Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 11:18

 la-chanso-de-l-elephant-oui.jpg

 

La chanson de l’éléphant, c’est celle que chante dans la pièce de Nicolas Billon, Jean-Baptiste Maunier, le jeune choriste du film éponyme (Les Choristes, 2004). Et c’est le spectacle qu’avait choisi ma fille pour mon passage à Paris, le vendredi 29 novembre 2013.

Le blond adolescent a grandi, sa voix a mué, il a tracé son chemin. Après deux films (Le Grand Meaulnes, 2006, Hellphone, 2007) et un passage par le Lee Strasberg Institute à New York, il est désormais sur scène au Petit Montparnasse. Depuis le 04 septembre 2013, il y interprète le rôle complexe de Michaël, un jeune schizophrène, interné depuis longtemps dans un hôpital psychiatrique de l’Ontario.

C’est avec beaucoup d’assurance – déjà – qu’il se glisse chaque soir dans la peau de ce jeune malade, soupçonné par le directeur de l’hôpital, le docteur Irwin Greenberg (Pierre Cassignard), d’être à l’origine de la disparition de son thérapeute personnel, le docteur John Lawrence.

Entre le médecin d’âge mûr, sûr de son diagnostic et fort de ses soupçons, et le jeune homme fragile mais manipulateur, se joue un jeu du chat et de la souris où le vainqueur ne sera pas celui qu’on croit. Dans ce huis-clos pesant et étouffant, l’adolescent persiste à raconter la vie des éléphants tandis que le médecin s’efforce de le pousser dans ses derniers retranchements. Entre questionnements, digressions, mensonges, le spectateur ne cesse de s’interroger sur Michaël qui affirme : « Ce n’est pas parce que je suis fou que je suis stupide ! »

Au sein de ce duo, dans lequel tous les coups sont permis, s’immisce une infirmière « rusée » selon les dires de Michaël, jouée avec subtilité par Christine Bonnard. Celle-ci est la seule à apporter un peu de tendresse et de compréhension au jeune malade mais elle a aussi sans doute bien des choses à cacher.

Pour ses débuts au théâtre, Jean-Baptiste Maunier n’a pas choisi la facilité. Sa longue silhouette dégingandée, son blanc visage émacié, la puissance de sa voix rendent cependant crédible ce personnage, qui n’est rien qu’un enfant perdu, assoiffé d’affection et de tendresse. Son jeu audacieux tient souvent la dragée haute à celui de son partenaire masculin, un comédien confirmé qui ne convainc pas toujours, à cause de tics d’acteur un peu trop marqués. 

La mise en scène de Bruno Dupuis enferme les personnages dans leurs contradictions. De même, l’austère et froid décor vert et gris, créé par Sophie Jacob, renforce la sensation de personnages verrouillés en eux-mêmes. Le subtil jeu d’un store, que l’on ouvre et que l’on ferme, plonge le spectateur vers un couloir profond et sans issue.

Entre amours adultères, inceste, meurtres et pédophilie, le spectateur ébauche hypothèse sur hypothèse. L’épilogue de la pièce le laissera sonné : après avoir été abusé, il sera dramatiquement désabusé. Et au terme de cette représentation qui le tient en haleine de bout en bout, il ne pourra qu’être d’accord avec la chanson qui affirme qu’ « un éléphant, ça trompe énormément ».

 

la-chanson-de-lelephant_photo-lot-2.jpg

      Le docteur Green berg (Pierre Cassignard), l'infirmière (Christine Bonnard), Michaël (Jean-Baptiste Maunier)

(Crédit Photos Lot)

 

 

 

 


 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 17:15

operetta 2 

La troupe de Cor de Teatre dans Operetta


Qui a dit que l’opéra, « c’est une grosse dame qui chante » ? Dimanche 15 décembre 2013, au Théâtre Beaurepaire à Saumur, la jeune troupe catalane de Cor de Teatre est venue apporter un démenti jubilatoire à cette assertion. Les 21 chanteurs et comédiens y ont en effet interprété, avec une maîtrise technique remarquable et beaucoup d’humour, Operetta, un spectacle de grands airs d’opéra, imaginé et mis en scène par Jordi Puti, sous la direction musicale de David Costa.

Sur une scène où sont disposés tous les accessoires nécessaires à une représentation d’opéra, un machiniste, ployant sous le fardeau, apporte un piano. Il s’essaie sans grand succès au chant tandis que, peu à peu, les chanteurs sortent du piano pour occuper la scène pendant une heure et quart. Ils regagneront à la fin le lieu d’où ils sont venus.

Dans une mise en scène tirée au cordeau, toute en imagination burlesque et en humour décalé, les chanteurs, danseurs, clowns et comédiens de Cor de Teatre vont animer avec entrain une dizaine de grands airs d’opéra. Intégrés dans de courtes scènes qui racontent à chaque fois une petite histoire, ceux-ci retentiront à nos oreilles d’une manière nouvelle.

Après avoir mimé tous les instruments nécessaires à l’entrée de Guillaume Tell, troublée par une joueuse de triangle frustrée, le chœur s’en donne à cœur joie, et a cappella, avec tous les airs célébrissimes. Un inénarrable peloton de cyclistes pédale sur Carmen ;  les esclaves de Nabucco revivent dans une gare sous les traits d’un homme et d’une femme de ménage amoureux ; La Traviata est transposée au milieu du tournage bien arrosé d’un film avec une diva ridiculisée ; le célèbre « Réponds à ma tendresse » du Samson et Dalila de Saint-Saëns trouve sa place au milieu d’un corps de ballet déjanté. On n’oubliera pas non plus l’évocation, non dénuée d’une certaine émotion, d’une Callas abandonnée dans « Casta Diva », ni la mise en abyme d’une salle d’opéra troublée par des spectateurs toussant et crachotant, ni non plus l’histoire du Petit Chaperon Rouge, revisitée sous la forme de marionnettes, avec une fin des plus surprenantes.

Utilisant toujours à propos les accessoires, jouant à plein des caractéristiques de son propre physique, faisant résonner sa voix toujours avec justesse et technicité, jouant avec la salle, chaque comédien-chanteur propose sa partition sans voler la vedette aux autres, dans une chorégraphie précise et inventive. On perçoit ici un véritable esprit d’équipe, une euphorie jouissive à jouer, une générosité aussi à partager ces airs si souvent entendus.

Révélée en 2012 au Festival off d’Avignon, habituée des spectacles de rue (ils ont chanté sur les marches de l’Opéra-Garnier pour des Parisiens ravis), la troupe de Cor de Teatre, sans se prendre au sérieux, nous a proposé cet après-midi-là un moment rare de virtuosité musicale, vocale et théâtrale. 

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Opéras
commenter cet article
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 11:39

 

 luque.jpg

 

 

dans son abécédaire

il la voit

 

elle

 

Avec son cArAco noAr

Et sEs sEins blancs

son sourIre et ses rIdes

sa pUre chevelUre

et sOn Oeil viOlet

 

qu?

 

lA vIvAntE dE tOUt pOEmE

 

Pour répondre au textoésie de Suzâme reçu le 14 décembre 2013 à 15h 59

link

 


 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textoésie
commenter cet article
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 09:38

Pots de buis

 Le gel sur les pots de buis du bassin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 20 décembre 2013)

 

 

Sur les pots de buis

Cheveux de vierge gelés

Décembre Ophélie

 


 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes de saison
commenter cet article
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 09:25

Poissons-gel-2.JPG

Poisson rouges dans le bassin gelé de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2011)

 

 

Ombres sous la glace

Poissons en prison de gel

Un rouge fugace

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème du mardi 10 décembre : poisson

 

 

 


 

Repost 0
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 15:29

 retours de m 7

Vue du port de Dunkerque, Isabey

 

Jeudi 28 novembre 2013, j’étais de retour dans mon port d’attache natal, à Dunkerque. Le musée des Beaux-Arts de la ville y propose, d’octobre 2013 à janvier 2015, une belle exposition intitulée Retours de mer. Elle a été créée par Jean Attali, philosophe, et Claude Steen-Guélen, attachée de conservation, en collaboration avec l’équipe des musées de Dunkerque et un groupe de personnalités invitées dans le cadre de Dunkerque 2013,Capitale régionale de la culture.

J’en ai beaucoup aimé la conception originale, orchestrée entre le tragique des combats et des naufrages et la poésie des retours et des souvenirs du voyage. La scénographie, particulièrement épurée, met en valeur les objets et les tableaux et établit, d’une manière parfois surprenante mais toujours stimulante, un dialogue entre le passé et le présent.

retours de m

D’emblée, le visiteur ressent l’appel du large avec une grande toile de Hendrich Van Minderhout, Vue d’un port d’Orient. Les quais sont animés, les voiles gonflent dans le vent, les hauts-mâts sont en partance… Animation qui fut sans doute celle du port de Dunkerque quand Vauban y construisit un chenal et que Louis XIV lui accorda franchise. Dans « La salle des abordages », et tout en écoutant le vent grâce à une vidéo de Richard Skryzak, on se remémore les hauts faits de Surcouf avec L’Arbordage du Kent (Louis Garneray) et ceux de Jean Bart (1650-1702), le grand corsaire dunkerquois, avec une série d’estampes de Yves-Marie-Le Gouaz. Par ailleurs, on découvre Twin's portraits (1952) de Laurent-Marie Joubert, une toile inspirée par les portraits célèbres de Jean Bart et de Duguay-Trouin.

retours de m 2

L’horreur de la traite négrière est évoquée ici avec les feuillets d’une correspondance entre Bonaventure Tresca, un armateur, et le capitaine François Vanstable. Une statue figurant un jeune noir joue office de tronc pour le rachat des esclaves, objet typique d’une époque marquée par l’asservissement et l’horreur. Dans cette salle, on remarque aussi un bau d’assemblage, une poutre servant à relier les deux bords du Duguay-Trouin, navire qui passa aux mains des Anglais en 1805, et qui fut détruit dans la Manche en 1949.

retours de m 9

Dans « La salle orientaliste », j’ai retrouvé la magnifique tableau représentant le port de Dunkerque par Isabey, déjà admiré lors d'une précédente visite. Le blanc éclatant des murs se détachant sur le bleu du ciel étonne et surprend : on se croirait devant un port méditerranéen ! Il paraît que le peintre le peignit peu de temps après son retour d’Algérie et ceci explique sans doute cela. Cette salle est extrêmement dépouillée : dans un angle, un marbre de Joseph Félon, sur un socle bleu, propose la nudité blanche d’une Andromède. Elle accompagne Le Triomphe d'Amphitrite, une petite esquisse colorée de J. H. Taraval, Paysage égyptien, de Charles de Tournemine, La Charmeuse de serpents de Daniel Hernandez Marilo, des photographies en noir et blanc de Georges Maroniez, toutes oeuvres évoquant la fascination de l’Afrique du Nord au XIXème siècle et au temps des colonies.

Inattendu à cet endroit, on peut regarder un extrait du film d’Alain Resnais Je t’aime, je t’aime (1968). On y voit Claude Rich émerger d’une Méditerranée solaire avec une pêche fabuleuse. Ces images voisinent avec une page de Salammbô (1862) de Flaubert, grand roman de l’Orient mythique.

retours de m 10

On se dirige ensuite vers  une salle qui présente de nombreuses  photos de Laura Henno sur le thème des migrants en quête d’un Eldorado fallacieux : c’est La Cinquième île. Ces clichés réalistes et colorés ont été pris aux Comores et à Calais, témoignant avec lucidité et sensibilité de ces parcours si souvent illusoires pour ceux qui y sont contraints. L'artiste parle ainsi de son oeuvre : "L'une de mes images évoque Le Radeau de la Méduse : ces hommes qui se cachent à l'abri des rochers tels des naufragés échoués sur les pierres."

retours de m 13

Puis c’est « La salle des tempêtes », organisée autour d’une immense toile de Valérie Favre, disposée à plat sur le sol et intitulée Les Restes de la Méduse. La toile a été peinte sans châssis dans un format semblable à celui du Radeau de la Méduse de Géricault (1819), l’œuvre mythique qui l’a inspirée. Cette réalisation est commentée par une vidéo cadrée sur le visage de l’artiste : un long monologue centré sur le thème du naufrage, de tous les naufrages, maritimes et intérieurs !

retours de m 12

Cette vidéo est disposée parmi toute une série de toiles formant « le mur des tempêtes ». Lors de ma visite, les enfants d’une classe de primaire assis par terre écoutaient, plus ou moins sagement, les explications de la guide. Du XVII° au XIX°, il était question d’écume, de naufrageur, de navires en partance.

retours de m 11

Toujours dans cette salle, une grande toile de A. Guillou, Après la tempête, représente une femme retrouvant sans doute le cadavre de son fils dans l’épave d’un bateau : un tableau marqué par l’emphase et le pathos du corps blanc dont la lividité éclaire l’ensemble d’une façon morbide. Une petite série de photographies de Albert Clermont, Signatures, illustre encore le thème des fortunes de mer. Le photographe garde ainsi le souvenir de ces menus objets rejetés par la mer que les ramasseurs d’épaves s’accaparent en les marquant d’un galet avant de les emporter avec eux. Mémoire de gestes infimes racontant une histoire secrète de la mer.

marins.JPG

Vient ensuite « La salle des marins, pêcheurs et fortunes de mer ». Elle présente des œuvres résolument modernes qui voisinent harmonieusement. Le regard est d’abord happé par un long dessin au fusain et au stylo à bille, de Christelle Mally, intitulé Crâne de cachalot (2013). Sa précision naturaliste tout en finesse trouve un écho avec deux autres de ses œuvres, Masque d’oiseau et Oculus (2012), des crânes d’animaux blanchis et rehaussés de rouge. Cette couleur est reprise dans une toile de Raymond Picque, Les Marins (1981).    

Le mur de gauche des deux salles suivantes est orné dans sa longueur de lances, de pagaies, de massues provenant des îles Tonga et Fidji. De part et d’autre de cette ligne d’horizon lointain, l’artiste Jean-Luc Poivret a disposé de beaux objets exotiques dont nous sommes peu coutumiers : des coquillages servant de monnaie d’échange, des boîtes à plumes pour serrer les ornements de la tête, une gourde à chaux pour la consommation du bétel… Tous ces objets usuels ou rituels nous transportent dans un ailleurs rêvé, celui que découvrirent Cook et Bougainville, celui du « bon sauvage » mythifié par Rousseau. Tout en s’interrogeant sur la fonction de ces objets porteurs de rêve, on entend une musique de harpe et de violon, véritable invitation au voyage sur un poème de Charles Olson : Baudelaire n’est pas loin…

La vague

« La salle Gustave Courbet » magnifie ce qui est sans nul doute le point d’orgue de l’exposition, La Vague (1869), dite encore La mer orageuse. « Courbet a tout simplement peint une vague, une vraie vague déferlant sur le rivage » dira Zola. La simplicité du motif, l’absence de présence humaine, la structuration en trois bandes horizontales, confèrent une grande puissance à cette œuvre traitée dans une large gamme de vert sombre, de gris et de blanc. On ne peut qu’être d’accord avec l’appréciation de Cézanne devant ce tableau qui vous saisit : oui, « Sa marée vient du fond des âges » et la vague nous ramène sur le sable, illustrant ainsi au plus juste le titre de l’exposition : Retours de mer. Une œuvre qui se suffit à elle-même et dont le seul contrepoint se trouve être un bronze de Jean-Baptiste Carpeaux tout en légèreté : La jeune fille à la coquille.

Retours de m 15

Dans les dernières salles consacrées à l’Océanie, on sera ému par les photos d’une tête mãori, tatouée et momifiée, longtemps possédée par le musée de Dunkerque. Elle fut restituée à ses héritiers en 2012 et elle est l’occasion d’une réflexion sur la manière dont les Occidentaux se sont emparés des objets sacrés des pays qu’ils découvrirent. Un retour aux origines qui s’imposait, témoignage d'un mea culpa nécessaire !

retours de m 17

Cette exposition se clôture avec le Tracé cosmogonique de l'Univers, Paumotu, créé par les habitants des îles Tuamamotu. Un magnifique dessin, sorte de carte terrestre et céleste montrant les différents étagements qui composent ce monde légendaire et les entités qui l’animent. Avec des chants mãori et une musique de piano, ce parcours inspiré s’achève avec des œuvres contemporaines évoquant l’espace sous-marin (Pneuma de Jean-Luc Poivret) et aérien (Pluie plus de Patrick Tosani). Et au terme de ce voyage maritime, j’ai pensé au vers de Baudelaire :  « Mon âme est un trois-mâts cherchant son Icarie… » Il m’a semblé alors que cette exposition en était une belle illustration.

video.JPG

      Jour n°22, Se souvenir, Dos et regard, Vidéo de Enrique Ramirez

 

 

 


 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Expositions
commenter cet article
8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 16:30

 decembre.JPG

Coucher de soleil en décembre, vu de mes fenêtres

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

Décembre

Mendiant de soleil

Au spleen vivace

Rêve goulûment 

De cactus orange

 

 

 

Pour Nanterre Poêvie :

improvisation du mercredi 05 décembre

 

link

 

 

 


Repost 0
5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 18:32

burj-dubai-tower

La Burj-Dubaï tower

 

 

Tour de Babel

Tutoie le ciel

Tour de Babel 

Péché mortel

 

Textoésie en écho à celui de Suzâme,

reçu le 22 novembre à 14h 41

Lien : link

 

Henrik-III-van-Cleve-van_construction-tower-babel.jpgLa construction de la tour de Babel,

Henrik III Van Cleve

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textoésie
commenter cet article
3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 21:26

mélanie kad isabelle

 Paul Tellier (Kad Merad), Isabelle Tellier (Isabelle Renauld), Lise Tellier (Mélanie Laurent)


Jeudi 28 novembre 2013, sur France 3, j’ai regardé le film Je vais bien, ne t’en fais pas, réalisé par Philippe Lioret (2006). Ce long métrage est adapté du roman éponyme d’Olivier Adam qui a co-scénarisé le film.

C’est l’histoire d’Elise Tellier, dite Lili, (Mélanie Laurent) qui, au retour de vacances à Barcelone, apprend par ses parents la disparition de son frère jumeau, Loïc. Son père, Paul Tellier (Kad Merad), et sa mère Isabelle (Isabelle Renauld) sont avares d’explications, lui indiquant seulement que son frère a quitté la maison avec sa guitare à la suite d’une altercation avec son père qui lui reprochait de ne pas ranger sa chambre. Ce motif semble bien futile à sa sœur qui n’est guère convaincue et ne comprend pas que ses parents ne soient pas plus actifs dans la recherche du disparu. On lui allègue qu’il a dix-huit ans et qu’il a sans doute voulu fuir une atmosphère familiale pesante et étriquée.

Le temps passe, l’hiver vient. Elise sombre doucement dans la mélancolie, la neurasthénie et finit par arrêter ses études. Elle devient caissière dans le Shoppi où travaille son amie Léa (Aïssa Maïga) qui étudie à Sciences Po. Sa dépression empire, elle est en proie à une grave anorexie et finit par être hospitalisée, dans un centre psychiatrique où elle est isolée de sa famille. Léa et son compagnon Thomas (Julien Boisselier) tentent une sorte d’enlèvement pour la sortir de là mais leur entreprise échoue. Une première carte postale du frère disparu ramène l’espoir chez Elise et ravive son goût de vivre.

La jeune fille reprend alors pied dans la vie quotidienne, tout en demeurant dans le souvenir obsédant de son frère qui lui envoie régulièrement des cartes postales des villes où il s’arrête. Il y décrit sa satisfaction d’avoir quitté la maison familiale, en ne manquant jamais de critiquer la petitesse d’esprit de son père et son manque d’ambition. Elise demeure pourtant entre parenthèses, menant une vie routinière et s’interdisant de répondre à l’amour de Thomas qui s’est épris d’elle, tandis que Léa part à l’étranger.

On ne dévoilera pas la fin (surprenante et assez invraisemblable, seul bémol selon moi) de ce film sensible qui dit de manière très juste les relations conflictuelles entre parents et enfants et le difficile passage à l’âge adulte. Kad Merad, tout en retenue et en intériorité, interprète avec beaucoup de délicatesse le rôle du père ; Isabelle Renauld, quant à elle, montre de manière nuancée combien son personnage est déchiré entre son amour pour son mari et son attachement à ses enfants.

melanie-2.jpg

Au fil d’une année – le film est ponctué par les dates qui marquent l’évolution de la douleur d’Elise – dans un décor banalement coquet de petites maisons de banlieue, on suit le parcours attachant de cette jeune fille sensible qui ne se résout pas à la perte de son frère. L’actrice Mélanie Laurent reconnaît la force de cette histoire simple : « Jamais un scénario ne m’avait bouleversée à ce point » explique-t-elle. Elle, qui est encore très jeune, a accepté tout de suite ce rôle qui lui donnait la possibilité de jouer « pour la dernière fois un rôle de jeune fille ». Philippe Lioret, quant à lui, a été fasciné par « la petite flamme qui brille en elle ».

Dans le livre d’Olivier Adam, Philippe Lioret explique par ailleurs avoir trouvé « matière à quelque chose d’humain, et aussi la possibilité de mettre en scène des personnages qui pourraient être nos parents, nos frères, nos sœurs… ». Il a été sensible à la description des « sentiments extraordinaires des gens simples » et surtout à la « difficulté à se dire qu’on s’aime par pudeur, timidité, manque de générosité ».

Rythmé par la chanson phare de U-Turn (« Lili » dans le film), qui joue le rôle de testament fraternel pour Elise, ce long métrage tout en sobriété et au suspense bien ménagé, est le beau portrait d’une fille sensible et d’un père aimant. Et, par les temps qui courent, c’est assez rare pour être signalé.

melanie-1.jpg

 

Sources : Allo-Ciné    

 

 

 

 

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 18:20

 Incendies-1.jpg

 Marwal Marwan (Lubna Azabal) dans Incendies de Denis Villeneuve


Mercredi 20 novembre 2013, ARTE diffusait un film du canadien Denis Villeneuve, intitulé Incendies (2011). C’est seul qu’il a adapté la pièce éponyme de Wadji Mouawad. Et le dramaturge l’avait prévenu : « Tu vas devoir refaire le même chemin que moi et tu vas souffrir. »  Le travail de scénariste a consisté pour lui à « recentrer l’action sur les femmes en accentuant l’effet-miroir entre la mère et la fille. » Il a dû par ailleurs « épurer les dialogues et gommer la poésie magnifique de Wadji, optant ainsi pour davantage de naturalisme », ainsi qu’il le précise lui-même.

Ce long métrage m’a particulièrement impressionnée par la réflexion sur les horreurs de la guerre à laquelle il invite. D’emblée, le prologue est intrigant avec une scène qui présente des enfants dont on rase la tête et qui seront, on s’en doute, des enfants-soldats. Denis Villeneuve l’explique ainsi : « Je voulais débuter Incendies dans l’envoûtement, l’hypnotisme. La première scène devait plonger le public dans un ailleurs immédiat, le dérouter. L’énigme posée ici crée une tension qui propulse les scène suivantes. »

Incendies-4.jpg

Les jumeaux, Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette)

L’action du film débute véritablement dans l’intimité feutrée du bureau du notaire Jean Lebel (Rémy Girard). Deux jeunes gens, les jumeaux Simon (Maxim Gaudette) et Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin), assistent à l’ouverture du testament de leur mère Marwal Marwan (Lubna Azabal), une Libanaise exilée au Canada depuis plusieurs années. A leur grand étonnement, ils se voient remettre par le notaire (chez qui travaillait leur mère et avec qui elle s’était liée d’amitié), deux lettres : l’une « pour le père » qu’ils n’ont jamais connu, l’autre « pour le fils », un frère dont ils ignoraient l’existence.

Alors que Simon veut rompre définitivement avec le passé,  sa sœur Jeanne décide de partir au Liban (le pays n’est pas nommé mais on le devine) pour entamer des recherches et respecter ainsi les dernières volontés de sa mère. Ce qu’elle y découvrira sur ses origines la contraindra à repenser complètement la personnalité de sa mère et sa vie douloureuse.

Incendies-7.jpg

Jeanne et sa mère Marwal à la piscine au moment de la révélation 

Le film est construit sur le procédé du flash back, les chapitres renvoyant aux noms des personnages et aux lieux tragiques où s’est joué leur destin. Le spectateur suit ainsi en parallèle la vie de Marwal Marwan et la quête de sa fille Jeanne. Si, au début, l’on se perd un peu dans les méandres de cette histoire complexe, on est bientôt saisi par l’enchaînement tragique des événements qui conduisent à la « catastrophe », au sens où l’entend le théâtre classique.

Dans cette terre aride, écrasée de soleil, l’affrontement entre milices chrétiennes et mouvements palestiniens entraînera l’héroïne sur un terrible chemin de croix. Celle qui avait oser aimer un musulman, que tueront ses frères, se verra mise au ban de sa famille après la naissance d’un garçon, marqué au talon par la grand-mère d’un signe distinctif. Alors que l’enfant, devenu « Nihad de mai », est confié à un orphelinat à Daresh, elle en perd la trace et devient journaliste.

Incendies 3

Marwal dans la prison de Kfar Ryat

Après plusieurs années, la guerre faisant rage de nouveau, Marwal Marwan, part en quête de son fils dans la zone des conflits. Mais l’orphelinat a été incendié par les factions musulmanes et elle ne le retrouve pas. Sauvée in extremis par la croix qu’elle porte au cou, elle assiste impuissante aux exactions et aux représailles atroces perpétrées par les milices chrétiennes. Menée par un esprit de vengeance, elle bascule dans le camp adverse, devient le bras armé d’un groupe musulman radical et tue un chef phalangiste. Emprisonnée durant quinze ans dans les geôles d’Etat de Kfar Ryat, elle devient « la femme qui chante », moyen désespéré qu’elle a trouvé pour résister à ses bourreaux et aux viols répétés d’Abou Tarek (Abdelghanour Elaaziz), un ancien tireur d’élite, lui aussi embrigadé jadis. Dans cette prison aura lieu l’impensable que Marwan Marwal ne découvrira que bien des années plus tard au Canada, où elle a été exfiltrée avec ses enfants. Elle en mourra.

Le réalisateur Denis Villeneuve a l’art de maintenir l’équilibre entre les deux parcours parallèles de la mère et de la fille qui marche sur ses traces. Sans manichéisme, il donne aussi à voir la complexité des cheminements de chacun, pris dans la tourmente et le chaos de la guerre. Nous sommes sans doute au Liban, mais ce pourrait être aussi bien la Syrie ou le Pakistan. Il parvient ainsi à faire de cette terre de combats un pays mythologique : « A qui appartient cette armée ? » s’interroge la chanson de Radiohead, « You and whose army ».  A travers la quête identitaire aveugle des jumeaux, il ressuscite aussi le mythe d’Œdipe, donnant à son propos une profondeur universelle.

Incendies 6

Avec le destin fracassé de Marwan Marwal, c’est celui de tout un peuple que Denis Villeneuve met en scène dans sa violence brutale, folle, et venue du fond des âges : des frères assassinent l’amant de leur sœur, des groupuscules masqués vengeurs mettent sans état d’âme le feu à un bus rempli de femmes et d’enfants, un sniper fou et endoctriné s’amuse à viser de très jeunes enfants. Mais, dans le même temps, avec la quête opiniâtre de Jeanne et de Simon, le réalisateur canadien montre que, par-delà le mal, il est sans doute possible d’accéder à une forme de pardon..

En dépit de la découverte progressive de l’horreur absolue, les jumeaux de Marwan (Simon rejoint sa sœur au Liban pour les ultimes révélations) exécutent jusqu’au bout les dernières volontés de leur mère. Ce qui avait commencé dans l’amour – par delà-le sang, le viol et l’inceste – s’achève dans la résilience et une forme de sérénité. « A quel prix ? » diront certains. Pourtant, au terme de ce film sans concession aucune, Marwal Marwan a enfin droit à une épitaphe sur sa tombe : « La vérité est faite, le fil de la haine est coupé. »

 

Sources : Allo-Ciné

Photos de Denis Villeneuve dans Allo-Ciné

 

 


 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche