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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:00

 

 tete-de-bouddha-qing.jpg

 

Tête de Bouddha Qing

 

 

Un lourd objet de bronze creux

en forme de masque aux yeux clos

s’élève lentement et seul

très haut dans le désert sonore.

 

Jusqu’à cet astre vert, à cette Face

qui se tait depuis dix mille ans,

sans effort je m’envole,

sans crainte je m’approche.

Je frappe de mon doigt replié

sur le front dur sur les paupières bombées,

le son m’épouvante et me comble :

loin dans la nuit limpide

mon âme éternelle retentit.

 

Rayonne, obscurité, sourire, solitude !

Je n’irai pas violer le secret

je reste du côté du Visage

puisque je parle et lui ressemble.

Cependant tout autour la splendeur c’est le vide,

Brillants cristaux nocturnes de l’été.

 

Ce poème est le dernier du recueil de Jean Tardieu, Le fleuve caché, Poésies 1938-1961. Une manière de clôture dans une dernière partie qui s’intitule « Histoires obscures », et dont deux poèmes ont un titre en forme de question (« Est-ce une bête ? », « Etait-ce le soleil ? »)

L’atmosphère créée ici est au « carrefour des cauchemars », titre d’un autre poème. Le poète évoque un masque, qu’il compare à un astre vert. Cette figure mystérieuse s’élève « très haut » comme dans un rêve où le poète se meut avec une aisance, dont la fluidité est rendue par le verbe s’envoler et l’anaphore de la préposition « sans » (« sans effort je m’envole/ sans crainte je m’approche. » )

C’est une sorte d’idole, un bouddha peut-être, avec ses « yeux clos »  et ses « paupières bombées », dont le « bronze creux » retentit dans la nuit sidérale : n’y aurait-il rien derrière ? Une sorte de Sphinx mutique « qui se tait depuis dix mille ans », qui provoque angoisse et plaisir mêlés : « le son m’épouvante et me comble ».

On sera en effet sensible à l’emploi de cet oxymore qu’est la « nuit limpide » ou bien encore à l’accumulation des termes antithétiques, « Rayonne » et « obscurité », « sourire » et « solitude », se succédant dans une allitération et enfin la qualification des cristaux à la fois « brillants » et « nocturnes ».

La profondeur du mystère- sans doute celui de l’existence- est remarquablement rendue par les termes qui renvoient à l’ouïe : le désert est « sonore », « le son » du doigt sur le masque effraie et provoque comme un écho de l’âme : « mon âme éternelle retentit ». L’interrogation humaine, exprimée par le frappement du doigt sur le masque, provoque une sorte de résonance qui se propage dans le temps infini (« dix mille ans ») et l’espace intersidéral, signifié par « le vide » et les « brillants cristaux nocturnes » que sont les étoiles.

Le poète fait le choix de demeurer sans réponse, de demeurer dans l’incertitude et du côté des hommes. L’emploi du futur indique sa résolution de ne pas  pénétrer le mystère de ce masque mutique : « je n’irai pas violer le secret ». Il n’ira pas derrière le masque.

J’aime l’opposition qu’il fait entre le secret silencieux et l’homme qui parle, tous deux différenciés par la majuscule : il y a la « Face » indifférente et il y a le « Visage », celui qui est vis-à vis. La première demeure silencieuse, le second est animé dans une réciprocité. : « je parle et lui ressemble ».

Tout le paradoxe de l’existence humaine se trouve enfin dans les deux derniers vers, qui débutent par une restriction (« Cependant »). Ils disent admirablement la beauté mais aussi la vanité, la vacuité d’un monde, où se mêlent lumière et ténèbres.

Ce très beau poème est exemplaire de ce « chant secret mais non triste » de Jean Tardieu, qui se heurte à « des lèvres scellées ». Il est en outre révélateur de ce « silence plein », de ce « sens étouffé », les « deux pôles de son œuvre », selon Mme Emilie Noulet.

 

Pour le Jeudi des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire : secret, mystère

 

 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 20:14

beaux-fauteuils.JPGA Brissac, dans le grand salon du plus haut château de France 

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 12 septembre 2012)

 

 

Ombre


Frange d'invisible,

tremblant de secrets,

l'absent qui te prie

et qui t'a porté

baigné dans son ombre

à travers le jour,

lié en silence

à toutes les feuilles

à toutes les pierres

et à tous les temps,

n'est-ce pas toujours

ce vaste Toi-même

où tu t'es perdu ?

 

"Ombre", in Le fleuve caché, Poésies 1931-1961,

Deuxième Partie, "Le témoin invisible", Jean Tardieu


 

 

BLOG EN PAUSE

 

 


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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 07:00

 pygmee-deux.jpg

      Pygmées Akas dans la forêt


Dans notre famille, mutique jusqu’à la névrose, jamais on ne parlait de lui. Lui, c’était le plus jeune frère de ma mère, parti après la guerre dans un pays de Centre-Afrique, pour « vivre sa vie ». Vivien avait vingt ans, des cheveux comme des épis de blé et d’incroyables yeux pers ou vairons, couleur de marécage, qui changeaient selon la couleur du temps et de ses humeurs. Il n’était jamais revenu.

Au début, par quelques lettres elliptiques, on a avait su qu’il avait trouvé à s’employer dans une plantation de coton. On avait cru comprendre qu’il n’y avait pas été heureux. Puis le courrier s’était raréfié, entraînant l’indicible chagrin de mes grands-parents. Peu à peu s’était créé en eux ce creux de l’absence, ce puits où l’on tombe, sans margelle ni corde à quoi se raccrocher.

Ils avaient bien tenté des recherches mais l’Afrique était si loin et ils étaient si démunis ! Certains disaient que le jeune homme s’était enfoncé dans la forêt pour n’en jamais revenir, d’autres affirmaient qu’il avait succombé à la maligne fièvre jaune, d’autres encore évoquaient la magie, l’envoûtement, le mauvais sort. Et puis, pourquoi, diable, un jeune Blanc s’était-il risqué dans ce pays de sauvages ? Il avait qu’à ne pas prendre de risques !

Au fil des jours, des semaines, des mois, des années, mon jeune oncle avait été relégué dans un silence lourd de culpabilité et d’inaccomplissement. Moi, j’y pensais souvent. Je l’imaginais en nouvel Arthur Rimbaud, se livrant au commerce des armes, ou en Livingstone barbu émergeant de la forêt tropicale. Lui qui avait quitté la vieille Europe pour vivre autre chose avait-il réalisé son rêve ? Lui, dont ma grand-mère m’avait suggéré à demi-mot les ombres et les lumières, avait-il trouvé ce dont il était en quête ? Sans que je m’en doute, il s’était insinué doucement au fond de moi-même comme un jeune dieu tutélaire, une sorte de double à la fois inconnu et familier.

Je ne vous raconterai pas comment par quels méandres, surprenants et imprévisibles, je me suis retrouvé, à l’âge de trente ans, dans ce pays où cet oncle que j’avais si peu connu avait disparu comme s’il n’y avait jamais été. La mouche tsé-tsé de l’Afrique m’avait aussi piqué et je dirigeais des projets humanitaires dans le cœur de ce continent que la décolonisation avait rendu à ses conflits tribaux et à ses vieux démons.

Par une chaude et lourde soirée, après une journée harassante à courir les pistes poussiéreuses, j’avais traîné mes pas dans un bar pourri, fréquenté par quelques rares insomniaques. Sur le comptoir terni où était venue s’affaler la lie des aventuriers, j’avais lié conversation avec un très vieux fonctionnaire noir au regard éteint. Il avait tout vu, tout entendu : les visées des prêtres politiques, les tentatives de coups d’Etat, les morts non élucidées, les flambées autoritaristes de celui qui se disait le « treizième apôtre du Christ », les atermoiements de la France. Il avait perdu toute illusion et vivait dans le souvenir idéalisé de Barthélémy Boganda, mort dans des circonstances mystérieuses dans un accident d’avion.

Comment en vint-il à me parler des Pygmées de la Centrafrique, je ne saurais vous le dire. Ma lassitude, la bière chaude et le vin de palme du « kangoya » avaient déjà bien embrumé mon pauvre cerveau quand je l’entendis évoquer ce Blanc qui avait vécu parmi les « petits hommes »  de la forêt primaire. C’est vers la fin des années 1990 qu’il l’avait rencontré alors qu’il accompagnait l’ambassadeur de France, un ethnologue chargé par l’UNESCO du recensement des Pygmées en Centrafrique.

Après plusieurs jours de marche avec leur guide, bien au-delà des pistes de latérite rouge et des marigots profonds, sous d’inquiétantes frondaisons géantes, les deux hommes avaient atteint le campement de « mongulus », fait de bois et de feuilles sèches, d’une tribu Aka. Et quelle n’avait pas été leur surprise de découvrir parmi eux un homme de race blanche qui vivait depuis de très nombreuses années dans leur communauté. C’est lui qui leur avait servi d’interprète auprès d’eux et qui avait facilité leur séjour dans cet univers primitif.

De haute stature, sec et mince comme un bambou, la poitrine recouverte de colliers de graines et vêtu d’un léger pagne, celui que cette tribu avait autrefois pris pour un « jengi », un esprit de la forêt, leur avait, avec une certaine réticence et comme à contre-cœur, conté son histoire.

Il était venu en Centrafrique, lorsque celle-ci s’appelait encore Oubangui-Chari, et avait travaillé dans une exploitation de coton. Malade de voir le sort dévolu aux Noirs de ce pays, il avait ensuite suivi un missionnaire spiritain dans un dispensaire. Il l’avait aidé à construire une école et ensemble ils avaient entrepris des explorations toujours plus avant dans la forêt. Il y avait rencontré ses premiers Pygmées et cela avait été, avait-il dit, une révélation. Il avait appris leur langue, leurs coutumes, avait gagné leur sympathie. Un jour, il ne savait plus très bien en quelle année c’était, il avait abandonné la mission et il était parti vivre définitivement au milieu de « ces petits bouts d’hommes ».

Là, au cœur de l’immense forêt verte, il avait trouvé ce qu’il avait toujours cherché : une vie en symbiose avec la nature, des relations simples entre des êtres qui étaient les « meilleurs pères du monde ». Il avait appris à poser des collets pour attraper les porcs-épics, à lancer la sagaie sur les antilopes, à reconnaître la liane où l’on s’abreuve d’eau fraîche, à choisir la feuille qui soulage la morsure de serpent et à manger le miel sauvage. Il avait partagé son « tangué » avec une de ces petites femmes « haute d’une coudée », à la brillante beauté d’ébène. Oublieux de tout ce qui avait été sa vie d’avant, il n’avait plus songé ni à son pays d’origine ni à ses parents. Et il n’avait eu aucun remords de ne jamais leur avoir donné signe de vie… La vraie vie était ailleurs !

Au fur et à mesure que le vieux Noir égrenait l’histoire de ce transfuge de la forêt, un sentiment étrange avait commencé à m’envahir. L’image de mon jeune oncle disparu se dépliait de nouveau en moi et je sentis soudain avec intensité que j’étais au bord d’une révélation. Je posai brutalement ma main sur le bras du vieil homme ; bouche bée, il interrompit sa logorrhée. « Te souviens-tu de ses yeux ? », lui demandai-je avec violence.

Mon interlocuteur me regarda comme si j’étais devenu fou. «  Ses yeux ? Ses yeux ? C’est bizarre que tu me demandes cela. Il avait des yeux comme je n’en ai jamais vus, tu sais, des yeux qui ne se ressemblent pas, des yeux de soleil et de nuit, des yeux qui ne sont pas de la même couleur. C’est pour cela que les Akas l’avaient gardé avec eux. Avec un tel regard, ils se sentaient protégés du mauvais œil. »

J’ai eu alors la certitude intime que ce Blanc était mon oncle : cet homme n’avait-il pas quitté la France après la guerre ? N’avait-il pas travaillé dans une exploitation de coton ? Et, surtout, il avait les yeux pers ! « Lui avez-vous demandé son prénom ou son nom ? » ajoutai-je avec excitation. Le vieil homme se prit la tête dans les mains. Il se rappelait que l’homme, dans un sourire étrange, qui avait laissé voir ses incisives limées à la manière des Akas, lui avait dit qu’il n’avait plus de nom, ni de prénom. « Tout cela est si loin, ma mémoire me quitte peu à peu, chuchota-t-il, je ne sais plus rien. Et puis, il doit être mort à présent, il doit dormir sous les racines. » Il s’était levé, m’avait regardé d’un air hagard puis il était sorti en titubant dans sa nuit africaine.

Je suis demeuré longtemps, accoudé au bar, les yeux dans le vide, absent à moi-même. Un grand calme s’était emparé de moi, comme quand la mer monte lentement sur le sable étale. J’ai pensé au jeune homme perdu qu’avait été mon oncle et au vieil homme qui s’était enfin rejoint lui-même parmi les Pygmées de la forêt. Je suis sorti dans l'obscurité vivante et habitée. Des vers de Césaire sont montés à mes lèvres :

« Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole

Ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité

Ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel

Mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre… »

 

Et puis j’ai pleuré.

 

Pour le Défi n°86 proposé par Hauteclaire :

Il ou elle a disparu dans des circonstances étranges, tragiques, mystérieuses. L'histoire dit que ses jours se sont arrêtés, et que le livre est fermé.

Pourtant .... Vous avez retrouvé un document, une archive, dans le fond de votre grenier, dans un rayonnage de bibliothèque poussiereux, et maintenant vous savez. Vous savez que il ou elle n'a pas fini ses jours comme il a été dit, que tout n'a pas été dit, et que cette personne a vécu , ailleurs, dans le secret.

Il est temps de lever le voile, à vous de le faire ! De nous dire comment c'est arrivé et  ce que cette personne est devenue, après ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 17:19

 contes-d-H-F.-Toulet.jpg

      Les Contes d'Hoffmann, acte II, Olympia et son père Spalanzani

Le cinéma Le Palace, à Saumur, ne retransmettra plus les opéras du Met. C’est dommage car les  mélomanes saumurois s’étaient habitués à ces rendez-vous. Hélas, ils étaient sans doute trop peu nombreux pour que cela soit rentable. Désormais, ce sont les spectacles de l’Opéra Bastille et de l’Opéra Garnier que le cinéma proposera.

C’est ainsi que le mercredi 19 septembre 2012, à 19h 30, nous avons pu assister à l’opéra fantastique en cinq actes (ou trois actes avec Prologue et Epilogue), Les Contes d’Hoffmann, de Jacques Offenbach, dans une mise en scène de Robert Carsen. La direction musicale y est assurée par Tomas Netopil qui conduit l’orchestre et le chœur de L’Opéra national de Paris. Michael Levine en a créé les décors et les costumes, une juste alliance entre tradition et modernité.

Cet opéra, un des plus représentés au monde, fut composé sur un livret de Jules Barbier, d’après le drame qu’il écrivit en 1851, en collaboration avec Michel Carré. Créée le 10 février 1881 à l’Opéra-Comique (pour lequel le compositeur l’avait expressément conçue), l’œuvre fut très vite l’objet de suppressions ou d’ajouts indépendants de la volonté du compositeur. Si l’on peut assurer que les quatre premiers actes sont de sa main, il n’en a pourtant pas composé les préludes ou les entractes qu’il écrivait à la dernière minute et il n’aurait pas tout orchestré. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas achevé le dernier acte qu’on a pu cependant reconstituer car on en a les esquisses avec cinq livrets. Il est donc assez aisé d’en restituer la teneur. De plus, les distributions prévues à l’origine ont changé : Hoffmann était un baryton et le quadruple rôle féminin a été parfois confié à une seule soprano colorature tandis que les personnages de la Muse et de Nicklausse ont été un temps séparés. L’aventure de l’opéra est donc aussi celle de ses éditions successives, d’autant plus qu’un incendie détruisit la salle Favard où se trouvait la partition de la création.

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Les Contes d'Hoffmann : l'intrigue se déroule pendant une représentation de Don Giovanni

Jean-Christophe Keck, qui a entrepris l’édition de l’œuvre intégrale d’Offenbach, considère que cet opéra est plus qu’un testament pour le compositeur. Selon lui, il constitue la synthèse d’une vie et c’est un chef-d’œuvre par « une intensité et une puissance musicale sans précédent ». Peut-être aussi parce que le musicien y a travaillé avec passion de 1873 et 1880 et qu’à la fin, la mort planait sur lui. Par ailleurs, le but d’Offenbach était « avant tout d’avoir un succès à l’Opéra-Comique ». Il ne l’obtint que de manière posthume puisqu’il meurt le 05 octobre 1880.

L’argument peut sembler complexe avec la multiplicité des personnages mais avoir fait de l’écrivain Hoffmann lui-même le personnage central de l’œuvre confère à celle-ci une grande cohésion. Le fait que tout se passe autour d’une représentation du Don Giovanni de Mozart va encore dans ce sens, le théâtre étant le point focal de l’intrigue.

Quand l’opéra débute, lors du Prologue (ou de l’acte I, c’est selon), on découvre un Hoffmann (Stefano Zucco, ténor) amoureux de la prima donna Stella (soprano), laquelle est en train d’interpréter le rôle de donna Anna. La Muse de l'écrivain se métamorphose en Nicklausse (Kate Aldrich, mezzo-soprano interprète les deux rôles), un de ses amis d’enfance, pour le protéger de ses tentations amoureuses. Avec l’aide du valet de Stella, Andrès (Eric Huchet, ténor), le puissant conseiller Lindorf  (Franck Ferrari, baryton basse) cherche à obtenir la clef de la loge de la diva, qui était destinée à Hoffmann. Dans la taverne de Luther le cabaretier (Jean-Philippe Lafont, basse), l’écrivain est invité par ses amis à chanter la légende du nain Kleinzach. Quand Hoffmann aperçoit Lindorf, il l’accuse de lui faire de l’ombre puis il déclare à tous que Stella est l’incarnation à la fois de la jeune fille, de l’artiste et de la courtisane. Alors que le second acte du Don Giovanni va commencer, les amis de l’écrivain, servis par Luther, s’apprêtent à écouter les contes rédigés par Hoffmann.

Dans l’acte II, l’écrivain est amoureux d’Olympia (Jane Archibald, soprano), une poupée mécanique conçu par son « père », l’inventeur Spalanzani (Fabrice Dalis, ténor). Nicklausse tente de lui monter la vraie nature de la jeune fille dont les yeux ont été fabriqués par l’inquiétant opticien Coppélius (Franck Ferrari, baryton basse), qui lui a fourni des lunettes qui embellissent la réalité. Devant les invités de Spalanzani, Olympia chante et danse avec Hoffmann subjugué. Le mécanisme s’emballe et le danseur tombe, brisant ses lunettes. Coppélius, que Spalanzani n’a pas payé, se venge  en détruisant Olympia, dont Cochenille le valet (Eric Huchet, ténor) rapporte les membres désarticulés devant l’écrivain désespéré.

L’acte III est consacré à Antonia (Ana Maria Martinez, soprano), la jeune fille du violoniste Crespel (Jean-Philippe Lafont, basse), victime comme sa mère d’un mal fatal occasionné par leur passion du chant. Bien que Crespel ait interdit à son valet Frantz (Eric Huchet, ténor) de faire entrer quiconque, Hoffmann, qui aime la jeune fille, et Nicklausse sont introduits chez Antonia qui se met à chanter. En proie à un malaise, elle s’enfuit dans sa chambre tandis que son père revient. Le diabolique Docteur Miracle (Franck Ferrari, baryton basse) survient alors et veut soigner Antonia malgré les dénégations de son père. Hoffmann, ayant eu connaissance de son mal, veut à son tour lui interdire de chanter. Puis le Docteur Miracle fait apparaître sur la scène le fantôme de la mère d’Antonia (Une Voix ou La Voix de la tombe, Qiu Lin Zhang), qui invite sa fille à chanter. Elle en mourra bien sûr.

Cntes d' Hoffmann la voix

La Voix, ou le fantôme de la mère d'Antonia, acte III

L’acte IV est celui de la courtisane Giulietta (Sophie Koch, soprano) qui célèbre avec Nicklausse les plaisirs de l’amour. Hoffmann, quant à lui, se prononce contre l’amour dans une chanson à boire. Le maléfique capitaine Dapertutto (Franck Ferrari, baryton basse) circonvient la jeune femme avec un diamant en lui demandant d’obtenir l’ombre de son amant, Schlémil (Michal Partyka, baryton).  Puis Giulietta séduit Hoffmann et lui demande son reflet comme gage d’amour. Bien qu’il comprenne l’horreur de ce qu’il a fait, il ne peut se résoudre à quitter sa maîtresse. Ensuite, Schlémil défie en duel le poète qui lui a volé Giulietta. Vainqueur, Hoffmann voit pourtant sa dulcinée partir au bras d’un troisième larron, son souteneur Pitichinaccio (Eric Huchet, ténor).

Tandis que Don Giovanni s’achève, Hoffmann, ivre, a terminé ses trois contes. Stella, qui a triomphé dans le rôle de Dona Anna, l’abandonne pour Lindorf. L’opéra se clôt sur le retour de la Muse consolatrice qui disparaît avec le poète.

Le livret s’inspire essentiellement de trois nouvelles de l’écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, une pour chaque acte. L’acte d’Olympia est tiré du conte intitulé L’Homme au sable, une histoire complexe et très inquiétante que le librettiste a simplifiée. L’histoire d’Antonia est issue d’une nouvelle qui porte les titres de Le conseiller Krespel ou Le violon de Crémone. L’acte de Giulietta s’inspire d’un conte intitulé Les aventures de la nuit de la Saint-Sylvestre. De nombreux éléments appartiennent à d’autres textes d’Hoffmann et l’on y retrouve bien sûr les thèmes propres au fantastique : l’automate d’apparence humaine, le savant fou, l’ombre et le reflet perdus chers à Chamisso ou à Maupassant, le miroir, sans oublier la présence du Diable qui apparaît ici sous les avatars de l’opticien Coppélius, du capitaine Dapertutto, du Docteur Miracle et, dans une moindre mesure, sous les traits du conseiller Lindorf.

Franck Ferrari interprète avec puissance ce rôle de deus ex machina, que l’on voit s’opposer souvent à la Muse, gardienne du poète (sa présence fait penser aux Nuits de Musset). Dans l’acte d’Antonia, on le voit jouer avec la poursuite et il fait apparaître sur scène le fantôme de la mère de la jeune chanteuse. Le trio de la fin de cet acte est magistral de beauté et de puissance avec l’acmé du chant qui conduit à la mort d’Antonia. En voyant agir ce personnage diabolique, j’ai pensé bien souvent à Woland dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov, et notamment à la fameuse scène où il orchestre apparition et disparition dans le théâtre de Moscou. On sait d’ailleurs que l’écrivain russe s’est largement inspiré d’ Hoffmann.

L’opéra d’Offenbach apparaît comme un œuvre toute remplie de correspondances en lien avec l’art. Ainsi, si Stella interprète Donna Anna dans Don Giovanni, c’est sans doute parce que Hoffmann adulait Mozart au point d’avoir pris comme troisième prénom Amadeus. Il a de plus écrit une nouvelle intitulée Don Juan, dans laquelle il se livre à une véritable analyse de l’opéra de Mozart. Par ailleurs, Hoffmann, dont les trois amours sont vouées à l’échec, se présente comme un double inversé de Don Juan, stéréotype même du comédien, et passé maître dans l’art de la conquête.

Le décor du théâtre est magistralement utilisé ici : l’acte d’Olympia se déroule dans la coulisse ; celui d’Antonia investit la fosse d’orchestre au-dessous de la scène ; celui de Giulietta donne à voir les fauteuils d’orchestre devenus lieux de débauche. La mise en abyme du théâtre dans le théâtre fait ainsi de ce lieu l’endroit de l’Art par excellence. Quant à l’acte de la  création artistique, il est incarné par Hoffmann que l’on voit sans cesse en train d’écrire fiévreusement sur des feuillets froissés et que la Muse accompagne au début et à la fin de l’opéra.

Lors d’un des entractes, Robert Carsen, interrogé par Alain Duault, a évoqué les trois figures féminines de l’opéra. Selon lui, elles sont le pendant des trois femmes de Don Giovanni (Donna Anna, Donna Elvira et Zerline) et elles représentent trois aspects de l’amour. Olympia, c’est l’amour innocent de la toute jeunesse, pleine d’illusions ; Antonia incarne l’amour romantique et l’aspiration à l’Art tandis que Giulietta est la métaphore de l’amour vénal. Il rejoint en cela la phrase que prononce Nicklausse dans l’épilogue de l’opéra lorsqu’il commente l’action qui s’est déroulée : « Trois drames dans un drame. Olympia… Antonia… Giulietta… ne sont qu’une même femme : la Stella ! » Une phrase qui est sans doute une clé pour comprendre cette intrigue qui raconte la déchéance d’Hoffmann, le trio féminin étant tout simplement une seule figure dont l’évolution serait retracée au fil de l’intrigue et qui viendrait en parallèle de celle de l’écrivain. Hoffmann serait donc alors cet amoureux qui poursuit sans cesse la même femme, ainsi qu’il le dit dans le Prologue (ou l’acte I) : « Oui, Stella ! Trois femmes dans la même femme ! Trois âmes dans une seule âme, artiste, jeune fille et courtisane ! ». Et malgré l’abandon de la cantatrice, l’écrivain sera sauvé par sa Muse qui a veillé sur lui tout au long de l’opéra. La dernière image est très belle : accompagné par la poursuite, le poète quitte la scène à cour, suivi de la Muse.

Contes d'hoffmann la muse et hoffmann

Hoffmann et la Muse

Par les nombreux thèmes qu’il véhicule, cet opéra est d’une très grande richesse. En dépit de la lourdeur de son rôle, Stefano Zucco, interviewé dans la coulisse, a dit à Alain Duault le plaisir immense qu’il prend à jouer le rôle d’Hoffmann. « C’est l’Eden ! », a-t-il déclaré. Je l’ai trouvé cependant en retrait, sans grand relief dans son jeu et dans son chant face à ses partenaires féminines. Où est le héros romantique consumé d’amour ?

A contrario, dans l’acte II, Jane Archibald est époustouflante dans le rôle d’Olympia, la poupée mécanique nymphomane. Ses mouvements saccadés et précis, la clarté de sa voix, ses aigus impeccables impressionnent. Incarnant Antonia menacée par un mal inéluctable, la voix d’Ana-Maria Martinez  exhale une intense mélancolie. J’ai déjà dit la très forte impression que m’a faite le trio de l’acte III, quand Antonia se mesure avec sa mère dans un chant mortifère. Sophie Koch dans le rôle de Giulietta m’a, en revanche, moins convaincue, en dépit de sa prestance et de son abattage. On ne l’oubliera pas évoluant parmi ces lubriques fauteuils de théâtre qui ont le mouvement d’une gondole et qui se transforment en lupanar, au son de la célèbre Barcarolle.

lcontes d'H la barcarolle

Pendant la Barcarolle de l'acte IV, l'acte de Giulietta 

Luther et Crespel sont interprétés sobrement par Jean-Philippe Lafont tandis qu’Eric Huchet nous propose un amusant moment récréatif dans le rôle de Frantz, le serviteur du père d’Antonia. Oserai-je ajouter que le phrasé des chanteurs français était parfaitement audible alors que la diction des autres chanteurs  m’a demandé un effort énorme, au point que j’aurai souhaité un surtitrage ?

Malgré ces quelques réserves, j’ai été séduite par cet opéra dont le héros est le « fantastique Hoffmann », ainsi que l’appelait Théophile Gautier. Dans cette atmosphère tragi-comique, à travers ce portrait émouvant d’un homme et d’un artiste, j’ai découvert un Offenbach lyrique et émouvant.

 

Sources :

Les Contes d’Hoffmann, un dossier proposé par Christian Peter

Programme, FRA Cinéma, François Roussillon et Associés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 14:11

 

 le-baiser

Le Baiser, Gustav Klimt (1907-1908)

 

Quelque chose qui semble toujours nous attendre quelque

Part et reste toujours caché ce cri étrange solitaire d’avant

Le monde comme d’un grand oiseau dans le gris du matin

Ce quelque part cet incertain qui est une solitude éternelle

Un manteau qui flotte autour du corps et dont on voudrait

Se défaire à chaque instant Toute rencontre est une énigme

Est un miroir qui nous défait et nous fait ressembler à cela

Ces mains enfouies dans la farine du soir quand l’heure est

Bleue quand il est temps d’écarter doucement les dentelles

De la nuit ou de l’aube ou de quelque début de toute rencontre

Nous prend la main dans le sac des yeux et nous transporte

Jusqu’à cet inconnu en nous cet obscur comme une étreinte

Qui se prépare mais nous ne savons pas ce qui nous lie à ça

Cet étonnement cette goutte d’ombre qui noue les cils de l’

Un à l’autre celle qui semble saoule et qu’on va reconnaître

 

On connaît le musicologue et mélomane Alain Duault mais sait-on bien qu’il est aussi poète et qu’il a reçu le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française en 2002 pour son recueil, Où vont nos nuits perdues ? Je l’avais rencontré aux Journées du Livre et du Vin 2011 et avais alors découvert son œuvre poétique.

Dans le troisième tome de sa trilogie poétique, Ce qui reste après l’oubli, inaugurée par Une hache pour la mer gelée (« Tout livre doit être une hache pour la mer gelée qui est nous », écrit Kafka), il reprend la forme versifiée et géométrique en carré et sans ponctuation qui lui est particulière. Dans cette succession de quinzains, il ressasse souvenirs, images et mots de son kaléidoscope intime, dans un phrasé lancinant qui hypnotise le lecteur.

Le texte que j’ai choisi ici est le quatrième de la septième partie du recueil, « Cet obscur qui est en nous » (ses titres sont de petits bijoux !). Il y est question d’un « quelque chose » à quoi on tend mais qui nous demeure celé et que la rencontre (deux occurrences du mot) viendra révéler comme une épiphanie.

Dans l’expression de cette découverte qui s’opérera à la faveur d’un isolement existentiel (« ce cri étrange solitaire », « une solitude éternelle »), on notera l’indétermination du lexique : des substantifs tels « Quelque chose », « quelque part », « incertain » ; des verbes comme « semble » (deux occurrences ) ou « flotte » ; des adjectifs indéfinis ( « quelque « ) ou pronoms démonstratifs (« ça »). On y parle d’ignorance : ce lieu indéterminé est « toujours caché » ; « nous ne savons pas » pourquoi nous sommes attirés par lui. Cette chose mystérieuse adviendra peut-être grâce à la rencontre, quoique celle-ci demeure toujours « une énigme ». On notera les adjectifs employés nominalement : « cet inconnu », « cet obscur », que vient renforcer la métaphore de la « goutte d’ombre ». Mystère et secret que conforte encore l’adjectif démonstratif très largement usité  ici, dans un emploi complexe, qui affirme l'ostentation de ce qui est caché.

En même temps, se fait jour une tonalité affirmative, qui dit avec violence que le voile peut se déchirer : l’adverbe de temps « toujours » est employé au premier vers d’un poème qui s’achève sur l’idée d’une reconnaissance réciproque (« de l’/Un à l’autre ») et dans celle d’une certitude avouée, exprimée par le futur immédiat : « celle qu’on va reconnaître ».

Mais ce dévoilement apparaît ambigu : ce « quelque chose » n’est-il pas « toujours caché » (vers 2) ? La « goutte d’ombre » découverte l’est, quant à elle, dans un vertige (« saoule »).  Elle est encore attache puisqu’elle « noue les cils » et s’opère dans un lien (« lie »).

J’aime beaucoup aussi les images de ce poème. Si les référents en sont classiques, tels  l’oiseau ou le miroir, le poète les renouvelle à sa manière. Par le moyen des sonorités (« [gr]and oiseau dans le [gr]is du matin », vers 3), par l’emploi ambigu des verbes : le miroir détruit et reconstruit autre chose ( « un miroir qui nous défait et nous fait ressembler à cela », vers 7), par le jeu avec les expressions toutes faites : « Nous prend la main dans le sac des yeux… » (vers 11).

On sera enfin sensible aux sensations. Si l’ouïe est sollicitée avec le cri de l’oiseau, le toucher l’est aussi avec ce manteau qui « flotte autour du corps », « les mains enfouies dans la farine du soir » (vers 8), la main que l’on « nous prend » (vers 11), les « dentelles de la nuit » (vers 9) que l’on écarte, et « cet obscur comme une étreinte » (vers 12) qui renvoie au corps-à-corps amoureux. Quant à la vue, elle est évoquée avec "le gris du matin", le "bleu" de l'heure et "la goutte d'ombre", obscurité rehaussée par le substantif "obscur".

Alain Duault explique qu’il écrit de la poésie car il n’a pas écrit de la musique. Une revanche lyrique et musicale dont ce poème est la plus parfaite expression.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire : le secret, le mystère

 

 


 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 15:03

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Quittant l’Occident, ses leurres intellectuels et ses amours futiles, j’avais fui vers Hong-Kong, le port aux parfums, espérant que j’y ferai du neuf avec du vieux. Je passai bientôt une grande partie de mon temps au Hong-Kong Café, enfin je devrais dire dans l’arrière-arrière cour du Hong-Kong Café, où se dissimulait la fumerie d’opium, la plus crasseuse que j’aie jamais fréquentée.

Derrière les hautes tentures déchirées d'un rouge délavé, allongé sur un vieux banc laqué de noir et tout brinqueballant, dans la chaleur moite des vapeurs du chandoo, à l’orée du silence, je m’efforçais vainement de me rejoindre moi-même, je tentais désespérément d’accéder à l’harmonie céleste. En vain. La terre des hommes collait à mes pieds fatigués, la houle des bruits de la fête urbaine de Kowloon assourdissait sans cesse mes oreilles, mon hypocrite théâtre intime persévérait à jouer la comédie en moi.

Ce fut par une claire soirée, lavée et essorée par la mousson, qu’il me fut donné de rencontrer celle que depuis je n’ai cessé d’appeler ma Fleur de lune. Ne m’était-elle pas apparue étrangement blanche sur les murs noircis de la fumerie ?

L’amande mi-close de ses yeux, la ténèbre vivante de sa lourde chevelure, le pur ovale de son visage de craie, le frôlement électrique de sa nivale tunique de soie, eurent raison de ma volonté déjà chancelante. Le feu sacré de la passion amoureuse me dévora en un instant, la nostalgie du poisson tropical qui me fouaillait disparut soudain, le fantôme d’écriture qui hantait mes rêves velléitaires réapparut.

Plus rien ne me préoccupa désormais que le secret d’alcôve que sa bouche langoureuse me chuchotait chaque nuit. Derrière le mur originel qu’elle avait érigé pour celer notre amour, je sus que ma seule issue serait d’écrire l’histoire de ce nouvel attachement chinois à l’encre de sang chaud.

 

Pour le défi d’Anélias B. link

Ecrire un texte avec les expressions en italique 

 

 

 


 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 08:30

 

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Icône d'Arhakas et Oghani, figures cynocéphales

Musée d'art copte, Le Caire

 

Taire le mystère

Dire son secret à la terre

Salutaire secrétaire

 

Ce que fit le roi Marc

Aux oreilles de cheval

 

Textoésie envoyé le mardi 18 septembre 2012,  à 09h 28,

En écho au textoésie de Suzâme, reçu le dimanche 16 septembre 2012 à 10h 17 link

 

 

 

 

 

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 12:06

Les poétiques 6

Didier Sandre lors de la lecture de textes des éditions La Dragonne

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Les 7, 8 et 9 septembre 2012, les amoureux de la poésie s’étaient de nouveau donné rendez-vous à Saumur, au jardin des Plantes, pour la 6ème édition des Poétiques. Accompagnée de ses deux guitaristes, Grégory Natale et Eric Rathé, l’artiste pluridisciplinaire québécoise Sylvie Laliberté a ouvert le festival avec ses chansons faussement naïves, tristes et pas tristes, sur l’amour et le monde actuel.

Les rencontres de l’année dernière avaient été consacrées aux éditions Zulma ; cette année, c’était les éditions La Dragonne, créées en 1998, qui étaient à l’honneur. D'autres éditeurs étaient aussi présents : Potentille, Approches, Entre deux, Les Ateliers Rougier, La revue Ficelle, Dernier Télégramme, Les Prestigieux Etablissements Frichtre, la Médiathèque de Saumur et bien sûr la librairie indépendante Le Livre à Venir animée par Patrick Cahuzac.


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Le stand de la librairie indépendante Le Livre à Venir à Saumur

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le samedi 8, leur créateur, Olivier Brun, est venu évoquer la variété d’un catalogue, où se côtoient Philippe Claudel, Bernard Noël ou Florent Kieffer. La demi-douzaine de collections de la maison  propose romans, récits, poèmes, plus ponctuellement des livres d’artistes. Souhaitant une proximité avec ses lecteurs, La Dragonne « s’attache, de manière artisanale, à faire découvrir- ou redécouvrir- des livres qui savent prendre leur temps ». « Chaque livre, réalisé avec soin, se voudrait le prolongement d’une aventure humaine autant que littéraire ».

Les poétiques 3

L'Ecole de Musique de Saumur au jardin des Plantes

Ce même samedi, on pouvait aussi assister à une lecture-rencontre avec la peintre et poète, Caroline Sagot-Duvauroux. Elle était accompagnée de Cathie Barreau, écrivain et responsable de la Maison Julien-Gracq à Saint-Florent-le-Vieil. Née en 1952, elle vit à Crest dans la Drôme où elle s’occupe d’un marché annuel de petits éditeurs. Depuis 2002, elle publie chez José Corti. Selon Antoine Emaz, c’est « l’énergie, la pulsion de langue, le continuel en avant de parole, le goût de la matière verbale », qui caractérisent son écriture. Une « écriture de l’élan », qui se collette avec les mots et leur redonne vie. « Je dissone. Vous ignorez qu’outre mesure un chant bat… » 

Cette première journée s’est achevée avec une lecture dansée, proposée par le poète Antoine Mouton (publié à La Dragonne) et la danseuse et chorégraphe Carole Bonneau, qui enseigne au CNDC d’Angers. Intitulé Un qui s’en va, un qui reste, le spectacle met en scène « des objets usuels, des sensations où les mots sont reliés entre eux par le mouvement et sollicités de manière inhabituelle ».

les poétiques 2

Bibliothèque d'Urcée, une série gravures au carborundum, de Gérard Titus-Carmel

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le dimanche 9 septembre au matin avait lieu un atelier, animé par Pierre Bodériou, artiste et enseignant à l’Ecole d’Art. Il a permis à une huitaine de participants de se sensibiliser à la technique et à l’art de la gravure. Celle-ci était par ailleurs superbement représentée par une exposition d’œuvres originales de Gérard Titus-Carmel (peintre, dessinateur et poète), la série de gravures, intitulée Bibliothèque d’Urcée. Avec cette œuvre, l’artiste utilise une technique de gravure mise au point par Henri Goetz, la gravure au carborundum. Celui-ci est une poudre dont on se sert dans l’industrie de rodages divers, le travail du verre, de la fonte, le polissage des pierres, mélangée avec des vernis ou des résines qui durcissent au séchage. Le thème du livre devient, sous les doigts de l’artiste, prétexte à un travail géométrique et coloré. « Une méditation plastique sur le fil du rasoir : à la fois construite et buissonnière... »

Gérard Titus-Carmel, illustrateur notamment d’Yves Bonnefoy et de Philippe Jacottet, était par ailleurs l’interlocuteur du poète Antoine Emaz, auteur d’une trentaine de recueils de poèmes. Leur entretien a porté sur la réalité du livre d’artiste, dont j’aimerais rendre compte ici.

Les poétiques

Entretien de Gérard Titus-Carmel et Antoine Emaz sur le livre d'artiste

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Je suis arrivée alors que la rencontre avait déjà commencé. Gérard Titus-Carmel disait que, dans cette délicate entreprise, l’illustrateur doit s’adresser à la personne idoine qui a écrit le texte qu’il fallait. Pour Antoine Emaz, il s’agit toujours d’un travail de relation, que l’on parte d’un travail plastique ou de poèmes. Ainsi, pour le livre intitulé Vagues, il a écrit un texte né de la forme prévue par l’artiste, tout un système de pliages. Il ne faut surtout pas être prisonnier de l’image proposée par l’artiste et l’échange doit se faire dans les deux sens.

Le livre d’artiste est bien plus qu’un travail à quatre mains. Gérard Titus-Carmel évoque l’auteur, l’artiste, l’éditeur, le façonnier, le distributeur. De plus, s’il faut certes rentrer dans une forme, il faut aussi penser à la façon dont l’artiste entrevoit la collaboration en différé, à l’écart qui existe entre les deux formes. Il importe de tenir compte de la nature même du travail de chacun, le peintre dans son atelier et l’auteur dans sa bibliothèque.

A propos du travail d’imprimerie, Gérard Titus-Carmel regrette la disparition des véritables imprimeurs. Il évoque avec mélancolie un imprimeur de ses amis, à L’Haye les Roses, survivant d’une époque qui ne connaissait pas encore le jet d’encre.

Selon Antoine Emaz, la « part insubmersible » qui demeure, c’est le rapport entre l’artiste et l’écrivain. Il souligne cette zone d’amitié, de correspondances, qui permet encore la réalisation d’une œuvre qui sera tirée à cinq ou six exemplaires, dans une perspective qui n’est pas marchande. C’est ce que Daniel Leuwers appelle les « livres pauvres ». Constituant des collections hors commerce, ce sont de petits ouvrages où l’écriture manuscrite d’un poète rejoint l’intervention originale d’un peintre. Publiés depuis une dizaine d’années chez Gallimard, ils ont déjà atteint le cap des mille livres.

En ce qui concerne l’importance des affinités électives, est évoquée ici la rencontre du sculpteur et peintre Antonio Segui avec Alberto Manguel. Tous deux Argentins, tous deux exilés en France, ils ont publié plusieurs livres ensemble ( Sombras de Segui, Il Ritorno…)

Puis Gérard Titus-Carmel rappelle la traduction de Pétrarque par Yves Bonnefoy, qu’il a illustrée (Je vois sans yeux et sans voix je crie, chez Galilée, « Lignes fictives », 2011). Est-ce l’auteur italien qu’il illustre ou le poète français, se demande-t-il. Il lui faut "trouver l’interstice", dit-il, considérant que c’est plutôt la traduction de Bonnefoy qui illustre Pétrarque. Quant à lui, il lui faut découvrir une autre façon d’entrer dans les mots.

Pour ce qui est des contraintes technique, elles sont parfois selon lui, et paradoxalement, le prix de la liberté. Ainsi, le fait de lui imposer deux couleurs, par exemple, lui permet de ne pas avoir à hésiter sur la troisième ! A ce propos, Antoine Emaz se souvient de sa collaboration avec Marie Alloy pour le recueil intitulé D’une haie de fusains hauts (Editions Le Silence qui roule).  A côté des lavis de couleur verte, le poème, souligne-t-il, doit pouvoir tenir tout seul, et l’artiste doit pouvoir se voir en soi : « Quelque chose comme une ventilation lente d’être ». Et si l’on n’est pas satisfait, reprend Antoine Emaz, la question se règle vite : ou l’on se remet au travail, ou l’on écrit un autre texte.

Il précise par ailleurs que, pour sa part, il n’écrit quasiment plus de poèmes, « ça ne marche plus ». C’est ainsi qu’il est en train de réaliser l’anthologie de son œuvre poétique. Caisse claire (chez Points) rassemble ses textes de 1990 à 1997. Sauf, avec des encres de Djamel Meskache (chez Tarabuste), réunit les poèmes de 1986 à 2001. Il lui reste un dernier ouvrage à faire pour la période 2000-2010. Après, « j’aurais fini », assure-t-il.

Ensuite, Gérard Titus-Carmel  parle des repentirs. Après avoir peint un tableau, on se dit qu’il est là, qu’il ne bouge pas, et puis, un jour, il apparaît désastreux. Et l’on se met à repeindre dessus. Il se remémore ainsi cette grande toile violette, aux teintes vineuses, dont pendant six mois il avait été très satisfait. Un jour, soudain, il s’est dit que c’était "un désastre" et il l’a repeinte au jaune de Naples. Une femme visitant son atelier lui a dit : « J’aime beaucoup la jaune. » Revue et corrigée, la toile violette avait disparu. Il rappelle encore l’anecdote de Pierre Bonnard qui visitait les musées une boîte de couleurs à la main et retouchait les toiles de maître.

Dans la réalisation d’un livre d’artiste, subtile alliance d’un poète et d’un illustrateur, le peintre est-il « appelé à filer doux » ? En fait, il s’agit plutôt pour chacun de se placer dans sa « belle et voisine solitude » et de faire en sorte « qu’une autre voix se joigne à la sienne ». Le peintre tentera de « donner forme au mystère », en approchant « l’indénouable secret des mots », en prêtant l’oreille au « chant d’un écho ». Tout est dans la qualité du partage, « comme l’ombre et la colonne, le prince et l’architecte ».

Il semblerait par ailleurs qu’il n’y ait pas de loi en ce qui concerne le format de l’ouvrage. Selon Gérard Titus-Carmel, qui a illustré une quarantaine de livres, aux formes les plus variées, seul compte « le beau geste ». Il avoue que l’illustrateur est « presque de trop mais que ce trop est demandé ». Le livre réussi sera celui que l’on referme en disant : « C’est bien ! »

Quant à s’attaquer aux « grands textes », le peintre qu’il est n’y songe guère. S’il reconnaît les réussites de Daumier avec La Divine Comédie ou de Granville avec La Fontaine, il déplore ce que fit Dali par exemple avec l’Evangile de Jean. Dans ce genre d’entreprise, n’est-il pas en effet très malaisé de « tenir la longueur » ? Il préférera se préoccuper de la structure d’un texte en l’illustrant au début avec le frontispice, au milieu et à la fin. Une manière discrète de dire : « Je suis toujours là ! »

Antoine Emaz rappelle alors son travail (Obstinément peindre, davantage « étude » ou « note sur ») avec  Monique Tello, peintre et graveur, publié Au Temps qu’il fait. Après lui avoir donné à visiter son atelier, le peintre a envoyé au poète des gravures de tigres et de feuilles de figuiers. Il les a eues longtemps sous les yeux dans « un continu de regard » ; il a voisiné avec elles. Il ne parlera pas de construction mais bien plutôt de « prises de vue sur un travail ». Cherchera-t-il « quelque chose qu’il ne voit pas » ? Sera-t-il attiré par une couleur ? En l’occurrence, dans ce cas-précis, Antoine Emaz n’a d’abord perçu qu’un fouillis de lignes puis, peu à peu, dans ces œuvres à la limite du figuratif et de l’abstrait, il a « vu » les tigres. De même, les feuilles de figuier lui sont apparues davantage comme des motifs décoratifs sans référent réel. C’est alors que « du texte finit par s’écrire » et que « le texte essaie d’ouvrir le regard ».

C’est ce « regard long et attentif » que Gérard Titus-Carmel a provoqué chez lui quand le poète a admiré la série des Nielles, « presque effrayants d’énergie », dans lesquels le peintre a décliné l’image du torse de Christ de Matthias Grünewald. Dans le mouvement de cette série de cinq nielles gravés, il a décelé « quelque chose de fantastique ». Gérars Titus Carmel explique alors cette légère rotation du tronc du Christ qui fait qu’il tourne sur lui-même. « Tout en rendant hommage à Grünewald, cette série extrêmement raffinée offre par la superposition de deux gravures et dans un jeu subtil de transparences, une double lecture de la vision du thorax et une démultiplication de plans, qui accentuent l’effet d’asphyxie et de torture infligées au corps supplicié. » Des vingt-huit cuivres d’origine, il n’en a retenu que cinq, donnant à voir « la présence-absence d’un corps rêvé ». Antoine Emaz, dit-il, a su parler de cette vie-là, qui pouvait assurer la série. Antoine Emaz lit alors des extraits de ce qu’il a écrit sur les 150 dessins de La Suite Grünewald (en téléchargement sur le site de François Bon). 

Mais Gérard Titus-Carmel est aussi un peintre qui écrit. Voilà pourquoi il évoquera son recueil de poèmes intitulé Ressac. Ce sont trente poèmes, quasiment identiques, qu’accompagne une sorte de voix off comme dans un chœur antique, une manière de Variations Goldberg sur la mer. Antoine Emaz le présente ainsi chez Poezibao : « Livre strictement d’une seule situation : une personne immobile regarde les vagues se briser sur une plage de galets. […] une écriture du flux rythmique autant que de l’émotion et de la mémoire. Mais c’est tout aussi bien une écriture de la contrainte, du cadre, de la composition. J’ai déjà dit la situation unique tenue sur cent pages ; il faut ajouter l’organisation quasi arithmétique de l’ensemble. » Un recueil que j'ai acheté et dont j'aime le titre des trois mouvements : " Oppresse du loin montant", "Variations sur le ressac" et "Oppresse du loin descendant".

Antoine Emaz renchérit qu’il aurait aimé être peintre. Il apprécie de travailler avec eux car ils lui « apprennent des choses ». Picasso disait que « Reverdy à ses yeux écrivait comme un peintre ». Les deux artistes évoquent alors les illustrations de Picasso pour Le Cocu magnifique de Fernand Crommelynck (1966), un ouvrage à la « beauté d’estran », marqué par l’écart entre le texte et l’image. Ils admirent encore le travail à quatre mains de Picasso et de Reverdy sur Le Chant des morts, du second.

Cet entretien passionnant s’est donc achevé sur cette idée capitale qu’on ne sera jamais un bon illustrateur si on le fait d’une manière servile. Poète et peintre travaillent ainsi en toute liberté.

Les Poétiques 5

Lecture par Didier Sandre de textes édités à La Dragonne 

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le point d’orgue de cette sixième édition des Poétiques a été donné par une lecture de textes des écrivains publiés à La Dragonne par le grand comédien Didier Sandre. Celui qui a reçu en 1996 un Molière pour le rôle de Lord Arthur Goring dans Un mari idéal d’Oscar Wilde est un grand liseur de textes et un marathonien des mots qui participe à de nombreux festivals.

Albane Gellé l’a remercié de sa venue qui clôture de belle manière le festival. Elle a salué l’Ecole de Musique qui a animé le week-end et tous ceux qui ont contribué à la réussite de ces trois jours en poésie.

Le comédien avait choisi des textes de tonalités diverses. Il a d’abord lu une nouvelle, intitulée « Chelsea Hôtel », extraite du recueil de Fabien Sanchez, Ceux qui ne sont pas en mer. L’histoire d’un écrivain, le narrateur, partagée entre une femme réelle et une autre fantasmée, sur qui flotte d’ombre d’un père qu’il n’égalera jamais. Entre réalisme et humour grinçant, le narrateur se demandera à la fin « comment [son père] avait fait pour vivre et être à la hauteur ». Le comédien a su rendre cet univers noir de Fabien Sanchez, qui lui a valu parfois d’être comparé à Raymond Carver. Tout comme le nouvelliste doit « trouver sa propre musique », Didier Sandre a trouvé la sienne pour mettre en voix la tonalité mélancoliquement amère de Fabien Sanchez.

Il a ensuite lu deux textes, extraits de Un bâton de l’écrivain belge Pascal Leclercq.  Dans "Mauve et l’enfant", il a fait renaître la poésie d’une écriture imagée qui, ainsi que l’explique Marie-Clotilde Roose, se nourrit du végétal, de l’animal, qui « confronte l’humain à ses limites, à ses terreurs et ses absurdités, mais aussi à ses tendresses et à ses pudeurs ». Au milieu des phalènes, dans « la ville appauvrie », parmi la chélidoine et la sauge, Mauve a « surgi de nulle part », avec ses mollets vêtus de « bas blancs tachés de fruits rouges ». Une « texture aérienne » pour une nouvelle poétique.

Du même ouvrage, le comédien nous a donné à entendre un autre texte, « Sur la Transcévenole ». Chemin faisant, il nous a appris à marcher au pas et à renaître dans la marche : « Je deviens ma besogne/ me cambre sous le garrot. » Une route qui est plutôt celle des origines, une sorte de métaphore cahoteuse de la vie : « Je ne suis plus que le chemin, je caresse et chloroforme. » Et comme l’écrit justement Jack Keguenne, « L’inévitable contrainte de la fin n’exclut pas le choix des chemins que l’on décide de sceller en soi. » Ces deux textes à l’écriture « très physique » ont fait l’objet d’installations sonores en direct avec Jack Vitali.

Enfin, Didier Sandre n’a jamais été aussi meilleur, me semble-t-il, que dans la lecture de La Manifestation, d’Antoine Choplin, une histoire à la lisière du réalisme et de la fable. Grâce à ses mimiques, ses intonations, ses hésitations, ses rares mouvements de mains, ses sourires entendus, nous avons suivi et « vu » ce Monsieur Bobbie, un petit vieux encore enfant, peut-être un malade ou un retraité, qui fait tous les jours la même promenade « trigonométrique ». Cette silhouette à la Monsieur Hulot est happée un jour dans une manifestation qui lui donne enfin l’occasion d’Exister. Ni la bousculade, ni les coups des « saucisses d’ébène » n’auront raison de ce dernier sursaut de vie qui se manifeste par le cri : « Liberté! Exister ! Crever !… » Trois mots qui « sonn[ent] sacrément ! » Le petit homme mécanique se verra sans doute sauvé à la fin : « Des larmes, Monsieur Bobbie, des larmes ! »

Chaudement applaudi par l’auditoire des Poétiques, Didier Sandre a lu encore deux texte très brefs : « On partira sans doute… on restera peut-être… on sera un garçon comme un autre… à mille lieues du but qu’on se sera fixé. » Puis, discret et souriant, il nous a quittés avec un geste amical de la main.

 les-poetiqyes-11.JPG

Au stand de la librairie Le Livre à Venir, mon recueil de poèmes, Vers rêvés, à l'ombre de Césaire !

 

 

 


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 18:03

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      Le jet d'eau dans le bassin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com, 02 juin 2012)

 

 

Le jet d’eau dans le soir d’avril

Discrètement bruit à peine

Comme pour mieux conter sa peine

A nos jeunes cœurs puérils.

 

Le jet d’eau, que chuchote-t-il

Dans ce lent parfum de verveine

A faire hésiter, ô sereine !

Une larme au bord de vos cils ?

 

Vieille chanson qui jase et pleure

Au gré capricieux de l’heure

Selon qu’elle passe, rêvant

A des amours que l’on oublie,

Ou sanglote, mélancolie

Eparse aux tristesses du vent.

 

"Premiers Vers" in La Bohème et mon Coeur, Francis Carco

 

 

Cette petite suite de vers croisés (et de deux vers suivis) octosyllabiques parut dans La Bohème et mon Coeur, un recueil de poèmes, édité en 1912. On y observe déjà chez Francis Carco cette "brume de mélancolie, que nul rayon de joie ne parvenait à percer", ainsi que l'a écrit Roland Dorgelès.

Peu de temps après, en 1913, le créateur de l'Ecole Fantaisiste allait aimer Katherine Mansfield, d'une passion qui marquerait sa vie. Ce poème semble préfiguer cet "amour voué au désastre".

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Voilier : Sonore

 

 

 

      Richter joue Jeux d'eau de Maurice Ravel

 

 



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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 10:51

 lever de lune(

      La pleine lune au-dessus du bûcher

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Orton, 1er juin 2012)

 

Vague ectoplasme

Folle auréole

Rare rondeur

Orbe d’amphore

Disque odalisque

Cerne de perle

Sacre de nacre

Astre d’albâtre

Hautaine hostie

 

Lune lavée

Lune levée

 

Pour Papier Libre de Juliette

Thème : lever de lune

 

 

 

 

 

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