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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 17:18

 

 

      SeamusHeaney95.jpg

      Seamus Heaney dans un arbre à Adams, 1995

 

 

Il l’aura retrouvé

L’homme brun de Tollund

Dormant dans la tourbière

Il vole désormais

Avecques le roi fou

Sweeney qui fut oiseau


Et maintenant l’éclaire

La lanterne aubépine

Lui qui creusait la langue

De son stylo trapu

Seamus Heaney le Sage

Marcheur parmi les cairns

Et il habite enfin

Ce qui lui échappa

 

 

Pour Seamus Heaney, le grand poète irlandais,

mort le 30 août 2013, prix Nobel de Littérature 1995.

 

 


 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 10:29

mardi-02-septembre-2013-003.JPG

Le crabe sur le blockhaus de la plage de Kerminihy

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 03 septembre 2013)

 

 

 

Sur la plage de Kerminihy en Erdeven, il y a quelque temps, au cours de l'été, une main anonyme a dessiné ce crabe rose et blanc hyper-réaliste. Très bien dessiné, il est moins laid que les tags habituels qui déparent l'endroit.  Accompagné d'un énigmatique chiffre 13 inscrit sur un rectangle, il orne désormais de sa rondeur et de l'aigu de ses pinces le mur brun d'un blockhaus de la guerre 40. Les combats de la poche de Lorient eurent lieu ici et la reddition allemande se fit  à Etel.

Je me suis demandé d'abord quel était le sens de ce chiffre 13. J'ai pensé aux 13 semaines du solstice d'été. Et encore, dans l'ignorance de la date de création du dessin, au 19 juillet qui se place 13 jours avant la fête de Lughnasa, célébrée par les Celtes, partisans de l'hermétisme. Je n'ai pas trouvé la réponse. Peut-être est-ce la signature du dessinateur.

J'ai songé ensuite à la symbolique positive que les Asiatiques accordent au crabe. Le Dorippe est en effet très recherché en Asie, la carapace du crustacé étant censée représenter un visage humain et l'âme des guerriers défunts. Des soldats ne moururent-ils pas dans ce blockhaus ? 

A l'origine,  le crabe est un symbole lunaire, avatar des forces vives transcendantales. Après la tortue, il est le premier démiurge envoyé par le soleil pour ramener la terre du fond de l'océan. Ce n'est que depuis le Moyen Age que cet animal a pris une connotation négative, accentuée par le fait qu'on ait donné son nom à la maladie qui ronge le corps de l'intérieur.

Pour ma part, je préfère lui attribuer une signification positive et j'aime beaucoup la comparaison que Francis Ponge établit entre la main et le crabe. Dans Première ébauche d'une main, extrait de Pièces, il écrit :

1.

La main est l'un des animaux de l'homme

[...]

3.

C'est une feuille mais terrible et prégnante et charnue.

C'est la plus sensitive des palmes et le crabe des cocotiers.

Voyez la droite ici courir sur cette page.

Voici la partie du corps la mieux articulée.

Il y a un boeuf dans l'homme jusqu'aux bras. Puis à partir des poignets

- où les articulations se démultiplient- deux crabes [...]

Toujours est-il que je demeure toujours perplexe devant ce crabe qui, ce soir, à la faveur d'une grande marée, retrouvait son élément liquide.

 

 

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 11:11

henriette-browne-nuns-hosto.jpg

 Religieuses à l'hôpital, Henriette Brown (1829-1901)

 

Depuis des siècles,

Dans les ermitages, les abbayes,

Les hôtels-Dieu, les hostelleries,

Les quarantaines, les maladreries,

Sous leur cornette raidie de blanc,

Sous leur noir voile de vierge,

Dans leur robe de serge,

Leur tunique de bure,

Et parfois dessous le cilice,

De leurs fines mains blanches,

De leurs vieux doigts déformés par l'arthrite

Elles ont fait de la charpie,

Elles ont vidé les bassins de cuivre et de porcelaine,

Elles ont posé les sangsues grasses et noires,

Elles ont manié la lancette effilée,

Elles ont pansé les plaies sanguinolentes,

Elles ont essuyé les sanies, les excréments, les vomissures,

Elles ont caressé les fronts mouillés de sueur morbide,

Elles ont désaltéré les lèvres fendillées par la soif,

Elles ont fermé les yeux révulsés des morts,

Elles ont enveloppé de draps rêches leur pauvre corps raidi.

De leurs oreilles oublieuses

Elles ont entendu la litanie farouche

Celle des  cris, des sanglots, des murmures,

Celle des appels, des aveux, des plaintes,

Celle des jurons, des invectives, des insultes,

Celle des blasphèmes, des pardons et des reniements.

Sur leurs pieds nus et fatigués, emprisonnés dans des sandales,

Avec la patience des anges, elles ont soigné

Les lépreux aux membres rongés,

Les pestiférés aux monstrueux bubons,

Les cholériques écumants au ventre bleu,

Les folles et les fous de village,

Les orphelins et les enfants sans mère,

Elles, les invisibles, les secrètes, les discrètes,

Elles, les reléguées, les isolées, les méprisées,

 

Mais tout le corps donné

Depuis des siècles 

A une humanité

En croix.

 

 

Pour Mil et Une, Ecriture en ligne, Semaine 36, 

sur un tableau de Henriette Brown

 

 

 

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 16:03

Erdeven-Aout-2013-244.JPG

 Affiche de l'exposition

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 20 août)

 

La petite ville bretonne du Faouët est connue pour ses superbes halles et sa chapelle Saint-Fiacre, qui renferme un merveilleux jubé. Chaque année, son musée propose une exposition qui permet de faire de belles découvertes. C'est ainsi que, cet été, j'ai pu admirer l'exposition Femmes artistes en Bretagne, 1850-1950. Une rétrospective intéressante à plus d'un titre puisqu'elle donne l'occasion, non seulement de découvrir les peintres féminins de la Bretagne, mais encore de comprendre comment les femmes ont peu à peu pris possession du domaine de l'art, qui leur fut si longtemps fermé.

En effet, si les femmes ont été de tout temps les modèles favoris des peintres, ce n'est que depuis peu qu'elles sont reconnues comme des artistes à part entière. Cette exposition du Faouët rend ainsi hommage aux Bretonnes audacieuses qui, dès la fin du XIXe siècle, osèrent proposer des oeuvres aux différents salons, parfois encouragées par un conjoint qui était lui-même peintre.

Rien d'étonnant d'ailleurs à cela à partir du moment où l'entrée à l'Ecole des Beaux-Arts leur est interdite et où le droit de concourir pour le prix de Rome leur est refusé. Ce n'est qu'en 1925 que la Bretonne Odette Pauvert reçoit le premier Grand Prix décerné à une femme pour sa Légende de saint Ronan. Cela n'empêche pas ces artistes de se former dans des académies parallèles comme les académies Julian, Colarossi ou encore les ateliers de Léon Bonnat ou de Léon Gérôme. Quant à la critique masculine, délibérément misogyne, elle les considère comme des amateurs et quand elle les admire, c'est toujours avec de nombreux bémols ! " Si la preuve n'était déjà faite, la 19e exposition des femmes peintres et sculpteurs affirmerait l'inaptitude des femmes aux travaux vraiment artistiques...". On ne peut être plus catégorique que ce chroniqueur de la revue Art décoratif !

flambage-du-lougre.jpgLe flambage d'un lougre, Caroline Espinet 

Cependant, en ce qui concerne les artistes bretonnes, il est heureux que les musées locaux les aient vite accueillies, en leur donnant une place de choix dans leurs collections. Il en va ainsi pour les toiles d'Emma Herland (Le déjeuner du petit Potic ou Le Voeu), acquises peu après leur exposition à Paris ou à Nantes. De même pour les oeuvres de Caroline Espinet dont le  tableau, Le Flambage d'un lougre (1877), par exemple, sera acheté en 1890 par la ville de Lorient.

En cinq salles, l'exposition s'attache ainsi à décliner les différent aspects de cette lente conquête du domaine de l'Art par les Bretonnes. La  première salle est consacrée à des scènes où l'on voit des jeunes filles peignant au début du siècle, dans une activité de passe-temps qui fait alors partie de leur éducation (Atelier de jeunes filles de Catherine-Caroline Thévenin qui deviendra la femme du peintre Léon Cogniet).

On y voit des portraits ou autoportraits des artistes. Une des plus célèbres, Louise Abbéma (1853-1927) s'est représentée de face, l'air sévère avec un petit lorgnon et vêtue comme un homme. Elève de Carolus Durand et de Henner, elle a réalisé deux portaits de Sarah Bernhardt, une huile sur toile de face, Sarah Bernhardt dans le rôle d'Adrienne Lecouvreur (vers 1884-1887) et un dessin de profil (1891). La comédienne, dont on ignore souvent qu'elle peignait et sculptait, s'est elle-même représentée dans une petite sculpture en bronze posée sur un socle de marbre, datant de l'époque où elle jouait Le Sphinx d'Octave Feuillet. Un choix des plus étranges pour une artiste qui aima la Bretagne au point d'y installer une résidence dans un petit fortin sur la Pointe des Poulains à Belle-Ile-en-Mer. Les autoportraits de Jeanne-Marie Barbey (1876-1960), un huile sur toile, et de Emma Herland (1855-1947), une aquarelle sur papier, m'ont beaucoup plu par le sérieux et l'intensité de leur beau regard grave.

Dans cette même salle, est présenté un curieux portrait du poète Saint-Pol-Roux par Mary Piriou (1881-1956) qui a retenu mon attention. Sur un fond floral d'un mauve virant vers le rose et que domine un château, le poète breton vêtu de noir est entouré d'un coq, d'un corbeau, d'une colombe et d'un paon. La tête chenue légèrement inclinée, le regard mélancolique, il fixe un ailleurs connu de lui seul. "Du chevalet, la proie transfigurée me fixant, m'hallucine de son écho concret [...] me voici dompté par cette main de femme à poignée d'homme [...]", ainsi a-t-il commenté lui-même ce portrait empreint de mystère.

femmes artistes

Les jeunes Bretonnes sur le quai de Concarneau, Emma Herland 

Pour ces artistes femmes, la peinture va être le moyen de faire connaître les moeurs et la vie traditionnelle bretonne. Dans la deuxième salle, l'enfance est ainsi très présente notamment grâce à Emma Herland et Les jeunes Bretonnes sur le quai de Concarneau, cousant et devisant à l'ombre d'un mur de granit. J'ai aimé ses deux petites filles en sabots, assises sur le parquet, plongées dans La Lecture du petit Journal, 1883. Y éclatent le blanc du bonnet de l'une, de la collerette de l'autre et de la page blanche du journal. Dans une toile pleine de profondeur, dans laquelle s'ouvrent deux portes, Deux Bretonnes de Gourin préparant le beurre, 1905, Jeanne-Marie Barbey inscrit ses personnages au travail entre deux mondes, entre semi-obscurité et lumière.

On admire ici de beaux portraits académiques, ceux de Madeleine Fié-Fieux (1897-1995) d'une Paysanne du Morbihan au visage las tenant sa quenouille et l'Etude de Breton, belle image d'un vieillard en costume de fête aux joues couperosées tenant son chapeau ; des tricoteuses, celle assise  de Louise Castex-Lamorre (1869-1943), celle debout de Emmy  Leuze-Hirschfeld (1884-1976). On est ainsi surpris par la Bretonne à l'éventail de Paule Gobillard (1867-1946), à la délicate touche impressionniste, avec cet éventail accroché au mur qui, tel un oisau, surmonte la légère coiffe du pays de l'Aven. Berthe Morisot, sa tante, l'influença sans doute.

Pauvert.jpgLa Légende de saint Ronan, Odette Pauvert 

Dans cette salle encore, la grande toile de La Légende de saint Ronan de Odette Pauvert, dont j'ai déjà parlé. Sur un fond de port breton, au pied d'un crucifix, baignant dans une lumière jaune, le saint auréolé est agenouillé dans une prière d'abandon, tandis que les deux molosses censés le dévorer sont couchés à côté de lui. L'ensemble est empreint de puissance et de dignité.

Dans la grande chapelle lumineuse éclairée par des vitraux et qui fait office de troisième salle, les artistes bretonnes se déploient dans la nature, suivant en cela l'exemple des impressionnistes de l'école de Barbizon. L'ancêtre est ici Louise-Joséphine Sarazin de Belmont (1790- 1870) ; avec Vue de Saint-Pol-de-Léon, 1837, elle propose un des premiers paysages connus d'une scène bretonne.

Très à l'honneur ici, Elodie La Villette (1842-1917) et Caroline Espinet (1844-1912), les deux soeurs Jacquier, qui ont beaucoup peint à Lorient, Quiberon et Groix. Ayant acheté l'année dernière un livre présentant leurs toiles, j'ai été agréablement surprise de les découvrir dans cette exposition. Adepte d'une peinture réaliste, la première peint beaucoup et avec régularité et sait capter les variations du temps et de la lumière, si rapides en Bretagne. D'un tempérament plus original, sa soeur Caroline ne connut cependant pas la même célébrité. Son huile sur bois, Petit paysage au voilier, avec sans doute la voile rouge d'un sinagot, m'a émue. Par ailleurs, alors que j'étais devant la toile lumineuse et aérienne de Elodie La Villette, Troupeau, paysage au fort de Penthièvre, j'ai entendu une vieille dame dire qu'elle avait hâte que ce tableau retrouve sa place au-dessus de son lit. J'ai envié alors cette descendante de l'artiste qui avait la chance de s'endormir et de s'éveiller au quotidien avec cette vision légère de la dune de Quiberon.

Plusieurs toiles de Berthe Morisot, de Julie Manet, de Paule Gobillard, montrent l'attachement des ces artistes à la Bretagne du Nord. On y voit les silhouettes légères et colorées de promeneuses sur la plage : Julie Manet (1878-1966) peint ainsi Paule et Jeanne Gobillard sur la plage à Dinard tandis que Paule Gobillard (1867-1946) s'attache aux Femmes à l'ombrelle sur la plage. La côte Sud n'est pas en reste avec la belle aquarelle, Montée d'orage au Pouldu, 1938, et ses mouvants nuages gris-bleu, de Andrée Lavieille (1887-1960) et les puissantes baigneuses de Marie Réol (1880-1963), notamment la Baigneuse sortant de l'eau avec son drap de bain blanc, qui lui fait comme de grandes ailes repliées sur son maillot noir. Je n'aurais garde d'oublier ici Emma Herland et sa Jeune Concarnoise, son fin profil tourné vers la mer, qui sert d'affiche à l'exposition.

Dans la mouvance de l'école de Pont-Aven, la tempera sur carton de Marguerite Sérusier (1879-1950), Barques de pêche aux voiles rouges, 1912, bouscule d'un pinceau novateur la perspective classique en surperposant les deux esquifs dans un mouvement ascensionnel.

Au milieu de cette troisième salle, on peut aussi admirer les meubles de Jeanne Malivel (1895-1926), une des créatrices les plus éclectiques du mouvement des Seir Breuz, Les Sept Frères, qui a concouru au renouveau breton. On y découvre ainsi un projet de salle à manger, et un élégant fauteuil (vers 1925), réalisé avec l'ébéniste Julien Bacon, concrétisant de cette manière ce qui lui tenait à coeur, l'alliance entre l'artiste et l'artisan.

En montant à la salle du haut, c'est une expression plus contemporaine qui s'offre au visiteur. La vogue de l'orientalisme invite les artistes à voyager et celles-ci croquent sur le vif portraits ou scènes de la vie africaine. Henriette Desportes (1877-1951) peint avec puissance Le Conteur et son public vu de dos. Monique Cras (1910-2007) peint avec douceur à l'aquarelle le visage rêveur et la robe bleue de La Petite Maure ; avec finesse, au crayon, elle livre l'élégant Portrait d'un Arabe. Quant à Thérèse Clément (1889-1984), elle fait éclater les rectangles roses de la muraille de Marrakech qui se détachent sur un fond de montagnes mauves.

Le surréalisme et l'abstraction trouvent aussi leur place dans cette exposition. Le thème de l'eau se retrouve chez Marie Toyen  dit Maria Cerminova (1902-1980) avec L'Eau et la Solitude, 1955. Des formes oblongues, algues ou rubans, se détachent verticalement sur un fond gris inquiétant. Marcelle Loubchansky (1917-1988), par le biais d'une forme sombre sur un fond bleu-vert, évoque dans Moby Dick, 1956, la baleine mythique. Enfin, j'ai eu envie de méditer devant le blanc éclatant de L'Atelier de Geneviève Asse (1923-) qui contraste avec le "bleu humide" d'une toile posée à terre, celui de "la mer et du ciel en mouvement".

femmes-artistes-plat.jpgPlat de faïence en majolique rose, Marjetta Taburet 

La dernière salle de l'exposition au rez-de-chaussée nous invite à découvrir de multiples réalisations, tant en peinture qu'en céramique ou dans les arts de la table.  Je suis demeurée longtemps devant la Légende de la ville d'Ys de Maryvonne Méheut, une terre chamotée, dans les tons bleu, vert, marron et blanc. C'est un modelage plein de mouvement qui fait surgir tous les personnages fascinants de cette légende éternelle. Un superbe plat en faïence de Plougastel, orange et bleu, de Yvonne Jean-Haffen, voisine avec un grand plat de faïence majolique rose, 2009, de Marjetta Taburet, représentant un vase de fleurs au paon. Dans un autre registre, j'ai beaucoup aimé une Nativité de Rose-Marie Favre, un bas-relief en faïence dans des nuances de bleu, ocre, jaune, dont la Vierge a le hiératisme d'une pharaonne égyptienne.

C'est peut-être l'affiche de Dorothée George, Great Western railway, qui résumerait le mieux cette exposition consacrée aux artistes nées en Bretagne, aux voyageuses, aux étrangères, qui firent de cette province un sujet de prédilection. N'est-elle pas sous-titrée : "A Land of Quaintness & Beauty ?

 

 

Sources :

Mes notes d'après les cartouches de l'exposition

Femmes artistes en Bretagne, Marie Paule Piriou, Jean-Marc Michaud, Denise Delouche, Liv'Editions

 

 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 19:15

 

La-lettre-bonnard.jpg

La lettre, Pierre Bonnard

 

 

Mon Pierre,

 

 

Comme vous me manquez et comme j'aurais aimé vous accompagner dans la chaude lumière du Cannet. Mais aujourd'hui encore j'ai beaucoup toussé et taché de rouge mon mouchoir.

Alors que je prends la plume pour vous écrire, je me mets à rêver que vous me portraiturez habillée, tant il est vrai que cela n'est guère dans vos habitudes. N'avez-vous pas toujours préféré me saisir dans la baignoire, au sortir du bain ou vêtue de mes seuls bas noirs, ma pudeur dût-elle en souffrir ? Je me souviens du gentil Verlaine, celui qui évoquait si joliment mon "charme sombre des maturités estivales". "Elle en a l'ambre, elle en a l'ombre" ajoutait-il avec délicatesse.

A l'étroit dans le cadre étréci de la toile, je serais là, assise sur le vieux fauteuil  Voltaire de votre atelier, le regard  penché sur la feuille vierge, perdu dans votre souvenir, celui du maigre jeune homme à lunettes, timide et hésitant, que je rencontrai en 1893. 

Mon corps, dont vous avez tant de fois happé le reflet dans les miroirs de notre maison, voilà qu'il serait corseté dans cette sévère robe de taffetas noir au col en v, celle que je porte toujours lorsque vous êtes absent. Dans la coque de mes cheveux auburn, un gris peigne d'écaille qui me vient de ma mère.

Et dans cette toile austère, à l'atmosphère intime, éclateraient seulement le jaune des meubles cirés, le rose de la pochette de mon mouchoir de baptiste et le bleu pâle de mon papier à lettres qui porte vers vous mes mots d'amour et de reconnaissance.

Amour pour vous, mon Pierre, qui m'avez préférée à Renée et m'aimez depuis cinquante ans. Et reconnaissance pour vous, mon peintre, en quête de la beauté pure, dont le pinceau me célèbre éternellement jeune.

 

 

Votre aimée, Marthe

 

 

 

 

 

 

Pour Mil et Une,

Sur le tableau de Bonnard, La lettre

 

 

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 13:45

               Arethuse.JPG

 Les papyrus de la fontaine d'Aréthuse dans l'île d'Ortygie à Syracuse

(Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)   

     

Dans l'île d'Ortygie

où le port est de marbre

par les rues de caverne

où tremblotaient les nasses

la pluie tombait sur ton visage

ruisselant de douceur

Et ce fut la fontaine

d'Aréthuse la nymphe

enfantée par Doris

et fille de Nérée

dans les arrondis verts

de ses fins papyrus

aiguade de mystère

qui traverse les mers

éternité d'Alphée

enlaçant son aimée

 

A la fontaine d'Aréthuse avec Violaine, mai 2013 

 

 

Alphee-poursuivant-Arethuse.jpgDiane environnant d'un nuage Aréthuse poursuivie par Alphée, René-Antoine Houasse, XVIII°,

Château de Versailles 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 18:40

 

 Cubaust-visages.JPG

 

Vers la fin de notre séjour en Australie, à Bondi, je me suis rendue au Bondi Pavillon pour y  voir une petite exposition de peinture, intitulée A lo Cubano. Du  05 au 17 février 2013 y étaient exposées des toiles d’artistes cubains et particulièrement de Reinaldo Valera. Déjà venu à Bondi, Sydney et Melbourne, Valera est un peintre cubain qui expose pour la cinquième fois en Australie.  Ses toiles proposent un aperçu  vivant et coloré de la vie à Cuba à travers des portraits d’hommes et de femmes, des scènes d’intérieur, que sa fantaisie et son style puissant s’amusent à détourner. L'emblématique cigare cubain y est en bonne place ! Derrière ces toiles souvent proches de la caricature, point cependant une certaine tristesse et un regard qui dit la lassitude d’un quotidien pas toujours facile. On peut y découvrir aussi de nombreux croquis qui sont le point de départ de son inspiration picturale.

Cubaust cuisiniére

En parlant avec le gardien des lieux, j’ai appris de quelle manière cet artiste cubain a traversé les mers pour aborder au continent austral. Stephen Burns, un Australien, m’a expliqué que c’est lui qui promeut les œuvres de Valera et qui s’attache à développer les liens entre La Grande Ile et Cuba. Il m’a conté son parcours, assez original ma foi, qui lui donne l’occasion désormais de pratiquer une activité qui lui plaît et lui permet de nombreuses rencontres.

Cubaust valera bon

Il a d’abord été importateur de vêtements à Vaucluse dans la banlieue chic de Sydney. Parlant espagnol, curieux de sport et de politique cubaine, il se lie d’amitié avec des joueurs de base-ball cubains rencontrés lors d’un tournoi pré-olympique. Invité à Cuba par ses nouveaux amis en février 2000, il tombe amoureux de La Havane où il fait par la suite de nombreux voyages. Il y rencontre sa femme Norma qui lui donne un fils, Alejandro. Apprenant que les immigrés jamaïcains jouaient au cricket à Cuba il y a cinquante ans, il entreprend de faire revivre ce sport en l’enseignant et en formant des équipes. Tâche ardue dans un pays où l’on joue surtout au base-ball ! Parallèlement, il fonde son entreprise culturelle, Cubaust (Cuba/Australie), laquelle entreprend de faire la promotion croisée des cultures australienne et cubaine.

Cubaust casserole

En dépit de mon anglais médiocre, j’ai apprécié cette rencontre avec un Australien dont l’ouverture d’esprit m’a beaucoup plu. Amoureux de Cuba, il m’en a vanté les beautés. Je reconnais cependant qu’il a gommé  tous les aspects fâcheux de la vie dans un des derniers pays communistes du monde.

Cubaust-autre.JPG

Toile d'un autre artiste cubain (dont j'ignore le nom)

 

Après avoir écrit ce billet, j'ai pensé au poème de la cubaine Nancy Morejon, qui pourrait exprimer l'amour que l'Australien Stephen Burns porte à Cuba. Il s'intitule "Divertimento (Bouteille à la mer, 1997)", Comme les aime Rafael Alberti (pour guitare) :

Entre l'épée et l'oeillet,

j'aime les utopies.

J'aime les arcs-en-ciel  et le cerf-volant

et j'aime le chant du pèlerin.

J'aime la chanson d'amour

entre l'ours et l'iguane.

J'aime les passeports : quand

cesseront d'exister les passeports ?

J'aime les labeurs du jour

et les tavernes

et la guitare à la nuit tombante.

J'aime une île plantée au beau milieu

de la gorge de Goliath

tel un palmier royal 

au centre du Golfe.

J'aime David.

J'aime cette liberté que j'appelle

immortelle.

 

Amo la libertad que es una

siempreviva.

 

Cubaust valera guitariste

 

 

Crédit photos : photographies des toiles prises par Stephen Burns

Sources : www.cubaust.com   

 

 

 

 


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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 21:44

 

 pique-nique-a-hanging-rock1-fille-rocher.jpg

 

Il y a longtemps, j’avais vu le deuxième long métrage de Peter Weir, Pic-nic at Hanging Rock (1975) qui m’avait fait une forte impression. Le revoir lundi 05 août 2013 sur ARTE n’a fait que conforter mon admiration pour ce film étrange, d’autant plus qu’entre-temps j’ai eu la chance d’aller à Uluru, le rocher sacré des Aborigènes. Ce film a en effet pour décor, je dirais même personnage principal, Hanging Rock, un relief sculpté par la roche volcanique solidifiée (lave siliceuse et trachytes de soude) et formant des mamelons. Situé dans le Victoria, dans la région d’Adélaïde, ce rocher était dévolu à l’initiation des jeunes hommes aborigènes. Un lieu fantastique, aux formes animales ou anthropomorphiques, tels le Cerveau ou la Patte d’Emeu que j’avais pu admirer à Uluru. Un rocher de 150m de hauteur, relativement jeune géologiquement ainsi que l’explique à ses jeunes élèves Miss Mc Craw, le professeur de sciences, susceptible donc d’avoir encore une activité tellurique puissante.

pic nic hanging-rock rocher

C’est autour de ce rocher mystérieux que se structure l’intrigue du film, adapté d’un roman de Joan Lindsay paru en 1967. Jusqu’à la publication d’un chapitre inédit, The Secret of Hanging Rock (1987), on ignorait la clé de l’énigme. Peter Weir n’avait jamais eu l’occasion de lire ce rajout. L’eût-il lu qu’il n’en aurait sans doute pas tenu compte pour cette œuvre dont l’intrigue fascine justement par le fait qu’elle demeure irrésolue.

pic nic gâteau

En Australie, le 14 février, jour de la Saint-Valentin de l’année 1900, durant l’été austral, les petites filles modèles de la pension Appleyard partent faire un pique-nique à Hanging Rock, un très ancien site aborigène. Au cours de cette excursion, les montres s’arrêtent inexplicablement à midi. Quatre élèves, Miranda (Anne-Louise Lambert que l’on retrouvera dans Meurtre dans un jardin anglais), Irma (Karen Robson), Marion (Jane Vallis), Edith (Christine Schuler) entreprennent l’ascension du rocher. Tandis qu’Edith de plus en plus mal à l’aise renonce à suivre ses compagnes, celles-ci pénètrent dans un défilé entre deux roches et disparaissent mystérieusement. Miss Mc Craw (Vivean Gray) est aussi engloutie par la masse rocheuse. Michael Fitzhubert (Dominic Guard, vu dans Le Messager de Losey), un jeune bourgeois anglais, qui a vu passer le groupe des jeunes filles, part à leur recherche quelques jours plus tard avec le valet de son oncle et de sa tante. Semant de petits papiers blancs sur son passage comme le Petit Poucet, il passe la nuit sur le rocher et laisse repartir son compagnon. Sa quête obsessionnelle lui permet de retrouver une des jeunes filles, Irma, inconsciente mais vivante après une semaine. Lui-même est victime de l’envoûtement du lieu et c’est dans un état second que le retrouve le serviteur qui s’est inquiété de ne pas le voir revenir. Le jeune sauveteur porte au front la même blessure qu’Irma.

pic nic balade

La seconde partie du film est consacrée aux multiples interrogations que suscitent ces événements inquiétants. Irma ne se souvenant de rien, toutes les hypothèses sont possibles. Sara (Margaret Nelson), l’amie d’élection de Miranda, est désespérée de l’avoir perdue. Peu de temps après, Mrs Appleyard (Rachel Roberts) apprend à la jeune fille qu’elle est renvoyée. Au matin, on retrouvera son corps dans un parterre de fleurs. Quant à Mrs Arthur Appleyard, on découvre son cadavre au pied de Hanging Rock, le vendredi 27 mars 1900 (alors qu’il s’agit en réalité d’un mardi !) « Bien qu’on ignore les circonstances exactes de sa mort, elle serait tombée alors qu’elle escaladait le rocher. Les battues pour retrouver les disparues se poursuivirent pendant quelques années, sans succès… A ce jour, leur disparition reste un mystère. »

pic nic mort

Etrange histoire donc pour un film qui ne l’est pas moins et qui demeure une sorte d’OVNI dans le cinéma australien et même le cinéma mondial. On ne sait d’ailleurs à quel genre le rattacher ? S’agit-il d’une œuvre fantastique, voire de science-fiction (les phénomènes surnaturels, telluriques, paranormaux y sont nombreux) ? Ne faut-il pas plutôt y lire  une critique en règle de la société coloniale victorienne, de ses tabous, de ses préjugés, de son mépris racial pour la société aborigène ? Ou alors, ne serait-ce pas plutôt une métaphore de l’éveil à la sexualité et au plaisir des sens pour une jeunesse bridée ? Ou bien encore ne serait-ce pas un film onirique, le rêve d’un retour à une nature sauvage, tout empreint de la nostalgie d’un monde, celui des Aborigènes, qui vivait en symbiose avec les éléments ? Les pistes sont nombreuses et chacun y trouvera son miel.

picnic-a-hanging-rock fille ds rocher

Ce qui m’a séduite au premier chef, c’est la réussite esthétique du film, la beauté des images qui font souvent penser à des tableaux. La référence picturale est par ailleurs très explicite avec la référence à Boticelli pour caractériser Miranda. Pendant le pique-nique, Mademoiselle de Poitiers (Helen Morse), un des professeurs, est plongée dans un ouvrage de peinture sur le peintre italien. Soudain, elle s’écrie : « Maintenant, je sais ! » « Qu’est-ce que vous savez ? » lui demande Miss Mc Craw. « Je sais que Miranda est un ange de Boticelli », lui répond-elle. Le début du film présente ainsi les jeunes pensionnaires coiffant leurs longs cheveux, réalisant de délicats herbiers et lisant des poèmes d’amour : « Retrouvez-moi, mon aimée, quand la nuit voit le jour. J’aime en vous votre grâce bien née, vos yeux intenses et brillants, la douceur de votre sourcil froncé, votre tête si fièrement portée. Je vous aime, non pour votre blondeur, plus douce qu’un duvet, plus veloutée que l’air, ni pour l’étincelle amoureuse qui dans vos yeux luit, malicieuse… » Pour donner à sa photographie ce rendu si particulier, le réalisateur a, paraît-il, placé un fin voile de mariée sur l’objectif de sa caméra. Certains trouveront peut-être que cela fait trop penser aux photographies des seventies et notamment à celles de David Hamilton mais c’est sans doute un des charmes surannés du film.

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Lors d’une interview parue dans Stars-System, Peter Weir explique ainsi ses choix : « J’ai surtout pensé aux photographies de Lartigue, notamment aux premières épreuves en couleurs. Je les ai montrées au directeur de la photographie (Russell Boyd) en lui demandant d’en retrouver les éclairages et les teintes. Et j’ai essayé de me servir de la beauté en tant que puissance. La beauté est pleine de violence, de sexe, de passion. » On sera sensible encore à l’utilisation des travellings arrière, à l’harmonie des plans, au montage quasiment « lynchien » ponctué de visions étranges, à la direction d’acteurs stylisée qui impose un certain hiératisme aux personnages, en accord avec l’atmosphère corsetée de ce début de siècle.

pic nic miranda

J’ai beaucoup aimé aussi la bande-son, très habilement utilisée pour renforcer les sentiments des personnages, qui associe musique classique et contemporaine. Beethoven est dévolu aux scènes d’intérieur dans le pensionnat, Mozart et Bach en ponctuent d’autres. L’ensorcelante flûte de Pan de Gheorghe Zamfir court tout le long du film tandis qu’une partition contemporaine, Ascent Music, de Bruce Smeaton, résonne pour créer une angoisse surnaturelle aux environs de Hanging Rock. A certains moments, on entend des bourdonnements, des bruits peu identifiables, signifiant que l’on bascule dans une autre dimension. Quand Michael à son tour sombre dans un délire inconscient, on entend en voix-off plusieurs phrases prononcées lors du pique-nique alors qu’il n’y était pas présent. La bande-son contribue ainsi grandement à l’atmosphère fantastique du film.

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En ce qui concerne le mystère, il est soigneusement ménagé et distillé après la présentation du carton d’introduction (« A boy, a girl, a school, a rock. »). La première réplique du film prononcée par Miranda, un vers d’Edgar Allan Poe, crée une atmosphère de mystère : « What we see and what we seem are but a dream, a dream within a  dream. » A un autre moment, une des élèves récite les deux premiers vers du poème Casabianca de Felicia Hemans : « The boy stood on the burning deck ; whence all but him had fled… », une phrase qui pourrait être une métaphore de ce qui arrivera aux promeneuses. Très vite, Miranda dit à Sara qui l’aime  qu’elle doit apprendre à aimer quelqu’un d’autre : « Je ne serai plus là très longtemps… » ajoute-t-elle. Pendant le trajet jusqu’à Hanging Rock, Miss Mc Craw explique que le rocher n’est vieux que d’un million d’années : « Un million d’années, juste pour nous », commente Irma tandis qu’une autre pensionnaire remarque que le rocher les attend. J’ai déjà évoqué plus haut l’arrêt inopiné des montres : « Elle ne s’est jamais arrêtée avant, il doit y avoir quelque chose de magnétique » remarque Miss Mc Craw en parlant de la sienne. Lorsque les jeunes filles s’éloignent, Miranda se retourne et, dans un très joli geste de la main,  dit au revoir à Mademoiselle de Poitiers. Lors de leur ascension du rocher, la caméra en balaie les formes anthropomorphiques inquiétantes. Plus tard, Irma raconte un souvenir d’enfance : son père avait ramené un cerf chez eux, dont sa mère avait dit qu’il « était condamné à mourir (doomed to die), bien sûr ». Miranda s’écriera quant à elle : « Tout commence et finit exactement au moment et à l’endroit prédit (Everything happens at exactly the right time and place). » Pendant cette ascension, qui voit le dur rocher (sacré) foulé par les jeunes filles en robes immaculées, on perçoit une menace diffuse que la disparition concrétisera.

AApicnic at hanging rock 1975 fille lézard

On sent aussi chez Peter Weir une attention portée de manière particulièrement insistante à une nature qui est belle mais peut être hostile. Le gâteau de la Saint-Valentin découpé par Miranda est mangé par les fourmis. Miss Mc Craw tempête contre cette idée de pique-nique : « Nous faisons ce pique-nique pour le plaisir, et bientôt nous serons à la merci des serpents et des fourmis… » On voit trottiner celles-ci sur les pieds des jeunes filles endormies sur le rocher tandis qu’un lézard se faufile entre elles. Quand Michael et le serviteur, à la recherche des disparues, arrivent à Hanging Rock, une araignée, un oiseau, un perroquet, un koala semblent les attendre. Enfin il est question de chauves-souris quand les pensionnaires évoquent la mort plausible de leurs trois amies. L’inquiétude est latente encore lorsque Tom (Tony Llewellyn-Jones), le mari de Minnie (Jacki Weaver), la servante de la pension, et le jardinier Mr Whitehead discutent dans la serre après la disparition. Ce dernier affirme que certaines questions ont des réponses et que d’autres n’en ont pas. Il caresse alors une plante dont les feuilles se referment sur ses doigts. Et que penser de ce cygne que voit passer Michael : est-il une métaphore de l’innocence des adolescentes ou un oiseau de mauvais augure ?

pic nic appleyard

Fascinant, le film l’est encore par le tableau qu’il propose d’une société rigide et corsetée, symbolisée par le portrait de la reine Victoria dans le bureau de Mrs Appelyard. La scène où, dans la pension, les adolescentes se lacent mutuellement leur corset, est significative à cet égard. Le personnage de la directrice de la pension, parfois à la limite de la caricature, représente les interdits d’un monde puritain qui ne s’autorise aucune liberté. A la fin du film, on la voit s’effondrer et sombrer dans l’alcoolisme car la réputation de son école est perdue. Ce n’est qu’à travers la poésie que Sara avoue son amour pour Miranda ; quant à Mrs Appelyard, c’est dans un accès de colère qu’elle confesse la relation complexe qu’elle entretenait avec Miss Mc Craw : « J’étais devenue dépendante de Greta Mc Craw, une intelligence si masculine. Je me reposais sur elle, je lui faisais confiance. Comment a-t-elle pu se laisser enlever, perdre, violer, se laisser tuer de sang-froid comme une stupide écolière sur ce misérable rocher ? »

picnic-a-hanging-rock-punition

Dans la pension Appleyard, les pensionnaires, loin de leurs familles, sont privées d’affection. On comprend que Sara aspire à retrouver son frère Bertie, dont on comprend qu’il est le jeune valet des Fitzhubert. Privée de la sortie à Hanging Rock, elle ne le rencontrera pas. De plus, les élèves sont les victimes de sévices, semblables à celui que Sara va subir pendant un cours de danse. Miss Lumley ne l’attache-t-elle pas afin qu’elle se tienne droite ?

pic nic pieds nus

Avec cette échappée belle sur le rocher, les adolescentes n’accèdent-elles pas à la liberté ? Cette libération commence par le fait qu’il leur est permis d’ôter leurs gants à une certaine distance de la pension. Puis, au fur et à mesure de leur progression sur le rocher et de la montée en puissance de l’ensoleillement, elles se déchaussent, enlèvent leurs bas, se dévêtent allant même jusqu’à se défaire de leur corset. C’est ainsi, presque dénudée, que Michael retrouvera Irma et qu’Edith avouera avec réticence qu’elle a vu Miss Mc Craw déambuler en tenue légère. Le rocher serait alors le lieu de la rencontre avec soi-même et avec les plaisirs physiques prohibés dans la pension. Car le plaisir charnel est le péché capital. Quand le médecin examine Irma après que celle-ci a été retrouvée, il rassure tout le monde en affirmant : « She is intact ! »

Ainsi, dans ce lieu extraordinaire qu’est le rocher de Hanging Rock, les éléments concourent à dépouiller les jeunes filles du vernis social de la civilisation. Dans le Dictionnaire du Cinéma, Olivier Eyquem souligne cette « poétique de la dissolution, chère à Peter Weir […] Le soleil, la roche, l’eau, le vent composent ici un univers de tentations insidieuses, où s’abolissent tous les repères traditionnels de la rationalité. »

Alors, peu importe l’explication de cette étrange disparition : faille temporelle, vengeance des dieux devant la profanation du rocher sacré, chute dans une anfractuosité, enlèvement, viol, métaphore d’une fusion entre l’homme et la nature… Selon moi, ce très beau film onirique, associant subtilement les traditions aborigènes et Edgar Allan Poe, transporte le spectateur au Temps mythique du Rêve, dans un rêve éveillé.

 

Crédit Photos : Allo-Ciné

Sources :

Pique-nique à Hanging Rock, @aVoiraLirecine

Pique-nique à Hanging Rock, wikipedia

 

 

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Published by Catheau - dans Télévision
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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 13:13

Gare-montparnasse-chirico01.jpg

 La gare Montparnasse, ou la mélancolie du départ, Giorgio de Chirico

 

Salle d’attente

chauffée à blanc

tête en l’air

écran bleu

ça défile

chiffres et lettres

blanche attente

orages

arbres sur les voies

retards

entre une et dix heures

visages brillants

regards tendus

cheveux décoiffés

paupières qui se ferment

sacs affaissés

journaux déchirés

sandwiches mâchonnés

tapotement des doigts

lointain des e-phones

lasse indifférence

moineaux assoiffés

frôlant les assis


Dehors

grondement de rumeur

valises en cascade

voix d’hôtesses de l’air

pas précipités

chariots pressés

museau gris et bleu

TGV sans fin

marcheurs en sandales

rêverie de sable

ciel gris de verrière

pilastres de fer

senteurs d’escarbilles


Elle est où la mer ?

 

Samedi 27 juillet 2013,

en transit à la gare Montparnasse,

entre 15h 30 et 17h 35

 

 

 

 


 

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 14:45

vague-mer-bleue.JPG

      Vagues sur les rochers de North Bondi, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Sur la côte australienne

 

La vague est charmeuse


vague bondi australien

Un bel Australien sur les rochers de Coogee, Australie

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013


La vague est joueuse


vague bondi enfants 2

Enfants dans les vagues à South Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

Toujours très surfeuse

 

Vagues bondi surfeurs

Surfeurs à Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Et puis coléreuse

 

vagues tempête

La mer en tempête à Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

Et parfois pluvieuse

 

vague tempête pluie

Tempête vers Tamarama

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

Calme et sommeilleuse

 

vague bondi mouettes

Mouettes sur les rochers de North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Follement nageuse

 

vague nageur

Un nageur dans les vagues vers le soir à Bondi 

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

Un brin facétieuse


vague Bondi Noël

Un professeur de surf avec le bonnet du père Noël

(Photo ex-libris.over-blog.com, Noël 2012)

 

Jamais oublieuse

 

vague cimetière

Vague écumante au-dessous du cimetière de Vaverley

(Photo ex-libris.over-blog.com, février 2013)

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : la vague

 

 


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