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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 09:43

  Fin-aout-2012-a-Erdeven-078.JPG

 Un phasme sur la table du jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 25 août 2012)

 

 

Un phasme dit gaulois rêvait dans un jardin,

Gracile et nonchalant.

Il voit venir à lui, parmi l'herbe et le thym,

Le maître de céans.

Le quidam ignorant veut briser la brindille

Agitée par le vent.

Et voilà que, soudain, l'insecte lui chouchille *

Ce discours éloquent :

« Ne vous fiez pas, messire, à ce que vos yeux voient,

Tout n'est que faux-semblant ;

L'univers est mystère aux millions d'aléas,

Multiple et surprenant.

Si Dieu m'a créé phasme et vous, modelé homme,

Nous sommes cependant

De la même famille, quoi qu'il vous en étonne,

Enigmatiquement.

Vous m'avez cru de bois, je vous pensais Hercule,

Maître du firmament.

Nous sommes tous les deux d'infimes particules,

Qui se dispersent au vent,

Des êtres très bornés dévolus à la Mort

Qui, las, vient sûrement,

Nous mener en un lieu que tout mortel ignore.

Ne hâtons point ce temps

Qui viendra à son heure et respectons la Vie

Dans son foisonnement. »

 

Moralité

 

Comme il est beau ce monde qu'un phasme filiforme

Enseigne avec sapience à un béotien d'homme !

 

 

Pour Dominique qui fit en ma compagnie la rencontre d'un phasme

 

 

* chouchille : chuchote (régional)

 

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 16:28

 

 Marquise-d--O.png

Julietta, marquise d'O. (Edith Clever)

 

Quel film singulier que La Marquise d'O. d'Eric Rohmer, que j'ai regardé sur ARTE, dans l'après-midi du mardi 21 août ! Ou plutôt quelle singulière nouvelle que celle de Heinrich von Kleist dont il est la représentation fidèle ! Le cinéaste ne disait-il pas lui-même dans un entretien avec Juliette Cerf que le film « n'est pas une adaptation mais une mise en scène ». Son exigence première a été de démontrer que le dramaturge allemand avait écrit « un véritable scénario ».

« Parti d'une phrase de Roland Barthes qui parlait d'adapter au cinéma La Marquise d'O., », dont il ignorait tout, Rohmer a souhaité ainsi « faire entendre intégralement » cet étrange texte dont la nouveauté fut incomprise lors de sa parution en février 1808 dans la revue Phœbus. Il reconnaît avec humour qu'en 1976 la gauche bouda cette œuvre à cause du mot « marquise » tandis que la connotation du « O » effrayait les vieilles dames !

L'intrigue en effet y est des plus curieuses. Elle se situe en 1799, en Lombardie, pendant la guerre de la Deuxième Coalition (1798-1800), qui vit les puissances européennes s'allier contre la France révolutionnaire. Elle met en scène la reddition du gouverneur de la place forte de M., le colonel Lorenzo von G. (Peter Lühr), entre les mains d'un officier russe, le comte F. (Bruno Ganz), lors de la campagne de Souvarov, et ses conséquences sur la fille du gouverneur, Julietta, marquise d'O. (Edith Clever).

En effet, après avoir échappé aux assauts de la soldatesque russe, grâce à l'intervention du comte F., la jeune veuve, mère de plusieurs enfants, s'évanouit et son sauveur la viole, événement tragique dont elle ne garde aucun souvenir. Peu de temps après, à la stupéfaction de toute la famille, le comte lui propose de l'épouser, pour ensuite passer pour mort dans les combats. Il réapparaît miraculeusement tandis que la marquise perçoit les premiers symptômes de ce qu'elle ne peut croire être une grossesse. Devant ce qu'il faut bien reconnaître comme le déshonneur pour la famille, son colonel de père la chasse du toit paternel et lui impose de résider dans une autre demeure. Sa mère, la colonelle (Edda Seippel), partagée entre des sentiments contradictoires, finira par admettre l'innocence de sa fille.

La jeune veuve décide alors de faire paraître un article dans une gazette. Elle y fait savoir que « sans savoir comment, dans l'attente d'un heureux événement, le père de l'enfant qu'elle allait mettre au monde devait se faire connaître et que, pour des raisons d'ordre familial, elle était décidée à l'épouser ». Quand, le jour dit, le 03 septembre, c'est le comte F. qui se présente, la marquise d'O. le chasse avec véhémence. Cependant, sous la pression de ses parents, elle accepte de l'épouser afin de donner un nom à son enfant mais elle lui ferme aussitôt la porte de sa chambre. Un peu plus tard, elle lui révélera « qu'il ne lui fut pas apparu comme un démon si, lors de sa première apparition devant elle, elle n'avait cru voir un ange ».

la marquise d'O et le comte

La marquise d'O. (Edith Clever) et son "sauveur", le comte F. (Bruno Ganz)

Les sources de cette histoire invraisemblable sont sans doute dans Montaigne qui raconte dans les Essais l'anecdote d'un valet enivré faisant violence à une paysanne endormie. Kleist précise quant à lui que « l'histoire n'est pas fictive et [que] les lieux de son déroulement ont été déplacés du nord au sud ». Par ailleurs, le dramaturge allemand se serait inspiré de Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) pour la description de la relation entre le colonel et sa fille.

Toujours est-il que, située à la lisière de l'ironie et du sentiment, cette œuvre est bien représentative de ce qu'on a appelé le « romantisme de Berlin » dont Kleist était le porte-parole. Cette jeune marquise, victime d'un mal inconnu, n'est-elle pas le double de l'écrivain, malade de « mélancolie morbide » ? Et on connaît la fin tragique du poète incompris et rejeté par les Romantiques, qui se suicida sur les bords du Wansee, près de Postdam, avec sa maîtresse, la musicienne Henriette Vogel.

Romantique, l'œuvre l'est à bien des égards et conforme à la définition qu'en donnait Mme de Staël dans De l'Allemagne, quand elle écrivait que le romantisme est cette poésie « née de la chevalerie et du christianisme ». Dans un contexte de guerre de conquête, le comte F. qui sauve la marquise des derniers outrages apparaît bien comme un preux chevalier issu de la geste courtoise. L'œuvre de Kleist est de plus très marquée par les thèmes de la Chute et de la Rédemption et la connotation chrétienne de l'intrigue peut se lire dans la vision de Julietta qui voit le comte comme un « ange du Ciel ». Le thème de la virginité de Marie est bien sûr présent en filigrane avec la grossesse inexpliquée de la marquise, l'anecdote du cygne souillé de viles matières, souvenir d'enfance du comte, renvoyant davantage au thème plus profane de l'innocence bafouée. Dans une belle formule, Goethe disait que Kleist avait « transformé le tragique grec en mystère chrétien ».

Le film est riche encore par les nombreuses perspectives qu'il soulève. En premier lieu d'abord, on soulignera la lecture féministe qui peut en être faite. Chassée par son père, la marquise assume sa grossesse, et s'essaie à une certaine forme d'autonomie en recherchant par elle-même le père de son enfant. Très influencée par les codes de son époque, elle n'en est pas moins un personnage courageux et atypique pour une femme de ce temps. Sa mère aussi, en enfreignant les ordres de son époux, affiche une certaine forme d'indépendance face au joug patriarcal.

La Marquise von O et son père

La marquise d'O. (Edith Clever) et son père Peter Lühr) après la reddition de la place

Ce long métrage, dont l'intrigue peut sembler datée, présente néanmoins des échos tragiques dans notre actualité contemporaine. On songe au viol qui, en temps de guerre, est une arme véritable. On a aussi à l'esprit le cas de certaines jeunes filles violées après avoir bu malgré elle un narcotique. On soulignera donc, comme le propose le metteur en scène N. Pitaqaj dans sa propre mise en scène de la nouvelle de Kleist, combien cette œuvre « invite à explorer les différentes façons de construire la honte et de représenter les violences faites aux femmes, ou comment la rumeur et les croyances pèsent sur les mentalités du monde moderne ».

La piste psychanalytique semble en outre particulièrement intéressante. Dans la nouvelle, Kleist est singulièrement elliptique sur le viol, perpétré par le comte F. pendant l'évanouissement de la marquise. Rohmer, pour sa part, et par souci de vraisemblance, fait comprendre que l'héroïne est plongée dans un profond sommeil parce qu'elle a pris des narcotiques. On fera remarquer que les comédiens allemands n'étaient pas du tout d'accord avec cette modification, estimant qu'elle transformait le sens de la nouvelle.

En effet, dans la version de Kleist, il n'est pas interdit de considérer que la marquise a fait l'amour en vrai et en rêve mais qu'elle a refoulé inconsciemment cet acte. Quand sa mère dit en souriant à Julietta qu'elle est peut-être enceinte d'une chimère, celle-ci lui répond avec à-propos : « C'est pour le moins Morphée ou l'un des songes de son cortège qui serait le père... » Quant à Kleist lui-même, n'a-t-il pas composé cette curieuse épigramme :

« Ce roman n'est pas pour toi, ma fille ! Evanouie !

Quelle farce éhontée ! Elle a seulement fermé les yeux, je le sais. »

Ainsi, toute cette intrigue pourrait n'être qu'une histoire banale, destinée à mettre en relief la libido féminine, ce que souligne Jacques Hassoun dans un article intitulé « Variations psychanalytiques sur un thème généalogique de Heinrich von Kleist ». Il explique que « la recherche publique » du père inconnu n'est peut-être pour la marquise que « la marque de sa nécessaire absolution ». Il insiste sur le « brouillage » du titre, soulignant cette idée que l'histoire n'est pas uniquement celle de la marquise d'O. mais bien la « geste de tous les personnages » qui y sont impliqués. Il s'étonne devant le personnage du comte, qualifié d' « ange du Ciel » par la marquise, et qui est tout, sauf un être asexué. Il pointe du doigt la scène de réconciliation de Julietta et de son père, que Rohmer, fidèle en cela à Kleist, a filmé comme les transports de deux amants incestueux. Le dramaturge allemand n'écrit-il pas que Lorenzo von G. « posait sur [la] bouche [de sa fille] de longs baisers brûlants et avides comme un véritable amoureux » ? On est bien loin ici des épanchements tels qu'on peut les admirer dans les tableaux de Greuze. Enfin, il s'interroge sur la phrase ambiguë qui clôture la nouvelle : « D'autres jeunes Russes succédèrent au premier. » S'il s'agit sans doute d'autres enfants issus du mariage, ne peut-on penser sans invraisemblance à d'autres amants russes, voire à d'autres enfants illégitimes ? J'ajouterai que cette phrase sibylline m'a aussi laissée très perplexe.

Avec ce film, qui appartient au cycle de ses adaptations littéraires marquées par la stylisation et l'épure, Rohmer se contente cependant d'admirer un autre artiste et s'astreint à une fidélité totale : « Moi, je laisse les significations originales et l'œuvre telle quelle », affirme-t-il. Ancien professeur de Lettres, le cinéaste explique qu'il a tourné « livre en main » l'adaptation de cette nouvelle d'une soixantaine de pages qui comporte à peu près la durée d'un film d'une heure et demie. Ici, aucun dialogue supplémentaire, aucune musique pour conforter le texte et les situations. Le réalisateur s'efface avec humilité pour mettre en lumière avec élégance et rigueur cette histoire extraordinaire.

Il a souhaité seulement « retrouver la naturel de l'époque […] emphatique, plein d'éloquence […] mais filmer comme aurait filmé quelqu'un de cette période si le cinéma avait existé ». Et, selon lui, c'est en s'inspirant de la peinture qu'on aura « des indications sur les attitudes ».

Marquise-d-O-narcotique.png

Le sommeil-évanouissement de la marquise d'O.

C'est ainsi que Greuze lui a sans doute fourni matière pour des scènes qui sont proches de la « comédie larmoyante », chère à Diderot. Je pense notamment à la scène de réconciliation entre le colonel et sa fille, toute remplie d'embrassades et de pleurs. Dans cette période de sensibilité exacerbée, qui a « le goût de la véhémence et de la ligne droite », on peut voir aussi les influences de David et d'Ingres, avec certains plans de la marquise Julietta d'O. qui ne peuvent manquer de faire songer au célèbre portrait de Juliette (!) Récamier. Rohmer reconnaît encore sa dette envers d'autres artistes : le peintre suisse Füssli, à qui il a « rendu un petit hommage dans le plan de la marquise dormant le soir de la bataille, ainsi que quatre peintres allemands de l'époque, dont David Kaspar Friedrich qu'admirait beaucoup Kleist ». Il ajoute que « peut-être l'âme de Goya est[-elle] passée à travers la vision de [son] opérateur, l'Espagnol Nestor Almendros ».

Marquise-d-O-Fussli.jpg

Le Cauchemar, Füssli

C'est cette « tension fertile entre les mots et les images » qui fait la beauté de ce film exigeant dont les acteurs ont été choisis avec soin : Bruno Ganz tout d'abord (à la prestance de Bonaparte au pont d'Arcole) puis des comédiens de théâtre allemands, issus en grande partie de la troupe berlinoise de Peter Stein. Dirigés en allemand par Rohmer, ils ont été contraints à « articuler encore davantage et même à ralentir leur rythme par rapport à un travail théâtral ». Le cinéaste a en outre écrit et dirigé lui-même le doublage en français et ce dernier est d'une qualité remarquable. J'ai aimé entendre s'exprimer la colonelle par la voix reconnaissable entre toutes de la grande Suzanne Flon tandis que Marie-Christine Barrault prête la douceur et la fermeté de ses intonations vocales à la marquise.

Adaptation littéraire certes, ce film surprenant peut néanmoins être vu comme un des « Contes moraux » du cinéaste. En effet, le conflit de l'héroïne avec ses principes d'éducation permettrait ce rapprochement. Il en va de même pour le comte F. qui, en dépit de son forfait, aspire à vivre selon l'honneur et cherche par la demande en mariage à réparer sa faute. Alors qu'il est blessé, ne crie-t-il pas dans son délire : « Julietta ! Cette balle te venge » ?

Cependant, comme nous l'avons souligné, le film conserve une part d'ambiguïté, les personnages étant eux-mêmes d'une grande complexité. L'officier russe, dans son uniforme immaculé, laisse peu transparaître de ses sentiments et de ses réelles motivations ; la marquise n'est peut-être pas aussi naïve qu'il y paraît ; la mère, en prétextant que c'est Leopardo (Bernhard Frey), le beau valet brun, le père de l'enfant à naître, joue avec sa fille un jeu pervers dont elle se repent. Avec ce double jeu du langage et des sentiments, Rohmer mérite bien ici son appellation de « Musset et Marivaux du septième art ».

Quant à dire si le conte est moral ou immoral, c'est à chacun d'en juger !

 la-marquise-d-o-famille.png

Une scène de bonheur familial à la Greuze

 

Sources :

« Ultra Rohmer », shangols.canalblog.com

Entretiens de Rohmer avec Jean-Luc Douin

www.abc-lefrance.com F Fiche film

www.Persée.fr

Le Magazine Littéraire, Entretien de Rohmer avec Juliette Cerf

 

 

 

 

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 09:44

Bretagne-Toussaint-133.JPG

Sur la plage de Kerminihy

(Photo ex-libris.over-blog.com, Toussaint 2011)

 

L'été

La nuit

L'insomnie

Fenêtre ouverte

Dans la maison de lande verte

Et de granite gris

J'entends gronder la mer

 

Je pense à une autre nuit

Qui était en novembre

Dans la maison Les Algues

Nom aux senteurs d'iode

Et d'ondulations de sirène

Par les bow-windows

Ma mère voyait la mer du Nord

 

Je me rappelle

Le râle enroué des rouleaux

Rythmant les contractions

Du ventre maternel

Bateau ivre

Je n'ai pas oublié

Mon tournoiement dans les maëlstroms épais

Des noires eaux placentaires

J'entends toujours

Le sifflement des grains de sable

Sur la fenêtre en pluie

Griffer mon visage en chiffon

 

Et soudain j'étais Moi

Projetée sur la grève du Temps

Par la vague violente de la Vie

 

Le bruit de la mer

C'est ma musique native

 

 

 

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 21:02

Juillet-2011-092.JPG

   Soir de juillet à Carentec

(Photo ex-libris.over-blog.com, 13 juillet 2011)

 

Dire la mer et ses merveilles

Dire l'amour et ses aimants

Veiller et aimer

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésie et Vous,

Textoésie envoyé le 14 août 2012 à 15h 23, link

En réponse au textoésie de Suzâme reçu le 13 août 2012 à 17h 28

 

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 06:46

Criquet.JPG

Le criquet sur la table du jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 05 août 2012)

 

 

Haussé sur une table, un criquet fier et gris

Se croyait roi du monde :

Avec son essaim, il avait dévasté provinces et pays,

L’antenne vagabonde.

Altier, il regardait le lézard des murailles,

La fourmi laborieuse ;

Il n’avait que mépris pour la vile piétaille

Et la gent besogneuse.

Il toisait, souverain, le petit peuple apode

Comme autant de sujets.

« Vous serez, disait-il, condamnés à l’exode

Car tel est mon souhait ! »

Un enfant turbulent fortuitement survient :

Le lézard file au trou,

La fourmi se faufile pour rejoindre les siens,

Lui, bondit tout d’un coup ;

Le soulier du garçon l’écrase sans vergogne.

L’insecte ainsi déchut :

Celui qui se croyait le duc de Bourgogne

Brise tel un fétu !

 

Moralité

 

Quand on est tout-puissant, il faut craindre la chute :

Plus haute est l’ascension, plus dure est la culbute.

 

A Kergavat, Dimanche 05 août 2012 


Fable librement inspirée de la présence d’un criquet sur la table du jardin et malencontreusement tué.

 

 

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 18:06

 

 Rives-et-rivages.JPG

Sur la plage de Kerouriec, juillet 2012

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Holga et Ombre projetée)

 

Où est donc cet enfant sage

Qui jouait sur le rivage,

Ramassait des coquillages

Et tressait de vieux cordages ?

 

Il a déserté la plage.

Où sont les enfantillages ?

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Reine-Claude : rives et rivages

 

 

 

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 14:19

 

Mardi-24-juillet-2012-016.JPG

Sur la plage de Kerouriec en Erdeven,

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

Sur l'estran alangui

Le soleil chauffe à blanc

Les rochers sommeillants

La vague et les enfants

 

Solaire liturgie

Le sable est tendre aux pieds

La mer est déroulée

Les coques échouées

 

Demeurer là ainsi

Telle une algue pensive

Oubliée sur la rive

Ardente et sensitive

 

Sur les rochers de Kerouriec,

mardi 24 juillet 2012

 

Mardi-24-juillet-2012-022.JPG

      Sur les rochers de Kerouriec en Erdeven

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 


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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 20:24

 solitude-Fussli.jpg

      Solitude à l'aube, Johann Heinrich Fuseli (Füssli), 1794-1796

 

 

Dans les hautes latitudes

De ma solitude

Entendre

Battre mon coeur tendre

Ouïr

Ma plume gratter les souvenirs

Ecouter 

La vie s'écouler

 

Textoésie du jeudi 02 août 2012 à 07h 34,

En réponse au textoésie de Suzâme, reçu le mercredi 1er août 2012, à 17h 38 link

 

 


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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 14:42

 

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       La mort de Treplev avec Arkadina (Dominique Reymond) et Treplev (Xavier Gallais)

(Photo afp.com/ Boris Horvat)

 

 

Mardi 24 juillet 2012, France 2 retransmettait La Mouette d’Anton Tchekhov, en léger différé de la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon. J’attendais avec grande impatience cette retransmission et ma déception devant la mise en scène d’Arthur Nauzyciel n’a eu d’égale que mon attente.

Sur le grand plateau vilarien, devant le haut mur du palais, trois praticables de métal aux formes  incurvées constituent une sorte de décor d’après l’Apocalyse pour les quatre actes qui « se passe[nt] dans la propriété de Piotr Gavrilovitch Sorine » (Emmanuel Salinger). Déambulant sur un sol de gravier noir, eux-mêmes vêtus de sombre, les comédiens sont les interprètes de « cette tristesse polyphonique », de cette mélancolie native  qui est la marque de la pièce. Elle débute ici par la fin, le suicide de Treplev.

On connaît l’intrigue de cette « comédie », représentée à Moscou en 1896, et qui fut le premier succès théâtral de l’auteur. Fils d’une comédienne célèbre, Irina Nikolaevna Arkadina, Mme Trepleva de son vrai nom (Dominique Reymond), Constantin Gavrilovitch Treplev (Xavier Gallais), qui aime sa voisine Nina Zaretchnaïa (Marie-Sophie Ferdane), fille d’un propriétaire terrien, veut devenir un écrivain renommé. Nina, qui ambitionne d’être actrice, est invitée à jouer une de ses œuvres. Arkadina trouble la représentation par ses remarques désobligeantes : « C’est une affaire décadente », déclare-t-elle. Alors que  Constantin est réduit au mutisme, Nina se rapproche de Boris Alexéevitch Trigorine (Laurent Poitrenaux), un écrivain en vogue, amant d’Arkadina.

Un jour, Treplev tue une mouette qu’il apporte à Nina : « J’ai eu aujourd’hui la bassesse de tuer cette mouette. Je la dépose à vos pieds. » Et il ajoute : « C’est comme cela que je vais bientôt me tuer moi-même. » A la vue de l’oiseau mort, Trigorine aura l’idée d’un sujet « pour une petite nouvelle »  qu’il communique à Nina : « Une jeune fille vit depuis son enfance au bord d’un lac, une jeune fille comme vous ; elle aime le lac comme une mouette, elle est heureuse et libre comme une mouette. Mais un homme passe par là et, par hasard, par désœuvrement, lui prend la vie, comme si elle était une mouette. »

Nina suit Trigorine à Moscou mais il l’abandonne et ses rêves de devenir actrice ne se réalisent pas. Le dernier acte se passe deux ans après, toujours à l’intérieur de la maison de Sorine. Arkadina et Trigorine se sont retrouvés. Nina, sourde aux prières de Treplev, lui raconte son amour malheureux pour l’homme de lettres puis s’enfuit. Tandis que le gérant sort d’une armoire le corps naturalisé de la mouette, on entend un coup de feu : Treplev s’est donné la mort.

Certes, le dramaturge russe avait souligné le sens de sa pièce à de nombreuses reprises, notamment avec Nina disant : « Je suis une mouette. Non, ce n’est pas ça. Je suis une actrice ». Mais pourquoi affubler les acteurs de ce masque de mouette qui vient encore insister sur une symbolique déjà très explicite ?

Dans cette même perspective, si la musique jouée par Ruth Rosenthal, Xavier Klaine de Winter Family et du chanteur folk anglais Matt Elliot, installés à cour dans une fenêtre éclairée de la muraille, est belle et lancinante, elle appesantit pourtant encore une atmosphère obscure.

Certes, l’inquiétude et l’incapacité à réaliser leurs rêves caractérisent nombre des personnages de la pièce mais ici, « noir c’est noir », au propre et au figuré. Les pieds dans un charbon de terril, tous les comédiens sont comme Macha, la fille du régisseur de Sorine, « toujours en noir », car ainsi qu'elle l'explique à Medvenko l’instituteur, elle est « en deuil de [s]a vie ». Treplev porte étrangement la bosse de Richard III et Nina ressemble à une sombre araignée noire.

Certes, tout metteur en scène se doit de proposer une interprétation et Nauzyciel a ici choisi, par la voix de Treplev, de mettre l’accent sur les difficultés de l’art dans le monde contemporain, ce qui était une des intentions de Tchekhov lui-même. Associant réalisme et symbolisme, on sait que cette pièce rénova le théâtre russe. « Je l’écris non sans plaisir, disait Tchekhov, même si je vais à l’encontre de toutes les lois de la scène. » Elle sera d’ailleurs à l’origine de sa collaboration créative avec Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, la mouette devenant même l’emblème du Théâtre d’Art. Mais pourquoi, rejetant le réalisme, pousser l’épure jusqu’à l’outrance et imposer aux comédiens une diction artificielle et sans âme ? Celle-ci est lente, appuyée, grandiloquente et Marie-Sophie Ferdane, dont l’élocution l’apparente  à Fanny Ardant, ne m’a guère émue.

Tchékhov, ce médecin des âmes, affirmait: « Il faut écrire une pièce où les gens vont, viennent, dînent, parlent de la pluie et du beau temps, jouent au whist, non de par la volonté de l’auteur, mais parce que c’est comme ça que ça se passe dans la vie réelle. […] Il faut laisser la vie telle qu’elle est, et les gens tels qu’ils sont, vrais et non boursouflés. » Je crois que c’est cela que je n’ai pas aimé dans cette représentation, l’emphase et la boursouflure, qui ont enlevé toute crédibilité aux personnages et fait naître en un moi l’ennui.

Je ferai cependant une exception pour Arkadina, interprétée par la grande comédienne Dominique Reymond. Il m’a semblé qu’elle seule parvenait à donner vie à son personnage. Elle retrouvait ici cette pièce qu’elle avait jouée à Chaillot en 1984 sous l’égide d’Antoine Vitez, mais dans le rôle de Nina.

Une expérience de dédoublement des plus troublantes pour elle par ailleurs, puisque, au tout début de la pièce, Nauzyciel fait dire par Arkadina des répliques dévolues à Nina (« Ils ont peur que je devienne actrice. Et moi, je me sens attirée vers le lac comme si j’étais une mouette. ») Dans cette interprétation, trois voix ont donc cohabité en elle : celle de Nina, celle de sa jeunesse ; celle d’Arkadina, celle de sa maturité ; et la sienne propre, celle d’une belle comédienne, qui aime le risque, qui a travaillé avec Sobel, Grüber et Lassalle. J’ai beaucoup aimé son aisance, sa vivacité, sa manière légère de se déplacer, créant ainsi, selon moi, une Arkadina complexe et plus fascinante ici que Nina. 

« Il faut de nouvelles formes », dit Treplev dans La Mouette, et "Tchekhov est inépuisable", affirmait Stanislavski. Je ne reproche nullement à Arthur Nauzyciel le parti pris qu’il a choisi de faire de l’Art un des enjeux essentiels de son adaptation : il est en effet au cœur des préoccupations de tous les personnages. Je ne suis nullement comme Trigorine ou Arkadina attachée à « la routine et aux formes anciennes ». Je regrette seulement de n’avoir pas été emporté dans le vol de cette Mouette, dont « les ailes de géant (e) l’empêchent de marcher ».

 

Sources :

Le Magazine littéraire, Mai 1992, n°299, Dossier Tchekhov, Article de Gilles Costaz, " Le théâtre au complet", pp. 36-37

 

 


 

 

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 06:32

 

Pissenlit.jpg

 

 

 

 

Ô toi

Hermaphrodite jaune

Aveuglant de lumière

Caressé par le sphinx

 

Ô toi

Devin de l’avenir

A la dent-de-lion

Aux mille fruits ailés

 

Ô toi

Le guérisseur

Le nourrisseur

Le thaumaturge

 

Je te salue

Humble soleil

Des pauvres

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : ode au pissenlit

 

 

 

 

 

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