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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 18:56

  Henry Fuseli (ou Füssli) Achille tente de saisir l'ombre d

Achille tente en rêve de saisir l'âme de Patrocle, Henry Fuseli (ou Füssli)

 

 

Quand un ami vous quitte

Il vous vient un grand froid

Comme une porte ouverte

A la nuit aux abois

 

Quand un ami vous quitte

Il se fait en vous-même

Une entaille creusée

Aux brisures des larmes

 

Quand un ami vous quitte

Il court un grand frisson

Sur votre âme malade

A la tempe étonnée

 

Quand un ami vous quitte

Il se crée la fêlure

 Ebranlement de l’être

Au temps désaccordé

 

Quand un ami vous quitte

Il se tord le chagrin

Telle une passiflore

Au treillis de l’absence

 

Quand un ami vous quitte

Il résonne un grand vide

Comme un seau qui se cogne

Au puits abandonné

 

Quand un ami vous quitte

Il se dit le silence

Des symphonies jouées

Aux mots inachevés

 

Quand un ami vous quitte

Il naît soudain la fleur

Du souvenir têtu

Aux années jumelées

 

 

 

 

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 17:01

  Mosaic museum Istanbul V° chasse au tigre

  Chasse au tigre, Mosaïque du V° siècle, Musée d'Istanbul

 

La photo était là sur la table marquetée d’ivoire et le vieux maharadjah à l’agonie ne pouvait en détacher ses yeux rougis et mourants. Dans son cadre chantourné en bois de santal, le cliché représentait un majestueux tigre du Bengale, un mâle à la charpente musculeuse, au poil abondant et aux zébrures d’un noir d’ébène sur une fourrure de roux d'incendie. Fasciné par la bête, prête à bondir, il sembla au souverain malade qu'elle jaillissait hors du cadre et il se remémora soudain la chasse grandiose, au terme de laquelle il l’avait tuée.

C’était un temps qui lui semblait à des années-lumières que celui où il venait d’épouser la jeune maharani. Il était alors au faîte de sa puissance et de sa richesse et son regard de cobra noir ne supportait pas que quiconque le regardât dans les yeux. Et c’était pour l’amour d’elle, pour éblouir sa très jeune épousée, aux yeux vert de jade et aux cheveux luisant de nuit, qu’il avait organisé cette chasse somptueuse, qu’aucun de ses sujets n’avait jamais oubliée.

Elle avait rassemblé des centaines d’éléphants, caparaçonnés d’or et d’argent, aux trompes lentes et ondulantes comme des najas. Les pachydermes étaient escortés par d’innombrables fantassins armés de fines dagues, à la courbe empoisonnée, et d’une cohorte de cavaliers aux destriers fougueux et au sabot sûr. Un seul regard ne pouvait embrasser la piétaille servile et colorée de sa cour, où se mêlaient, dans un kaléidoscope d’étendards et de lances, le tintamarre de ses bouffons, de ses serviteurs, de ses piqueurs et de ses veneurs.

Comme dans un camée artistiquement ciselé, il avait gardé au cœur la vision enchantée de sa jeune femme, drapée, telle une momie pharaonique, dans son sari rouge aux fils étincelants, sur lequel ses lourds bijoux d’or fin jetait des reflets intermittent. Jamais il ne l’avait autant aimée, tandis qu’elle descendait de sa démarche dansée les grands escaliers de marbre rose de son palais, avec, à son petit poing d’enfant, le faucon le plus grand de sa volière.

En ce jour d’été suffocant et mémorable, c’est le plus grand tigre de ses annales de chasse que ses gens avaient rabattu. Une bête de trois cents kilos qui terrorisait les villages de la contrée par ses longs feulements nocturnes et ses attaques inattendues. Cela faisait des années que ses équipées meurtrière abandonnaient aux abords des villages endormis des vaches sanguinolentes et des petits enfants horriblement mutilés, recouverts de feuilles et de terre. Ses carnages lui avaient donné une dimension mythique et les paysans terrifiés chuchotaient que l’animal était la réincarnation de Civâ le Destructeur. Le jeune maharadjah qu’il était alors s’était trouvé investi d’une mission quasi-mystique : il lui fallait tuer le « mangeur d’hommes » et délivrer son peuple du Mal.

Tel le Koh-i Noor, le diamant des rois, le souvenir éclatant de cette journée gisait au fond du coffre de sa mémoire vacillante et lui apparaissait comme un Nirvanâ disparu à jamais. Le film sépia de cette chasse se déroulait dans son esprit toujours de la même manière, avec cette vitesse accélérée, qui donne aux personnages l’allure de marionnettes pressées par un temps inexorable. Il se souvenait du battement rythmé des mridangam, du piétinement des chasseurs haletants dans les herbes sèches, des appels enfiévrés des rabatteurs, du mouvement balancé du howdah, le palanquin rutilant de pierres précieuses, dans lequel il avait pris place avec la maharani. Et il demeurait hypnotisé par l’empreinte de la bête aux abois, cette « fleur noire à quatre pétales », qui avait éclos sur les sentes poussiéreuses du Bharatpur.

Mais, surtout, demeurait figé en lui le moment unique où, à la fin de la languissante et harassante journée de chasse, le tigre royal, avait surgi à quelques mètres de son éléphant pétrifié. Il se rappelait ce face à face comme un moment d’éternité, suspendu entre la vie et la mort. Jamais il n’avait oublié la beauté puissante de « la monture de Durga », ramassée et prête à bondir. Il voyait encore les plus infimes détails de la tête du félidé : le blanc neigeux de ses oreilles rondes, élégamment ourlées d’un liseré noir, le museau rose et duveteux, ombré par les vibrisses prophétiques, le cou magnifique, cravaté de sa collerette épaisse comme au cœur de la jungle, les canines affûtées ainsi que des katar d’argent.

Et, dans cet instant, qui lui avait semblé infini, l’homme et l’animal avaient affronté leurs regards de despotes. Les yeux mordorés de voleur de femmes du maharadjah avaient plongé dans le puits sans fond de l’iris turquoise du tigre et le prince avait cru s’y noyer. Alors que le soleil sanglant sombrait derrière une haie touffue de banian, de cassia et de pipal, il avait éprouvé le vertige de la « petite mort », semblable à celle que lui accordaient les étreintes parfumées de la maharani. Il avait fermé les yeux et il avait eu la tentation de ne pas résister à ce vacillement fatal. En un millième de seconde, il avait senti la main satinée de son épouse sur la sienne, il avait dessillé ses paupières crispées, il avait épaulé son fusil de chasse aux incrustations d’émeraude et de rubis et il avait tiré un seul coup. Le félin roux avait poussé un long feulement inarticulé d’orgueil et de détresse et s’était effondré en un lent basculement orange et noir sur la terre ocrée. Du haut de son howdah, la jeune maharani avait jeté un œil incrédule sur l’animal vaincu et elle avait  murmuré avec crainte et admiration : « Il est encore plus grand mort que vivant ! »

Peu de temps après cette chasse, dont la renommée avait rendu le maharadjah célèbre dans le Bengale et l’Inde entière, le photographe de la cour lui avait apporté les clichés réalisés pendant la battue. Le prince en avait conservé cet unique cliché du fauve prêt à bondir et qu’il avait disposé parmi ses amulettes et ses objets de prédilection.

Puis, plus rien n’avait été pareil : c’était comme si la mort du tigre avait arraché au maharadjah des lambeaux de lui-même. Inexplicablement, il avait renoncé à chasser et avait entrepris de longs et lointains voyages vers l’ouest, dans des palaces pour happy few. La maharani bien-aimée, qui ne lui avait pas donné d’enfants, avait été victime d’une tumeur maligne. Son royal époux aurait préféré disparaître avant elle et la savoir brûlée dans le sati,  l’incendie du bûcher des veuves, plutôt que de la voir enlevée à lui par une mort difforme et puante. Ses années avaient alors passé dans une incommensurable mélancolie, qu’avait seulement illuminée sa rencontre avec la « grande âme » du Mahatma Gandhi. Enfin, les Anglais avaient déserté les Indes de Victoria, et il s’était retrouvé solitaire, au milieu de ses chiens et de ses éléphants qui ne chasseraient plus.

En ce soir d’octobre du calendrier lunaire, amaigri et las, il attendait donc la mort, le regard fixé sur la photo du tigre de sa flamboyante jeunesse. Happé par les pupilles sépia et hypnotiques de son fier adversaire, il essaya encore de leur résister. Ce fut en vain : il ferma les yeux. Et, cette fois-ci, il ne les rouvrit pas.

 

 

tigreout Rôooh, Photo de Joëlle Chen

 

 

Pour La Petite fabrique d’Ecriture.

Sur une photographie « bidouillée par Joëlle Chen.

Le texte  doit commencer par « La photo était là sur la table ». La suite devra être conforme à la photo, le fauve devant quitter l’image pour un moment qu’il faut décrire ou mettre en scène.

 

 

 

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 21:09

   Delvaux l'aurore

L'aurore, Delvaux 

 

 

 

Dans le palais des glaces

D’infinies silhouettes

Ombres de mon angoisse

 

Aux carreaux léthargiques

Des morceaux de moi-même

Algues fantomatiques

 

Dans les miroirs déçus

Les rêves de l’enfance

Et les poupées qu’on tue

 

Dans les larmes du vide

La tension des instants

Et les flèches perfides

 

Dans les vitres en miettes

Les alphabets des livres

Et les cris des prophètes

 

Sur les cuivres verdis

L’humus fou des aveux

Murmure enseveli

 

Dans les yeux noirs du temps

Les nostalgies stellaires

Et des femmes au sein blanc

 

Dans les gouttes du sort

Les combats des matins

Sous la sanglante aurore

 

Dans les éclats du verre

Les enfants en allés

Astres sous ma paupière

 

Dans les reflets d’argent

Les traces de l’amour

Son venin violent

 

Au diamant des jours

Je voudrais recoller

La photo déchirée

De mon âme à rebours

 

 

 

 

Pour Le Défi de la Semaine, n°46,

Thème proposé par Brigitte (paradisbancale.over-blog.com) : "Je ne cherche pas la transparence, mais, tu vois, je m'accommode mal de tant de brouillard. C'est pour ça que je ne suis pas au clair avec moi-même."

 

 

 

 

 

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:42

  bloggif le gui protégé

Le gui en boules (09 janvier 2011)

 

 

Dans les chemins mouillés

La terre est toute noire

Sueur

 

Sur les arbres efflanqués

Le gui est en pelotes

Maigreur

 

Dans le gras des sillons

Le blé vert est en rang

Guetteur

 

Une corne de chasse

De longs abois de chiens

Clameurs

 

Sur le fil électrique

Deux rapaces jumeaux

Torpeur

 

Invisibles oiseaux

Douce trémulation

D’ailleurs

 

Au blanc soleil d’hiver

Le rêve d’un départ

Migrateur

 

 

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 18:16

  YLeclair

Yves Leclair (Photo Littératures et Poétique)

 

Avec son dernier opus au titre inspiré, Orient intime, le poète angevin Yves Leclair entreprend une traversée au plus près de lui-même, en pèlerin nomade qui sait que « Orient et Occident ne sont aussi que des désignations temporaires pour des pôles au-dedans de nous-mêmes », selon Hermann Hesse. Dans une tentative de rejoindre son nom « le clair » et de se rejoindre lui-même, il aborde aux rivages de la transparence du monde.

Parti d’Extrême-Occident sur un manche à balai abandonné (I), muni de sa trousse de secours (II), l’écrivain s’attache à lever un coin du voile du Proche-Orient (III), pour atteindre l’Orient extrême de Bashô (IV), en revenir vers l’Orient proche (V) et grimper à l’échelle du Levant, pour y goûter les mots divins, « les mots de miel brun », les plus anciens du monde (VII). Ainsi, de l’horizontalité, « le balai fauché par le vent », à la verticalité d’un ciel où se lit « l’Orient des mondes », le poète va cheminant, en quête de Soi et de l’Autre.

Ce voyage autour de lui-même, le poète l’entreprend sous l’égide des grands anciens, en bon helléniste et humaniste qu’il est. Avec Sénèque, il sait bien que voyager n’est pas guérir son âme et il s’indigne d’une banalisation du tourisme de masse. Mais s’il aime à rappeler Thoreau qui recommande au voyageur de tâter son pouls afin de voir si son âme est en éveil et prête au nomadisme, s’il s’embarque fréquemment pour la Grèce, l’Italie, la Crète ou la Tunisie, il reconnaît avec Confucius que le plus grand périple est celui que l’on fait en soi-même, en quête de son moi originel.  C’est ainsi que l’on parvient « au seul donjon du cœur », le but fixé par Rûmî.

Son livre, ancré dans le quotidien le plus humble, nous dit que les mots sont là pour sauver de l’oubli ce qui fut et que l’écriture est nostalgie : « On n’écrit que par contumace. » On aime son regard curieux sur « la pie en redingote », son oreille attentive au « chant puissant et ancestral de la langue arabe », son questionnement métaphysique devant un hibiscus rouge, et son regard ardent sur une jeune romanichelle aux « seins libres comme une louve ». La clarté de son regard sur les choses opère une transfiguration et son esprit en éveil métamorphose « le plein  du vide et le vide du plein- le Rien du Tout, le Tout du Rien ».

On le voit errer en Afrique du Nord, sur les pas des gens du désert et des « brûleurs de route » à l’image de Théodore Monod, à qui il aspire à ressembler, lui l’ascète et le mangeur de figues. Et il sait dire comme personne la beauté de ces enluminures « fleuve bleu d’Orient natté de fourmis persanes »,  la fascination de cette écriture, « divine calligraphie qui tisse le voile ». Certes, dans une autre vie, c’est bien là qu’il a vécu : au plus intime de lui-même s’élèvent les minarets. Pour dire cette terre originelle, ses compagnons de route ont nom Omar Khayyâm, le « fabricant de tentes », et les poètes familiers aux Iraniens que sont Attâr, Saadi ou Hafiz

L’écriture de « l’ermite au chapeau de bambou », ainsi qu’on le surnomme, est tentation de l’épure et elle nous transporte dans son Orient extrême, le plus intime. Il y convoque Bashô et les marginaux contemplatifs, de Po Chu Yi à Dong Po, en passant par Tu Fu et Han Shan. Il y exalte l’anachorèse, le vide et souhaite « cette force de ne rien attendre pour tout accueillir ». Ne voudrait-il pas se fondre dans le silence tel « le chat blanc qui avance à pas de velours, comme s’il n’existait pas du tout » ?

Le poète dit la difficulté de découvrir ce paradis perdu, où l’homme ne serait pas né d’emblée. Après un arrachement à son Ciel, Dieu l’y aurait transporté. Ainsi, l’exil deviendrait « le  vrai pays », le lieu où l’homme est remis à sa place originelle. Toutes les lectures ouvrent la porte vers une Arcadie rêvée : les Pères Nêptiques en quête de la contemplation, dite « activité cachée », les textes hassidiques qui professent l’accueil de l’étranger, les Upanishads décrivant le Soi tel « un petit lotus avec une demeure au-dedans et encore un espace à l’intérieur, où il se trouve plus petit que le chas d’une aiguille ».

Les textes donc donnent accès à l’Eden, mais encore tout simplement la vie, et le poète est « comme celui qui grappille derrière les vendangeurs ». Ce sont les senteurs orientales au débarquement sur le port de la Canée, la beauté d’une « Nausicaa crétoise disant adieu à son marin », « les graines de paradis » rapportées du jardin tropical d’Isola Bella. Et l’essence même de l’Orient n’est-elle pas contenue dans le parfum de la jacinthe rose du Bengale, dans une chambre d’hôtel à Iráklion ? Car, pour qui sait regarder, tout est beauté, et celle-ci se conjugue au féminin : ce sont les « Dames en bleu » turquoise des fresques minoennes, les geishas à la peau laiteuse, la Sulamite du Cantique des Cantiques qui se révèle derrière  un hijab. Et, à l’unisson de Calaferte qu’il relit chaque année, le poète pourrait dire : « Peut-être ai-je trop aimé l’Eden sur terre ! »

Mais ne croyons pas que le voyageur orientaliste soit un naïf. Il ne s’étonne pas que Mère Térésa ait aussi connu le doute dans la misère de l’Orient indien. Il connaît les hordes de gamins quémandeurs, les cités-dortoirs et leurs enfants désœuvrés, l’Orient exilé en Occident, dans un vieux garage en tôle transformé en mosquée. Il n’ignore pas que les rêves deviennent souvent « cauchemar[s] ensanglanté[s] ». Alors que résonne en lui la musique arabe de l’enfance qu’il aimait à écouter, il sait  que son originalité consiste « à retrouver l’origine au fond du soi » et, en bon latiniste qu’il est, le voilà qui médite sur l’étymologie du mot « Orient ». Cette quête de son Orient intime est pour lui dévoilement, lorsqu’il découvre, en  longeant le Jourdain, sous le palimpseste des « sables et [d]es carcasses de chars abandonnés » les « miettes de papyrus où furent manuscrites les premières lettres à l’encre verte » des manuscrits de la mer Morte.

Celui qui se souvient de la vieille pèlerine de Compostelle que son père hébergeait et qui rêvait de « cartes et d’estampes », le lecteur de la Bible et de Platon, nous dit qu’il faut savoir voyager léger et qu’il ne faut emporter avec soi que « quelques arabesque, quelques enluminures en fond d’œil et dans les soutes de l’âme ». Ainsi, il se pourrait que l’on aille à Dieu « comme du songe à l’éveil, ou de la nuit à l’aube », comme l’on retourne au paradis après l’exil.

Livre d’essais à la manière d’un Montaigne, variations musicales sur les thèmes du voyage, de l’exil, de l’Eden, du Soi et de l’Orient, Orient intime est un ouvrage inclassable. On y découvre un écrivain nourri d’humanité(s), un enseignant qui connaît la moindre nuance des mots, un grand amateur et connaisseur, féru de poésie, qui n'aime rien tant que citer ses livres de chevet, un pérégrin tout autant qu’un « voyageur immobile ». Mais Yves Leclair est surtout un poète dont le regard, lavé des scories du monde, nous entraîne dans une quête de soi-même, qui est surtout une marche vers l’Autre et, peut-être, le Tout-Autre.

 

Orient intime, Yves Leclair, L’Arpenteur, 2010

 

 

* Suite à cet article et à la lecture d'Orient intime, Anne Le Sonneur a écrit un très beau texte, "Impressions de voyage", que je vous invite à consulter sur : http://anne.lesonneur.over-blog.com/

* A lire aussi : "Entretien avec Yves Leclair", http://www.ecrivains-voyageurs.net/pages/divreportages10.htm

 

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:22

  L Arche-de-Noe Nice musée national message biblique

L'Arche de Noé, Marc Chagall, Musée National Message Biblique, Nice

 

 

 

Sur l’asphalte épiphane

De la noire Louisiane

Dort un tas de carouges

Dont plus aucun ne bouge

 

Animaux erratiques

Averses chimériques

De sang de chair de laine

Aux vents qui se déchaînent

 

Poissons-chats aspirés

Crapauds déchiquetés

Etourneaux étouffés

Têtards jamais nés

 

Et de la terre au ciel

Dans la glace et la grêle

Infinis tourbillons

Affolée giration

 

J’ai peur de cette danse

De la nature en transe

Dans le ciel sidéral

D’un tableau de Chagall

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

des Croqueurs de Mots

 

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 11:21

  la mémoire magritte 1948

  La mémoire, Magritte, 1948

 

 

 

Fut-il jamais au monde

Cet instant

Sortilège

Où tout se pétrifia

 

Eut-il une existence

Ce moment

De mandorle

Où ma vie tituba

 

Quelle réalité

Ce long temps

De sorcière

Quand ta main me frôla

 

Virent-elles bien le jour

Les minutes

Immanentes

Où ma peau s’irisa

 

Ont-elles été vivantes

Les secondes

Insolentes

Où mon corps exulta

 

Les jours ont naufragé

J’ai tremblé l’heure exquise

Je ne m’en souviens pas

 

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : l’heure exquise

 

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 16:56

  cop Le Monde marc-dugain

Marc Dugain (Photo Cop Le Monde) 

 

Avec son dernier roman, L’insomnie des étoiles, paru chez Gallimard, Marc Dugain poursuit son investigation romanesque du champ historique, entamée avec La chambre des officiers et Une exécution ordinaire. Ce faisant, il demeure fidèle à ce que dit Jorge Semprun : « Sur l’Histoire, on aura beau faire et beau dire, ne restera que les romans. » Il précise à ce sujet que, lorsqu’on veut parler de l’Histoire, il existe deux solutions :  soit on la prend à bras le corps comme Tolstoï et on écrit les trois mille pages de Guerre et paix, soit on fait passer l’époque à travers quelques personnages, peu nombreux, mais suffisants pour avoir le sentiment d’être entré dans la période évoquée. C'est ce propos qu'il réalise avec ce livre. 

La belle métaphore poétique du  titre s’est imposée à l'écrivain dès le début de ce roman sur les prémices du crime de masse, pratiqué par le nazisme. « Les étoiles même mortes nous observent comme jadis les dieux de l’Olympe et ce qu’elles voient ne facilite pas leur sommeil. »  Les étoiles sont bien au cœur du roman et sont au service du dévoilement de l’horreur absolue que raconte l’intrigue. Aussi peut-on lire : « Des étoiles par millions, toutes plus mortes les unes que les autres. Comme si elles attendaient que la nôtre les rejoigne dans le grand concert du silence sidéral. On n’en est pas passé loin cette fois-ci. »

L’auteur met donc en scène, à la fin de la guerre en 1945, un officier français, le capitaine Louyre, qui est chargé d’administrer un canton d’une Allemagne en pleine débâcle, dans la région de Heidelberg. En parallèle de la découverte par les Alliés des camps de concentration et du génocide juif, le lecteur assiste à la mise en lumière par cet officier de « l’euthanasie par faveur », dont furent victimes, dès le début des années 30, les malades mentaux et, par extension, les opposants politiques.

Ne disposant pas encore d’une solution scientifique et industrielle pour les exécutions de masse, les nazis les éliminèrent dans des camions, dont le tuyau d’échappement était inversé, les condamnant ainsi à une mort atroce suivie de l’incinération. Ce programme fut précédé d’une stérilisation destinée aux malades mentaux, considérés comme incurables, et dont le but était d’éviter la déchéance aux Allemands de souche. Le processus d’ « euthanasie par faveur », dit T4, fut arrêté en 1941, car l’Eglise protesta avec vigueur en la personne de monseigneur van Galen, l’évêque de Munster, qu’Hitler envisagea de faire assassiner. C’est après ce tragique prologue que débuta la « solution finale ».

Le roman s’ouvre de manière intrigante et déroutante, en focalisation interne, avec des chapitres qui évoquent la vie solitaire d’une jeune fille qui « n’a pas l’âge d’être une ennemie », Maria Richter, une sorte d’enfant sauvage dont le père est parti sur le front de l’Est. Dans sa ferme abandonnée, elle essaie de survivre, dans le froid et le dénuement le plus total. Marc Dugain excelle à créer une atmosphère de fin du monde, sur laquelle flotte une menace indéterminée. Sauvée inexplicablement par un policier d’un viol certain, elle assiste peu après aux violences, faites au jeune homme qui voulait la violenter, par le même policier, et à son assassinat. Demeurée seule avec le corps, elle le brûle et le dissimule. A travers ce personnage, Marc Dugain a souhaité évoquer la banalisation du viol en temps de guerre et l’extrême misère sexuelle, révélatrice de cette époque. Selon lui, le sexe est au cœur de la problématique nazie, ainsi que le montrent des films comme Portier de nuit ou Les Damnés.

La suite du récit se fait à travers le personnage du capitaine Louyre, qui découvre la jeune fille en même temps que le cadavre brûlé de l’inconnu. Saisi d’une intuition inexplicable (« Dans mon puzzle, je vois une ombre se former »), celui qui n’a « de goût que pour les mystères métaphysiques » va entreprendre une enquête pour résoudre cette énigme. Elle le mènera dans les abysses du mal.

La personnalité de Louyre est un des éléments-clés de l’œuvre et lui confère sa puissance. L’officier français, qui a fait toute la campagne de Sicile, sait qu’il n’est qu’ « un officier d’appoint qu’on ne blâme ni ne récompense », et il est incapable de se réjouir de la fin de cette guerre. Il pratique le difficile métier du doute car, « en refusant le doute, on est certain de se priver de la vérité ». « Spectateur amusé » de la vie, il a suffisamment la foi en Dieu pour se « poser la question de son existence ». Celui qui était astronome dans le civil ne prononce-t-il pas cette phrase sibylline : « J’allais à la rencontre de Dieu. Pas le Dieu des hommes, l’autre » ?

Le roman va donc voir s’affronter ce sceptique lucide, qui accepte la finitude de l’homme, et le médecin psychiatre nazi, Halfinger, qui est allé jusqu’au bout de sa vérité et de sa certitude absolue. Ainsi tout oppose celui qui questionne l’univers et qui s’abstient de réponses rapides et celui qui a renoncé à sa condition d’être humain. Louyre apprendra de sa bouche qu’il a orchestré « l’euthanasie par faveur » dans la maison de convalescence de la petite ville, et qu’il est à l’origine de la mort de Julia Richter, la mère de Maria, qu’il a laissé mourir de faim, après lui avoir permis d'échapper à trois convois. Les chapitres XXIV à XXXI sont l’acmé du roman et montrent la perversion d’un système, fondé sur des  médecins aveuglés par l’idéologie du Reich de mille ans et sur des nazis, déresponsabilisés par un système bureaucratique implacable (« Un scrupule ne doit jamais briser une chaîne de responsabilités. »)

J’aime beaucoup ce personnage du capitaine Louyre qui, contre vents et marées, conduit par sa seule conviction intime, cherche à percer le mystère du mal : « Il y avait dans cette guerre quelque chose de définitif à comprendre dont les contours étaient mal définis. » On retiendra ces quelques lignes, dans lesquelles, alors qu'il déambule dans la petite ville allemande, on le voit appréhender ce que put être la réalité de l’horreur : « C’est là [dans les tavernes enfumées], pensait-il, qu’on avait désigné les boucs-émissaires, sous une lumière tamisée par un halo de fumée, dans le bruit des chopes, et que s’était libérée la ferveur d’un monde nouveau. C’est là aussi que s’était opéré le miracle de la simplification, quand l’idéologie prend forme et se radicalise afin de balayer les derniers sceptiques et ceux dont la conscience n’est pas encore tout à fait obscurcie par la haine. »

J’apprécie la lucidité de cet homme, blasé certes, mais exigeant et intègre : « Il voulait toucher au fond, sans jamais se mentir, y patauger, se prétendre l’intime de l’insondable dans sa descente vertigineuse » car « quand le mal atteint de tels sommets, le bien ne connaît plus de plaines. »

Je ne peux qu’admirer la prescience aiguë de la relativité des choses qu’a le capitaine Louyre. Comme le dit Marc Dugain lui-même : « Le nazisme vu des étoiles, c’est ridicule ! » C’est cette même idée qu’exprime l’officier dans un dialogue avec Halfinger :

« - Qu’est ce que vous regardez ? lui demanda le médecin.

- Je regarde la lune. Elle est pleine et parfaitement ronde ce soir.

Il observa un long silence avant de poursuivre :

- Vous savez à quoi tient la vie ?

Halfinger attendit sa réponse, intrigué.

- A  la couche d’atmosphère. Imaginez que cette sphère soit la terre. Songez encore qu’on l’ait enduite d’une couche de vernis. C’est à ce vernis que tient toute la vie, cette couche minuscule, qui nous permet de respirer.

Il se retourna.

- Et maintenant, imaginez une couche de vernis sur les ongles d’une femme qui vit sur cette terre. C’est l’épaisseur de notre civilisation. Y avez-vous jamais pensé ? »

Personnage révélateur de l’horreur absolue, le capitaine Louyre, rendu à la vie civile, demeure fidèle à lui-même à la fin du roman. Alors qu’il est dans un train avec Maria et qu’il traverse « les Ardennes rendues à la France », il observe la jeune femme « dans une lumière de crépuscule ». Il la sent « lente à renaître, comme méfiante, et il se dit qu’elle avait raison. »

Ainsi, dans ce roman à l’écriture sobre, incisive et claire, un écrivain moraliste transforme une quête policière en enquête métaphysique.

 

Sources :

Interview de Marc Dugain, Arte Journal, 22/09/10

Entretien de Marc Dugain avec Dominique Antoine, Le Figaro Magazine, 26/11/10

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 09:23

 

Giorgio-de-Chirico-Melancolie-hermetique--1912

Mélancolie hermétique, Giorgio de Chirico, 1912

 

 

 

 

Tu sais ce que c’est la mélancolie ?  Tu as déjà vu une éclipse ? Eh bien c’est ça : la lune qui se glisse devant le cœur et le cœur qui ne donne plus sa lumière.

 

La folle allure, Christian Bobin

 

 

Mardi 04 janvier 2011, Eclipse de soleil

 

 

 

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 10:15

trait rouge dans le ciel

Le ciel au matin du 03 janvier 2011

 

 

Sur la peau bleue du ciel

Trait rouge d'une plaie

Sur le corps bleu d'un copte

Le sang de l'attentat

 

En mémoire des chrétiens d'Alexandrie,

Assassinés le 01 janvier 2011

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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