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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 23:07

 yuki et nina 1

      Yuki (Noë Sampy) et Nina (Arielle Moutel)

 

Lundi après-midi, j’ai regardé par hasard sur ARTE un film franco-japonais de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, intitulé Yuki et Nina (2009). C’est un film plein de sensibilité, à hauteur d’enfant, et  qui m’a beaucoup plu.

C’est en 2005, à l’occasion du projet du film, Un couple parfait que le réalisateur japonais rencontre d’abord le comédien Hippolyte Girardot, pressenti pour jouer le rôle du mari de Valeria Bruni-Tedeschi. C’est finalement Bruno Todeschini qui sera choisi. Pourtant, quelque temps plus tard, il rappelle Hippolyte Girardot et lui propose de coréaliser avec lui un film « qui aborderait la question des enfants ». En dépit de la barrière de la langue, de l’éloignement et de l’absence de financement pour écrire, Hippolyte Girardot, séduit par cette proposition peu banale, accepte.

De cette collaboration naîtra donc ce joli film qui raconte l’histoire d’une petite fille franco-japonaise, Yuki (Noë Sampy) dont les parents (Jun, jouée par Tsuyu Shimizu, et Frédéric, interprété par Hippolyte Girardot) divorcent et qui refuse de suivre sa mère au Japon. Entraînée par son amie Nina (Arielle Moutel), elle fera une fugue à l’issue surprenante.

La gageure était de taille : il fallait trouver une petite fille qui ait l’âge du rôle, qui parle aussi bien le japonais que le français, qui accepte de tourner pendant les deux mois de vacances scolaires. Ce sera Noë Sampy dont le visage mystérieux et lumineux donne sa couleur si particulière au film. Avec sa partenaire Arielle Moutel, elle entraînera les deux réalisateurs « dans le secret de leur vie ».

Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa sont pères tous les deux mais, plutôt que de parler de la relation père-enfant, ils ont fait le choix de donner la préférence à la vision de l’enfant. Les deux réalisateurs ont miraculeusement surmonté les difficultés de l’éloignement.  Au cours du tournage, le comédien français a dirigé les acteurs français tandis que Nobuhiro Suwa supervisait davantage l’ensemble des scènes. Le montage s’étant fait en parallèle au Japon et en France, il leur a fallu ensuite harmoniser leurs visions respectives pour donner au film sa cohérence et son équilibre.

Dans ce film, les dialogues me sont ainsi apparus particulièrement justes, notamment quand la mère de Nina, Camille (Maryline Canto), tente d’expliquer aux deux petites filles pourquoi elle aussi s’est séparée du père de Nina. A sa mère qui lui dit : « C’est pas facile la vie […] C’est pas toujours comme on voudrait », Nina rétorque : « C’est pas du tout comme on voudrait. »

Et quand elle demande : « Pourquoi ils peuvent pas se remettre ensemble ? », et que sa mère reprend : « Pourquoi on se sépare, tu veux dire ? Pourquoi on n’arrive pas à faire autrement. Parce qu’on se dispute trop, que c’est insupportable, tu vois », Nina assène : « Vous avez qu’à vous excuser. Et en plus, nous, on a envie de rester ensemble. »

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Jun (Tsuyu Chimizu), Yuki (Noë Sampy) et Frédéric (Hippolyte Girardot)

En effet, comment expliquer la fin de l’amour, comment dire à son enfant que l’on est quand même malheureux de se séparer, que l’on ne peut faire autrement ? L’enfant ne peut comprendre : « Mais c’est un peu zinzin comme truc, maman là… » Et de crier : « Vous avez qu’à arranger vos problèmes et plus vous disputer ! »

Il en va de même dans la scène où Yuki ne peut dormir et va retrouver son père en train de danser seul dans le salon. Il a beau lui expliquer qu’elle aura une belle vie au Japon avec sa mère, qu'il sera heureux de la savoir heureuse quand même loin de lui, le visage perdu de la petite fille révèle son incompréhension totale des explications des adules.

Convaincue par son amie Nina, Yuki s’enfuit avec elle jusqu’à Bourron-Marlotte, près de la forêt de Fontainebleau, dans la résidence secondaire de son père. Craignant d’être repérées par la femme de ménage entrée dans la maison, elles gagnent toutes deux la forêt. Celle-ci, lieu de tous les imaginaires, permet aux deux réalisateurs de créer une séquence particulièrement réussie.

Lieu initiatique, gardé par un rocher qui a la forme d’un crapaud-monstre, la forêt va en effet permettre à Yuki, nouvelle Alice, de pénétrer dans un autre espace-temps, japonais celui-là, où elle rencontrera sa grand-mère et jouera avec des petites amies japonaises. Nous la suivons dans ce lieu qui devient de plus en plus étrange, de plus en plus inquiétant ; nous débouchons enfin avec elle sur un paysage de rizières où retentit le chant des cigales. J’ai aimé ce très beau plan d’ensemble où l’on voit la minuscule silhouette blanche de Yuki émerger de la verdure touffue de la forêt, bordée par un petit sanctuaire shintoïste.

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Yuki et sa grand-mère maternelle

Tout l’esprit du film réside, me semble-t-il, dans ce subtil équilibre entre rêve et réalité. Hippolyte Girardot le souligne lui-même : « La forêt, qui est dans le film le lieu du passage d’un monde à l’autre, est devenue pour nous aussi un lieu magique. » Et Nobuhiro Suwa ajoute : « J’ai pensé que la forêt pouvait être un lieu de passage qui, par le biais du cinéma, devenait réel et exprimait notre démarche commune avec Hippolyte. Cette forêt représente aussi un lieu qui serait en dehors de la communauté sociale et familiale, un monde où iraient les enfants seules, sans l’influence de la famille. »

C’est ainsi le passage par cette forêt qui apprend à Yuki à grandir et à accepter d’accompagner sa mère au Japon. L’épilogue du film est particulièrement réussi qui montre comment mère et fille se retrouvent en communion d’âme près de la maison de la grand-mère : la première y a vécu enfant, la seconde y a joué en rêve.

Avec ce film subtil et poétique, Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot nous proposent une approche du monde de l’enfance particulièrement réussie. Tout comme Henry James et sa petite Maisie, ils font de Yuki, déchirée par la séparation de ses parents, un portrait particulièrement juste et touchant, qui ne sombre jamais dans la mièvererie.

 

 

 

Sources :

Yuki et Nina : entretien avec Hippolyte Girardot, Olivier Père, 22 octobre 2013

Yuki et Nina, Allo-Ciné

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:00

 

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      Minuscule tag au bas d'un mur de North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)


Depuis quelque temps, l’artiste urbain Bansky joue au chat et à la souris avec le maire de New-york, Michael Bloomberg. Ce dernier n’approuve guère les tags de ce street artist, qu’il considère comme « signe [s] de décadence et de perte de contrôle ».

Cela m'a fait penser aux grands tags colorés (mais pas du tout interdits), au trait un peu grossier, peints sur la promenade de Bondi Beach en Australie. Celui qui célèbre le surf, sport national australien :

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Sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

Un autre, plus nationaliste, qui rappelle la mémoire de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) et de ses soldats qui s'illustrèrent pendant la Première Guerre Mondiale.

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Tag en mémoire de l'ANZAC, sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

Ou bien encore celui-ci, très émouvant, et qui commémore les noms des jeunes Australiens morts dans l'attentat de Bali.

Tags-bondi-attentat.JPG

Tag en mémoire de l'attentat de Bali, sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-lbris.over-blog.com, janvier 2013)

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Petit tag sur un mur de North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog;com, anvier 2013)

Pourtant, les tags que j’ai préférés, ce sont de petits tags noirs très discrets, disséminés sur les murs blancs des maisons de North Bondi. J’ai aimé les découvrir au détour d’une rue, tout petits certes, mais tellement évocateurs : les skate-boarders, l’ange, l'homme aux bras levés… Je ne saurai jamais ce qui a présidé à leur présence, quel signe de reconnaissance ils signifient. Pour autant, ces minuscules éclats noirs sont les petits cailloux blancs sur le chemin australien de ma mémoire.

 

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Minuscule tag représentant un ange au bas d'un mur à North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

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Tag d'un homme aux bras levés au bas d'un mur de North Bodi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

 

 


 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 21:43

 Herman-Van-Aldewereld-allegorie-des-cinq-sens.jpg

      Allégorie des cinq sens, Herman Aldevereld


Dimanche 20 octobre 2013, j’ai participé à Chênehutte-les-Tuffeaux à un atelier d’écriture intitulé Sentir-Ressentir et organisé par la poétesse Albane Gellé et une praticienne en haptonomie, Ghislaine Henry-Mourant. J’ignorais tout de cette discipline fondée dans les années soixante par Frans Veldman. Sa pratique permet d’entrer en contact (tactile) pour faciliter la guérison et la compréhension. Elle met en jeu les mécanismes affectifs qui régissent les relations interpersonnelles. Cette approche, qui guide, accompagne et soutient, est surtout pratiquée dans le cadre néo-natal ou dans l’accompagnement des personnes âgées. En ce qui nous concerne, il s'est agi simplement de partir en quête des vibrations intimes suggérées par nos sens.

La journée s’est donc passée en un constant va-et-vient entre temps de lecture de poètes contemporains, exercices d’écriture avec consignes, choix de mots, exercices très simples à l’écoute de la sensation immédiate et moment de réflexion et de prise de notes dans le jardin. A la fin, une heure a été consacrée à l’écriture d’un texte avec réutilisation de tout le matériau accumulé pendant la journée. Voici le texte que j’ai écrit :

 

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Diseuses, les larmes au bord de mes paupières.

Quoi ?

Dans ce labyrinthe de mots et de feuilles

Qui tombent comme neige,

Peut-être…

Sur mon front le chuchotis du vent

Et sous mes pieds le roulis des pommes de pin.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans mon oreille en coquillage

La voix du voisin comme venue d’une boîte,

Le cri noir d’un corbeau,

Un craquement soudain comme des noix qu’on casse,

Un ronron de voiture, une mouche qui passe.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans mes yeux étonnés

Le déchirement d’un carré bleu hors des nuages,

Le salik aurea tortuosa et ses feuilles en virgule,

L’orange des kakis, lanternes asiatiques,

Les têtes rondes du sureau, une harmonie parfaite.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Le chiffon déchiré qui frissonne sur le fil à linge,

Et le ti-ti des troglodytes,

Mon ombre dessinée au soleil surgissant,

Sept petites fleurs obstinément vivantes.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans ma narine en fièvre

L’odeur des mousses douces,

La saveur amertume de trois gros champignons,

Le parfum désuet de la rose esseulée.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Pour mon dos harassé

La chaise au bois usé où je voudrais m’asseoir,

La lanterne oubliée aux branches d’un vieil arbre.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Pour ma bouche assoiffée

Les perles de la pluie sur l’herbe pourrissante,

Le frémissement vert d’une eau ensommeillée.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

 

Ecrire en ce jardin.

 

 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:13

 

 Antjie Krog et Lory

Antjie Krog et Georges-Marie Lory disant des poèmes extraits de Une syllabe de sang

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Pour sa première action, Lettres sur Loire et d’Ailleurs a invité à l’automne 2013 l’écrivain sud-africain Antjie Krog pour un itinéraire de rencontre en Pays de la Loire. C’est ainsi qu’elle a été accueillie par La Maison des Littératures, mercredi 16 octobre à 20h, à la salle Beaurepaire à Saumur.

Georges-Marie Lory, le traducteur des œuvres de l’écrivain, a d’abord présenté Antjie Krog, selon lui la voix la plus forte de sa génération. Il a insisté sur sa participation capitale à la commission Vérité et Réconciliation, sur l’importance de ses ouvrages sur la société sud-africaine. Il a fait remarquer qu’elle a traduit en afrikaans nombre de poèmes majeurs et notamment des textes de la littérature hottentote. Il a souligné que l’écrivain est entré très jeune en rébellion contre l’apartheid en publiant à seize ans un poème contre la ségrégation entre Noirs et Blancs. Depuis, la poésie est demeurée son arme de combat.

Puis Georges-Marie Lory a évoqué la langue afrikaans (qui signifie « africain »). Il s’agit d’une sorte de créole issu du néerlandais que parlaient les premiers colons néerlandais, les « boers » (« paysans/ agriculteurs »). Ensuite les esclaves, les malgaches, s’approprièrent ce langage simple dans sa grammaire, d’une grande richesse de vocabulaire, et devenu une langue à part entière.

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Antjie Krog et Georges-Marie Lory

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

Devant un auditoire d’une cinquantaine de personnes, debout à jardin, Antjie Krog a dit en afrikaans certains de ses poèmes extraits de son recueil Une syllabe de sang (Le temps qu’il fait, septembre 2013). Les textes étaient traduits vers par vers ou a posteriori par son traducteur Georges-Marie Lory. Ce recueil rassemble la plupart des poèmes publiés en Afrique du Sud sous le titre Verweerskrift (Ecrits de résistance, Umuzi 2006). On y trouve des poèmes anciens (1970, 1980) et des poèmes inédits composés en 2010.)

Antjie Krog a commencé avec le poème « Cela gronde doucement », qui dit comment l’attente de la pluie dans le veld pèse sur la nature et sur les êtres. « Depuis » évoque le passage du temps sur la faune et la flore qui mène vers le néant. « Chant marital » souligne avec lucidité le « survivre ensemble » de deux époux de trente années. « Le taureau de bronze à Lavigny  », « ce taureau en dé-rut » apparaît comme la métaphore du corps vieillissant en déroute. « Dépression » est la déchirante exhortation d’une mère à son fils en proie à la dépression : « c’est terrible. c’est terrible de voir. / de te voir ainsi. » Dans la tranquillité du matin, « Thé matinal », qui clôt le recueil, propose une tonalité plus sereine et plus apaisée. « Serré dénoué » décrit avec lucidité les ravages de la vieillesse sur le corps féminin ménopausé. Antjie Krog a conclu la première partie de cette rencontre avec le deuxième poème du recueil, « C’est vrai ». Un texte noir, sans concession, qui dit l’indifférence de la nature devant celle qui reconnaît qu'elle est « au bord de l’abîme ».

Ce choix de poèmes nous a ainsi présenté la variété de la voix d’un écrivain physiquement et sensuellement attaché à ses racines. Il nous a révélé l’amour d’une femme pour ses proches, la même qui en même temps n’hésite pas à dire les vicissitudes de la vieillesse sur son corps. Georges-Marie Lory, avec qui j’ai parlé un peu après, m’a dit que Antjie Krog est le seul poète qu’il connaisse à parler du corps féminin de cette manière.

Je voudrais ajouter qu’entendre ces poèmes dits en afrikaans a été une expérience très forte émotionnellement. La gutturalité de cette langue, ses [g], ses [r], le rythme des vers, la manière profonde et envoûtante dont l’auteur a dit ses textes, m’ont beaucoup impressionnée. Loin de m’éloigner de cette poésie, cette langue étrangère me l’a inexplicablement rendue proche. Certes, la traduction de Lory nous en a donné le sens, mais, à la limite, j’oserais dire que cela n’était pas nécessaire, tant il est vrai que la poésie est peut-être avant sonorité et musique. Et puis, j’avais eu la chance avec quelques-uns d’avoir lu, la semaine précédente, certains de ses poèmes à voix haute en français, et de m'être ainsi déjà familiarisée avec eux.

Pour conclure ce temps, l’écrivain  a dit en souriant, avec humilité, qu’il est bien difficile de lire de la poésie étrangère. Georges-Marie Lory dira plus tard, au cours de l’entretien, qu’il est impossible de traduire un poème ; parfois on privilégie les sonorités, parfois le rythme ; on est obligé de composer tout le temps.

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Lydiane Stater-West, Cathie Barreau, Georges-Marie Lory, Antjie Krog et son interprète Jérôme Woodford

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Après ce beau moment, Antjie Krog et Georges-Marie Lory ont rejoint à cour Cathie Barreau (directrice de la Maison Julien Gracq), Lydiane Stater-West (coordinatrice de La Maison des Littératures) et un interprète, Jérôme Woodford ; l’entretien a porté sur la participation de Antjie Krog à la commission Vérité et Réconciliation. En journaliste et en poète, elle relate cette expérience dans un ouvrage publié en 2004 chez Actes-Sud, La Douleur des mots.

Elle a d’abord dit le statut particulier de cette commission au cours de laquelle 22000 victimes sont venues témoigner. Sur les 8000 tortionnaires, 1123 ont été amnistiés tandis que les autres n’étaient pas poursuivis pénalement. Ceci ne leur a pas, bien sûr, évité de graves problème psychologiques par la suite. Quant aux victimes, elles ont eu droit à des compensations très faibles, au grand dam de Mgr Desmond Tutu, archevêque du Cap et président de la commission.

Antjie Krog a participé à celle-ci en tant que journaliste pour la Radio Nationale d’Afrique du Sud. Les premiers temps ont été extrêmement difficiles à vivre, marqués par des « images de dévastation […], un vaste paysage aride, inconsolé ». Affrontée au choc des témoignages, contrainte de se remettre à fumer, marquée par l’épuisement physique, en proie aux mêmes symptômes que les victimes, elle a même envisagé de renoncer à sa participation. « Les artères de notre passé saignent à leur  rythme » dit-elle.

Lydiane Stater-West, après avoir évoqué le titre original de l’ouvrage, Country of my skull, traduit par La Douleur des mots (le titre anglais vient d’un poème de l’écrivain et c’est l’éditeur qui a trouvé le titre français), lui a demandé si elle concevait l’écriture comme une lutte. Elle a répondu que, pour la mauvaise mère qu’elle est, écrire est la seule chose qu’elle sache et puisse faire. L'écriture fait partie de l’effort pour décrire les mensonges.

Cathie Barreau a ensuite évoqué la toute jeune fille qui avait pris position contre l’apartheid. Que s’était-il passé ? Antjie Krog a insisté sur le fait qu'alors tout le monde était conscient de l’horreur de la situation mais qu’il était plus facile de ne pas le reconnaître. Pour elle, elle n’a dit à l'époque que ce qui était évident ! Ses professeurs étaient inquiets et elle-même  se sentait très seule. Elle se demandait si elle était vraiment poète et, tous les poètes afrikaners ayant commencé en France, souhaitait venir à Paris. C’est sa mère qui lui a dit qu’il valait mieux écrire sur la vie ordinaire, sur ce qui est autour de soi, et c’est ainsi qu’elle est restée en Afrique du Sud.

Dans la salle, on lui a alors demandé comment, dans la période transitoire actuelle, elle voyait la structure sociale entre les Blancs et les Noirs. Existe-t-il une harmonie à trouver dans le temps ? Elle a répondu que le pays ne peut pas continuer comme aujourd’hui. Il faudra qu’il change bien que les Blancs refusent de perdre l’initiative. Même au Zimbabwe, où il y a eu beaucoup de choses terribles, cela change. Pourtant, la hiérarchie de l’argent demeure, la pauvreté est très importante, l’immigration est massive (2 millions de Zimbabwéens).

Antjié Krog le reconnaît : « Nous sommes un pays riche avec des pauvres ». Le pays possède une bonne constitution mais les jeunes s’impatientent. Selon elle, la sécurité n’est pas un problème majeur. Si elle se félicite que le pays ait évité une grave guerre civile, elle reconnaît qu’il est victime d’un passé où la moralité a été brisée. Les Noirs ont été humiliés, ils se sentent inférieurs aux Blancs mais les uns comme les autres ont été blessés par ce passé où les colons ont gardé la paix certes, mais au prix de moyens violents.

D’une certaine manière, la commission a creusé un autre ravin entre Blancs et Noirs. Les Blancs, s’ils ont été surpris d’obtenir le pardon des Noirs, se sont satisfaits de cet état de choses. Antjie Krog rapporte en exemple une phrase de sa mère (dont elle avoue qu’elle est raciste) : « Les Noirs sont trop paresseux pour détester. S’ils m’avaient fait ce qu’on leur a fait, je les détesterais, comme les Russes savent détester ! »

Antjie Krog conçoit ce pardon d’une tout autre manière qu’elle exprime ainsi  : « Vous avez tué mon enfant parce que vous avez perdu votre humanité. Cette perte même a touché ma propre  humanité. Au lieu de vous tuer, je vous pardonne pour que vous puissiez commencer à changer. C’est à travers votre retour à l’humanité que je peux retrouver la mienne. » Cependant, après 20 ans de démocratie, les Noirs voient que les Blancs ne retrouvent pas leur humanité et l’impatience et la colère se font jour. Les Blancs, ce sont ceux qui sont incapables de partager.

Georges Lory intervient alors pour préciser que cette violence est l’héritage d’un lourd passé colonial, bien difficile à digérer. Il rappelle qu’au cours de la guerre entre les Boers et les Anglais (1880-1881, 1899-1902), le bilan humain fut terrible. Elle occasionna 26000 morts, dont 24000 serviteurs noirs et fut à l’origine des premiers camps de concentration. La violence se perpétue : ceux qui ont été abusés abusent désormais. Le même dessin se répète : les Noirs deviennent racistes.

Le poète Philippe Longchamp a alors demandé à l’écrivain comment, dans une vie percutée par les malheurs de la population africaine, ces événements tragiques avaient modifié son écriture poétique. La forme poétique vient-elle de cette expérience ?

L’auteur avoue qu’elle n’a pas de réponse claire à cette question capitale. Elle explique que son travail est très oral, les gens auxquels elle s’adresse ne sachant pas lire. Eux, ils racontent, ils jouent. Mais comment écrit-on la politique ? Nelson Mandela et Desmond Tutu, pour leur part, sont ceux qui apportent le vocabulaire de la bonté. Ils cherchent à « maintenir en vie l’idée d’un humanisme commun ». Quant à elle, elle écrit des poèmes sur la colère et la culpabilité.

Nelson Mandela et Desmond Tutu sont comme le Roi et son Prophète dans l’Ancien Testament. Et il faut un bon roi et un bon prophète pour que ça aille bien ! Leur philosophie est fondée sur une humanité mutuelle. A Nantes, devant le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage, Antjie Krog a pensé que si les esclaves ne sont pas libres, leurs propriétaires ne le sont pas non plus. On n’est jamais seul, on est toujours lié.

Elle rappelle qu’au moment où les politiques ne savaient pas s’il y aurait une négociation, les militaires ont dit à Mandela : « On peut guerroyer pendant vingt ans. » Il leur a répondu : « Et dans vingt ans ? Pourquoi ne venez-vous pas avec moi dans un nouveau pays en paix ? » Les militaires en fait ne se sentent pas liés à Mandela qui, lui, se sent lié aux Blancs. Et à Obama se félicitant d’avoir tué Ben Laden, on pourrait rétorquer : « Qu’avez-vous appris de Mandela ? » Selon elle, c’est une honte que le pays soit gangrené par la corruption et que personne n’ait suivi les traces de Mandela. Quant à Robert Mugabe, président dictatorial du Zimbabwe, elle considère qu’il n’a pas eu la chance de rencontrer son prophète, ce dernier étant celui qui apporte les vérités les plus simples.

Cathie Barreau remarque que si l’art déstabilise et pose question, il peut aussi unifier et mettre de l’ordre. Elle souligne que lorsqu’elle entend Antjie Krog dire ses poèmes, cela crée du lien. A cela l’écrivain répond qu’elle n’en est pas vraiment persuadée. Dans le tiers-monde, la poésie est élitiste et puis sa langue n’est-elle pas celle de l’oppresseur ? La division du pays est telle qu’elle ne voit pas comment l’art pourrait y être efficace. Il faudrait écrire en zoulou et dans les 11 langues du pays.

Dans la salle, un auditeur précise que la poésie existe pour être écoutée. Il y a une manière de dire avec les mots et entre les mots. Que se produit-il actuellement dans la poésie en Afrique du Sud ? Quelles en sont les grandes tendances ? Antjie Krog lui répond que le plus grand défaut actuel du pays concerne l’éducation. C’est en effet seulement à présent qu’est éduquée la première génération ne parlant pas l’anglais. Pourtant les Noirs, avec seulement une cinquantaine de mots pour exprimer leur vie, ont beaucoup de choses à dire. L’écrivain lit ainsi de la non-fiction et elle y découvre des choses sur son pays qu’elle ne pouvait imaginer. A ce titre, il existe une littérature sud-africaine intéressante, composée de poètes qui n’ont jamais entendu que des hymnes, qui ne sont pas de langue afrikaans ou anglaise, et qui parlent dans leur tradition orale. Antjie Krog considère qu’ils parlent de leur pays d’une manière qu’elle-même ne pourra jamais pratiquer.

Un autre auditeur, ayant été séduit par sa manière de dire ses textes en lien avec son corps, demande alors à l’écrivain si c’est chez elle quelque chose de spontané ou si cela résulte d’un travail. Elle avoue que, lorsqu’elle était jeune, elle refusait de lire à haute voix. A la faveur de la campagne de libération de Mandela, elle a été appelée à parler en public et elle en était terrifiée. Elle a beaucoup réfléchi à la manière d’y parvenir, à la façon de s’habiller. Elle a compris que le respect de l’auditoire est capital et qu’elle se doit de lui proposer une lecture qui soit bien supérieure à ce que chacun peut faire chez soi. C’est ainsi que son écriture a changé, modifiée par cette idée d’un  respect de l’oralité et des sons. La page est venue plus tard, ajoute-t-elle.

Elle raconte qu’au cours d’un festival de littérature au Sénégal, elle a compris que c’est l’émotion qu’on y met qui fait un bon poète. Elle a retenu la leçon de deux poète qui s’y produisaient : « Je suis la mémoire de mon peuple. Quatre-vingt-dix pour cent de ce que je joue, c’est la mémoire de mon peuple », lui a dit le premier. Et l’autre, un Berbère, a renchéri en ajoutant qu’il lui fallait se souvenir des « trous à eau », pour ne pas mourir de soif. S’il existe nombre de façons de devenir un poète, peut-être que la quête des oasis est la plus importante.

Pour finir, Antjie Krog a remercié son traducteur et son interprète. S’il y a onze langues en Afrique du Sud, on ne les traduit jamais. Elle a remercié tous les participants pour ce partage : « Je viens d’un pays où l’on ne partage pas », a-t-elle conclu avec regret et clairvoyance.

Dans cette rencontre, j’ai apprécié la lucidité et l’engagement d’Antjie Krog, celui de toute une vie ; j’ai été saisie par la manière admirative dont elle évoque Mandela et Desmond Tutu, celui qui parle « au nom de tous – et en même temps [exprime]  le chagrin le plus secret de chacun ». Mais c’est surtout l’entendre dire son long combat à travers les poèmes en afrikaans - la langue des victimes et des bourreaux - qui m’a le plus émue.

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 Georges-Marie Lory et Antjie Krog

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Rencontres
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:05

Lapin et chien

Statue d'un lapin et d'un chien chevauchant un scooter, entre Sydney et Bondi, au temps de Noël

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

 

 

 

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : insolite

 

 


 

 

 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 22:33

 

 _krog.jpg

Antjie Krog (Photo Lit Net)

 

Les fossiles déterrés ne décrivent pas

Mes yeux bleus passant devant tes yeux

Tes yeux noirs évitant mes yeux

Mon avant-bras blanc se reposant simplement

Le long de ton avant-bras noir

Mes cheveux lisses dormant le long de tes cheveux crépus

 

Les fossiles décrivent cependant dans la vertèbre la plus fine

La côte continuant de plaindre aveuglément

Le continent qui jadis

Lui était amarré

Le protea incontesté cherchant à humer sa compagne arrachée

Le rocher rouillé en bord de mer pleurant son frère de sang à la dérive

 

Le fossile sait que jadis tout était attaché

Que nos cœurs se sont scindés

 

Simplement nous ne savons pas

Pourquoi aujourd’hui nous héritons de cette unicité de pierre

Et de tant d’aversion cinglante

 

 in Une syllabe de sang


Avec ce poème, la poétesse sud-africaine Antjie Krog décrypte avec douleur l’alphabet-fossile, celui qui disait l’unité originelle. Elle y évoque ce temps mythique de la Pangée, avant la dérive des continents, quand la femme blanche et l’homme noir ne faisaient qu’un, quand il n’existait qu’une seule race, celle de l’humanité. Un texte qui dit l’arrachement de la femme du corps du premier homme, la nostalgie d’une époque où le racisme n’existait pas. Terrible constat d’un écrivain entrée en rébellion contre l’apartheid dès l’adolescence. Depuis, la poésie n’a cessé d’être son arme de combat.

Invitée par La Maison des Littératures, Antjie Krog sera à Saumur, salle Beaurepaire, le mercredi 16 octobre 2013, à 20h. Elle y lira ses textes en afrikaans que traduira Georges Lory. La lecture sera suivie d’un échange.

 

 

 

 

 


 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:48

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 Patrice Chéreau dans le rôle de Bonaparte

dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine (1985)

Patrice Chéreau, ce grand « enfant expérimenté », ainsi que le définissait Peter Brook, vient de regagner la coulisse. Depuis 1966, il a fait vivre d’une manière unique, lyrique et violente, le théâtre, le cinéma et l’opéra. Animé d’une flamme passionnée et partageuse, il a exploré l’art européen, de Hamlet à Wagner, en passant par Marivaux et Koltès, en vivant une extrême complicité et un corps à corps avec ses comédiens. Ce fils cadet d’un couple de peintres, qui sut très vite tracer le dessin d’un nouveau théâtre, n’écrivait-il pas : « J’ai grandi dans les pinceaux, les crayons. Au tout début de ma carrière, je peignais même chaque mise en place…» ?

En compagnie de quelques acteurs fétiches (Dominique Blanc, Pascal Greggory…), il a connu une trajectoire flamboyante, qui l’a conduit des mises en scène décoratives et baroques de ses débuts (on se souvient de la machine à tuer le libertin de son Dom Juan) à une sobriété de plus en plus assumée. Il souhaitait aller toujours vers « moins d’effets et moins de spectacle, mais pour aller plus loin dans le cœur des choses ».

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Pour ma part, je garde un souvenir très fort des actrices qu’il a dirigées. Au cinéma, c’est d’abord Isabelle Adjani dans La Reine Margot, ce grand opéra funèbre, aux clairs-obscurs impressionnants. Elle y incarne avec sensualité et puissance Marguerite de Valois, contrainte d’épouser Henri de Navarre, elle qui aurait mérité de régner à la place de ses frères malades et abouliques. Amoureuse de Hyacinthe de la Môle, elle n’empêchera pas le massacre de la Saint-Barthélémy, orchestré par sa mère Catherine de Médicis. Dans le même film, c’est Virna Lisi qui joue ce rôle et y apparaît comme une maléfique (et magnifique) araignée noire. Elle reçut d’ailleurs le prix d’interprétation à Cannes en 1995.

Chéreau virna lisi

J’avais aussi beaucoup aimé l’interprétation d'Isabelle Huppert dans Gabrielle (2005). Ce film est adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad et décrit l’effondrement d’un homme, Hervey, (Pascal Greggory) qui apprend par une lettre que sa femme le quitte. Chéreau déclare avoir surtout été intéressé par le personnage féminin : « Cet homme qui dit « après tout je vous aimais » m’intéresse moins qu’elle qui lui répond : « Je ne pouvais pas le deviner. » La beauté du film réside dans l’aspiration à la liberté de cette femme qui se meurt dans le somptueux appartement-mausolée dans lequel son mari l’a emprisonnée.

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Mais la palme, selon moi, revient à Dominique Blanc dans la Phèdre qu’il monta à l’Odéon-Théâtre en 2003, et qui signa son adieu au théâtre. (Après, ce furent surtout des lectures). Selon lui, « il y a tout dans Phèdre : les ravages du désir et sa répression, la mise à sac de tous les tabous. Et ce coup de génie qui consiste à dire l’impossibilité de dire ». Avec cette mise en scène, il a aussi souhaité sortir « d’une manière ou d’une autre » de la structure de l’alexandrin qu’il déclare avoir en horreur.

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Sous la férule de Chéreau, Dominique Blanc y est brûlante et consumée. Elle explique  : « Il [Chéreau] sera intransigeant avec lui comme avec nous ou avec l’alexandrin auquel il veut tordre le cou pour faire entendre le désir de cette femme et son propre désir. » La comédienne, comme le metteur en scène, sont ainsi allés dans la voie de cette « rage du sexe » qu’évoquait Valéry : « Le désir féminin, exprimé là, semble avoir échappé à tout le monde. Le désir féminin et le désir de mort, […] sont des idées encore très dérangeantes. »

Le désir est sans doute un mot-clé dans l’œuvre de Chéreau, qui disait : « Le désir circule de façon bien plus complexe qu’on ne le croit. » Que ce soit dans ses films, L’Homme blessé, Ceux qui m’aiment prendront le train, Intimité, ou même Son Frère qui m’avait beaucoup touchée, le désir sous toutes ses formes est bien une clé pour approcher Chéreau. Après avoir exploré le théâtre, l’opéra, le cinéma, cet artiste au regard fiévreux et pénétrant demeurait lui-même, essentiellement, un être de désir, toujours curieux, toujours aiguillonné par la nouveauté : « J’éprouve un plaisir profond à me renouveler, à apprendre, à me découvrir différent de ce que je pensais être. » Et c’est surtout cela, me semble-t-il, que j’aimerais retenir de lui.

 

 

 

 


 

 

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:00

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Les lièvres de mer ou aplysies dans le seau de mon petit-fils

(Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2013)

 

Tel un berger dans la mer bleue

mon petit-fils s'en va chassant

le troupeau noir des aplysies

Le buisson sombre des corps nus

s’en va glissant entre ses doigts

teintés de rouge comme du sang

 

Sur la plage, de Kerouriec en Erdeven,

Juillet 2013

 

chèvres de mer 2

Un troupeau de lièvres de mer ou aplysies

(Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2013)

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : souvenir de vacances

 

 

 


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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:00

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Sauge, laurier, lavande et thym sous mes fenêtres 

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2013)

 

 

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

sous la tour des meneaux blancs

l’univers a chaviré

 

Myriades de soleils éteints et rougeoyants

constellations de lunes folles

étoiles mortes et renaissantes

inaccessibles et bleus nuages

Au tintement printanier du verre

les roucoulades rassurantes des baisers

les foucades folles de mes désirs

dans l’allegro des hirondelles

Sur la soie serpentine d’un rideau de soleil

le crissement cru du gravier des départs

et le coassement des journées éternelles

Au silence noir des insectes

les souvenirs en veuves noires des araignées tisseuses

les mouches des remords velours vibrionnant

les punaises amertume dans leur verdure métal

Sous le palimpseste de la pluie et du givre

les doigts engourdis du temps

et les gémissements des fantômes au vent

A la fenêtre close et grise

le choc sourd des illusions frappées en pleine face

sur le sang des clématites violines

et les épines bleuies de la passiflore cruelle

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

Mon âme à la dérive soudain a naufragé


Pour Le Défi de la Semaine n°108,

Thème proposé par Mamzelle Jeanne : Fenêtre(s) link

 

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 Thym, laurier et lavande sous mes fenêtres

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2011)

 

 

 

 

 

 

 

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 08:25

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Le papillon dans la toile

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Boost, Septembre 2013)

 

 

 

Jungle des lavandes

Araigne à l'affût

Un filet de soie

Papillon se meurt

 

 araignée debout

Argiope au jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, septembre 2013)

 

  

 

 

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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