien en parla à la première personne. Elle aima Natalie Clifford Barney et la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt et fut ainsi considérée comme une femme "sulfureuse", celle par qui le scandale arrive.

Dans cette suite de distiques, elle dit pudiquement la souffrance de se voir elle-même et son œuvre poétique marquées au fer rouge. Dans Le Pur et l’impur, Colette évoque les difficultés d’une vie qui se termina à trente-deux ans. La muse-aux-violettes repose au cimetière de Passy, non loin d’une autre femme à l’existence éphémère, la diariste et peintre Marie Bashkirtseff.

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 18:37

  Potiche

 

 

Une vieille potiche

Qui son mystère affiche

Héritée d’un grand-père

Amoureux du désert

 

J’aime à la regarder

Dessus le vaisselier

Dans son dessin oblong

Son col étroit et rond

 

Son glacis vernissé

Son blanc qui est cassé

Et ses dessins naïfs

Combien décoratifs

 

Tracés par le pinceau 

Des fleurs et des oiseaux

Autant de taches bleues

Dansant devant mes yeux

 

Par quelle âme inventés

Par quelle main dessinés

Parvenus jusqu’à nous

Tels de vrais bijoux

 

Elle me fait rêver

Son fond d’un blanc de lait

Ses fines craquelures

Fragiles meurtrissures

 

Sa courbe sinueuse

Silhouette harmonieuse

Où mon esprit se perd

Intrigant univers

 

Quel est cet artisan

Ce roi ou cet amant

Qui l’offrit à sa belle

Au regard de gazelle

 

Quel est donc ce potier

Par l’amour inspiré

Qui créa cette jarre

Au comble de son art

 

Ornement d’un palais

Vase pour des secrets

Récipient pour un baume

Jarre aux subtils arômes

 

Jamais je ne saurai

Mais toujours j’aimerai

Cette belle sultane

Dans sa robe ottomane

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy

du 22 au 28 novembre 2010

Thème : les potiches

Communauté : Les Croqueurs de Mots

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 09:54

  femmes près d'une conque

Deux femmes près d'une conque et deux amours, François Boucher,

Musée du Louvre, Département des Arts graphiques

 

 

Passants, je me souviens du crépuscule vert

Où glissent lentement les ombres sous-marines,

Où les algues de jade au calice entr’ouvert

Etreignent de leur bras fluide les ruines

Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.

Je me souviens du soir où la nacre s’irise,

Où dorment les anneaux, étincelants encor,

Qui donnaient à la mer ses époux de Venise.

Passants, je me souviens du mystique travail

Des vivants jardins, qui recèlent virginales,

L’anémone et la mousse et la fleur du corail

Dont l’effort des remous avive les pétales,

Rose animale et rouge éclose dans la nuit.

Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume

Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit

En laissant sur les flots une neige d’écume.

Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant

Des vagues, refleurir les astres du phosphore.

Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.

Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore

En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints

De sel, qui furent des bannières déployées,

D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints

Et les membres meurtris des Amantes noyées…

J’ai connu les frissons de leur baiser amer.

Dans mon cœur chante encor la musique illusoire

De l’Océan. –Je garde en ma frêle mémoire

Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.

 

Evocations (1903)

 

Toujours sur le thème du coquillage, j’ai retrouvé dans ma vieille anthologie ce poème de Renée Vivien. De son vrai nom Pauline Tarn, elle est née en juin 1877 à Londres, d’un père anglais et d'une mère américaine, et mourut à Paris le 18 novembre 1909. Sa vie en poésie fut brève mais l’on retrouve ici « cette harmonie douce et immense, cette largeur d’évocation sombre et caressante qui la caractérise ».

 

renee vivien auguste rodin

Renée Vivien, buste en marbre, Auguste Rodin

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 19:31

  coquillage.jpg

 

 

Sur les plages de Crète dans les temps reculés

Lorsque le roi Minos aimait Pasiphaé

Pâtres et mariniers marchaient sur le rivage

En quête d’un nacré et vibrant coquillage

 

Ils aimaient sa spirale rêvaient son pavillon

Celui qui donne un son si rare et si profond

Que les prêtres le font résonner pour les dieux

Et qu’on le remercie quand la pluie vient des cieux

 

Ils voulaient l’emboucher le fabuleux buccin

L’instrument que Triton le fils du dieu marin

Anima de son souffle barbu et éclatant

Pour chasser de la terre les eaux et les courants

 

Ils le trouvaient si beau dans ses torsades ornées

Sa conque traversière son apex acéré

Sa musique de cor en charmait les sirènes

Et les filles de Nérée chantaient sa cantilène

 

Ils racontaient souvent  la troublante légende

D’une Aphrodite nue aux cheveux en guirlande

Jaillie de la coquille rose en sa nudité

Déesse de la mer vierge Anadyoméné

 

Sur les plages de Crète pâtres et mariniers

En quête de musique les sables ont déserté

Seuls les petits enfants qui ont l’oreille fine

Entendront éblouis la trompette marine

 

 

 

Pour Papier Libre

Thème : sur une photo représentant un coquillage (triton) : Ce  magnifique coquillage vous invite à une visite non guidée. A vous de rêver.

 

 

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 18:59

saché

 

Pénétrer dans le petit manoir de Saché, en Indre-et-Loire, c’est pénétrer en quelque sorte dans la fabrique d’écriture d’Honoré de Balzac. Pendant une dizaine d’années, entre 1829 et 1837, invité par M. Jean de Margonne, il y revint fréquemment pour s’adonner à l’écriture. Il y alla régulièrement au cours de ces années et s’y rendra pour la dernière fois en 1848. On peut s’étonner de ces visites fréquentes chez cet homme qui fut l’amant de sa mère et le père de son frère puîné Henry-François, enfant que Mme de Balzac lui préféra toujours. Si le fils aîné n’éprouvait guère de sympathie véritable pour M. de Margonne, ce dernier ne manquait pas de l’admirer et le jeune tourangeau sut profiter largement de son hospitalité, considérant par ailleurs que son hôte lui « devait bien ça ».

Balzac se rend de Paris à Tours, en diligence en vingt-trois heures ; puis il part parfois à pied pour Saché, distant d’une vingtaine de kilomètres. Il écrit dans une des premières versions du Médecin de campagne : « J’avais entrepris d’aller de Tours à Saché, vieux reste de château, qui se recommande chaque année à ma mémoire par des souvenirs d’enfance et d’amitié. » C’est ce petit trajet qu’il fait aussi parcourir à Félix de Vandenesse dans Le Lys dans la vallée.

Nombre de pages (mais jamais une œuvre en entier) d’une trentaine d’œuvres de Maître Cornélius au Lys dans la Vallée, en passant par Louis Lambert, La Recherche de l’Absolu, Le Père Goriot, Séraphita, César Birotteau, Les Illusions perdues, ont été écrites dans cette gentilhommière du début du XVI° siècle, édifiée sur les vestiges d’un premier château du XIII° siècle. Agrandie au XVII° siècle, elle fut encore prolongée aux XVIII° et XIX° siècles, ce qui explique que Balzac parlait d’elle comme d’un « débris de château » ; jugement sévère car la demeure ne manque pas de charme.

Nous savons que Balzac aimait terminer ses romans en les datant précisément. Il en va ainsi pour Maître Cornélius : « Au Château de Saché, novembre 1831 » ; Louis Lambert : "Au château de Saché, juin 1832". Quant au Père Goriot, qui ne fut pas achevé en ce lieu, il porte pourtant la mention, « Saché, septembre 1834 ».

 

saché campagne

 

Venu en ce lieu pour la première fois alors qu’il n’avait que treize ans, il en fit par la suite un de ses lieux de prédilection : « A Saché, je suis libre et heureux comme un moine dans son monastère. Le ciel y est si pur, les chênes si beaux, le calme si vaste… » Après Paris, la Touraine et ses environs est la région dans laquelle le romancier situe le plus grand nombre de ses œuvres, la plus emblématique étant Le Lys dans la vallée. L’action s’y déroule principalement à Saché et dans les châteaux à l’entour.

Dès l’entrée, la cloche, que sonne le guide pour appeler les visiteurs déambulant dans le jardin, rappelle la présence de l’auteur des 17 volumes de La Comédie humaine. Alors qu’il s’était attelé à l’écriture dès 2 ou 3 h du matin et qu’il y avait travaillé une quinzaine d’heures sur un manuscrit, il renâclait à lui obéir pour venir dîner, disant qu’elle lui « étranglait les idées ». Certaines pièces de cette maison que Balzac affectionnait particulièrement proposent le décor qu’il connut en réalité. D’autres, et ce sont les plus nombreuses, sont muséographiques et sont consacrées à l’œuvre. Elles présentent lettres, manuscrits, épreuves corrigées de la main de l’auteur, portraits originaux, bronzes et plâtres des études de Rodin pour la célèbre statue de l’écrivain. Au rez-de-chaussée, a été reconstitué un atelier d’imprimeur, semblable à celui que Balzac posséda et qui le conduisit à la faillite. Cette expérience de jeunesse lui inspirera Les Illusions perdues.

 

saché manuscrits 2

 

La salle à manger, le salon, le vestibule (au premier étage) et la chambre à coucher (au second étage) témoignent de ce que fut ce lieu de villégiature, situé dans un petit parc sans prétention et près d’un vallon boisé. Le vaste vestibule, qui fait communiquer le salon et la salle à manger présente un buste en marbre de Balzac par Marquet de Vasselot, des représentations de Paris, et un paysage romantique qui ornait le salon de Madame de Berny, la « Dilecta » à Villeparisis.

On sait que Le Père Goriot, qui inaugure le procédé qui fera florès du retour des personnages, fut commencé en 1834. On se demande si la description du salon de la pension Vauquer n’aurait pas été inspirée par le motif de la frise du papier peint de la salle à manger de Saché, visible entre le poêle de faïence et le tableau d’une femme en rouge et noir, peut-être une ancêtre de la famille de Paul Métadier, à l’origine du musée.

 

Saché Télémaque

 

On y lit en effet, dans la première partie du Père Goriot, « Une pension bourgeoise » : « Le surplus des parois est tendu d’un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont coloriés. Le panneau d’entre les croisées grillagées offre aux pensionnaires le tableau du festin donné au fils d’Ulysse par Calypso. Depuis quarante ans, cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient supérieurs à leur position, en se moquant du dîner auquel la misère les condamne. » Cette partie bien conservée du papier peint d’origine de la salle à manger de Saché a permis d’ailleurs la restauration à l’identique de l’ensemble.

 

Saché salle à manger

 

Le grand salon du manoir, d’une dizaine de mètres de long, possède quant à lui un superbe papier peint en trompe l’œil, imitant des draperies d’un beige doré. Nommé par Balzac lui-même dans sa correspondance « le papier aux lions », il date de 1803. Il est aisé de l’imaginer jouant au whist ou au tric-trac, animant les soirées de ses hôtes en faisant des lectures des passages de son œuvre en cours d’élaboration ou en donnant vie à certains de ses personnages. Si cet imposant salon est recouvert d’un parquet, les autres pièces sont dallées de carreaux de Châteaurenault blancs, conférant à l’ensemble une grande sobriété.

saché salon 3

 

Quant à sa petite chambre, au second étage, elle émeut par sa simplicité monacale. Le lit- bien petit et étroit pour un homme de sa corpulence- et dans lequel il écrivait sur une planchette, le bureau, et peut-être le fauteuil, sont d’origine. C’est un lieu reposant et serein, dont la fenêtre s’ouvre sur les bois, et qui fut propice à la création. « C’est là, dit-il, que j’ai fait mes premiers pas dans les chemins de la pensée et que se sont passées les heures les plus solennelles de ma vie intellectuelle […] Là, j’ai écrit Louis Lambert, rêvé Le Père Goriot, repris courage pour mes horribles luttes d’intérêts matériels… » C’est là aussi qu’il se droguait à un café très serré, ce fameux mélange de moka, bourbon et arabica, dont il buvait des tasses sans nombre et qui ne fut pas sans effet sur sa fin prématurée.

 

saché chamabre

 

Outre ces trois pièces, qui permettent d’imaginer la vie quotidienne et campagnarde de l’auteur en villégiature, les autres salles passionneront tous ceux qui s’intéressent au processus mystérieux de la création littéraire. Au premier étage, deux d’entre elles sont réservées à des expositions temporaires, l’une étant décorée d’un papier peint à l’ancienne, dont le motif à fleurs de lys évoque Le Lys dans la vallée.

Dans la salle du Lys, sont présentés des œuvres et des documents qui évoquent la vie de Balzac, certains en lien avec la Touraine. On y voit ainsi la plaque indiquant la maison natale du romancier à Tours, retrouvée sous les décombres après le bombardement de Tours en juin 1940.

 

saché plaque

 

On y fait la connaissance de son père, Bernard-François Balzac, directeur des vivres de la 22e division militaire à Tours ;

 

saché le père

 

de sa mère, Anne-Charlotte Sallambier ;

 

saché la mère

 

 

de sa sœur très aimée Laure, née un an après lui et qui sera mise en nourrice avec lui. Un autre petit portrait, assez peu connu, le représente dans sa jeunesse, peu-être pour la réception du duc d’Angoulême à Tours en 1814. En le regardant, on pense au jeune Félix de Vandenesse, se préparant pour le bal où il rencontrera pour la première fois Madame de Mortsauf.

 

Balzac 4

 

L’attention est encore retenue par la copie du célébrissime portrait par Boulanger (1842) et qui est exposé au musée de Tours. Le « forçat des lettres » y est représenté de face, les bras croisés, vêtu d’un froc de bure monacal, que ceint une cordelette. Le modèle appréciait tant ce portrait qu’il en fit faire par l’artiste une réplique pour Madame Hanska.

 

Balzac 6

 

Mais c’est sans doute l’unique photo de Balzac, le célèbre daguerréotype de Nadar (1842), qui restitue de lui l’image la plus fidèle.

 

 Balzac 3

 

Laure de Berny, la « Dilecta », en médaillon, voisine avec le beau profil dans les tons gris de Madame Hanska veuve, par Gigoux. Un dessin représente La Grenadière (demeure de lady Dudley dans Le Lys) où il séjourna avec celle qui avait vingt-deux ans de plus que lui, tandis que d’autres évoquent le domaine de Wierzchownia, propriété du comte Hanski, dont le raffinement étonna Balzac.

 

saché mme Hanska

 

La salle Louis Lambert permet au visiteur de comprendre la genèse de La Comédie humaine. L’on sait que ce projet prométhéen lui vint d’une « comparaison entre l’humanité et l’animalité, les « espèces sociales », devant correspondre aux « espèces zoologiques », projet qu’il explique dans l’extraordinaire Avant-Propos de l’œuvre. N’écrit-il pas à son amie Zulma Carraud en janvier 1845 : « Vous ne vous figurez pas ce que c’est que La Comédie humaine ; c’est plus vaste littérairement parlant que la cathédrale de Bourges architecturalement » ?

En 1834, la structure est trouvée : les Etudes de mœurs, les Etudes philosophiques, les Etudes analytiques. La récurrence des personnages (plus de 2000) empruntée à Walter Scott, les correspondances et les filiations d’une œuvre à l’autre sont des éléments-clés de cette entreprise unique.

En 1842, Balzac publie sous le titre de Comédie humaine ses œuvres complètes, c’est-à-dire la grande majorité des romans et quelques essais dans ce classement, qui ne suivait pourtant ni l’ordre de publication des textes ni la chronologie de la vie des personnages. Cette édition, prévue pour comporter 32 volumes, n’en comporta que 17. Par rapport au plan prévisionnel précis de 1845, il existe de nombreux manques. Il apparaît que ce sont les Etudes de mœurs qui sont les plus fournies avec les Scènes de la vie privée, les Scènes de la vie de province, les Scènes de la vie parisienne, les Scènes de la vie politique, les Scènes de la vie militaire, les Scènes de la vie de campagne. En dépit de cette disproportion avec les deux autres grandes parties envisagées, l’ensemble demeure une somme gigantesque. Dans la salle Louis Lambert, de nombreuses caricatures d’époque évoquent avec humour Balzac et ses personnages.

 

Balzac 7

 

Connue sous le nom d’édition Furne, nom de son principal éditeur, La Comédie humaine fut rééditée. La mort de Balzac en 1850 mit un terme à son projet mais il avait eu le temps de faire de nombreuses corrections manuscrites. Cet exemplaire, baptisé « Furne corrigé », est le texte de référence de nombre d’éditions postérieures, faisant ainsi disparaître d’autres états du texte. N’oublions pas en effet que les œuvres de Balzac furent publiées plusieurs fois de son vivant, en revue, dans des journaux en feuilletons, reprises en éditions séparées chez divers éditeurs, puis intégrées dans l’édition Furne entre 1842 et 1847. Si l’on compte aussi les manuscrits, les brouillons, les épreuves et le « Furne corrigé », les variantes sont innombrables et composent un fascinant palimpseste. Dans le Cabinet des manuscrits, une autre salle, une vitrine éclaire admirablement ce travail de titan, qui consista pour Balzac à récrire sans fin son œuvre. On y découvre le manuscrit, l’épreuve d’imprimerie corrigée à la main, la pré-publication, l’édition en librairie…

 

Saché manuscrits

 

Dans la salle Béatrix, la Touraine est l’élément fédérateur. On y retrouve de nombreuses figurines représentant les personnages des romans et notamment les Tourangeaux : ceux du Curé de Tours, de La femme de trente ans ou de L’Illustre Gaudissart. C’est Le Lys dans la vallée, publié en 1836, qui va clôturer les Etudes de mœurs. On connaît la place essentielle de ce roman, qui était selon Alain, « l’histoire des Cent-Jours vue d’un château de la Loire ». Ce qu’on en retient surtout, c’est qu’il est un magnifique roman d’initiation, sous la forme de deux lettres : la première de Félix de Vandenesse qui conte son amour fatal pour Madame de Mortsauf à Natalie de Manerville, la seconde étant la réponse de Natalie à Félix. L’auteur Balzac s’y confond avec le narrateur, qui « sonde le cœur humain aussi profondément que le style épistolaire ». L’aspect autobiographique d’un roman qui met en scène un enfant mal-aimé par sa mère et l’amour d’un jeune homme pour une femme plus âgée n’occulte pas pourtant la poésie d’une histoire que Claudel considérait comme un « admirable poème ».

 

saché Mortsauf

 

Quant à la topographie du roman, elle est typiquement tourangelle. Le château de Clochegourde ressemble à s’y méprendre au manoir de Vonne tout proche ; le château de Frapesle, c’est Valesne où Balzac séjourna avec Madame de Berny. Tout Saché et ses environs sont enclos dans ce roman et l’on se souvient de l’exclamation de Félix, évoquant l’inconnue dont il a baisé les épaules dans un mouvement fou au bal de Tours : «  Si cette femme, la fleur de son sexe, habite un lieu dans ce monde, ce lieu, le voici ! »

saché les châteaux du lys

 

Le visiteur terminera la visite au rez-de-chaussée en parcourant la salle Rodin, avec la réplique de la fameuse statue, qui fut présentée au Salon des Beaux-Arts de 1898, et suscita la polémique. Le manteau de la cheminée Renaissance présente un bas-relief, fourmillant des personnages de La Comédie humaine.

 

Saché comédie humaine

 

Enfin, la salle de l’imprimerie reconstitue un décor tel que Balzac put en connaître de 1826 à 1828, lors de son expérience malheureuse d’imprimeur, rue des Marais-Saint-Germain.

Ainsi, en dépit d’une enfance de fils mal-aimé à Tours, d’une triste vie de pensionnaire à Vendôme, d’un terrible sentiment d’abandon familial, Balzac ne reniera jamais la Touraine. Et en quittant Saché, on comprend qu’on ne peut dissocier la Touraine de l’œuvre d’un romancier, qui avouait à travers la voix de Félix de Vandenesse,  : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine, je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert… je l’aime comme un artiste aime l’art. Sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. »  

       

  Saché église

 

Sources :

Balzac à Saché, Société Honoré de Balzac de Touraine, 1998.

Dictionnaire des Littératures de Langue française, "Article Balzac", J-P de Beaumarchais, D. Couty, A. Rey, Bordas, Tome I, 1987.

Balzac, Annette Rosa, Isabelle Tournier, Armand Colin, Paris, 1992.

http://www.terresdecrivains.com /Honore-de-BALZAC

 

Photos personnelles le 11 novembre 2010.

 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 22:05

   Gabriel Metsu homme écrivant une lettre v. 1662-1665 Natio

Homme écrivant une lettre, Gabriel Metsu, v. 1662-1664,

National gallery of Ireland, Dublin 

 

ENVOI

 

Je suis pareil à cet enfant

Qui, laissé seul, dans sa détresse

Fit une lettre et, comme adresse,

Mit simplement : Paris, maman…

 

De ceux qui m’aimeraient, peut-être,

Moi aussi je suis seul très loin ;

Au hasard j’ai jeté ma lettre ;

Que les hommes en prennent soin !

 

Pour des êtres charmants et tendres,

Dont j’ignore même le nom,

J’ai fait ces petites chansons…

Puisse une femme les comprendre !

 

J’ai transcrit là sincèrement

Mon cœur ingrat et peu fidèle…

Maman, Paris… écrit l’enfant…

Mais la lettre arrivera- t- elle ?

 

Les Lèvres et le Secret, 1906

 

 

Maurice Magre est un poète né à Toulouse en 1877. Après avoir créé L’Effort, revue de jeunes poètes toulousains, à l’origine d’un important mouvement littéraire provincial, il se fixe à Paris en 1898. Il y fait paraître La Chanson des Hommes qui veut faire monter le cri des foules au travail « jusqu’au cœur du poète ». En mars 1906, il publie Les Lèvres et le Secret, qui déconcerta la critique, car on n’y retrouvait plus les préoccupations sociales de l’auteur. Dans cet ouvrage, qui n’est pas sans rappeler Musset, et même Jean-Jacques Rousseau, l’auteur s’y analyse avec acuité, révélant une âme inquiète et tourmentée dont ce poème, dans son extrême simplicité, est le reflet.

 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 14:25

square st lambert site jf lamour .fr

Le square Saint-Lambert (Photo Site J-F Lamour.fr)

 

C’est au square Saint-Lambert à cinq heures moins le quart

Les étourneaux s’enfuient bien avant dans le soir

Cœur battant du quartier le jardin vibrionne

Curieux comme des chats mes regards braconnent

       Une vie transitoire  

 

Sur l’herbe des jardins faisant un éventail

Les lycéens s’allongent comme après la bataille

Les filles violemment repoussent leurs cheveux

Et leur copain caresse de regards amoureux

Le nu sous le chandail

 

De belles nounous noires aux yeux mélancoliques

Distribuent des goûters en  gestes mécaniques

A des gamins qui pleurent le nez dégoulinant

Femmes des exilés au monde indifférents

Comme elle est loin l’Afrique

 

Dans l’allée du milieu une petite fille

Un doux elfe des villes dont le rire fuse en trilles

Court à toute vitesse pourchassée par son frère

Et se jette en aveugle dans les bras de son père

Elle crie et babille

 

Dans l’orbe des maisons stylées mil neuf cent trente

Statues d’Oursons de Chien en impassible attente

Peupliers acacias cédrelas cerisiers

Créent une claire esquisse au trait bien dessiné

Et j’y suis la passante

 

C’est au square Saint-Lambert dix jours avant l’été

A l’heure de la sortie du lycée Camille Sée

Le soleil dans le ciel joue à colin-maillard

Le jet d’eau vient et va vivant et babillard

Vibrants instantanés

 

 Paris, vendredi 12 juin, 2009

square Saint-Lambert,  le saint qui guérit les hernies.

 

 

 

Je publie de nouveau ce poème écrit en 2009 et qui correspond bien au thème proposé par Lajémy, pour la semaine du 14 au 21 novembre 2010.

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème :  "Coeur de ville". Cette semaine, on part se balader en ville, dans le coeur des villes, dans les quartiers animés, où il se passe toujours quelque chose, et comme dirait Mickey 3D : "Il ne nous reste plus qu'à traîner dans les rues, s'embrasser. Regardez-bien les yeux des filles, ils vont se mettre à chanter..." Bonne balade.

 

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:18

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Je t’écris du bout du monde

Toi mon enfant aux boucles blondes

Nos solitudes sidérales

Loin par-delà les mers australes

 

Je t’écris du bout du monde

Comme à tous ceux qui vagabondent

Ne pas oublier ton visage

Evanoui dans les voyages

 

Je t’écris du bout du monde

Tu vis où le coeur surabonde

Dans le rire et dans la jeunesse

A l'ardent soleil des promesses

 

Je t’écris du bout du monde

Quand nous séparent tant de secondes

Sur les grèves de sable blanc

Et dans la flamme de l’instant

 

Je t’écris du bout du monde

Tout petit point sur mappemonde

Tu glisses sur les vagues bleues

Sans savoir que je pleure un peu

 

Je t’écris du bout du monde

Et ma certitude est profonde

J’ai lâché ta petite main

Mais t’ai ouvert mille chemins

 

 

Pour La Petite Fabrique d’Ecriture : écrire à un être cher (ami ou parent) pour l’inciter à nous rejoindre ou pour l’en dissuader. Le texte devra commencer par la phrase d’Henri Michaux : « Je vous écris du bout du monde… »

 

 

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 22:01

faust wagner le barbet dijon musée des beaux arts

Faust, Wagner et le barbet, Illustration du Faust de Goethe, Eugène Delacroix,

Musée des Beaux-Arts, Dijon

 

« Sais-tu que les animaux parlent ? », me répéta toute mon enfance la fabuleuse conteuse qu’était ma grand-mère. Dans son jardin aux mille couleurs et aux senteurs multiples, elle entretenait avec bêtes et plantes un dialogue qui ne s’est jamais démenti. Et c’est en pensant à elle que je me remémore un rêve étrange et inquiétant que je fis l'autre nuit.

J’étais dans la petite ville allemande de Nuremberg, où Copernic imagina le mouvement des sphères célestes et où Albrecht Dürer dessina  Le Chevalier, la Mort et le Diable. Assis à l’ombre d’une des quatre-vingts tours du Kaiserburg, j’étais perdue dans mes pensées, quand vint se coucher à mes pieds une sorte de griffon à poil long et frisé, plus noir que le charbon et que l’encre de Gutenberg. Saisi soudain par le regard implorant de l’animal, et me souvenant de ma grand-mère, une envie irrépressible me prit de m’entretenir avec lui et je lui demandai : « Quel habitant de Nuremberg es-tu, compagnon inconnu de ma solitude ? »Je ne fus point étonnée de l’entendre me répondre ; et voici ce qu’il me raconta, et dont je tremble encore.

« J’habite la ville basse, sous laquelle circule un labyrinthe de cachots souterrains, là-même où l’on cacha les pestiférés pendant la Grande peste de 1533. Dans une rue tortueuse et sale, se dresse la maison à colombages et toits pointus vernissés de mon maître, qui y a fait sculpter dragons et mandragores.

Il faut que je vous dise que mon maître est un savant, de grande prestance, qu’on ne peut oublier quand on l’a vu une fois. Toujours vêtu d’un justaucorps de drap noir, sans crevé ni dentelle, de hauts de chausses gris souris, il est chaussé de poulaines aux incrustations d’ivoire, aux extrémités recourbées comme des cornes, dont on m’a révélé qu’elles dissimulent un pied-bot. Il porte en permanence au chef un béret de velours d’un brun profond, comme une nuit sans étoiles, d’où s’échappe une mèche d’un blond vénitien à nul autre pareil.

C’est un vieux chasseur du nom d’Azazel qui m’avait donné à lui, car j’étais le plus robuste de la portée de sa vieille chienne. Je lui appartiens ainsi depuis que je suis tout jeune chiot et qu'il m'a baptisé du nom de Pan, le dieu venu de la violente Asie. « Il fera un bon chien d’eau pour vos chasses », avait-il dit à mon nouveau maître. Misanthrope ivre de solitude, celui-ci m’a pourtant dressé sans tendresse pour monter la garde dans le petit jardin de simples, qui enclôt sa demeure. Chaque fois qu’un badaud s’approche et guigne trop près par-dessus la clôture, surmontée de pointes aiguës comme la lance de Longin, le semblant de caniche que je suis aboie, grogne, retrousse les babines et se métamorphose en Cerbère. Alors que Diane m'avait créé pour courir dans les champs, débusquer les lièvres dans les terriers et rapporter le gibier d’eau, je suis devenu un chien d’attaque, qui montre les crocs, l'odorat exacerbé par l’odeur de la chair humaine.

Dans la haute salle à manger de cette maison sévère et sans femmes, nous sommes depuis toujours accoutumés de prendre nos repas devant une cheminée, qu’un domestique muet alimente sans désemparer du bois des forêts voisines, et qui rougeoie tout le long du jour, tel l’antre de Vulcain. Elle est surmontée d’une devise latine, « vae victis », que mon maître récite en litanie avant de prendre place, toujours seul, à l’extrémité de la table. Son serviteur, hâve et livide, qu’il a surnommé « le cornu » à cause des os protubérants de son front, le sert d’un air impassible et fermé, mutique pour l’éternité. Les mets lui sont apprêtés sur des plats de vermeil, en forme de crâne, et ils exhalent une odeur méphitique. C’est bien l’unique moment de la journée où mon maître, d’un pied impérieux et brutal, m’autorise à me coucher sous la table, tout en riant d’un rire sardonique et cruel. De temps à autre, de derrière les plis lourds de la longue nappe de damas violacé, rehaussé de larmes d’argent, sa main squelettique aux ongles noirs et crochus, laisse négligemment tomber un morceau de viande noirâtre, que j’avale avidement. J’attends avec impatience les reliefs du dessert, composé invariablement de Lebkuchen, ces petits pains d’épices dont les pâtissiers bavarois ont le secret.

Chaque nuit, quand les bruits de la vieille ville se sont dissipés, quand les servantes ont fini de vider par les fenêtres à meneaux les baquets d’urine putride, mon maître descend lentement l’escalier de pierre à vis qui mène à une crypte aux arcatures romanes  verdies de salpêtre. S’y amoncellent, pêle-mêle, fioles aux formes tourmentées, alambics ventrus, vieux grimoires et autres Livres de Salomon, dans une odeur pestilentielle. Je crois qu’il a entrepris la quête du Grand Œuvre ; il s’y adonne sans relâche, le buste cassé comme une branche foudroyée par la foudre, les manches relevées sur ses bras décharnés, le regard halluciné sur le plomb en fusion, le visage rougi par la lueur de la cheminée qui brûle d’un feu d’enfer. Chaque fois que j’ai essayé de l’accompagner, il m’a chassé à violents coups de pied dans le ventre, en me traitant de sa voix enrouée d’infâme barbu, de roquet de Barbarie, tout en me sommant d’aller au diable.

Si j’envie parfois les petits bichons d’un blanc neigeux, porté dans les bras d’une jolie maîtresse, qui accole ses lèvres roses contre leur museau humide, je ne suis pas un quadrupède malheureux. Je somnole sur un moelleux coussin de velours, brodé aux initiales chantournées formant un M et un S entrelacés, j’observe hypnotisé le manège des crapauds et des serpents que mon maître a emprisonnés dans des cages de verre, je me goinfre des cortèges de mouches au goût sucré et douceâtre, qui meurent par milliers sur le carrelage losangé de la demeure délabrée qui nous sert de gîte.

Et puis, mais dois-je vous l’avouer, chaque année, revient la nuit du 30 avril au 1er mai, celle qui sonne le glas de l’hiver, celle que j’attends tout au long des mois, et qui me fait aboyer à la mort les nuits de pleine lune.

Ce soir-là, mon maître prête une attention particulière à sa toilette et à son costume. Il fait venir son barbier qui rase de près sa peau cadavérique, et lui taille en biseau très fin sa barbe fine et luisante comme aile de corbeau. Il teinte d’un pigment de digitale écrasée ses lèvres minces et serpentines et ajuste une plume de paon à son béret de grand seigneur florentin. Il troque vêtement de drap contre justaucorps et haut de chausses de soie, tout en arborant des poulaines dont les pointes miment des têtes d’aspic dressées. Dans un ample geste majestueux, il se drape dans une immense cape aux teintes de caverne, qui lui dessine la silhouette d’un ange déchu. Il m’ordonne de venir à lui en me susurrant de petits noms tendres dont il n’est guère coutumier : « Viens là mon gentil barbot, approche ici mon petit bichon ! » De sa main gauche où brille une opale iridescente, il flatte ma tête pointue et sombre, caresse impatiemment ma toison laineuse et frisée, tandis que je me frotte à ses jambes osseuses, et frétille de la queue.

C’est en effet le seul temps de l’année où ce maître indifférent et plein de morgue me témoigne un tant soit peu d’intérêt et d’attention. Quand la nuit est tombée, nous quittons de concert et comme des voleurs la maison silencieuse. Je trottine sur ses talons par les ruelles pavées et glissantes et nous quittons hâtivement la petite ville endormie pour atteindre la falaise chauve qui la domine.

Cette nuit est notre nuit à tous les deux, une nuit de rendez-vous, une nuit de folie et de feu, une nuit d’amour insensée, une nuit qui nous rassemble et nous réunit. Mon maître y sombrera dans les bras de Lilith et je m’enivrerai du parfum des blonds cheveux en tresse de Marguerite. Et cette nuit unique vaut bien les maux et les humiliations sans nombre que j’endure tout au long de l’année. Car j’ai omis de vous dire qui est mon maître... »

Dans une crispation de tout mon corps ensommeillé, je me suis brutalement réveillée. Au petit matin, mon frère s’était mis au piano et jouait la Méphisto-valse de Liszt…

 

  FAUST et le barbet

Faust, Wagner et le barbet, Lithographie d'Eugène Delacroix

 

 

Pour Le Défi de la Semaine, n°42.

Le portrait de mon maître ou de ma maîtresse. « On dit souvent des animaux de compagnie qu’il ne leur manque que la parole… Laissons-les s’exprimer et dépeindre leur quotidien, en dressant le portrait de leur maître ou de leur maîtresse adorée. »

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

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Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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