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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 19:33

Blog de christianemyatt :christiane myatt, Un autre couché de soleil - 



One more sunset at the front of the house, Octobre 2009 (Photo: Christiane Myatt, christianemyatt.artblog.fr).

Nuages de sang

Aux cieux mordorés

Bois tordus et noirs

Angoisse du soir


Samedi 31 octobre 2009

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 19:20
Blog de christianemyatt :christiane myatt, - Dernier interlude avec encore la mer -

Wave again at summer, été 2009 (Photo : Christiane Myatt, christianemyatt.artblog.fr).

Geyser éphémère

Ecume envolée

Le temps d'un instant

La mer a dansé


Samedi 31 octobre 2009
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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 00:20

Nicolas-Le-Floch.jpg

 

Ce soir, vendredi 30 octobre, sur France 2, on pouvait à bon droit se laisser tenter par les aventures d’un commissaire de police au Châtelet en 1771,  sous le règne de Louis Le Bien-Aimé, du nom de Nicolas Le Floch. Le personnage est né sous la plume d’un écrivain-diplomate à Sofia dans les années 80, Jean-François Parot, et ses enquêtes éditées chez Jean-Claude Lattès sont devenues des succès de librairie.

Hugues Pagan, auteur lui aussi de romans policiers, s’en est vu confier l’adaptation. Il a souhaité « éviter le mélange film historique et kung-fu et conserver une langue littéraire », qui est un des atouts majeurs de la série. Imparfait du subjonctif, nombreuses tournures négatives, lexique de termes oubliés, confèrent au téléfilm une saveur particulière, les comédiens ayant été contraints de beaucoup répéter afin de « bien s’imprégner de la musique de la langue ». Jérôme Robart, qui interprète Nicolas Le Floch, reconnaît lui-même que les nouveaux épisodes sont meilleurs que les deux premiers (venue d’un nouveau réalisateur), et que les dialogues servent bien la langue baroque de Parot.

Quant à Carlo Verini, le chef opérateur, il affirme que la réalisation s’oriente vers une plus grande vérité historique. La gageure pour lui a été de trouver une lumière qui corresponde à celle d’un Paris éclairé à la bougie. Il travaille ainsi une pellicule qui n’est pas numérique, mais qui permet de créer des nuances, de rendre le noir plus sombre, de souligner les détails, de travailler le contraste des couleurs. L’ensemble, sur ce point précis, témoigne d’une réussite certaine.

Dans un Paris allié avec la Prusse contre l’Angleterre, tandis que la du Barry est sur le point d’être victime de libelles infamants, le jeune commissaire, qui enquête pour Monsieur de Sartine, préfère la preuve à la question. Dans l’épisode précédent, il pénétrait au cœur d’une famille de boutiquiers de la rue Royale hantée par le Malin. Le dernier épisode fait de lui la victime d’une machination. Il rencontrera à Londres Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais alors qu’il n’est encore qu’un espion et le mystérieux chevalier d’Eon, hélas interprété ici de manière caricaturale. Claire Nebout, dans Beaumarchais l’insolent avait été plus convaincante !

Si l’on aime les films de cape et d’épée, on peut regarder avec plaisir ce divertissement qui ne fait pas honte au genre, tout en appréciant la profession de foi de Nicolas Le Floch : « Je ne saurais rien tolérer qui fût contraire à la loi. »

Vendredi 30 octobre 2009.

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 14:04

Cardedutendre2.jpg

Ayant atteint l’âge où tout vaut mieux que de demeurer céans, j’avais résolu d’entreprendre un périple au pays de Tendre, accompagné de mon confident de valet, le fantasque et bouffonnant Crispin.

Mon vieux précepteur, le doux Monsieur de Sury, m’avait sagement mis en garde contre le danger de pérégriner aux Terres inconnues. Il m’avait prévenu contre les voleurs de grand chemin que cèlent bois et guérets. N’avait-il point ouï parler des détrousseurs de tout poil qui ont pour armes de vilains bâtons en écaille de tortue et des malandrins qui vous détroussent piégeusement en agitant un petit étendard en point de Raguse ? Si mon esprit l’avait entendu, mon cœur ne l’avait point écouté, tant était poignant mon désir de découvrir ce lieu où il n’est permis de trafiquer que de Cœurs humains.

Au temps fixé pour ce départ en monde aventureux, il m’avait fait le don d’une très ancienne carte parcheminée, couleur de sable rose. « Elle sera ton astrolabe » m’avait-il murmuré de sa voix, haut perchée comme celle d’un castrat de la Sixtine.

La plume au chapeau et le cœur en bandoulière, Crispin et moi-même avions pénétré par le Sud sur ces terres que nous espérions hospitalières. Nous avions de prime abord traversé sans encombres la ville de Nouvelle Amitié. Une compagnie de jeunes oisifs nous y avait accueillis : nous avions conversé galamment, joué au corbillon, écouté de menus  madrigaux sur le narcisse, le perce-neige ou l’héliotrope, qui ne prêtaient guère à conséquence.

Ces jeunes gandins nous avaient fait recommandation enthousiasmée des trois fleuves du nom d’Estime, Reconnaissance et Inclination que bordent les villes de Tendre-sur-Estime, Tendre-sur-Reconnaissance et Tendre-sur-Inclination. Ils avaient cependant omis d’évoquer les risques encourus si l’on s’aventure vers les Mers Dangereuse ou d’Inimitié ou encore vers le Lac d’Indifférence.

En chemin depuis des mois, nous avions malencontreusement égaré la carte de mon vieux maître et, tout en l’ignorant, nos pas nous avaient menés vers l’Est. Nous avions folâtré dans des hameaux aux noms charmants de Jolis Vers et Billet Galant, baguenaudé au cœur de jardins à la française plantés d’ifs, erré en des labyrinthes de buis taillé, sommeillé sous les arceaux de roseraies odoriférantes. Mais après avoir atteint les villages de Tiédeur et de Légèreté, insensiblement le paysage changea. Les lieudits se firent rares, les arbres s’espacèrent, les oiseaux se turent puis disparurent.

N’ayant point trouvé d’hostellerie pour la nuit, un soir d’octobre fraîchissant, nous fûmes dans l’obligation de passer notre première nuitée à la belle étoile. Crispin demeurait coi et nous étions tous deux  en proie à un étrange sentiment d’abandon.

Le lendemain, nous reprîmes la route de fort bonne heure. Devant nos yeux inquiets s’étendait désormais une façon de désert parsemé de cailloux aux formes tourmentées, où les sabots de nos montures venaient cogner. Quelques pauvres arbustes malingres, noircis comme s’ils avaient été balayés par un incendie, servaient de perchoirs à des corbeaux croassant que nous jugeâmes de bien mauvais augure. D’entre les pierres glissaient de petits reptiles brunâtres comme du sang caillé, à la tête vilainement aplatie, qui faisaient trébucher nos bêtes.

Mon malheureux Crispin roulait sans désemparer de gros yeux angoissés vers les lointains brumeux ; je m’en voulais de l’avoir entraîné dans cette aventure, lui qui n’aimait rien tant que les dodus  chapons de Loué et le vin de son Anjou natal.

Le jour s’avançait avec lenteur sous un ciel marqué par Saturne. Aucun bruit, sinon celui du pas hésitant de nos deux alezans ; aucune âme qui vive dans ce décor de spectre qui exhalait une odeur délétère de soufre et de solitude.

Soudainement, comme dans un mirage ou dans un rêve, en-deçà de la ligne d’horizon, il nous sembla apercevoir des arbres que nous reconnûmes comme étant des cyprès chauves. Piquant des éperons, nous galopâmes à bride abattue pour atteindre bientôt les rives d’un lac aux eaux montueuses et sombres. Les frondaisons que nous avions devinées étaient celles d’une île, située à quelques encablures des bords déserts. Nous attachâmes nos chevaux épuisés à une colonne de marbre noir jaspé, à demi brisée : ils encensèrent de la tête en hennissant de peur.

Nous embarquâmes sur une sorte de gondole à la vénitienne, en cèdre luisant et d’un noir de peste. Tandis que Crispin manœuvrait  avec force la forcola en bois des îles, je remarquai le curieux motif d’argent du cavai, à mi-longueur de l’embarcation : il représentait celle que Thésée abandonna à Naxos, Ariane enchaînée à son rocher. La traversée fut brève et nous mîmes pied à terre aux abords d’un hameau, étrangement silencieux.

Quelques rares demeures, à la façade austère et aux persiennes closes, étaient tristement disposées autour d’un quadrilatère tiré au cordeau par un architecte sans âme. Elles enserraient une placette herbue, au milieu de laquelle se trouvait une statue qui nous fit frissonner. Toute de bronze verdi, c’était une femme à genoux, pleurante et implorante, qui tente de retenir de ses bras décharnés un homme qui se détourne d’elle. Tandis que nous la contemplions, des bruits indistincts s’élevèrent : chuchotements, vagissements, gémissements, soupirs inarticulés, pleurs retenus. Nous fûmes atteints du tremblement que dansent ceux qui souffrent du mal de Saint Guy.

Un homme surgi de nulle part, enveloppé dans une cape noire et arborant un  immense feutre, lequel dissimulait mal un nez remarquable et une plaie béante à la tempe, nous croisa en agitant une lettre. Nous l’entendîmes marmonner :

« Pendant que je restais en bas, dans l’ombre noire,

D’autres montaient cueillir le baiser de la gloire ! »

Nous étions dans  la perplexité la plus extrême quand un diable d’aubergiste nous héla de dessous l’enseigne d’une hostellerie qui avait pour nom : Aux amants infidèles.  Notre estomac criant famine, nous fûmes heureux d’accepter son hospitalité. La chère était maigre, le vin clairet, le feu se mourait dans l’âtre, mais nous n’y prîmes point garde, suspendus que nous étions au discours de notre hôte.

-         Messeigneurs, vous êtes ici céans dans l’Ile de l’Abandon, sur le Lac d’Indifférence. Y sont reclus, dans deux béguinages et pour l’éternité, les amants délaissés, les amoureuses dédaignées, les cœurs abandonnés. Maudits, ils sont condamnés sans retour à l’exil de l’Amour.

-         Mais qui sont-ils ? Les connaissez-vous ? le pressai-je de répondre, tandis qu’un froid de tombe s’emparait de mon corps.

-         Monseigneur, s’il a été aux études, doit en avoir connaissance car ce sont des personnes de haut parage.

-         Ne nous faites point languir, l’ami ! Quel est ainsi cet homme sinistre, portant grand couvre-chef, dont nous avons fait rencontre sur la place ?

-         Ne l’avez-vous point reconnu ? C’est Monsieur de Cyrano qui aima Roxane et n’en fut point aimé. Il  a perdu le sens et court par les rues en brandissant la lettre qu’il rédigea pour Christian de Neuvilette. Ces damnés sont les prisonniers de l’Indifférence qui leur perça le cœur. Je les connais tous puisque c’est moi qui leur fournit le couvert. Marc, le roi de Cornouailles, chaque nuit, s’en vient se percher sur un pin au bord de l’eau. « Je les épie » me dit-il au matin en remémorant Tristan et Yseult, la diablesse blonde. Quant au prince de Clèves, tout en caressant sa barbe grise, il contemple tout le long du jour le portrait de celle qui offrit son âme à Monsieur de Nemours.

-         Femmes et filles sont-elles du nombre ? cria Crispin dont la verve coutumière s'était tarie.

-         Ah, les malheureuses, on ne saurait les dénombrer ! C’est l’impériale Phèdre, méprisée par le beau chasseur Hippolyte, qui le dénonce traîtreusement à son royal époux. Depuis sa mort, elle n’a de cesse d’avaler un poison qui ne la veut point tuer. C’est la farouche Hermione, délaissée par Pyrrhus, qui cherche vainemant à hâter sa fin au moyen de sa petite dague de nacre. Quant à l’infortunée religieuse portugaise, chaque jour, elle récrit à l’officier français qui l’a abandonnée cinq lettres, toujours semblables, qu’elle déchire de désespérance quand s’annonce le soir.

-         Que ne nous sommes-nous dirigés vers les Mers Dangereuse ou d’Inimitié ? Vois-tu, Crispin, la rage, la violence, l’excès, la jalousie, tout, plutôt que l’Indifférence, la Froideur, la mort lente de l’absence de regard !

-         Monsieur a bien raison ! reprit Crispin. La vie n’a plus de sel quand Toinon ne bouge pas plus qu’une motte de terre, et ne me jette plus de regards en coulisse !

Cette nuit-là, nous ne trouvâmes point le sommeil. Portés par le vent, qui avait tourné à la bise, nous parvenaient les chuchotis, les gémissements, les sanglots étouffés, les râles des mendiants de l’amour qui se tordaient sur leur couche, vierge pour l’éternité.

Au matin, nous prîmes congé en toute hâte de notre hôte. « Carpe diem, Messeigneurs », nous recommanda-t-il en nous accordant compagnie jusqu’à l’embarcadère. « Faites désormais route  tout droit vers le Nord. Tendre-sur-Reconnaissance est la destination d'amour où il vous faut conduire vos pas. Et conservez en mémoire que « le regard indifférent est un perpétuel adieu ».

Sur la Carte du Tendre (papierlibre.over-blog.net)

Mercredi 28 octobre 2009

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 18:19

Jeudi 22 octobre 2009, à La grande Librairie, François Busnel recevait l’académicien Michel Déon pour son Journal (1947-1983), ses Lettres de château, et la publication du Cahier de l’Herne qui lui est consacré. Il était entouré de Patrick Besson pour Mais le fleuve tuera l’homme blanc, Catherine Mavrikakis, écrivain américain d’origine française et grecque, pour Le ciel de Bay City et Antonio Caballero, auteur colombien, pour Un mal sans remède.
On y a beaucoup parlé du roman, des personnages et du style. Voici quelques phrases glanées au cours de la conversation et qui font mouche.

 


Stendhal.

La politique venant couper un récit […] peut faire l’effet d’un coup de pistolet au milieu d’un concert.

l
l faudrait pouvoir changer ce mot ridicule, « coup de foudre », et pourtant cela existe!


Michel Déon.

Quand on m’a dit : « Tu es un styliste, j’ai senti le danger. » Selon moi, le roman doit être simple; trop de raffinement constitue un obstacle. 

Flaubert, c’est le style, Stendhal, c’est l’idée.

Balzac est un désordre magnifique.

On écrit certaines histoires pour soi-même et d’autres contre soi-même.

ll me faut parfois des personnages avec qui je peux me battre.

Les romans n’imitent pas la vie mais ils la condensent.

 


Patrick Besson.

J’aime mes personnages. Si je peux porter sur eux un jugement poétique ou romanesque, il  n’est jamais moral.


La fiction est le meilleur moyen de comprendre une époque.

Ce qu’on sait de l’Afrique, on l’a appris de Gérard de Villiers.

Les mauvais écrivains vivent vieux parce que personne n’a voulu les tuer.


Catherine Mavrikakis.



J’écris de façon sauvage, avec une matière archaïque. Ensuite, je travaille, je fignole comme Flaubert.

Mon personnage cherche Dieu. Ce qui reste de lui, c’est le ciel mauve de l’Amérique, un bleu un peu sale. Le ciel est la métaphore de quelque chose de sacré qu’elle ne peut atteindre. Elle est pilote de ligne mais elle est incapable de s’élever.

 

 

Antonio Caballero.

Mes personnages sont des forces, ils sont là. Je ne les juge pas. Le roman les appelle, pas moi.

Quand Flaubert dit : « Madame Bovary, c’est moi ! », il est aussi Charles, le cheval ou la carriole.

La fiction est le meilleur moyen de comprendre une époque.

La mission de l’écrivain n’est pas politique ; elle est d’écrire.

Le poète, c’est l’écrivain dans le plus haut sens du mot.

La tauromachie est proche de la poésie.
 


Lundi 26 octobre
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 09:18

Richelieu-Portrait.jpg

 

 

Quand on se promène dans le quadrilatère parfait de la petite cité tourangelle endormie de Richelieu, on reste stupéfait devant l’harmonie d’une ville dont la Fontaine disait qu’elle était alors « le plus beau village de l’univers ». Il fut édifié par 2000 ouvriers selon un plan hippodamien (dit encore milésien, en damier, en échiquier, quadrillé ou orthogonal), Hippodamos étant un architecte grec, né à Milet, et considéré comme un des pères de l’architecture.

Ce « bourg clos de murailles et de fossés » s’étend sur une superficie de 700 m de long sur 500 m de large. On y accède par quatre portes monumentales (dont une est factice pour respecter la symétrie de l’ensemble) et qui vous font pénétrer dans l’Histoire.

Tout cet ensemble révèle un homme souvent décrié dans sa politique, dont le but unique fut de consolider l’autorité royale contre les Grands, les protestants et la Maison d’Autriche, et dont cet ensemble architectural urbain remarquable révèle avec éclat qu’il fut un visionnaire. Dans le drame romantique Marion Delorme (1831) de Victor Hugo, M. de Bouchavannes reprend pourtant cette vision caricaturale du cardinal-duc de Fronsac en lui jetant l’anathème :

« Meure le Richelieu, qui déchire et qui flatte !

L’homme à la main sanglante, à la robe écarlate ! »

(Pour la petite Histoire, certains historiens pensent que Marion Delorme aurait été la troisième maîtresse de Richelieu, ce qui pourrait expliquer que ce dernier poursuive de sa vindicte Didier, l’amant de Marion Delorme.)

En ce dimanche d’octobre, la ville semble morte. Ni marchands ni chalands sous la grande halle qui accueillait quatre foires annuelles et deux marchés par semaine ; plus de dévots pour s’agenouiller au pied du maître-autel et de son retable à quatre colonnes de marbre jaspé, exaltant l’Assomption de la Vierge Marie. Les fenêtre sous le toit à la Mansard de hôtel Au grand Colbert sont béantes et la grande rue, large de douze mètres, aligne sévèrement ses vingt-huit hôtels particuliers à l’équilibre austère.

Cette ville qui eut son heure de gloire du temps du cardinal jouxtait un château magnifique. Le vandalisme aveugle du marchand de biens Boutron, qui l’avait achetée à la famille de Richelieu rentrée d’exil,  le mit à bas en 1835.  De cette splendide demeure ne demeurent plus dans le parc de que les grottes dites « de l’Orangerie » et « de Bacchus », le dôme qui abritait chevaux et carrosses, et les jardins remaniés au XIX° siècle, notamment par une malencontreuse allée qui coupe le parc en deux.

On sait que les ancêtres du ministre de Louis XIII sont établis à Richelieu depuis le XV° siècle. C’est dans un petit manoir rural, entouré de quelques communs, au milieu de cours et de jardins ceints de murailles, qu’Armand-Jean Du Plessis, (9 septembre 1585- 4 septembre 1642), futur ministre de Louis XIII et pair de France, passe une enfance maladive entre une aïeule sévère et une mère affectueuse. Son père, François du Plessis, capitaine des Gardes d’Henri IV, meurt au combat contre les protestants. Cinquième d’une famille de six enfants, destiné au métier des armes, Armand-Jean sera contraint d’embrasser la carrière religieuse pour éviter que sa famille ne perde les revenus de l’évêché de Luçon, ce dernier lui ayant été octroyé par Henri III, en remerciement de la participation de François du Plessis aux Guerres de Religion.

Richelieu.jpg

 En 1631 le roi érige la seigneurie en duché afin de remercier son ministre de ses bons et loyaux services, en dépit de sa méfiance instinctive à son endroit. Toujours à propos de Marion Delorme, Alexandre Dumas dans ses Mémoires confirme cette vision: « Le véritable trésor de la pièce : le caractère de Louis XIII, le roi ennuyé, triste, maladif, faible, cruel, superstitieux, qui n’a que son bouffon pour le distraire, et qui ne parle avec lui que d’échafauds, de têtes coupées, de tombeaux, n’osant se plaindre qu’à lui de la dépendance où le tient le terrible cardinal. » Ecoutons ce souverain sous influence se plaindre dans la pièce :

« Que fais-je ainsi, déchu, détrôné, désarmé,

Comme dans un sépulcre en cet homme enfermé ?

Sa robe est mon linceul, et mes peuples me pleurent… »

Ce cardinal à la réputation machiavélique imméritée, qui écrivait : « La méthode ne vaut que par l’exécution », rachètera le village de ses ancêtres. Puis il confiera à l’architecte Jacques Lemercier la tâche immense de créer un château (qui succèdera au château Renaissance) et une ville nouvelle, qui seront le symbole de son pouvoir et de sa réussite. Les travaux dureront une dizaine d’années mais Richelieu mourra en 1642, peu de temps après leur achèvement.

Sous le dôme du pavillon qui servait d’écurie, grâce à la reproduction de deux gravures, on peut rêver tout à loisir à ce qui fut un véritable palais. La Fontaine qui y fut reçu ne dit-il pas : « Le tout y est d’une magnificence, d’une grandeur dignes de celui qui l’a fait bâtir. » ? Composé d’une demi-lune, puis d’une basse-cour rectangulaire longue de 144 m, bordée de bâtiments, ce château possédait encore une avant-cour plus étroite, longue de 124 m, et flanquée d’un manège et de logements pour les domestiques. Par un pont bien nommé le «point de vue », le regard se portait sur tout le domaine de 400 ha. L’accès à la cour d’honneur se faisait par une porte surmontée d’une Renommée de bronze, décorée notamment par deux esclaves, sculptés par Michel-Ange pour le tombeau de Jules II, et qu’on peut voir au Louvre. Les autres éléments de la décoration sont encore visibles au musée de la Marine et à la Malmaison.

plan-chateau-richelieu.jpg

C’est grâce au texte de Claude Vignier, auteur du livre, Le château de Richelieu (1676) que l’on sait que la cour d’honneur était encadrée de trois façades décorées de bustes et d’antiques. On ne peut qu’imaginer le faste de ce château dont les appartements, la galerie et la chapelle étaient ornés de tapisseries de Flandres, de sculptures et de tableaux des plus grands artistes, de Dürer à Titien en passant par Mantegna, Le Caravage et Rubens. Tout, y compris le mobilier, a été dispersé dans les musées et dans les collections privées.

Pour nous remémorer cette splendeur passée, demeure cependant le parc, dont le plan de Jean Marot figure ce qui fut la prairie, le rondeau, la patte d’oie, le fruitier, la palissade de buis, le grand parterre, le « sainfouin » (ou esparcette cultivée, dite encore esparcette à feuilles de vesce, plante rosacée qui a la réputation de plaire aux ânes).  Il aurait été redessiné en 1880 par les frères Denis et Eugène Bühler.

Lorsque l’on y pénètre, dans l’axe de la grand-rue de la ville, on suit une allée de marronniers qui longe le canal du Mâble jusqu’à la roseraie. Celle-ci, située sur l’emplacement du château disparu, est entourée de douves. Après avoir pénétré sous le dôme, on admire la reproduction du grand portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne (222x 155). Cette œuvre magistrale suit toutes les règles du portrait de chef d’Etat de l’époque classique : en pied, de face, les traits de vigueur de caractère accentués et la fonction sociale affirmée dans le costume. Ce tableau provient de la collection du financier Louis Phélypeaux de La Vrilière et dont le cardinal lui aurait fait le don.
Les deux gravures et la maquette du château laissent à penser ce que fut la magnificence des lieux au XVII° siècle.

Puis on emprunte une allée de platanes, au début de laquelle chante un puits artésien qui alimentait le château. Après avoir franchi le canal du Mâble, on parvient au bâtiment des chais dont le portail est décoré du masque grimaçant de Bacchus. Une superbe porte intérieure ouvre sur l’obscurité des caves dont les trois travées évoquent une église. Construite symétriquement aux chais, l’orangerie encadrait un parterre de broderies (dessins réalisés avec des buis taillés), séparés des bois par un mur d’ifs. C’est là que poussait le cépage de sauvignon, car Richelieu aimait le vin : « Si Dieu défendait de boire, aurait-il fait le vin si bon ? » écrit-il dans ses Mémoires.

Rotonde-Rochelieu.jpg

Au loin, on aperçoit des arbres de Judée, des cyprès chauves, des séquoias. L’endroit invite à une méditation sur l’éphémère. Et pour évoquer une fois encore Marion Delorme, ce drame trop  méconnu de Victor Hugo, songeons au dernier vers prononcé par l’héroïne, tandis qu’elle marche à l’échafaud avec Didier son amant qu’elle n’a pu sauver malgré son sacrifice. A moitié évanouie, elle voit passer le cardinal dans sa litière et se relève en un ultime sursaut, tout en criant avec désespoir :

« Regardez tous ! Voici l’homme rouge qui passe ! »

Mais, en ce lieu, c’est surtout «  la gloire du monde qui passe » : « Sic transit gloria mundi », comme le dit la phrase de l’Ancien Testament.

Lundi 26 octobre 2009.





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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:20

 La-valse.jpg


Du 20 septembre au 08 novembre 2009, sont exposés à Léméré au château du Rivau, des bronzes posthumes de Camille Claudel (1864-1913), appartenant à la collection particulière de sa petite-nièce, Reine-Marie Paris.

Dans la Chambre des Dames, au premier étage de ce château qui abrita un temps les amours tumultueuse de Rodin et de sa jeune élève, les bronzes de petite taille sont exposés, tous volets intérieurs fermés.

Passée la première surprise de cette obscurité de caverne, le regard s’habitue et se fait à ce noir où les sculptures irradient. Il s’attarde sur les bronzes, éclairés avec subtilité par les soins du commissaire de l’exposition, Gérard Bouté, auteur d’un livre sur la folle de Mondevergues, intitulé Camille Claudel, le miroir et la nuit.

Certaines des pièces sont connues, répliques de La Valse ou de Sakountala ; d’autres sont des découvertes, comme ces têtes d’enfants rieurs.

Devant le groupe de La Valse, on pense à l’article d’Octave Mirbeau, retrouvé dans les archives de Paul Claudel, et qui est admirable de justesse et de sensibilité :

« Mademoiselle Camille Claudel s’est hardiment attaquée à ce qui est peut-être le plus difficile à rendre par la statuaire : un mouvement de danse. Pour que cela ne devienne pas grossier, pour que cela ne reste pas figé dans la pierre, il faut un art infini. Mademoiselle Claudel possède cet art.

Enlacés l’un à l’autre, la tête de la femme adorablement penchée sur l’épaule de l’homme, voluptueux et chastes, ils s’en vont, ils tournoient lentement, presque soulevés au-dessus du sol, presque aériens, soutenus par cette force mystérieuse qui maintient en équilibre les corps penchés, les corps envolés, comme s’ils étaient conduits par des ailes. Mais où vont-ils, éperdus dans l’ivresse de leur âme et de leur chair si étroitement jointes ? Est-ce à l’amour, est-ce à la mort ? Les chairs sont jeunes, elles palpitent de vie, mais la draperie qui les entoure, qui les suit, qui tournoie avec eux, bat comme un suaire. Je ne sais pas où ils vont, si c’est à l’amour, si c’est à la mort, mais ce que je sais, c’est que se lève de ce groupe une tristesse poignante, si poignante qu’elle ne peut venir que de la mort, ou peut-être de l’amour plus triste encore que la mort. »

L’amour plus triste que la mort, c’est celui que vécurent Rodin et Camille et toute l’œuvre de la sœur de Paul Claudel est marquée par cette  relation  créatrice et passionnée. Le beau film, empreint d’émotion, qui est diffusé aux visiteurs dans la salle de L’Oratoire, relate l’existence tragique d’une femme, adonnée toute entière à son art, et dont le monde ne sut pas reconnaître le génie. Internée à Mondevergues pendant des années, abandonnée de tous, on frémit à la pensée de cette femme exceptionnelle, continuant à triturer la pierre friable de la prison de sa démence; la recluse qui ne reçut qu’une dizaine de fois la visite de celui qu'elle avait chéri, dont elle avait sculpté le buste en façon d'empereur romain, son diplomate et écrivain de frère, le "grand" Paul Claudel !

Le 24 octobre 2009

 


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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 17:25

 Ecrire.jpg

 

 

Troupeau des mots

 

Lancinant

Assourdissant

Tourbillon

 

Solitude extrême

Des sables de l’écriture

 

Soudainement

 

La trouée

Vers l’ermitage

 

Du sens


Le 24 octobre 2009 

 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 17:10

100_3605.JPG

 

Dans un repli du rocher

J’ai vu la vie d’un peuple

En transhumance

Aux lointains des vallées mortes

 

Il lisait dans le doux de la nuit

Des couronnes de feuilles

Ceignaient son front

Le ciel était son baldaquin


Dans le creux de l'ancien caillou
J'ai vu l'homme aux bras de lune
Et j'ai rêvé la femme
Aux seins de soie 


Dans les plis de la terre

J’ai vu l’enfant noir

Aux cheveux blonds

Il se baignait dans la clarté de l’eau

 

Avec son bâton

Il dessinait des ronds

Sur la terre rouge

C’était le Temps du Rêve

   

Dans l’anfractuosité de la pierre

J’ai vu l’homme couleur de neige

Il fendait les crânes

Il crevait les yeux

 

Dans l’obscurité minérale

J’ai vu le fossoyeur perfide

Qui creuse le chagrin

Et les larmes

 

Dans les recoins secrets

J’ai vu la mort d’un peuple

Au rocher sacré

Qu'ils appellent Uluru

Uluru, Red Center, Australie
Le 24 octobre 2009

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 11:07

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Actuellement, au Théâtre du Quai à Angers, du 1er au 24 octobre, dans une mise en scène de Caroline Gonce, est à l'affiche Toute vérité, pièce co-écrite par Marie N'Diaye (Trois femmes puissantes) et Jean-Yves Cendrey (Le Japon comme ma poche et Honecker 21), deux écrivains à l'affiche de la rentrée littéraire, et mariés depuis vingt ans.

Il s'agit d'un affrontement (peut-être par-delà la mort) entre un père (Daniel Martin) et son fils (François André), auxquels leur haine mutuelle palpable ne laisse aucun répit.

A l'origine de la pièce, la lecture de la Lettre au père de Kafka. Jean-Yves Cendrey la reçoit « comme un crochet à la pointe du coeur » et il écrit à son tour sa propre lettre au père qu'il lira à l'occasion d'  « une conférence alimentaire » sur l'écrivain tchèque. Il l'oublie ensuite « au fond d'une boîte à brouillons ». Cependant Marie N'Dyae y décèle des vertus théâtrales et elle écrit le pendant au discours du fils. Elle se glisse « dans la peau du père et bourreau de l'autre personnage, qui se trouve être son mari » et qu'elle connaît depuis vingt-trois ans. Si le texte de Marie n'est guère agréable à l'époux, il constitue cependant une sorte de « structure mentale » très théâtrale, produit d'une « ambiguïté excitante pour un couple d'écrivains ». Jean-Yves Cendrey en a accepté le risque, respectant le principe de liberté absolue qui avait présidé au travail d'écriture.

La mise en scène de ce règlement de comptes à couteaux tirés souligne bien le fait que la parole du fils est dirigée vers le public plus qu'elle ne l'est  vers le père. Le fils est debout côté cour et regarde les spectateurs. Le père, assis dans un fauteuil, côté jardin, ne tourne jamais la tête vers son fils. Ce sont deux monologues qui ne peuvent se rencontrer. Jean-Yves Cendrey écrit: « Le fils ignore la présence du père. L'idée, c'était ça : une mise en danger du premier texte. » La particularité est donc bien que « le fils parle, [que] le père entend mais pas le fils qui continue. […] « C'est comme si le fils avait écrit ou raconté, et que très longtemps après, le père répond mais sans que le fils soit là. » La parole du père vient d'au-delà de la mort.

Cendrey précise encore qu'il ne s'agit pas d'un texte compassionnel en faveur du fils qu'il a été, mais bien plutôt d'un texte écrit « par haine des bourreaux. En écrivant on peut exercer cette haine, exercer un certain pouvoir et avoir à son tour une certaine autorité. » L'intérêt de la démarche d'écriture avec Marie N'Dyae est que la partie du père, qui est de la main de celle-ci, « vient mettre en danger cela » que dit le fils, puisque le co-auteur « est venue inciser ici et là avec la perversion et l'hypocrisie que le langage permet ». Elle ne va pas dans le sens du fils, elle permet au père de se défendre avec ses propres armes.

Sur le plan d'une écriture à quatre mains, la pièce est donc particulièrement intéressante. On reconnaîtra cependant que le texte (même si son intérêt est autobiographique) qui accumule les poncifs du père alcoolique, de la mère martyrisée et du fils battu, est difficile à supporter, d'autant plus que la mise en scène est très statique.
  Mardi 20 octobre

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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