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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 22:33

 

 _krog.jpg

Antjie Krog (Photo Lit Net)

 

Les fossiles déterrés ne décrivent pas

Mes yeux bleus passant devant tes yeux

Tes yeux noirs évitant mes yeux

Mon avant-bras blanc se reposant simplement

Le long de ton avant-bras noir

Mes cheveux lisses dormant le long de tes cheveux crépus

 

Les fossiles décrivent cependant dans la vertèbre la plus fine

La côte continuant de plaindre aveuglément

Le continent qui jadis

Lui était amarré

Le protea incontesté cherchant à humer sa compagne arrachée

Le rocher rouillé en bord de mer pleurant son frère de sang à la dérive

 

Le fossile sait que jadis tout était attaché

Que nos cœurs se sont scindés

 

Simplement nous ne savons pas

Pourquoi aujourd’hui nous héritons de cette unicité de pierre

Et de tant d’aversion cinglante

 

 in Une syllabe de sang


Avec ce poème, la poétesse sud-africaine Antjie Krog décrypte avec douleur l’alphabet-fossile, celui qui disait l’unité originelle. Elle y évoque ce temps mythique de la Pangée, avant la dérive des continents, quand la femme blanche et l’homme noir ne faisaient qu’un, quand il n’existait qu’une seule race, celle de l’humanité. Un texte qui dit l’arrachement de la femme du corps du premier homme, la nostalgie d’une époque où le racisme n’existait pas. Terrible constat d’un écrivain entrée en rébellion contre l’apartheid dès l’adolescence. Depuis, la poésie n’a cessé d’être son arme de combat.

Invitée par La Maison des Littératures, Antjie Krog sera à Saumur, salle Beaurepaire, le mercredi 16 octobre 2013, à 20h. Elle y lira ses textes en afrikaans que traduira Georges Lory. La lecture sera suivie d’un échange.

 

 

 

 

 


 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:48

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 Patrice Chéreau dans le rôle de Bonaparte

dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine (1985)

Patrice Chéreau, ce grand « enfant expérimenté », ainsi que le définissait Peter Brook, vient de regagner la coulisse. Depuis 1966, il a fait vivre d’une manière unique, lyrique et violente, le théâtre, le cinéma et l’opéra. Animé d’une flamme passionnée et partageuse, il a exploré l’art européen, de Hamlet à Wagner, en passant par Marivaux et Koltès, en vivant une extrême complicité et un corps à corps avec ses comédiens. Ce fils cadet d’un couple de peintres, qui sut très vite tracer le dessin d’un nouveau théâtre, n’écrivait-il pas : « J’ai grandi dans les pinceaux, les crayons. Au tout début de ma carrière, je peignais même chaque mise en place…» ?

En compagnie de quelques acteurs fétiches (Dominique Blanc, Pascal Greggory…), il a connu une trajectoire flamboyante, qui l’a conduit des mises en scène décoratives et baroques de ses débuts (on se souvient de la machine à tuer le libertin de son Dom Juan) à une sobriété de plus en plus assumée. Il souhaitait aller toujours vers « moins d’effets et moins de spectacle, mais pour aller plus loin dans le cœur des choses ».

chereau-margot.jpg

Pour ma part, je garde un souvenir très fort des actrices qu’il a dirigées. Au cinéma, c’est d’abord Isabelle Adjani dans La Reine Margot, ce grand opéra funèbre, aux clairs-obscurs impressionnants. Elle y incarne avec sensualité et puissance Marguerite de Valois, contrainte d’épouser Henri de Navarre, elle qui aurait mérité de régner à la place de ses frères malades et abouliques. Amoureuse de Hyacinthe de la Môle, elle n’empêchera pas le massacre de la Saint-Barthélémy, orchestré par sa mère Catherine de Médicis. Dans le même film, c’est Virna Lisi qui joue ce rôle et y apparaît comme une maléfique (et magnifique) araignée noire. Elle reçut d’ailleurs le prix d’interprétation à Cannes en 1995.

Chéreau virna lisi

J’avais aussi beaucoup aimé l’interprétation d'Isabelle Huppert dans Gabrielle (2005). Ce film est adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad et décrit l’effondrement d’un homme, Hervey, (Pascal Greggory) qui apprend par une lettre que sa femme le quitte. Chéreau déclare avoir surtout été intéressé par le personnage féminin : « Cet homme qui dit « après tout je vous aimais » m’intéresse moins qu’elle qui lui répond : « Je ne pouvais pas le deviner. » La beauté du film réside dans l’aspiration à la liberté de cette femme qui se meurt dans le somptueux appartement-mausolée dans lequel son mari l’a emprisonnée.

Chereau-gabrielle.jpg

Mais la palme, selon moi, revient à Dominique Blanc dans la Phèdre qu’il monta à l’Odéon-Théâtre en 2003, et qui signa son adieu au théâtre. (Après, ce furent surtout des lectures). Selon lui, « il y a tout dans Phèdre : les ravages du désir et sa répression, la mise à sac de tous les tabous. Et ce coup de génie qui consiste à dire l’impossibilité de dire ». Avec cette mise en scène, il a aussi souhaité sortir « d’une manière ou d’une autre » de la structure de l’alexandrin qu’il déclare avoir en horreur.

chereau-phedre.jpg

Sous la férule de Chéreau, Dominique Blanc y est brûlante et consumée. Elle explique  : « Il [Chéreau] sera intransigeant avec lui comme avec nous ou avec l’alexandrin auquel il veut tordre le cou pour faire entendre le désir de cette femme et son propre désir. » La comédienne, comme le metteur en scène, sont ainsi allés dans la voie de cette « rage du sexe » qu’évoquait Valéry : « Le désir féminin, exprimé là, semble avoir échappé à tout le monde. Le désir féminin et le désir de mort, […] sont des idées encore très dérangeantes. »

Le désir est sans doute un mot-clé dans l’œuvre de Chéreau, qui disait : « Le désir circule de façon bien plus complexe qu’on ne le croit. » Que ce soit dans ses films, L’Homme blessé, Ceux qui m’aiment prendront le train, Intimité, ou même Son Frère qui m’avait beaucoup touchée, le désir sous toutes ses formes est bien une clé pour approcher Chéreau. Après avoir exploré le théâtre, l’opéra, le cinéma, cet artiste au regard fiévreux et pénétrant demeurait lui-même, essentiellement, un être de désir, toujours curieux, toujours aiguillonné par la nouveauté : « J’éprouve un plaisir profond à me renouveler, à apprendre, à me découvrir différent de ce que je pensais être. » Et c’est surtout cela, me semble-t-il, que j’aimerais retenir de lui.

 

 

 

 


 

 

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:00

Chevres-de-mer.JPG

Les lièvres de mer ou aplysies dans le seau de mon petit-fils

(Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2013)

 

Tel un berger dans la mer bleue

mon petit-fils s'en va chassant

le troupeau noir des aplysies

Le buisson sombre des corps nus

s’en va glissant entre ses doigts

teintés de rouge comme du sang

 

Sur la plage, de Kerouriec en Erdeven,

Juillet 2013

 

chèvres de mer 2

Un troupeau de lièvres de mer ou aplysies

(Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2013)

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : souvenir de vacances

 

 

 


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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:00

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Sauge, laurier, lavande et thym sous mes fenêtres 

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2013)

 

 

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

sous la tour des meneaux blancs

l’univers a chaviré

 

Myriades de soleils éteints et rougeoyants

constellations de lunes folles

étoiles mortes et renaissantes

inaccessibles et bleus nuages

Au tintement printanier du verre

les roucoulades rassurantes des baisers

les foucades folles de mes désirs

dans l’allegro des hirondelles

Sur la soie serpentine d’un rideau de soleil

le crissement cru du gravier des départs

et le coassement des journées éternelles

Au silence noir des insectes

les souvenirs en veuves noires des araignées tisseuses

les mouches des remords velours vibrionnant

les punaises amertume dans leur verdure métal

Sous le palimpseste de la pluie et du givre

les doigts engourdis du temps

et les gémissements des fantômes au vent

A la fenêtre close et grise

le choc sourd des illusions frappées en pleine face

sur le sang des clématites violines

et les épines bleuies de la passiflore cruelle

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

Mon âme à la dérive soudain a naufragé


Pour Le Défi de la Semaine n°108,

Thème proposé par Mamzelle Jeanne : Fenêtre(s) link

 

 fenetre-2.JPG

 Thym, laurier et lavande sous mes fenêtres

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2011)

 

 

 

 

 

 

 

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 08:25

araignee-jungle.JPG

Le papillon dans la toile

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Boost, Septembre 2013)

 

 

 

Jungle des lavandes

Araigne à l'affût

Un filet de soie

Papillon se meurt

 

 araignée debout

Argiope au jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, septembre 2013)

 

  

 

 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 22:41

 

medaillon-cheveux-2.jpg    

      Médaillon de cheveux, avec une inscription : "C'est là que mon âme repose"

Musée du quai Branly

 

Au médaillon du coeur

Mèches de chevelure

Telle une épure

De l'amour pur


Textoésie envoyé le mercredi 25 septembre à 10h58,

en réponse à celui de Suzâme reçu le même jour à 10h40.

 

 


 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 18:07

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      Le dragon à deux têtes du programme de l'exposition, par Nicolas Jolivot

(Photo ex-libris. over-blog.com, 21 septembre 2013)

 


Samedi 21 septembre 2013, le soleil était de nouveau de la partie et je suis allée avec une amie à Doué-la-Fontaine, voir la dernière édition d’Une Semaine enchantée. Sur le thème du Fantastique Bestiaire, elle présente en une semaine, dans trois lieux différents, onze peintres, illustrateurs ou sculpteurs résidant en Saumurois. L’occasion d’y retrouver les habitués Olivier Supiot, Myriam Nion, Max le Baleur, Sophie Puls ou Nicolas Jolivot ; l’opportunité de découvrir d’autres univers, ceux d’Olivier Martin, de Catrine Sanson, de Daniel Collette, de Hervé Girardin ou Guy Ducornet.

Nous nous sommes d’abord rendues dans la roseraie Foulon. Dans ce jardin où poussent plus de 400 variétés de rosiers-buissons, grimpants, à tige, c’est le coucou de Sophie Puls qui nous a accueillies. L’artiste aime Cuisiner les mythes en extérieur pour les nuls.

Se Puls

Les coucous de Sophie Puls

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Nous sommes ensuite allées dans les écuries du baron Foulon, un superbe bâtiment du XVIIIe siècle en pierre de grison qui abrite le petit musée des Anciens Commerces. Là, à l’étage nous avons d’abord retrouvé avec plaisir Myriam Nion et sa série de dessins à l’encre de Chine, inspirés par son petit jardin en friche, et intitulée Dans mon jardin il y a….

Se lentilles

La chorale des grandes bouches, Myriam Nion

(Photo ex-libris.over-blog.com), samedi 21 septembre 2013)

C’est toujours la même admiration devant la manière dont l’artiste traite le motif dans des œuvres de format carré, dont chacune lui demande environ une trentaine d’heures. Myriam Nion a observé le peuple de l’herbe, escargots, demoiselles libellules (très nombreuses cette année), abeilles butineuses, sauterelles sauteuses, lents carabes, papillons élégants, fourmis ouvrières et oiseaux bavards. Quelle patience pour dessiner d’abord au crayon les centaines de petites lentilles d’eau où sautent ses grenouilles, pour tracer les ombres des tiges de prêles qui rappellent le corps segmenté de la sauterelle, pour dessiner l’ombre des herbes ! On imagine la patience de cette artiste travaillant le soir à la lumière électrique pour réaliser ces dessins d’une précision de naturaliste. Ceux-ci disent son regard attentif et tendre sur une nature proche que l’on oublie trop souvent de regarder. Et comme toujours, pour accompagner l’exposition, un très joli petit livre noué d’un ruban noir qui reprend les œuvres accrochées au mur et qui nous dit que point n’est besoin de se transporter loin pour découvrir « un fantastique bestiaire ».

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Les papillons de Myriam Nion dans les écuries Foulon

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Sur le mur du fond de la grande salle du premier étage, ce sont les Animachromismes de Olivier Supiot qui voisinent avec les petites bêtes de Myriam Nion. Les Saumurois connaissent ce dessinateur révélé à Angoulême en  1997 et primé encore dans cette même ville en 2003 pour son album Le Dérisoire. L’artiste se présente comme quelqu’un qui « dessine, scénarise, colorise, gribouille, peinturlure, bref […] s’amuse un peu ! » Il définit ainsi avec humour l’ « animachromisme » : « Pathologie légère provoquant chez le sujet une déformation liée à la perception des couleurs lors de l’observation d’animaux sauvages ou domestiques…. » Jouant donc avec les mots tout autant qu’avec la vivacité de la couleur, il propose ici une série d’animaux qui prennent les expressions au pied de la lettre. Ainsi, on sourit devant Le canard à l'orange, ou Le Pigeon aux petits pois.

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Canard à l'orange et Pigeon aux petits pois, Olivier Supiot

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Enfin, le dessinateur de BD Olivier Martin aligne sur le mur blanc son bestiaire, en forme de question : Fantastique bestiaire ? Il a souhaité proposé une série de « portraits de têtes d’animaux existants mais peu médiatisés voire inédits, [en] mettant en avant leurs aspects incongrus, singuliers, étranges et donc fantastiques. »

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Singe, Olivier Martin

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembres 2013)

Travaillant au brou de noix qu’il éclaircit peu à peu en fonction des ombres du dessin et à l’acrylique blanche, il présente en gros plan des animaux qui deviennent fabuleux, pour peu qu’on les observe et qu’on s’intéresse à eux. Mais, attention, Olivier Martin met en garde le visiteur : « Ce sont peut-être des membres éloignés de votre propre famille. Allez savoir ! »

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Tête de taureau, Catrine Sanson

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Après avoir fait un tour dans la roseraie où poussent des roses plus séduisantes les unes que les autres (le rêve que d’avoir une rose à son nom !), nous avons fait une halte dans le petit pavillon de l’entrée du jardin, à l’élégante architecture. Catrine Sanson y expose Bêtes de scène !, animaux réalisés dans le carton recyclé des boîtes d’œufs. Elle travaille à l’eau cette matière qu’elle modèle à son gré. En séchant, celle-ci prend l’apparence de la pierre. Chats, petites souris en tutu, acrobates sur des chevaux, constituent un bestiaire délicat. J’ai aimé une belle tête de taureau peinte en bleu qui m’a fait penser à la Crète.

Se Girardin

Une toile d'Hervé Girardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Nos pas nous ont ensuite dirigées vers la salle des arts de la Bibliothèque de Doué-la-Fontaine. Nous y avons découvert les toiles de Hervé Girardin qui déclinent une infinité de formes proches les unes des autres, à mi-chemin entre l’animal et le végétal. Un monde étrange, aux sinuosités surprenantes, qui s’anime sous le règne de la métamorphose. Une série d’œuvres, qui illustrent la phrase de Yves Ellouët :   « J’ai été sous une multitude de formes ».

Se Jolivot

Dans le pavillon de contemplation des poissons rouges, Nicolas Jolivot

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Nicolas Jolivot, quant à lui, l’artiste plasticien voyageur, dont beaucoup connaissent les merveilleux carnets de voyage, a adopté une attitude zen avec Juillet 2013, dans le pavillon de contemplation des poissons rouges.  Il a pris le temps de « regarder et [de] dessiner les poissons rouges [nageant] entre les nénuphars nains du Thouet et les pousses de prêles des [ses] bassins ». Il a ainsi réalisé de légers dessins très colorés, d’inspiration japonisante, qu'il a accompagnés de commentaires. L’actualité ne lui rappelle-t-elle pas au quotidien « qu’on vit tous dans un immense bassin de poissons rouges… » ?  De lui aussi, une série de trois dessins, intitulée Libellules et lotus. C’est lui encore qui a réalisé le dragon à deux têtes gris et noir qui se déploie sur le carton pop-up du programme de l’exposition.

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Libellules et lotus, Nicolas Jolivot

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Mais ce qui a surtout retenu notre attention, c’est l’impressionnante collection personnelle de Guy Ducornet, consacrée à ce thème du bestiaire fantastique. Connu par ses écrits sur le Surréalisme, ce poète plasticien a longtemps vécu aux Etats-Unis où il a pratiqué le dessin, la peinture et la céramique tout en enseignant la littérature française. De 1962 à 1991, il a participé avec Rikki Ducornet à l’aventure surréaliste américaine et aux expositions internationales du mouvement PHASES d’Edouard Jaguer après 1970. Désormais, il se partage entre son atelier du Puy-Notre-Dame et Paris.

Se Gravida

Gravida n°5, Suzel Ania

(Photo ex-libris.over-blog.com)

On y découvre donc de nombreuses  œuvres aux techniques variées, eaux-fortes, collages, lithographies, dessins originaux à la plume ou au crayon, sérigraphie…  De Max Ernst à Philippe Honoré en passant par Wifredo Lam, Max Bucaille ou Jorge Camacho, ces œuvres oniriques et fantastiques démontrent avec brio que le surréalisme n’est pas mort. En témoigne notamment un collage de Suzel Ania, un membre de PHASES, Gravida n°5, de 1994. Le thème de « celle qui avance » fut souvent illustré par les surréalistes qui en avaient fait un thème de prédilection.

Se rencontre au soleil

Rencontre au soleil, 2000, Artur do Cruzeiro Seixas

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

La Main-sardine (1996)de Philippe West m’a fait sourire et j’ai aimé la représentation d’un totem, Gravure sur pierre signée, 1974, par l’artiste Inuit Art Thompson. Quant à la Rencontre au soleil (2000), un dessin gouaché de Artur do Cruzeiro Seixas, elle m’a donné l'occasion de rêver sur ses créatures hybrides.

Se Halibut

Gravure sur pierre signée, Art Thomson

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Au milieu de cette très belle collection, quelques toiles personnelles de Guy Ducornet, des illustrations réalisées pour un livre pour enfants en anglais et des boîtes-vitrines.

Se ducornet 2

Jardin n°2 (à gauche), Guy Ducornet

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Au sortir de cette exposition, nous avons vu pour terminer les Abysses de Anne Levillain, tout un monde aquatique de méduses et de poissons, accroché au-dessus du bassin de la place des Fontaines.

Se Levillain

Abysses, Anne Levillain, place des Fontaines

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)

Enfin, cette petite balade à Doué-la Fontaine m’a aussi permis de découvrir les ruines de la collégiale Saint-Denis, dont j’ignorais l’existence ! De style gothique Plantagenêt, elle possédait à l’origine une seule grande nef de trois travées, éclairée par six fenêtres, d’un chœur éclairé par cinq fenêtres, d’un transept et d’un clocher carré avec trois fenêtres. Désormais, l’herbe y pousse mais elle impressionne toujours par sa majesté.

D’un fantastique bestiaire aux ruines élancées de la collégiale, ce fut vraiment un après-midi enchanteur !

 se-st-denis.JPG

      Les ruines de la collégiale Saint-Denis

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 21 septembre 2013)



 

 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 10:37

      Vieux livre

 

Le livre est au grenier

Exilé des lecteurs

 

Il est là démembré

Dans le sang de son encre

Les moisissures du temps

Les déchirures du cœur

Les mouillures des larmes

Et les rousseurs amères

De tout son corps épidermé


Qui chantera un jour

Son âme de chiffons

Racines de forêts

Qui unira ses feuilles

De vélin virginal

Reformera ses nerfs

De chanvre et de fouet

Restaurera sa coiffe

Aux cheveux de couleur

Qui sculptera ses arrondissures

D’un marteau amoureux

Exaltera sa chair

De galuchat des mers

Sublimera sa fleur

Offerte aux mains des jours

Qui le vêtira de percaline

Dentelle et mousseline

L’ornera de jaspures

Lettrines et basane

Et quel artiste fou

Transmutera en or

La peau pâle du chagrin

 

Le livre est au grenier

Susurrant son secret

De lierre

 

Il faut

Toujours

Relier sa vie

Pour la relire

 

A une artiste en reliure

 

 

 


 

 


 

 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 10:25

 

 papillon-rien.JPG

Un papillon sur le buddleya

(Photo ex-libris.over-blog.com, août 2013)

 

Les petits riens font la vie belle

Comme au feu mort une étincelle

Les brimborions et les broutilles

Comme le c sur la cédille

 

J’aime rien tant que la babiole

Petite chose qui s’envole

Que jamais chaîne ne retient

Feuilles au vent sur le chemin

 

Le joli mot que bagatelle

Chose menue superficielle

Les petits riens c’est quelque chose

Musique aux doigts du virtuose

 

Pour le Défi n°107,

Thème proposé par ABC : rien link

 

 

 

 

 


 

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 10:48

 

 Poétiques titre

 Balade poétique lors du Festival Les Poétiques à Saumur

Sur le mur de l'hôtel Laffitte-Duverger

 

Samedi 14 septembre 2013, le ciel saumurois boudait les poètes pour la première après-midi du Festival des Poétiques, organisé par La Maison des Littératures, animée par son président Claude Guichet et la coordinatrice de l'association Lydiane Stater-West. Au rendez-vous de 14h au Jardin des Plantes, il pleuvait sur la ville mais il ne pleurait pas dans le cœur des amoureux des mots qui, sous les parapluies, ont accompagné Isabelle Génin, la guide de Saumur, Ville d’Art et d’Histoire, et les deux poétesses, Marie Huot et Amandine Marembert.

Poétiques génin

La guide-conférencière Isabelle Génin,

devant l'hôtel Laffite-Duverger

La première halte a eu lieu rue du Pressoir, au bas de l’ancien presbytère de Nantilly, revendu par le diocèse en 2007. Isabelle Génin nous a présenté ce bel hôtel particulier dit Laffite-Duverger, qui date de 1786. Sous son harmonieux fronton ouvragé, c’est au bas du perron que nous avons écouté (ainsi qu’un petit chien blanc aboyeur derrière la haute fenêtre) la douce voix de Marie Huot nous raconter son Histoire avec la bouche (Al Manar, 2012). Illustré par le pinceau léger du peintre Diane de Bournazel, ce recueil est dédié à une petite fille mais il n’est pas vraiment pour les petites filles. Reprenant le thème du Petit Chaperon rouge, la poétesse nous fait entendre un dialogue amoureux où l’on se cherche furtivement dans les bruits de la forêt.

« L’amour est toujours une histoire avec la bouche

une histoire d’arbres

et de forêts… »

La femme y est fontaine, fougère qui aime les bêtes étranges. D’ailleurs, l’amour qui se promène dans la « forêt de trembles » n’y est-il pas « un animal perdu » ? En fuite et en « feulements », il se cache sous les branchages tout en craignant les pièges. Marie Huot sait admirablement murmurer ce qui se dit à bas bruit, et évoquer les premiers tremblements du corps qui frémit et du cœur qui s’affole. Et c’est avec une infinie légèreté qu’elle nous perd avec elle sur ses chemins semés de petits cailloux blancs, dans sa forêt de longue attente.

Poetiques-Marie-Huot-gros-plan.JPGMarie Huot

Puis Isabelle Génin nous a conduits à quelques rues de là devant la maison Foucher, rue Seigneur, construite par l’architecte Henry Jamard. Sa façade en pierres de taille, qui s’intègre parfaitement aux autres maisons de la rue, est surmontée d’arcades typiques de l’Art nouveau. Mais quand on pénètre dans le petit jardin à l’ouest, que domine un haut palmier, quelle surprise ! La façade est en meulière et en brique et on se croirait devant un chalet normand.

C’est là que Amandine Marembert, toute petite sous un parapluie, a continué à distiller la voix des femmes à travers Les gestes du linge (Esperluète, 2013). Dédié « à nos grands-mères, à nos mères, à nos sœurs, à nos enfants », cet ouvrage lui a été inspiré par sa grand-mère. Celle-ci avait en effet partagé sa cuisine en diagonale par un fil transversal et « c’est à ce fil qu’ [elle a ] accroché ses mots". Et au linge, par les épingles qui sont comme « des alignements d’oiseaux », c’est aussi tout la vie des femmes qui est accrochée. On y lit les odeurs, les désirs de partance, les caprices de la météo, les gestes infiniment recommencés du triage, du pliage, « la trame des dessous », les caresses des doigts des mères à travers les tricots. C’est au travers de cette activité humble que les textes de Amandine Marembert, illustrés par les dessins bleu-lessive de Valérie Linder (créatrice de l'affiche-coquelicot des Poétiques), nous disent le précieux et patient héritage des femmes.

Poétiques Amandine

Amandine Marembert sous les parapluies

De retour au Jardin des Plantes, dans la grande salle de l’école des Récollets, nous avons pu découvrir les réfugiés de la pluie. Les cinq stands des éditeurs Benoît Jacques Books (Benoît Jacques), Entre 2 (Nelly Buret), Dernier Télégramme (Fabrice Caravaca), Wigwam (Jacques Josse) et Les Ateliers Rougier (Vincent Rougier). L’un d’entre eux avait apporté fort à propos de grands parapluies blancs décorés par les auteurs qu’il édite. Ils voisinaient avec l’étal bien achalandé de la librairie saumuroise indépendante de Patrick Cahuzac, Le Livre à Venir, et le stand de la Médiathèque de la Communauté d’Agglomération Saumur Loire Développement qui proposait son fonds de poésie contemporaine.

Enfin, Dany Lecènes, poète et musicienne, présentait ses ouvrages : un roman,  Irène en fa mineur, un conte, Lacryméné, une pièce de théâtre, Le complot Pétronille, et son dernier recueil de poèmes, La Joie n’a pas de poids, tous édités chez Edilivre. Ce dernier est dédié à Christian Bobin et il décline en 132 quatrains quotidiens « un gramme de joie par jour ». A lire chaque jour pour y découvrir ce secret :

« La joie n’a pas de poids, le papillon le sait

Ignorant qu’il est Dieu quand il ourle le monde

D’un gramme de couleur comme Jean-Sébastien

Qui lévite en solo de ses ailes de feu » (II)

Pour ma part, je présentais aussi mon recueil de poèmes, Vers rêvés, publié en 2012, placé sous les auspices de la phrase d’Aragon : « Il y a toujours un rêve qui veille. » Enfin, on pouvait rencontrer Francis Carpentier qui écrit sur le site des Cahiers du Petit Curé.

Edith Testemale, lectrice enthousiaste, en compagnie de Valérie Lebossé et de Maryse Fautrat, bibliothécaires de la Médiathèque de Saumur, auraient bien aimé faire partager aux parents et aux enfants les lectures qu’elles avaient choisies mais la pluie avait découragé les familles !

Poétiques Suel

Lucien Suel 

C’est à 15h 30 que les lectures ont commencé sous le préau détrempé par l’humidité mais il en fallait plus pour faire fuir les amoureux de poésie. Cathie Barreau, responsable de la Maison Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil, a présenté l’écrivain picard Lucien Suel, « poète ordinaire », romancier et traducteur, qui y viendra en résidence en octobre.

Pour se présenter, cet homme du nord, reconnaissable à son imperceptible accent, adepte des performances poétiques et de la poésie sonore, a dit un texte publié en 2012 sur son blog littéraire SILO, extrait de Nous ne sommes pas morts (Dernier Télégramme, 2008), livre composé avec la plasticienne Hélène Leflaive. De Kurt Schwitter à Georges Bernanos, en passant par Gandhi, Eisenstein, Cat Stevens, Antonin Artaud Grace Jones, Bernard-Henri-Lévy (j’en passe et des meilleurs !), «Je ne suis pas mort » évoque tous ceux qui sont nés comme lui en 1948. Tout en reconnaissant qu’il n’est sans doute pas la réincarnation de toutes ces célébrités, Lucien Suel conclut qu’il souhaite pourtant, comme Bernanos, « retrouver au jour de [sa] mort l’enfant qu’ [il] fu[t] ».

Il a ensuite décliné ses couleurs de prédilection, celles de Mon stylo 4 couleurs du Pas-de-Calais (L’Echo du Pas-de-Calais, n°100). A travers celles-ci, c’est tout le pays picard qui revit : le noir avec ses mineurs, sa tôle goudronnée, le tableau de la classe ; le rouge avec sa betterave, la brique, le calicot des syndicats, la coulée de métal du haut-fourneau, la couenne du jambon cru, le pinard (« Armettez-me cha !) et le sang de la Grande Guerre ; le vert avec les plantations des jardin ouvriers, l’herbe humide, les mouches sur les charognes et les barquettes de choux ; le bleu, enfin, avec le travail, les gendarmes, la lessive l’encre sur le buvard, et Notre-Dame de Lorette. Et de conclure : « et rouge bleu vert et noir tout partout. ».

Pour compléter cet autoportrait en écrivain, Lucien Suel a choisi de nous livrer quelques textes parmi ceux qu’il écrit sur Twitter avec la contrainte de 140 signes. Ce Journal-Jardin raconte comment le 13 mars il « écoute un pic-épeiche au boulot avec un pistolet à clous » ; comment le 19 mars 2012, devant ses artichauts gelés, il a « une pensée émue pour le voisin qui ne verra pas le printemps". Le 14 juin 2012,  il est heureux que « le grand soleil enfin de retour [lui] tape dans le dos » et, le 1 août, il s’émerveillera devant « l’herbe des allées comme un drapeau rasta ».

Puis ce sera, sa longue litanie de l’eau, qu’il décline en H2O, sans fin recommencée. Souvenir du grand-père qui disait que « l’eau est plus forte que le vin et le porto car elle peut porter bateaux et cargos » ; honte de véhiculer les packs d’eau le samedi quand on pense à la corvée d’eau au Sahel ; plaisir, un lendemain de ribote, d’ « asperger le bois de sa gueule » ; aspiration à nager nu dans l’eau, pour respecter « une réelle égalité entre les êtres vivants ». J’ai beaucoup aimé la fin, qui était de circonstance, avec « à l’extérieur la pluie qui ruisselle » et (je cite de mémoire) « à l’intérieur l’enfant [qui] écrit dans l’humidité une poésie éphémère ».

Pour conclure, Lucien Suel, a dit Patismit (écrit en septembre 1998, publié au Dernier Télégramme et sur SILO), un  court texte écrit après avoir vu la chanteuse Patti Smith, en compagnie de sa fille à Dranouter. Il la rencontrera plus tard et elle lira le texte. Sa prestation en chti montre l’étendue de son registre et on comprend son émotion quand il découvre, lui l’amoureux de la Beat Generation, qu’elle chante Howl, « chfameu poem d’Alenn Guinnsberg ». 

« Javo méziu plin dlarm

Yavo forlontan ek kitkoss edparel nméto pon arrivé. »

Un moment unique pour lui, qu’il a vécu grâce à sa fille Marie et qu’il fait revivre devant nous avec toute sa verve :

« Jminrapélra toudi dechjourla

kank Patismit alavnu kanté à Dranouter. »

Poétiques griselin

Perrine Griselin

Ensuite, Bernard Bretonnière, « le poète énumérateur » ainsi que le surnomme François Bon, a présenté Perrine Griselin, auteur, lectrice-comédienne : « Maison des Littératures, cela veut dire aussi théâtre, et c’est bien ce que Perrine Griselin écrit ( bien qu’elle ne soit pas sûre d’en écrire- tout comme je ne suis pas sûr de savoir ce qu’est la poésie » a-t-il ajouté.)  : « Quand on l’a entendue une fois, on a envie de la réentendre » a-t-il encore souligné. La comédienne a précisé que ce monologue d’un seul tenant, intitulé Le désespoir non plus (Color Gang Edition, 2011), fut rédigé dans un état de colère. Il est empreint d’une énergie « qui [lui] appartient en propre et aux gens qui [la lui] ont transmise ». Le personnage est :

 « Celle qui a mille ans à moins qu’elle n’ait pas vu le jour :

Elle a 1000 ans, à moins, qu’encore, elle n’ait pas vu le jour.

Elle est celle qui parle. »

Arc-boutée sur elle-même, une main sur le ventre, Perrine Griselin a alors projeté vers nous ce texte halluciné qui raconte l’épopée de la violence et de la haine inscrite sur le granit des monuments aux morts. Dans un temps immémorial, dans un univers de légende, au sein d’un monde en ruines se déroule l’épopée sauvage de vieillards «  dans leurs habits de combat », de « hordes de chiens rouges vociférant », de filles « vendues pour être violentées », de « pères la morale ». Puis un « nous » se fait jour qui aspire à « réinventer la force pour ne pas mourir terrassé » et faire advenir « le monde de demain ». « Ces nuits-là », la voie s’ouvre à la musique des Tziganes, au « kora des griots », aux « ragas » des brahmanes et des Bauls ; de partout et dans toutes les langues s’élève le chant des éternels nomades  qui « Nous chantent que si la terre est ronde c’est pour que sans nous perdre nous puisions en faire le tour ». Au-delà des « périmètres des pays barbelés », « rois et prophètes/ poètes et héros/ enfants soldats des utopies enterrées/ par leurs parents abandonnés/ ceux-là viennent édifier à mains nues des monuments à la gloire des hommes vivants ». Et le texte s’achève sur la phrase désormais inscrite sur le granit des monuments aux morts : « Le désespoir non plus ». Un texte au lyrisme puissant qui vous impressionne par sa force évocatoire, ses anaphores et son rythme incantatoire.

Poétiques Ian Monk

Ian Monk

Après, l’atmosphère est devenue plus légère (quoique…) avec Ian Monk, le poète et traducteur britannique, adepte de l’Oulipo (sa traduction en anglais du texte monosyllabique de Perec What a man ! a fait date). Partisan de la contrainte, il a créé les « monquines » combinant sextine et mots nombrés et les « quenoums » associant quenines et pantoums. Avec son inimitable accent british, il nous a proposé un aperçu de son savoir-faire dans la lecture-performance. La vie, c’est le mensonge, non ? :

« On te trompe en te disant je t’aime […]

On te trompe le Bon Dieu existe malgré tout […]

On te trompe la poésie contemporaine pète la forme […]

On te trompe le sexe sans amour est grandiose […]

On te trompe le sexe avec amour bof […]

On te trompe la vie est belle

On te trompe la vie est hideusement belle »

Mais la vie, c’est aussi les questions :

« C’est quoi la capitale de la Mongolie extérieure ? […]

Tu n’as jamais connu de fausses brunes toi ? […]

Combien tu me paies que je suis entrain de me foutre de ta gueule ? […]

Tu sais conjuguer le verbe gésir au passé simple ?[…]

De toute façon qui lit la poésie aujourd’hui ?[…]

Tu sais pourquoi t’es là toi ? »

Après la lecture d’un texte inédit sur l’amour (« On manque de câlins d’amour vache… »), Ian Monk a terminé avec des extraits de Plouk Town (Cambourakis, 2007). Sans concession, avec une ironie ravageuse, il y dissèque la vie à chaque étage d’un HLM. Du rez-de-chaussée au septième, c’est tout un quotidien banal, poétique et violent qui se donne à voir, à entendre, avec ses familles, ses couples qui s’engueulent, ses solitaires alcooliques, ses bricoleurs qui enfoncent des clous, ses pornographes, ses vieux qui regardent la messe à la télé et ses morts de mort violente. Une radiographie sans concession, drôle et lucide, d’une humanité plouk, de l’humanité tout court !

A la fin de sa prestation scénique, ce tendre cynique reviendra à la vie en général avec le baby, les enfants, les pré-ados, les ados, les vrais, les adultes, les vieux, qui « sont jamais là quand on leur téléphone » et qui « se plaignent qu’on leur téléphone pas », « les vieux faut les tuer à la naissance ». Mais pour finir, Ian Monk nous dira que « c’est le silence précisément le vrai ».

Poétiques Coquecigrues 4

Quatre des six Coquecigrues

Ce sont ensuite les Coquecigrues qui ont pris la relève sur la petite scène. Ces six femmes se sont rencontrées à la Maison de la Poésie de Paris en 2011. A l’initiative de son directeur Claude Guerre, elles ont formé ce groupe au nom d’un oiseau fabuleux pour dire la poésie par cœur. Depuis, elles ont jouté cinq fois et notamment contre Denis Lavant, un grand souvenir pour elles. Sur le thème de la gourmandise, elles nous ont offert l’hospitalité en latin avec Virgile, elles ont épluché les fraises et rendu leur honneur aux pommes de terre avec la poétesse coréenne Moon-Chung-hee, elles se sont enivrées avec Baudelaire, elles ont mis « le couvert en secret » avec René Char, elles ont cuisiné voluptueusement avec Patrice Delbourg, elles ont reconnu avec Queneau que « rien ne vaut grillé un morceau de boudin" et réhabilité le vin avec un poète turc. De Scarron à Neruda, en passant par la Fontaine et l'abbé de Lattaignant, passionnément, sensuellement, elles ont affirmé avec Aragon l’ivresse que procure la langue quand ont la boit jusqu’à la saoulerie.

Poétiques alchimistes

Les Alchimistes

Après l’inauguration des Poétiques par Diane de Luze, Sophie Saramito, Jacky Goulet et Stéphane Robin, la nuit était venue. C’est alors le groupe des Alchimistes qui a clôturé la journée. Ils se sont rencontrés en 2011 à l’occasion du Printemps des Poètes et de la lecture-concert de Magali Thuillier. Depuis, Titi Nefer à la contrebasse,  Emma Seegro au buzuki et à la balalaïka et Gaël Audain au saxo et à la clarinette accompagnent la chanteuse Lisa Guerrier. Pour ce spectacle intitulé J’écoute le monde, ils ont créé des musiques originales pour accompagner les textes. Silhouette sombre sur lumière jaune, de sa voix grave, toute pleine d’une rage rentrée, la chanteuse a donné voix et corps aux textes de Boris Vian, Bernard Bretonnière, Valérie Rouzeau, Jean-Pierre Siméon. Elle a dédié la chanson Les 12-18 à Magali Thuillier à l’origine de leur projet. Des textes coups de poing qui disent les amours impossibles, crient les coups de gueule, hurlent la peur du pire et se demandent comment on peut apprendre à vivre.

Un dîner au restaurant Le 7, 28 place Bilange a rassemblé une trentaine de participants. On y a encore chanté et fait de la musique jusqu’à bien avant dans la nuit.

Poétiques Suel 2

Lucien Suel

Dimanche était un autre jour avec le soleil revenu. Les lectures ont donc eu lieu sur l’esplanade en haut du Jardin des Plantes, sous les arbres. Ponctuées comme la veille par la guitare tendre et tranquille de Ahmed Kéchi, elles ont débuté avec la voix de Lucien Suel, de retour avec D’Azur et d’acier (La Contre allée, 2010). Ce texte fait suite aux trois mois de l’hiver 2009-2010 que l’auteur a passés à Fives-Lille, l’ex-cité de fabrication des locomotives. Il y a renoué avec l’histoire des ouvriers dont les briques ont gardé la mémoire. Dans un dialogue avec lui-même, il a mis ses pas dans ceux des « fantômes des ouvriers ». Il y décrit avec puissance « le soufflet des forges », « le souffle des hommes, force et fragilité ». Evoquant toutes les « bonnes raisons » qui ont fait que l’usine a fermé, il soliloque sur « l’argent qui se fait la malle, s’évapore » tandis que « la personne vivante se déchire comme une maison éventrée ». Rêvant sur la friche où règnent désormais saules marsaults, papillons et abeilles, il crée-crie- une ode à la brique du Nord avant que « les bulldozers affrétés par les « paysagistes » » ne passent à l’attaque. Il s’interroge : «  Hé ! ouais, pourquoi garder un truc comme ça ? » La « table rase » de l’Internationale s’est retournée contre les prolétaires et pourtant « il reste encore un peu de passé qui ne veut pas passer.» Lucien Suel l’affirme avec force : « Il est temps de parler de/ notre futur à Fives, d’un autre futur à vivre. »

Poétqiues Huot

Marie Huot

La parole a ensuite été de nouveau donnée à Marie Huot que le poète Philippe Longchamp, habitué des Poétiques, a présentée. Il a expliqué comment, la lisant pour la première fois, il avait été séduit par « ce quelque chose qui avait l’air si léger. Depuis- ajoute-t-il- ça a pris de la forme, de la force ». Et de louer sa simplicité d’écriture et sa puissance lyrique.

Marie Huot a lu d’abord des textes inédits extraits de Renouée, « un nom pour rester vivante ». « Pour Albane Gellé, a-t-elle précisé- et les petites filles qui sont autour d’elle. » Elle leur a confié de sa voix douce :

« Quand vous serez captives, vous perdrez vos écailles […]

et leur a murmuré :

« Ma grand-mère a aussi ses oubliettes

elle me les a données […] »

Puis elle nous a dit ses Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau (Le Temps qu’il fait, 2009). Y passent silencieusement, fantomatiquement, les femmes de son imaginaire légendaire intime, qui contribuent à créer dans ces textes cette atmosphère rêveuse et si mélancolique : la sommeilleuse, l’alouette, la femme-saumon, la vierge au pied-serpent, l’arc-boutée. Par le biais de sa mémoire, « une ardoise magique/ qui n’est pas très sûre de savoir donner un nom/ à la dure joie d’être », elle ressuscite tout un monde flottant disparu.

Enfin, elle en est venue à ses Chants de l’éolienne (Le Temps qu’il fait, 2006). Ce recueil est construit sur une histoire de vent, d’un homme léger pris dans le vent auquel une femme lourde d’une parole, essaye de s’adresser. » (Solène Ghani).

« Je t’appelle […] emmène-moi, serre-moi la taille […] »

Un subtil chant d’amour où la mythologie et le mystère s’unissent pour créer une voix tendre et mélancolique.

« Je t’appelle. Je suis fille de Cassandre et mes cheveux sont bleus.

J’ai à te faire l’étrange confession d’une diseuse. »

Poétiques leclair goffette

Yves Leclair, Guy Goffette et Sophie Schneider

Le poète Guy Goffette s’est alors avancé avec son ami, le poète angevin Yves Leclair. Ce dernier voit en lui un homme fidèle à une « enfance-nostalgie », sensible à « la beauté des femmes et à tous les paradis perdus ». Il a salué son « verbe haut et bas, son ironie lyrique », cette parole « qui a choisi de retenir, de maintenir la promesse comme Sisyphe ». Car pour cet écrivain, Icare et Sisyphe tout à la fois,  ce « trouvère de l’espérance déçue », « plus haute est l’espérance, plus grande est la mélancolie ».Guy Goffette était aussi accompagné sur scène par Sophie Schneider, une des six diseuses des Coquecigrues. Ayant appris que Guy Goffette était l’invité de ce dimanche, elle s’est proposée pour dire avec lui quelques-uns de ses textes qui l’avaient bouleversée et qu’elle connaissait par cœur. Nous avons donc eu la chance d’assister à ce moment rare, celui où un poète a dit ses textes en duo avec une lectrice fervente, l’un s’effaçant à tour de rôle pour entendre l’autre. Ils ont dit des pages d’Un peu d’or dans la boue, extraites de La vie promise (in Eloge pour une cuisine de province suivi de La vie promise, Poésie/ Gallimard, NRF, 1988)

Poétqiues Goffette

Guy Goffette

Guy Goffette nous a d’abord dit la lassitude splénétique devant la monotonie et la vanité de la vie :

« Je me disais aussi : vivre est autre chose

que cet oubli du temps qui passe et des ravages

de l’amour, et de l’usure – ce que nous faisons

du matin à la nuit : fendre la mer, […]" (I)

 

En harmonie avec le temps de la veille, Sophie Schneider  lui a répondu que

 

« […] c’est en nous

qu’il pleut, en nous qu’une digue rompue

voit s’effondrer peu à peu derrière la vitre

et parmi les voilures, avec des pans de vieux

regrets, d’attentes fatiguées

 

les raisons de partir et d’habiller le froid. »(II)

 

Devant la question lancinante de la raison de l’existence, Guy Goffette sonde  la réalité. Las ! L’existence se présente comme

 

« vie étrangère, inaccessible présent

à celui qui ne sait plus désormais

que piétiner dans le même sillon

 

la noire et lourde argile des fatigues. » (III)

 

Et l’aspiration à partir, elle aussi, est vaine :

 

« […] Promesses des morts si vivre est plus

qu’attendre, qu’espérer. Cendres jetées

sur le feu qui regimbe un peu puis se tait

sans consolation  […]" (V)

 

Et pourtant, un petit espoir tenace subsiste :

 

« […] Tu sais bien qu’aucun signe ne guérit de l’absence,

pas plus que le merle en tombant ne renverse

l’axe de la terre, mais tu persistes, ô scribe,

à soudoyer les anges :

 

un peu d’or dans la boue, dites, que la nuit reste

   ouverte." (VI)

 

En effet, malgré tout, en dépit de ce sentiment de vide, le poète continue de savourer sa présence au monde :

 

« […] je suis au monde, le ciel est bleu, nuages

les nuages et qu’importe le cri sourd des pommes

sur la terre dure : la beauté, c’est que tout

va disparaître et que, le sachant,

 

tout n’en continue pas moins de flâner. » (VII)

 

Mais la vie demeure obscure, l’on demeure étranger à soi-même et le sens toujours échappe :

 

« Ce que j’ai voulu, je l’ignore. Un train

file dans le soir : je ne suis ni dedans

ni dehors […]" ( IX)

poetiques-sophie-et-g.JPG

      Guy Goffette et Sophie Schneider

Après avoir remercié Sophie Schneider de l’avoir accompagné à travers ses poèmes, Guy Goffette a évoqué les quatre poèmes d’amour de sa vie, ceux de L’attente, inspirés par « les reproches que [lui] ont faits les dames ».

 

« Détrompe-toi, dit-elle encore, il n’y a pas

que mes lèvres, mes seins, pas que mon ventre

à t’attendre à surseoir d’un jour, d’une heure même,

le jugement du vide qui m’écrase […]

 

« Il y a, dit-elle, il y a

 

ce qui est sans visage, sans voix : un champ de neige

derrière la haie – l’hiver y dure depuis si longtemps

que tes soleils, tes glorieux soleils

 

de fin de semaine, s’ils le frôlent jamais,

y fondent aussitôt – et je reste à t’attendre,

seule et glacée, sous tes caresses. » (III)

 

Interrogeant son amour dans La main brûlée, il a dit la séparation quand on demeure « le cœur serré comme un poing dans les épines ». Il s’est interrogé sur le bilan d’une vie quand on est désormais « là où ce qui n’a pas de regard s’étiole/ peu à peu » :

 

« où donc étais-je, là-bas, si je n’ai pas dansé ? »

poetqiues-goffette-2.JPG

 

Pour achever cette lecture, Guy Goffette a souhaité « passer à plus gai ». Il a voulu rappeler la mémoire d’un poète connu que l’on apprenait à l’école primaire et qui est tombé en désuétude : Francis Jammes. Aussi nous-a-t-il dit la « Prière pour aller au paradis avec Jammes », extraite de Bureau des longitudes (in Le pêcheur d’eau, Poésie/ Gallimard, NRF, 1995). La fin en est merveilleuse de douceur et de tendresse :

 

« […] Ô Seigneur qui dormez entre la camomille

et le sainfoin, laissez-moi donc dans votre attente

 

croire au paradis des ânes, et qu’il me sera

donné à moi aussi, par un jour de pluie bleue,

 

de braire tout doucement sur la grimpette étroite

qui borde les nuages et qui mène tout droit

 

entre les bras du vieux poète délicieux. »

 

Ce moment passé en compagnie du poète « pêcheur d’eau et de lumière » m’a semblé bien bref et je serais restée encore longtemps à l’écouter sous les arbres bruissants de vent.

Poétiques ecole musique

Les saxophones de la classe de Catherine Duchêne

Pendant les séances de dédicace et les visites aux stands des éditeurs, les saxophones des élèves de la classe de Catherine Duchêne de l’Ecole de Musique ont pris le relais des voix avec un bel allant.

Puis Philippe Longchamp a présenté Amandine Marembert pour ceux qui ne l’auraient pas entendue la veille. Celle qui porte un prénom « qui fait de la poésie » lui semble proposer une écriture nouvelle, « pas parce que c’est féminin, mais parce que c’est vraiment nouveau ». Il nous a invités à prêter l’oreille à cette voix qui évoque ce qui tient à sa vie quotidienne, à ses proches à la nature, à écouter « cette écriture qui est si jolie ».

Poétqiues Longchamp huot

Philippe Longchamp et Amandine Marembert

Amandine Marembert a lu ainsi des extraits de Un petit garçon un peu  silencieux (Al Manar, 2010). Ce recueil est dédié à son fils qui s’appelle Jasmin (en hommage à la poétesse libanaise Vénus Khoury-Ghata), auteur de Qui parle au nom du jasmin ? Tout le charme délicat de l’écriture de la poétesse se joue sans doute dans le poids léger de l’adverbe « un peu ». S’y dit ce dialogue « sans rien qui pèse qui pose », quand l’une regarde l’autre qui joue dans un monde qui lui est mystérieux :

« Il court en tous sens quadrillant le jardin la maison en une marelle aux règles inconnues ».

Et quand l’autre aussi, dans son silence d’ « enfant-carpe » lui « apprend à déchiffrer les interlignes ».

Poétqiues marembert

Ensuite, Amandine Marembert nous a proposé des extraits de Et s’il ne parlait pas (Les Arêtes, 2013). Cette suite, nous a-t-elle dit, a été écrite en pensant à Jasmine Viguié (Les mots nous taisent).  Elle y évoque de nouveau son enfant, qui a pris des chemins différents et dont elle cherche à pénétrer la porte fragile :  

« quel chemin fera-t-on

pour aller le plus possible à sa rencontre

y aura-t-il un jour

un endroit où nos bras

pourront l’étreindre complètement »

Délicat texte d’une mère à son fils, quand il s’agit d’inventer un autre langage :

« Et si parler une langue c’était un peu embrasser les mots ».

Enfin, Amandine Marembert a de nouveau esquissé les Gestes du linge en évoquant sa grand-mère.

« les mains des mères

viennent plier repasser

les lignes de leurs paumes

semblant donner à celles du linge

une manière de les lire »

Poétiques casas 2

Benoît Casas

Cet après-midi s’est achevé avec une lecture de Benoît Casas que Bernard Bretonnière a présenté. Il nous a expliqué comment l’auteur réintègre savamment ses lectures dans son écriture. Grand voyageur, « il écrit en lisant et lit en voyageant ». L’ordre du jour (Le Seuil, 2013) prend la forme d’un journal écrit pendant un an. Il présente 365 textes en vers, écrits selon une contrainte précise. Ils réutilisent en effet différents textes lus par l’auteur, créant ainsi un « ouvrage aussi intime qu’impersonnel puisque l’autobiographie ne s’y expose qu’à travers les mots des autres » :

« […] on pourrait appeler cela

autobiographie

jamais l’expression

journal intime

ne m’aura semblé

plus absurde »

(28 mai)

J’en ai aimé cette interrogation sur l’écriture qui affirme que « les mots sont des sondes », que « la littérature n’exprime pas/elle comprime ». On perçoit bien la quête d’un auteur qui cherche à « user d’un style plus précis ». Ne voudrait-il pas écrire « à la manière d’un Caravage/ en style féroce » ? Et de « la lumière tardive de l’automne/ en faire une sorte de solide ». Travail ardu, qui toujours vous déçoit, dont le résultat vous glisse entre les mains :

« les efforts répétés

recopiages passionnés

l’écriture avance

comme l’eau

elle engloutit

comme l’eau »

Et Bruno Casas dit bien cette difficulté de mettre en mots ce qu’on est : « en relisant ce livre/ je me suis senti une anguille/ coupée en morceaux ».

C’est donc sur cette angoisse de l’écrivain, cette douleur et ce bonheur de vivre, si bien exprimée par les voix diverses, proches ou lointaines, de tous ces poètes (particulièrement audibles grâce à l’excellente sonorisation de Matthieu Naulet), que se sont clôturées, entre pluie et soleil, ces Poétiques 2013.

 poetiques-vue-2.JPG

      Sur les hauts du jardin des Plantes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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