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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:21

buste-de-cleopatre-vii-dite-la-grande.jpg

 

Buste de Cléopâtre-Séléné VII, femme de Juba II

 

Avec Les enfants d’Alexandrie, paru chez Albin Michel, Françoise Chandernagor fait à la fois profession d’historienne, de romancière et, pourquoi pas, de moraliste. Tout en brossant un tableau complexe de la République romaine au temps des rivalités entre Octave et Marc Antoine, elle imagine la vie de Cléopâtre-Séléné, fille du brillant général et de la reine d’Egypte, et nous invite à méditer sur la grandeur et la chute.

Pour retracer le destin malheureux des quatre enfants de Cléopâtre (le fils de Jules César, Ptolémée-César, dit Césarion ; les enfants de Marc Antoine, les jumeaux, le blond Alexandre-Hélios et la noire Cléopâtre-Séléné ; le maladif Ptolémée-Philadelphe), l’historienne puise aux sources historiques les plus fiables. Ainsi, elle reconstruit le Palais Bleu et la nécropole d’Alexandrie la « très brillante », elle nous explique l’art de l’embaumement, la manière de se suicider, elle anime les fêtes des Donations, retrace l’éducation des jeunes princes ou les périples de leurs parents, les amants fastueux, l’Imperator et la Reine des Rois.

La romancière, quant à elle, nous passionne, lorsqu’elle remplit les vides de l’Histoire, en se penchant sur le sort tragique de la petite Séléné, la seule qu’Octave épargnera lors de la prise d’Alexandrie. On se rappelle que Césarion, fils de Jules César, portait atteinte à la légitimité de son neveu Octave. Elle nous émeut en imaginant ce que fut l’enfance de cette petite fille, amoureuse de son frère aîné et protectrice de son frère puîné, délaissée par ses parents, et livrée aux soins des nourrices et des eunuques. C’est le sort de cette enfant, reine d’une province à six ans, et en même temps  « reine oubliée », qu’elle s’attache à nous raconter dans le premier tome de ce qui sera une trilogie. Elle le fait d’une manière paradoxale, Séléné, son point focal, n’étant pas toujours au premier plan. A la fin de ce premier tome, le lecteur abandonne Séléné, à dix ans, alors qu’elle se remémore les paroles de son père : « C’est la loi de la guerre, Séléné, l’enfant d’hier n’existe plus. »

Ce qui fait aussi le grand intérêt de ce livre (qui a reçu le prix Palatine du roman historique), c’est que Françoise Chandernagor explique ses partis-pris et sa manière de travailler le matériau de l’Histoire. Outre les prises de parole de la romancière dans le cours du texte, on sera attentif à la passionnante postface où l’auteur justifie ses choix. Tout en reconnaissant que c’est « une folie de vouloir recréer le monde antique par les images et par les mots », elle dit s’être essayée non à le transposer mais à le rapprocher de nous. Ce faisant, elle se situe exactement dans la perspective des nouvelles traductions des textes antiques, ainsi que l’a fait par exemple Marie Darrieusecq dans Tristes pontiques. Elle fait délibérément le choix d’un langage moderne, qui ne nous semble jamais anachronique. N'a-t-il pas pour but essentiel de « rendre la vie » ?

Car, elle nous explique que, dans un roman historique, et cela pourra surprendre, « le fond des choses soulève plutôt moins de problèmes que leur forme ». En ce qui concerne les personnages, ils sont tous authentiques, sauf les nourrices, les pédagogues et le précepteur des jumeaux. L’auteur a repris le physique « traditionnel » des personnages historiques mais s’est attachée à recréer son héroïne Séléné en romancière, c’est-à-dire telle qu’elle l’a rêvée. Elle est demeurée fidèle aux événements, se conformant à la version la plus répandue chez les historiens modernes, même lorsqu’elle n’y adhérait pas complètement. Plus que la connaissance des faits et des mentalités, c’est surtout la reconstitution des gestes du quotidien (pratiques religieuses, signes de politesse, accents, mimiques…) qui pose des difficultés au romancier.

Le lecteur sera donc séduit par ce livre très documenté, qui a demandé à son auteur six années de recherches et d’écriture. Mais il aimera peut-être surtout cette relation de tendresse que Françoise Chandernagor tisse avec cette petite Séléné, qui lui apparaît d’abord en rêve, tandis qu’un homme hurle « basiléôn Basiléia » et « regum Regina ». Termes grecs et latins qui lui ont permis de ressusciter cette princesse morte, qui ne demandait qu’à vivre.

 


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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 07:00

 Flou moi halo

 

 

 

Cette petite fille

On me dit que c’est moi

 

Celle qu’on aperçoit

Sur la photo tremblée

Sur le cliché voilé

Dans un fauteuil de cuir

Dans la blancheur du souvenir

 

On lui a mis un chapeau de grand

Une écharpe à carreaux noir et blanc

De ces deux-là je me souviens

Bien

Mon grand-père les porta

Autrefois

 

Mais le bouquet mallarméen

Dans le vieux pot d’étain

Et la table légère

Aux jambes spiralaires

Les livres reliés

Au fait qui les lisait ?

 

Que sont-ils devenus ?

Ont-ils été perdus

Avec la lumière

Radieuse et éphémère

Fusant de la terrasse

Avec la mer en face ?

 

Avec la petite fille 

Ronde comme une coquille?

 

Il paraît que c’est moi

Je ne la connais pas

Je ne m’en souviens plus

 

Et pourtant elle fut

 

Mais mon passé s’englue

Au décor décousu

Aux lointains ingénus

  

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : flou

 

 

 

 

 

 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 09:35

joseph denais

    Portrait de Joseph Denais, amateur passionné

 

Visiter le musée Joseph Denais, à Beaufort-en-Vallée, petite cité endormie du Val de Loire, à l’ombre de l’église Notre-Dame, c’est pénétrer dans le rêve d’un homme. Celui de Joseph Denais (1851-1916), un journaliste philanthrope, qui aspira à vulgariser la connaissance de son temps auprès de ses concitoyens.

C’est ainsi qu’au fil de ses nombreux voyages (Europe centrale, Turquie, Scandinavie…), il constitua une fabuleuse collection d’objets, où l’Art voisine avec la Science et l’Histoire. Ce faisant, ses découvertes se métamorphosent en un extraordinaire cabinet de curiosités, tel que le conçoivent la Renaissance et les Lumières.

Ce sont en effet les princes mécènes de la Renaissance qui sont à l’origine de ce lieu insolite. Studiolo ou cabinet d’étude pour les Italiens, Wunderkammer (chambre des merveilles) en Allemagne, cabinet de curiosités ou « magazin du monde » chez les Français, c’est un endroit dévolu à l’étude ou à la lecture voire un laboratoire d’alchimiste. Cependant, en exposant des objets rares, issus aussi bien de la Nature que de la main de l’homme, il se veut surtout miroir du monde.

Ancêtre du musée moderne, le cabinet de curiosités connaît son heure de gloire au XVIII° siècle et décline au XIX° siècle avec la spécialisation des collections. La diffusion de l’instruction publique à la fin de ce même siècle lui redonne un certain lustre avec la volonté de démocratiser la connaissance et les aspirations philanthropiques, qui seront celles de Joseph Denais.

Fondé sur le principe de comparaison, le cabinet d’amateur du Beaufortain a pour moteur la curiosité, mot-clé pour ce chercheur invétéré que fut ce collectionneur passionné. Reflet de l’état de la connaissance à un moment donné de l’Histoire, il est en même temps une fabuleuse porte ouverte sur l’imaginaire. Des empreintes de dinosaures aux impedimenta du soldat de la guerre de 1970, en passant par le miel du tombeau de Napoléon ou une taupe albinos, le visiteur évolue de la Science à l’Histoire par les chemins les plus improbables. Chaque salle, restaurée depuis peu dans son installation d’origine, recèle son lot de surprises et chacun peut y butiner à sa guise selon ses goûts, ses envies, ses caprices.

Ainsi, j’ai souri devant la canne, agrémentée d’une gourde et d’une sonnette, que le poète angevin, Emile Joulain, le « Gas Mile », avait inventée pour lui-même. Devant rouets et navettes, j’ai aimé imaginer la vie travailleuse des Beaufortains, à qui Jeanne de Laval, seconde épouse de René d’Anjou, avait octroyé les prés communaux qui firent leur richesse. Spécialisés dans la culture du chanvre, ils confectionnèrent pendant longtemps les voiles pour la batellerie de Loire. J’ai admiré la finesse extrême des plaques d’émaux du XVI° siècle, représentant des scènes mythologiques, et les formes végétales, utilisant mats et brillants et flammés rouges, de la manufacture de Sèvres à la fin du XIX° siècle.

J’ai été séduite par l’atmosphère élégante d’un pastel de Giuseppe de Nittis (de 1883), illustrant le salon mondain de Mathilde Bonaparte. J’ai frémi en retrouvant une épreuve en bronze noir de La petite châtelaine aux cheveux tout à jour de Camille Claudel, qui voisine avec un merveilleux arbre aux oiseaux taxidermisés. J’ai été particulièrement émue par un rustique sarcophage d’enfant en terre cuite, d’époque thébaine (1 500-1 200 av. J-C), et par ces ouchebis, serviteurs fidèles des morts égyptiens, pour qui ils assurent les tâches quotidiennes dans l’éternité. J’ai rêvé devant cette naïve et mystérieuse Vierge de Nuremberg, qu’affectionnait particulièrement Joseph Denais : dans une aura d’écritures cyrilliques, elle porte le Saint-Esprit brodé sur sa robe.

Perdue dans cet océan d’objets rares et surprenants, venus du fond des âges, et pour conclure cette visite passionnante, j’aimerais céder la parole au collectionneur Antoine de Galbert. Ses acquisitions voisinent jusqu’au 02 novembre 2011 avec celles de Joseph Denais (Exposition, Joseph et moi, Galbert-Denais, Portrait croisé de deux collectionneurs). J’adhère en effet à ce qu’il dit avec sagesse : « Collectionner ne sert à rien […] Il s’agit simplement d’une utopie qui nous fait supporter la perspective du jour où il faudra de toute façon traverser le fleuve sans femme sans amis, sans enfants, sans chiens, et bien sûr sans objets, lesquels, eux… nous survivront. » Cette collection unique nous le rappelle à bon escient.

 

Voir les vidéos :

http://www.dailymotion.com/video/xk5bpg_lemusee-joseph-denais-rouvre-ses-portes_news

http://www.ot-saumur.fr/MUSEE-JOSEPH-DENAIS


Sources :

Plaquette informative du Musée Joseph Denais.

 

 

 


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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 20:25

  Mante et mouche

  Mouche et mante religieuse sur la table du jardin,

Jeudi 22 septembre 2011 (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

   

Une mante éloquente rencontra une mouche,

Qui lui sembla très sotte et pas du tout farouche.

La demoiselle verte était en appétit 

Et elle aurait bien vite assouvi son envie.

« Approchez », lui dit-elle avec aménité,

« Je ne vous vois pas bien et voudrais admirer

Vos ailes diaphanes et vos yeux de velours.

Ce n’est pas si courant que je tombe en amour. »

Or l’on n’ignore pas que les mouches sont fines :

Elle vit en  la mante une autre Messaline

Et se dit in petto qu’elle n’était pas si bête,

Qu’on ne prend pas les mouches avec des chansonnettes.

« Que me chantez-vous là ? Je sais parfaitement

Vos mœurs assassines : vous tuez vos amants

Et vous les dévorez. Il ne me convient pas

D’être votre maîtresse et votre gras repas. »

La mante allait ravir la mouche téméraire

Mais celle-ci, évitant  les pattes sanguinaires,

S’envola prestement loin de la religieuse,

Qui resta sur le tas, affamée et boudeuse.

 

Moralité

 

Ne croyez pas les gens qui font de beaux discours,

Il est toujours à craindre de succomber d’amour.

 

  Mante verte

Mante religieuse sur la table du jardin,

Jeudi 22 septembre 2011 (Photo ex-libris.over-blog.com) 

 

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 20:44

Urbain-Grandier 2

 

 

Dimanche 18 septembre 2011, pendant les Journées du Patrimoine, j'ai découvert la ville des possédées, Loudun. Je suis entrée dans l'église Saint-Pierre du Marché, dont Urbain Grandier fut le curé, et où l'on exorcisa les religieuses ursulines, compagnes de soeur Jeanne des Anges. J'ai vu la place Urbain Grandier, devant la collégiale Sainte-Croix, où le prêtre séducteur, auteur d'un traité controversé sur le célibat des prêtres, fut brûlé vif, le 18 août 1634, après avoir été soumis à la question extraordinaire. J'ai entendu les lointains échos de cette histoire d'intolérance et de fanatisme, qui fut sans doute un extraordinaire cas d'hystérie collective, doublé d'une machination politique.

A la faveur de cette visite, je publie de nouveau ce poème écrit il y a deux ans.

 

 

Le soir, près du foyer, quand la flamme s’élève,

Je rêve aux hérétiques, à tous les condamnés,

Alors qu’aux noirs fagots d’où s’est tarie la sève

S’abandonne le corps des maudits torturés.

 

Dans un lent cauchemar, je vois le tombereau

Cahotant lourdement et la foule en folie

Huant les misérables, les mains liées au dos,

Et je sens les crachats de la meute qui crie.

 

Devers le haut bûcher, les malheureux s’avancent

Dans leur robe soufrée, pétrifiés d’angoisse,

Et devant leurs yeux fous, des silhouettes dansent

Une gigue macabre qui tous les membres poisse.

 

Je songe à vous, damnées, par l’espoir désertées,

La pucelle Jeanne d’Arc, La Voisin la sorcière,

Femmes au cœur ardent par l’homme pourchassées,

Insoumises et rebelles, indomptables et fières.

 

Je pense à vous, Jean Hus, et, vous, Savonarole,

A l’esprit orgueilleux, à l’âme inaliénable,

Emprisonnés souvent pour d’obscures paroles,

Bafoués, méprisés, pour jamais détestables.

 

Quand la flamme a rampé sur vos corps enroidis,

Quand vous avez atteint aux rivages du Styx,

Quand les charbons se font incandescents rubis,

De la cendre s’envole un flamboyant phénix.

 

  Urbain Grandier

  Le supplice d'Urbain Grandier, Joseph-Nicolas Jouy,

Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Moog : feu de cheminée

 

 

 

 

 

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 18:49

  L'implorante

  L'Implorante ou encore Le Dieu envolé ou La Suppliante,

Bronze, vers 1910, Camille Claudel

 

 

C’était quoi l’espoir

Pour Camille trente ans internée

Menue mèche mourante

Entre les murs de Montdevergues ?

 

Pour Camille qui écrivait sans fin

Des lettres à Paul

Son double-ami

Son homme-sœur

 

Et comme il était loin

Le temps des petites filles modèles

 

Il n’y avait plus de modèles à sculpter

Ils s'étaient enfuis

Il n’y avait plus de petite châtelaine

Elle n'était jamais née

Il n’y avait plus de père

Il était mort

Il n’y avait plus de mère

Elle n’est jamais venue la voir

 

Il n’y avait plus

Que le froid et la faim

Les femmes folles

La solitude farouche

Une fin familière

 

Alors c’était quoi l’espoir

Pour Camille ?

 

C’était peut-être le souvenir

Ténu et tremblotant

De l’enfance à Villeneuve

Ce joli Villeneuve

Quand elle courait petite

Dans les champs avec Paul

Pour trouver de la glaise

 

A pétrir

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : un frisson d’espoir

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 10:35

  Heurtoir à Tarifa

Une porte et ses deux heurtoirs à Tarifa (Andalousie),

Photo ex-libris.over-blog.com (Juin 2011)

 

 

 

 

Un jour

 

Elle frappera à ma porte

Avec l’anneau de fer du heurtoir

 

Quand ?

 

Je l’ignore

 

Les coups seront violents

Impatients

Répétés

 

Ou bien

 

Doux

Légers

Et presque imperceptibles

 

Mais je les entendrai

 

Alanguie sur mon lit

Je lirai les vers

De mon cher Apollinaire

 

 

Ou bien

 

Je serai dans la cuisine ombreuse

A confectionner une pâte brisée

Dont j’ai le secret

 

Ou encore

 

A rêver dans le jardin

Jardinière qui taille

Les lavandes odoriférantes

 

Le soleil flottera

Derrière la soie des rideaux jaunes

La tourterelle ivre

Roucoulera dans la cheminée

Le petit chien trottinant des voisins

Impatient aboiera

 

Je percevrai ses pas

Sur la pointe des pieds

Sur les tomettes rongées

 

Ou

 

Le gravier blond de la Loire

 

Je la devinerai

Penchée sur mon épaule

Et tournant la tête à demi

Je la reconnaîtrai

 

Avec ses cheveux longs et fins

Son regard vert absinthe

Son grain de beauté entre les deux seins

 

Qui ?

 

Celle qui chemine en moi

 

Ma sœur de lait amer

Dans ses langes anciens

Ma copine d'école

Dans son vieux sarrau gris

Ma jumelle au long cours

Dans sa robe de Nessus

Mon ombre trop fidèle

Dans son long fourreau noir

 

Ma mort

 

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : heurtoirs de portes

 

 

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 09:46

 

Trompe-l'oeil au dessin de Bouchardon au verre brisé, Gabriel Gresly (1712-1756)

(Crédits MNM)

 

 

 

Dans la queue ocellée du paon qui criaille et fait la roue

Dans le plumage plein de l’oiseau exotique qui chantait à Cnossos

Dans le mouvant mobile en verroterie de la Julie de Kieslowski

Dans la robe de soie d’une infante de France modèle de Nattier

Dans le ciel orageux d’un mystérieux pigment venu d’une lointaine Prusse

Dans la houppelande du roi Arthur et la veste à basques du pauvre Werther

Dans la main inspiré de Novalis mort phtisique à trente ans

Dans le bandeau bombé et moiré de La Jeune Fille à la Perle

Dans les drapés mous et mouvementés d’un certain El Greco

Dans l’eau étale et silencieuse du Styx de Joachim Patinir

Dans le lapis-lazuli immaculé du manteau de la mère de Dieu

Dans les vitraux vivants de La Belle Verrière à nul autre pareils

Dans le firmament de turquoise des farouches Indiens Navajos

Dans le cheiche secret et enturbanné des hommes du désert

Dans l’œil devin qui soudain reconnaît celle qu’il aimera

Dans la fidélité forte d’un seul saphir serti et satiné

Dans le tracé ému du sang qui sinue sous la peau  diaphane

Dans l’heure énamourée et démente qui s’avance avant l’aube

Dans la toile de Pablo où le trio des Pauvres gens pleure et grelotte

Dans l’hématome du torturé qui se tord sous le fer de la question ordinaire

Dans la capote horizon déchiré du soldat fourbu qui meurt sous les balles

 

Il y a cela ce minuscule éclat de verre brisé

Où le ciel et la mer ne sont plus qu’une bouffée d’éther

 

 

 

En 300 signes maximum et sans écrire le mot « bleu » dans aucune langue, faites-nous voir la vie en bleu

Thème proposé par Moog link 

 

 

 

 

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 21:52

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Etoile de David

Fille de Maimonide

Timide

Tu cachais

Ton cachet

Sous ton socle

Rond comme un monocle

 

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire,

Entre Ombre et Lumière,

Thème du mardi 13 septembre 2011 :

l'objet-mystère

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 09:40

  Busnel

 

 

 

Si je ne devais retenir qu’une chose de l’émission de La Grande Librairie du jeudi 15 septembre 2011, c’est cela qu’ont exprimé les quatre écrivains invités : Emmanuel Carrère (Limonov) dans une moindre mesure pour ce dernier livre, Delphine de Vigan (Rien ne s’oppose à la nuit), Jean-Philippe Blondel (Et rester vivant) et Boualem Sansal (Rue Darwin). Il a existé pour chacun un instant à partir duquel ils ont eu la certitude qu’ils ne pouvaient pas ne pas écrire sur leurs douloureuses racines familiales. J’ai pensé à la phrase d’Hubert Haddad entendue récemment et que je crois restituer dans son exactitude : « La vie est un long, un très long infanticide. »

J’ai beaucoup aimé, vers la fin de l’émission, ce moment où Boualem Sansal, qui fut élevé dans une tribu berbère par une grand-mère impériale, s’est tourné vers Delphine de Vigan, issue d’une famille traditionnelle française, et lui a confié de sa voix apaisée de sage combien son histoire était la sienne.

Et peut-être est-ce ce qu’a dit la tenancière d’un motel américain à Jean-Philippe Blondel qui résume le mieux l’atmosphère si particulière de cette émission : « Il n’y a pas de bien ni de mal, il n’y a que des circonstances. Va vers ce qui te cicatrise. » Et pour ces quatre-là, la cicatrisation, c'est l'écriture.

 

 

 

  

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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