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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 13:58

  Lovers in blue chagall

Lovers in blue, Chagall, 1914 (Photo Art Info)

 

Dans le puits des années

Sous la poussière des heures

Derrière les yeux clos et crispés

Les vitrines aveugles

Teintées au blanc d’Espagne

 

Imprévisible terre aux yeux de la vigie

Piqûre d’épingle inattendue

Zébrure instantanée dans la lividité

Volcan éteint qui se réveille

Arc-en-ciel de mes déluges

 

Violemment

Insolemment

A soudain ressurgi

 

L’oasis de sable au pisé vert et bleu

La guérison miracle aux mains du thaumaturge

La chambre inviolée au flanc des pyramides

Le rescapé vivant tout nu sous les décombres

La claire Annonciation ombrée sur le mur blanc

L’enfant renouvelé de mon âge stérile

 

 

Le souvenir vibrant

L’image sidérante  

Phoenix renaissant

Du bel arc électrique

Jailli à l’improviste

Qui enflamma nos âmes

Qui embrasa nos cœurs

Qui consuma nos corps

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par ABC : la surprise

 

 

 

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 10:23

  leonor-fini

  Une toile de Leonor Fini

 

 

 

Aux limbes de l’obscurité

Aux confins du sommeil

La mélopée modulée

De la chouette ululante

Déchire mon rêve noir

Déchiffre mon angoisse

Dessine les contours mous

De la nuit

Mouvante et muette

 

 

Jeudi 24 février 2011,

3h 40 du matin

 

 

 

 

 

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 18:29

  cailoux protégés

Les cailloux dans la vitrine

 

 

C’est de mon père que je tiens la passion des cailloux et je ne peux me baisser pour en ramasser un sans penser à lui. Il cultivait des vignes et, souvent, le soir, il descendait du coteau, avec dans ses poches un ou deux cailloux qui faisait notre joie, à mon frère et à moi.

Son œil de lynx infaillible les avait repérés dans la terre calcaire où il passait l’araire. Chaque découverte était pour lui l’occasion d’une petite pause bucolique, sur le talus ensoleillé de la vigne en surplomb de la Loire. Après avoir gratté la terre de ses mains aux doigts gourds, recouverts de gros gants de peau grise, il crachait avec force sur la pierre pour la rendre brillante et en admirer les courbesou les arêtes. Il la polissait avec son grand mouchoir à carreaux et la contemplait un long moment, avec le regard amoureux du collectionneur qui vient de trouver la pièce rare. Après l’avoir déposée au plus profond d’une des nombreuses poches de sa vieille veste de chasse trouée et déchirée, il se remettait au travail en sifflotant, tout heureux de ce butin qu’il nous rapporterait le soir venu.

Et c’était à chaque fois le même cérémonial. Dans la chaude odeur de la soupe familiale qui chuchotait en sourdine, nous nous asseyions mon frère et moi autour de la grande table de la cuisine, qu’avait fabriquée le menuisier du village. Mon père prenait un air de conspirateur, il faisait des gestes cabalistiques avec ses mains déformées par la  taille et le cisaillage des vignes. Il les enfonçait soudain dans une des poches de la vieille veste, aux odeurs de fumée et de sarments, et en ressortait avec un sourire triomphal les pierres du jour, exhumées de la terre.

Notre surprise et notre étonnement étaient sans cesse renouvelés devant la variété de ce que nous découvrions : vieilles pièces de monnaie aux effigies rongées par le temps, fossiles en tous genres, silex et pierres taillées. Les pierres arrondies et blanches de calcaire faisaient ressurgir la mer immense du quaternaire ; les pierres brunes et pointues ressuscitaient le souvenir des hommes préhistoriques, qui avaient vécu dans les troglodytes de notre vallée.

Notre père devenait éloquent et nous ne nous lassions pas de l’écouter décrire ses trouvailles : la spirale lovée de l’ammonite, image de la perfection, le plissé rugueux de l’éponge, la pointe aiguë du rostre de bélemnite, la dure concavité des encoches des nucleus de silex. Les brunes pointes de flèche, fines et dentelées, se promenaient entre nos doigts d’enfants et les ombres dansantes des héros de La Guerre du Feu s’agitaient sous nos paupières. Oui, c’était ces mêmes pierres, que les hommes venus du fond de âges, avaient tenues entre leurs mains malhabiles. Grâce à elles, ils avaient découvert comment fabriquer les armes, sarcler les peaux et créer les premiers objets d’art.

La voix rauque, au débit accéléré, de notre père, résonnait à nos oreilles : le minéral, entre ses mains, nous racontait l’histoire du monde. Maman s’approchait doucement de lui. Elle lui disait d’une voix chantonnante de reproche, en lui caressant les cheveux avec tendresse : « Oh ! Toi et tes pierres, c’est tout un poème ! On pourrait en remplir une carrière entière ! »

C’était comme un signal pour le raconteur d’histoires. En un geste large, papa ramassait sa récolte du jour et la remettait prestement dans ses poches, tout en nous faisant un clin d’œil complice. Le lendemain, nous retrouvions les plus beaux specimens dans la vitrine du salon, celle qui a une marqueterie blonde et fleurie et des pieds de lion. Les autres pierres, moins chanceuses, allaient grossir la collection de papa et s’accumulaient au grenier dans des caisses en bois dur, sous les lourdes solives.

Les années ont passé, notre père a vieilli, les vignes ont été vendues ; mais quand je marche dans les chemins de mon enfance, les cailloux de mon père crissent toujours sous mes pas.

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Sur une photo représentant neuf petits cailloux.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 23:09

 

Oncle Vania C Paou-

Oncle Vania (David Clavel), Photo Christophe Paou

 

Djadja Vanja, L’oncle Vania, sous-titrée « Scènes de la vie de campagne en quatre actes », est un drame de Anton Pavlovitch Tchékhov, qui fut représenté pour la première fois au Théâtre d’Art de Moscou en 1897. On y découvre l’idée-maîtresse du théâtre du dramaturge russe, celle de la nécessité de la résignation à la vie de tous les jours. Tout s’y joue plus dans l’atmosphère, qui entoure l’action et qui résulte de l’état d’âme des personnages, plutôt que dans les événements d’une intrigue très simple.

Dans la propriété du professeur à la retraite Sérébriakov, les différents personnages se supportent difficilement. Autour de l’oncle Vania, le frère de sa première femme, un homme plein de bonté, qui gère le domaine avec abnégation, aidé de Sonia la fille du professeur, la tension est palpable. Eléna, la trop jeune épouse de Sérébriakov, résume ainsi la situation à Vania (Voïnitzki) : « Il y a quelque chose dans cette maison. Votre mère déteste tout ce qui n’est pas ses brochures et le professeur ; le professeur est irrité, n’a pas confiance en moi, a peur de vous ; Sonia (fille d’un premier lit de Sérébriakov) en veut à son père, m’en veut à moi et ne me parle plus depuis deux semaines ; vous, vous haïssez mon mari et méprisez ouvertement votre mère ; je suis énervée et, aujourd’hui, j’ai essayé de pleurer une vingtaine de fois. » Quand Sérébriakov prend la décision de vendre la propriété, les conflits latents se déchaînent.

Gorki avait bien perçu cette lézarde entre les êtres, lui qui écrivait à Tchékhov : « Pour moi, L’oncle Vania est une chose terrible, un art dramatique absolument nouveau, un marteau avec lequel vous frappez sur les têtes vides du public ».

L’œuvre théâtrale de Tchékhov n’est pas énorme. On compte si « grandes » pièces : Platonov, Ivanov, La Mouette, L’oncle Vania, Les Trois Sœurs, La Cerisaie) et huit « piécettes » en un acte (Le Chant du Cygne, L’Ours, Le Jubilé, La Demande en mariage, Le Tragédien malgré lui, La Noce, Les Méfaits du tabac, Sur la grand’route).

C’est la force si particulière de cette quatrième pièce que le Collectif Les Possédés (nom emprunté bien sûr à Dostoïevski) a choisi de mettre en scène en 2002, créant par là même leur groupe. Jeudi 17 février 2011, la troupe la jouait à la salle Beaurepaire à Saumur, toujours avec cette « immense simplicité » dont parlait déjà Eric Ruf en février 2005. Le dispositif scénique joue sans doute un grand rôle dans la manière dont le spectateur reçoit la pièce. En effet, Rodolphe Dana, le metteur en scène, a souhaité briser le quatrième mur du théâtre et a fait le choix de faire jouer les acteurs au plus près du public. Il s’en explique ainsi : « Au centre de l’espace, une table. Autour de la table, les comédiens. A proximité des comédiens, les spectateurs. Le dispositif est tri-frontal. Pour ce vaudeville tragique, nous voulons que les spectateurs se sentent inclus dans l’espace de jeu, l’objectif étant de démythifier le rapport des spectateurs à l’espace théâtral. Ils ont chez eux chez nous. On ne sait plus trop. Les frontières entre fiction et réalité, entre les acteurs et les spectateurs devront disparaître. » Vêtus de costumes modernes, sans aucune recherche, à peine maquillés, les comédiens nous ressemblent, et sont nos miroirs. Peut-être trop, diront certains, qui regretteront une certaine magie du théâtre, créée par la distance et le noir de la salle.

S’il n’est donc pas sûr que ce choix scénique apporte vraiment quelque chose à la pièce, on reconnaîtra que le jeu des comédiens emporte l’adhésion. Chacun y joue sa partition avec naturel et passion. Ivan Petrovitch Voïnitski/ Oncle Vania est remarquablement servi par David Clavel, qui montre bien la lucidité de celui qui s’écrie : « Je suis un être de lumière qui n’éclairait personne. » Il sait subtilement évoquer ce basculement affectif qui le fait passer de l’admiration la plus grande pour son ex-beau frère Sérébriakov, à la déception meurtrière qui le pousse à tirer sur lui. « Oh ! Comme je me sens trompé ! » dit-il en aparté. «  J’adorais ce professeur, ce pitoyable rhumatisant, j’ai travaillé pour lui comme un bœuf  […] J’étais fier de lui et de sa science, je vivais pour lui, je respirais pour lui[…] De tous ses travaux il ne restera pas une seule page, il est totalement inconnu, c’est un zéro. »

Pour Dominique Fernandez, l’oncle Vania est « un des héros dramatiques les plus purs de Tchékhov ». N’est-il pas capable de supporter le désespoir sans se plaindre ? On notera que, dans la première version de la pièce, le personnage se tuait. Cette libération lui sera refusée dans la seconde version.

Katja Hunsinger prête sa silhouette de walkyrie russe à Eléna Andréevna, la deuxième femme de Alexandre Vladimir Sérébriakov (Simon Bakhouche). Elle distille avec art les sentiments ambigus qu’elle éprouve devant les déclarations passionnées de Vania et l’amour que lui porte aussi le docteur Astrov. On sent qu’il s’en faudrait de peu pour qu’elle se laisse séduire et échappe à son destin de femme mal mariée. Mais elle s’en ira avec son mari pour toujours.

Rodolphe Dana interprète avec intelligence un Mikhaïl Lvovitch Astrov lucide et amoureux, qui sait aussi faire de son personnage un écologiste avant la lettre : « J’admets que l’on coupe  les bois par nécessité, mais pourquoi les détruire ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d’arbres périssent, les gîtes des bêtes, les nids des oiseaux se vident, les rivières s’ensablent et se dessèchent, des paysages ravissants disparaissent, et tout cela parce que l’homme est assez paresseux et qu’il n’ a pas de sens commun pour se baisser et ramasser le combustible. » On admirera encore sa folie latente, qui se révèle lors de la scène d’ivresse, où il danse à moitié nu sur la table au milieu des lumignons.

Les deux autres rôles féminins sont peut-être moins convaincants. Marie-Hélène Roig, interprète de Sofia Alexandrovna, semble un peu âgée. Elle est cependant tout à fait émouvante dans la dernière scène. Quant à Michelle Farges, qui joue la mère Maria Vassilieva Voïnitskaïa, elle me semble au contraire un peu trop jeune. On accordera une mention spéciale à Nadir Legrand, qui propose avec Ilia Ilitch Téléguine, dit La Gaufre, un bouffon plein d’humanité et de compassion, à l’image de l’idée que l’on se fait de « l’âme russe ».

Sur ce grand tapis qui occupe toute la scène et symbolise la maison, tout comme la grande table, se joue une des pièces les plus emblématiques du médecin des âmes que fut Tchékhov. Dans le nœud gordien d’une famille, qui s’affronte autour de la vente d’une propriété, quand les désirs meurent sans avoir trouvé leur accomplissement, quand la vie n’est plus que vide et bavardage stérile, que reste-t-il aux êtres ? La diction lente, hésitante, ponctuée de pauses des comédiens, est au service de la description de ce monde qui se délite sous nos yeux, sans aucun espoir de rachat.

Pour Dominique Fernandez, c’est l’ironie tchékhovienne qui a le dernier mot. Dans l’ultime scène, Vania et sa nièce Sonia, qui ont vu s’écrouler tous leurs espoirs, se remettent à leur table de travail, et dans le silence de la maison désormais vide, ils répètent inlassablement : « Il faut travailler, travailler. »

Et grâce au jeu très convaincant de la troupe des Possédés, la parole douce-amère de Tchékhov, était jeudi soir, particulièrement audible.

 

 

Sources :

Dictionnaire amoureux de la Russie, Article « Tchékhov », Dominique Fernandez, Plon, 2004.

Le Magazine Littéraire, Dossier Tchékhov, n°299, Mai 1992.

Dossier artistique de la pièce, pages 1 à 12.

 

 

 

 

 

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 18:45

orphée g moreau 

Orphée, Gustave Moreau

 

 

Quand je serai grand

Répétait l’enfant

 

Je serai gardien

Et puis magicien

 

Gardien de la paix

On lui demandait

 

C’est trop difficile

Nous répondait-il

 

Alors on cherchait

Et on rajoutait

 

Un gardien de phare

Un gardien de square

 

Non c’était pas ça

On n’y était pas

 

Un gardien de nuit

Jamais endormi

 

Il s’y refusait

C’est sans intérêt

 

Un gardien de but

Qui fait la culbute

 

Pas du tout sportif

C’était négatif

 

Gardien de musée

C’était une idée

 

Assis sur une chaise

Il serait obèse

 

On le voyait bien

En ange gardien

 

Il murmurait non

En dénégation

 

On était perplexe

Sans aucun réflexe

 

Quel est ce métier

Si rare et secret

 

Quand je serai grand

Répétait l’enfant

 

Je serai gardien

Des alexandrins

 

Je rassemblerai

Les mots égarés

 

Et je deviendrai

Sans aucun brevet

 

Tel qu’en moi-même

Gardien de poèmes

 

 

Pour Les Croqueurs de Mots,

Défi n°49, proposé par ABC

Thème : le métier imaginaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 08:23

  cabines de plage calais (wikimédia commons

Cabines de bains sur la plage de Calais

(Photo Wikipédia commons)

 

 

 

Sur la plage de Malo

Mes amours n’ont plus d’écho

 

Et j’y ai cherché en vain

Les vieux kiosques de bains

 

En  robe bleue et rayée

Tels des cubes alignés

 

Jeu de construction d’enfant

Qui ne veut pas être grand

 

Ils regardaient la mer

Et ses vagues moutonnières

 

Ils abritaient nos retours

Dans un demi contre-jour

 

Quand la peau soudain frissonne

Du sable qui la sillonne

 

Et du salé picotant

Que la mer va déposant

 

C’est là qu’on jouait souvent

Quand il fait froid et grand vent

 

Et c’est là qu’entre cousins

On parlait d’un ton badin

 

On se faisait confidence

On se confiait nos romances

 

Les cheveux échevelés

Dans nos vieux maillots mouillés

 

Où s’en sont-ils donc allés

Les kiosques que j’aimais

 

Ribambelle désuète

Instant du temps qui s’arrête

 

Cubes de bois disparus

Ton baiser sur ma peau nue

 

Sur la plage de Malo

Mes amours n’ont plus d’écho

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : le kiosque

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 07:51

  Bouddha Jayavarman VII superbe

Buste khmer de Jayavarman VII, Musée Guimet, Paris

 

Toi 

 

Mon ange malicieux

 

 Ride rieuse au vert marais

Tremblante esquisse au chevalet

Rai de lumière imperceptible

Senteur vive et volatile

 

Ma madone sereine

 

Ondulation dans les blés blonds

Accalmie douce dans les fièvres

Ombre glissée sur la muraille

Aveux secrets bas murmurés

 

Mon Bouddha extatique

 

Léger frisson évanescent

Arc bandé qui s’abandonne

Epiphanie après la pluie

Porte entr'ouverte sur l’été

 

Toi

Toute

Toujours

Timide et ténue

Tendue et tissée

Dans les sortilèges

De ton sourire

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

Des Croqueurs de Mots

Thème proposé par ABC :

Le sourire

 

 

 

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 10:39

  lit de verdure

Ophelia, John William Waterhouse (1889)

 

La nacelle d’osier où l’on me déposa

Et le petit lit bas de l’enfance muette

Le si grand lit carré de la jeune mariée

Une ancienne chanson

Et les couches de mousse les sables près des sources

Où j’aimais à rêver

Les lits de camp fiévreux les somnolents transats
Quand mon corps s'irisait

Les banquettes de cuir les canapés profonds

Retraites de lectures

Les hamacs de mystère les recoins parfumés

Ecrins de solitude

 

Il y aura un temps

Je les retrouverai

Je m’y endormirai

Dans mon  lit de verdure

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : le lit de verdure

 

 

 

 

 

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 21:59

 

  wihelm-hammershoi-soleil

Intérieur dans le soleil, Vilhelm Hammershoi

 

 

 

Blog en pause

 

 

 

Je dis une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour en tant que quelque chose d’autre que les calices sus musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tout bouquet. Crise de vers, Stéphane Mallarmé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:07

  Proust allo ciné

  A l'ombre des jeunes filles en fleur  : à Balbec (Photo Allo-Ciné),  

 

En adaptant A la Recherche du temps perdu, Nina Companeez explique qu’elle a voulu être une « passeuse » et donner l’envie de lire Proust. « Mon but premier est de montrer aux téléspectateurs que Proust n’est pas hermétique, pas intello, pas emmerdant, mais aussi qu’il est un grand auteur comique », explique-t-elle dans le préambule de l’interview qu’elle a accordée à Télérama, n°3185. Au vu des deux épisodes  de son adaptation, il n’est pas certain qu’elle y ait réussi.

Ses choix peuvent en effet surprendre. Ne fait-elle pas l’impasse sur Du côté de chez Swann, livre dont on sait qu’il fut écrit en même temps que Le Temps retrouvé et qu’il permet ainsi de comprendre la cohérence interne de l’œuvre ? De plus, elle élimine quasiment Charles et Odette Swann, couple-clé, et double de celui que formeront le Narrateur et Albertine. Supprimer le premier livre, n’est-ce pas encore supprimer le regard de l’enfant, les flash-back ne suffisant guère à en montrer la portéee, capitale pour la compréhension du projet de Proust ?

La réalisatrice concentre sa focale sur Albertine Simonet et son adaptation devient essentiellement l’histoire d’une jalousie. Mais alors, pourquoi ne pas avoir changé le titre, car ici l’adaptation ne nous propose que des morceaux choisis de La Recherche. Ce faisant, elle s’appesantit beaucoup sur l’homosexualité des personnages, réduisant ainsi l’œuvre à un récit d’homosexualité, ce qui est nécessairement réducteur pour un roman qui cherche à décrypter le réel dans sa totalité. Les cris poussés par Charlus et Jupien  après « le vol du bourdon » sont caricaturaux, de même que la scène de flagellation du baron et les ébats dénudés des jeunes filles en fleur. Si le voyeurisme est bien une composante de l’ouvrage, l'image, elle, frise là parfois le mauvais goût.

On regrettera sans doute aussi la discrétion avec laquelle Nina Companeez évoque les artistes de l’œuvre. Celle-ci étant au premier chef une réflexion sur l’art, on aurait souhaité que Elstir, Bergotte et Vinteuil soient plus présents, eux qui président à l’initiation du Narrateur. Ce sont bien eux en effet qui offrent au Narrateur des points de repère, des techniques à utiliser, des formes à reprendre dans la gestation de son métier d'écrivain. Quant au personnage de Françoise, vivant réceptacle de la vie de la  langue, il apparaît bien édulcoré avec une comédienne qui s’essaie à prendre un accent (normand ?), mais ne nous en restitue guère la puissance et la fantaisie.

Le "Bal des têtes" de la dernière partie et son ambiance funèbre, passage-clé s’il en est, déçoit aussi à cause d’un vieillissement inégal des personnages. Enfin, le mécanisme de la mémoire involontaire, déclenché par la serviette de toilette ou par la madeleine, est-il perceptible pour un téléspectateur non-initié ?

Le principal reproche, pourtant, concerne le Narrateur. Outre l’erreur commune de lui donner une apparence qui voudrait le faire ressembler à l’auteur, Marcel Proust, Nina Companeez en fait une sorte de grand dégingandé (« Micha me fait penser à Jacques Tati avec sa grande carcasse », dit Nina Companeez !), dont l’allure et la voix efféminées ne servent guère le propos de Proust. Certes, la voix off permet d’instaurer la différence entre héros et le Narrateur : celui-ci vit de croyances ; celui-là détient un pouvoir absolu. Mais il ne suffit pas de le revêtir d’un manteau à col de fourrure, semblable à celui que portait Proust, pour nous le rendre crédible. Comme l’écrit Jean-Yves Tadié, le jeu de Mischa Lescot, qui semble avoir des vapeurs à tout moment, ne rend absolument pas compte de ce porte-parole d’un « héros viril de la pensée ».

Mais je voudrais atténuer la sévérité de ce  jugement, pour une réalisatrice qui connaît à fond ce "roman-monde". La mise en scène de Nina Companeez signifie clairement que le Narrateur est bien celui qui voit. Et l’on comprend que toute recréation provient de son expérience et de sa sensation. L’emploi de la voix off paraît ici pertinent et révèle à propos ce que Benvéniste nomme « sa subjectivité dans le langage ».  L’ensemble, sans être exhaustif, rend bien compte des thèmes de cette œuvre gigantesque : angoisse amoureuse, jalousie, rupture, deuil, homosexualité, mondanité, snobisme, voyages…

Le casting apparaît judicieux et les comédiens se sont emparés de leurs personnages avec une belle ardeur. Didier Sandre incarne un Charlus convaincant, voire émouvant, qui m’a fait penser parfois à Dirk Bogarde dans Mort à Venise. Et si je m’imaginais Oriane de Guermantes, interprétée par Valentine Varela, un peu moins en chair et plus aristocratique, je reconnais que Dominique Blanc, à la diction impeccable, campe une Patronne des plus crédibles. Quant à Caroline Tillet, qui joue Albertine, elle séduit par son côté insaisissable, tout fait de candeur et de rouerie. J’ai beaucoup aimé encore Catherine Samie qui prête son fin visage et ses gestes pleins de douceur à la grand-mère du Narrateur.

Nina Companeez a par ailleurs un don certain pour créer des atmosphères et celle des soirées mondaines particulièrement. J’ai aimé la réception chez Madame Verdurin, quand Morel est au violon et Charlus au piano (Les morceaux musicaux sont excellemment choisis). Les costumes somptueux, les décors superbes, notamment ceux de l’hôtel de Béhague, un des plus beaux hôtels particuliers de Paris, le raffinement des détails, confèrent à ce téléfilm le charme désuet de la Belle Epoque.

Pour conclure, on pourrait dire que Nina Companeez n’a pas démérité. On regrettera qu’elle n’ait pas bénéficié d’un financement plus important qui lui aurait permis d’adapter les sept volumes de La Recherche. Mais on ne peut qu’être d’accord avec Vincent Ferré qui écrit que « désarticuler cette œuvre au sein de scènes très structurées fait courir le risque d’altérer radicalement leur sens ». Ceux qui connaissent Proust resteront sur leur faim ; quant à ceux qui ne l’ont pas lu, même s’ils ne se sont pas ennuyés, je doute qu’ils se soient retrouvés dans les méandres des relations entre tous les personnages.

Ils sont sans doute bien plus heureux ceux qui ont pu écouter Jean-Laurent Cochet dire La Recherche à la salle Gaveau, pendant une vingtaine d’heures, l’avant-dernier week-end de janvier. Car une succession d'image choisies ne pourra jamais rendre le déroulé, le mouvement et le mystère de la phrase de Proust, où se dit magiquement la métamorphose du monde par l’Art. « Au cinéma », dit encore Vincent Ferré, « le temps est introuvable ».

 

Sources :

« Proust est un auteur comique », Interview de Nina Companeez, Télérama, n°3185.

Le Magazine littéraire, n°496, « Au cinéma, un temps introuvable », Vincent Ferré.

Article « Proust », Dictionnaire des Littératures de Langue française, Beaumarchais, Couty, Rey.

 

 

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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