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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 14:21

  La-Charmeuse-de-serpents-du-Douanier-Rousseau

  La charmeuse de serpents, le Douanier Rousseau

 

 

 

Dans les jardins d’hiver, des fleuristes bizarres

Sèment furtivement des végétaux haineux,

Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds

Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.

 

Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares,

Où coulent de très lourds parfums vertigineux,

Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux.

La mort s’épanouit dans leurs splendeurs barbares.

 

Leurs somptueux bouquets détruisent la santé,

Et c’est pour en avoir trop aimé la beauté

Qu’on voit dans les palais languir les blanches reines.

 

Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers !

Dans les cerveaux hâtifs où j’ai jeté mes graines,

Je regarde fleurir les poisons de mes vers.

 

La Nuit, Iwan Gilkin

 

Iwan Gilkin est un poète belge, né à Bruxelles, le 07 janvier 1858 et mort le 28 septembre 1924. De vingt à trente-six ans il vit une crise morale profonde qui le rapproche de Baudelaire. Croyant à l’inéluctable décadence de la civilisation latine, il écrit La Nuit, en 1897. Dans cette œuvre pessimiste, qui devait s’intituler La Fin d’un Monde, il montre le Mal « fascinant les âmes, les enlaçant dans ses replis comme un reptile aux écailles chatoyantes, les broyant et les brûlant comme un serpent de feu ».

Dans ce sonnet, doutant même de la portée de sa poésie, il identifie le poète à un jardinier dont les vers sont porteurs de poison.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 21:32

  david-sacre-napoleon

  Le Couronnement et le sacre de Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie, (02 décembre 1804)

Jacques-Louis David, 1805-1807 

 

Notre-Dame, à Paris, dore tes tours funèbres;

Rehausse ta muraille et chasse tes ténèbres;

Monte sur tes degrés jusqu’où vont les autans,

Et laisse en bas ta porte ouverte à deux battants,

Afin que, sur leur char, cent fameuses journées,

Couleuvrines d’Arcole, à Thèbes basanées,

 

Vieux drapeaux des Césars, par les balles usés,

Et canons musulmans dans leur sang baptisés,

Et la foule et le bruit, et tout ce qui, sur terre

Fait plier les genoux et baiser la poussière,

Entrent en même temps dans la nef et le chœur;

Car voici sous ton porche, un pape, un empereur.

 

Un pape sous son dais qui tient une couronne

Et dit en s’inclinant : « C’est moi qui te la donne,

Quand tu penses la prendre, ô César. Gloire à toi!

Je sacre ton épée et ton manteau de roi,

Afin qu'en te voyant passer dans les batailles

On dise : "Le voici, l'ange des funérailles !"

 

Désormais garde bien ce bandeau sur tes yeux,

Ainsi que je l'attache, et n'en romps pas les noeuds.

Qu'il soit dans tes projets, qu'il soit dans ton génie,

Qu'il soit dans ton sommeil et dans ton insomnie !

Qu'il soit dans ta ruine ou ta prospérité,

Et que rien ne le rompe avant l'éternité !

 

Je te sacre empereur de ce grain de poussière

Qui s'appelle le monde, et qu'un vent de colère

A poussé sous tes pieds. Sois en maître et seigneur !

Sur son faîte bâtis ton rêve de grandeur.

Eux-mêmes devant toi les rois se découronnent.

Entends ! la foule chante et les orgues résonnent :

 

L'orgue

 

Empereur, sous ton dais et sous ton allégresse,

Ne sens-tu pas ton coeur qui frémit par hasard ?

Au festin de ta gloire assieds-toi sans ivresse

Comme au festin de Balthazar.

 

Ne vois-tu pas aussi là cette main divine,

Au milieu de l'encens de toute la cité,

Qui sur le mur blanchi de ta prospérité

Ecrit le nom de ta ruine ?

 

Convive du Seigneur, reçois le pain et l'eau !

Déjà pâle d'ennui, quand ta coupe est remplie,

Ne sens-tu pas au bord, comme une amère lie,

Le goût amer de Waterloo ?

 

Dans le vaste océan de l'espérance humaine

Où ta voile défie et le vent et les flots,

N'entends-tu pas gronder au fond, comme un sanglot,

Le flot lointain de Sainte-Hélène ?

 

Et le chant a passé comme passent les vents ;

Et les morts ont souri de l'orgueil des vivants.

 

Edgar Quinet

 

De ce poème, commentaire "pompier" du sacre de Napoléon, je ne retiendrai que les deux derniers vers, que nombre de politiques à l'ego surdimensionné feraient bien de méditer. Ignoreraient-ils qu'ils seront tous un jour à la place de Balthazar ?

 

 

 

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:46

Conversations avec ma mère

Mama et Jaime (Isabelle Sadoyan et Didier Bezace),

Photo Brigitte Enguerrand 

 

Mardi 30 novembre 2010, au théâtre du Quai à Angers, une mère et son fils dialoguaient entre humour, exaspération, tendresse et poésie. On y jouait en effet Conversations avec ma mère, une adaptation théâtrale de Jordi Galceran du film Conversaciones con Mamá, du scénariste et réalisateur  argentin Santiago Carlos Ovès. Le film a reçu le Prix du Public et celui de la Meilleure interprétation féminine au Festival de Biarritz, Cinémas et Cultures d’Amérique latine.

Le metteur en scène explique ainsi le propos qui fut le sien dans ce film : « Pour le personnage de Mamá, je me suis inspiré de ma propre mère. Elle a quatre-vingt-dix ans. Je suis très inquiet de voir qu’une société comme la nôtre a tendance à abandonner les personnes  âgées à leur propre sort. Je ne parle pas seulement de ce qui se passe en Argentine, je crois que c’est valable pour toutes les sociétés. C’est très difficile pour un créateur, un artiste, de ne pas prendre en compte ce qui se passe réellement dans son pays. Mais en écrivant Conversations avec ma mère, je me suis dit que le thème de la relation entre une mère âgée et son fils adulte était universel et qu’il pouvait toucher au-delà du public local. »

C’est sans doute un des aspects qui a séduit Didier Bezace, directeur du Centre Dramatique National de La Commune d’Aubervilliers depuis 1997, et Isabelle Sadoyan, comédienne qui fit ses débuts avec Roger Planchon au TNP. En 2007, après une série de lectures publiques du scénario qui suscitèrent un grand écho, Didier Besace fut incité à le mettre en scène, préoccupé qu’il est par le thème de la mère, qu’il avait traité déjà avec le diptyque de Dario Fo, La Maman Bohème et Médée. Le spectacle fut créé le 05 octobre 2007 au théâtre de La Commune, avec la collaboration artistique de Laurent Caillon  et de Dyssia Loubatière.

Dans un décor minimaliste, une table et deux chaises de bois, et tandis qu’on entend dans la cuisine proche le sifflement d’un autocuiseur, le spectacle met en scène six conversations entre Mamá (Isabelle Sadoyan), âgée de quatre-vingt-deux ans, et son fils Jaime (Didier Bezace), cinquante-cinq ans, aux abois dans l’Argentine de 2001, en pleine faillite économique et sociale. Jaime, sanglé dans son costume et son imperméable gris de cadre supérieur bon teint, rend visite à sa mère. Il a perdu son travail et, poussé par sa femme Dorita et sa belle-mère (que sa mère déteste d’une manière obsessionnelle), il souhaiterait récupérer l’appartement où habite Mamá pour le vendre, tout en lui proposant une chambre de bonne dans son propre logement. Avec un étonnement mêlé de reproches, il va découvrir en sa mère des capacités de résistance insoupçonnées et un ardent désir de continuer à vivre et à aimer. Alors que lui n’est plus qu’une « apparence » derrière laquelle se cache de la peur, Mamá lui avoue son amour pour Gregorio, un « anarcho-retraité », qu’elle a rencontré près des poubelles. N’y venait-elle pas jeter les reliefs d’un repas sans cesse préparé pour un fils, qui n’est pas venu déjeuner avec elle depuis vingt ans ?

C’est toute la vie de ces deux-là, qui est évoquée dans ces six conversations, entrecoupées par un "noir" où résonnent de mélancoliques airs de tango. Jaime, désabusé et angoissé, a pourtant été ce jeune homme qui espérait changer le monde et Mamá  a bien été cette femme qui aimait son mari, malgré les frasques de ce dernier avec Betty l’infirmière. Et si elle a retrouvé l’amour avec Gregorio, celui qui sait si bien réparer les interrupteurs électriques, son fils, quant à lui, ne peut que faire le constat qu’il n’aime plus sa femme et qu’il ne communique plus avec sa fille. Alors, pour une fois, comme une ultime consolation, Jaime accepte de déjeuner avec sa mère, d'accrocher à son cou la serviette à carreaux bleu et blanc qui était la sienne. Sa mère l’enjoint de mettre son ciré et ses bottes et de sauter dans les flaques à pieds joints, comme lorsqu’il était petit. Et, à la fin de la cinquième conversation, le rideau de s’ouvrir magiquement sur l’enfance retrouvée, avec un petit garçon sautillant dans l’eau, sous une pluie battante.

Au fil de ces six conversations, drôles, graves, émouvantes, le fils et la mère vont donc aller à la rencontre l’un de l’autre et se retrouver par-delà la mort. Au rythme des répliques alternant malice de la mère et crispation du fils, longs silences et questionnement répétitifs, sur un rythme qui s’accélère et se ralentit, à l’image de celui du tango, mère et fils renouent les fils de l’amour passé.

Isabelle Sadoyan trouve dans ce personnage un rôle à la mesure du grand talent qu’elle avait manifesté dans le rôle de Madame Argante dans Les Fausses Confidences, joué sous la direction de Jacques Lasalle, puis de nouveau de Didier Bezace. Après les lectures de 2007, Didier Bezace lui a demandé de conserver, dans sa propre mise en scène, le "ton léger et mozartien", indispensable pour ne pas sombrer dans le pathos, et qu'elle avait adopté. Il faut la voir passer avec une grande subtilité d’une fausse innocence de petite fille à la franchise la plus crue d’une femme qui se sait aimée (« Tant que les hommes ne mangeront pas et ne baiseront pas assez, rien n’ira mieux dans ce pays ! »), tout en ayant des moments d’oubli et d’absence. Le travail sur la lumière sert particulièrement bien ces temps d’égarement où elle paraît ailleurs.

Quant à Didier Bezace, il joue avec justesse et sobriété, cet homme engoncé dans une vie de petit-bourgeois, ce père absent, ce mari indifférent à son épouse, ce gendre exaspéré par sa belle-mère, ce personnage qui a renoncé à tous ses idéaux, à qui sa mère donne une ultime leçon de vie et de bonheur : « Vas-y, Jaime, lui dit-elle, qu’est-ce que tu attends ? » Sa mise en scène, intimiste, claire et sans ostentation aucune, met en valeur son jeu sensible et sa complicité avec Isabelle Sadoyan. 

La dernière conversation, par-delà la mort, conclura de manière émouvante- et toujours humoristique- (l’humour n’est-il pas la politesse du désespoir ?) les retrouvailles de Mamá et de Jaime. A l’image de Didier Bezace, reconduisant dans la coulisse Isabelle Sadoyan après les saluts, en lui mettant affectueusement la main sur l’épaule, Jaime accompagnera filialement Mamá sur son dernier  chemin, dans un ultime tango.

 

  conversatinj-avec-ma-mere L'Express.fr

Photo Brigitte Enguerrand

 

Sources :

Dossier de présentation du Théâtre de la Commune, Saison 2008-2009.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 18:20

Gangadhar Mahato anguish Gordana Kezic

Anguish, Gandaghar Mahato, Photo de Gordana Kezic 

 

Cet homme-là debout

Sa bouche est comme un trou

Ses orbites sont vides

Et son corps est livide

Il n’a plus de cheveux

Ses genoux sont cagneux

On voit les ligaments

De son cou haletant

Cet homme-là debout

Il possédait tout

Il portait dans ses mains

L’espoir des lendemains

Mais on lui a tout pris

Ne reste que son cri

 

 

 

 

  Ken Sealey Sead photo Clyde Yee

Sead, Ken Sealley, Photo de Clyde Yee 

 

Déjà

Nu

Dans la rondeur maternelle

Je nageais

Somnolais

Dans l’amniotique tunnel

Mes doigts n’étaient que bourrelets

Mes pieds étaient encore palmés

Mes bras souples comme murènes

Mon dos sinuant comme queue de sirène

J’ondulais doucement

En de vifs mouvements

Je flottais dans cette eau

Ces lointains sidéraux

Je flottais me mouvais

Et puis me retournais

En harmonie totale

Dans l’océan fœtal

Et j’étais en apnée

De toute éternité

 

Puis

Nu

Il m’a fallu naître

Ouvrir la fenêtre

De la maison humaine

De ses joies de ses haines

 

Mais

Quand me roule la mer

Comme en son bathysphère

Quand m’enlace la vague

Voilà que j’extravague

Que je me remémore

La maternelle amphore

 

 

 

Jean-Marc Rivalland Breaking Wave Gordana Kezic 

Breaking wave, Jean-Marc Rivalland, Photo de Gordana Kezic

 

Ces textes m'ont été inspirés par les photos d'une exposition qui a lieu à Bondi, Australie, aux antipodes, où vit mon fils. D'autres photos de cette exposition, qui a lieu au bord de la mer, sont visibles sur le site  http://sculpturebythesea.com/gallery.html

 

 

 

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:27

petitmendiant murillo

Le petit mendiant, Bartolomé Esteban Murillo, 1645,

Musée du Louvre

 

 

Quand j’pass’ triste et noir, gn’a d’quoi rire.

Faut voir rentrer les boutiquiers,

Les yeux durs, la gueule en tir’lire,

Dans leurs comptoirs comm’ des banquiers.

 

J’les r’luque : et c’est irrésistible.

Ys’caval’nt, y z’ont peur de moi,

Peur que j’leur chopp leurs comestibles,

Peur pour leurs femmes, pour je n’sais quoi.

 

Leurs conscienc’ dit :  « Tu t’soignes les tripes,

Tu t’les bourr’s à t’en étouffer,

Ben, n’en v’là un qu’a pas bouffé ! »

Alors, dame ! euss y m’prenn’nt en grippe !

 

Gn’a pas ; mon spectr’ les embarrasse,

Ca leur z’y donn’comme des remords :

Des fois, j’plaqu’ ma fiole à leurs glaces,

Et y d’viennent livid’s comm’ des morts !

 

Du coup, malgré leur chair de poule,

Y s’jettent su’ la porte en hurlant :

Faut voir comme y z’ameut’nt la foule

Pendant qu’Bibi y fout son camp !

 

« Avez-vous vu ce misérable,

Cet individu équivoque ?

Ce pouilleux, ce voleur en loques

Qui nous r’gardait croûter à table ?

 

« Ma parole ! on n’est pus chez soi,

On n’peut pus digérer tranquilles…

Nous payons l’impôt, gn’a des lois !

Qu’est-c’ qui font donc, les sergents d’ville ? »

 

J’suis loin, que j’les entends encor :

L’vent d’hiver m’apport’ leurs cris aigres.

Y piaill’nt, comme à Noël des porcs,

Comm’ des chiens gras su’ un chien maigre !

 

Pendant c’temps, moi, j’file en silence.

Car j’aim’ pas la publicité ;

Oh ! j’connais leur état d’santé,

Y m’f’raient foutre au clou par prudence !

 

Comm’ça, au moins, j’ai l’bénéfice

De m’répéter en liberté

Deux mots lus su’ les édifices :

« Egalité ! Fraternité ! »

 

Souvent, j’ai pas d’aut’nourriture

(C’est l’pain d’lesprit dis’nt les gourmets) ;

Bah ! l’Homme est un muff’ par nature,

Et la Natur’ chang’ra jamais.

 

Car, gn’a des prophèt’s, des penseurs

Qui z’ont cherché à changer l’Homme.

Ben quoi donc qu’y z’ont fait en somme,

De c’kilog d’fer qu’y nomm’nt son Cœur ?

 

Rien de rien… même en tapant d’ssus,

Ou en l’prenant par la tendresse

Comm’ l’a fait Not’Seigneur Jésus,

Qui s’a vraiment trompé d’adresse.

 

Aussi, quand on a lu l’histoire

D’ceuss’qu’a voulu améliorer

L’genre humain…, on les trait’ de poires ;

On vourait ben les exécrer ;

 

On réfléchit, on a envie

D’beugler tout seul Miserere :

Pis on s’dit : « Ben quoi, c’est la Vie ! »

Gn’a rien à fair’, gn’a qu’à pleurer… »

 

Les Soliloques du Pauvre (1896)

 

A l’heure où la neige tombe sur la France, où les maraudes des associations s’efforcent de proposer un toit aux sans-abris, il semble salutaire de relire ce texte de Jehan Rictus (1867-1933), lui qui écrivait : « […] tout jeune, vers quinze ans, seul au monde, j’ai roulé, disparu, tribulé et produit comme j’ai pu ».

Dans sa langue faubourienne, gouailleuse, si émouvante, il a su dire la souffrance et la douleur des exclus et des humiliés. Sa poésie est un réquisitoire contre ceux « dont la conscience semble dormir en toute sécurité au milieu d’un bourbier » (Georges Oudinot).

Il fut retrouvé mort, le 8 novembre 1933, dans son logis de la rue Camille-Tahan.

 

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 17:29

  melusine

 

Qui erre ici dessous le lierre?

C’est Merlin le vilain mire.

Qui dans sa tour se retire ?

C’est Mélusine la sorcière

 

Quel est ce cri ? Quel est ce rire ?

 

C’est le savant emprisonné,

Et que Viviane aura aimé,

Par une ruse emprisonné.

C'est bien la mère des Lusignan,

Qui s’envole au gré des vents,

Fée dont la queue mime un serpent.

 

Nus, sans pouvoirs, ils redeviennent

Humbles humains sans stratagème.

 

Bulle

 

 

 

Défi n°43, proposé par Nounedeb.

Coup de balai à Brocéliande : Prenez la fée Mélusine et son double, sombre sorcière. Passez-les dans une tornade blanche jusqu’à ce que toutes les lettres se détachent. Récupérez-les pour former 10 mots en plus des 2 ci-dessus (on peut utiliser la même lettre plusieurs fois), et l’indispensable Merlin. Il n’y a plus qu’à utiliser ces mots dans un texte libre (si vous les mettez en italique, on les reconnaîtra).  

Pour la Communauté des Croqueurs de Mots

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 16:14

 

 

Mariage de Louis XIII et anne d'autriche

Mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche

 

 

Le 28 novembre 1615, Louis XIII, roi de France et de Navarre, fils de Henri IV et de Marie de Médicis, épouse Anne d’Autriche (1601-1666), fille de Philippe III d’Espagne et de l’archiduchesse Marguerite d’Autriche. Cette union avait été envisagé lors du traité de Fontainebleau (22 août 1612), dans la perspective d’une union dans la reprise de la lutte contre les huguenots. Cependant, Anne d’Autriche ne devient officiellement, à dix ans, la « fiancée » du roi de France, qu’à la mort de Henri IV, qui avait fait traîner les pourparlers. L’adolescente, à qui son père accorde une dot très importante, est mariée par procuration à Burgos, le 18 octobre 1615. Le même jour, à Bordeaux, Elisabeth, sœur de Louis XIII, épouse aussi par procuration l’infant Philippe,  futur Philippe IV d’Espagne. Les petites princesses seront échangées sur l’île des Faisans, sur la Bidassoa, près d’Hendaye. Quarante-cinq ans plus tard, les enfants de ces deux couples, Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, s’uniront à Saint-Jean-de-Luz.

Ce n’est que le 28 novembre de la même année que le mariage de la fille de Philippe III d’Espagne sera officiellement célébré à Bordeaux et béni par Mgr Le Cornu de la Courbe de Brée, évêque de Saintes. Il sera aussitôt consommé, Marie de Médicis voulant s’assurer que rien ne puisse remettre en cause l’union des deux princes, qui n’ont que quatorze ans. Apeurés et inexpérimentés, ils se remettront difficilement de cette nuit de noces, imposée et sans intimité aucune. En 1619 seulement, Luynes obligera le roi à reprendre  des relations conjugales avec la reine.

Ainsi, au XVII° sicle, sur deux générations successives, les rois de France s’uniront à des infantes d’Espagne, accréditant ainsi les vers de Malherbe :

« Certes c’est à l’Espagne à produire des reines

Comme c’est à la France à produire des rois. »

 

 

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 11:26

  kakis

Plaqueminier à Dampierre-sur-Loire (Novembre 2010)

 

 

 

Que j’aime ce bel arbre aux kakis orangés

Celui qui courageux depuis des millénaires

Survécut à la bombe tuant les Japonais

Et porte fièrement ses fruits pendant l’hiver

 

Il est venu de loin de l’Extrême-Orient

Cet arbre universel riche cadeau des dieux

Ce grand plaqueminier fortement astringent

Qui brûlera les morts en funéraires feux

 

Quand s’en viendra l’automne et toutes ses couleurs

Vers sa cime conique je lèverai les yeux

Et je m’enivrerai de cet arbre enchanteur

Dont le haut tronc rugueux relie la terre aux cieux

 

  kaki d'Asie variété Hachiya aquarelle de 1887

Kaki d'Asie, variété d'Hachiya, aquarelle de 1887

 

 

 

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 10:30

  Ultima rosa

 

Ultima rosa

Au rosier décapité

Automne aux abois

 

 

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 18:20

  galantes scènes jef rabillon

Sylvine et Arlekiss, (Annelore Stubbe et Danny Ronaldo), Photo Jef Rabillon 

 

C’est avec Arlequin poli par l’amour, pièce créée à l’Hôtel de Bourgogne le 16 juillet 1720, et jouée aux Italiens le 17 octobre, que Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux connaît son premier succès au théâtre. Cette féerie en un acte et 22 scènes, sera à l’origine d’une longue collaboration avec les Comédiens-Italiens, notamment Silvia Baleti, qui sera son interprète favorite. Il donnera leur nom aux personnages de ses pièces, il appréciera leur jeu plein de fantaisie et leurs pantomimes, inspirés de la commedia dell’arte, et le théâtre de l’époque en sera profondément renouvelé.

Quant à La Serva Padrona, c’est un double intermezzo de Giovanni Battista Pergolesi, créé au Teatro San Bartolomeo de Naples, le 28 août 1733. On sait que, dès son origine, l’opéra italien mêlait passages sérieux et passages comiques, puis les parties comiques se séparèrent peu à peu de l’opéra. D’abord placés à la fin des actes, puis éliminés de l’opera seria, ces intermèdes occupèrent par la suite les deux entractes, qui furent bientôt reliés par une même action. C’est donc à ce type d’œuvres qu’appartient La Serva Padrona, que Pergolèse composa pour égayer les entractes de son opéra Il Prigionero Superbo, inaugurant ainsi l’opera buffa. Mais cette œuvre est surtout connue pour avoir déclenché la Querelle des Bouffons. Cette controverse parisienne opposa, au cours des années 1752-1754, les défenseurs de la musique française, regroupés autour de Jean-Philippe Rameau, et les tenants d’une ouverture vers d’autres horizons musicaux, réunis autour de Jean-Jacques Rousseau, et partisans d’italianiser l’opéra français. De tout temps, l’art a eu le souci de se  renouveler !

C’est cet aspect novateur que l’on a pu aussi apprécier, (sans aucune querelle !) jeudi 25 novembre 2010, dans la salle Beaurepaire à Saumur, où l’ensemble bruxellois Leporello, dirigé par Dirk Opstaele, et l’ensemble baroque Stradivaria de Nantes, conduit par Daniel Cuiller, proposaient Galantes scènes, spectacle théâtral et musical, associant librement une adaptation de la première pièce de Marivaux et l’intermezzo de Pergolèse.

Dans une interview, accordée à Alexandre Pham, le 22 février 2010, les deux initiateurs de ce « nouvel objet musical entre théâtre et opéra » s’expliquent sur leurs intentions. L’homme de théâtre bruxellois explique qu’il a souhaité entrecouper le texte adapté de Marivaux par des intermèdes musicaux chantés (airs et duos) de l’œuvre de Pergolèse, afin de donner une force émotive plus grande aux scènes jouées. Selon lui, le rire naît toujours d’une sorte de contraste entre le tragique et le clownesque. Le spectateur rira s’il a de la sympathie pour le personnage et compatira à ses malheurs, ici Arlekiss à la recherche de l’amour véritable, mais manipulé par Madame de Fée. Pour Dirk Opstaele, qui considère que Marivaux maîtrise au plus haut degré l’art de la situation théâtrale, il est inévitable qu’il y ait, même au sein de la comédie, un enjeu tragique. La mort rôde, il y a des menaces d’assassinat, mais les lazzi, les scènes improvisées, le talent de jongleur, de bateleur, d’acrobate d’Arlequin désamorcent cette angoisse latente.

Daniel Cuiller précise que la réflexion première dans l’élaboration du projet a porté sur l’association entre les différents éléments. Peu à peu, textes et musiques se sont structurés, découverts, en fonction de la volonté de créer un nouvel objet artistique. Mais pour lui, il ne s’agit nullement d’un « assemblage ». Les éléments musicaux de Pergolèse, confortés par des musiques additionnelles de Rameau, Cimarosa, Francœur, Martini, viennent comme une ponctuation de l’action scénique. Ils apportent un regard différent, extérieur, sur ce qui se passe sur scène, ils sont comme un commentaire, voire une morale, pour certains airs de Rameau.

L’ensemble forme une sorte de grand récitatif, qui était la forme première de la diction chantée aux XVII° et XVIII° siècles. Ainsi, le mouvement continuel du texte est soutenu et rythmé par la musique, réalisant une œuvre autonome et originale.

Si Dirk Opstaele a modernisé la langue de Marivaux, il a conservé dans ses grandes lignes l’intrigue originale. Arlequin poli par l’amour met en scène une fée (La Fée/ Madame de Fée/ Mieke Laureys), qui s’est éprise d’un beau jeune homme endormi dans les bois, Arlequin (Arlequin/ Arlekiss/ Danny Ronaldo). Elle espère lui donner de l’esprit en l’éveillant à l’amour. La bergère Silvia (Silvia/ Sylvine, camériste de Madame de Fée/ Annelore Stubbe), qui refuse l’amour d’un berger (ici Trivlich, majordome de Madame de Fée/ Gordon Wilson), tombe amoureuse d’Arlequin. La Fée, jalouse de cet amour fait croire à Arlequin que Silvia s’est moquée de lui. Trivelin (le domestique de La Fée chez Marivaux) les sauvera en leur donnant le moyen de s’emparer de la baguette magique de La Fée (ici une poule cachée sous son troisième jupon !). Berger, autre bergère, chanteurs, danseurs et lutins ont été supprimés pour ne garder de l’intrigue que l’essentiel.

Si Marivaux souhaitait faire entendre la langue du XVIII° siècle, le metteur en scène fait ici résonner aux oreilles du spectateur une langue jubilatoire, mêlant tournures anciennes, expressions modernes et mots étrangers. L’accent bruxellois (et anglais pour Trivlich) fait merveille et il est, d’une certaine manière, fidèle à l’esprit originel de la pièce de Marivaux. En effet, si Trivelin, joué par Biancolelli, parlait couramment le français, ce n’était pas le cas pour Arlequin, interprété par un comédien qui ne possédait pas complètement la langue du dramaturge. Il remplaçait alors nombre de ses répliques par des mimiques expressives. On retrouve aussi dans cette adaptation les préoccupations de Marivaux en matière de langue : sous-entendus, apartés, jeux de mots, double sens, jeux verbaux toujours en quête, non pas de « l’exacte clarté » (« Sur la clarté du discours », Le Mercure) mais d’une forme de suggestion qui laisse deviner davantage qu’elle ne dit.

Pour jouer le célèbre Bergamasque au costume losangé, Dirk Opstaele a fait confiance à Danny Ronaldo, un des plus célèbres Arlequins de la scène européenne. Et ce n’est pas peu dire qu’il possède toutes les ficelles de la commedia dell’arte. Il est passé maître dans l’art des concetti, rodomontades et autres lazzis, possédant tout l’éventail des grimaces, gestes grivois, et pirouettes acrobatiques, qui font mouche à tout coup. On le voit être tenté par le suicide en se mettant la tête dans un seau de plastique rouge, dont il ressort en faisant de grands jets d’eau avec la bouche. Certaines scènes s’apparentent même à de la prestidigitation quand il apparaît avec un œuf dur qu’il crache, tandis que d’autres œufs surgissent sans qu’on s’y attende. Arlekiss et Sylvine forment ainsi un duo insolemment doué, dans un marivaudage outrancier, qui invite au rire. Cette habileté dans le geste burlesque sait se manifester de manière comiquement tendre, notamment dans la scène d’amour où il se donnent des baisers amoureux par l’intermédiaire de leurs doigts de pied.

Dans cette première pièce de Marivaux, outre l’aspect commedia dell’arte essentiellement ludique, on sera sensible à la conception de l’amour qui s’y fait jour, et qui se manifeste par l’instantanéité du mouvement psychologique et de ses effets, qui prendront par la suite toutes les formes des « surprises de l’amour ». La naissance de l’amour chez Arlequin et chez Sylvine est à l’origine d’une prise de conscience de soi et du monde social, vision que Marivaux développera dans tout son théâtre à venir. Dans cette comédie, l’aspect psychologique des personnages est déjà traité avec finesse et sérieux et l’on y découvre ce rêve d’un « monde vrai » (Le Cabinet du Philosophe), où les êtres communiquent sans erreur ni tromperie.

L’originalité du spectacle réside encore dans le fait que le metteur en scène fait participer les chanteurs et musiciens, fidèle en cela à l'époque de Pergolèse où les chanteurs du double intermezzo étaient aussi acteurs.Virginie Pochon, la soprano, et le baryton Franck Lequérinel, sont mis à contribution pour renvoyer la balle aux comédiens et ils font ainsi partie intégrante du spectacle, tout en conservant la maîtrise du livret. Daniel Cuiller, premier violon, Solenne Guilbert, second violon, Marion Middenway, violoncelle, et Frédéric Jouannais au clavecin, opinent du chef, sourient, brandissent leur archet, et l’on perçoit combien la troupe est à l’unisson dans ce jeu musical et théâtral, remarquablement chorégraphié.

Ainsi cette improbable rencontre entre Marivaux et Pergolèse, imaginée par un Belge et un Français,  est une vraie réussite et les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir, qui ont applaudi à tout rompre cette troupe endiablée et diablement maître de son jeu, tandis qu’Arlekiss faisait saluer la poule de Madame de Fée, partie déambuler dans le public.

Un « objet théâtral » unique qui n’a pas fait mentir la dernière réplique d’Arlequin dans la pièce de Marivaux : « […] je veux qu’on chante, qu’on danse et puis après nous irons nous faire roi quelque part. »

 

Galantes scènes kurt van der Elst   

Madame de Fée (Mieke Laureys), Trivlich (Gordon Wilson),

Sylvine (Annelore Stubbe), Arlekiss (Danny Ronaldo),

Photo Kurt van der Elst

 

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, J. – P de Beaumarchais, D. Couty, Alain Rey, Tome 3, Bordas, Paris, 1987.

Reportage réalisé au Grand Théâtre d’Angers, Alexandre Pham, 22 février 2010, Réalisation Studio Classiquenews TV.

http://www.forumopera.com/v1/critiques/serva_fasano.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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