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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 12:03

 

 

 

Camus-2.JPG

L'océan Pacifique vu du Harbour National Park à North Head

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

 

De retour de l'été australien dans l'hiver européen, j'entends, murmurée encore en anglais et comme un écho lointain, cette petite phrase de Camus, dans Retour à Tipasa :

"In the midst of winter, I found there was, within me, an invincible summer."

 

 

 


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Published by Catheau - dans Des Mots
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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 08:49

la fête

 Illustration de la fête étrange du Grand Meaulnes

(pour la vieille collection Rouge et Or)

 

 

Gît dans ma mémoire une fête étrange

Dans un vieux manoir à tourelle grise

Des enfants lisant que rien ne dérange

Des masques dansant chacun à sa guise

 

Gît dans ma mémoire un fils d’aventures

Vêtu d’une cape et puis d’escarpins

Des portes s’entrouvrent et des voix murmurent

Au seuil du mystère hésite Augustin

 

Gît dans ma mémoire cette fête étrange

Où Augustin Meaulnes au fond d’un couloir

Découvrit Yvonne en sa pâleur d’ange

L’amour de sa vie et son désespoir

 

Gît dans ma mémoire ce lieu de mon rêve

Qui s’ouvrit à moi et à mes onze ans

Depuis ce temps-là je cherche sans trêve

La fête de lire en mon cœur d’enfant

 

                                    Bondi Beach, le 03 janvier 2013

                      le gm fête

 La fête étrange dans l'adaptation cinématographique de Jean-Gabriel Albicocco

 

 

Pour Suzâme et Nanterre PoéVie sur le thème de la fête.

 link

 

 

 


 

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 00:57

 Waste-not.JPG

Waste Not, de Song Dong

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 13 janvier 2013)

 

Dimanche 13 janvier 2013, après avoir assisté à la piece de theâtre, Othello c'est qui, nous avons déambulé dans Carriageworks au milieu de l'installation de l'artiste chinois Song Dong, intitulée Waste Not (du 15 janvier au 31 mars 2013). De la maison familiale de Beijing au Sydney Festival, en passant par le Museum of Modern Art in New-York, c'est une longue histoire que celle de cette entreprise artistique et personnelle peu commune.

Celle-ci a en effet été conçue par l'artiste après la mort de son père, une perte douloureuse dont sa mère ne se remet pas. Aussi, afin de l'aider à faire son deuil, entreprend-il de rassembler avec son aide le contenu entier de sa maison. Soigneusement rangé par catégories d'objets sur une importante surface, tout ce qui fait le simple quotidien d'une vie s'offre au public dans tout son prosaïsme et en même temps toute sa charge émotionnelle.

D'abord surpris puis interessé, voire emu, le promeneur s'interroge sur cet exceptionnel travail de mémoire et de résilience, qui peut être vu en même temps comme une célébration de la vie à travers les objets. C'est ce que fait remarquer justement The New York Times qui décrit ainsi cette entreprise artistique touchant à l'intime : "Deeply moving... A work of art is every bit as much about loss as it is about muchness."

 

Waste-not-3.JPG

Waste not, de Song Dong

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 13 janvier 2013)

 

 


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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 02:32

big-fourmis-australiennes.jpg

 

Sur la rambarde de bois    

La méchante me piqua

De son dard en coutelas       

Myrmecia gulosa

Myrmecia pavida

Myrmecia nigriscapa

Solenopsis invicta

Bien malin qui le dira ! 

 

Lundi 04 fevrier 2013, vers 14h30,

en descendant vers Shelly Beach à Manly

 

 


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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 00:48

Bonita.jpgBonita Mabo

 

Samedi 26 janvier 2013, Australia Day, Bonita Mabo, a été promue Officer in the General Division dans l'Order of Australia, "for distinguished service to the indigenous community and to human rights as an advocate for the Aboriginal, Torres Strait Islander and South Sea Islander peoples. Advocate for Indigenous Land Rights ; continued moving forward with Native tittle reform after her husban's death in 1992."

En effet, cette femme courageuse est la veuve d'Eddie Mabo, dont la campagne pour les droits des Aborigènes avait obtenu gain de cause avec l'arrêt de la High Court, en 1992. Celui-ci avait aboli la doctrine de la "terra nullius". Oui, les Aborigènes existaient bien en Australie quand les Anglais y debarquèrent ! Cet arrêt avait été rendu cinq mois après la mort d'Eddie Mabo.

Ayant poursuivi la lutte de son mari pour l'égalité des droits des Aborigènes et la justice, Bonita Mabo est toute surprise de recevoir cette distinction, dont elle espère seulement qu'elle fera avancer la cause de son peuple.

Et elle avoue son plus grand rêve : voir enfin un Aborigène siéger au Parlement...

 

Mabo-TombstoneFamilyMer.gifLa tombe d'Edouard Mabo

 

Lien vers mon poème "Bong", écrit en 2008 link    


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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 00:22

Archie.JPG

Into the blood stream : Archie Roach au State Theatre de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Vendredi 25 janvier 2013, nous étions au State Theatre, sans doute le plus beau théâtre de Sydney (j'en reparlerai), pour un concert, Into The Bloodstream, du chanteur aborigène, Archie Roach, devenu le porte-parole de son peuple.

Sous un écran ou défilent de vaste paysages, les chemins du Dreamtime et des films d'archives, Archie Roach chante assis, vêtu d'une chemise jaune ensoleillée sous sa veste. Il est entouré de dix choristes, sous la direction de Lou Bennett. Treize musiciens l'accompagnent, menés par Craig Pilkington. De sa voix profonde et puissante (et pourtant il n'a plus qu'un poumon), qui fait parfois penser à celle de Louis Armstrong, il ressuscite la douloureuse histoire de sa vie.

Comme nombre d'Aborigènes, il appartient à la "génération volée" : il fut en effet transplanté dans une mission puis adopté par une famille ecossaise. Ayant retrouvé plus tard sa soeur biologique, il quitte ceux qui l'ont élevé et connaît la drogue, l'alcool, une vie de galère.

La rédemption viendra grâce à sa rencontre avec Ruby Hunter, son âme soeur, et grâce à la musique. Il connaît alors le succès avec Charcoal Lane et Take the children away. Après les epreuves de 2010, la mort de sa femme, un AVC et un cancer du poumon, ce récital signe son grand retour à la scène.

Puisant profondément en lui-même pour y découvrir une force nouvelle, il livre un cri sincère et émouvant. Entre gospel et soul, j'ai particulièrement aimé le texte dans lequel il évoque (invoque) sa femme disparue sous la forme d'un pélican ; ne vivait-elle pas auprès des rivières ? Une mention spéciale aussi pour un chant en langue aborigène, doux et mélancolique (une berceuse peut-être), modulée par une des choristes du groupe.

Un beau concert, certes, mais surtout une lecon de courage et de résilience, que lui même formule ainsi : "You have to let go of the pain and get on with life. Forget your troubles for a while and get up and dance. It's a celebration of life and good medicine straight into the blood stream."

 

Archie 2

 Archie Roach et ses choristes au State Theatre de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

Lien vers mon poème "Au rocher sacré", écrit en 2008, lors de mon premier voyage en Australie link


 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 02:06

 Devise-de-Reddam.JPG

Reddam House, Oakley Road, Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 31 janvier 2013)

 

C'est la rentrée des classes à Reddam House

Après le bel été qui ne finit jamais

We shall give back dit la devise de l'école

Sous les eucalyptus on vient en uniforme

Filles aux fous cheveux libres sur leur chemisier blanc

Longues jambes brunies sous les jupes brun beige

Et de grands surfeurs blonds en chandail bleu marine

Qui se courbent à peine sous le lourd sac à dos

Se donnent l'accolade s'exclament et rient très fort

Tout en se racontant les vagues de l'été

Les vives chevauchées dans les Montagnes bleues

Les randonnées lointaines dans le fin fond du bush

On entend la sonnerie ses trois coups de klaxon

Les portes se referment sur les accents anglais

A quinze heures en sortant on sera de nouveau

Au grand soleil austral

 

Mercredi 31 janvier 2013, 09h, rentrée des classes à Reddam House,

Oakley Road, Bondi Beach, Australia

 

 

 

 

 

 

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:11

 Alexander-the-great.JPG

Affiche pour l'exposition, Alexander the Great, 2000 years of treasures, Australian Museum, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Mercredi 26 decembre 2012, lendemain de Noel et Boxing day en Australie, a l'Australian Museum de Sydney, nous avons admiré une magistrale exposition, intitulée Alexander the Great, 2000 years of treasures. La majorité des 600 objets qui la composent provient du musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg.

On peut y voir notamment le Gonzaga Cameo, très rare portrait-camée de Ptolémée II et de son épouse, Arsinoé II, et une statue en basalte poli de Cléopâtre VII.

On y apprend que celui qui fut l'élève d'Aristote était fasciné par Hercule, dont il emportait toujours avec lui une statuette intitulée Heracles feasting. Se proclamant descendant de Zeus par sa mère Olympias, il était aussi grand admirateur d'Achille, le héros homérique. Il fut nommé pharaon par les Egyptiens, devenant ainsi le descendant d'Amon-Ra.

On suit le parcours fabuleux qui conduisit ce stratège génial de Pella en Macédoine jusqu'aux rives de l'Indus où, contraint par son armée épuisée, il dut renoncer à aller plus avant.

La dernière partie de l'exposition est consacrée à la postérite littéraire et artistique du fils de Philippe de Macédoine, postérité qui prit son essor avec Le Roman d'Alexandre. On y retrouve tous les hauts faits qui contribuèrent à sa notoriété : sa rencontre avec Diogène, l'épisode du Noeud gordien, sa victoire sur Porus, l'anecdote de la préservation de la main d'Homère... En dépit de tout cela, dans La Divine Comedie, Dante le place en compagnie des plus grands meurtriers.

"You are indomitable..." avait dit l'oracle égyptien au dompteur de Bucéphale, qui allait mourir à 33 ans, en 323 avant Jésus-Christ.

 

Alexander-the-great-2.JPG

 Australian Museum, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 


 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:01

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Cornelia Dörr et Franck Edmond Yaho, dans Othello, who's that 

 

Dimanche 13 janvier 2013, nous avons assisté au spectacle Othello, who's that (Othello, c'est qui), joué dans la programmation du Sydney Festival. L'endroit est un lieu très branché de Sydney, une ancienne usine réamenagée, Carriageworks in Everleigh. On y trouve différentes salles de spectacle, des lieux d'exposition, un grand hall qui fait office de foyer où tout le monde se retrouve.

La pièce se présente comme une réflexion sur Othello ou le Maure de Venise et sur la manière de jouer ce personnage de nos jours, à travers la danse et le mouvement. Ce sont Monica Gintersdorfer, la directrice de la compagnie, et Klassen le scénographe, qui ont conçu ce spectacle, récompensé en 2009 au Theater Festival Impulse.

Deux comédiens se donnent la replique, l'un étant noir (il pourrait d'ailleurs être arabe, le sens du terme "Maure" le permettant), l'autre blanche. Le premier est Franck Edmond Yaho, comédien et danseur, originaire de Côte d'Ivoire. Il a été choisi pour jouer le rôle. Cornelia Dörr quant à elle est allemande et elle est là pour l'aider à trouver sa propre interprétation d'Othello. Existerait-il autre chose derrière l'archétype de l'homme jaloux et celui de la femme innocente ?

Yaho s'étonnera d'abord que l'on joue encore la pièce de Shakespeare de la même manière qu'il y a plus de quatre cents ans et que le texte soit demeuré inchangé. Il se demandera aussi pourquoi les Africains ignorent tout de ce personnage, joué essentiellement par les Occidentaux.

Après un rappel de la comédienne sur ses débuts au theâtre, l'acteur africain entre dans le vif du sujet avec une évocation du célèbre mouchoir, à l'origine de la mort de Desdémone. On se rappelle que cet objet du délit fut subtilisé par Camilia, suivante de Desdémone et femme de Iago, dans l'intention de faire naître la jalousie dans le coeur d'Othello. En effet, le mouchoir se retrouvera entre les mains de Cassio, accusé par Iago d'être l'amant de Desdémone.

L'essentiel de la pièce tourne autour des caractères propres aux Occidentaux et aux Noirs. Ainsi, le comédien noir rit de la façon dont dansent les Occidentaux. C'est pour lui l'occasion de caricaturer la manière dont danse Cornelia et de faire une époustouflante démonstration de son savoir-faire en ce domaine. (Yaho est un danseur renommé qui a recu de nombreuses récompenses en France). A ce propos, la comédienne insiste sur l'aspect fortement sexualisé de cette danse, ce que nie farouchement le comédien.

Puis Yaho en vient a la manière d'interpréter la jalousie, selon que l'on est un Noir ou un Occidental. Il insiste sur le sens du respect de la famille, sur le fait que le déshonneur rejaillisse sur celle-ci et que c'est insupportable. A la comédienne qui s'étonne que l'on puisse aller jusqu'à tuer pour être fidèle à l'honneur, il répond par une exaspération grandissante, qui dut être celle d'Othello quand il tua Desdemone, à l'acmé de la violence.

C'est ainsi que s'achève cette pièce à deux personnages, à la mise en scène sobre mais subtilement intelligente, qui montre bien que le jeu du comédien passe par le corps. Cette confrontation théâtrale de deux civilisations débouche sur une réflexion particulièrement aiguë sur les thèmes du colonialisme, de l'immigration, de la religion, de la politique. Elle apparaît comme une exploration très libre des frontières et des clichés culturels.

Cependant, il me semble que l'on aurait pu aller beaucoup plus loin dans l'approche psychologique de ce personnage shakespearien emblématique et que la question "Othello, c'est qui ?" demeure ouverte. La négritude n'explique pas tout.

Je voudrais mentionner que la compréhension du texte s'est trouvée grandement facilitée grâce au fait que Yaho s'exprime en francais, ses propos étant traduits en anglais par la comédienne allemande, qui utilise aussi parfois sa propre langue.

Certes, il faisait extrêmement chaud dans cette petite salle et l'on s'y éventait avec son programme. Cependant l'humour de certains passages en a fait rire plus d'un et je me suis dit que le public australien, en dignes sujets de Sa Gracieuse Majesté, est toujours fidèle à Shakespeare.

 

Sources :

Le livret d'information du Sydney Festival 2013 (05 -27 janvier), p. 41


 othello-2.jpg

 

 


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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 05:16

 bacon-affiche.jpg

 

Mercredi 26 décembre 2012, à l'Art Gallery de la Nouvelle Galles du Sud à Sydney, j'ai découvert la peinture de Francis Bacon (1909-1992). J'avais certes déjà vu nombre de ses autoportraits et portraits (notamment celui de Michel Leiris dans un livre de littérature pour mes classes de Première), mais cette impressionnante rétrospective, intitulée Five Decades, m'a permis d'approcher l'ampleur de son oeuvre.

La première partie (1940-1950) présente des toiles où le thème du cri est essentiel. Cri d'un peintre qui était asthmatique, allergique aux chevaux et aux chiens de son père, dont toute l'oeuvre résonne comme un appel d'air pour survivre, un "struggling for breath". En témoigne notamment Study for a portrait : dans un carré aux tonalités gris-bleu, un visage hurle. Le cri, c'est aussi celui de l'infirmière dans Le Cuirassier Potemkine d'Eisenstein, film qui le marqua profondément et dont l'on voit l'extrait.

Nombre de thèmes de prédilection du peintre sont présents dans ces tableaux : la guerre dans Figures in a landscape, une toile réalisée à partir d'une photo d'Eric Hall, transformée en une menaçante peinture complexe, le personnage tenant une arme de guerre. Figure Study 1 fait référence au nazisme, en combinant différentes sources d'images, dont Giotto. Le personnage, avec fleurs, chapeau et manteau, s'y trouve déjà dans la position d'un crucifié, retrouvée fréquemment dans l'oeuvre.

La violence est aussi presente dans Untitled crounching figures. Plusieurs silhouettes accroupies évoquent la relation tumultueuse du peintre avec son amant Peter Lacy, pilote de la Royal Air Force, tout comme The end of the line, empreint d'une charge sadomasochiste, tel un coup de poing.

Danx cette salle, j'ai particulièrement aimé Study from the human body, le premier nu de Francis Bacon : mystère et profondeur d'un rideau entrouvert, à quoi Robert Melville trouve "an air of extreme hazard".

bacon 3 h plongeant

Nombre des figures obsessionnelles du peintre sont présentes dans cette salle. Il en va ainsi de celle des Euménides qui reviendront en leitmotiv dans son oeuvre. A study for a figure at the base of a crucifixion les montre sur un fond violemment rouge, inspirées ici par la réécriture de Thomas Eliot (The Family Reunion, 1939).

Dans la deuxième salle, on est frappé par les toiles qui évoquent la viande animale. A propos de Head I, une toile en noir et blanc, Gilles Deleuze signale "a logic of sensation... in thick impaste almost sculptural". Déjà aussi ce qui sera le fondement de son oeuvre, ''a deep identity" : "this slippage between human and animal [which] can't be resolved." "L'homme qui souffre est une bête, la bête qui souffre est un homme."

Head II dit aussi cela, cette hésitation entre l'humain et l'animal. Bacon expliquait que, pour cette toile, il avait voulu peindre comme Velasquez en lui donnant la texture de la peau d'un hippopotame. Figure with meat, représentant un homme entre deux quartiers de viande, avoue sa fascination pour la viande et sa croyance dans la ressemblance entre la chair humaine et la chair animale. "We are a potential carcass" affirme-t-il.

 Bacon-viande.jpg

Puis on découvre un portrait de Lucian Freud, inspiré d'une photo de Franz Kafka, ce procédé de peinture d'après photo étant une constante de l'oeuvre de Bacon.

La série des portraits du pape Innocent X révèle quant à elle son admiration pour Velasquez : "J'ai toujours pensé que c'était un des plus grands peintres au monde et j'ai fait une fixation sur lui'' reconnaît-il. L'artiste espagnol l'inspirera encore pour un de ses autoportraits de 1950, dans lequel il se représente autoritaire et dominateur ; plus tard, il regrettera cependant cette série des papes.

Plus loin, Figure in landscape m'est apparue très étrange. Tout en orange, ocre et gris, elle rappelle un voyage que fit le peintre à Tanger en compagnie de Peter Lacy.

Study for a crounching nudeen blanc, gris, ocre et jaune, soulignée de noir au bas de la toile, fournit nombre de clés de l'oeuvre. Le rail circulaire, l'ombre menaçante, la figure qui émerge, autant d'éléments picturaux chers au peintre : "Our shadows are our ghosts'' dira-t-il. Bacon y ajouta du sable.

Dans la même veine, Untitled (Crounching nude) présente un personnage accroupi dans un cercle, posture récurrente de l'oeuvre, devant un rideau. On y perçoit comme une énergie mouvante dans une balle, prête à exploser. C'est, je crois, cette série de toiles enveloppées de mystère, représentant des formes ectoplasmiques, dans des tonalités de gris, de bleu laiteux et de noir, que j'ai préférées dans cette exposition. L'une d'entre elles, Untitled (Figure), porte collant et cravate, préfigurant la série qui représentera l'homme au travail.

Study for figure n0 4 montre un homme a l'intérieur d'un carré, dans une position inconfortable, génératrice d'anxiété. Cette atmosphère claustrophobique renvoie sans doute à l'expérience homosexuelle de Bacon, dans une Angleterre ou l'homosexualité ne sera décriminalisée qu'en 1967.

Tres étonnante est la toile aux couleurs vives (rouge, jaune, noir), Study for a portrait of Van Gogh IV. Elle s'inspire d'un tableau du peintre des Tournesols, The painter on the road of Tarascon, datée de 1888, et qui fut détruite pendant la Guerre de 40. Van Gogh y apparaît "like a phantom''.

Bacon-Henrietta-moraes.jpg

Dans cette même salle consacrée aux années 1950-1960, une toile violente, Lying figure, représente Henrietta Moraes, une amie du peintre, réalisée d'après des photos de John Deakin. Etendue sur un lit comme si elle était sur une croix, on la voit une seringue fichée dans le bras. ''I put the syringe because I want a nailing on the flesh on to the bed'' explique le peintre.

Dans la troisième salle, Study for selfportrait, est typique de la peinture de Bacon après 1960, dominée par les gris et les bleus et la pratique des séries. C'est sans doute cette manière de peindre qui est la plus connue. Les courbes bleues des formes du visage sont distordues, les yeux sombres émergent d'un isolement profond.

bacon-autoportrait.jpg

Assez peu d'animaux dans la peinture de l'artiste anglais. On retiendra cependant Study for a baboon, réalisée lors d'un voyage en Afrique ; Study for a running dog, une sorte de signature psychologique révélant un etat de panique ; Untitled dog crée un mouvement gris-blanc sur un fond vert ; enfin, Owls, d'après Birds of the night d'Eric Hoskin. On pense ici aux Euménides, motif récurrent de l'oeuvre. Quant à la forme du sphinx qui se devine derrière les oiseaux, elle est signe de l'attachement de Bacon aux thèmes de l'Antiquité.

Study for a nude, réalisée sur une photo de Muybridge, montre un homme prêt à plonger dans un cube. " Michelangelo and Muybridge are mixed up in my mind together'' dira Bacon.

bacon 3 h plongeant

Dans Untitled (half lenght figure in the sea), le personnage et la mer sont sombres, mystérieux, indistincts. A propos de cette toile, on soulignera que l'océan est un thème tres peu présent dans les toiles de Bacon.

Toujours dans cette salle, un tableau d'un bleu monochrome, Untitled (Study after Velasquez), a retenu mon attention avec ses touches d'un noir vibrant et ses raies verticales rouges.

Au milieu de la salle, des vitrines m'ont particulierement intéressée. Elles présentent des photos, souvent en très mauvais état, de tous ceux qui ont connu ou inspiré Francis Bacon : Reihard Hasset, Eddy Batache, John Edwards, Michel Leiris, Isabel Rawsthorne, Lucian Freud, Henrietta Moraes. On voit aussi George Dyer dans son atelier et Bacon, peint par Brett Whiteley. Velasquez, Michel-Ange, Raphael, Courbet, les grands maîtres, sont aussi en bonne place.

Ensuite de nombreuses portraits, parmi les plus originaux, sont consacrés à l'amant de coeur, George Dyer. Dans Three studies of George Dyer notamment, le visage de celui que Bacon lui-même décrit comme ''a petty criminal of the East End'' apparaît déformé dans des tonalités de blanc et de beige.

Cette déformation si caractéristique du peintre se retrouve dans Three studies for portrait of Henrietta Moraes. Le visage du modèle fait penser à celui d'un babouin. Sa désintégration crée une impression de chair liquide, ainsi que l'a fait remarquer Georges Bataille.

A propos de tous ces portraits, il n'est pas inutile de rappeler ce que disait l'artiste : "In trying to do a portrait, my ideal would be just to pick up a hand full of paint and throw it at the canvas and hope that the portrait was there." Cela se vérifie avec le portrait dans les tons bleus de Henrietta Moraes : amorale, voleuse, violente, alcoolique, droguée, mais "lovable" ! Et encore avec le Portrait of J. Hawthorne, une amie de longue date. "What I want to do is to distort the thing far beyond the appearance, but in th distortion to bring it back to a recording of the appearance."

Dans la série des portraits, celui de l'écrivain Michel Leiris, dont j'ai déjà parlé, retient l'attention. En effet, contrairement aux portraits souvent violents et cruels, celui-ci est tendre et sensuel : "compassion et despair"...

Self portrait illustre les dires du peintre : " The successful image come from a balance between critical faculties and accident." Quant a Study for self portrait, elle offre un corps en plein tumulte qui semble tourner sur lui-même et dont l'ombre devient un objet qui est comme l'extension de sa propre chair.

Studies for the human body est tres intéressant avec ses trois personnages, devant ou derrière le miroir : il dit ''something about the act of looking".

Une très grande toile d'après Muybridge surprend ensuite par ses dimensions. Intitulée The human figure in motion, elle montre des personnages en mouvement : une femme vidant un récipient, un enfant paralysé qui marche... Les trois dimensions selon Bacon, telle serait une des significations de ce tableau.

Bacon-2-3-dimensions.jpg

On passe ensuite dans une salle qui évoque les annees 70, une période qui verra une importante rétrospective de l'oeuvre de Bacon au Grand Palais et la mort de George Dyer. C'est John Edwards qui devient alors le futur héritier de Francis Bacon.

La présence de George Dyer est encore obsédante ici dans nombre de toiles. Dans Three figures and a portrait, elle est associée aux Eumenides (encore elles) avec une référence à Degas. Dans Triptych, on voit George Dyer de dos, dont l'image se reflète dans un miroir suspendu dans une cage cubique. Au milieu, l'homme lit un journal devant un miroir opaque : une oeuvre impressionnante, inspirée toujours par Velasquez et sa Rokeby Venus. Dans Triptych, August 72, une ombre liquide rose se répand sur la toile : la vie de Dyer qui s'enfuit. Seatled figures met en scène Bacon et Dyer assis, avec parapluie et battes de base-ball.

Bacon-dyer.jpg

D'autres autoportraits révèlent un artiste toujours en quête de l'insaisissable soi-même, une quête qu'il décrit ainsi : '' It's a model just like any other important, in grasping something which is constantly changing, and the problem is the same whether it'is a self-portrait or a portrait of someone else." Dans Self portrait, Bacon se peint tel un adolescent...

L'exposition s'achève avec, notamment, un Triptych représentant les blessures violentes occasionnées lors des corridas, Study for the human body où se tordent des personnages et un beau portrait de John Edwards, représenté assis mais dépourvu de bras.

Bacon-sans-bras.jpg

Une dernière salle est consacrée à des photos rappelant la vie de cet artiste majeur du XXeme siècle, qui disparaît en 1992.

C'est une exposition qui m'a vraiment beaucoup marquée et dont certaines toiles ne cessent de me hanter. Ainsi, je ne peux que souscrire a ce qu'écrit le Times à propos de cette rétrospective qui fera date : " His images... arrive straight through the nervous system and hijack the soul."

Bacon tryptich

 

 

Sources : les cartouches explicatifs de l'exposition, Francis Bacon, Five Decades.

 

 

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