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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 13:25

 

002.JPG

Photo ex-libris.over-blog.com, 2011

 

 

 

Là-bas

Où volent les galas

Dorment les koalas

Crient les coockaburras

Là-bas

Au temps du rêve

 

 

 

 

 

 

Blog en sommeil

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 23:15

 Chagall-1.JPG

 

Avec l’exposition Chagall, L’Epaisseur des rêves, c’est tout un siècle de création artistique à travers une vie de peintre que nous propose le musée de La Piscine à Roubaix. Cette merveilleuse déambulation à travers la diversité et la richesse des œuvres de l’artiste russe nous donne à découvrir sa curiosité pour les genres et les techniques les plus variés. Plus de deux cents œuvres, créées entre 1907 et 1980, ont été collationnées, qui révèlent le préoccupation de la forme chez un artiste protéiforme.

Cédric Guertus, le scénographe de l’exposition, s’est attaché à mettre en relief un cheminement qui prend sa source dans la ville natale de Vitebsk, se prolonge dans l’exil en France, aux Etats-Unis et en Provence, sans toutefois négliger les tragédies du siècle et les drames intimes de l’artiste. Dans son autobiographie, Chagall écrit : « L’essentiel, c’est l’art, la peinture, une peinture différente de celle que tout le monde fait. Mais laquelle ? Dieu, ou je ne sais plus qui, me donnera-t-il la force de pouvoir souffler dans mes toiles mon soupir, soupir de prière et de tristesse, la prière du salut, de la renaissance ? »


Chagall

Double portrait au verre de vin

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 1, Construire avec la couleur, est dominée par l’impressionnant Double portrait au verre de vin (1917-1918), colonne colorée d’un trio familial, l’ange au sommet du tableau représentant sans doute Ida, la fille de Marc Chagall et de Bella, née en 1916. J’en aimé le mauve qui reprend la teinte de la jambe, sous la robe blanche du personnage féminin. Dans cette salle, on admire aussi les différents traitement du thème de La chute de l’ange, en noir et en couleurs.


Chagall-esquisse-pour-la-chute-de-l-ange.JPG

Esquisse pour La Chute de l'ange

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 2 est dévolue au Théâtre d’art juif. Le chef de troupe Alexeï Granovski avait confié à l’artiste le décor du Théâtre de chambre national juif, travail dont rendent compte de nombreuses études. A cette occasion, Chagall a permis un renouveau des arts de la scène en intégrant dans les motifs et les accessoires des costumes certaines figures de la société juive. Plus tard, réfugié à New-York, il se verra confier le décor et les costumes du ballet Aleko, auquel est dédiée la salle 3. Il s’agit d’une chorégraphie en quatre tableaux, inspirée par Les Tziganes de Pouchkine, sur un Trio en la mineur de Tchaïkovski, orchestré par Erno Rapee. Dans la lignée des Ballets russes, Aleko ressuscite la Russie de Chagall, installé à Mexico avec sa femme Bella à l’été 1942. Confiés pour la réalisation à des artistes mexicains, ces costumes associent des motifs préhispaniques et des personnages fabuleux aux couleurs ensoleillées du Mexique. Habillant des mannequins, disposés en arc de cercle sur des gradins blancs, ils offrent l’image immobile de ce qui dut être un spectacle merveilleux, dont un film d’époque vient raviver le souvenir.


Chagall-costumes-Aleko.JPGCostumes pour le ballet Aleko

 (Photo ex-libris.over-blog.com)


Dans la salle 4, on voit comment, avec le décor et les costumes de la nouvelle production de L’Oiseau de Feu de Stravinski (pour le Ballet Theâtre de New-York), Chagall poursuit sa contribution aux arts de la scène. Le 24 octobre 1945, au Metropolitan Opera House, sa réalisation connaît un succès tel qu’il sera associé à la chorégraphie de Balanchine en 1949 et en 1970. Pour ce ballet, l’artiste composa trois décors, un rideau de scène et plus de quatre-vingts costumes, en collaboration avec sa fille Ida. Si la Russie est au cœur de cette œuvre si typiquement russe, les origines amérindiennes du Mexique ne laissent pas de transparaître, notamment dans le costume du Monstre vert à rayures noires ou encore dans celui de la Femme monstre. J’ai aussi particulièrement aimé les pastels réalisés pour la Princesse verte et la Princesse rouge aux couleurs éclatantes.


chagall-costume-pour-la-princessse-rouge.JPG

Costume pour la Princesse rouge de L'Oiseau de feu

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 5, intitulée L’épaisseur des rêves, présente la production céramique de Chagall, qui découvre Vence en 1950 avec Virginia Mc Neil. Associant des motifs divers, il y crée des récipients surprenants, superbement émaillés, décorés d’oxyde, gravés au couteau. Des visages féminins y voisinent avec des animaux, des couples s’y enlacent, le Christ y apparaît crucifié. Le passage incessant d’une technique à l’autre se révèle à travers la récurrence des motifs semblables. Le douloureux Christ ceint du taleb est présent dans l’Autoportrait à la pendule comme il l’est sur le grand vase brun intitulé Crucifixion. Les amoureux célestes sont visibles dans Le Nuage nu ou sur le Vase à la main ou encore le Vase sculpté. Signes révélateurs d’un artiste en proie à ses obsessions : l’amour, la mort, la ressemblance entre monde humain et monde animal.


Chaglla-ceramiques.JPGEn haut à gauche, Crucifixion

(Photo ex-libris.over-blog.com)


De la céramique au modelage, il n’y a qu’un pas qui permet à Chagall de « donner forme à la merveille ». Ce que nous donne à admirer la salle 6 qui présente les sculptures de l’artiste. Pour Chagall, issu du peuple russe, la référence obligée est celle de la stèle tombale, telle qu’il la représente dans la toile dénommée Le Cimetière (1917). Nombre de ces œuvres, nées dans le marbre ou la pierre de Bornes, sont des illustrations de l’Ancien et du Nouveau testament ; elles m’ont fait penser à certains chapiteaux romans. On y retrouve aussi tout le bestiaire cher à l’artiste, les amoureux, autant de thèmes que Chagall ne cessera d’explorer, « de la toile au bas-relief, du papier à la ronde bosse ».


Chagall-sculptures.JPGDeux bas-reliefs

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 7 célèbre La couleur monumentale et notamment le plafond de l’opéra Garnier, dont elle expose de très nombreuses études.  On sait que, en 1963, Malraux commanda à Chagall cette composition destinée à recouvrir le plafond circulaire de Jules Eugène Lepneuveu. Avec ses lieux parisiens emblématiques, ses motifs renvoyant au monde du spectacle, ses clochers russes, ses coqs, ses musiciens, ce plafond extraordinaire offre la ronde d’un syncrétisme artistique unique. Le peintre n'écrivait-il pas : "Mon art [...] est peut-être un art insensé, un mercure flamboyant, une âme bleue jaillissant sur mes toiles."


chagall-opera.JPGEtude pour le plafond de l'opéra Garnier

(Photo ex-libris.over-blog.com)


En parallèle, Chagall aura aussi travaillé le noir et le blanc, ce que nous montre la salle 8, Au-delà de la couleur. Dès les années 1920, c’est à la plume et à l’encre noire qu’il illustre son autobiographie, Ma Vie. Plus tard, après la guerre de 1940, il réalisera de gigantesques dessins en noir et blanc, sur des papiers précieux ; toutes les tonalités du noir y seront explorées.

L’exposition s’achève avec la salle 9, Forme et couleur. On y découvre un Chagall passionné par les collages, utilisés aussi bien dans ses esquisses que dans ses études. Hérités du cubisme et du surréalisme, ils rappellent encore les bois gravés populaires russes, les louboki. Réalisées alors qu’il est déjà très âgé, ces œuvres témoignent de l’inlassable inventivité de l’artiste.

Au terme de cette exposition, on ne peut qu’admirer encore et toujours la capacité incessamment renouvelée d’un artiste qui chercha toute sa vie à « donner forme à la merveille ».

 chagall-couple-jaune.JPG

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

 

Sources :

Roubaix, Musée d'art et d'industrie André Diligent, La Piscine, Petit Guide des expositions du 13 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Marc Chagall, Le peintre-poète, Ingo F. Walther/ Rainer Metzger, Taschen

 

 


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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 16:20

Gilbert delaine devant chat de 

      Gilbert Delaine devant une oeuvre de Karel Appel

(Photo La Voix du Nord)

 

A l’occasion des trente ans du LAAC, le musée d’Art contemporain de Dunkerque propose une grande exposition consacrée au groupe CoBrA et intitulée CoBrA sous le regard d’un passionné. Ce passionné, c’est Gilbert Delaine, le fondateur de la collection, qui a rassemblé des œuvres de son propre fonds et d’autres, issues de musées français, belges ou néerlandais. Huit salles, à la présentation claire et harmonieuse, permettent ainsi de découvrir la richesse et l’inventivité de ce mouvement artistique européen.

L’acronyme de son nom (trouvé par le poète belge Christian Dotremont) est d’ailleurs révélateur à cet égard : Co renvoie à Copenhague, Br à Bruxelles et A à Amsterdam. Avec ce choix, les artistes rejetaient Paris comme unique capitale artistique et ce nom faisait encore référence à la combativité rebelle du serpent.

C’est le 8 novembre 1948, dans l'arrière-café du Notre-Dame Hôtel à Paris, à la faveur d’une rencontre entre Jorn, Dotremont, Noiret, Appel, Constant et Corneille que le mouvement va prendre forme en revendiquant un art expérimental et collectif. Dotremont écrit : « CoBrA est une légende que nous avons fondée à l’occasion d’une visite à Paris en 1948. » Des expositions collectives suivront, notamment l'Exposition internationale d'art expérimental, à Amsterdam en 1949 et à Liège en 1951. 

Laac Corneille Nu renversé 1972 gouache et pastel gras verNu renversé, Corneille, 1972

Les peintres, sculpteurs et poètes de ce mouvement avaient ainsi défini leurs objectifs. Il s’agissait pour eux de rompre avec les règles de l’art en oubliant l’activité intellectuelle ; de fonder un art pour tous et par tous, basé sur l’expérimentation de la liberté ; de retrouver une liberté enfantine instinctive ; de redécouvrir la spontanéité du geste et enfin de créer une œuvre s’adressant aux sens.

Utilisant la peinture à l’huile, la gouache, l’aquarelle, le dessin et la gravure, ils privilégient les sujets liés à la femme, l’enfant, l’oiseau, le bestiaire, les astres. Tout à la fois figuratives et abstraites, ces créations présentent des traits dynamiques et des couleurs extrêmement vives. C'est dans la première salle qu'est racontée la naissance du groupe après la Seconde Guerre mondiale.

Photo du groupe CoBra

Les fondateurs du groupe CoBra

(Photo ex-libris.over-blog.com)

La deuxième salle est consacrée à Asger Jorn, un artiste « en quête de la source vitale de l’être » qui puise son inspiration dans les mythes et légendes nordiques. Proche de Munch par certains aspects expressionnistes, il voisine dans cette salle avec d’autres Danois : Carl-Henning Pedersen, très onirique avec notamment son Paysage aux étoiles (1957), gris bleuté, blanc et jaune ; Henry Heerup tenté par un art plus populaire peuplé de chats, de lutins et d'oiseaux.

Ces artistes venus du Nord seront découverts par Appel, Constant (dont j’ai beaucoup aimé Tête, oiseau et main- une main étrange avec quatre doigts) et Corneille, des Hollandais qui aimeront leur spontanéité, les thèmes liés à l’enfance et l’explosion de la couleur. Ils sont présents dans la troisième salle.

La quatrième salle est celle de Karel Appel avec son Appel Circus, offert au musée par l’artiste en 1981. La ronde multicolore des dix-sept sculptures de la parade du cirque symbolise le miroir du « jeu de l’homme » et du « jeu du monde ». Appel n’avait-il pas affirmé : « Clown, je veux être comme toi. L’anti-robot ! » Au second étage, on pourra admirer les gravures qui ont inspiré ces sculptures en bois polychrome.

le cirque

Appel Circus, Karel Appel

(Photo Yanous, Le Magazine francophone du handicap)

La Jeune Peinture Belge viendra rejoindre les écrivains du groupe surréaliste révolutionnaire (Christian Dotremont et Joseph Noiret), à l’origine de CoBrA. On rencontre Louis Van Lint, Georges Collignon et Pierre Alechinsky, auxquels se joindront Raoul Ubac, Reinhoud ou Serge Wandercam. Dans leurs œuvres, ils créent des êtres fabuleux ou humoristiques. Ainsi, dans la salle 5, on peut admirer une série d’eaux-fortes d’Alechinsky représentant différents métiers : La Couturière, Le Pêcheur, Le Musicien, et d’autres encore, réalisés avec les attributs de leurs métiers. Silhouetté en quelques traits, tout en couleurs douces, Le Vénitien de Reinhoud nous fait signe gaiement avec son bicorne noir. Leur succèdent des sculptures très expressives en cuivre et laiton, dans lesquelles le mystère le dispute à la caricature : Scorpion, Femme fatalePlein de gouaille, Le Bibendum.

Pour promouvoir le mouvement, les Editions CoBrA avaient été créées et l’on découvrira dans une vitrine Les Poupées de Dixmude de Pierre Alechinsky, ou L’Aventure dévorante de Joseph Noiret, œuvres illustrées par Pol Bury.

je-ne-fais.JPG(Photo ex-libris.over-blog.com)

La salle 6 montre la grande variété créative de Pierre Alechinsky, le plus jeune membre du groupe mais sûrement l’un des plus actifs. S’il considère Jorn comme son maître, l’artiste belge subira ensuite l’influence du Chinois Walasse Ting. Celui-ci l’invita à peindre « le papier posé au sol, le bol d’encre dans une main, le pinceau dans l’autre et le corps tout entier en action. » Après avoir été séduit par l’acrylique, il combinera cette technique à la calligraphie, trouvant ainsi une continuité entre dessin et peinture. Merveilleuse salle que celle où les ondulations de son Serpent voisinent avec son gigantesque Mur d’oiseaux et son célèbre Génie du lieu. Les bordures rouges qui encadrent cette dernière toile deviendront d’ailleurs la signature de l’artiste.

mur d'oiseaux 1950Mur d'oiseaux, Pierre Alechinsky, 1950

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Dans la septième salle, éclate l’ « Internationale des artistes expérimentaux d’avant-garde ». Jean-Michel Atlan et Jacques Doucet y représentent la France, l’un inspiré par l’Orient et le mysticisme, l’autre marqué par Paul Klee et Juan Miro. L’Anglais Stephen Gilbert nous surprend avec la couleur de ses attaques de mouches, son Oiseau captif, ses araignées voraces. L’Islandais Svavar Gudnason nous transporte vers son île natale avec les formes élevées et vivantes de sa Peur de mort. Quant au sculpteur américain d’origine japonaise, Shinkichi Tajiri, il montre comment on fait de l’art vivant avec des matériaux de récupération (Genou blessé, Plante carnivore).

Pour clore cette magnifique rétrospective, on déambule dans la dernière salle, dédiée à CoBrA et à la poésie. Juan Miro nous y accueille par cette phrase : « Je ne fais aucune différence entre peinture et poésie. » (Cobra n°5). Toute bleue et grise, la toile intitulée Dentelles de foudre, d’Asger Jorn et de Christian Dotremont, est la peinture inaugurale de cette forme de peinture-mots qui fera florès. Un mode d’alliance entre deux artistes que Dotremont explique ainsi : « Le poète écrit, le peintre peint, dans un même temps, sur un même temps, sur un même plan, en un rythme commun, les mots organisant les formes, les formes organisant les mots. »  Œuvres à quatre mains qui deviendront des peintures-mots, des dessins-mots, des encres-mots, des logogrammes-dessins.

alechinsky-Linolog2 linogravure

Linolog II, linogravure de Pierre Alechinsky et logogramme marginal de Christian Dotremont

(Photo Site de la Gravure et de l'Image imprimée)

En 1960, Dotremont invente donc les logogrammes, des « dessins de mots, des peintures de langage ». En regard du texte poétique, on voit les lettres dynamisées, métamorphosées dans un ensemble où les deux sortes de signes entrent en résonance. Ainsi, j’ai admiré le beau poème d’amour,  J’écris à Gloria (encre de Chine sur papier marouflé sur toile ) ou encore les trois magnifiques Vers sept heures du matin pour ainsi dire, Un lapon à Rovaniemi, la première fois m’avait conduit à l’autobus ou Vous vous voyagez beaucoup. La calligraphie s’y déploie, s’y élève, s’y envole en signes noirs, délicats, élégants, élancés. « Si je me perds dans les bois, c’est pour gagner la forêt… » affirment Dotremont et Atlan dans Les Transformes : tout comme la lettre devient peinture en se perdant dans le tableau.

Cette rétrospective très bien scénographiée m’a donc donné l’occasion de découvrir ce mouvement artistique méconnu. Dans ce musée de bord de mer, où les œuvres ont toujours un œil sur l’océan, ces artistes du Nord de l’Europe m’ont ouvert le regard.

 si-je-me.JPG

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Sources :

CoBrA Sous le regard d’un passionné, 20 octobre 2012-03 mars 2013, Guide de la Ville de Dunkerque

 

 

 

 

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 18:52

 echarpe-rouge.jpg

 

Danse

Isadora

Danse

Isadorable

Ta rouge écharpe vole

Comme vagues de sable

Echarpe solitaire

Unique partenaire

Roule Isadora

Roule Isadorable

Ta noire écharpe d’air

Enroulement sans fin

Et la mort au volant

Ultime partenaire

 

 

 isadora-2.jpg

      Isadora Duncan

Photo Wonder Wander

 

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Sur la photo d'une femme en noir avec une écharpe rouge

 


isadora

 


 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 18:30


 hannay et pamela dans le brouillard photos Lot

 Richard Hannay (Jean-Philippe Bèche) et Paméla (Andréa Bescond) dans le brouillard écossais

(Photo Lot)


Vendredi 07 décembre 2012, le grand burlesque était à l’honneur sur la scène du théâtre Beaurepaire à Saumur. Dans une mise en scène imaginée par lui-même, Eric Métayer et trois autres acteurs y interprétaient Les 39 marches, une adaptation théâtrale du film d’Alfred Hitchcock (1935), lui-même adapté du roman éponyme de John Buchan. La pièce a reçu le Molière 2010 de la Pièce comique et celui de l’Adaptation décerné à Gérald Sibleyras.

Il s’agit d’une classique histoire d’espionnage dont le héros principal, avec son look so british et sa fine moustache, m’a souvent fait penser à Francis Blake, le héros de la BD de Blake et Mortimer. En août 1935, le Canadien Richard  Hannay (Jean-Philippe Bèche), à la suite d’une représentation au Palladium de Londres où officie un certain Mr. Memeory (Christophe Laubion), se voit entraîné dans une folle aventure. Ayant offert l’hospitalité à une Mata-Hari à l’accent teuton, Annabella Smith (Andrea Bescond), il est accusé de l’avoir poignardée dans son appartement. Après avoir arraché à sa main crispée l’adresse écossaise du chef du réseau d’espionnage, le professeur Jordan (Eric Métayer), l’homme au petit doigt coupé, il s’enfuit avec la police à ses trousses.

L’intrigue en elle-même, riche en péripéties et en rebondissements, ne présente guère d’intérêt. Ce qui séduit dans ce spectacle parodique, c’est la mise en scène et le jeu des quatre comédiens qui jouent entre cent et cent-cinquante rôles, Eric Métayer s’en octroyant plus de soixante-dix pour son propre compte.

Cette mécanique impeccablement huilée (les comédiens jouent la pièce depuis trois ans) laisse peu de place à l’improvisation. Eric Métayer, qui a suivi les traces de son père, Alex Métayer, l’explique : « Il y a beaucoup d’objets, d’accessoires, on n’a pas le droit à l’erreur. C’est du trapèze. Une mécanique très huilée sinon on se casse la gueule. » La pièce est ainsi d’une inventivité permanente et la magie du théâtre joue ici à plein.

Les quatre comédiens interprètent toute une comédie humaine (la bonne juive, le laitier, le Bobby londonien, l’inspecteur de Scotland Yard en Colombo, le chef de gare d’Edimburg, le paysan écossais, la femme du professeur Jordan, les aubergistes de La Cigale écossaise,…). Passés maître dans la maîtrise des différents accents, jouant du comique de répétition et du comique de mots, commentant leur propre jeu, ils s’en donnent à cœur joie, croquant chaque silhouette avec justesse et humour. Le transformisme à la manière de Leopoldo Fregoli ou d’Arturo Brachetti n’a plus de secrets pour eux. Créant le décor, ils vont même jusqu’à devenir des animaux (vaches et moutons) mais aussi des réalités de la nature (de la boue, une crevasse, un buisson d’aubépines !) et la surprise jaillit à tous les instants.


les 39 marches photoDDM Roger Garcia

Christophe Laubion, Andrea Bescond, Jean-Philippe Bèche et Eric Métayer

en voiture dans le brouillard écossais

(Photo Lot)


Le moindre objet est sujet aussi à transformation : deux caisses deviennent banquettes de train, quatre chaises se muent en voiture et les changements se font à vue, l’accessoiriste qui pulvérise la fumée, devenant parfois lui-même acteur en conversant avec les comédiens.  Distanciation et mise en abyme sont sans cesse sollicitées, qui mettent en relief la puissance de l’art théâtral. Le metteur en scène Eric Métayer le souligne en ces termes : « La pièce est construite sur les décalages, l’esbroufe, le gigantesque que, seul, permet le théâtre. Remplir le vide de la scène du plein de notre imaginaire, c’est avec plaisir que je reprends mon âme d’enfant et la joie de jouer à « si on disait que ».

C’est ainsi qu’avec son comparse Christophe Laubion, il surgit avec un réverbère quand Richard observe de sa fenêtre ceux qui sont à ses trousses. Une musique romantique, toujours la même, berce les émois amoureux des deux héros. A cet égard, le travail sur le son (Vincent Lustaud) m'a semblé particulièrement intéressant : ah ! le cri de la bonne juive quand elle découvre le corps d'Annabella Smith. La mise en scène déjantée réinvente le ralenti quand Pamela et Richard nagent sous l’eau du torrent ou quand ils sautent de la loge sur la scène du Palladium. On observe encore un remarquable travail sur le corps quand le vent souffle à travers la porte de la maison écossaise de John et Margaret ou quand Richard est à moto.


les 39 marches

Christophe Laubion et Eric Métayer

(Photo Lot)

 

Le spectateur ne pourra en outre qu’être séduit par les multiples clins d’œil à Hitchcock. La fameuse scène sur le pont se retrouve quasiment à l’identique : il n’est besoin que d’une échelle et de deux tréteaux. La scène avec les deux avions est évoquée en ombres chinoises à travers un grand rideau blanc, nous donnant à rêver au cinéma de papa. Quant à Hitchcock lui-même, son profil passera une fois en fond de scène, nous rappelant que le réalisateur aimait à faire toujours une brève figuration dans chacun de ses films.


menotte.jpg

Richard Hannay et Paméla dans le film de Hitchcock :

la scène dans le lit avec les menottes


Le moment des saluts a été l’occasion d’une minute d’émotion quand Christophe Laubion a salué la présence de sa mère dans la salle. En interrompant les applaudissements du public, Eric Métayer, a de plus précisé qu’ils jouaient là pour l’avant-dernière fois. Ces quatre-là regretteront, c’est sûr, ce temps où ils jouaient les héros de Hitchcock en Frégoli.

 

 

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:02

 Cendrars par modigliani

Blaise Cendrars, Modigliani, 1913

 

J’ai vu mardi dernier l’extraordinaire exposition que le musée de La Piscine à Roubaix consacre à Chagall. L’ensemble de plus de 200 œuvres qui y est exposé couvre la vie de l’artiste et tous les champs d’expression auxquels il s’est essayé. On y découvre en effet peintures et dessins, sculptures et céramiques, costumes et collages et les études pour le plafond de l’Opéra que lui commanda Malraux. Intitulée Marc Chagall, L’Epaisseur des rêves, cette rétrospective témoigne de l’importance de la forme et du volume chez l’artiste, l’inventeur du « pays d’apesanteur » ainsi que le qualifia Aragon.

En 1913, Blaise Cendrars consacre à son ami Marc Chagall son quatrième Poème élastique. Nés la même année, en 1887, les deux artistes nouèrent une amitié entre 1912 et 1914. « Les peintres et les poètes, c’était du pareil au même », on vivait tous mélangés », raconte Cendrars. Vivant ensemble la bohème parisienne à la Ruche de Montparnasse, ils étaient liés par l’usage commun du russe mais surtout par un même goût pour la modernité urbaine et les formes artistiques nouvelles.

Le poète est vraiment fasciné par le monde onirique et fantaisiste du peintre. Ses images verbales, ses mots en liberté, seront un écho à la structure des tableaux de Chagall : ne titrera-t-il pas d’ailleurs certaines des toiles de cette époque ? En 1922, à son retour de Russie après la Révolution russe, l’atelier de Chagall aura été vidé et ses œuvres d’avant-guerre revendues. Soupçonnant Cendrars d’y avoir contribué, il rompra avec lui.

Toujours est-il que demeure ce poème. Un texte qui témoigne avec force de leur amitié et de la relation fusionnelle qui peut exister entre les mots et les formes et les couleurs.


 Chagall_Marc_06_autoportrait_max.jpg

      Autoportrait au col blanc, Marc Chagall, 1914

 

 

Marc Chagall

 

Il dort

Il est éveillé

Tout à coup, il peint

Il prend une église et peint avec une église

Il prend une vache et peint avec une vache

Avec une sardine

Avec des têtes, des mains, des couteaux

Il peint avec un nerf de bœuf

Il peint avec toutes les sales passions d’une petite ville juive

Avec toute la sexualité exacerbée de la province russe

Pour la France

Sans sensualité

Il peint avec ses cuisses

Il a les yeux au cul

Et c’est tout à coup votre portrait

C’est toi lecteur

C’est moi

C’est lui

C’est sa fiancée

C’est l’épicier du coin

La vachère

La sage-femme

Il y a des baquets de sang

On y lave les nouveaux-nés

Des ciels de folie

Bouches de modernité

La Tour en tire-bouchon

Des mains

Le Christ

Le Christ c’est lui

Il a passé son enfance sur la croix

Il se suicide tous les jours

Tout à coup, il ne peint plus

Il était éveillé

Il dort maintenant

Il s’étrangle avec sa cravate

Chagall est étonné de vivre encore

 

In Dix-neuf poèmes élastiques

 

 

Autoportrait-a-la-pendule.JPG

      Autoportrait à la pendule, Marc Chagall, 1947

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 27 novembre 2012)

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre

 


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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 22:03

 bohringer-bruce-pierson.jpg

Richard Bohringer (Photo Bruce Pierson)

 

Mardi 04 décembre 2012, au théâtre Beaurepaire à Saumur, Richard Bohringer, éclairé par la poursuite, a tourné inlassablement pendant presque deux heures dans le cercle de ses souvenirs. Son régisseur et lui-même ont compté : il fait 3 kms par soir ! Sous l’aéronef imaginaire de ses compagnons de scène et de comptoir, Philippe Léotard, Jean Carmet, Mano Solo, Bernard Giraudeau et Roland Blanche, avec sa lucidité gouailleuse tempérée par l’humour, il a évoqué leur amitié et il a lu des extraits de ses romans, C’est beau une ville la nuit et Traîne pas sous la pluie.

Le décor est minimaliste : une chaise à jardin, un lutrin à l’avant-scène, deux grands cahiers et quatre petites bouteilles d’eau minérale. Le costume l’est tout autant : un sobre pantalon gris dans lequel il rit de se voir flotter désormais (mais attention c’est un pantalon Agnès B. !) et un sweat shirt bleu marine à cagoule. Tout en improvisant (et en se comparant avec dérision aux pros tels Lucchini), il alterne conversations improvisées à bâtons rompus et lecture de ses textes.

Ce « capitaine de tous les bateaux de la mer », tout en instinct, qui est sans cesse en train de « humer » le monde comme ce « grand singe » qui envahit ses rêves, se rappelle les lieux de son enfance marqués par la maladie, « entre Deuil et Berck », comme une vie prédestinée au malheur.

Il songe à son grand-père, lui qui disait : « Pour vivre sans fric, il faut avoir beaucoup de fric. » Il se remémore avec émotion sa grand-mère, sa « Mamie » de la banlieue, celle qui lui avait tricoté son pull-over vert fétiche, aux couleurs de l’espoir, ce chandail qu’il finira par offrir à la putain noire de Harlem, la junkie qui cachait ses bras douloureux sous de longs gants et qui lui avait appris l’humanité.

Il nous crache cette envie viscérale de prendre la vie à bras-le-corps et sa rencontre avec la boxe. Il se souvient de Jean-Baptiste Mendy, qui venait de Saint-Louis du Sénégal et qui, de défaites en victoires, de chutes en sursauts, est devenu champion du monde des poids légers. « Danse, petit, danse ! », lui hurlait son entraîneur et c’est cette leçon que le comédien a retenue de celui qui est devenu son ami, son « ange boxeur ».

Il en appelle aux grands copains, ses vrais potes partis avant lui : Jean Carmet qui lui indiqua la route des vignes de Saint-Nicolas de Bourgueuil ; Philippe Léotard qui contribua à parfaire sa culture en l’initiant à la poésie ; Bernard Giraudeau, le quartier-maître avec qui il tourna Les caprices d’un fleuve (un film que j’avais beaucoup aimé) au Sénégal, pays devenu sa vraie patrie.

Et ce soir-là, il avait choisi d’évoquer plus particulièrement Roland Blanche. A l’occasion de la représentation d’une pièce de Tom Sheppard qu’ils jouaient tous les deux, et après une nuit de folie, voyant que Roland Blanche ne lui donnait pas la réplique, il avait pris le parti de simuler un évanouissement. On avait fermé le rideau et Blanche avait annoncé qu’il avait été victime d’un malaise « va-gu-al ». Il rit encore au souvenir du mètre soixante-sept de Roland Blanche sanglé dans un costume Prince-de-Galles à très grands carreaux, dont il avait même acheté deux exemplaires !

A travers eux, c’est à l’art du comédien qu’il rend hommage : pour lui, c’est un immense privilège que de le pratiquer. Ne va-t-il pas bientôt partir en tournée avec sa fille Romane ? Quel père peut se vanter de goûter ainsi au quotidien à un tel plaisir ? Et d’évoquer l’étonnement de Marcello Mastroianni devant ces acteurs français toujours fatigués, de faire l’éloge de Jean-Pierre Mocky, ce réalisateur d’une cinquantaine de films, toujours passionné malgré ses petits budgets, de fustiger enfin ceux qui ne rêvent que d’être « bankables ».

Car ce comédien, venu de la banlieue, est un écorché vif. Ses amours et ses haines, il les assène sans prendre de gants : de la gauche caviar aux acteurs qui se prennent au sérieux, ils étaient nombreux ce soir-là ceux qu’il n’a pas ménagés. Je dois dire que ce n’est pas ce que j’ai le plus apprécié dans ce spectacle, même si le trait satirique faisait souvent mouche. N’est-ce pas un peu facile de faire rire aux dépens des autres, quand on sait que le public est acquis ?

Ce que j’ai particulièrement aimé, ce sont  les moments où Richard Bohringer a évoqué « le vin du solitaire » dont il n’a eu de cesse de se séparer pour éviter à ceux qui l’aiment d’avoir du chagrin. « Si à vingt ans on veut mourir, assure-t-il, à soixante-dix ans on veut rester ! » Magnifique aussi le passage halluciné où il raconte son hospitalisation dans « le cabaret de la dernière chance » à la suite d’une méchante hépatite C. « Je suis arrivé là devant l’hôpital posé à quai comme un cargo dans le nuit. Ses lumières immobiles sous la pluie. J’étais un tout petit homme venu chercher un peu de douceur au milieu de la douleur… »

Car le comédien n’est pas l’homme « de la syntaxe » mais « de la syncope ». Sa langue est dans son corps, dure, crue, violente, viscérale, réaliste autant que poétique, un blues de la transe et de la douleur. Le regard accroché à son public, le visage crispé, le diseur blessé m’a parfois fait penser à cet autre libertaire farouche qu’était Léo Ferré. Tel un boxeur, animé par la force puissante du « grand singe » qui est en lui, il balance les mots comme des coups de poing.

Le spectateur sort de ce spectacle KO debout, assommé mais ravi. Et il se dit que décidément, oui, c’est beau, un Bohringer la nuit.

 


 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 14:34

 

 Rou-8.JPG

Sous le porche (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Aperçue pour la première fois par une chaude fin d’été

A travers la bouche bée de la boîte aux lettres

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Avec son anneau sur le mur où les chevaux encensaient de la tête

Sous le porche aux doux arrondi dans le zig-zag des hirondelles noires

Avec son bassin de pierre ses délicates grenouilles vertes ses fuyants poissons rouges

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre


Rou 10

Fenêtres sur le bassin (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Qui regarde avec ses yeux de meneaux dans le tuffeau tendre griffé de signes                                                                                                                 [ mystérieux

Recelant sous leur voûte l'ocre rouge du passé à la semblance des tomettes

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre


Rou 11

Roses et lavandins d'été (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Au blond gravier crissant qui nageait dans la Loire et ses méandres paresseux

Avec ses toits bleu aigu ses cheminées de ciel

Où lentes déambulent et roucoulent les tourterelles grises

Et sa pierre moussue si douce sous les semelles

Quand les lavandins les roses et le thym font des mers parfumées


Rou 6

Tourterelles sur le toit (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Avec son escalier enroulé dans la tour

Et son haut fût de bois que tant de mains ont caressé

Avec le bruit de l’eau dans ses gros radiants de fonte

Le soleil d'or dansant sous les rideaux de soie

Le vent ronronnant rond au creux des âtres noirs

Cette maison-là

Ici

Et pas là-bas

Je n’en voudrais pas d’autre


Rou 9

      Le jet d'eau dans le bassin (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Pour Le Défi de la Semaine n°91 des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jill Bill : Mon chez moi, ma maison link

A lire cet autre poème sur ma maison : link

 


 

 

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 00:00

 

Theatre.JPG

La Troupe du Roy dans la cour d'honneur du château de Gizeux

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Madeleine Béjart (au premier plan), Marquise de la Gorle dite Mademoiselle du Parc (à gauche au deuxième plan), Marie Claveau dite Mademoiselle du Croisy (à droite au deuxième plan), Catherine Le Clerc dite Mademoiselle de Brie (à gauche au troisième plan), Armande Béjart dite Mademoiselle Molière(au troisième plan à droite), entre elles deux, Charles Varlet dit de La Grange et derrière Guillaume Marcoureau dit Brécourt et François Lenoir dit de La Thorillière

 

C’était dans la soirée du samedi 27 juillet 2002, au plein de l'été, dans le cadre somptueux du château de Gizeux. Le Théâtre aux Chandelles y jouait L’Impromptu de Versailles de Molière (14 octobre 1663), dans une mise en scène de Philippe Bouclet.

J'y étais Mademoiselle du Croisy, "peste doucereuse", selon la didascalie initiale. Celle-ci avait pris ce nom de scène en se remariant avec Philibert Gassot, dit du Croisy. Elle était entrée dans la troupe de Molière en 1659.

Me revient en mémoire ce que Molière disait à  sa comédienne :

« Pour vous, vous représentez une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant, et seraient bien fâchées d’avoir souffert qu’on eût dit du bien du prochain ; je crois que vous ne vous acquitterez pas mal de ce rôle. »

Et comme, elle se rebiffait, arguant qu'elle n'était pas ainsi, il reprenait :

« Cela est vrai ; et c’est en quoi vous faites mieux voir que vous êtes excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur. Tâchez donc de bien prendre, tous, le caractère de vos rôles, et de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez. »

Une pièce qui est une grande leçon de théâtre !

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : Théâtre

 

 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 12:55

Dans le train

      Dans le train

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, 27 novembre 2012)

 

 

 

De Saumur à Angers

Finement dessiné

Le visage  fermé

Harmonieux magnifique

D’un profil contre la vitre

Une jeune femme

Erythréenne Egyptienne

Je ne sais

Mais une reine de Saba

Sûrement

Perdue dans les brumes ligériennes

Sous son capuchon de laine noire

Impassible indifférente

Elle rêve inlassablement

Aux sables du désert

 

Mercredi 21 novembre 2012, au matin, entre  Saumur et Angers

 Dans-le-train-3.JPG

Dans le train

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, octobre 2012)

 

Entrés dans le compartiment

Ces deux-là

D’une beauté évidente

Indubitable et souveraine

Suivie d’une petite fille

Huit ans peut-être

Elle blonde lumineuse

Des yeux immenses et maquillés

Je vois ses cils grassement noircis

Se mouvoir derrière le haut du siège

Lui très grand très mince

Un hidalgo

Une allure d’archange noir

Un regard sombre

Intense et sans fond

Je le saisis à l’improviste

La petite fille

(Petite sœur)

Longiligne avec des cheveux nattés

Aux couleurs de châtaigne

Et la tache coquette

D’un nœud rouge

Minuscule qui danse

Petite souris grise

Qui saute d’un siège à l’autre

J’entends une langue

Etrange et étrangère

Des consonnes qui chuintent

Des Portugais des Lisboètes

Des Brésiliens ensoleillés

Des éclairs des clics

On se prend en photo

Pour garder le souvenir

Unique irremplaçable

De leur jeunesse rayonnante

Dans ce train qui les emporte

Vers le Nord

 

Mercredi 21 novembre 2012, dans la matinée,

Entre Angers et Lille

 

Je la vois qui entre dans le wagon

Avec ses deux chiens en laisse

Elle

Très jeune avec des cheveux blonds

Qui ondulent

Sur des épaules gonflées par l’anorak

Voyageuse étudiante SDF

Qui peut le dire

Eux des chiens jumeaux

Calmes et attentifs

A elle

Qui se recroqueville

Contre la portière froide

Je n’aperçois que sa main

Qui apaise ses compagnons

Le contrôleur casquetté

De gris

Homme de loi

Ô combien respectable

Lui dit de museler ses bêtes

« Sinon Vous descendez ! »

Elle obtempère

Je vois sa petite main blanche

Qui attache maladroitement

La muselière noire

Ainsi

Souvent

Silencieusement

La vie nous musèle

 

Mardi 27 novembre 2012, dans le train entre Dunkerque et Lille,

entre 12h 35 et 13h 07

 

Dans-le-train.JPG

Dans le train

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, 27 novembre 2012)   

 


 

 

 


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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

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