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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 17:38

Vaucluse-H.JPG 

      La façade de Vaucluse House à Vaucluse, NSW, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, 26 décembre 2012)

Mardi 26 décembre 2012, après avoir assisté de Christison Park au départ de la Sydney-Hobbart, nous avons découvert un endroit plein de charme, toujours à l’est, dans la baie de Sydney : Vaucluse House.

Vaucluse-H-jardin.JPGLe bassin de Vaucluse House à Vaucluse, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, 26 décembre 2012)

Cet endroit magnifique, une bâtisse à tourelles de style gothique, est situé au milieu d’un jardin de 9 hectares, qui en faisait 208 au XIXe siècle. C’était à l’origine une simple maison de pierres qui avait été construite en 1803 pour un chevalier irlandais, Sir Henry Brown Hayes. En 1827, elle est achetée par William Charles Wentworth (1790-1872), un avocat et un homme politique énergique et passionné, un des colons australiens les plus influents. On citera à son actif la première traversée européenne des Blue Mountains, à l’ouest de Sydney, en 1813. Il est connu encore pour avoir œuvré en faveur des droits civiques (le procès devant jury), pour avoir coédité le premier journal colonial indépendant, The Australian, en 1824, et proposé un Sénat héréditaire pour le parlement de la Nouvelle Galles du Sud (NSW). Il a aussi créé la première université australienne, l’Université de Sydney (1852), et le mouvement pour un gouvernement représentatif, obtenu en 1856.

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William Charles Wentworth (1790-1872), photo A. Ken (1868), et Sarah Wentworth, née Cox (1805-1880), photographe inconnu (Fonds Vaucluse House, Historic Houses Trust)

Le destin de cette maison est un peu particulier, quand on sait que Wentworth fut victime de l’ostracisme de ses concitoyens à cause de son mariage. Il fut en effet condamné à un certain isolement  social pour avoir épousé Sarah Cox (1805-1880), fille d’anciens détenus, qui avait été modiste avant son mariage. De plus, deux de leurs enfants étant nés avant leur union, et les parents eux-mêmes de William Wentworth ayant eu maille à partir avec la justice, cette maison devint pour toute la famille un endroit de réclusion en même temps qu’un havre de paix, de 1827 à 1861. Il faut ajouter encore que Wentworth s’était attiré les foudres de la haute société australienne en attaquant les « Exclusivités » de la politique coloniale.

William-Wentworth.jpg

William Charles Wentworth

Dans l’esprit de la Government House, située dans les Botanic Gardens, ce manoir familial de style gothique séduit par sa disposition irrégulière, qui s’adapta au nombre croissant des enfants de William et Sarah Wentworth. La demeure est en effet composée de 16 pièces sur deux étages, que viennent compléter des écuries, une laiterie, un garde-manger, un potager, des cours de service, des caves, des allées pour chariots, au milieu d’un luxuriant jardin d’agrément. Vaucluse House est ainsi une des propriétés familiales demeurées intactes les plus importantes d’Australie.

Vaucluse-H-dependances.JPG

Les dépendances de Vaucluse House, Vaucluse, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 26 décembre 2012)

Son intérêt réside surtout dans le fait que cette demeure recrée l’atmosphère de l’époque où se construisait l’Australie (débuts de la colonisation : 1788). Elle a conservé son mobilier d’origine en chêne, de style Gothic Revival et de nombreux détails architecturaux du XIXe siècle : bordure de papier peint à fleurs, corniches en plâtre, cheminées en marbre italien… On peut notamment y admirer une très belle mosaïque en pierre dure du XVIe siècle, que les Wentworth rapportèrent d’Italie en 1858-1859, quand ils y firent « Le Grand Tour ». Un des salons du rez-de-chaussée fut créé tout spécialement pour permettre aux filles des Wentworth, mises au ban de la société, de rencontrer d’éventuels prétendants. Dans une des chambres du premier étage, le lit comporte les trois matelas typiques de l’époque,  remplis de paille, de crin de cheval et de plumes.

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The Three Graces (Edith, Eliza et Laura, filles de Sarah et William Charles Wentworth), Hans Julius Gruder, 1868

(Caroline Simpson Library & Research Collection, Historic Houses Trust)

J’ai beaucoup aimé cette visite dans le passé, pas si lointain, de ce pays qui, ne l’oublions pas, fut créé par des bagnards. J’ai été sensible à la volonté de William Wentworth qui, par amour, sut s’opposer à la société de son temps et créer cet îlot familial sur la Grande Ile. Vaucluse House m’a fait penser à une autre superbe demeure coloniale, celle de la famille Le Clézio, la Maison  Eurêka, que j’avais visitée à Moka (Ile Maurice). link

 Wenworth-3.JPG

 Vaucluse Bay, photographe inconnu, 1880

(Vaucluse House, Historic Houses Trust)

 

 

Sources :

Historic House Trust   

 

 



 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 19:16

Abo-circular-quay.JPG 

Aborigènes sur Circular Quay dans l'attente des touristes

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

Plusieurs fois, au cours de mon séjour à Sydney, devant la luxuriance et la beauté de la nature australienne, je me suis demandé comment devait être ce pays avant l’arrivée des Anglais, quand les Aborigènes (au nombre d'un million, ils étaient plus de cinq cents peuples) en étaient les maîtres. Et justement, alors que nous en avions rencontré il y a quatre ans dans le Centre Rouge et à Alice Springs, je me suis beaucoup étonné de ne guère en croiser à Sydney. Certes, ils ne représentent que 2,3% de la population australienne, vivent surtout dans leurs communautés et habitent, je crois, les quartiers de Redfern et de Wooloomooloo où, il est vrai, nous ne sommes pas allés. Nous n’avons vu, malheureusement, que ces hommes, à Circular Quay, qui font le spectacle pour le touriste avec didjeridoo et tatouages. On a un sentiment de honte quand on passe à côté d’eux et qu’on pense à ce à quoi a été réduit leur peuple.

Sur la plage de Bondi, j’en ai vu un, très grand, très massif, qui montrait aux baigneurs les méduses, nombreuses ce jour-là. Plus tard, je l’ai retrouvé, dormant allongé aux côtés d’un ami, dans l’anfractuosité d’un rocher. Dans George Street, une des rues les plus animées de Sydney, à l’heure de midi, nous avons été surpris par l’attitude violente d’un Aborigène, une sorte de géant, pieds nus, vêtu d’un tee-shirt et d’un short noirs. Il bousculait sans vergogne et avec hargne les passants, allant même jusqu’à faire le coup de poing avec l’un d’entre eux qui l’avait heurté par mégarde avec sa valise. Enfin, c’est au State Theatre, à l’occasion du spectacle du chanteur aborigène Archie Roach, que nous en avons été heureux d’en voir en grand nombre, venus applaudir celui qui est devenu leur porte-parole.

Abo Archie

Archie Roach et deux de ses chanteurs au cours de son spectacle Into the Bloodstream,

au State Theatre de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog. com, janvier 2013)

Je me suis dit que les musées pourraient me parler davantage de ces autochtones que les Anglais colonisèrent. On sait que cela ne se fit pas sans violence, comme en témoigne un film d’archives terrifiant que nous avions vu à Cairns, au cours de notre précédent voyage, au Tjapukai Aboriginal Cultural Park. Il relatait en effet ce qu’il faut bien appeler la chasse à l’Aborigène, que pratiquèrent surtout les Australiens du Nord-Est.

En effet, la colonisation du continent austral est une des période sombre de ce pays. A leur arrivée, les Anglais ayant déclaré juridiquement que cette terre n’appartenait à personne, qu’elle était « Terra Nullius », ils se la sont approprié et ont méprisé cette culture vieille de 50 000 ans. Entre massacres, exactions, tentatives d'assimilation, les Aborigènes ont été proches de l'extinction.

De la « Native » ou « Black Police », constituée de corps entièrement aborigènes formés dans les années 1830 à 1880, pour semer la terreur, aux « générations volées » (1901-1969) de la stratégie d’ « assimilation », en passant par les politiques perverses de « protection » ou « welfare », ce peuple n’a ainsi cessé de subir des vicissitudes. Cependant, depuis les années 70 et les luttes revendicatives d’Edward Mabo, la situation des Aborigènes s’améliore. Les Australiens regardent enfin leur passé en face, même si de graves problèmes subsistent, les Aborigènes représentant toujours la catégorie la plus pauvre et la moins formée de la population. Ils sont particulièrement touchés par l’alcoolisme, la délinquance et le suicide. En 2009, ils représentaient 25% de la population carcérale.

En réalité, bien qu’ils n’y soient pas non plus très présents, c’est donc dans les musées de Sydney, que je suis allée à la rencontre des Aborigènes.

Abo danie Mellor 1

In lands of plenty, Danie Mellor, Australium Museum, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

Danie Mellor, (http://daniemellor.com/portfolio/), un artiste indigène australien, né en 1971, est un de ceux qui a su le mieux rendre compte du choc de la rencontre entre les deux civilisations. En 2009, il a reçu un prix prestigieux, le 26e National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award pour une œuvre intitulée De Rite Rituel. Utilisant la technique de la gravure mezzotinte, il pratique la superposition d’images, favorisant ainsi un dialogue à deux voix entre autochtones et colonisateurs. Le contraste est saisissant entre les cadres dorés des œuvres, qui rappellent une époque révolue, et les formes modestes de l’art indigène qui y sont enchâssées. Danie Mellor a pris place avec éclat dans la narration visuelle de l’histoire australienne, mettant en relief la convergence de la culture, de l’environnement, de l’histoire et des populations.

C’est à l’Australium Museum de Sydney que j’ai vu ses réalisations bleu et or, qui m’ont impressionnée par tout ce qu’elles véhiculent en profondeur. In lands of plenty montre une vieille femme au centre d’une nature morte représentant des fruits en plénitude mais son panier est vide. Ces fruits, qu’elle possédait autrefois en abondance, elle n’y a plus accès et son aliénation est ainsi mise en relief.

A new earth rappelle tout le travail de classification (plantes, animaux, humains) entrepris par les nouveaux colons anglais. Leurs planches scientifiques précisaient les espèces et les situaient dans leur contexte. Ici, on voit que les hommes deviennent objets d’étude comme la faune et la flore.

Il en va de même pour The reality of myth, une image qui fait écho à une gravure de Jacob Breyne, celle d’un savant observant un specimen de plante. Ici, cette dernière est remplacée par une femme aborigène, qui devient ainsi simple catégorie d’étude comme la faune et la flore.

Michael-Reid-Danie-Mellor-Of-Man-Myth-and-Magic-0086406_120.jpg

 

A cultivated ceremony fait référence à la Jirrbal Aboriginal Ceremony, un rituel qui se pratique encore auprès des cours d’eau sacrés. Une œuvre qui rappelle que, si les cultures indigènes étaient perçues comme primitives, elle n’en possédaient pas moins un savoir très ancien, hérité de millénaires.

Toujours à l’Australium Museum, contiguë aux œuvres de Danie Mellor, on peut admirer une superbe collection de 40 000 pièces qui évoque la diversité de l’art aborigène, du Temps du Rêve à nos jours. Présentant bien sûr les représentations d’animaux endémiques que tout le monde a en tête, elle insiste aussi sur l’histoire et les combats politiques de ces peuples, dont la culture- il ne faut pas l’oublier- est la plus ancienne au monde. Elle montre en particulier la relation particulière des Aborigènes avec leur terre et se divise en six thèmes : spiritualité, héritage culturel, archéologie, famille, terre et justice sociale. Particulièrement pédagogique, elle est confortée par des documents d’archives, photographique et audio-visuels d’une grande richesse.

Abo peinturesArt aborigène, Art Gallery of NSW Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Je voudrais me faire ici l’écho de quelques phrases notées ici et là au hasard de ma déambulation, et qui expriment ce sentiment viscéral d’appartenance à la terre qu’éprouvent les Aborigènes. La terre, sacrée, est pour eux « le noyau de toute spiritualité ». « Il feel my body, with my blood. Feeling all these trees, all this country. When this wind blows, you can feel it- same for country… you feel it, you can look, but feeling… that make you.” ( Kakadu Man, Big Bill Neidjie, 1986).

Et aussi : “It is my father’s land, my grandfather’s land, my grandmother’s land. I am related to it, it gives me my identity. If I don’t fight for it, then I will be moved out of it and that will be the loss of my identity.” (Land Bilong Islander, Father David Rossi, 1990).

Et encore : “The tide of history can never take away our connection to land, because it is a spiritual connection and a higher level… Our law and spirituality is interwined with the land, the people and creation and the forms our culture and our sovereignty.” (Justice Brennan, 1992).

Et enfin, ces mots, qui sont terribles : “Racism for me, as always meant being a “second class citizen” in my own country.” (Aunty Joyce Abraham, Gamilaroi Elder).

Abo John Skinner Prout

Bush landscape with water fall and an Aboriginal standing with native animals (1860), John Skinner Prout, Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

L’Art Gallery of NSW  quant à elle comporte dans ses collections  une quinzaine de photos du photographe Michael Riley. link Ayant commencé sa carrière artistique en 1982, il a fait partie d’un groupe de jeunes artistes indigènes et a fondé le Boomalli Aboriginal Artists Co-operative. Il a participé à la première exposition de photographes indigènes en 1986 et certaines de ses œuvres se trouvent au Musée du Quai Branly. Malgré sa mort prématurée en 2004, son œuvre demeure essentielle pour la compréhension de l’histoire des Aborigènes.

Enfin, parmi les peintres du XIXe siècle et les modernes, quelques-uns ont retenu mon attention. Certains proposent une vision conventionnelle de l’Aborigène. Ainsi, Thomas Clark (1814-1883), avec Fern gully with Aboriginal family (1863) peint une famille aborigène dans son décor naturel, un creux  de verdure et de fougère. John Skinner Prout (1805-1876), neveu du grand coloriste Samuel Prout, propose un Aborigène au milieu d’animaux : Bush landscape with waterfall and an Aborigene standing with native animals (1860). Une vision héritée du mythe du "sauvage" à défaut d'être celui du "bon sauvage".

Abo clark

Fern gully with Aboriginal family, Thomas Clark, 1863 (Art Gallery of NSW, Sydney)

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Mais la représentation des Aborigènes qui m’a le plus émue est celle de Sir George Russell Drysdale (1912-1981). Avec lui, c’est une nouvelle vision de la société australienne qui émerge. Deux tableaux notamment ont sollicité mon regard. Il s’agit de  Shopping Day (1953) et Group of Aborigenes (1963). Les Aborigènes y apparaissent désormais comme des humains ordinaires, bien loin du noble sauvage ou du primitif menaçant. Malgré les couleurs des toiles, de leurs hautes silhouettes massives sur de longues jambes filiformes émane une impression de tristesse poignante et d’immense solitude. Placés au sein d’un paysage qui semble leur être hostile, leur aliénation n’en est que plus grande. Si Russell Drysdale est le témoin du changement de la société australienne, il a surtout l’art de créer  un paysage physique et psychologique, en même temps qu’il est poétique et mystérieux.

Abo DrysdaleGroup of Aborigenes (1963) et Shopping Day (1953), George Russell Drysdale (Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Pour clore cette approche de l’Aborigène dans l’art australien, je n’aurais garde d’oublier la belle sculpture de Rayner Hoff (1894-1937), un sculpteur qui travailla sur l’Anzac War Memorial de Hyde Park à Sydney. Sa Tête de jeune garçon aborigène (1925) m’a plu par son réalisme et son modelé tendre.

Abo Rayner HoffHead of an Aboriginal Boy (1925), Rayner Hoff (Art Gallery of New South Wales, Sydney)

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

Au terme de cette brève approche de la représentation de l'Aborigène dans l'art australien, il est clair que l'Art peut aider à la prise de conscience des peuples. Cependant, le champ demeure immense pour que le premier habitant de l'Australie devienne enfin un sujet artistique comme les autres.

 

Lien vers mon billet sur la peinture aborigène link

 

 

 


 

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:02

 Mignon-Forbes.JPG

Mignon, Elizabeth Stanhope-Forbes, 1890, Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 11 février 2013)

 

Dans une des salles de l’Art Gallery of NSW de Sydney, consacrée au Western Art, en février 2013, nous avons vu ce tableau d’Elizabeth-Adela Stanhope Forbes, un peintre canadien (1859-1912). Amie de Whistler, dont elle subit l’influence, elle vécut à Londres avec son mari, le peintre Alexander Stanhope Forbes, fut la voisine de Dante Gabriel Rossetti qu’elle ne rencontra jamais, et connut les peintres de Pont-Aven en 1882.

Cette huile sur toile est très représentative de ce peintre, dont un des thèmes de prédilection est les enfants. Ici, il s’agit bien sûr d’une enfant particulière, puisque le tableau représente Mignon, un des personnages les plus emblématiques du roman de Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister (1796). J’ai été surprise de voir, sous le pinceau d’Elizabeth Forbes, Mignon habillée en fille. Le peintre en fait une petite fille sage en robe blanche, dénaturant ainsi, ce me semble, l'originalité troublante de cette figure féminine. En effet, si la jeune héroïne apparaît dans un costume d’ange à la fin du roman, elle est le plus souvent vêtue en garçon. Un des charmes de ce personnage romanesque d’origine italienne, au nom ambigu, est d’ailleurs son aspect androgyne. Goethe utilise ainsi indifféremment le masculin ou le féminin pour parler de la petite danseuse « des œufs ».

Une lettre de Goethe au chancelier von Müller laisse entendre qu’il aurait écrit son célèbre roman d’apprentissage uniquement pour elle. Présente dans les cinq premiers livres, elle en serait la réelle inspiratrice. Agée de douze à treize ans, Mignon est cette adolescente mutique et maladive que Wilhelm Meister, fils de négociants, rencontre dans la troupe de comédiens ambulants, où il découvre Shakespeare et Hamlet. Compagne d’un vieux harpiste (qui se révélera être son père), dévouée corps et âme au jeune homme, elle en tombe éperdument amoureuse ; il la délaissera pour Natalie et elle en mourra.

Goethe fait de cette enfant à la peau mate et aux longs cheveux le symbole de la tentation de l’Absolu et de la nostalgie du Midi. S’accompagnant à la cithare, celle qui sait à peine lire et écrire connaît l’art de chanter des lieder d’une manière bouleversante. Personnage  inoubliable, elle aura une grande influence sur nombre d’auteurs européens, de Schiller à Brentano, en passant par Novalis, Hugo Wolf et Kleist avec sa petite Catherine de Heilbronn. Elle inspirera aussi les musiciens : Beethoven, Schumann, Schubert, et bien sûr Ambroise Thomas, qui en fera un opéra (1866).

Devant ce tableau, me sont revenus les premiers vers de ce poème que tous les germanisants ont appris pendant leur scolarité. Mais pour moi, ce jour-là, le pays « wo di Zitronen blühn », c’était l’Australie !


Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Gold-Orangen glühn,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn.
 
Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und sehn mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn.
 
Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?
                                     Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns ziehn!


‎"Connais-tu le pays où fleurit l'oranger?
Le pays des fruits d'or et des roses vermeilles,
Où la brise est plus douce et l'oiseau plus léger,
Où dans toute saison butinent les abeilles,
Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu,
...Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu !
Hélas! Que ne puis-je te suivre
Vers ce rivage heureux d'où le sort m'exila!
C'est là! c'est là que je voudrais vivre,
Aimer, aimer et mourir!

Connais-tu la maison où l'on m'attend là-bas?
La salle aux lambris d'or, où des hommes de marbre
M'appellent dans la nuit en me tendant les bras?
Et la cour où l'on danse à l'ombre d'un grand arbre?
Et le lac transparent où glissent sur les eaux
Mille bateaux légers pareils à des oiseaux!


Citronnier.JPG

Citronnier dans une rue de Bondi Beach, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

link

Mignon chanté par Magdalena Kozena

 

 

 




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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:36

perruche 1

             Psephotus varius (ou mulga parrot) dans un arbuste à Bondi Beach

            (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

Un jour qui sait

Peut-être je serai

 

perruche 4

Perruche australe dans un citronnier à Bondi

  (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012) 

 

La perruche arc-en-ciel

Aux délicates ailes

 

perruche 2

                                                                                          Perruche australe à Bondi Beach

                                                                                 (Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

Chatoyante et jaspée

Irisée diaprée

 

Perruche-botanic-gardens.JPGPerruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

 (Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Multicolore

Omnicolore

Versicolore

 

Perruche-botanic-gardens-2.JPG Perruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Cachée dans le feuillage

Perdue tel un mirage

 

perruche-boatanic-gardens-3.JPGPerruche australe dans les Botanic Gardens de Sydney

  (Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013

 

Dolente de soleil

Eperdue de merveille

 

perruche-5.JPG

Perruche australe dans une rue de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

D'être sans autre égale

La palette idéale

 

 

Pour la perruche splendide

La perruche soleil

La perruche royale

La perruche australe

 


 


 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:08

Chien.JPG

Deux chiens devant la mer, à Tamarama Beach, sur la Coastal Walk, NSW, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 janvier 2013)

 

 

Le bonheur d'être chien à Tamarama Beach

 

 


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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 22:41

Dadang-1.JPG

They give evidence, installation de Dadang Christanto à l'Art Gallery of NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 11 février 2013)

 

 

Ne voulant pas quitter Sydney sans avoir parcouru de nouveau la superbe Art Gallery of NSW, nous y sommes retournés le lundi 11 février 2013. Dans une salle un peu retirée de la partie Art moderne, l’impressionnante procession funéraire, érigée par l’artiste australien Dadang Christanto, s’est offerte à nous. Cette œuvre, intitulée They give evidence (1996-1997), saisit par son ampleur et sa dignité.

Les seize figures masculines et féminines de cette installation sont réalisées en poudre de terre cuite, mélangée avec de la fibre de verre et de la résine. Les vingt-deux pièces de vêtements que portent les personnages sont en tissu et en résine de couleur.

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D’origine indonésienne, descendant de Chinois, la famille de Dadang Christanto fut victime des massacres de 1965-66, perpétrés sous le régime de Suharto. Si l’œuvre est certes inspirée par la douleur personnelle de l’artiste, elle n’en témoigne pas moins de sa capacité à transcender sa souffrance intime pour accéder à l’universel.

Droites, figées pour l'éternité dans un cri silencieux sans fin, ces figures évoquent les victimes de la guerre et de la violence. Muettes, dans un geste d’offrande, elles portent le corps d’hommes, de femmes, d’enfants innocents qui ont été tués. Dans leur simplicité, leur silence, leur hiératisme, leur impuissance, elles témoignent de l’oppression, de l’injustice sociale, de l’inhumanité foncière de l’homme.

Acclamée au Japon en 1998, admirée à la 14 ème Biennale de Sao Paulo en 1998, cette œuvre fut exposée à Jakarta. On regrettera cependant que, pour voiler la nudité de ses personnages, l’artiste y ait été contraint de les recouvrir de tissu noir. Cachez cette mort que je ne saurais voir !

christando 4

 

 

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 12:03

 

 

 

Camus-2.JPG

L'océan Pacifique vu du Harbour National Park à North Head

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

 

De retour de l'été australien dans l'hiver européen, j'entends, murmurée encore en anglais et comme un écho lointain, cette petite phrase de Camus, dans Retour à Tipasa :

"In the midst of winter, I found there was, within me, an invincible summer."

 

 

 


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Published by Catheau - dans Des Mots
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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 08:49

la fête

 Illustration de la fête étrange du Grand Meaulnes

(pour la vieille collection Rouge et Or)

 

 

Gît dans ma mémoire une fête étrange

Dans un vieux manoir à tourelle grise

Des enfants lisant que rien ne dérange

Des masques dansant chacun à sa guise

 

Gît dans ma mémoire un fils d’aventures

Vêtu d’une cape et puis d’escarpins

Des portes s’entrouvrent et des voix murmurent

Au seuil du mystère hésite Augustin

 

Gît dans ma mémoire cette fête étrange

Où Augustin Meaulnes au fond d’un couloir

Découvrit Yvonne en sa pâleur d’ange

L’amour de sa vie et son désespoir

 

Gît dans ma mémoire ce lieu de mon rêve

Qui s’ouvrit à moi et à mes onze ans

Depuis ce temps-là je cherche sans trêve

La fête de lire en mon cœur d’enfant

 

                                    Bondi Beach, le 03 janvier 2013

                      le gm fête

 La fête étrange dans l'adaptation cinématographique de Jean-Gabriel Albicocco

 

 

Pour Suzâme et Nanterre PoéVie sur le thème de la fête.

 link

 

 

 


 

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 00:57

 Waste-not.JPG

Waste Not, de Song Dong

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 13 janvier 2013)

 

Dimanche 13 janvier 2013, après avoir assisté à la piece de theâtre, Othello c'est qui, nous avons déambulé dans Carriageworks au milieu de l'installation de l'artiste chinois Song Dong, intitulée Waste Not (du 15 janvier au 31 mars 2013). De la maison familiale de Beijing au Sydney Festival, en passant par le Museum of Modern Art in New-York, c'est une longue histoire que celle de cette entreprise artistique et personnelle peu commune.

Celle-ci a en effet été conçue par l'artiste après la mort de son père, une perte douloureuse dont sa mère ne se remet pas. Aussi, afin de l'aider à faire son deuil, entreprend-il de rassembler avec son aide le contenu entier de sa maison. Soigneusement rangé par catégories d'objets sur une importante surface, tout ce qui fait le simple quotidien d'une vie s'offre au public dans tout son prosaïsme et en même temps toute sa charge émotionnelle.

D'abord surpris puis interessé, voire emu, le promeneur s'interroge sur cet exceptionnel travail de mémoire et de résilience, qui peut être vu en même temps comme une célébration de la vie à travers les objets. C'est ce que fait remarquer justement The New York Times qui décrit ainsi cette entreprise artistique touchant à l'intime : "Deeply moving... A work of art is every bit as much about loss as it is about muchness."

 

Waste-not-3.JPG

Waste not, de Song Dong

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 13 janvier 2013)

 

 


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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 02:32

big-fourmis-australiennes.jpg

 

Sur la rambarde de bois    

La méchante me piqua

De son dard en coutelas       

Myrmecia gulosa

Myrmecia pavida

Myrmecia nigriscapa

Solenopsis invicta

Bien malin qui le dira ! 

 

Lundi 04 fevrier 2013, vers 14h30,

en descendant vers Shelly Beach à Manly

 

 


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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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