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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 16:51

Mendelsohn.jpg

 

Daniel Mendelsohn est surtout connu pour son œuvre magistrale, Les Disparus, parue en 2007, et saluée comme un chef-d'œuvre. Il y part à la recherche de son grand-oncle Shmiel, de sa femme et de leur quatre filles, engloutis dans la tragédie de la Shoah, afin de leur  redonner un nom et un visage.

On connaît moins son  premier  ouvrage autobiographique, paru en 1999, et intitulé L'étreinte fugitive. Il  forme avec Les Disparus et le livre qu'il est en train d'écrire, le premier volet de sa trilogie intime et familiale. On y découvre comment l'homme et l'écrivain se sont constitués. Dans sa Préface au lecteur français, il explique comment Les Disparus n'est pas « un livre sur la Shoah », mais un texte qui évoque la « relation angoissée, mais enrichissante, que le présent noue avec le passé et que le moi noue avec la famille. » Réfléchir à ces relations essentielles est vain, si on ne s'est pas interrogé sur son moi. Ce sera le fil rouge de L'étreinte fugitive.

Structuré en cinq chapitres, dont les titres sont révélateurs (Géographie, Multiplicité, Paternité, Mythologie, Identité), Daniel Mendelsohn part en quête de lui-même. Nourri de culture grecque, il tente une explication de lui-même à partir de la syntaxe de la langue grecque, fondée sur la bipolarité, sur le men et sur le de. Ce rythme de la phrase finit par structurer son être : « le monde men dans lequel vous êtes né ; le monde de dans lequel vous choisissez de vivre. » On y apprend que son existence oscille entre le monde juif, austère, hétérosexuel, procréateur et productif, et le monde de l'homosexualité, avec son culte de la beauté et sa chasse aux plaisirs toujours recommencés. « Lorsque j'écris ces deux petites syllabes en caractère romains, je commence à écrire mon propre nom.»

Revisitant les mythes d'Œdipe et de Narcisse, il reconnaît avec les Grecs que l'identité est un paradoxe et c'est bien ce qu'il vit : Juif, avec une femme et un enfant dans une rue tranquille de banlieue, semblable à celle où il a grandi, et homosexuel, près du quartier de Chelsea.

D'une réflexion sur le paradoxe du miroir à Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci de Freud, en passant par Catulle et Sappho, l'auteur revient sur ses premiers émois amoureux dans une université du Sud, en essayant de définir ce que sont les fondements de son homosexualité : « Comment savez-vous qui vous êtes ? Vous êtes celui qui aime en surimposant le même sur la différence. C'est l'étymologie de votre désir. »

Ion d'Euripide, pièce sur la filiation, donne en outre à Daniel Mendelsohn l'occasion de s'interroger sur la paternité.  Il acceptera d'incarner la figure paternelle pour le fils d'une amie célibataire. L'enfant ne l'appellera jamais Daddy mais Nanno, « un hybride, un croisement de son prénom et de nonno qui, en italien, veut dire « grand-père ».

Enfin, c'est l'Antigone de Sophocle, « la quintessence de la tragédie », l'histoire de « l'épouse de la mort », qui lui permet d'évoquer et d'élucider un secret de famille, celui de sa grand-tante Rachel, Ruchel, devenue Ray aux Etats-Unis, morte à vingt-six ans. La tradition familiale disait qu'elle était morte une semaine avant son mariage et sur sa tombe, l'inscription en hébreu disait : « En souvenir d'une fille non mariée, Rachel fille d'Elkana décédée le 22 ellul de l'an 5683 ». En fait, il apprendra qu'elle avait été mariée civilement un an avant sa mort, L'Emergency Quota Act autorisant parents, frères et soeurs d'une Juive d'Europe centrale à entrer aux Etats-Unis, si elle était mariée à un citoyen américain. Mais les Juifs orthodoxes ne l'avaient jamais considérée comme une femme mariée, car le mariage religieux célébré par le rabbin n'avait pas encore eu lieu.

C'est donc un parcours passionnant que celui de Daniel Mendelsohn qui fait aussi revivre sa mère, « l'institutrice », son père, « le mathématicien », son grand-père, le dandy raconteur d'histoires. C'est surtout un chemin très humain que celui de cet écrivain qui, à la lumière des grands mythes antiques, finit par accepter sa double identité : « Vous êtes, après tout, celui dont le nom déplie les mystères du men et du de, de la répétition qui est aussi une opposition, de l'un qui peut être aussi deux. C'est ce que vous êtes ; c'est la grammaire de votre identité. »

Et c'est cette acceptation, cette clairvoyance sur soi-même, celle du devin Tirésias, exemple de lucidité souvent cité, qui  fait la force de ce livre.


                                                                               18 mai 2009 

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Published by Catheau - dans Lectures
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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 13:33

  Ecrivez un texte sans utiliser d'adjectifs, sur le thème de la promenade. (papierlibre.over-blog.net)

 

vol-de-pelicans.jpg


La nuit s'abandonnait le long de l'Esplanade,

Nous marchions lentement sur cette promenade.

 

Nos mains se respiraient dans la touffeur du soir,

 Nos pas à l'unisson dessus le promenoir.

 

Echo du temps du rêve, vibrait le bourdonnement

De deux didgeridoos et leur vrombissement.

 

Au loin dans la mangrove dormaient les crocodiles,

Quand sur les bancs de vase les crabes étaient en file.

 

Dans un battement d'ailes ont fui les pélicans.

Et j'ai fermé les yeux pour sculpter cet instant.

 

Mercredi 30 octobre 2008, Cairns, Australie

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 18:27

  les-classiques.jpg

 

Philippe Hamon, professeur à l'université Paris III-Sorbonne nouvelle et co-auteur avec Denis Roger-Vasselin du Robert des grands écrivains de langue française (2000-2004), a sélectionné pour cet ouvrage cent cinquante des plus grands auteurs du Moyen Age à nos jours. Prenant de la distance avec la définition classique des « classiques », associée à l'institution scolaire, qui serait une sorte de panthéon consensuel, doté d'une certaine pérennité et fixité, il préfère une définition plus ouverte et plus dynamique. Il propose plusieurs critères. Le critère stylistique d'abord : est classique un écrivain qui a inventé une langue, un style, un type d'image, une formulation. Ce qu'il appelle le « critère de fond » : est étudié comme classique un auteur qui a des idées, qui les a émises sous une forme d'essai, un philosophe par exemple, mais qui n'a pas nécessairement un style marquant. Le critère de sexe : Philippe Hamon considère qu'on n'a pas encore donné leur véritable place aux femmes dans une société qui fut longtemps phallocratique. Le critère nationaliste : un Belge ou un Suisse qui écrit dans un français remarquable méritera plus que nombre de Français d'être choisi. En dépit de ce que disait Baudelaire (Aller « Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau. »), le critère de la nouveauté n'est pas toujours pertinent car nous sommes dans une société où il y a inflation de la nouveauté. La diversité, le poids de l'œuvre sont encore des critères mais qui ne sont pas essentiels non plus. Quant à la définition d'un « classique » moderne, elle est délicate. « Moderne » veut dire à la mode aujourd'hui. Et la mode se démode vite. En croisant ainsi tous ces critères, on parvient à constituer une notion acceptable du « classique », bien qu'elle ne soit jamais ni nécessaire ni suffisante !

 

Par ailleurs, l'intrusion de l'argent dans le champ de la littérature, l'inflation des prix littéraires, le développement d'Internet, font que la notion de « classique » doit être reconsidérée dans un sens plus dynamique et sans doute plus aléatoire.

 

Dans le but de constituer une bibliothèque idéale, le jeudi 12 mars 2009, dans son émission La Grande Librairie, diffusée sur la 5, et à l'occasion du Salon du Livre, le journaliste François Busnel, accompagné de quelques écrivains connus, est parti en quête des grands « classiques ». Il a demandé à chacun de présenter le livre qui serait pour lui LE « classique » parmi les « classiques » et une autre œuvre qui lui semblerait surfaite.

Cette question a donné lieu à un échange et à des éclairages passionnant sur des œuvres que chacun connaît de nom...mais n'a pas toujours lues.

C'est en effet ce qu'a d'abord dit avec un brin de provocation Philippe Besson (La trahison de Thomas Spencer) : un « classique », c'est un roman dont tous parlent mais que personne ne lit ! Si l'on fait jouer l'argument du temps, c'est une histoire de morts même si l'auteur d'un « classique » peut aussi symboliser une nation, son génie. Mais pour résumer, c'est un mec invité chez Pivot !  A l'ombre des jeunes filles en fleurs est son « classique », qu'il qualifie de phénomène météorologique, de tourbillon, qui lui permit d'entrer « en Proust ». Dans cet « himalaya », on trouve toutes les amours et toutes les sexualités. En même temps que la détestation de soi et le masochisme, on y décrypte l'inversion à tout propos. C'est une bombe atomique littéraire puisque quasiment tous les personnages sont homosexuels et la fin de l'œuvre ressemble à un bordel pour hommes. Proust est donc un voyou en littérature !

Frédéric Beigbeder (Dernier inventaire avant liquidation) trouve cette  présentation restrictive.Pour lui, La Recherche est surtout un grand roman d'amour, qui fait la part belle à la jalousie, au temps, à la mémoire. A quoi Charles Dantzig lui répond que c'est un livre fermé qui se suffit à lui-même. Et Alain Mabanckou (Black Bazar) de rajouter que cette œuvre obéit au principe de la micro-fiction. Avec le « classique », le nombril d'un individu devient le nôtre.

Busnel s'amuse à ce moment de l'émission à  proposer un quizz sur Proust à ses invités en leur demandant de choisir entre différents titres imaginés par Proust avant de choisir son titre définitif : Les Intermittences du Cœur, Les Stalactites du Passé, Reflets dans la Patine, Les Miroirs du rêve...

Céline vient ensuite sur le devant de la scène, avec Le Voyage au bout de la nuit, « Le livre que c'est pas la peine », comme le définissait Jean Paulhan. Le nihilisme absolu, la haine, la méchanceté font que ça m'est toujours tombé des mains, dit un des invités. Les pointillés, les exclamations lui apparaissent comme une méthode, un truc, c'est comme « un cheval de cirque qui ne sait faire qu'un tour. » Il écrit comme un chauffeur de taxi « à coups de klaxon ». Par ailleurs, il n'apprécie pas son côté persécuté, geignard qui l'agace. En revanche,  il retient la trilogie de la fin : « Il a su mettre en scène sa défaite ».

Pour Beigbeder, c'est le « classique » absolu, celui que l'on peut relire tous les jours, musical et symphonique. C'est une « odyssée » qui embrasse la guerre de 14-18, le Congo, New-York, Detroit, des prostitués sublimes et des médecins obscurs. Fresque émouvante, ignoble et géniale de l'être humain, baignant dans la haine et la trouille, « C'est l'amour infini à la portée des caniches. »

Pour Mabanckou, ce roman a affaire avec le désordre et propose une vocation orale nouvelle. Le Voyage l'a réconcilié avec la littérature.

Selon Régis Jauffret (Lacrimosa), Proust est encore plus nihiliste que Céline puisque la vie n'existe que dans le souvenir, la Vie avec une majuscule !

Lorsque Amélie Nothomb (Le fait du prince) prend la parole, c'est pour exprimer son admiration absolue pour L'Eloge de l'Ombre de l'écrivain japonais Tanizaki Junichirô, un écrivain effrayant et doux, né dans le sud du Japon. Selon cet auteur, les Japonais ont un cerveau qui a une conformation différente : c'est pour cela que la spécificité japonaise n'est pas un vain mot et que les Japonais écrivent des livres « pestilentiels ». Tanizaki avec un art inégalé crée un art du clair-obscur, lorsqu'il exalte le grain de la peau poudrée de la geisha grâce à la description de ses dents noircies artificiellement. C'est en cela qu'il peut faire penser à  l'écriture de Kawabata dans sa nouvelle Les belles endormies.

Se pliant avec bonne grâce à l'exercice de Busnel, Amélie Nothomb évoque le poète Maurice Carême comme repoussoir littéraire. Pour elle, ce poète de l'école primaire, est le bien-pensant par excellence, un « tue-l'amour » en littérature. Et pour confirmer son opinion, Amélie Nothomb récite le poème « L'homme et le chien », ce qui fait rire tout le monde !

Les poètes que Mabanckou étudiait au Congo-Brazzaville était d'un autre tonneau et cela allait de soi : Verlaine, Rimbaud, Baudelaire et surtout Césaire. Son  grand « classique » est Cahier d'un retour au pays natal, « le livre qui nous a tous bousculés », « le monument lyrique du XXème siècle ». En 1942, André Breton lit le recueil dans sa première édition et il est ensuite publié dans Présence africaine. Dans ce « classique » d'une communauté, on retrouve le monde ; c'est un appel vibrant à la fraternité, un hymne des peuples en souffrance, car le Nègre, c'est aussi le Juif, l'Arabe...

Atiq Rahimi (Prix Goncourt 2008 avec Synghé Sabour) présente ensuite le livre qu'il a d'abord détesté, Les cent-vingt journées de Sodome de Sade, lu dans l'édition non-expurgée de 1973. Venant d'Afrique, il se demandait où était la littérature dans ce roman qu'il abandonnait de fatigue après la lecture de quelques pages. Plus tard, il en a fait la redécouverte et aurait voulu écrire ce texte qui, selon lui, a mis au monde le corps et le désir en littérature. Il considère désormais Sade comme l'un des plus grands écrivains français, celui dont l'œuvre gigantesque, faite de pensées fulgurantes, a quadrillé la philosophie. Il incite à la lecture des Lettres à sa femme, merveille de liberté et de complicité.

Son autre grand livre est Jacques le Fataliste et son Maître, première grande réflexion sur le roman (Le roman est-il arbitraire ou non ?) et qui lui a permis de se replonger dans le XVIIIème siècle.

Charles Dantzig (Encyclopédie capricieuse du tout et du rien) fait alors l'éloge de Gatsby le Magnifique, roman « mal foutu », sans architecture, qu'il considère comme un chef-d'œuvre. Tout en reconnaissant qu'un chef-d'œuvre peut être parfaitement construit, comme Madame Bovary par exemple, il aime cette œuvre où il respire la liberté avec cette succession de tableaux à la Edward Hopper. Comme La Recherche, c'est un roman sur une réputation, sur les potins, les ragots, sur la guerre perpétuelle faite aux réputations. Après la mort du héros dans la piscine, on n'en sait pas plus à la fin qu'au début. Le charme fou du livre vient sans doute aussi que l'auteur, Scott Fitzgerald, est inséparable du roman. Dantzig évoque encore Tendre est la nuit, livre terrible sur la dépression, et Le dernier Nabab, déjà très moderne et peut-être pas tellement différent de ce que Proust écrit.

Pour l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature, le « classique » surestimé, c'est La Princesse de Clèves, livre à la fois raté et réussi. Plus qu'un roman, c'est davantage un objet de préciosité et une fable qui agace par son côté hyperbolique. C'est un roman du « monde poli », alors que le romancier est un être mal poli. Tout le monde n'était-il pas brouillé avec Proust ? C'est cependant une œuvre qui a eu nombre d'imitateurs, si l'on songe au Bal du comte d'Orgel de Radiguet ou au Miracle de la Rose de Genet.

Amélie Nothomb apporte la contradiction en précisant que, malgré tous ces éléments de fable et de mécanique précieuse, le roman « fonctionne à fond ».

Beigbeder renchérit en insistant sur la précision d'analyse de la psychologie du mari, le prince de Clèves. Roman, dont le sujet est encore une fois la réputation, La Princesse de Clèves ne serait-il pas un roman à thèse sur le thème : comment je ne quitte pas mon mari ?

Régis Jauffret, l'auteur de Micro-Fictions, se lance alors dans un panégyrique exalté du roman de Madame de La Fayette, qui est pour lui la quintessence de la littérature. Il en admire le cristal de cette langue du XVIIème qui sait si bien rendre adéquats la forme et le fond. Selon lui, Proust vient du fin fond du temps de Madame de La Fayette, qui a écrit le premier roman psychologique français et mondial. La beauté de l'œuvre, à la limpidité psychologique et aux résonances jansénistes, réside dans l'inassouvissement de l'amour, bien loin des vulgaires « amours de bureau » !

Jauffret profite de cette occasion qui lui est donnée pour dénoncer les propos de Sarkozy sur l'inutilité de mettre au programme  du concours de certains fonctionnaires de catégorie A La Princesse de Clèves. Il a sans doute eu 2 à un devoir sur cette œuvre pour en parler de cette manière que Jauffret  juge injurieuse, et pour les fonctionnaires qui n'auraient rien à gagner à lire cette œuvre, et pour la littérature. Cracher sur La Princesse de Clèves, c'est cracher sur la France ! Il faut protester contre cet éloge de l'inculture et faire ainsi un geste patriotique. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait pendant plusieurs jours, sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris, universitaires, étudiants et lecteurs « lambdas » en lisant chacun à son tour des passages du roman de Madame de La Fayette.

Clara Dupont-Monod (La passion selon Juette) prend alors la parole pour défendre avec passion Tristan et Yseut, roman du milieu du XIIème siècle, « qui nous a constitués » et qui a composé l'âme occidentale. Pour elle, il est une étymologie des passions et a institué le coup de foudre en littérature : coup de foudre du roi Marc (dont Clara Dupond-Monod raconte la douleur dans La Folie du roi Marc) et coup de foudre de Tristan à cause ou grâce au philtre. Ce texte, dont la genèse est complexe, orale sans doute au départ, puis écrite par Béroul et Thomas, instaure le mépris des codes sociaux, Tristan n'étant pas roi, et exalte l'amour- passion, plus fort que la vie, au détriment de l'institution du mariage. Toute la littérature occidentale en sera irriguée, d'Anna Karénine à Lolita en passant par Roméo et Juliette.

Mabanckou raconte alors comment, alors qu'il avait huit ans, au fin fond du Congo, il entendit parler des amants célèbres dans une chanson qui disait : « Aimons-nous à l'instar de Tristan et Yseut. »

Pour Beigbeder, le choix de Clara-Dupont-Monod est un beau choix, dans la tradition de Longus avec Daphnis et Chloé et dont Héloïse et Abelard furent l'incarnation de ces « amoureux de l'amour ». Yseut représente les innombrables visages de la femme : la vipère, l'amoureuse. Quant au vin herbé, n'est-il pas bien avant l'heure un éloge de la drogue ?

Puis Alain Mabanckou s'arrête sur Le capitaine Fracasse, « classique » qu'il remet en cause. Gautier mit trois décennies à écrire ce roman qui parut en feuilleton et eut en 1863 un immense succès, supérieur à celui des Misérables. La construction y est trop visible, on y décèle trop les codes du roman de cape et d'épée. Mabanckou lui préfère, et de loin, Les trois Mousquetaires.

Beigbeder ajoute qu'il lui paraît ridicule de critiquer des génies morts auxquels on n'est pas sensible. Ainsi, il lui fut toujours très difficile de lire l'Ulysses de Joyce, qu'il considère cependant comme un ouvrage génial. Dans ce roman inclassable, complexe, inventif et cubiste, deux « potes »  déambulent à Dublin en 1904 et vont au bordel. Les images sont de véritables trouvailles et sont l'expression de l'absurdité de la vie elle-même. Si cette œuvre est fondatrice de la littérature des XXème et XXIème siècles,  il n'en demeure pas moins qu'elle requiert un grand effort pour y entrer.

Régis Jauffret n'en a pas du tout la même approche. Il a lu ce roman comme n'importe quel autre livre et n'a ressenti aucune difficulté à la lecture. Pour lui, on y raconte une histoire, un point c'est tout.

C'est au tour de Clara-Monod de confesser le « classique » qu'elle déteste : les Confessions de Rousseau. Elle est exaspérée par cette manière qu'a Jean-Jacques de se dédouaner sans cesse, de ne rien assumer, de vouloir toujours se trouver des circonstances atténuantes et de baigner dans l'auto-satisfaction. La scène de la fessée, « scène capitale », elle ne la supporte pas ! Quant à l'arrogance du Prologue, quelle affirmation d'orgueil ! Rousseau ne serait-il pas un Alain Delon avant l'heure ?

Jauffret tente de défendre Rousseau, avant tout un philosophe, à la sexualité perturbée par des problèmes de vessie. Ne parvenant pas à évacuer ses calculs, il a « évacué » ses enfants à l'Assistance publique ! On ne peut cependant lui dénier qu'il a été un des premiers (après Montaigne) à oser parler de soi et à se livrer, même s'il le fait à travers un filtre.

Alexandre Jardin surprend par son choix, un « bouquin ahurissant », dit-il, et intitulé Les Découvreurs, écrit par Daniel Boorstin. Cet ouvrage raconte la biographie des gens qui ont « inventé » le monde, des fous furieux qui ont pensé le monde, des hommes qui ont franchi les portes de la Peur : les Egyptiens, Henri le Navigateur...Après la lecture de ce livre, on est obligé de penser autrement. Certes, c'est un essai, mais la langue en est  "jouissive".

Le grand « classique » de Chloé Delaume (Eden, matin, midi et soir), c'est L'Ecume des jours de Boris Vian et qui signe son entrée en littérature. Elle en aime la langue jubilatoire, l'inventivité des mots (le « pianocktail » !), la précision de l'écriture. A la fin quand le chat et la souris observent Colin, l'un des deux dit : « Il n'est pas malheureux, il a de la peine » et c'est émouvant et juste. Le nénuphar, cancer qui envahit le corps de Chloé, est pour le jeune écrivain une des plus jolies métaphores de la littérature. C'est un livre dont elle se sent proche. Ce roman, souvent classé dans la littérature pour l'adolescence, est l'équivalent de L'Attrape-Cœur de Salinger. Ce livre mélancolique et drôle traverse le temps mais elle le juge sous-estimé.

Au cours de cette soirée, Rousseau n'est pas à la fête puisque le « classique » que Chloé Delaume déteste le plus est La Nouvelle Héloïse, roman épistolaire « à périr d'ennui ». Malgré plusieurs essais de lecture infructueux, elle considère que rien ne s'y passe, que personne ne meurt à la fin et que toute mélancolie en est absente. On y pouffe et c'est grotesque. Le problème est narratif et on se dit : « Tout ça pour ça ! »

Un invité lui réplique qu'il a éprouvé un grand plaisir à rentrer dans La Nouvelle Héloïse. Reconnaissant que le roman est «filandreux », il en a cependant un souvenir extraordinaire.  Il ajoute que souffrir quand on lit un livre est important. En fait, c'est le lecteur qui fait l'ennui, pas le livre.

Alexandre Jardin ajoute qu'il adore le moment où on n'est plus d'accord avec soi et où on se laisse embarquer. Cela n'a pas été le cas avec Salammbô, à cause d'une dame qui avait été méchante avec lui.

Le grand écrivain américain Douglas Kennedy (Quitter le monde) prend alors la parole pour dire son admiration sans failles pour Madame Bovary et pour Flaubert, inventeur du roman moderne. Le thème de l'Ennui, qui est celui de l'Enfer, est devenu grâce à lui un grand sujet littéraire. L'influence de Flaubert sur Updike, et surtout sur Richard Yates (mort en 1992), est indéniable. Le roman de ce dernier, La Fenêtre panoramique vient d'être adapté au cinéma sous le titre Les Noces rebelles, film dans lequel l'héroïne pourrait être une Emma Bovary de l'Après-Guerre. Ce roman de Yates est le « classique » le plus reconnu aux Etats-Unis. Chez Flaubert et chez Yates, l'adultère étant le remède à l'Ennui, leurs œuvre ne peuvent-elles pas être considérées comme optimistes ? Yates était professeur en Alabama ; adoré de ses étudiants, fumant trois paquets de cigarettes par jour, il était alcoolique, dépressif, et après deux divorces, mourut ruiné. On retrouva son manuscrit dans son congélateur !

Régis Jauffret, à son tour, déclare son amour pour George Sand, une mère extraordinaire et la première féministe qui ait « réussi », tout en prenant son destin en mains. Si l'on veut dégoûter les enfants de la lecture, on leur fait lire La Mare au diable mais si on veut amener à la littérature, on fait lire les Lettres de Flaubert à George Sand. L'écrivain normand lui doit beaucoup et il appelle la « bonne dame de Nohant » « Cher Maître ». Histoire de ma vie est un chef-d'œuvre qu'il faut lire absolument.

La conspiration économique exerce une pression terrible sur l'écrivain. Etre écrivain est souvent un second métier. Il faudrait professionnaliser l'écriture en France, la noblesse de l'intention ne garantissant pas le résultat. Molière n'écrivait-il pas pour faire tourner sa troupe ?

Le chef-d'œuvre naît souvent par hasard. Ainsi Le Feu de Barbusse  a vite échappé au dessein initial de son auteur.

En guise de conclusion, Douglas Kennedy remet en question le livre-culte de la « Beat generation », Sur la route, de Jack Kerouac. Selon lui, ce livre est plus dactylographié qu'écrit. Kerouac l'aurait écrit en trente-et-un jours sous l'influence de la benzédrine, produit comparable à l'absinthe, et à raison de vingt-cinq café serrés par jour, tous éléments appartenant à la mythologie de l'auteur américain. Les lecteurs souvent n'achèvent pas la lecture de cette œuvre...

 

Cette rencontre a été ainsi l'occasion d'un échange passionné entre écrivains d'hier et d'aujourd'hui. A chacun maintenant de lire ou de relire les « classiques »  d'hier qui ont été évoqués et de découvrir les textes de ces écrivains contemporains qui seront peut-être les « classiques » de demain.

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 18:12


Clélis a dix ans et elle n'aime pas son père. Pourquoi ? Elle ne le sait pas. Peut-être parce qu'il a les cheveux blancs, que ses petites amies lui disent que c'est son grand-père et qu'il sent l'alcool.

jeune-fille-pleurant.jpg

Le soir, dans son lit, elle écoute les bruits de la maison qui s'endort, le balancier de l'horloge, maman qui ferme les persiennes, la porte de la chambre de ses parents qui chuinte doucement et le son de la voix de son père qui s'évanouit dans la pièce. A ce moment, seulement, elle peut s'endormir.

Au réveil, au matin, au petit déjeuner, les yeux de son père fibrillés de rouge se posent sur elle et il lui demande de sa voix éraillée par le vin, le rhum et la cigarette si elle a fait de beaux rêves. Tout son corps alors se crispe et l'angoisse quotidienne pénètre en elle, comme un caillou dans une chaussure dont on ne peut se défaire.

La journée se passe, s'étire mais, en classe, elle demeure toujours les bras et les jambes serrés sur ce quelque chose qu'elle ne peut nommer. Que vais-je devenir ? se répète-t-elle à l'envi et elle a envie de vomir.

Quand elle rentre le soir, c'est toujours la même chose. Dans le petit appartement crasseux au papier déchiré, plane l'odeur qu'elle exècre : c'est celle du tabac refroidi, c'est celle du café qui a bouilli toute la journée sur la cuisinière, c'est celle de l'haleine empuantie de son géniteur, de cet homme qui l'embrasse et dont elle essuie en cachette la salive restée sur sa joue. Le père de sa meilleure amie est jeune, il est grand, il a les yeux clairs et il sent l'after shave bleu. Pourquoi le sien est-il vieux, petit, moche et puant ?

Quand le soir revient, avec des gestes mécaniques, elle prend son journal caché dans le tiroir de sa petite table de bois, sur laquelle elle fait ses devoirs, et, tout en la murmurant, elle écrit sa litanie familière : « Je veux qu'il s'en aille!"

Ecrivez un texte "caviardé" avec la phrase extraite de L'enfant africaine de Hélène Mohone: "Elle écoute, les yeux serrés, que l'odeur de son père s'en aille." (Atelier d'écriture avec le poète Philippe Lonchamp, Juin 2008)
                                                                                                                                                                
                             Juin 2008

 

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 17:52



la-cloche.jpg


Pour la dernière fois, nous passons sous le portail qui ne fut jamais fermé pendant quarante-trois ans. La petite porte de verre au crochet de fer est ouverte sur la boîte à lettres béante où le courrier ne tombe plus .

Le gros loquet noir de la porte de la cave est cadenassé par une chaîne. Un des carreaux qui surplombent la porte de bois est cassé, rectangle sombre ouvert sur l'obscurité de la cave. Des noix sont tombées du noyer, poussé anarchiquement sur le jardin que nous appelions « Babylone », et nos pas déchirent les cerneaux froissés sous les feuilles mortes salies par la pluie.

Coincé par un pieu de bois fiché en terre, une grande dalle de pierre grise se dresse, portail de la mort dressé contre la roche du coteau. A qui, à quoi servira-t-elle ?

La clenche de la porte rouge syrien de l'atelier s'abaisse. Tuyau vert lové dans l'attente de l'eau qui n'y coulera plus, vieux bidon plastifié, craquelé, vide de désherbant, râteau aux dents rouges, petite masse lourde au manche mal équarri, vieille bêche poussiéreuse adossés au mur de ciment, lame de fer d'une petite raclette encore neuve luisant par terre, brouette à la roue lourde. Où sont les roses fanées, les dahlias défaits et les ramures coupées de la haie?

Sous le vieil if au ligneux tronc noué, les baies rouges forment un tapis collant et poisseux. Gymkhana entre elles jusqu'à la porte et raclement de nos semelles sur le racloir de métal. Nos pieds s'acharnent sur le vieux paillasson détrempé, dessin vert d'entrelacs qui s'enfonce dans la terre. - Les enfants, essuyez-vous les pieds ! Attention à ces petites baies, c'est du poison !

Nous ouvrons la porte, toujours cette petite béance vers le haut qui laisse apparaître le joint de métal rosé. Combien de mains se sont appuyées sur le montant pour bien fermer le verrou ?

Sol de l'entrée mosaïque de carrelage rouge et blanc où l'on voyait des traces de la terre des vignes, de la boue du chemin vicinal et du sable de la Loire. L'emplacement de la longue traite picarde aux petites poignées de cuivre rondes, qui brillaient comme autant de petits soleils, dessine un rectangle étroit et long contre le mur marron, aux nuances de café au lait et de carton d'emballage. Le portemanteau lance dans le vide ses patères nues : où est le chapeau de grand-père et la parka verte de Bonne ?

Au salon nos pas résonnent dans le vide sur le parquet Versailles. Sur la cheminée de marbre blanc, la Diane immaculée aux seins dressés et au croissant de lune évanoui ne nous regarde plus de ses yeux mythologiques. A sa place, une sorte d'objet en porcelaine blanc et rond, madrépore inidentifiable apporté- déjà- par ceux qui, demain, seront les propriétaires. Dans le renfoncement, sur la porte-vitrail illuminée par la moitié d'un soleil d'or (comme j'en aimais la lumière ravivée au soleil descendant !), les deux hérons marchent toujours avec élégance dans les roseaux : l'un saisit un poisson dans le bec tandis que l'autre lève la patte et que voltige un papillon. Dans le renfoncement, une grande glace prétentieuse et chantournée s'est déjà installée.

On monte à l'escabeau pour décrocher les hauts rideaux beiges. Ils s'écrasent par terre avec un bruit d'évanouissement tournoyant et mou. Ils ne s'ouvriront ni ne se refermeront plus sur la verdure mouvante du jardin et sur le reflet déformé des vitres de la serre. Dessus le mur blanc, un chemin de petits clous noirs raconte que s'agrippaient là les taches roses des fleurs d'un bougainvillée rapporté de Grèce. Le serpent de la suspension tarabiscotée de verre rouge et jaune se tortille tristement. La grande maie est vide et le ronronnement de la vieille chaudière s'est tu. Nous ne verrons plus pendre les haricots du grand catalpa avant la floraison et les poteaux du volley-ball ont disparu il y a longtemps déjà.

Dans la serre au sud, plus de roucoulements ni de battements d'ailes. Sur la vieille étagère de ferraille à trois étages, les tourterelles ne couveront plus leurs petits œufs fragiles. Au-dessus, le compteur électrique est un jeu de cubes abandonné et les chiffres en sont désormais immobiles. Le petit bassin  à la margelle ronde et bombé n'est plus qu'un creux gris qui attend sans espoir le retour de la fontaine verte et jaillissante du cyca qui explose.

Dans ce qui fut le billard, deux copies de dessins japonais vieillots surplombent la cheminée qui ne réchauffe plus rien. Des voilages d'un blanc grisâtre s'accrochent encore à la haute fenêtre donnant sur la haie entourant le devant de la maison.

Dans ce qui fut une salle à manger où l'on aimait rire, une petite lampe en fer forgé noir et à l'abat-jour rouge, tente encore de s'accrocher sous les rayonnages de bois désertés.

A l'étage, dans ce qui fut la chambre des grands-parents, les fleurs du papier peint sont encore d'un vert, d'un rose et d'un jaune étonnamment vivants. Je crois reconnaître l'odeur ténue de la poudre de riz qui s'exhale des placards jumeaux entr'ouverts.

Dans la grande chambre d'amis, la haute glace au tain mangé reflète une fenêtre vide. Jamais plus celle-ci ne s'ouvrira sur un matin brumeux d'où s'élèvent les voix étouffées des vendangeurs.

Les rideaux gris tombent sur le sol de la petite chambre au sud. Un étroit set de table de coton blanc, frangé et armorié, gît sous le lavabo. Un trou dans le ventre du plâtre laisse apparaître un gros tuyau de fonte rougie.

A l'un des coins de ce qui fut une autre chambre au nord, le plafond s'effrite et se fissure. Solitaire et méprisée, une applique dorée a été laissée sur le mur.

Dans les autres pièces, les rideaux gris, les rideaux bleus, sont de vains tissus abandonnés et informes qui ne calfeutreront plus ni nos rêves ni nos cauchemars.

Nous empruntons pour une fois ultime, la cage d'escalier ronde aux murs  enduits de gros coups de pinceau et dont on disait le rose « provençal » ! Durant vingt-deux ans combien de fois avons-nous monté ces cinquante-deux ou cinquante-cinq marches, je ne sais plus. Avec des paniers à provision, avec des enfants gigotant et criant dans les bras, avec une femme au pied plâtré sur le dos...

Vestiges du double crochet de fer qui retenait le longiligne fusil de fantasia au-dessus de la porte donnant sur la grande pièce au plafond lambrissé; des crochets oubliés dans le placard de la cuisine, tapissé de petits carreaux blancs et rose, qui permettait de suspendre les pichets colorés sur la barre à pots, lazurée de vert pâle.

Lumière blafarde de l'oeil-de-bœuf de ce qui fut notre chambre, tapissée d'abord de carreaux verts et blancs cachés dans le placard, puis d'une toile de jute beige à mi-hauteur. Nous y fûmes heureux...

Demeurent encore madrier et poulie de la chambre des enfants et qui transportèrent sous le toit  nos gros meubles. Anxiété quand le vaisselier Louis XV oscillait doucement entre ciel et terre, étrange oiseau de bois planant dans les airs. Sous nos pieds craque le parquet aux larges lames rustiques, sous lequel pendant des mois avait gratté inlassablement le hamster fugueur des enfants, devenu monstrueux parce qu'il avait dévoré les noix du grenier.

Après un dernier regard vers la tour carrée du château de Marguerite d'Anjou, nous retraversons à pas ralentis la grande pièce et le couloir aux murs jaunis. De retour de notre voyage de noces, nous y avions trouvé une rose rouge en signe de bienvenue. Mouches mortes à terre, carreaux ternis et rongés, froid qui vous serre...

Nous redescendons l'escalier à spirale où la cloche de vache, que nous avions attachée en guise de sonnette, ne tintera plus. Au premier étage, sur le papier crépi du mur, est encore collée la reproduction  bleue et blanche d'une peinture, représentant une femme, au chignon à la romaine, copie de peintures de Pompéi peut-être...

Il nous faut encore relever le compteur électrique à droite au bout de l'allée de tilleuls. A genoux dans les feuilles et la terre meuble et mouillée : lourdeur de la plaque de fer losangée, légèreté de la feuille blanche de polystyrène  et du sac de jute effrangé. Chiffres minuscules, ici, plus de lumière ! Mehr Licht !

Où sont les fleurs que l'on cueillait ? Même la dernière rose de l'automne s'est fanée.

Lentement, au pas, la voiture roule, corbillard qui emporte les rideaux en vrac, la brouette en équilibre, le serpent vert du tuyau. Ils serviront ailleurs, pour d'autres. Vie durable des objets passant de main en main, des maisons qui vont de propriétaire en propriétaire...

Je me rappelle le premier soir où je suis arrivée en ce jardin : il faisait doux  et le lendemain commençaient les vendanges. J'avais dix-neuf ans. J'en pars aujourd'hui et n'y reviendrai plus. J'ai eu cinquante-huit ans hier.


 
Novembre  2007                                                                                                                                              

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 14:49

Toerless.jpg


Le lundi 30 mars 2009, ARTE a diffusé le film de Volker Schlöndorff, Les Désarrois de l'élève Törless, adapté du roman de Robert Musil, publié en 1906 sous le titre original: Die Verwirrungen des Zöglings Törless. L'ouvrage a été traduit en français en 1960 par Philippe Jaccottet.
L'excellent film en noir et blanc du cinéaste allemand (Prix de la Critique Internationale en 1966) nous fait replonger dans ce roman qui décrit le monde pervers et sadique des élèves d'un collège pour fils de bonne famille, dans l'Empire austro-hongrois du début du siècle. On ne peut qu'admirer la maîtrise d'un auteur de 26 ans dont c'est la première oeuvre, laquelle est un chef-d'oeuvre. S'ennuyant dans son école d'ingénieurs, Musil se met à écrire...
Törless est un jeune garçon de 15 ans que deux élèves plus âgés acceptent comme compagnon. Beineberg se passionne pour les philosophies indiennes et les problèmes de l'au-delà tandis que Reiting aime à dresser les élèves les uns contre les autres. Ils admettent Törless dans leur repaire aménagé dans un grenier (mais on est bien loin des douceurs versifiées du
Siècle des poètes disparus!). Ayant découvert que leur condisciple Basini a commis un vol, Beineberg et Reiting vont en faire leur jouet, pour ne pas dire leur esclave, sous l'oeil impassible et lâche de Törless. Ce dernier cèdera à une attirance passagère pour un Basini, victime passive et consentante. Le roman culmine dans une scène de sadisme collectif où Basini est livré à la violence déchaînée des élèves de sa classe. Törless, après avoir conseillé à Basini de se dénoncer pour mettre fin à son calvaire,demandera à quitter le collège.Ses maîtres, inquiets devant sa propension à philosopher, accèderont aisément à sa requête. (Les lecteurs, amateurs de mathématiques, seront sensibles à son questionnement fondamental sur les nombres imaginaires!)
Contrairement à ce qui a souvent été dit, l'intérêt du livre ne réside pas dans le récit d'une "amitié particulière". Dans sa
Préface, Philippe Jaccottet insiste sur le fait que Musil décrit le désarroi à la fois intellectuel et moral propre à l'adolescence. L'égarement passager de Törless pour Basini relève d'un trouble plus profond: la question que l'élève pose aux choses et aux êtres. Et les tortures que subit la victime correspondent, pour le héros, à l'écroulement des apparences quotidiennes. 
On ne pourra pas non plus éviter de voir dans les deux élèves tortionnaires la préfiguration de ce que seront les bourreaux nazis, dont les forces se déchaîneront quelques trente années plus tard. L'idée d'êtres inférieurs par nature, les pulsions sadiques et masochistes sont déjà puissamment à l'oeuvre dans ce roman des forces obscures. Philippe Jaccottet n'explique-t-il pas comment l'indicible se confond souvent avec l'innommable, comment la sensualité ne se sépare pas des plus intimes expériences?
Le roman et le film sont remarquables:Törless préfigure l'Ulrich de
L'Homme sans qualités et le jeu de Matthieu Carrière, dans l'éphémère beauté de ses 15 ans, est déjà étonnamment maîtrisé. 

                                                                                                                              
Avril 2009

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 08:00



Lorenzaccio.jpg



Alors que le romantisme de Victor Hugo développe dans de nombreuses oeuvres la foi dans le progrès humain, l'inquiétude politique et sociale, la fonction sacrée du poète et une certaine forme de messianisme, le romantisme de Musset se fonde sur le désarroi, l'inquiétude, le déséquilibre entre le rêve et la vie, l'appétit de sensations et la soif d'idéal de la jeunesse.

 

Car les héros de Musset sont essentiellement des jeunes qui sont au seuil de la vie et qui refusent d'y entrer. Fantasio, Perdican, Lorenzo ne découvrent devant eux que le vide et le néant. Leur angoisse devant ce siècle, « un spectre moitié momie, moitié foetus » est générateur de l'Ennui qui fait dire à Rolla: « Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux. » Cet état de perpétuelle jeunesse leur permet donc tous les excès, tous les doutes et toutes les interrogations. Il leur donne aussi l'occasion d'exhiber leur plaie béante, souvent née de la trahison amoureuse. Celle-ci est en effet partout dans l'oeuvre de Musset et constitue la toile dramatique de son oeuvre; que l'on songe à Marianne, à Perdican, à Lorenzaccio...

 

Mais ce qui constitue l'originalité du personnage romantique de Musset, c'est son dédoublement, ce phénomène d' « autoscopie » qui lui permet de se projeter à l'extérieur de lui-même et de créer un second moi. « Etre soi, c'est être plusieurs à la fois. » Cette caractéristque ne consiste pas seulement en des contradictions psychologiques mais favorise aussi la contradiction et la critique du « je » du narrateur qui s'adresse à lui-même; ceci dans la poésie la meilleure de Musset, qui est l'écho conscient de ses défaites intérieures, comme dans son théâtre. Octave et Célio s'opposent mais se complètent, Fantasio sait qu'il est un bouffon mais ne s'identifie pas complètement à ce personnage, Lorenzo croit qu'il porte un masque alors que ce dernier fait partie intégrante de lui-même...Avec Musset, nous sommes au coeur de la crise de la conscience romantique, marquée par la division de la personne, unique possibilité de vérité mais qui cependant conduit à l'échec.

 

Les personnages de Musset sont ainsi à l'image de l'auteur lui-même, Janus à deux visages, l'un brillant et spirituel, l'autre tragique et désespéré. Le « vieil Arouet » et « son hideux sourire » ont tué Dieu. Dans La Confession d'un enfant du siècle ne demeure plus qu'un scepticisme glacial qui a remplacé le « vague des passions » du vicomte François-René.

 

Musset recèle donc un tempérament étonnamment moderne: ses héros sont capables d'une lucidité extrême mais ce qui les sauve, c'est la sincérité des émotions premières et « le seul bien qui [leur] reste au monde, est d'avoir quelquefois pleuré. »

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 22:16

baleine-blanche.jpg

Michel Mohrt voit dans le puritanisme et le sens du mal deux des principaux fils conducteurs du roman américain depuis ses origines. La « puissance des ténèbres » court depuis La Lettre écarlate jusqu'aux romans de John Updike. Il s'agit là d'un thème essentiel que symbolise la « baleine blanche » de Melville. Car le blanc, pour les puritains et les « pères fondateurs » est la couleur du mal...  

 

  • James Fenimore Cooper (1789-1851).

Le Dernier des Mohicans (1826) : une évocation des guerres coloniales entre Français et Anglais au milieu du XVII°siècle.

  • Harriet Beecher Stowe.

La Case de l'oncle Tom (1852) : la description des affres de l'esclavage et sa dénonciation au nom du christianisme et du droit des femmes.

  • Edgar Allan Poe.

Histoires extraordinaires (1840) : Poe détache la littérature américaine de l'anglaise, invente le roman policier de raisonnement et crée un nouveau genre de fantastique à la frontière entre le burlesque et le métaphysique.

Récit d'Arthur Gordon Pym (1838): mutinerie, naufrage et "horribles souffrances » accablent une expédition dans les mers du Sud et l'Antarctique.

  • Nathaniel Hawthorne (1804-1864).

La Lettre écarlate (1850) : dans l'Amérique puritaine des pionniers, une femme adultère est punie. Elle choisit de rester sur place et de se racheter par sa bonté.

  • Herman Melville (1819-1891).

Moby Dick (1851): récit réaliste, roman d'aventures et quête biblique, l'histoire du capitaine Achab poursuivant la baleine blanche est le chef-d'œuvre de la littérature américaine. La richesse documentaire de cette œuvre n'est nullement éclipsée par les questions métaphysiques que pose ce roman universel.

  • Samuel L. Clemens dit Mark Twain (1835-1910).

Tom Sawyer (1876) : mélodrame burlesque où deux garnements sont confrontés au meurtre et à l'erreur judiciaire dans une chasse au trésor où ils déploient leur astuce face au monde des adultes.

Huckleberry Finn (1885) : chef-d'oeuvre de l'auteur qui consiste en un parcours initiatique du jeune paria Huck, fils d'un petit blanc raciste, avec Jim, esclave en fuite. Le roman du premier écrivain américain à utiliser une machine à écrire.

  • Henry James ( 1843-1916).

Le Tour d'écrou (1898) : James explore les confins du réel pour traduire les incertitudes d'une imagination tentée par le fantastique. L'expérience équivoque d'une gouvernante  face à deux enfants y constitue l'énigme centrale.

Les Ambassadeurs (1903) : le sommet de l'art de James. Des Américains découvrent à Paris les charmes de la vie européenne.

  • Edith Wharton (1862-1937).

Ethan Frome (1911) : l'auteur s'écarte de la peinture des mœurs de la haute société pour aborder le thème tragique de la passion inassouvie dans un paysage de Nouvelle-Angleterre, peuplé de paysans frustes proches des personnages de Thomas Hardy.

  • Stephen Crane (1871-1900).

La Conquête du courage (1895) : évocation de la guerre de Sécession à travers le regard d'un jeune soldat avide de gloire, devenu déserteur par panique sur le champ de bataille.

  • Jack London (1879-1916).

Martin Eden (1909) : à travers l'histoire du jeune écrivain pauvre et rebelle, tour à tour marin et cow-boy, les thèmes majeurs du roman américain.

Theodore Dreiser (1871-1945).

Une tragédie américaine (1925) : par le maître du roman réaliste américain, une critique féroce de la civilisation matérialiste à travers une affaire célèbre qui conduisit un meurtrier à la chaise électrique.

  • Upton Sinclair (1878-1968).

La Jungle (1906) : la conversion au socialisme d'un ouvrier des abattoirs de Chicago, broyé par le capitalisme sauvage.

  • Ernest Hemingway (1898-1961).

Le Soleil se lève aussi (1926) : ou les cyniques désillusions de l'après-guerre. De beaux personnages, Le digne Jack Barnes émasculé par une blessure de guerre, le matador Pedro Romero qui fait un art du défi à la mort, Lady Brett, femme fatale, lucide et indépendante.

L'Adieu aux armes (1929) : évocation de la désastreuse retraite de Caporetto vécue par Hemingway au cours de la Grande Guerre. L'amour entre l'ambulancier Frederic Henry et l'infirmière anglaise Catherine Barkley connaît un destin tragique.

Pour qui sonne le glas a pour toile de fond la guerre d'Espagne.

Le Vieil Homme et la Mer (1952) : un vieux pêcheur cubain, Santiago, se bat farouchement contre un énorme poisson et finit par en triompher. Une fable étonnante qui a valu à son auteur une renommée universelle et le prix Nobel.

  • John Dos Passos (1896-1970).

Manhattan Transfer (1925) : le roman éclaté d'un monde éclaté : actualités, séquences romanesques, monologues lyriques se succèdent. Les vies s'entrecroisent, les mythologies américaines se font et se défont. Une épopée du XX°siècle.

  • Francis Scott Fitzgerald ( 1896-1940).

Gatsby le magnifique (1925) : « L'histoire d'un garçon pauvre dans une ville riche...Tout le sens de Gatsby, c'est l'injustice qui empêche un jeune homme pauvre d'épouser une jeune fille qui a de l'argent » : le drame de Fitzgerald dans le scintillement des Années folles.

Tendre est la nuit (1934) : l'argent sacrifie les talents et ruine les espoirs de ceux qui veulent réussir.

  • Sinclair Lewis (1885-1951).

Babbitt (1922) : une critique acerbe de "l'american way of life". Un monde foisonnant de personnages types de la société américaine de l'après Première Guerre mondiale par le premier prix Nobel américain.

  • Willa Cather.

La Mort et l'Archevêque (1927) : une dénonciation du fanatisme à travers la vie de deux missionnaires français originaires du Massif Central, pionniers du catholicisme en Amérique.

  • John Steinbeck.

Des Souris et des Hommes (1937) : drame de la fraternité dont les chapitres sont autant d'actes rigoureusement construits qui conduisent inexorablement à une fin tragique.

Les Raisins de la colère (1939) : sur la route 66, balayée par le souffle de l'épopée, les Okies, paysans de l'Oklahoma, s'embarquent à la recherche vaine du bonheur en Californie. Le chef-d'œuvre de l'auteur.

  • Margaret Mitchell.

Autant en emporte le vent (1936) : à travers l'inoubliable figure de Scarlett O'Hara, l'auteur identifie avec nostalgie le Sud à l'aristocratie romanesque des planteurs.

  • Erskine Caldwell.

Le Petit arpent du Bon Dieu (1933) : l'évocation de la misère et de la truculence des « petits blancs » ruinés mais stoïques dans un environnement brutal.

  • Carson McCullers.

Le Cœur est un chasseur solitaire (1940) : dans une petite ville de Géorgie, John Singer est un sourd-muet voué à la solitude qui paradoxalement prend une allure charismatique en recevant les confidences intimes d'individus divers, chacun décrivant le muet « comme il souhaitait qu'il fût. »

  • William Faulkner (1897-1962).

Le Bruit et la Fureur (1929) : la malédiction du Sud racontée et perçue au travers des prismes de plusieurs consciences. Un art du contrepoint musical qui a révolutionné le roman américain.

Tandis que j'agonise (1930) : monologues narrant le périple funèbre et cocasse d'une famille de petits blancs transportant le cercueil de leur mère à Jefferson.

Sanctuaire : intrusion de la tragédie dans le roman policier selon Malraux, l'œuvre suinte de la violence pathogène que subit une jeune fille délurée, Temple Drake, entre les mains d'un malfrat  pervers et impuissant, Popeye. On la retrouve dans Requiem pour une nonne (1951).

Lumière d'Août (1932) : une exploration du mal dans un Sud miné par le racisme, livré à un pouvoir de caste qui fait régner le mépris du Noir et des femmes.

  • Henry Miller (1891-1980).

Tropique du Cancer (1934) et Tropique du Capricorne ( 1939) : des « romances autobiographiques » au centre de débats sur la pornographie et la censure. Entre Rabelais et Walt Whitmann.

  • Horace McCoy.

On achève bien les chevaux (1935): ou la révélation de l'envers sordide du rêve américain en Californie.

  • John Fante.

Wait until Spring (1938): l'auteur y commence sa saga de l'Ouest à travers le personnage d'Arturo Baldini, du Colorado aux bas-fonds de Los Angeles.

  • Dashiell Hammett.

Le Faucon Maltais (1930) : ou l'inauguration du roman noir (« hard-boiled »), où Hammett présente sur un rythme « jazzy » des scènes que, au cinéma, le talent de John Huston rendra inoubliables.

  • Raymond Chandler.

Le grand Sommeil (1939) : s'il obéit au code d'honneur d'un chevalier médiéval, le privé Philip Marlowe est aussi le héros des causes perdues.

  • Robert Penn Warren.

Les Fous du roi (1946) :l'ascension et la chute d'un politicien démagogue et fasciste qui gouverne la Louisiane.

  • Herman Wouk.

Ouragan sur le Caine (1951) : le retentissement de la guerre y est traité en termes de paranoïa et de droit militaire à la désobéissance.

  • Mary McCarthy.

Le Groupe (1963) : le gratin protestant de la côte Est, produit des fameux collèges de l'Ivy League. La vie de huit jeunes filles sorties d'une de ses classes.

  • William Burroughs.

Le Festin Nu (1959) : « Je me suis éveillé de la maladie à l'âge de 45 ans, calme, sain d'esprit et relativement sain de corps si j'exempte un foie affaibli et ce masque de chair d'emprunt que portent tous ceux qui ont survécu au Mal... » L'enfer de la drogue.

  • Jack Kerouac.

Sur la Route (1957) : le livre-phare de la « beat generation » incarnée par Dean Moriarty, un frère de James Dean. Des voitures volées, des mauvais garçons qui ont fait pacte d'amitié et la route à 200 à l'heure. Une forme de bonheur dans les liens communautaires.

  • J. D Salinger.

L'Attrape-Cœur (1951) : l'itinéraire chaotique d'un adolescent de 16 ans, renvoyé de son lycée de Pennsylvanie. Un parcours initiatique qui révèle le mal dans l'âge adulte.

  • William Styron.

Les Confessions de Nat Turner (1967) : le massacre des Blancs en 1831 par des esclaves révoltés est relaté par le protagoniste lui-même dans un récit imaginaire avant son exécution.

Le Choix de Sophie (1979) : le narrateur Stingo rencontre une survivante d'Auschwitz, ce qui donne lieu à une réflexion sur les horreurs des camps et les stratégies de survie.

  • Bernard Malamud (1914-1986).

L'Homme de Kiev (1966), Les Locataires (1971) : un observateur privilégié de la communauté juive américaine qui traite dans son œuvre du thème de l'étranger.

  • Saul Bellow, Prix Nobel en 1976.

Les Aventures d'Augie March (1953) : elles inscrivent le protagoniste dans une tradition picaresque américanisée assortie d'une quête des origines. Le tournant à ne pas manquer dans la littérature contemporaine.

  • Isaac Bashevis Singer, Prix Nobel en 1978.

Ennemis (1969) : un juif polonais croit sa femme morte, épouse celle qui l'a sauvé d'un camp nazi et se retrouve bigame.

  • Philip Roth.

Portnoy et son complexe (1969) : un portrait hilarant des juifs de la classe moyenne new-yorkaise.

  • Richard Wright.

Un enfant du pays (1940) : les brimades, les lynchages et la violence du ghetto de Chicago dans une écriture naturaliste.

  • James Baldwin (1924-1987).

Les élus du Seigneur (1953) : un jour dans la vie des membres d'une église de Harlem où l'auteur a grandi.

  • Norman Mailer.

Les Nus et les Morts ( 1948) : l'enfant terrible des lettres américaines avec un regard désabusé et objectif sur la guerre du Pacifique.

  • Irwin Shaw.

Le Bal des maudits (1948) : l'auteur y dévoile l'absurdité des destins en temps de guerre.

  • James Jones.

Tant qu'il y aura des hommes (1951) : l'œuvre révèle les luttes internes de l'armée qui broie les âmes sensibles.

  • Ken Kesey.

Vol au-dessus d'un nid de coucous (1962) : macabre et hilarante métaphore de l'enfermement et de l'aliénation, marquée par le rebelle maniaque Randle McMurphy dont l'Indien Chief, également interné, rapporte les actes qui sèment le désordre dans un hôpital psychiatrique.

Thomas Wolfe.

Le Bûcher des Vanités (1986) ; Que l'ange regarde de ce côté : un classique racontant une enfance dans une petite ville du Sud.

  • Truman Capote.

De Sang-froid (1965) : anatomie d'un fait divers : l'assassinat d'une famille de fermiers texans. L'auteur mène sa propre investigation dans une affaire criminelle au Kansas, pour finalement retourner l'accusation contre l'injustice sociale, le meurtrier ayant cru effacer son infirmité par son acte de folie meurtrière.

  • Vladimir Nabokov (1899-1977).

Lolita (1958) : la dérive d'un quinquagénaire amoureux d'une nymphette, dont il a épousé la mère par calcul.

  • Djuna Barnes.

Le Bois de la nuit (1936) : « d'une qualité d'horreur et de fatalité apparentée de très près à la tragédie élisabéthaine » (T.S Eliot), cette œuvre a influencé la littérature américaine d'aujourd'hui.

  • John Irving.

Le Monde selon Garp (1978) : ou le destin ironique et fatal du fils programmé d'une féministe.

  • Paul Auster.

The City of Glass (1985); Ghosts (1986); The Locked Room (1986): l'auteur crée un paysage urbain surréalistes de labyrinthes générateurs de dédoublements « poesques ».

  • Toni Morrison, Prix Nobel en 1993.

La Chanson de Salomon (1970), Tar Baby (1981) ; Jazz (1992) ; Paradise (1998) : ou le parcours historique et intérieur de l'Afro-Américain afin qu'il n'appartienne qu'à lui-même.

 

Liste établie à partir de :

La Littérature américaine, Daniel Royot, PUF, Que sais-je ?

La Bibliothéque idéale, Bernard Pivot, Albin Michel.

 

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 21:53

mitteleuropa.jpg 

« Est Mitteleuropéen tout homme que la division de notre continent blesse, touche, gêne, inquiète et oppresse. » (Le rêve de Mitteleuropa, György Konrad).

Cette expression, Mitteleuropa, a été popularisée par le Praguois, Milan Kundera, mais le terme lui-même ne se laisse pas traduire aisément : « Europe centrale », « Europe du milieu » ou encore « Europe médiane ».

Le concept recouvre des écrivains de langue allemande mais la littérature allemande ne s'arrête pas aux grands noms de Thomas Mann ou de Hermann Hesse et aux frontières de l'Allemagne. Elle est aussi suisse (avec Gottfried Keller et plus près de nous Robert Walser), autrichienne et, pourrait-on dire européenne avec Rilke et Kafka, nés à Prague ou Canetti, né en Bulgarie. La rencontre des cultures allemande, juive et slave, dont l'empire austro-hongrois, la Cacanie de Musil, fut en son temps le creuset, a produit un nombre impressionnant d'auteurs de premier plan parmi lesquels Schnitzler, Zweig, Roth, Perutz et bien sûr Kafka et Musil. Le rôle de Vienne fut essentiel dans cette littérature.

Voici donc une liste non exhaustive d'auteurs de langue allemande et d' écrivains que l'on peut rattacher à la notion de Mitteleuropa et quelques résumés d'œuvres.

 

Peter Altenberg (1899-1919).

Esquisses et nouvelles esquisses viennoises. Traduction : M. Couffon. Actes Sud.

 

Ingeborg Bachmann (1926-1973).

Malina (1971). Traduction : Philippe Jaccottet. Le Seuil.

Une femme entre amant et mari. Mais ces deux être existent-ils vraiment ? Une descente aux enfers dans l'énigme de la passion féminine par l'un des grands auteurs autrichiens contemporains qui fut la compagne de Max Frisch.

 

Thomas Bernhard (1931-1989).

Perturbation (1967). Traduction : G.Fritsch-Estrangin. Gallimard.

Le narrateur adolescent accompagne son père, médecin dans les Alpes autrichiennes, dans ses visites aux malades. Maladie, folie, solitude et suicide sont les thèmes habituels de l'œuvre de Thomas Bernhard ;

 

Hermann Broch.

La mort de Virgile. (1945). Traduction : Albert Kohn. Gallimard.

La dernière journée de Virgile. Ce roman de la conscience, dans lequel le poète mourant médite sur sa vie et son œuvre, rappelle, dans son projet comme dans sa construction, l'Ulysse de James Joyce. Ecrivain juif autrichien, émigré aux USA en 1938 et mort en 1951.

Les Somnambules. Traduction : P. Flachet et Kohn. Gallimard/ L'Imaginaire.

 

Elias Canetti.

Auto-da-fé (1935). Traduction: Paule Arhex. Gallimard.

La folle histoire du professeur Kien, sinologue de renom, de sa bibliothèque de 2500 volumes et de Thérèse, l'ancienne gouvernante devenue sa femme. On pense à Kafka et à Musil. Le chef-d'œuvre du prix Nobel de littérature 1981.

 

Heimito von Doderer.

Les Chutes de Slunj (1963). Traduction : A. Kohn et P. Deshusses. Rivages.

Une famille d'industriels anglais dans l'Autriche du début du siècle. Le dernier roman de l'auteur des Démons, Les Fenêtres éclairées et d'Un crime que tout le monde commet.

 

Franz Grillparzer.

Le Musicien des rues . traduction : J. Lajarije, Editions Jacqueline Chambon.

 

Hermann Hesse.

Le Jeu des perles de verre (1943). Traduction : J. Martin. Calmann-Lévy.

Un idéal de connaissance et de spiritualité imaginé en 2200. Selon Frédérick Tristan, l'ouvrage le plus complet de cet écrivain, qui résume toute la connaissance. Le dernier roman de l'auteur du Loup des steppes, Siddharta, Peter Camenzind, L'ornière, Enfance d'un magicien

 

Franz Kafka.

Le procès (1925). Traduction B. Lortholary. G.F.

L'histoire de Joseph K. arrêté un matin, accusé sans connaître sa faute. Dans le monde de Kafka, nul n'est censé ignorer la loi mais nul ne peut non plus la connaître. Cette œuvre inachevée devenue célèbre en France après la guerre a été tantôt interprétée comme un roman de l'absurde, tantôt comme une dénonciation du totalitarisme. Cauchemar et humour mêlés, la représentation d'un monde où l'homme est coupable sans jamais pouvoir se justifier. A lire aussi Le Château et La Métamorphose.

 

Eduard von Keyserling (1855-1918).

Ecrivain allemand impressionniste. Son œuvre pessimiste est fréquemment centrée sur les pays baltes de culture germanique.

 

Alfred Kubin.

L'Autre Côté (1909). Traduction: R. Valençay. NEO.

L'empire austro-hongrois en désagrégation. Entre expressionnisme et surréalisme, l'anti-utopie d'un Autrichien avant tout célèbre par ses dessins et ses tableaux.

 

Milan Kundera. (1929)

Ecrivain tchèque naturalisé français. Il s'impose par la lucidité et l'humour de ses romans (La Plaisanterie, La valse aux adieux, Le Livre du rire et de l'oubli) et de ses nouvelles (Risibles Amours).

 

Thomas Mann.

La Montagne magique (1924). Traduction : Maurice Betz. Fayard.

Hans Castorp, venu rendre visite pour trois semaines à un cousin dans un sanatorium de Davos, se laisse séduire par la magie des lieux, la maladie et la mort. Il ne quittera Davos que pour les champs de bataille de la guerre de 1914 sur laquelle se clôt symboliquement ce roman de la durée, de la fin d'un monde et de la mort. Le chef- d'œuvre d'un des plus grands écrivains de ce siècle, auteur entre autres de Docteur Faustus, Mort à Venise, Chez le prophète, Les enfants de Wotan, Les Buddenbrook.

Heinrich Mann.

Professeur Unrat (1905). Traduction : C. Wolff. Grasset.

Un petit professeur de province amoureux d'une danseuse de cabaret. Le cinéma a immortalisé sous le titre L'Ange bleu (avec Marlène Dietrich) ce roman du frère de Thomas Mann.

 

Klaus Mann.

Mephisto par le fils de Thomas Mann, auteur aussi du Tournant.

 

Sandor Marai (1900- 1989)..

Un immense écrivain hongrois dont l'œuvre fut interdite en Hongrie jusqu'en 1990 et que l'on redécouvre avec des œuvres superbes. Un témoin d'un monde finissant qui observe avec nostalgie une Europe mythique en train de s'éteindre.

Les Braises. Livre de poche.

1940. Au fond de la puszta magyare, la dramatique confrontation de deux hommes autrefois amis. Livre de l'amitié perdue et des amours impossibles, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé.

Et aussi L'héritage d'Esther, Divorce à Buda, Les Confessions d'un bourgeois, La Conversation de Bolzano, Les révoltés, Mémoires de Hongrie.

 

C.S Mahrendorff.

Et ils troublèrent le sommeil du monde. Fayard, 1999.

Vienne à la fin du XIX° siècle. La villes semble s'étourdir dans une ultime valse avant de sombrer dans la décadence avec la Première Guerre Mondiale et la fin des Habsbourg. Un médecin, l'un des premiers neurologues, le docteur Heydinger, habitué des cafés littéraires de la capitale autrichienne, voit un jour se présenter à son cabinet un certain John Livingstone, mystérieux Anglais, cocaïnomane. Ce dernier est venu enquêter sur les agissements obscurs d'une société secrète antisémite et qui veut tuer Gustav Mahler...A lire aussi La Valse des anges déchus.

 

Robert Musil.

L'Homme sans qualités (1930-32-43). Traduction : Philippe Jacottet. P.S

Dans l'Autriche-Hongrie d'avant 1914, la « Cacanie », Ulrich, l'homme « sans qualités particulières », tente de construire sa vie par expériences successives, destinées à épuiser tout le champ du possible. Une peinture des milieux d'aristocrates, de grands bourgeois et d'intellectuels autrichiens qui est aussi une critique de notre temps. L'un des trois ou quatre grands livres du XX°siècle.

Les Désarrois de l'élève Törless. Depuis quatre ans, Töerless vit au collège de X... la petite ville est située loin de la capitale, perdue dans les campagnes arides, presque inhabitées, de la vaste monarchie austro- hongroise...

 

Léo Perutz.

Le Marquis de Bolibar (1930). Traduction : O. Niox- Château. Albin- Michel.

Entre le réel et l'imaginaire, en Espagne pendant les guerres de l'Empire, le roman fantastique d'un Borges autrichien.

 

Gregor von Rezzori. (1914-1998).

Sur mes traces, Mémoires. Traduction : Jacques Lajarrige, Pierre Deshusses. Editions du Rocher.

Un caractère et un destin qui coïncide avec le siècle. Comme Zweig et Musil, le regard qu'il porte sur l'Europe dont il a vécu  tous les grands bouleversements le hausse au rang de témoin de notre siècle.

Alire aussi L'Hermine souillée.

 

Rainer-Maria Rilke.

Les carnets de Malte Laurids Brigge (1910). Traduction : Maurice Betz. P.S

« C'est donc ici que les gens viennent pour vivre ? Je serais plutôt tenté de croire que l'on meurt ici. » Malte Laurids Brigge n'est autre que Rilke lui-même à qui la découverte de Paris a inspiré ce journal où le spectacle de la ville fait surgir les souvenirs et les rêves entremêlés à la pensée de la mort et aux douleurs de la création. A lire aussi Lettres à un jeune poète et Journaux de jeunesse.

 

Josef Roth.

La marche de Radetzky (1932). Traduction : Blanche Gidon. P.S.

Rythmé par le leitmotiv d'une marche militaire symbolique et dérisoire, le roman de la décadence et de la fin de l'empire austro- hongrois à travers le destin exemplaire de la famille von Trotta. Ce que Broch appelait « l'Apocalypse joyeuse » a inspiré à Roth, écrivain juif autrichien, mort à Paris en 1939 dans la misère, son plus beau roman. Et aussi Zipper et son père, Le Roman des Cent- Jours, La Crypte des capucins.

 

Arthur Schnitzler.

Vienne au crépuscule (1924). Traduction : R. Dumont. Stock.

Le dilettantisme d'un groupe d'intellectuels et d'esthètes dans une atmosphère nonchalante de cafés viennois du début du siècle. Une anatomie de la culture et de la décadence par un auteur inspiré par Freud. A lire aussi Mademoiselle Else, La Ronde, Les dernières cartes.

 

Adalbert Stifter.

L'Homme sans postérité (1845). Traduction : G. A Goldschmitt. Phébus.

Angoisse et culpabilité. Le roman d'un écrivain catholique autrichien qui mit fin à ses jours en se tranchant la gorge. Et aussi Brigitta, L'Arrière- Saison, Les deux sœurs, Tourmaline (nouvelles).

 

Robert Walser.

L'Homme à tout faire (1908). Traduction : J. Launay. L'Age d'homme.

Sur les bords du lac de Zürich, au début du XX°siècle, l'histoire de l'employé Joseph Marti qui croyait avoir trouvé une maison et une famille chez un ingénieur, inventeur sans succès et ruiné. Robert Walser, qu'admiraient Musil et Hermann Hesse, est mort en 1958, après avoir passé 30 ans dans un asile psychiatrique.

 

Franz Wedekind (1864-1918).

Le Coup de foudre. Traduction : M. Barillier. L'Age d'homme.

Un recueil de nouvelles de l'écrivain expressionniste auteur de Lulu. Une description du désir qui rappelle souvent Schnitzler.

 

Franz Werfel (1890-1945).

Cella ou les vainqueurs. Traduction : Robert Dumont. Stock.

Ecrit en 1938, juste avant la mort de l'auteur et publié en 1955, ce roman évoque, à travers l'histoire de la famille Bodenheim, la période qui a précédé l'Anschluss. A lire également Les 40 jours de Musa Dagh, LePassé ressuscité.

 

Lajos Zilahy.

Le Siècle écarlate. Mercure de France / Bibliothèque étrangère.

C'est la vie des jumeaux Dukay, nés le jour où s'ouvre le Congrès de Vienne, que nous conte Le Siècle écarlate. Comme c'est souvent la coutume dans les familles nobles de l'empire austro- hongrois. L'aîné, Flexi, charmant, poli, docile, sera élevé à Vienne, ainsi qu'il convient à l'héritier du nom et de la fortune, tandis que Dali, le cadet, est expédié à Budapest. Tête brûlée, bagarreur, Dali va connaître un destin tumultueux, traînant tous les cœurs après lui. Une flamboyante fresque de l'histoire européen.

 

Stefan Zweig.

La Confusion des sentiments (1927). Traduction : A. Hella et O. Bournacque. Stock.

L'étrange relation d'un maître et de son disciple. Les ambiguïtés de l'amitié et du désir par un auteur qui devait fuir le nazisme et se suicider au Brésil en 1942. A lire aussi Le Joueur d'échecs, La Peur, Amok, La femme et le paysage, Nuit fantastique, Vingt- quatre heures de la vie d'une femme, La pitié dangereuse, Le monde d'hier, mémoires d'un Européen, Journaux 1912- 1940.

 

NB : Les indications de traduction et d'édition sont données à titre indicatif. Beaucoup de ces œuvres sont parues en collections de poche.

 

Ouvrages sur l'empire austro-hongrois :

Milo Dor, Mitteleuropa, mythe ou réalité.

François Fejto, Requiem pour un empire défunt.

Jacques Le Rider, La Mitteleuropa.

Claudio Magris, Danube.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 17:52






Toutes les nations du monde sont assises sur de petits pliants de fer rouillé et de toile ternie. Que viennent-elles chercher devant ce rocher aux formes femelles? Le retour dans le sein maternel? Un soleil qui ne brille plus qu'à cette aurore australienne? Un néo-panthéisme? La nostalgie d'un animisme perdu?
Une Indienne baîlle, un Anglais parle fort, un dingo, la queue basse, traverse la route.
Uluru, c'est une histoire de luttes et de batailles entre deux serpents, Woma, venue de l'Est, et Liru, vaincu, repartant vers le Sud. Les anfractuosités, les sources, les amoncellements de rocs, les dessins sur la roche racontent cet affrontement qui précède la création du peuple aborigène.
Dans les fentes, dans les failles, des peintures rupestres révèlent les artistes: empreintes de pattes d'oiseaux, échidnés, paniers de cueillette.
Le rocher rouge érodé par le vent et la pluie, c'est l'histoire du dreamtime: la patte d'émeu, le cerveau, les trois coeurs.
Et voici, toujours debout, le figuier, le prunier, qui nourrissaient le peuple Anangu.
Tout est forme et tout est symbole.

                                                                                                             Vendredi 24 octobre 2008,    Ayer's Rock, Australie

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