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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 18:45

La valse chaloupée 1906

 La Valse chaloupée (1906), Kees Van Dongen


Chiquita sentait la vanille

Et, quand parfois je la pinçais,

Elle disait tout bas : - Assez !

Mé prénez-vous por ouné fille ?

 

Je la croyais et la laissais.

Alors elle éclatait de rire

Ou, se remettant à danser

Comme ne l’eût pas fait la pire

Des gitanes, elle pressait

Son corps au mien et m’embrassait.

 

C’est dans la dernière partie de La Bohème et mon Cœur de Francis Carco, intitulée « Petite suite sentimentale », que l’on trouve cette suite de dix vers en octosyllabes, construite sur trois rimes. Dans la préface du recueil, Francis Carco évoque  ses « belles années disparues ».

Il se rappelle ses amis, « ce groupe de très jeunes gens de province, désœuvrés, collaborant aux publications d’avant-garde et n’aimant que la poésie ». Il se décrit «  avec cette cravate noire en forme de plastron, cette longue mèche de cheveux, ce regard trop sincère » et « comme un enfant qui […] n’avait d’amour que pour Clara d’Ellébeuse, Pomme d’Anis, et la provinciale Aloïda… »

Dans ce bref poème, j’aime la manière vive dont il brosse la silhouette d’une de ces filles, aux amours faciles ;  le souvenir de sa danse brille en lui comme une étincelle.

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : badinages libres,

Proposé par Vert de Grisaille

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 12:37

 Esméralda et sa chèvre

Esméralda et sa chèvre Djalil

 

Qui ne se souvient d’Esméralda, la gitane à la chèvre, créée par Victor Hugo ? Depuis plus d’un siècle, l’héroïne de Notre-Dame de Paris (1831) ne cesse de hanter les imaginations. Le romancier fera mourir sur le gibet l’Andalouse, la belle qui chante et danse au milieu de la Cour des Miracles, la femme qui épouse par compassion le poète Pierre Gringoire, la beauté que convoite l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, l’amante qui aime d’amour vrai le beau capitaine des archers, Phoebus de Châteaupers, au nom de soleil.

Elle reprendra vie très vite sur la musique de Cesare Pugni, dans un ballet en cinq tableaux de Jules Perrot, La Esméralda, créé au Her Majesty’s Theatre de Londres, le 9 mars 1844. Fanny Essler et Fanny Cerrito créeront le ballet en Russie. Pour le livret, Perrot s’inspirera de l’adaptation, un poème en quatre actes, que Victor Hugo avait faite de son roman pour l’opéra de Louise Bertin, Esméralda (1836). Les principaux interprètes en étaient alors Carlotta Grisi, Jules Perrot et Arthur Saint-Léon.

La chorégraphie fut maintes fois revue, notamment par Perrot lui-même ,en résidence au Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg. Ensuite, c'est Cesare Pugni qui revoit sa partition, le 2 janvier 1849. En 1872, Petipa intègre un nouveau pas de dix sur une musique de Juli Gerber puis, en 1886, introduit un nouveau pas de deux pour Claudia Cucchi qui devient le Pas Cucchi. En 1899, c'est un nouveau pas de deux sur une musique de Ricardo Drigo et un pas de deux au tambourin, appelé Pas de Deux d'Esméralda, qui sont ajoutés pour Mathilde Ksechessinkaya. En 1931, Agrippina Vaganova révise la chorégraphie en intégrant un nouveau pas d'action pour Galina Oulanova et Vaktang Chabukianin sur une musique de Ricardo Drigo (J'y reviendrai plus bas).

D’autres adaptations suivront, dont on a certes perdu la mémoire : celles de Alexandre Dargomyškij, Fabio Campana, Goring Thomas, Poniatowski, Fry, Manuel Giró…

La fin du ballet est moins tragique que dans le roman : en effet, au moment où Esméralda va mourir sous les yeux d'Olivier Le Daim, l’exécuteur des basses oeuvres de Louis XI, et devant Frollo et tous ses amis de la Cour des Miracles, Phoebus réapparaît et la sauve in extremis, tandis que Quasimodo poignarde l’archidiacre.

C’est ce ballet, avec les solistes et le corps de ballet du Théâtre Académique d’Etat Bolchoï, qui était retransmis en live, dimanche 09 octobre 2011 à 17 heures, et que j’ai vu au cinéma Le Palace, à Saumur, en HD. Succédant à la chorégraphie originale de Marius Petipa, la nouvelle version chorégraphique est celle de Yuri Burlaka et de Vassily Medvedev (2009), dans l’esprit conservé de Petipa. La direction musicale est assurée par Pavel Klinichev. Les décors sont de Alyona Pikalova, les costumes de Yelena Zaytseva. L’ensemble est éclairé par Damir Ismagilov.

C’est la danseuse étoile, Maria Alexandrova, qui tient le rôle d’Esméralda. Si elle est longiligne et gracieuse, il m’a semblé qu’elle était un peu en retrait au début du ballet et qu’elle gagnait en intensité au fur et à mesure que se déroule l’action. Sur un air de violon, qui nous rappelle que Pugni fut un virtuose de cet instrument, elle exprime admirablement la passion de son amour pour Phoebus dans le superbe pas de deux du début du dernier acte.


Esméralda dernier acte

La Esméralda, acte III, Bolchoï 2009

(Photo Marc Haegeman)

 

Son jeu et sa danse atteignent une grande force émotionnelle dans la dernière scène quand, les cheveux dénoués, vêtue d’un gris mélancolique et léger, sur le point de monter au gibet, elle tournoie au milieu des badauds. Tournoiement symbolisé par cette écharpe grise, brodée de fleurs de lys scintillantes, que Phoebus lui a offerte, et qui est un des motifs essentiels du ballet.

En ce qui concerne les rôles de caractère, Claude Frollo (Alexei Loparevich) est particulièrement impressionnant. Avec un visage cireux, drapé dans son froc noir, arborant une croix qu’il ne cesse de blasphémer par ses actions, il apparaît tel un grand inquisiteur, menaçant et impitoyable. Igor Tsvirko, dans le rôle de Quasimodo, ne démérite pas, avec sa démarche alourdie par une jambe disproportionnée et son faciès boursouflé. Son arrivée en Roi des Fous au dernier acte, sous le costume du pape, est très réussie. Quant au doux poète  Gringoire (Denis Savin), on admirera la précision de sa technique, claire et nette.


esmeralda le roi des fous 2009

Quasimodo en Roi des Fous, acte III, La Esméralda, Bolchoï 2009

(Photo Marc Haegeman)

 

L’acte deux de ce ballet est célèbre par plusieurs passages, devenus des morceaux d’anthologie. Il prend place lors du bal donné en l’honneur des fiançailles de Phoebus (Rouslan Skvortsov) et de la jeune Fleur-de-Lys (Ekaterina Krysanova), dans la maison Gondelaurier.


esmeralda-bolchoi le bal des fiançailles

Le bal des fiançailles de Fleur-de-Lys et de Phoebus, acte II, La Esméralda, Bolchoï 2011

 

Il y a d’abord la pièce très populaire du pas de deux, avec la fameuse Variation Tambourin. Esméralda (Maria Alexandrova), y danse en costume de gitane, blanc, vert et rouge, avec des sequins d’or en coiffure et en collier, accompagnée d’autres ballerines vêtues comme elle : une merveille de vélocité et de grâce.


 natalia-osipova-esméralda 2

La Variation Tambourin avec Natalia Ossipova, acte II,  (2008 ?)


On peut y applaudir aussi le Pas de Deux de Diane (Anastasia Stashkevich) et Actéon (Vyacheslav Lopatin). Dans la version de Petipa, le Pas de Diane était un pas de caractère, pour les personnages mythologiques de Diane, la déesse de la chasse, Endymion le chasseur, un Satyre et huit nymphes. Le Pas de Diane était alors un  classique pas de trois, pour les trois solistes et les huit nymphes, avec une entrée, un grand adagio, une danse pour les huit nymphes et le Satyre, les variations de Diane et Endymion et une coda grande.

En 1931, la grande Agrippina Vaganova ressuscite le Pas de Diane. Pour des raisons inconnues, le personnage d’Endymion est alors changé en celui d’Actéon, et le pas de trois devient le Pas de deux de Diane et Actéon, tandis que le nombre des nymphes passe de huit à douze. Toujours est-il que les deux solistes du Bolchoï nous ont offert dimanche un somptueux pas de deux (sans les nymphes). Venus de derrière une tapisserie de haute lice, la danseuse, vêtue de rouge, un petit arc à la main, et le danseur, à la belle musculature, habillé à la grecque, ont dansé avec une fougue intense et une élévation pleine d’élan les amours sauvages de Diane et de son amant. On sait que ce dernier sera métamorphosé en cerf et dévoré par les chiens de la déesse, pour avoir eu l’audace de la regarder.


esmeralda diane et actéon 2009

Le Pas de Deux de Diane et Actéon, La Esméralda, acte II, Bolchoï 2009

(Photo Marc Haegeman)

 

Tout au long de ce spectacle, l’attention ne faiblit pas. D’emblée, l’on est séduit par les scènes de pantomime de l’acte I, colorées, vives et enjouées. La beauté et la diversité des costumes, style troubadour, que l’on doit à Yelena Zaitseva, sont un enchantement pour l’œil. Certes, les décors sentent un peu le carton-pâte mais conviennent tout à fait à l’atmosphère romantique et « gothique » de ce ballet.


esméralda 2009 premier acte pantomime

La pantomime du premier acte, La Esméralda, Bolchoï 2009

(Photo Marc Haegeman)

 

On saura enfin gré au ballet du Bolchoï d’accepter ainsi le principe de la retransmission cinématographique. Celle-ci est extrêmement exigeante et met à nu les éventuelles lacunes et failles de la technique des danseurs. Pas de deux, pas de corbeille, pas de castagnettes, pas de bourrés, fouettés, portés, rien n’échappe à son regard scrutateur. Avec le spectacle de dimanche, on a pu ainsi découvrir au plus près la technique impeccable des danseurs du Bolchoï, alliée à ce respect de la tradition dont on ne saurait se plaindre.

Mais, pour moi qui ne suis pas une spécialiste du ballet, j'ai surtout aimé retrouver la Esméralda, celle qui « dansait, […] tournait, […] tourbillonnait sur un vieux tapis de Perse..."


esméralda carlotta grisi et jules perrot

 La Esméralda avec Jules Perrot (Gringoire)

et Carlotta Grisi (Esméralda), Paris, 1836



 Esmeralda -Fanny Cerrito -London -1844

      Esméralda (Fanny Cerrito), Londres, 1844

 

 

Sources :

www.danser-en-france.com

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Esmeralda 

Article "Le pas de deux de Diane et Actéon" 

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 08:56

Fenetre-a-Vejer-de-la-Frontera-Espagne.JPG 

Fenêtre à Vejer de la Frontera, Andalousie

(Photo ex-libris.over-blog.com Juin 2011)

 

 

 

Pour la femme voilée

Muette emprisonnée

Pour la femme au foulard

Dans son tissu mouroir

Pour la femme au haïk

Reléguée archaïque

Pour la femme au hijab

La désignée coupable

Pour la femme en burka

Derrière son judas

Pour la femme au nikab

Sous le joug panarabe

 

Je rêve au jour vivant

A ce temps transparent

Quand tomberont enfin

Les murailles d’airain

Quand libre à sa fenêtre

On la verra renaître

On entendra son rire

Les mots de son désir

Cette ombre à l’agonie

Derrière la jalousie

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire,

Entre Ombre et Lumière,

Thème : les fenêtres

 

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 16:51

 Une selaine enchantée photo des artistes

Les artistes d'Une Semaine enchantée (Photo Saumur-Kiosque)


Du 10 au 18 septembre 2011, la troisième édition d’Une Semaine enchantée, s’est tenue à l’abbaye d’Asnières, sur la commune de Cizay-la-Madeleine. Cette exposition des œuvres de quatorze artistes résidant en Saumurois a permis à ceux-ci de raconter l’abbaye, son histoire, son environnement, à travers des formes d’expression variées.

Le visiteur était accueilli aux abords de l’abbaye par des personnages géants,  issus des livres de son enfance, créés par l’illustrateur Olivier Supiot. Le sculpteur Daniel Collette, pour sa part, a écouté le chant des Sirènes en démultipliant leurs fines silhouettes à l’intérieur et à l’extérieur du lieu.

Asnières autel

Autour du pigeonnier désaffecté, la plasticienne Mathilde Grolleau a déposé ses pigeons en céramique, raku et tissu léger, tandis qu'Anne Le Vilain, plasticienne elle aussi, recréait une spirale légère vers les hauteurs de la fuye.

Asnières pigeons

Avec Sophie Puls et Sophie Touret, sculpteur-plasticienne et illustratrice, le visiteur pénétrait dans la sacristie et dans l’histoire de l’abbaye, réinventée par leurs soins. Le photographe Jean-Baptiste Rabouan s’est interrogé sur les fins dernières avec un tapis photographique à même les dalles, quand l’infographiste Sandrine Rabouan proposait dès l’entrée une mosaïque composée de calvaires démultiplié à l’infini. La peinture y a aussi trouvé sa place avec le Christ crucifié de Max Le Baleur  et ses stations du Chemin de croix ; Hervé Girardin a fait quant à lui réfléchir sur la vanité de la création tandis que le peintre-graphiste Dem Chamanie nous a conté les heurs et malheurs de l’abbaye à travers un film d’animation.

Asnières fuye

En ce qui me concerne, deux créations ont particulièrement retenu mon attention. Ainsi, j’ai beaucoup aimé les deux immenses retables, conçus par le peintre-illustrateur Nicolas Jolivot, racontant l’histoire mythique de Tristan et Yseut. Finesses du trait, souci du détail, unité de couleurs, ont contribué à créer deux panneaux d’une inspiration médiévale particulièrement réussie. Installés de part et d’autre du maître-autel, ces triptyques nous ont rappelé l’importance capitale de cette œuvre, qui a influencé pour longtemps la conception de l’amour dans tout l’Occident.

Enfin, l’illustratrice Myriam Nion m’a une fois de plus émerveillée par la finesse et l’imagination subtile de son travail. Elle a (re)créé quatre jeux du Moyen Age, figurant des lieux et des personnages emblématiques de l’abbaye d’Asnières : le jeu du Pèlerin, de l'Herboriste, le jeu du Renard et des Poules, de l'Oie. Ces jeux, qui lui ont demandé soixante-dix heures de travail, ont été réalisés à l’encre de Chine sur papier. Des versions colorées et cirées permettent d’y jouer plus aisémément.

Myriam Nion leu du pèlerin

Un des exemplaires m’a fascinée : celui où l’artiste s’inspire du labyrinthe médiéval, que l’on appelait aussi Chemin de Jérusalem. Il s’agit d’un parcours initiatique dont on disait qu’il était réservé aux pèlerins dans l’impossibilité de faire réellement le pèlerinage dans la Ville sainte. Ce cheminement, que l’on retrouve sur le dallage de nombre d’églises, était fait généralement à genoux dans le but d’atteindre le centre du labyrinthe, appelé « Saut de la Joie ». Le plus connu de ces parcours de prière et de méditation est celui de la cathédrale de Chartres, dont un des autres noms est la « Lieu » : l’on pouvait l’accomplir en une heure, temps nécessaire pour parcourir une lieue.

Miriam Nion présentait encore un jeu de l’Oie, un passe-temps pour enfants, qui est tout sauf anodin. En effet, avec ses embûches, ses pénalités, ses retours en arrière, ce jeu est rien moins qu’un moyen pour faire l’apprentissage de la vie.

Myriam Nion Jeu

Chaque artiste a donc investi ce magnifique endroit avec sa propre sensibilité. Il faut dire que le lieu est superbe. Située entre Saumur et Doué-la-Fontaine, implantée au creux du vallon du ruisseau de la Gravelle, cette abbaye fut fondée par Bernard d’Abbeville, un contemporain de Robert d’Arbrissel, le fondateur de Fontevraud.

Semaine enchantée gisant

De la première église du début du XIIe siècle ne subsiste plus que le mur nord de la nef, construit en moellons et percé de petites fenêtres. A l’intérieur, le croisillon sud du transept et sa chapelle absidiole, dédiée à saint Etienne, en forme de demi-lune, sont les éléments les plus anciens. Dans le chœur rectangulaire de la nef de la seconde moitié du XIIe, on peut admirer un voûtement typique de l’art gothique angevin. Il est constitué de huit voûtes portées par deux colonnes en calcaire gréseux de huit mètres de hauteur, d’où s’élancent les fines nervures de la grande voûte centrale et des quatre voûtes bombée latérales.

Asnières voûtes

Les clés de voûtes polychromes présentent un décor sculpté et peint du XIIIe siècle qui représente des scènes bibliques. Devant le maître-autel, on remarque une rosace en carrelage vernissé, tout à fait exceptionnelle.

Des fouilles de 1903 ont permis de mettre à jour les tombes des donateurs, Giraut II Berlay et son épouse Adèle. Les vitraux, provenant de l’atelier Chappée du Mans, ont été posés entre 1902 et 1950.

Asnières vitraux

Et, pendant une semaine, dans ce lieu empreint d’une haute spiritualité, quatorze artistes nous ont donné à rêver en renouant avec un passé fait de mythes et de légendes.

Photos : ex-libris.over-blog.com, Dimanche 10 septembre 2011 

Sources :

http://www.cg49.fr

Abbaye d’Asnières et son association

 

 

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 17:55

 Jeudi 25 août 2011 016

 La descente de croix et la Résurrection,

Peintures murales du XVI° siècle,

découvertes en 1980, à Notre-Dame de Recouvrance,

 Ploemel (Morbihan)

(Photos ex-libris.over-blog.com, Jeudi 25 août 2011)

 

A Notre-Dame de Recouvrance

Sous le badigeon du silence

Soudain ont ressurgi

Douloureux incendie

La passion les souffrances

De Notre-Seigneur Jésus-Christ


 Jeudi 25 août 2011 013

La mise au tombeau

Jeudi 25 août 2011 004

Le lavement des pieds

Jeudi 25 août 2011 010

L'arrestation du Christ au jardin des Oliviers

(Photos ex-libris.over-blog.com, Jeudi 25 août 2011)

 

 

 

Pour la comunauté de Hauteclaire :

Week-end du Petit Patrimoine

 

 


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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 21:53

 Chagall Tchitchikov

Illustration de Marc Chagall pour Les Ames mortes : le portrait de Tchitchikov

avec le cheval de sa britchka et la mallette qui renferme le nécessaire pour dresser les contrats d'achat des "âmes mortes"

 

 

Les grandes œuvres n’ont jamais  fini de nous interroger et Les Ames mortes de Nicolas Gogol ne déroge pas à la règle. On sait que ce « roman-poème » de Nikolaï Vassiliévitch Gogol (1809-1852), entrepris en 1835 à Saint-Pétersbourg, et rédigé surtout à Paris (1836) en Suisse et à Rome, lui demanda plus de dix-sept ans de travail. 

Ce « Léviathan », ainsi que Gogol l’appelle lui-même, devait être composé de trois parties mais il n’en demeura qu’une seule, la première. Terminée en 1841, elle est publiée en 1842 avec un titre que lui imposa la censure : Les aventures de Tchitchikov ou Les Ames mortes. Elle connaît alors un succès immédiat, tout en étant en butte à de nombreuses critiques.

En 1846, paraît la seconde édition, inachevée. Comme le Paradis succède à l’Enfer dans la Divine Comédie de Dante, cette partie aurait été l’envers de la première. Pourtant on n’y entrevoit guère l’exaltation des valeurs spirituelles qu’envisageait l’auteur. En 1845, Gogol la jette au feu et il se propose de la refaire.

En 1846, il se remet au travail. Mais après avoir terminé onze chapitres, aidé de son domestique, il jette l’ensemble au feu en février 1852. S’il affirme, tout en regardant se consumer le manuscrit, que « le second volume des Ames mortes a été brûlé parce qu’il devait l’être », il se plaint aussi : « Comme le diable est puissant ! Voyez à quoi il m’a poussé… »

Quant à la troisième partie, qui devait montrer la régénération de l’escroc Tchitchikov, elle nous demeure pour jamais inconnue.

C’est Pouchkine qui donna à l’écrivain son sujet, dont il avait voulu lui-même faire un poème. Peut-être est-ce à cause de cela qu’après la mort du poète en 1837, son admirateur l’intitula « roman-poème », en en faisant ainsi une sorte de « legs sacré ». Peut-être aussi parce qu’il ne s’y interdit pas des digressions lyriques, notamment sur le thème de la terre russe.

Si les péripéties de l’écriture de ce roman contribuent à en faire une œuvre singulière, le thème des plus étranges y est aussi pour quelque chose. Il s’agit des événements de la vie d’un certain Tchitchikov (ses origines ne seront dévoilées qu’à la toute fin du livre) qui souhaite faire fortune. Pour réaliser son but, il met au point une escroquerie destinée à duper le fisc et les propriétaires terriens. Il achète à vil prix des paysans-serfs, morts après le dernier recensement (ce dernier avait lieu tous les dix ans), mais encore vivants pour l’administration fiscale. C’est la raison pour laquelle on les appelle « âmes mortes », puisqu’ils « vivent » encore des années dans les registres de l’Etat et que leurs propriétaires continuent à payer l’impôt. Tchitchikov les transfère ensuite sur le papier dans la Chersonèse, une région où l’on concède de vastes terrains à ceux qui possèdent de nombreux serfs. Il ne lui reste plus qu’à se faire prêter de l’argent par les banques russes. Un procédé qui ne pourra manquer de faire penser à certains scandales financiers actuels !

Tchitchikov, qui circule dans sa britchka, est accompagné dans ses pérégrinations à travers la Russie par son cocher Sélifane, souvent pris de boisson, et son valet Pétrouckka, à la forte odeur sui generis. Le récit se fonde ainsi sur les diverses rencontres de l’escroc avec les petits et les grands propriétaires, ruinés par la disette et le choléra. Le dernier chapitre est consacré à la révélation des origines de Tchitchikov.

C’est l’occasion pour Gogol de brosser une galerie de portraits inoubliables : Manilov est un personnage lisse, « ni chair ni poisson », un fainéant qui se rassure quand le héros lui affirme que la transaction n’est pas « contraire aux institutions » ; Madame Korobotchka est celle qui hésite à vendre parce qu’elle veut connaître le prix exact d’une « âme morte » ; Sobakévich est un ours âpre au gain, dont la femme ressemble à une oie ; Pliouchkine devient le prototype de l’avare, un ladre, un fantoche, qui renonce à engager la moindre dépense ; Nozdriov, le bon vivant, accumule les mensonges et il est celui qui révélera la supercherie. Cette satire impitoyable de la société russe n’omet pas les petite gens mais ceux-ci apparaissent de manière plus sympathique.

Au-delà de la veine comique qui irrigue tout le roman, Les Ames mortes propose de nombreuses pistes de lecture. Certes, Gogol voulait en premier lieu écrire une œuvre comique, en mettant en scène un « coquin ».  On n’en finirait pas de relever les éléments du comique de situation, du comique de répétition, les ruptures, les oppositions ou les rapports inattendus. On a très souvent envie de sourire en découvrant les comparaisons et les métaphores choisies dans la société rurale, ou la société des fonctionnaires russes qui s’animent sous l’aspect d’animaux. L’art du portrait est ici porté à son point d’excellence.

Puis le rire se fait amer quand on perçoit l’immense médiocrité humaine de ce monde où les êtres ne sont bien souvent plus que leur fonction. Et les « âmes mortes », ce sont sans doute, au premier chef, tous ces personnages réduits à l’état d’automates. « On dirait vraiment que tout est mort, que les âmes vivantes ont, en Russie, cédé la place à des âmes mortes », écrivait l’auteur dans « Quatre lettres à diverses personnes à propos des Ames mortes ». Le regard de Gogol, dans sa terrible lucidité, sonde  une société russe, déjà prête pour tous les nihilismes à venir.

Stéphanie Girard, dans un passionnant article, intitulé « Le fantastique dans l’œuvre de Nicolas Gogol », insiste sur cet aspect de l’œuvre, peut-être pas le plus étudié. Si de nombreux éléments réalistes y sont évidemment présents, ils coexistent avec le fantastique, puisque ce dernier correspond à l’irruption de l’irrationnel, du surnaturel, dans le quotidien. Stéphanie Girard explique comment les événements sont alors saisis par une conscience, un sujet, au sens philosophique du terme, celui-ci étant souvent « un homme cruel sous des abords policés ». C’est bien le cas de Tchtchikov, dont le chapitre XI nous apprendra qu’il n’est pas un « homme vertueux » mais un « coquin », qui a dupé tout le monde. C’est un être double, qui peut faire penser au célèbre Docteur Jekyll et Mister Hyde, prototype du héros fantastique. Par ailleurs, on se retrouve dans des mondes qui sont souvent des non-lieux, et on remarque que la ville de N… ne peut être située. De là à penser que Les Ames mortes sont le récit d’un voyage en enfer, c’est un pas que franchit Stéphanie Girard en écrivant que « la lecture des Ames mortes comme un voyage dans les enfers permet de mettre l’aspect fantastique présent chez Gogol en lien avec le carnaval et le comique populaire ». Par ailleurs, elle voit dans le héros de Gogol un avatar du Diable. A la douane, ses chefs ne disaient-ils pas que « c’était un diable incarné » ?  Quant à la mort, motif essentiel du fantastique, outre qu’elle est présente dans le titre, elle irrigue de nombreuses pages du roman.

Un des autres intérêts de ce roman génial est la relation qui s’instaure entre l’auteur, le narrateur et le lecteur. A la suite de Diderot, le premier à employer le procédé, Gogol crée un personnage qui n’a pas de secrets pour un narrateur omniscient qui raconte en focalisation zéro. Les insertions du narrateur- manifestées par l’emploi du je ou du nous- sont ainsi très nombreuses. Elles lui permettent de donner son point de vue sur certains sujets, tout en interrompant ou en relançant le récit. Ainsi en va-t-il en ce qui concerne les femmes, les lois de l’hospitalité, le bonheur des voyages ou encore la vieillesse. Quant aux adresses au lecteur, elles le préviennent de ce qui va arriver, lui rappellent certains événements, lui content la jeunesse du narrateur ou encore lui donnent l’occasion d’énoncer son projet littéraire.

N’oublions pas non plus que Gogol disait que ce roman était à l’image de son âme : « Ma dernière œuvre, c’est l’histoire de ma propre âme… » L’errance de Tchitchikof, n’est-elle pas celle de l’écrivain russe à travers l’Europe, celle de l’artiste incompris, prêt à toutes les aventures mystiques, à tous les autodafés, celle d’un « banni », ainsi que Georges Nivat désigne Gogol ? On notera aussi que le héros est célibataire et n’entretient aucune relation avec des femmes : certains n’ont pas manqué de s’interroger sur l’attachement passionné de Gogol à sa mère, sur une homosexualité refoulée qu’il aurait vécue dans la douleur.

Qu’est-ce donc alors que ce roman ? Si on le qualifie de politique, on est peut-être dans l’erreur puisque Gogol lui-même réfutait cette lecture. Interprétation difficile par ailleurs car on peut se demander si Gogol est « l’apologète du knout » comme on le lui a reproché ou bien plutôt le précurseur de la Révolution russe que d’autres ont voulu voir. S’il semble difficile de caractériser ce roman-poème de roman psychologique, les personnages étant surtout  typisés, on lui reconnaîtra certains aspects réalistes. Le mot « poème » trouvera pourtant sa justification dans quelques digressions lyriques dans lesquelles se dit l’amour éperdu de Gogol pour la Russie, sa terre natale, si souvent fuie. On pourra aussi voir dans Les Ames mortes une œuvre picaresque, le personnage étant sans cesse en déplacement et ses aventures étant l’occasion de mettre en jeu la satire de la société. Dire encore de ce roman qu’il est pré-symboliste n’est pas non plus exagéré, à partir du moment où ce tableau d’un monde de fonctionnaires peut être lu comme le symbole de « ce ver qui mine la société russe ». On a bien vu comment la perspective fantastique n’est pas non plus invraisemblable, certains critiques y voyant en outre des pages préfiguratrices de l’univers kafkaïen ou de l’absurde.

Ce sont donc ces différents degrés de lecture qui rendent passionnante la lecture de ce grand roman russe, de ce roman de « l’âme pétrifiée », une œuvre protéiforme qui n’a pas fini de lancer les reflets de ce "beau luminaire" évoqué dans la dédicace.

 Gogol portrait

Portrait de Gogol

Sources :

« Le fantastique dans l’œuvre de Nicolas Gogol », Stéphanie Girard, Littérature Russe.net

Exposé de Bénédicte Picard

Les aventures de Tchitchikov ou Les Ames mortes, Traduit par Henri Mongault, Le Livre de Poche, 1963

 

 

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 14:01

La_fileuse_savoyarde-Leon-roumagnac.jpg 

Fileuse en Haute-Maurienne, Paul-Louis Mestrallet

 


                                                                            Lila… neque nent.

 

Assise la fileuse au bleu de la croisée

Où le jardin mélodieux se dodeline.

Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

 

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline

Chevelure, à ses doigts, si faibles évasive,

Elle songe, et sa tête petite s’incline…

 

Un arbuste et l’air pur font une source vive

Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose

De ces pertes de fleur le jardin de l’oisive.

 

Une tige où le vent vagabond se repose

Courbe le salut vain de sa grâce étoilée

Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

 

Mais la dormeuse file une laine isolée,

Mystérieusement l’ombre frêle se tresse

Au fil de ses deux doigts longs et qui dorment, filée.

 

Le songe se dévide avec une paresse

Angélique, et sans cesse, au fuseau doux, crédule

La chevelure ondule au gré de la caresse…

 

Tu es morte naïve au bord du crépuscule,

Fileuse de feuillage et de lumière ceinte.

Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

 

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,

Parfume ton front vague au vent de son haleine

Innocente, et tu crois languir. Tu es éteinte

 

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

 

                                        Œuvres I, 19, Paul Valéry

 

Cette suite de tercets est un des premiers poèmes de Paul Valéry. Il recèle un charme prenant, qui n’est pas sans faire penser à celui de certains tableaux pré-raphaélites. Dans cette atmosphère symboliste très fin de siècle, quelle est cette fileuse languide, à l’image des modèles féminins de Rossetti ? Serait-ce une allégorie de la Poésie ou bien encore une vision rêveuse d’une des Moires ou, pourquoi pas, la Vierge avant l’Annonciation ? Le 15 juin 1891, Paul Valéry écrivait d’ailleurs à André Gide : « J’ai fait un vers en dormant… » et il lui envoyait le premier vers de ce poème.

Poème mystérieux, voire mystique, associant les motifs de la rose, de l'étoile et de l'azur mallarméen, ce texte joue subtilement de la césure et de l’enjambement.  Expression d’une beauté pure qui ne renvoie qu’à elle-même, il me paraît l’exacte illustration de cette « prolifération d’une végétation mentale », dont parle le philosophe Jacques Darriulat.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Tricôtine : de fil en aiguille

 

 

 

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 08:50

 PapillonsPilipsDeMarlier1640

  Papillons, de Marlier, 1640

 

 

Fou frémissement

Poussière Orient

Elytres de ciel

Changeantes ocelles

 

Mouvement troublant

Frisson au Levant

Tremblante étincelle

Nymphose éternelle

 

Caresse du vent

Papillon errant

Reflets de prunelle

Vive envolée d’ailes

 

Doux rêve flottant

Mystérieux moment

Mon âme qui ose

Sa métamorphose

 

 janmot vol ameL'Envol de l'âme, Louis Janmot, entre 1836 et 1854

 

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Sur la photo d’un papillon

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Poèmes
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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 09:26

 

 P1070835

 Grenouille dans les nénuphars (Lundi 03 septembre 2011)

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 


A fleur de bassin

La grenouille verte rêve

A l’été indien

 

 


 

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 09:24

 les Parques J.M Strudwick

Les Parques (1855), J. M. Strudwick

 

Ma vie

Sur le fil

Du rasoir

Dévide

Sa pelote

Interminable

Tissée

D’un tissu

De mensonges

Aux boutons

Dépareillés

De dés

Jetés

Au hasard

Et de piqûres

D’aiguilles

Empoisonnées

 

Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,

Proposé par Tricôtine : de fil en aiguille

 


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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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