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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 17:40

 

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Sandrine Bonnaire dans le documentaire de Juliette Cazanave

 

Mercredi 17 juillet 2013, j'ai vu pour la troisième fois l'adaptation d'Un coeur simple de Flaubert par Marion Lainé. J'ai de nouveau été impressionnée par la manière dont la réalisatrice s'est emparée du récit de Flaubert pour en donner une vision fidèle à l'ermite de Croisset  et en même temps très personnelle. Sandrine Bonnaire y est remarquable dans l'interprétation d'un personnage inoubliable de la littérature française, dont l'histoire se clôt dans l'extase mystique d'une innocence absolue (Voir le lien vers mon billet sur cette adaptation link).

Le film était suivi d'un documentaire en forme de portrait de Sandrine Bonnaire par Juliette Cazanave : Sandrine Bonnaire, actrice de sa vie. Il montre la métamorphose d'une jeune actrice révélée à quinze ans, qui a illustré avec brio le cinéma d'auteur de Pialat à Depardon en passant par Chabrol et Rivette, en une femme en pleine maturité, désireuse désormais de s'adonner aussi à la réalisation.

Ce documentaire donne à voir le naturel irradiant d'une comédienne qui affirme qu' "être acteur, c'est être". Ainsi, pendant le tournage d'une série à La Réunion, Signature, elle confie qu'elle n'est jamais prisonnière des rôles qu'elle interprète. Le soir,  elle fait relâche devant la mer sur le balcon de sa chambre d'hôtel. "Je prends de la distance, du recul" dit-elle, pour s'offrir à tout ce qu'apporte la vie tout simplement. Elle filme pour elle la mer, les oiseaux, les gens qu'elle rencontre. 

 

sandrine se filmant

 

Certes, elle reconnaît que le cinéma lui a tout appris : "Ce métier m'a éduquée. Moi, j'ai arrêté l'école quand j'avais quinze ans, donc j'ai appris le reste avec les gens de cinéma." On le comprend bien lorsqu'elle emménage en 2010 dans un nouvel appartement et qu'on la voit ranger ses "trésors", tous les scenarii de ses longs métrages, les bobines des tournages de ses films et les métrages d'amateur qu'elle a toujours réalisés. Sous un texte  ("Hérétique, Relapse, Apostate") qui rappelle le souvenir de Jeanne d'Arc qu'elle interpréta pour Rivette, celle qui voulait surtout être danseuse ou chanteuse compare son destin de comédienne à celui de la sainte. N'ont-elles pas toutes deux été choisies, élues ?

La force de Sandrine Bonnaire réside par ailleurs dans une certitude : "J'ai la capacité de prendre ce qu'on me donne" assène-t-elle avec foi. Le hasard a fait que ce sont essentiellement des réalisateurs de cinéma d'auteur qui l'ont formée et, pourtant, elle reconnaît qu'elle n'est pas une intellectuelle. Avec elle, tout passe par le corps, les sensations, plus que par la tête. Et si ce métier lui a appris aussi la maîtrise de soi, la conscience de son image, elle aspire à présent à un certain lâcher-prise.

Ce qui séduit chez elle, c'est ce naturel confondant qui lui appartient en propre. Qu'elle apostrophe gaiement des habitantes de La Grande Borne à Grigny où elle vécut avec ses onze frères et soeurs,  qu'elle danse avec sa soeur Sabine ou bavarde à bâtons rompus avec une autre encore, on la sent inchangée à toutes les époques de sa vie,  sans fard ni pose.

Elle demeure la même que celle qui reçoit des mains de Carole Bouquet, aux côtés de Gainsbourg admiratif ("La bella ragazza !" murmure-t-il), le césar du Meilleur Espoir Féminin pour A nos amours. La même que celle à qui est remis le césar de la Meilleure Actrice pour Sans toit ni loi et qui dit  humblement dans un sourire : "J'ai l'impression d'avoir progressé."  La même que celle qui, attentive, écoute Frédéric Mitterrand brosser un tendre portrait de la jeune fille simple et joyeuse que chacun aimerait rencontrer. La même jeune femme modeste, enfin, à qui Ariane Ascaride remet une récompense pour Elle s'appelle Sabine, le film qu'elle a réalisé sur  (et pour) sa soeur atteinte d'une forme d'autisme infantile.

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    Sabine Bonnaire

Parvenue à une nouvelle étape de sa vie et suivant en cela l'exemple de Pialat, Sandrine Bonnaire aspire maintenant à faire de sa propre vie la matière de ses films. Comme elle l'avait fait en 2007 avec ce documentaire sur sa soeur Sabine âgée d'un an de moins qu'elle, elle réitère cette expérience avec une fiction, cette fois-ci. J'enrage de son absence retrace un épisode amoureux essentiel de la vie de sa mère, cette mère courage de onze enfants. Le documentaire les rencontre toutes les deux à Houlgate, en conversation sur l'orientation du film. La mère se demande comment la fille va "remonter dans ses traces" et peut-être l'aider à dénouer l'écheveau d'une vie qu'elle-même n' a pas su décrypter. "Créer, dit Sandrine Bonnaire, c'est assembler les choses essentielles de sa vie." C'est ainsi que ce film sur son héroïne de mère, elle n'a pas hésité à le tourner avec son premier compagnon, l'acteur américain William Hurt, qui joue le rôle de ce Guy, amour inoublié de sa mère. Père de sa première fille, Jeanne, il compte toujours beaucoup pour elle.

Sandrine Bonnaire possède en effet au plus haut point cet esprit de famille qui lui a donné l'occasion de faire accéder les siens à un autre statut social. Mais elle-même n'a jamais renié ses origines populaires : quand on sait d'où on vient, on n'a que de la reconnaissance pour tout ce qu'on a obtenu et la comédienne a pleinement conscience de la chance dont elle a bénéficié.

L'actrice a souvent joué des rôles empreints de gravité, interprété des personnages border line et elle s'en étonne elle-même. Maintenant elle se lance dans la réalisation avec un regard concentré et  intense porté sur ses acteurs, que Juliette Cazanave a bien restitués. La comédienne-réalisatrice avoue ne pas savoir quoi dire exactement à ses interprètes, leur demandant surtout d'être eux-mêmes au plus juste. Quand elle sourit aux autres de cet extraordinaire sourire sans artifice, on ne peut que la croire lorsqu'elle affirme ce qui est sans doute au plus profond d'elle-même : "J'aimerais beaucoup raconter le bonheur !"

 

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 Sandrine Bonnaire et une autre de ses soeurs

 

 

 

 

 

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 22:10

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 001

La nef à vaisseau unique de Saint-Nicolas-et-Saint-Marc de Ville d'Avray

 

Le samedi 29 juin 2013, à l'occasion du baptême de notre petite-fille Gabrielle, nous avons découvert l'église paroissiale de Ville d'Avray, Saint-Nicolas-et-Saint-Marc. On ne se doute pas que derrière cette architecture extérieure néo-classique très sobre dans sa blancheur, au-delà de son porche encadré de lignes de refends et surmonté d'un fronton Louis XVI, sous son clocher carré peu élevé, se cachent des oeuvres d'art exécutées par des artistes amoureux de cet endroit des Hauts-de-Seine.

On notera que c'est, avec Courbevoie, une des rares églises édifiée (ou plutôt ici réédifiée) pendant la Révolution. Elle porte d'ailleurs dans son nom la trace de son histoire. Elle a en effet succédé à l'église Saint-Nicolas (XII°-XIV° siècles), située au coeur de l'ancien village de Ville d'Avray, sur la colline dite du Monastère. Devant son délabrement, c'est le baron Marc-Antoine Thierry, seigneur de Ville d'Avray, intendant général du Garde-Meuble de la Couronne, qui décida de construire une nouvelle église en 1788, avec l'aide du Roi. Pour ce faire, il s'entoura de l'entrepreneur des Bâtiments du Roi, Jacques Marquet, et de l'architecte royal Charles-François Darnaudin, créateur de l'hôpital civil de Versailles. En hommage à Marc-Antoine Thierry, la nouvelle église prit ainsi le second vocable de Saint-Marc.

La première pierre en fut posée le 11 juillet 1789. Par la suite, le curé de l'époque, l'abbé Dugarry, ayant refusé de prêter serment à la Constitution Civile du clergé, il se vit remplacé par un prêtre assermenté. Elle sera ainsi consacrée en 1791 par un prêtre constitutionnel. La même année, les vases sacrés de la paroisse sont vendus ; en 1793, elle devient temple de la Raison. Elle ne sera rendu au culte catholique qu'en 1795, dans un état très dégradé. En 1803, après restauration, on installe dans le clocher les cloches de l'église de Marnes-la-Coquette, détruite quant à elle en 1793. Saint-Nicolas-et-Saint-Marc fera l'objet d'une autre réfection par Poirot en 1830. D'autres travaux entre 1971 et 1993 lui redonneront son lustre et sa beauté.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 042  Le père Klasen devant La Descente de Croix

Quand on entre dans cette église en forme de croix latine et à vaisseau unique, on est surpris par l'équilibre et l'harmonie qui s'en dégagent. La voûte est ornementée de caissons sculptés que l'on retrouve aussi sur la coupole aplatie au-dessus de la  croisée du transept. Le regard est attiré par un retable  XIX° de belle facture, de Félix Cassel, représentant La Descente de Croix. Cette toile fut offerte à l'église par le gouvernement de Louis-Philippe. Le transept peu saillant est occupé par deux chapelles latérales tandis que le choeur hémi-circulaire est surmonté d'une voûte en cul-de four ornée d'une fresque aux couleurs vives, dédiée à saint Nicolas. L'ensemble séduit par l'homogénéité des sculptures et la symétrie des vitraux, celles-ci contribuant à créer une beauté classique, toute faite de sérénité et d'équilibre. 

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 007

Le Baptême du Christ, François Rude

Mais ce qui retient surtout l'attention, ce sont les oeuvres des artistes qui séjournèrent et aimèrent Ville d'Avray. On remarque ainsi plusieurs sculptures du sculpteur Jean-Jacques Pradier, dit James Pradier (1792-1852) qu'appréciait particulièrement Louis-Philippe. L'artiste, ayant acheté une maison à Ville d'Avray en 1830, offrit à l'église certaines de ses réalisations. Ainsi, en 1840, il lui fait don de trois modèles en plâtre. Le Mariage de la Vierge, dont l'original est dans l'église de La Madeleine, est situé à droite de l'entrée du choeur en absideLa Vierge en prière, dont le marbre est dans la cathédrale d'Avignon, est placée à droite de l'entrée du transept ; la statue de saint Louis (1849), enfin, qui orne la place Saint-Louis à Aigues-Mortes, se trouve près de l'entrée sur la droite.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 014

 Saint Louis, James Pradier

François Rude (1774-1855) offre quant à lui le grand plâtre du Baptême du Christ (Musée du Louvre), réalisé entre 1835 et 1841, dont on remarque la puissance. Il est situé à gauche de l'entrée du choeur. L'original est aussi à l'église de La Madeleine.

D'autres sculptures encore, très XIX°, je dirais, sans rien pourtant de trop saint-sulpicien : de Francisque-Joseph Duret, un serein et majestueux Christ ressuscité ; d'Antonin-Marie Moine, un Ange tenant un encensoir (côté nord de la nef) et un Ange portant un calice (première moitié du XIX°) ; L'Enfant et son Ange gardien d'un artiste inconnu.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 006

 Le Mariage de la Vierge, James Pradier 

Enfin, on sait que le peintre Corot (1796-1875) avait fait de Ville d'Avray sa petite terre d'élection : il y peignit en effet plus de deux cents toiles ! En 1856, Pour les transepts de l'église, il réalisa quatre fresques à l'huile, directement sur le mur des croisillons nord (Adam et Eve chassés du Paradis et Marie-Madeleine au désert) et sud (Le Baptême du Christ et le Christ au jardin des Oliviers).

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 057Adam et Eve chassés du Paradis, Corot

Sur le mur sud de la nef, on remarque aussi Saint Jérôme au désert. Cette toile a pour décor un paysage de rochers et de végétation représentatif de son style, dans une gamme restreinte de couleurs. Au premier plan, le saint ermite est en extase, agenouillé sur un pierre plate, où l'on voit une Bible et un crucifix. Derrière lui repose le lion, typique de son iconographie. Le corps du saint présente un aspect livide et violacé. Corot racontait qu'il n'avait pas les moyens de chauffer son atelier et que son modèle était mort quinze jours après avoir posé !

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Saint Jérôme au désert, Corot

Saint-Nicolas-et-Saint-Marc recèle encore d'autres toiles, de Jules Richomme (1818-1903) notamment. A gauche, au-dessus de la porte de l'escalier de la tribune, on remarque L'Entrée du Christ à Jérusalem. A droite, surmontant la chapelle des fonts baptismaux, une toile représente Le Christ portant sa croix. Le Repos de La Sainte Famille pendant la fuite en Egypte prend place dans le transept droit, au-dessus de la porte. Enfin, la toile de Saint Nicolas apparaissant à des marins battus par la tempête est située dans le transept gauche au-dessus de l'autel.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 004

 Le Christ en croix

Parmi les autres toiles de Auguste Hesse (Le Christ insulté par ses bourreaux, deuxième quart du XIX°), de Romain Cazes (Le Christ au désert adoré par des anges, milieu XIX°), j'ai beaucoup aimé un Christ en croix du XVIII°, en trompe-l'oeil, et surtout une charmante Vierge à l'Enfant du XVI°.

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Vierge à l'Enfant

J'aimerais ajouter que c'est le père Klasen qui a célébré le baptême de Gabrielle et d'une autre petite fille du nom de Noémie, d'origine libanaise. Avant de pénétrer dans l'église, au moment de l'accueil, le célébrant nous a expliqué avec clarté le sens du mot "station" dans la liturgie et il a insisté sur la nécessité d' "une Eglise debout".

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 011

Le Couronnement de la Vierge (Vitrail offert par la famille Fournier)

Dans la douce lumière de cette église, créée par de superbes vitraux, offerts par la famille Fournier en 1886 (Le Couronnement de la Vierge (croisillon nord) et La Sainte Famille (croisillon sud),  notre petite-fille, sous le signe de l'Eau et du Saint-Chrême, a reçu le baptême. Celle qui est née dans la lointaine Australie, dont les grands-pères maternel et paternel viennent de l'au-delà  de la Méditerranée, est entrée dans la vaste communauté des chrétiens, en compagnie d'une autre enfant, dont les racines sont au Pays des Cèdres.  Un beau symbole de l'universalité de l'Eglise que cette rencontre baptismale  à Saint-Nicolas-et-Saint-Marc, dans une  église aimée et embellie par des artistes.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 055

 Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 008Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 056Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 009Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 017

 

Sources :

www.patrimoine-histoire.fr

www.fr.topic-topos.com

www.wikipedia.org

www.culture.gouv

www.paroissevda.over-blog.com

Crédit photos : ex-libris.over-blog.com

 

 

 

 

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 18:10

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 Entre Kerouriec et Kerminihy 

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 10 juillet 2013)

 

 

La plage est au matin

comme au début du monde

Une grèbe est fichée

au milieu des rochers

Les gravelots en bandes

calligraphient le sable

Les algues s'abandonnent

à la mer étalée

Les vers ont dessiné

des châteaux d'arabesques

Et deux mouettes crient

à l'océan profond

 

Entre Kerouriec et Kerminihy, en Erdeven,

mercredi 10 juillet 2013, vers 10h 30

 

 

 

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 16:05

 

 les-livres-VanGogh-NMAuxLivres.jpg

Nature morte aux livres, Van Gogh 

 

 

Autant de pages lues

Autant de feuilles envolées

Au grand vent des saisons

A l'autan fou des rêves

 

Textoésie envoyé le jeudi 04 juillet 2013, à 07h 26,

en écho à celui de Suzâme reçu le mercredi 03 juillet 2013 à 11h 02

 

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésies et Vous

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 20:24

 

 Corot.villedavray-vers-1867--national-gallery-of-art.jpg

Ville d'Avray, Jean-Baptiste Camille Corot, vers 1867

National gallery of Art, Washington

 

 

A Fausses-Reposes

Les étangs sommeillent

Calmes sont les choses

Sous le clair soleil


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Aux étangs de Corot, Ville d'Avray

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 29 juin 2013)

 

A Fausses-Reposes

Camille Corot

L’eau métamorphose

En des ciels floraux

 

Aux étangs de Ville d’Avray,

samedi 29 juin 2013


 Ville-d-Avray-pecheur.JPG

      Pêcheur aux étangs de Corot

        (Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 29 juin 2013)

 

 

 

 

 



 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 20:58

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En écho à mon article, Des frères errants, sur l’exposition Bohèmes au Grand Palais, un lecteur, Jean-Frédéric Baéta, qui est aussi peintre, m’a fait parvenir la photo de cette petite toile non signée.

J’en aime l’opposition entre le village pelotonné sur lui-même derrière ses murs et les trois roulottes, comme frappées d’ostracisme, alignées à l’extérieur. Sous les verts ombrages, fument leurs cheminées tandis que les toits ardoisés du village s’étagent sous un ciel moutonnant. Trois femmes devisent sous le linge qui sèche, une mère se promène avec ses trois enfants, un homme, les mains dans ses manches, fixe le spectateur au premier plan, tandis que deux silhouettes féminines bleutées s’en vont vers le village. L’ensemble présente des teintes douces, de bleu, de vert, qu’éclairent quelques taches rouges sur les roulottes. La ligne de fuite suit la route qui se perd au loin. Instant arrêté dans une vie nomade…

 

Dis-moi, toi, le peintre,

Pourquoi ces roulottes,

Tout en demi-teintes,

La route qui fuit,

Là-bas vers ailleurs ?

Ce jour-là peut-être,

Tu auras jeté

Couleurs et pinceaux,

Pour suivre éperdu

La belle gitane

Qui marche pieds nus.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Brunô : le peintre

 

Le site de Jean-Frédéric Baéta : http://www.my-microsite.com/jfbaetacreation/

Mon billet sur l'exposition, Bohèmes au Grand Palaislink

 

 


 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 08:42

Escalier-Opera-2.JPG

L'Opera House de Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

 

A Bennelong Point

Monter vers l’Opéra

Dans les blancs coquillages

Et respirer la mer

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : escaliers

 

 


 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:00

 

 

 balthus-peintre2

      Le peintre et son modèle, Balthus (1980/1981),

Paris, Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou

 

Se haussant, en un ample mouvement, il avait tiré violemment le rideau lie-de-vin de la croisée. La lumière blafarde du petit matin avait empli l’atelier monacal. Elle, forme pure, adolescente au visage de primitif italien, auréolée de sa chevelure de putti, à genoux sur le sol froid, elle scrutait le journal pour y lire… mais quoi au juste ? Lui, elle le voyait de dos : sa silhouette familière, perdue dans la grossière chemise brune, ses jambes longilignes, serrées dans son vieux jean rapiécé, et puis sa tête tant aimée, sa tête bandée comme celle d’une momie. Dans la pièce, tout était à sa place : le bidon d’essence de térébenthine sous l’escabeau sang-de-boeuf, qui lui sert pour ses grandes fresques, la boîte en carton aux damiers bicolores et aux curieux caractères, la coupe de fruits, deux pommes et une poire, qui avait servi pour la nature morte, en place sur la petite table de bois blanc. Et pourtant, tout était changé.

Elle frissonna. Elle revit tout.

C’est hier soir. Comme chaque semaine, petit saute-ruisseau, comme il l’appelle avec tendresse, elle passe à l’atelier de son peintre, rue de Furstenberg. Elle lui apporte les courses pour la semaine. La porte verte n’est pas fermée. Quel étourdi ! pense-t-elle. Elle la pousse doucement. Elle voit l’atelier sens dessus dessous : le chevalet renversé, le portrait de Katia lacéré et piétiné, les tubes de peinture crachant leurs couleurs, la jupe rouge comme une tache sanglante sous la chaise renversée, le journal ouvert sur le sol, le bidon de térébenthine basculé. Dans l’alcôve cachée, les coussins de soie indienne, les draps du lit comme emportés par la tempête. Lui, son peintre, il est assis sur son vieux fauteuil de rotin bancal. Le visage exsangue, les yeux clos, le corps recroquevillé, il se tient la tête à deux mains. Elle court à lui, elle voit la vilaine plaie au front. Ce n’est rien, dit-il dans un murmure, je suis tombé.

Elle se penche vers lui, effleure de ses lèvres la béance rouge. Elle va dans le cabinet de toilette, y trouve sa fiasque de whisky et prend un vieux bandage sali. Avec des gestes calmes et précis, elle nettoie la plaie, entoure sa tête abîmée avec le serpent de coton. Il se laisse faire sans mot dire. Elle le prend par la main, le conduit comme un aveugle vers le divan. Elle refait le lit et il attend debout, le regard vide. Avec des gestes maternels, elle l’aide à s’allonger, tire jusqu’au visage fatigué draps et couvertures.

Preste et vive, elle se met à ranger l’atelier. Elle redresse le chevalet. Le long du mur, derrière des toiles, elle cache le tableau outragé, elle referme les tubes de peinture, remet en ordre la boîte de couleurs, relève la chaise, le bidon d’essence sous l’escabeau, replace les vêtements de Katia sur le dossier de la chaise, met le journal sur l’autre chaise de paille. Voilà, tout est à sa place. Elle est fière de son œuvre. D’un pas vif, elle ferme le rideau sur la nuit qui vient. Gisante, elle s’étend à côté de lui. Il a déjà fermé les yeux. Il fait tout noir dans l’atelier froid. Elle sent sa chaleur. La nuit dure, dure. Elle ne dort pas. Son rêve redessine son corps.

C’est le matin. Il se réveille. Il porte la main à la tête. Il se lève en titubant. Sur la pointe des pieds, comme on ouvre le rideau d’un théâtre, il déchire violemment le tissu lie-de-vin. Par la croisée, la lumière blafarde du petit matin emplit l’atelier monacal. Elle se déplie lentement hors du lit. Sur la chaise paillée, elle aperçoit le journal d’hier. Elle s’y agenouille comme en prière pour y lire… quoi au juste ? Elle se dit qu’elle n’a pas ôté ses gros bas de laine marron et que sa robe vert mousse n’est pas froissée. Elle scrute le journal… Comme une annonciation, elle l’entend lui dire de sa voix rauque et impérieuse : Alice, tu seras mon nouveau modèle. Je ferai de toi une madone siennoise. Elle frissonne. Tout est à sa place et pourtant, tout est changé.

 

Pour le Défi de la Semaine n°105,

Sur un tableau de Balthus : Le peintre et son modèle

Lire mon article sur la toile de Balthus : Alice dans le miroir link

 

 

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 15:22

Fleurs exotiques 2

Fleurs blanches et roses  

 

Fleurs exot blanches 2

Perruche arc-en-ciel 

Fleurs exotiques

Eté australien    

 

Fleurs exot blanches 3

Dans une rue de Bondi, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)    

 

Fleurs exotiques 3

Dans les Botanic Gardens, Sydney, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Week-end du Petit Patrimoine,

Thème : fleurs exotiques en ville

 

 

 

 


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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 21:07

 Veilled-e-l-ete-pluie.JPG

Pluie sur le bassin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Veille de l’été

La pluie se déchaîne

Métamorphosée

En trombes soudaines

 

Veille de l’été

J’entends les grenouilles

Le jardin mouillé

Chuchote en gargouille

 

Veille de l’été

J’entends la fauvette

Les roses trempées

Inclinent la tête

 

Veille de l’été

J’entends splénétique

Mourir éploré

Juin et sa musique

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : en attendant l’été

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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