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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 18:20

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 Marwal Marwan (Lubna Azabal) dans Incendies de Denis Villeneuve


Mercredi 20 novembre 2013, ARTE diffusait un film du canadien Denis Villeneuve, intitulé Incendies (2011). C’est seul qu’il a adapté la pièce éponyme de Wadji Mouawad. Et le dramaturge l’avait prévenu : « Tu vas devoir refaire le même chemin que moi et tu vas souffrir. »  Le travail de scénariste a consisté pour lui à « recentrer l’action sur les femmes en accentuant l’effet-miroir entre la mère et la fille. » Il a dû par ailleurs « épurer les dialogues et gommer la poésie magnifique de Wadji, optant ainsi pour davantage de naturalisme », ainsi qu’il le précise lui-même.

Ce long métrage m’a particulièrement impressionnée par la réflexion sur les horreurs de la guerre à laquelle il invite. D’emblée, le prologue est intrigant avec une scène qui présente des enfants dont on rase la tête et qui seront, on s’en doute, des enfants-soldats. Denis Villeneuve l’explique ainsi : « Je voulais débuter Incendies dans l’envoûtement, l’hypnotisme. La première scène devait plonger le public dans un ailleurs immédiat, le dérouter. L’énigme posée ici crée une tension qui propulse les scène suivantes. »

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Les jumeaux, Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette)

L’action du film débute véritablement dans l’intimité feutrée du bureau du notaire Jean Lebel (Rémy Girard). Deux jeunes gens, les jumeaux Simon (Maxim Gaudette) et Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin), assistent à l’ouverture du testament de leur mère Marwal Marwan (Lubna Azabal), une Libanaise exilée au Canada depuis plusieurs années. A leur grand étonnement, ils se voient remettre par le notaire (chez qui travaillait leur mère et avec qui elle s’était liée d’amitié), deux lettres : l’une « pour le père » qu’ils n’ont jamais connu, l’autre « pour le fils », un frère dont ils ignoraient l’existence.

Alors que Simon veut rompre définitivement avec le passé,  sa sœur Jeanne décide de partir au Liban (le pays n’est pas nommé mais on le devine) pour entamer des recherches et respecter ainsi les dernières volontés de sa mère. Ce qu’elle y découvrira sur ses origines la contraindra à repenser complètement la personnalité de sa mère et sa vie douloureuse.

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Jeanne et sa mère Marwal à la piscine au moment de la révélation 

Le film est construit sur le procédé du flash back, les chapitres renvoyant aux noms des personnages et aux lieux tragiques où s’est joué leur destin. Le spectateur suit ainsi en parallèle la vie de Marwal Marwan et la quête de sa fille Jeanne. Si, au début, l’on se perd un peu dans les méandres de cette histoire complexe, on est bientôt saisi par l’enchaînement tragique des événements qui conduisent à la « catastrophe », au sens où l’entend le théâtre classique.

Dans cette terre aride, écrasée de soleil, l’affrontement entre milices chrétiennes et mouvements palestiniens entraînera l’héroïne sur un terrible chemin de croix. Celle qui avait oser aimer un musulman, que tueront ses frères, se verra mise au ban de sa famille après la naissance d’un garçon, marqué au talon par la grand-mère d’un signe distinctif. Alors que l’enfant, devenu « Nihad de mai », est confié à un orphelinat à Daresh, elle en perd la trace et devient journaliste.

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Marwal dans la prison de Kfar Ryat

Après plusieurs années, la guerre faisant rage de nouveau, Marwal Marwan, part en quête de son fils dans la zone des conflits. Mais l’orphelinat a été incendié par les factions musulmanes et elle ne le retrouve pas. Sauvée in extremis par la croix qu’elle porte au cou, elle assiste impuissante aux exactions et aux représailles atroces perpétrées par les milices chrétiennes. Menée par un esprit de vengeance, elle bascule dans le camp adverse, devient le bras armé d’un groupe musulman radical et tue un chef phalangiste. Emprisonnée durant quinze ans dans les geôles d’Etat de Kfar Ryat, elle devient « la femme qui chante », moyen désespéré qu’elle a trouvé pour résister à ses bourreaux et aux viols répétés d’Abou Tarek (Abdelghanour Elaaziz), un ancien tireur d’élite, lui aussi embrigadé jadis. Dans cette prison aura lieu l’impensable que Marwan Marwal ne découvrira que bien des années plus tard au Canada, où elle a été exfiltrée avec ses enfants. Elle en mourra.

Le réalisateur Denis Villeneuve a l’art de maintenir l’équilibre entre les deux parcours parallèles de la mère et de la fille qui marche sur ses traces. Sans manichéisme, il donne aussi à voir la complexité des cheminements de chacun, pris dans la tourmente et le chaos de la guerre. Nous sommes sans doute au Liban, mais ce pourrait être aussi bien la Syrie ou le Pakistan. Il parvient ainsi à faire de cette terre de combats un pays mythologique : « A qui appartient cette armée ? » s’interroge la chanson de Radiohead, « You and whose army ».  A travers la quête identitaire aveugle des jumeaux, il ressuscite aussi le mythe d’Œdipe, donnant à son propos une profondeur universelle.

Incendies 6

Avec le destin fracassé de Marwan Marwal, c’est celui de tout un peuple que Denis Villeneuve met en scène dans sa violence brutale, folle, et venue du fond des âges : des frères assassinent l’amant de leur sœur, des groupuscules masqués vengeurs mettent sans état d’âme le feu à un bus rempli de femmes et d’enfants, un sniper fou et endoctriné s’amuse à viser de très jeunes enfants. Mais, dans le même temps, avec la quête opiniâtre de Jeanne et de Simon, le réalisateur canadien montre que, par-delà le mal, il est sans doute possible d’accéder à une forme de pardon..

En dépit de la découverte progressive de l’horreur absolue, les jumeaux de Marwan (Simon rejoint sa sœur au Liban pour les ultimes révélations) exécutent jusqu’au bout les dernières volontés de leur mère. Ce qui avait commencé dans l’amour – par delà-le sang, le viol et l’inceste – s’achève dans la résilience et une forme de sérénité. « A quel prix ? » diront certains. Pourtant, au terme de ce film sans concession aucune, Marwal Marwan a enfin droit à une épitaphe sur sa tombe : « La vérité est faite, le fil de la haine est coupé. »

 

Sources : Allo-Ciné

Photos de Denis Villeneuve dans Allo-Ciné

 

 


 

 

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 22:00

 

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Les sept âges de la vie, Hans Baldung

 

 

 

Grandir consiste, en fin de compte, à comprendre que sa propre expérience incroyable et unique

est ce que tout le monde partage

(Le Carnet d'or, Doris Lessing).

 

 

 

 

Blog en pause

 

 

 


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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 18:40

 

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Laura (Julianne Moore) lisant Mrs Dalloway,

dans le film de Stephen Daldry, The Hours (2003)

 

 

J’avais lu il y a longtemps Mrs Dalloway (1925) de Virginia Woolf. Je me souvenais d’une femme du monde qui sortait le matin afin d’acheter des fleurs dans Londres pour une réception prévue le soir. Il me semble que je n’avais même pas terminé ma lecture et que j’avais abandonné en chemin la pauvre Clarissa. C’est pour mon groupe de lecture que j’ai eu envie de (re)lire et de présenter ce roman, tout en me demandant comment j’avais pu passer à côté de cette œuvre majeure de la littérature anglaise.

En effet, quand on fait l’effort de se plonger dans la phrase de Virginia Woolf, quand on en découvre le rythme intérieur (un peu comme pour Proust, qu’elle précède pourtant), le charme agit et l’on est surpris par tout ce qu’apporte – stylistiquement et émotionnellement – cette écriture résolument novatrice. Rejetant la tradition réaliste victorienne, réduisant à un degré zéro de l’histoire action et événements, transformant la conscience focale  des personnages en matériau narratif, l’écrivain anglais propose « une littérature de l’espace intérieur », qui privilégie « la texture à la structure ». Mais ce qui m’a surtout passionnée dans cette œuvre, c’est la manière dont Woolf  se sert de cette écriture pour s’attaquer aux préjugés de l’époque de l’après-guerre et remettre en cause une vision stéréotypée de la femme. Catherine Bernard, dans son ouvrage Catherine Bernard commente Mrs Dalloway de Virginia Woolf, fait des remarques très pénétrantes à ce sujet et dont je voudrais me faire l’écho.

Pour appréhender le roman et sans tomber dans les travers d’une lecture biographique, on ne niera pas l’empreinte d’une éducation marquée par de nombreux deuils familiaux, à l’origine des troubles psychiques de Woolf. On ne mésestimera pas non plus l’influence, tout autant intellectuelle que tyrannique, de son père Leslie Stephen. Mais si les filles de la famille, Vanessa et Virginia, ont accès à la bibliothèque paternelle, ce sont les fils qui vont à Cambridge ! On sait aussi que c’est sa participation au célèbre groupe de Bloomsbury, creuset des idées avant-gardistes du temps, qui permit sans doute à Woolf d’entrer en écriture.

Par ailleurs, Mrs Dalloway ne saurait se comprendre si l’on omet de dire qu’en parallèle l’auteur fait œuvre d’essayiste. Dans Le commun des lecteurs, elle révèle son aspiration à une écriture totale ; avec Mr Bennett et Mrs Brown (1924) elle oppose les édouardiens (Bennett, Galsworthy) et les géorgiens novateurs (Forster, Lawrence, Eliot, Joyce) et propose une approche moderniste de la notion de personnage ; avec Le pont étroit de l’art (1927), elle aspire à l’invention d’ « une forme hybride, instable, en mouvement, à l’image de la réalité moderne, violente et rétive à toute systématisation » ; enfin, avec Une chambre à soi (1928), un essai majeur, elle rêve à l’écrivain idéal, qui serait androgyne, à l’image de l’esprit de Shakespeare, tout à la fois masculin et féminin.

On sait que la maturation de Mrs Dalloway fut longue, jalonnée par plusieurs textes, et dura dix ans. Dans La traversée des apparences (1915), Clarissa y est personnage secondaire. Pourtant, la carte de visite du couple qu’elle forme avec son époux Richard, « Mr and Mrs Dalloway, 23 Browne Street, Mayfair » est déjà révélatrice de ce qu’elle sera dans le roman : « Non plus même Clarissa, c’est là Mrs Richard Dalloway ». Dans la nouvelle intitulée Mrs Dalloway dans Bond Street (1923), le personnage prend de l’ampleur. Si l’héroïne ne va pas encore acheter des fleurs mais des gants, on trouve déjà la tension entre le temps subjectif de la conscience et le temps officiel ponctué par Big Ben, élément qui sera essentiel dans le roman.

C’est donc en écrivant ce texte que Woolf conçoit l’idée d’une œuvre construite autour de ce personnage féminin. En octobre 1922, son Journal révèle qu’elle a déjà imaginé d’en faire « une étude de la folie et du suicide ». Le personnage de Septimus Warren Smith, présent dans une autre nouvelle, Le Premier Ministre, est le personnage qu’elle choisira pour porter la dimension sacrificielle du roman. Alors que c’est Clarissa qui devait à l’origine se suicider ou mourir à la fin de sa réception, c’est finalement à Septimus que la mort sera dévolue. Infléchissement capital dans cette structure symétrique qui ne s’est pas imposée d’emblée à l’écrivain.

Un dernier élément essentiel dans la genèse du roman est la découverte du « procédé de sape » qui donne l’occasion à Woolf de pratiquer les « retours amont ». Dans son Journal, le 15 octobre 1923, elle écrit : « Il m’a fallu une année de tâtonnements pour découvrir ce que j’appelle mon procédé de sape, qui me permet de raconter le passé par fragments, quand j’en ai besoin. » Innovation stylistique majeure et pourtant on connaît l’angoisse qui la saisissait toujours à la fin de l’écriture d’une œuvre. En janvier 1925, Leonard Woolf, son mari, la rassurera en lui disant que Mrs Dalloway est ce qu’elle « a fait de mieux ».

Un des aspects passionnants du roman est ainsi la manière dont Woolf parvient, grâce à l’association étroite entre présent et passé, à restituer le temps vécu par les personnages. C’est le philosophe Paul Ricœur qui a remarquablement analysé le thème du temps dans l’œuvre (Temps et Récit, 1983).  Il y interroge le lien entre ce qu’il appelle le « temps monumental » - celui que sonne Big Ben et celui que rappellent les statues des grands hommes - et le temps subjectif des personnages. Il met en lumière la manière dont le courant de conscience circule entre les nombreuses intériorités, formant un temps « en réseau ». Par le biais de cette étude sur le temps woolfien, il révèle comment l’ « obscur souffle de vénération » qui passe sur Bond Street est en fait un souffle de mort, symbolisant la décadence de l’Empire.

Plusieurs personnages, Hugh Whitbread, Sir William Bradshaw, Lady Bruton, Miss Kilman, participent aussi de cette entreprise de démolition. Ces piliers de l’ordre britannique apparaissent comme les tenants d’un ordre conservateur, « de marbre », comme celui des effigies noires de Whitehall. Chacun à sa manière se fait le chantre d’une Angleterre imbue de ses traditions, en proie à l’esprit de système, que ce soit celui du nationalisme, de la médecine officielle ou encore de la religion établie. Tous, ils sont partie prenante dans l’entreprise sceptique de Woolf.

C’est Clarissa Dalloway et Septimus Warren Smith qui seront surtout les porte-parole du discours subversif de l’auteur. A travers eux, elle s’insurge contre le statut des femmes soumises au mythe de l’éternel féminin et contre celui des victimes de la guerre réduites à la folie.

« To kill the angel in the house » est la métaphore de l’émancipation féminine choisie par Woolf dans une de ses conférences en 1931. C’est bien ce qu’elle fait déjà dans le roman en donnant à Clarissa des qualités proprement féminines marquées au sceau de l’ambiguïté. Le lexique floral, souvent convoqué, est révélateur à cet égard : Peter Walsh compare les femmes à « ces fleurs que la tante Helena de Clarissa pressait entre deux feuilles de buvard gris avec un Littré dessus »…

Si Clarissa est associée à la lumière par son prénom, elle l’est aussi, souvent, à la lune « blafarde ». Si Clarissa est celle qui entre en relation avec les autres, elle est pourtant encore comparée à une religieuse « qui fait retraite ». Et quand Peter Walsh, l’amoureux d’autrefois, la retrouve, « elle est là à raccommoder sa robe […] Elle est restée assise là pendant tout le temps que j’étais en Inde ; à raccommoder sa robe. » Image conventionnelle d’une Pénélope éternelle.

L’ambivalence du personnage de Clarissa est aussi perceptible dans l’image de la « parfaite hôtesse » qui se tient en haut de l’escalier les soirs de réception. N’est-elle pas celle qui préside à l’harmonie des relations sociales, qui fait perdurer des rites mondains immuables ? Dans le même temps, ce rôle la contraint à se tenir en retrait et la condamne à une forme de solitude et d’ignorance : « Elle ignorait tout des problèmes sociaux. »

C’est l’évocation de Sally Seton, l’amie d’autrefois, qui ouvre une brèche  dans le personnage de la bourgeoise snob qu’est Clarissa. « La sauvage, l’audacieuse, la romantique Sally » est celle qui avait converti son amie aux idées du socialiste William Morris, défendu l’abolition de la propriété et la cause des femmes. Autrefois, à Bourton, on l’avait surprise nue dans le couloir ! Le baiser passionné que Sally donnera à Clarissa est soudain « gonflé de quelque signification extraordinaire » et se trouve métaphorisé dans l’image de l’allumette que Clarissa voit brûler dans un crocus. N’oublions pas que l’on est à une époque où le désir n’a pas voix au chapitre. C’est le vers de la Cymbeline de Shakespeare – « Ne crains plus la chaleur du soleil » - que se répètent et Clarissa et Septimus - qui dit cette aspiration à une sexualité libérée des interdits.

Septimus, l’ancien combattant de la Grande Guerre, est en effet l’autre voix dissidente que le lecteur est amené à décrypter. Victime du shell shock à la faveur de la mort de son ami très aimé Evans, il a refoulé au plus profond de lui-même la douleur de sa perte. De plus, la société des années vingt a oublié « ces milliers de pauvres types […] qu’on avait mis au trou et à qui on ne pensait déjà plus ». En proie à de terribles visions, il est donc condamné à la folie et, à terme, à la mort.

De plus, il représente l’écrivain incompris – ne ressemble-t-il pas à Keats ? -  réduit à écrire des odes au temps, à tracer des dessins inintelligibles, à se livrer à des conversations avec Shakespeare, à envoyer des messages d’outre-tombe à Evans, à entendre les oiseaux chanter en grec. En dépit de l’amour de son épouse Lucrezia, il est condamné au silence et rien ne le sauvera du suicide. Sa folie – échappatoire -  est bien le signe de son opposition aux impératifs de la société qui veut faire de lui un héros : « Qu’il fallait, qu’il fallait, pourquoi toujours « il faut » ? »

Ces deux personnages en miroir – qui condensent par ailleurs nombre des éléments de la propre maladie de Woolf – sont ainsi les porte voix remarquables de l’auteur. S’ils ne se rencontrent jamais, ils sont pourtant de la même famille. C’est au cours de la réception de Clarissa que celle-ci apprend la mort  de Septimus. Au cours de cette « cérémonie secrète », la jeune femme se sent mystérieusement en empathie avec lui et comprend intuitivement qu’ « il y avait dans la mort une étreinte ».

A travers ces deux très beaux personnages gémellaires, Virginia Woolf fait donc entendre une parole vibrante et subversive que le lecteur est amené à découvrir entre les lignes. Avec eux, et de manière poignante, Woolf donne la parole à tous ceux que la société musèle et rejette. Ce faisant, Mrs Dalloway est bien l’expression de cette « prose dissidente », ainsi que la qualifie Augustin Trapenard.

 

 

 


 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 18:17

 

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Oiseaux sur l'antenne en face de la fenêtre de ma chambre 

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 06 novembre 2012)

 

Sur le pupitre du ciel

Le vent musicien

Compose une partition ailée

 

Mercredi 06 novembre 2013

 

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(Photo ex-libris.over-blog.com, le 06 novembre 2013)

 

 

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 15:36

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      Sur les pelouse de Bondi Beach (Australie)

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

Dans l'été vert austral

Instant japonisant

Un tout petit enfant

Mouettes musicales

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : vol d’oiseaux


 


 

 


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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 17:29

Disgrace blancs et noirs

      Lucy (Jessica Haines) et son père, David Lurie (John Malkovich), juste avant l'agression dont ils vont être victimes


Lundi 21 octobre 2013 à 22h 35, ARTE diffusait Disgrâce (2010), un film de Steve Jacobs, adapté du roman (1999) de John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature sud-africain en 2003. Ayant récemment entendu le poète Antjie Krog évoquer la période post-apartheid, j’ai eu envie d’entendre l’écho d’une autre voix sur ce sujet douloureux. N’ayant pas lu le roman, je ne puis dire si le film de Steve Jacobs lui est fidèle mais je sais qu’il m’a laissé une impression de grand malaise. Ce film, très noir, est en effet très oppressant et les personnages mis en scène d’une grande complexité.

L’histoire est celle de David Lurie (John Malkovich), un professeur de littérature romantique à l’université du Cap, qui est contraint de démissionner car il a eu une relation- quasiment non consentie- avec une de ses élèves métisses, Melanie Isaacs (Antoinette Engels). Pratiquant un hédonisme sexuel forcené,  il  exerce implacablement son droit de cuissage sur ses étudiantes sans aucun état d’âme, allant jusqu’à utiliser le Satan de Byron pour justifier ses excès. John Malkovich interprète ici ce personnage comme il le fit du Valmont des Liaisons dangereuses de S. Frears, avec autant de cynisme et de froideur malgré quelques années en plus.

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Le professeur David Lurie (John Malkovich) et l'étudiante Melanie Isaacs (Antoinette Engels)

Objet du scandale et tombé en disgrâce, il s’en va dans le veld auprès de sa fille Lucy (Jessica Haines), qui exploite une petite propriété agricole dont elle vend plantes et fleurs au marché local. Elle partage ses biens avec un Noir du nom de Petrus (Eriq Ebouhaney )qui, peu à peu, et avec son accord, prend possession de ses terres. Un jour, trois très jeunes Noirs pénètrent chez elle et la violent, tandis que son père est enfermé dans les toilettes et manque d’être brûlé vif. La jeune femme se refuse à porter plainte et son père sent monter en lui une violence irrépressible contre les agresseurs de sa fille et Petrus, qui a peut-être télécommandé l’agression afin de faire fuir Lucy et de s’emparer de ses terres.

Disgrace Père et fille 2

                   David Lurie et sa fille Lucy sur la propriété agricole de la jeune femme dans l'arrière-pays

Le film montre ainsi l’atmosphère de revanche et de violence qui est celle de l’après-apartheid. Chaque personnage vit ce basculement d’un monde à sa manière, complexe et souvent opaque. Lucy, alors que son père souhaite qu’elle retourne aux Pays-Bas près de sa mère, s’y refuse absolument. Elle s’oppose encore violemment à lui lorsqu’il s’en prend au jeune Noir qui l’a violée. Elle accepte de façon assez incompréhensible que celui-ci revienne même habiter non loin d’elle chez Petrus. Elle s’obstine enfin à vouloir garder l’enfant issu du viol. On croit comprendre que, pour elle, c’est un moyen de payer sa dette de femme blanche vis-à-vis de l’homme noir, longtemps soumis. Elle est même prête à épouser Petrus et à devenir la femme de celui-ci qui est appelé à devenir le nouveau maître des terres. Je dois dire que j’ai bien du mal à comprendre ce personnage et à nommer ce qui constitue l’essence de ses choix : attachement viscéral à la terre, pardon, résilience, soumission, abattement, masochisme, sidération, acceptation d’une évolution inévitable…

L’attitude de Petrus, le fermier noir qui habite sur les terres de Lucy, est aussi très hermétique. Uniquement préoccupé par l’exploitation et l’irrigation de son terrain, il semble dénué de toute empathie envers la jeune femme qui travaille avec lui, et dont il est, peut-être, à l’origine du malheur. La dernière image du film laisse entendre qu’il a achevé de construire sa maison, et que désormais il va cohabiter avec Lucy.

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David Lurie (John Malkovich), le professeur de littérature anglaise

Le film montre surtout l’évolution de David Lurie, le professeur de littérature tout-puissant, qui voit s’effondrer toutes ses certitudes d’homme blanc supérieur. Le viol que subit sa fille, l’attitude incompréhensible de celle-ci, l’agression sauvage dont il est victime, l’impunité des agresseurs, tout cela représente pour lui l’humiliation suprême, qui le ravale au rang de l’animalité. Ainsi, lorsque sa fille lui dit : « Oui, c’est humiliant. Mais c’est peut-être un bon point de départ pour recommencer. C’est peut-être ce que je dois apprendre à accepter. Repartir du sol. Sans rien. Sans atouts, sans armes, sans propriété, sans droits, sans dignité », il lui répond : « Comme un chien. »

Le viol que subit sa fille remet en cause sa propre attitude vis-à-vis des femmes. Dans la voiture qui le ramène avec sa fille vers Le Cap, Mélanie lui dit en substance que, pour un homme, soumettre une femme doit créer un sentiment qui doit s’apparenter à la toute-puissance et au désir de mort. Il reconnaît alors à demi-mot que c’est le cas pour certains hommes. On comprend bien sûr qu’il fait partie de cette sorte d’hommes. Sa renonciation à ce qu’il fut passe aussi par une visite à la famille de l’étudiante qu’il a séduite. Non content de leur dire qu’il est « désolé », ce dont le père de la jeune fille (David Dennis) ne se satisfait pas, il est amené à s’agenouiller devant la mère de famille et une autre des filles pour leur demander pardon. On mesure ainsi tout le parcours de cet homme, plein de morgue au début du film, qui finit par venir à résipiscence et à abdiquer tout ce qu’il fut. Il semble qu’il n’y ait plus aucun avenir pour lui dans le nouveau monde qui se fait jour

On l’aura compris, Disgrace est un film dur, implacable, sans grâce aucune. Le décor sec et rude de la terre sud-africaine se prête particulièrement à cette réflexion sans concession sur le basculement d’un monde. L’omniprésence des chiens que l’on dresse, que les jeunes noirs abattent au fusil, que la gardienne du chenil euthanasie, que David Lurie transporte dans des sacs de plastique noir pour les brûler au crematorium, confère à ce long-métrage une atmosphère de violence, d’animalité brute et de mort. On perçoit le danger à chaque instant, comme sur cette route du Cap où le père veut s’arrêter  et où la fille lui dit que c’est trop dangereux..

A la fin de ce film d’un pessimisme absolu, sans guère d’espoir de rédemption, où l’on ne sait plus où est le Bien et où est le Mal, j’ai pensé aux derniers vers extraits du poème,  « Jadis dame Justice avait les yeux bandés », d’Antjie Krog :

« car finalement la culpabilité l’injustice et la corruption

 demeurent

mais plus dangereuses encore sont les mains propres »

Disgrace-les-chiens.jpg

David Lurie (John Malkovich) et Lucy (Jessica Haines)  avec leurs chiens 

 

Crédit Photos : Allo-Ciné

 

 


 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 23:07

 yuki et nina 1

      Yuki (Noë Sampy) et Nina (Arielle Moutel)

 

Lundi après-midi, j’ai regardé par hasard sur ARTE un film franco-japonais de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, intitulé Yuki et Nina (2009). C’est un film plein de sensibilité, à hauteur d’enfant, et  qui m’a beaucoup plu.

C’est en 2005, à l’occasion du projet du film, Un couple parfait que le réalisateur japonais rencontre d’abord le comédien Hippolyte Girardot, pressenti pour jouer le rôle du mari de Valeria Bruni-Tedeschi. C’est finalement Bruno Todeschini qui sera choisi. Pourtant, quelque temps plus tard, il rappelle Hippolyte Girardot et lui propose de coréaliser avec lui un film « qui aborderait la question des enfants ». En dépit de la barrière de la langue, de l’éloignement et de l’absence de financement pour écrire, Hippolyte Girardot, séduit par cette proposition peu banale, accepte.

De cette collaboration naîtra donc ce joli film qui raconte l’histoire d’une petite fille franco-japonaise, Yuki (Noë Sampy) dont les parents (Jun, jouée par Tsuyu Shimizu, et Frédéric, interprété par Hippolyte Girardot) divorcent et qui refuse de suivre sa mère au Japon. Entraînée par son amie Nina (Arielle Moutel), elle fera une fugue à l’issue surprenante.

La gageure était de taille : il fallait trouver une petite fille qui ait l’âge du rôle, qui parle aussi bien le japonais que le français, qui accepte de tourner pendant les deux mois de vacances scolaires. Ce sera Noë Sampy dont le visage mystérieux et lumineux donne sa couleur si particulière au film. Avec sa partenaire Arielle Moutel, elle entraînera les deux réalisateurs « dans le secret de leur vie ».

Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa sont pères tous les deux mais, plutôt que de parler de la relation père-enfant, ils ont fait le choix de donner la préférence à la vision de l’enfant. Les deux réalisateurs ont miraculeusement surmonté les difficultés de l’éloignement.  Au cours du tournage, le comédien français a dirigé les acteurs français tandis que Nobuhiro Suwa supervisait davantage l’ensemble des scènes. Le montage s’étant fait en parallèle au Japon et en France, il leur a fallu ensuite harmoniser leurs visions respectives pour donner au film sa cohérence et son équilibre.

Dans ce film, les dialogues me sont ainsi apparus particulièrement justes, notamment quand la mère de Nina, Camille (Maryline Canto), tente d’expliquer aux deux petites filles pourquoi elle aussi s’est séparée du père de Nina. A sa mère qui lui dit : « C’est pas facile la vie […] C’est pas toujours comme on voudrait », Nina rétorque : « C’est pas du tout comme on voudrait. »

Et quand elle demande : « Pourquoi ils peuvent pas se remettre ensemble ? », et que sa mère reprend : « Pourquoi on se sépare, tu veux dire ? Pourquoi on n’arrive pas à faire autrement. Parce qu’on se dispute trop, que c’est insupportable, tu vois », Nina assène : « Vous avez qu’à vous excuser. Et en plus, nous, on a envie de rester ensemble. »

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Jun (Tsuyu Chimizu), Yuki (Noë Sampy) et Frédéric (Hippolyte Girardot)

En effet, comment expliquer la fin de l’amour, comment dire à son enfant que l’on est quand même malheureux de se séparer, que l’on ne peut faire autrement ? L’enfant ne peut comprendre : « Mais c’est un peu zinzin comme truc, maman là… » Et de crier : « Vous avez qu’à arranger vos problèmes et plus vous disputer ! »

Il en va de même dans la scène où Yuki ne peut dormir et va retrouver son père en train de danser seul dans le salon. Il a beau lui expliquer qu’elle aura une belle vie au Japon avec sa mère, qu'il sera heureux de la savoir heureuse quand même loin de lui, le visage perdu de la petite fille révèle son incompréhension totale des explications des adules.

Convaincue par son amie Nina, Yuki s’enfuit avec elle jusqu’à Bourron-Marlotte, près de la forêt de Fontainebleau, dans la résidence secondaire de son père. Craignant d’être repérées par la femme de ménage entrée dans la maison, elles gagnent toutes deux la forêt. Celle-ci, lieu de tous les imaginaires, permet aux deux réalisateurs de créer une séquence particulièrement réussie.

Lieu initiatique, gardé par un rocher qui a la forme d’un crapaud-monstre, la forêt va en effet permettre à Yuki, nouvelle Alice, de pénétrer dans un autre espace-temps, japonais celui-là, où elle rencontrera sa grand-mère et jouera avec des petites amies japonaises. Nous la suivons dans ce lieu qui devient de plus en plus étrange, de plus en plus inquiétant ; nous débouchons enfin avec elle sur un paysage de rizières où retentit le chant des cigales. J’ai aimé ce très beau plan d’ensemble où l’on voit la minuscule silhouette blanche de Yuki émerger de la verdure touffue de la forêt, bordée par un petit sanctuaire shintoïste.

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Yuki et sa grand-mère maternelle

Tout l’esprit du film réside, me semble-t-il, dans ce subtil équilibre entre rêve et réalité. Hippolyte Girardot le souligne lui-même : « La forêt, qui est dans le film le lieu du passage d’un monde à l’autre, est devenue pour nous aussi un lieu magique. » Et Nobuhiro Suwa ajoute : « J’ai pensé que la forêt pouvait être un lieu de passage qui, par le biais du cinéma, devenait réel et exprimait notre démarche commune avec Hippolyte. Cette forêt représente aussi un lieu qui serait en dehors de la communauté sociale et familiale, un monde où iraient les enfants seules, sans l’influence de la famille. »

C’est ainsi le passage par cette forêt qui apprend à Yuki à grandir et à accepter d’accompagner sa mère au Japon. L’épilogue du film est particulièrement réussi qui montre comment mère et fille se retrouvent en communion d’âme près de la maison de la grand-mère : la première y a vécu enfant, la seconde y a joué en rêve.

Avec ce film subtil et poétique, Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot nous proposent une approche du monde de l’enfance particulièrement réussie. Tout comme Henry James et sa petite Maisie, ils font de Yuki, déchirée par la séparation de ses parents, un portrait particulièrement juste et touchant, qui ne sombre jamais dans la mièvererie.

 

 

 

Sources :

Yuki et Nina : entretien avec Hippolyte Girardot, Olivier Père, 22 octobre 2013

Yuki et Nina, Allo-Ciné

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:00

 

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      Minuscule tag au bas d'un mur de North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)


Depuis quelque temps, l’artiste urbain Bansky joue au chat et à la souris avec le maire de New-york, Michael Bloomberg. Ce dernier n’approuve guère les tags de ce street artist, qu’il considère comme « signe [s] de décadence et de perte de contrôle ».

Cela m'a fait penser aux grands tags colorés (mais pas du tout interdits), au trait un peu grossier, peints sur la promenade de Bondi Beach en Australie. Celui qui célèbre le surf, sport national australien :

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Sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

Un autre, plus nationaliste, qui rappelle la mémoire de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) et de ses soldats qui s'illustrèrent pendant la Première Guerre Mondiale.

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Tag en mémoire de l'ANZAC, sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

Ou bien encore celui-ci, très émouvant, et qui commémore les noms des jeunes Australiens morts dans l'attentat de Bali.

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Tag en mémoire de l'attentat de Bali, sur le mur de la promenade de Bondi Beach

(Photo ex-lbris.over-blog.com, janvier 2013)

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Petit tag sur un mur de North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog;com, anvier 2013)

Pourtant, les tags que j’ai préférés, ce sont de petits tags noirs très discrets, disséminés sur les murs blancs des maisons de North Bondi. J’ai aimé les découvrir au détour d’une rue, tout petits certes, mais tellement évocateurs : les skate-boarders, l’ange, l'homme aux bras levés… Je ne saurai jamais ce qui a présidé à leur présence, quel signe de reconnaissance ils signifient. Pour autant, ces minuscules éclats noirs sont les petits cailloux blancs sur le chemin australien de ma mémoire.

 

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Minuscule tag représentant un ange au bas d'un mur à North Bondi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

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Tag d'un homme aux bras levés au bas d'un mur de North Bodi

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2013)

 

 

 

 


 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 21:43

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      Allégorie des cinq sens, Herman Aldevereld


Dimanche 20 octobre 2013, j’ai participé à Chênehutte-les-Tuffeaux à un atelier d’écriture intitulé Sentir-Ressentir et organisé par la poétesse Albane Gellé et une praticienne en haptonomie, Ghislaine Henry-Mourant. J’ignorais tout de cette discipline fondée dans les années soixante par Frans Veldman. Sa pratique permet d’entrer en contact (tactile) pour faciliter la guérison et la compréhension. Elle met en jeu les mécanismes affectifs qui régissent les relations interpersonnelles. Cette approche, qui guide, accompagne et soutient, est surtout pratiquée dans le cadre néo-natal ou dans l’accompagnement des personnes âgées. En ce qui nous concerne, il s'est agi simplement de partir en quête des vibrations intimes suggérées par nos sens.

La journée s’est donc passée en un constant va-et-vient entre temps de lecture de poètes contemporains, exercices d’écriture avec consignes, choix de mots, exercices très simples à l’écoute de la sensation immédiate et moment de réflexion et de prise de notes dans le jardin. A la fin, une heure a été consacrée à l’écriture d’un texte avec réutilisation de tout le matériau accumulé pendant la journée. Voici le texte que j’ai écrit :

 

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Diseuses, les larmes au bord de mes paupières.

Quoi ?

Dans ce labyrinthe de mots et de feuilles

Qui tombent comme neige,

Peut-être…

Sur mon front le chuchotis du vent

Et sous mes pieds le roulis des pommes de pin.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans mon oreille en coquillage

La voix du voisin comme venue d’une boîte,

Le cri noir d’un corbeau,

Un craquement soudain comme des noix qu’on casse,

Un ronron de voiture, une mouche qui passe.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans mes yeux étonnés

Le déchirement d’un carré bleu hors des nuages,

Le salik aurea tortuosa et ses feuilles en virgule,

L’orange des kakis, lanternes asiatiques,

Les têtes rondes du sureau, une harmonie parfaite.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Le chiffon déchiré qui frissonne sur le fil à linge,

Et le ti-ti des troglodytes,

Mon ombre dessinée au soleil surgissant,

Sept petites fleurs obstinément vivantes.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Dans ma narine en fièvre

L’odeur des mousses douces,

La saveur amertume de trois gros champignons,

Le parfum désuet de la rose esseulée.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Pour mon dos harassé

La chaise au bois usé où je voudrais m’asseoir,

La lanterne oubliée aux branches d’un vieil arbre.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Pour ma bouche assoiffée

Les perles de la pluie sur l’herbe pourrissante,

Le frémissement vert d’une eau ensommeillée.

Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

 

Ecrire en ce jardin.

 

 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:13

 

 Antjie Krog et Lory

Antjie Krog et Georges-Marie Lory disant des poèmes extraits de Une syllabe de sang

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Pour sa première action, Lettres sur Loire et d’Ailleurs a invité à l’automne 2013 l’écrivain sud-africain Antjie Krog pour un itinéraire de rencontre en Pays de la Loire. C’est ainsi qu’elle a été accueillie par La Maison des Littératures, mercredi 16 octobre à 20h, à la salle Beaurepaire à Saumur.

Georges-Marie Lory, le traducteur des œuvres de l’écrivain, a d’abord présenté Antjie Krog, selon lui la voix la plus forte de sa génération. Il a insisté sur sa participation capitale à la commission Vérité et Réconciliation, sur l’importance de ses ouvrages sur la société sud-africaine. Il a fait remarquer qu’elle a traduit en afrikaans nombre de poèmes majeurs et notamment des textes de la littérature hottentote. Il a souligné que l’écrivain est entré très jeune en rébellion contre l’apartheid en publiant à seize ans un poème contre la ségrégation entre Noirs et Blancs. Depuis, la poésie est demeurée son arme de combat.

Puis Georges-Marie Lory a évoqué la langue afrikaans (qui signifie « africain »). Il s’agit d’une sorte de créole issu du néerlandais que parlaient les premiers colons néerlandais, les « boers » (« paysans/ agriculteurs »). Ensuite les esclaves, les malgaches, s’approprièrent ce langage simple dans sa grammaire, d’une grande richesse de vocabulaire, et devenu une langue à part entière.

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Antjie Krog et Georges-Marie Lory

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

Devant un auditoire d’une cinquantaine de personnes, debout à jardin, Antjie Krog a dit en afrikaans certains de ses poèmes extraits de son recueil Une syllabe de sang (Le temps qu’il fait, septembre 2013). Les textes étaient traduits vers par vers ou a posteriori par son traducteur Georges-Marie Lory. Ce recueil rassemble la plupart des poèmes publiés en Afrique du Sud sous le titre Verweerskrift (Ecrits de résistance, Umuzi 2006). On y trouve des poèmes anciens (1970, 1980) et des poèmes inédits composés en 2010.)

Antjie Krog a commencé avec le poème « Cela gronde doucement », qui dit comment l’attente de la pluie dans le veld pèse sur la nature et sur les êtres. « Depuis » évoque le passage du temps sur la faune et la flore qui mène vers le néant. « Chant marital » souligne avec lucidité le « survivre ensemble » de deux époux de trente années. « Le taureau de bronze à Lavigny  », « ce taureau en dé-rut » apparaît comme la métaphore du corps vieillissant en déroute. « Dépression » est la déchirante exhortation d’une mère à son fils en proie à la dépression : « c’est terrible. c’est terrible de voir. / de te voir ainsi. » Dans la tranquillité du matin, « Thé matinal », qui clôt le recueil, propose une tonalité plus sereine et plus apaisée. « Serré dénoué » décrit avec lucidité les ravages de la vieillesse sur le corps féminin ménopausé. Antjie Krog a conclu la première partie de cette rencontre avec le deuxième poème du recueil, « C’est vrai ». Un texte noir, sans concession, qui dit l’indifférence de la nature devant celle qui reconnaît qu'elle est « au bord de l’abîme ».

Ce choix de poèmes nous a ainsi présenté la variété de la voix d’un écrivain physiquement et sensuellement attaché à ses racines. Il nous a révélé l’amour d’une femme pour ses proches, la même qui en même temps n’hésite pas à dire les vicissitudes de la vieillesse sur son corps. Georges-Marie Lory, avec qui j’ai parlé un peu après, m’a dit que Antjie Krog est le seul poète qu’il connaisse à parler du corps féminin de cette manière.

Je voudrais ajouter qu’entendre ces poèmes dits en afrikaans a été une expérience très forte émotionnellement. La gutturalité de cette langue, ses [g], ses [r], le rythme des vers, la manière profonde et envoûtante dont l’auteur a dit ses textes, m’ont beaucoup impressionnée. Loin de m’éloigner de cette poésie, cette langue étrangère me l’a inexplicablement rendue proche. Certes, la traduction de Lory nous en a donné le sens, mais, à la limite, j’oserais dire que cela n’était pas nécessaire, tant il est vrai que la poésie est peut-être avant sonorité et musique. Et puis, j’avais eu la chance avec quelques-uns d’avoir lu, la semaine précédente, certains de ses poèmes à voix haute en français, et de m'être ainsi déjà familiarisée avec eux.

Pour conclure ce temps, l’écrivain  a dit en souriant, avec humilité, qu’il est bien difficile de lire de la poésie étrangère. Georges-Marie Lory dira plus tard, au cours de l’entretien, qu’il est impossible de traduire un poème ; parfois on privilégie les sonorités, parfois le rythme ; on est obligé de composer tout le temps.

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Lydiane Stater-West, Cathie Barreau, Georges-Marie Lory, Antjie Krog et son interprète Jérôme Woodford

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Après ce beau moment, Antjie Krog et Georges-Marie Lory ont rejoint à cour Cathie Barreau (directrice de la Maison Julien Gracq), Lydiane Stater-West (coordinatrice de La Maison des Littératures) et un interprète, Jérôme Woodford ; l’entretien a porté sur la participation de Antjie Krog à la commission Vérité et Réconciliation. En journaliste et en poète, elle relate cette expérience dans un ouvrage publié en 2004 chez Actes-Sud, La Douleur des mots.

Elle a d’abord dit le statut particulier de cette commission au cours de laquelle 22000 victimes sont venues témoigner. Sur les 8000 tortionnaires, 1123 ont été amnistiés tandis que les autres n’étaient pas poursuivis pénalement. Ceci ne leur a pas, bien sûr, évité de graves problème psychologiques par la suite. Quant aux victimes, elles ont eu droit à des compensations très faibles, au grand dam de Mgr Desmond Tutu, archevêque du Cap et président de la commission.

Antjie Krog a participé à celle-ci en tant que journaliste pour la Radio Nationale d’Afrique du Sud. Les premiers temps ont été extrêmement difficiles à vivre, marqués par des « images de dévastation […], un vaste paysage aride, inconsolé ». Affrontée au choc des témoignages, contrainte de se remettre à fumer, marquée par l’épuisement physique, en proie aux mêmes symptômes que les victimes, elle a même envisagé de renoncer à sa participation. « Les artères de notre passé saignent à leur  rythme » dit-elle.

Lydiane Stater-West, après avoir évoqué le titre original de l’ouvrage, Country of my skull, traduit par La Douleur des mots (le titre anglais vient d’un poème de l’écrivain et c’est l’éditeur qui a trouvé le titre français), lui a demandé si elle concevait l’écriture comme une lutte. Elle a répondu que, pour la mauvaise mère qu’elle est, écrire est la seule chose qu’elle sache et puisse faire. L'écriture fait partie de l’effort pour décrire les mensonges.

Cathie Barreau a ensuite évoqué la toute jeune fille qui avait pris position contre l’apartheid. Que s’était-il passé ? Antjie Krog a insisté sur le fait qu'alors tout le monde était conscient de l’horreur de la situation mais qu’il était plus facile de ne pas le reconnaître. Pour elle, elle n’a dit à l'époque que ce qui était évident ! Ses professeurs étaient inquiets et elle-même  se sentait très seule. Elle se demandait si elle était vraiment poète et, tous les poètes afrikaners ayant commencé en France, souhaitait venir à Paris. C’est sa mère qui lui a dit qu’il valait mieux écrire sur la vie ordinaire, sur ce qui est autour de soi, et c’est ainsi qu’elle est restée en Afrique du Sud.

Dans la salle, on lui a alors demandé comment, dans la période transitoire actuelle, elle voyait la structure sociale entre les Blancs et les Noirs. Existe-t-il une harmonie à trouver dans le temps ? Elle a répondu que le pays ne peut pas continuer comme aujourd’hui. Il faudra qu’il change bien que les Blancs refusent de perdre l’initiative. Même au Zimbabwe, où il y a eu beaucoup de choses terribles, cela change. Pourtant, la hiérarchie de l’argent demeure, la pauvreté est très importante, l’immigration est massive (2 millions de Zimbabwéens).

Antjié Krog le reconnaît : « Nous sommes un pays riche avec des pauvres ». Le pays possède une bonne constitution mais les jeunes s’impatientent. Selon elle, la sécurité n’est pas un problème majeur. Si elle se félicite que le pays ait évité une grave guerre civile, elle reconnaît qu’il est victime d’un passé où la moralité a été brisée. Les Noirs ont été humiliés, ils se sentent inférieurs aux Blancs mais les uns comme les autres ont été blessés par ce passé où les colons ont gardé la paix certes, mais au prix de moyens violents.

D’une certaine manière, la commission a creusé un autre ravin entre Blancs et Noirs. Les Blancs, s’ils ont été surpris d’obtenir le pardon des Noirs, se sont satisfaits de cet état de choses. Antjie Krog rapporte en exemple une phrase de sa mère (dont elle avoue qu’elle est raciste) : « Les Noirs sont trop paresseux pour détester. S’ils m’avaient fait ce qu’on leur a fait, je les détesterais, comme les Russes savent détester ! »

Antjie Krog conçoit ce pardon d’une tout autre manière qu’elle exprime ainsi  : « Vous avez tué mon enfant parce que vous avez perdu votre humanité. Cette perte même a touché ma propre  humanité. Au lieu de vous tuer, je vous pardonne pour que vous puissiez commencer à changer. C’est à travers votre retour à l’humanité que je peux retrouver la mienne. » Cependant, après 20 ans de démocratie, les Noirs voient que les Blancs ne retrouvent pas leur humanité et l’impatience et la colère se font jour. Les Blancs, ce sont ceux qui sont incapables de partager.

Georges Lory intervient alors pour préciser que cette violence est l’héritage d’un lourd passé colonial, bien difficile à digérer. Il rappelle qu’au cours de la guerre entre les Boers et les Anglais (1880-1881, 1899-1902), le bilan humain fut terrible. Elle occasionna 26000 morts, dont 24000 serviteurs noirs et fut à l’origine des premiers camps de concentration. La violence se perpétue : ceux qui ont été abusés abusent désormais. Le même dessin se répète : les Noirs deviennent racistes.

Le poète Philippe Longchamp a alors demandé à l’écrivain comment, dans une vie percutée par les malheurs de la population africaine, ces événements tragiques avaient modifié son écriture poétique. La forme poétique vient-elle de cette expérience ?

L’auteur avoue qu’elle n’a pas de réponse claire à cette question capitale. Elle explique que son travail est très oral, les gens auxquels elle s’adresse ne sachant pas lire. Eux, ils racontent, ils jouent. Mais comment écrit-on la politique ? Nelson Mandela et Desmond Tutu, pour leur part, sont ceux qui apportent le vocabulaire de la bonté. Ils cherchent à « maintenir en vie l’idée d’un humanisme commun ». Quant à elle, elle écrit des poèmes sur la colère et la culpabilité.

Nelson Mandela et Desmond Tutu sont comme le Roi et son Prophète dans l’Ancien Testament. Et il faut un bon roi et un bon prophète pour que ça aille bien ! Leur philosophie est fondée sur une humanité mutuelle. A Nantes, devant le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage, Antjie Krog a pensé que si les esclaves ne sont pas libres, leurs propriétaires ne le sont pas non plus. On n’est jamais seul, on est toujours lié.

Elle rappelle qu’au moment où les politiques ne savaient pas s’il y aurait une négociation, les militaires ont dit à Mandela : « On peut guerroyer pendant vingt ans. » Il leur a répondu : « Et dans vingt ans ? Pourquoi ne venez-vous pas avec moi dans un nouveau pays en paix ? » Les militaires en fait ne se sentent pas liés à Mandela qui, lui, se sent lié aux Blancs. Et à Obama se félicitant d’avoir tué Ben Laden, on pourrait rétorquer : « Qu’avez-vous appris de Mandela ? » Selon elle, c’est une honte que le pays soit gangrené par la corruption et que personne n’ait suivi les traces de Mandela. Quant à Robert Mugabe, président dictatorial du Zimbabwe, elle considère qu’il n’a pas eu la chance de rencontrer son prophète, ce dernier étant celui qui apporte les vérités les plus simples.

Cathie Barreau remarque que si l’art déstabilise et pose question, il peut aussi unifier et mettre de l’ordre. Elle souligne que lorsqu’elle entend Antjie Krog dire ses poèmes, cela crée du lien. A cela l’écrivain répond qu’elle n’en est pas vraiment persuadée. Dans le tiers-monde, la poésie est élitiste et puis sa langue n’est-elle pas celle de l’oppresseur ? La division du pays est telle qu’elle ne voit pas comment l’art pourrait y être efficace. Il faudrait écrire en zoulou et dans les 11 langues du pays.

Dans la salle, un auditeur précise que la poésie existe pour être écoutée. Il y a une manière de dire avec les mots et entre les mots. Que se produit-il actuellement dans la poésie en Afrique du Sud ? Quelles en sont les grandes tendances ? Antjie Krog lui répond que le plus grand défaut actuel du pays concerne l’éducation. C’est en effet seulement à présent qu’est éduquée la première génération ne parlant pas l’anglais. Pourtant les Noirs, avec seulement une cinquantaine de mots pour exprimer leur vie, ont beaucoup de choses à dire. L’écrivain lit ainsi de la non-fiction et elle y découvre des choses sur son pays qu’elle ne pouvait imaginer. A ce titre, il existe une littérature sud-africaine intéressante, composée de poètes qui n’ont jamais entendu que des hymnes, qui ne sont pas de langue afrikaans ou anglaise, et qui parlent dans leur tradition orale. Antjie Krog considère qu’ils parlent de leur pays d’une manière qu’elle-même ne pourra jamais pratiquer.

Un autre auditeur, ayant été séduit par sa manière de dire ses textes en lien avec son corps, demande alors à l’écrivain si c’est chez elle quelque chose de spontané ou si cela résulte d’un travail. Elle avoue que, lorsqu’elle était jeune, elle refusait de lire à haute voix. A la faveur de la campagne de libération de Mandela, elle a été appelée à parler en public et elle en était terrifiée. Elle a beaucoup réfléchi à la manière d’y parvenir, à la façon de s’habiller. Elle a compris que le respect de l’auditoire est capital et qu’elle se doit de lui proposer une lecture qui soit bien supérieure à ce que chacun peut faire chez soi. C’est ainsi que son écriture a changé, modifiée par cette idée d’un  respect de l’oralité et des sons. La page est venue plus tard, ajoute-t-elle.

Elle raconte qu’au cours d’un festival de littérature au Sénégal, elle a compris que c’est l’émotion qu’on y met qui fait un bon poète. Elle a retenu la leçon de deux poète qui s’y produisaient : « Je suis la mémoire de mon peuple. Quatre-vingt-dix pour cent de ce que je joue, c’est la mémoire de mon peuple », lui a dit le premier. Et l’autre, un Berbère, a renchéri en ajoutant qu’il lui fallait se souvenir des « trous à eau », pour ne pas mourir de soif. S’il existe nombre de façons de devenir un poète, peut-être que la quête des oasis est la plus importante.

Pour finir, Antjie Krog a remercié son traducteur et son interprète. S’il y a onze langues en Afrique du Sud, on ne les traduit jamais. Elle a remercié tous les participants pour ce partage : « Je viens d’un pays où l’on ne partage pas », a-t-elle conclu avec regret et clairvoyance.

Dans cette rencontre, j’ai apprécié la lucidité et l’engagement d’Antjie Krog, celui de toute une vie ; j’ai été saisie par la manière admirative dont elle évoque Mandela et Desmond Tutu, celui qui parle « au nom de tous – et en même temps [exprime]  le chagrin le plus secret de chacun ». Mais c’est surtout l’entendre dire son long combat à travers les poèmes en afrikaans - la langue des victimes et des bourreaux - qui m’a le plus émue.

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 Georges-Marie Lory et Antjie Krog

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

 

 

 

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