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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 19:11



Jeudi 12 novembre 2009, sur le plateau de La Grande Librairie, on parlait du Grand Siècle. François Busnel y était en compagnie d'historiens et d'universitaires : Patrick Dandrey (Quand Versailles était conté), Joël Cornette (LouisXIV), Christine Mongenot (pour la publication des Lettres de Madame de Maintenon), et Dominique Labbé (Dans Si deux et deux sont quatre, Molière n'a pas écrit Dom Juan, il pose la question de savoir si c'est Corneille qui a écrit les oeuvres de Molière). Denis Podalydès, sociétaire du Français (et auteur de Voix off, Traits et Portraits, Prix Fémina de l'Essai 2008), y évoquait le personnage de l'Avare qu'il joue actuellement à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Catherine Hiegel. Il nous a ainsi donné l'occasion de redécouvrir un personnage de théâtre devenu un type.
Au roi qui demandait à Boileau à la fin de son règne : « Que restera-t-il de mon siècle ? », l’auteur des Caractères répondait : Molière, Sire ! » A l’occasion de la grande exposition qui se tient actuellement à Versailles sur le Roi Soleil, (Louis XIV, l’homme et le roi, jusqu’au 07 février 2010), force est de constater que le dramaturge est plus vivant que jamais.


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Denis Podalydès a éclairé pour nous le personnage de L’Avare. Cette pièce, qui a été jouée plus de 2 000 fois (2 538 en septembre 2009), est la plus représentée après Tartuffe ou l’Imposteur (3 115). Du temps de Molière, elle fut jouée en même temps que cette dernière et qu’Amphytrion mais ne connut guère le succès. C’est au XX° siècle que tous les grands acteurs ont interprété le rôle-titre : Jouvet, Serrault (dans la mise en scène de Roger Planchon), Michel Aumont, Michel Bouquet (qui l’a joué pendant vingt ans et qui, à 80 ans, repart en tournée), dans la mise en scène de Jean-Paul Roussillon.

L’acteur dit avoir bien observé le jeu de ses prédécesseurs pour en tirer un enseignement et modeler le rôle à son image. « J’aime savoir ce que les autres ont fait avant moi, j’ai une espèce de curiosité maladive, même pour des petits trucs, pour voir comment ils jouent telle ou telle réplique », explique-t-il dans une interview accordée à Etienne Sorin. Il a beaucoup regardé le DVD de la mise en scène avec Michel Aumont et il reconnaît que le jeu de Michel Serrault a été le terreau dans lequel il a pioché, lent et patient travail qui lui a permis d’ajouter sa touche personnelle au rôle. L’interprétation de Podalydès suscite des commentaires très élogieux. Selon P. L. Callixte, la troupe du Français est étonnante et propose une représentation quasi-parfaite. L’acteur a suivi les conseils de Michel Bouquet, son maître au Conservatoire, qui lui recommandait de « faire rire ».

Il existe en effet deux grandes traditions en ce qui concerne cette pièce. Goethe en faisait une œuvre sombre, et Bouquet et Aumont en ont réussi la synthèse dans une mise en scène de J. P. Roussillon, révolutionnaire et balzacienne, qui s’est jouée au Français de 1969 à 1989. Catherine Hiegel, qui a joué elle-même dans cette mise en scène, a, quant à elle, retenu la tradition comique. Elle a voulu monter une farce. « Pour Catherine, la comédie devait l’emporter et elle avait une idée très précise d’Harpagon : jeune, tonique, violent et joyeux. » Si le décor est clair, elle a voulu cependant faire de l’Avare un insecte en habit noir : « Harpagon est une araignée qui hante sa propre maison. » (Interview avec Etienne Sorin).

Il existe certes plusieurs registres.  Il est clair que les scènes avec Cléante le fils sont tragiques : « L’Avare est une figure du père tyrannique, castrateur, qui tient les cordons de la bourse, et contre lequel il faut se former, qu’il faut abattre. A l’opposé d’Harpagon, Cléante est un joueur qui dilapide l’argent. » Mais L’Avare est surtout une formidable machine comique. C’est d’ailleurs dans ce registre que Molière, placé près de la rampe,  interprétait le rôle au Théâtre du Petit-Bourbon.

Le personnage est bipolaire : c’est un terrien et un pragmatique à qui le jeu de Podalydès parvient à donner un côté aérien et léger. En lui s’associent la marotte, l’obsession, et la chimère. Toujours dans son interview par Etienne Sorin, Podalydès le décrit remarquablement : « Il est âgé mais l’avarice le tient juvénile, c’est sa source de jouvence. Il arrive presque à retenir le temps ! Les grands monomanes de Molière sont très beaux parce que, dans le fond, ils sont désintéressés. Curieusement, ils ne sont pas si antipathiques que ça parce qu’ils s’adonnent à une seule et unique passion qui les brûle et les dévore. »

L’acteur affirme que la prose vivante de L’Avare vaut tous les alexandrins. Il reconnaît que, lorsqu’il est fatigué, le rôle le dynamise. Molière a l’art inimitable d’aller à l’essentiel. Ainsi, les premières répliques du Misanthrope sont significatives de cette nécessité et de cette économie de la langue, propres au grand Jean-Baptiste. Elles sont à dire d’une traite, comme on lance des flèches.

Le comédien ajoute qu’autrefois, le verbe « déclamer » avait un sens noble. Aujourd’hui, il est devenu péjoratif et synonyme d’emphase. Il est cependant possible de déclamer naturellement, car la langue de Molière doit être nourrie et il importe que le verbe en soit soutenu. L’acteur se doit de lui insuffler une énergie afin que la phrase « se soutienne » pour le spectateur.

Quand Molière joue Harpagon en 1668, il est loin d’être un vieillard ; il est vrai cependant que le rôle a souvent été interprété par des comédiens plus âgés. Podalydès, qui a quarante-cinq ans, avait cette crainte de n’être pas assez vieux pour le rôle. Mais la convention théâtrale de la farce autorise des comédiens jeunes à interpréter des personnages plus avancés en âge. Il avoue que, pour le personnage d’Alceste, il craignait aussi de n’être pas à la hauteur du rôle. Ayant progressé dans son art, il sait maintenant que cela n’est pas un si gros obstacle. Cette angoisse l’a désormais quitté.

Podalydès évoque ensuite ce qu’il appelle le rire de connivence que l’acteur fait naître lors du monologue de la cassette. Il l’expérimente chaque fois qu’il se déplace dans la salle au milieu des spectateurs, en disant : « Tout me semble mon voleur. N’est-il point caché parmi vous ? » et qu’il brise ainsi « le quatrième mur » du théâtre. Et quand il dit : « Ils me regardent et se mettent à rire », il sait qu’il doit fixer précisément un spectateur. Si trois spectateurs se mettent à rire, « c’est sauvé » ! 
De plus, c’est bien à ce moment  que le public participe pleinement au passage du tragique au comique. « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré », dit Harpagon, le visage peint tel un masque d’Arlequin noir, comme s’il avait mis la tête dans la terre. Il meurt et aussitôt le phénix renaît de ses cendres : « Est-ce qu’il n’y a pas quelqu’un qui veut me ressusciter en me rendant mon argent ? » Il retrouve alors le sens de la comédie et s’adonne à nouveau à la paranoïa. Le public rit et la pièce repart vers le cinquième acte quand il dit « Sortons ! » (Interview avec Etienne Sorin).

Podalydès ajoute que le rire global est celui qui vient du corps, celui qui crée le comique grotesque du corps. C’est ce rire qui permet la saisie du monde, dans la perspective de ce que disait Montaigne : « Toutes nos vacations sont farcesques. » Le rire devient alors le critère de la réussite.

Le comique de Molière saisit le monde sous l’angle de la déformation de la nature, une nature qui était alors synonyme de raison, notion que le siècle avait érigée en valeur suprême. Après avoir pointé les travers de la cour par le biais des gestes et des paroles, Molière en fait le procès en stigmatisant l’inconsistance des rituels qu’il tourne en dérision.

Si le rire est « multi-faces », il se fane pourtant très vite. Podalydès tient la gageure de faire rire le spectateur après Serrault et Bouquet, et cela est très rare.

A propos de la question de savoir si ce n’est pas Corneille qui aurait écrit les pièces de Molière, question soulevée pour la première fois par Pierre Louÿs en 1919, Dominique Labbé se fonde sur la statistique. Il a remarqué que les deux auteurs ont un vocabulaire très voisin, mais il est difficile d’en tirer des conclusions certaines.

Par ailleurs, comment concevoir que Louis XIV ait pu protéger un imposteur ? Pour Dandrey, tout cela relève d’une tendance à vouloir tout mathématiser et rationaliser.  Il espère fortement que jamais un écrivain ne pourra être identifié par la statistique. Podalydès, à qui on demande s’il est capable « à l’aveugle » de reconnaître le style de Corneille ou celui de Molière, répond que les deux écritures se ressemblent, les bases de l’éloquence de l’époque ayant été acquises par les auteurs chez les Jésuites. Cependant, il remarque chez Molière des effets significatifs de déséquilibre, lisibles par exemple dans la réplique de Mascarille disant : « J’importune, peut-être ? »

Pour le comédien, on reconnaît la « touche » de Molière, le dramaturge qui possédait tous les rires. La densité de son langage est remarquable, chez lui, le mot « est » la chose. Et quand Harpagon s’écrie : « Mon pauvre argent ! », Podalydès considère que cette réplique est belle comme un poème !

Certes, on ne dispose d’aucun manuscrit de la main de Molière, dont on ne connaît l’aventure théâtrale que par les registres de l’acteur La Grange. Cela n’a pourtant rien d’étonnant car, à l’époque, cela ne se faisait pas de montrer ses brouillons. « On ne reçoit pas les gens en robe de chambre » écrivait Guez de Balzac !

Si Molière a pu écrire avec une telle liberté, c’est grâce à Louis XIV, qui lui a donné toute latitude pour créer ses personnages. La censure n’entamera jamais la combativité de Molière, dont l’énergie phénoménale lui permit de relever tous les défis. Auteur, directeur de troupe, acteur, il écrivit ses plus grands chefs d’œuvre dans des périodes difficiles.

La querelle du Tartuffe ne modifia pas les bonnes relations que Molière entretenait avec le roi. On sait que la première version de Tartuffe en trois actes fut créée en 1664 pour Les Plaisirs de l’Ile enchantée, dans la perspective de la comédie-ballet et d’un art total, conception artistique que partageaient Louis XIV et le dramaturge. La pièce sera condamnée en 1668 mais le Grand Condé la fera jouer à Chantilly. Tartuffe sera même jouée de nouveau dans les appartements de l’austère Madame de Maintenon (surnommé aimablement « la crotte de souris » ou « la grande ripotée » !), alors qu’elle régnait sur le cœur du roi vieillissant. Ainsi, bien qu’il eût un jour qualifié Molière de « gentil baladin », jamais le soutien du Roi-Soleil ne  fit défaut au génial créateur d'Harpagon.

 

A voir :

Louis XIV, l’homme et le roi, Château de Versailles, jusqu’au 07 février 2010.

Fastes royaux, Collection des tapisseries de Louis XIV, Galerie des Gobelins, 75013 Paris, jusqu’au 07 février 2010.

 

A lire :

Catalogue de l’exposition, sous la direction de Nicolas Milovanovici et Alexandre Maral, Skira Flammarion.

Quand Versailles était conté, Patrick Dandrey, Editions Les Belles Lettres.

Louis XIV, Joël Cornette, Editions du Chêne.

Lettres de Madame de Maintenon, 1650-1689, Volume I, Christine Mongenot, Editions Honoré Champion.

Si deux et deux sont quatre, Molière n’a pas écrit Dom Juan, Dominique Labbé, Editions Max Milo.

Louis XIV, Jean-Christian Petitfils, Editions Perrin.

Les coulisses de Versailles, Pascal Bonafoux, Editions du Chêne.

L’Année des quatre Dauphins, Olivier Chaline, Flammarion.

Voix off, Traits et Portraits, Denis Podalydès, Le Mercure de France.


Dimanche 06 décembre 2009

 

 

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 08:56


Jeudi 03 décembre 2009 à La Grande Librairie, on pouvait faire la  rencontre passionnante  du peintre Gérard Garouste, venu parler de L’Intranquille, Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou, livre « coup de poing » selon François Busnel. Gérard Garouste, un « peintre moins moderne qu’on ne le croit et qui refonde la modernité ».

De ses premières scénographies avec Jean-Michel Ribes à la préparation de son exposition sur le thème de Faust, en passant par le décor du Palace, la mythique boîte de nuit, et ses illustrations de Dante, Cervantès ou Rabelais, c’est un peintre mystérieux et angoissé, grand lecteur de la Bible et de la Torah, qui se livre dans son autoportrait.

Se définissant comme le fils d’un « petit salopard » antisémite (dont il dit : « Il était mort et j’étais soulagé »), le peintre s’inscrit en faux contre le mythe de l’artiste maudit, idée romantique et mythe éminemment bourgeois. Nombre de grands artistes ont eu une vie heureuse que ce soit Velasquez, Le Greco ou de Chirico. Longtemps maniaco-dépressif lui-même, encore soigné régulièrement, il se déclare « juste fou, je veux bien »- puisqu’un fou a tout perdu, sauf la raison- et affirme qu’un véritable artiste n’a rien à voir avec la folie. Selon lui, si Van Gogh avait connu la psychanalyse, il aurait été encore un meilleur artiste. Il déclare peindre « débarrassé de l’excitation du succès » et ne redouter que le prochain internement.

A Jean Van Hamme, qui vient d’écrire La malédiction des trente deniers, il affirme que le nom de Judas est devenu la pire insulte qui soit, alors que c’est le plus beau mot de la Torah, le tétragramme, et la porte ouverte sur le divin. Quand il s’est trouvé dans une impasse existentielle, comme au jeu de l’Oie, il est retourné à la case départ. Il a appris l’hébreu, ce qui lui a permis un retour au classicisme, aux textes fondateurs, et aux sources de sa religion.

Dans cet ouvrage de moins de deux cents pages, et dans une atmosphère à la Modiano, qu’il a d’ailleurs illustré, un grand artiste se livre en avouant : « Je veux peindre ce qu'on ne dit pas." 
 Samedi 05 décembre 2009
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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 16:10

  Expo Ionesco

Jeudi 26 novembre 2009, la 5 proposait Un soir à la BNF, dans le cadre de l’Exposition consacrée à Ionesco jusqu’au 03 janvier 2010, hommage exceptionnel à l’auteur de La Cantatrice chauve qui aurait eu cent ans cette année. On y découvre l’écrivain et l’homme, celui qui répondait à la question : « Maître avez-vous des thèmes ? », en disant : « Non, des obsessions ! » L’exposition fait pénétrer le visiteur dans la fabrique d’une œuvre, en présentant des archives inédites, des notes, des manuscrits, des œuvres picturales, etc.

L’écrivain, qui entre en littérature dans les années 1950 avec La Cantatrice chauve, professe son credo : « L’esprit de sérieux est une catastrophe. » A l’époque où règnent en maîtres Sartre, Camus et le théâtre de boulevard, il crée au théâtre des Noctambules sa fameuse « anti-pièce » avec le jeune metteur en scène Nicolas Bataille. « Point de départ de la pièce, écrit [ce dernier] : un couple qui n’a plus rien à se dire après vingt années de mariage, un autre qui ne se reconnaît plus. » Jouée depuis plus de cinquante ans au théâtre de La Huchette, elle est le héraut du « rire supérieur » prôné par Ionesco.

Cette pièce fut une véritable bombe atomique contre le « vieux théâtre » et enthousiasma Queneau et Breton. Louis Malle raconte qu’il alla la voir plusieurs soirs de suite en 1953 et Robert Abirached se souvient que les spectateurs s’y affrontaient comme pour une nouvelle bataille d’Hernani. Si Thierry Maulnier, complètement hermétique, constate : « Il y a d’autres langues, qui ne sont pas étrangères et que je ne comprends pas mieux pour autant », Jacques Lemarchand reconnaît que « le théâtre d’Ionesco est assurément le plus étrange et le plus spontané que nous ait révélé notre après-guerre. »

Cet objet de scandale, contraire à toutes les règles du théâtre, est en fait une parodie du langage, un jeu sur les mots, ce que Ionesco a appelé une « tragédie du langage ». L’idée de la pièce est venue à Ionesco lorsqu’il a essayé d’apprendre l’anglais par le biais de la méthode Assimil. Surpris par la banalité des phrases d’exemples et par leur enchaînement sans rapport entre elles, il décide d’écrire une pièce absurde, intitulée L’anglais sans peine. C’est un lapsus lors d’une répétition qui va transformer le titre originel. L’acteur, qui interprétait le pompier, au lieu de parler dans sa tirade d’« une institutrice blonde » se trompe et parle d’« une cantatrice chauve ».La-cantatrice-chauve.jpg

Ionesco précise dans Notes et Contre-Notes que l’absurde est ainsi venu se surajouter à la simple copie du manuel d’apprentissage, devenant ainsi le moteur de la pièce, grâce à sa volonté de « grossir les ficelles de l’illusion théâtrale». « Les répliques du manuel se déréglèrent […], le langage s’était désarticulé […], le monde m’apparaissant dans une lumière insolite », explique-t-il. Selon le comédien Olivier Achad, jouer la pièce, par ailleurs extrêmement construite, procure un étonnement jubilatoire.

Les mises en scène successives, notamment celle de Jean-Luc Lagarce en 1992, ont mis en lumière les thèmes chers à Ionesco, la douleur de l’être humain, le mystère de la vie.  Lagarce y pousse à l’extrême le non-sens et l’absurde. Avec des personnages-marionnettes, une  dérision conduite à son paroxysme, l’emploi de couleurs acidulées et d’un décor banal, le metteur en scène dénonce le ridicule des bourgeois et leur conformisme.  Voici ce qu’il en dit : « La pièce été jouée en 1950, n’est-ce pas ? Et le succès à La Huchette date de 1957 je crois, l’année de ma naissance. Tout s’est passé avant ma naissance et pourtant c’est une pièce contemporaine ! Ionesco est allé très loin dans la voie de l’absurde, et il n’a pas vraiment eu de successeur, tout comme Beckett d’ailleurs. La Cantatrice est une chose rare. »

Dans Le Magazine littéraire d’octobre 2009, Marie-France Ionesco, la fille du dramaturge, explique ainsi le théâtre de son père : « Mon père en revient toujours à cette expérience dans l’enfance, du théâtre de Guignol au Luxembourg qui lui révéla « le monde à l’état pur ». Son but a été de retrouver l’essence et la magie même d’un théâtre, débarrassé de toute artificialité. Si Rhinocéros, révélateur d’une « réalité tordue » (selon Laurent Pelly, Directeur du Théâtre National de Toulouse), révèle son obsession de la liberté, sa haine des idéologies, sa conviction qu’il n’existe pas de bonne société, c’est bien Le roi se meurt qui l’occupa le plus longtemps. Dans l’exposition, en témoignent « la dizaine de boîtes d’où émergent des versions successives, jusqu’à la pochette renfermant le tapuscrit ». C’est Marie-France Ionesco, alors élève de seconde et qui vient d’étudier Les Oraisons funèbres de Bossuet (« Madame se meurt, Madame est morte »), qui suggère à son père le titre de la pièce. L’exposition révèle la genèse d'une oeuvre qui s’intitula d’abord Rois. On y découvre les brouillons dictés sur des cahiers d’écolier, les croquis, les didascalies. On y recense les « possibilités » de la pièce, les fiches blanches cartonnées sur lesquelles Ionesco notait pensées ou répliques, et les commentaires sur les répétitions : « On devient fou avec ces répétitions, une bonne tout est gagné, une mauvaise tout est perdu. »

Dans ce fonds Ionesco, on finit cependant toujours par retrouver le « vicomte ». A l’origine, c’est un sketch qui s’étoffe peu à peu pour prendre la forme de la pièce Jacques ou la Soumission. C’est « une des pièces de mon père les plus profondément autobiographiques, sur son histoire spirituelle, sur le fait qu’il se sente étranger à ce monde », explique Marie-France Ionesco. Après le cinéma, le dramaturge s’adonnera à la peinture, peignant même pour sa fille une crucifixion ensanglantée. Jusqu’à la fin, il sera hanté par « l’absence-présence de Dieu », ce dont témoigne une de ses ultimes lettres, à Jean-Paul II, dans laquelle il interroge le pape comme un petit garçon qui a peur.

 
Exposition.

Ionesco, BNF, site François Mitterrand, Paris 13°.

Du 06 octobre au 03 janvier 2010. Entrée libre.

 

Catalogue.

Ionesco, sous la direction de Noëlle Giret, Editions Gallimard/ BNF, 192 p., 200 illustrations, 45 euros.

 

Opéra.

Maximilien Kolbe, opéra de Dominique Probst, livret d’Eugène Ionesco.

 

Théâtre.

La Cantatrice chauve, mise en scène de Jean-Luc Lagarce de 1992, reprise au Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, du 02 au 21 novembre 2009.

 

DVD.

Le roi se meurt, Editions Montparnasse, captation d’une mise en scène de Jorge Lavelli à la Comédie-Française en 1977, avec François Chaumette, Michel Aumont, 15 euros.

 

Sur www.magazine-littéraire.com

En exclusivité, une visite en images dans l’appartement d’Eugène Ionesco.

Vendredi 04 décembre 2009.Bouquet 3


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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 19:21


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Le jeudi 19 novembre 2009, la Compagnie Les Sans-cou jouait La Tragédie d’Hamlet Prince de Danemark (1600-1601), salle Beaurepaire à Saumur, dans une adaptation d’une heure et demie d’Igor Mendjisky. Ce dernier explique qu’il a monté la pièce de manière à ce qu’elle puisse être jouée partout, dans n’importe quelle configuration, et que les acteurs soient à la fois sur le plateau et aux côtés des spectateurs, brisant ainsi « le quatrième mur » du théâtre.

Romain Cottard, qui interprète Hamlet, le fait avec une belle fougue et sa silhouette longiligne et élégante sied bien au rôle du prince comédien. Le reste de la distribution apparaît très inégal : Gertrude et Ophélie tirent particulièrement leur épingle du jeu au détriment des Polonius et autres Rozencrantz et Guildenstern, qui sont desservis par leur apparence de loubards de banlieue. Fanny Deblock, notamment, à la diction précise, propose une Ophélie sensible et irradiante

On reconnaîtra que le metteur en scène a été inventif, usant de la  poursuite avec un certain talent, notamment lorsque Hamlet parle avec Horatio, d’un étage à l’autre. Il a par ailleurs « modernisé » le texte, afin de le rendre plus accessible, mais ne perd-on pas ainsi la « chair » de cette langue magnifique, si riche en images ? D’autres trouvailles laissent rêveur : ainsi en est-il de la scène du duel entre Hamlet et Laërte, l’affrontement se faisant à travers des bassines d’eau et c’est au comédien qui laissera le plus longtemps la tête dans l’eau ! Que dire encore de la musique qui associe Shakespeare à Marilyn Manson et Eurythmics ? Sans doute ces remarques sont-elles celles de puristes d’arrière-garde puisque cette troupe a remporté le Grand Prix du Festival d’Anjou 2009 des jeunes compagnies !

Le plus grand reproche que l’on peut cependant faire à cette adaptation, c’est d’avoir empêché le comédien Romain Cottard de prononcer la question fameuse : « To be or not to be ? » Elle est en effet évincée, puisque l’acteur écrit la phrase à la craie sur le plateau.

Sans vouloir se focaliser sur ce passage qui a fait l’objet de toute une littérature critique, reconnaissons qu’il est dommage de ne pas avoir donné l’occasion à l’interprète de se la mettre en bouche, d’en balancer le rythme binaire, d’en savourer la dualité, de donner son approche de cette phrase, qui est la plus parfaite expression du dilemme entre action et inaction. Alors que la diction de cette alternative mythique consiste en l’un des exercices les plus répandus dans les cours de théâtre, on regrettera qu’on ait refusé à un jeune acteur, qui avait sûrement toutes les qualités pour nous en proposer l’ambiguïté, l’occasion de nous la faire entendre.


Jeudi 03 décembre 2009. 

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 19:00

 

  

des gens qui passent 2


Adapter un roman de Modiano est une gageure que peu de réalisateurs ont réussie. Comment rendre compte à l’image d’une oeuvre où souvent il ne se passe pas grand-chose, où les personnages sont des silhouettes, où le héros ne saisit que du vide? Ni Moshe Mizrahi avec Une jeunesse, ni Manuel Poirier avec Dimanches d’août n’avait convaincu. Patrice Leconte avait, quant à lui, adapté Villa triste, sous le titre Le parfum d’Yvonne, mais l’écrivain n’avait pas été satisfait de cette adaptation et avait même exigé que le titre en soit différent.

Alain Nahum, réalisateur de Des gens qui passent, inspiré par Un cirque passe, diffusé vendredi 20 novembre 2009, a pourtant relevé le défi avec un certain bonheur. « Modiano n’est pas intervenu sur le scénario, mais il l’a approuvé et nous a autorisés à citer son nom et à modifier le titre », explique-t-il. « Il s’est par ailleurs dit très heureux de cette adaptation. »

C’était un projet cher à Alain Nahum et qu’il souhaitait réaliser depuis longtemps. Voilà ce qu’il en dit : Modiano « est un écrivain majeur, à l’univers très personnel, qui a été peu adapté au cinéma et jamais à la télévision, et il me semblait intéressant, à une époque où l’on parle d’amener le patrimoine à la télévision française de tenter l’aventure. […] Un cirque passe […] me semblait très cinématographique et me parlait de manière intime. C’est une histoire des années 60, ces années qui m’ont constitué en tant que personne, qui ont formé ma cinéphilie, et j’y voyais tout un tas d’échos : les films de Melville, Godard, Truffaut, etc., le Saint-Germain-des-Prés existentialiste, l’univers du polar, l’ombre de la guerre d’Algérie et de l’OAS…, on y parle de partir en Italie, comme on rêvait tous de le faire alors. C’est à la fois un roman d’initiation, une sorte d’A bout de souffle à l’envers et un polar existentiel. »

L’atout majeur de ce téléfilm tient, semble-t-il, au choix de ses interprètes qui, selon le réalisateur, possèdent « un vrai univers en eux » et pouvaient être ainsi les « dépositaires d’une histoire ». Le jeune Théo Frilet, remarqué déjà dans Guy Môcquet, un amour fusillé, Prix de la Révélation masculine au Festival de Fiction de La Rochelle, « avait cette enfance nécessaire en lui ». Il interprète ici Jean (Lucien dans le roman), un jeune homme sage au regard bleu et interrogateur, étudiant en Lettres, abandonné de ses parents, errant dans un monde interlope d’escrocs et de truands à la petite semaine, qui lui accordent sa bienveillance. Sa rencontre avec Marie (Gisèle dans le livre), une jeune inconnue mystérieuse, à l’issue d’un interrogatoire au 36, Quai des Orfèvres (parce qu’on a trouvé son nom sur un mystérieux agenda), va bouleverser sa vie en l’initiant à l’amour et à la mort. Dans une interview, le jeune comédien explique que, si les personnages de Modiano semblent extérieurement passifs, ils sont intérieurement très actifs. Le défi pour lui a été de mettre l’accent sur l’intériorité de Jean et de faire en sorte qu’il ne soit pas qu’un fantôme.

Laura Smet s’est glissée avec talent dans la peau de Marie, cette jeune femme, qui cache deux lourdes valises (qui ne seront pas ouvertes) chez son ami de passage, et qui se ne livre jamais. Avec son imperméable orange (qui la symbolise bien puisque tout semble glisser sur elle), ses gants de cuir, sa coiffure floue, la comédienne fait penser à Anna Karina dans Pierrot le fou. Elle s’est demandée « comment on arriverait à rendre compte de cette atmosphère particulière, qui tient du rêve, du conte, mais aussi du film à suspense ». Les deux comédiens y parviennent cependant, grâce « aux regards, aux émotions » qui passent entre eux, et aux scènes improvisées, autant d’ « instants volés » qui, selon Laura Smet, « participent pleinement à l’esprit modianesque. »

Alain Nahum réussit de plus à entrelacer habilement le fil de deux intrigues, qui se nouent de manière subtile, sans qu’on sache jamais véritablement ce qui les relie, et en cela il est très fidèle à l’esprit des œuvres de Modiano. L’histoire d’amour romantique entre Marie et Jean rejoint une sombre intrigue, dont les ramifications mi-économiques, mi-politiques (on est en 1961, en pleine guerre d’Algérie) ne seront jamais élucidées. Que ce soit Grabley (Hippolyte Girardot), trouble protecteur de Jean et qui passe son temps à brûler des papiers compromettants, Jacques de Bavière (Thomas Jouannet), l’amant violent de Marie, ou encore Pierre Ansart (Gilles Cohen), chaque personnage conserve son mystère. Seul Dell’Aversano, l’antiquaire, a un statut à part, permettant à Jean de fuir en Italie vers une autre vie.

Les afficionados de Modiano reprocheront à Alain Nahum d’avoir modifié le fond du roman : à la fin de l’histoire, Marie emporte la carte de l’hôtel où les amoureux ont vécu une dernière nuit amoureuse sans que cela ne serve à rien, puisque sa DS explose immédiatement après son départ ; dans le livre, cette carte permet de prévenir Lucien de la mort de son amie. L’adaptation souligne l’idée que la voiture ait pu être piégée alors que le roman ne fait que  suggérer cette éventualité. On peut aussi s’interroger sur la scène finale dans le café de la rue Amelot, qui n’est pas vraiment fidèle au roman, et dans lequel elle est plus intense : quand le patron demande à Lucien s’il voit encore la jeune fille, il s’enfuit en sanglotant « bêtement ». Le réalisateur a sans doute aussi forcé le trait au profit d’une violence plus insistante : Jacques de Bavière, dans le livre, apparaît plutôt sympathique ; dans l’adaptation, il se montre excessivement jaloux. De même, il est dit que l’époux de Marie est brutal tandis que, dans le roman, il est absent. L’enlèvement à Neuilly, au su et au vu de tous, est peu crédible ; dans Un cirque passe, la victime pénètre d’elle-même dans la voiture.

Les fans de Modiano ne seront cependant pas vraiment dépaysés puisqu’ils reconnaîtront la géographie parisienne modianesque : l’immeuble du quai Conti, maison natale de l’auteur, ou encore le Cirque d’Hiver.

Ils devraient de surcroît être sensibles à une trouvaille, au service de l’atmosphère mélancoliquement passéiste des romans de Modiano : l’utilisation de la vieille caméra super 8, qui fait revivre dans le noir et blanc du passé disparu les allées et venues d’hommes inconnus à chapeaux sombres, mais surtout les sourires de circonstance d’un père absent, d’une mère indifférente, et les rencontres trop rares de l’enfant avec des parents qui ne jouèrent jamais leur rôle. (Le roman porte d’ailleurs cette dédicace ironiquement tragique : « A mes parents »).

Alain Nahum reconnaît qu’il a fait appel à sa mémoire de cinéphile, en reprenant l’esthétique des longs-métrages des sixties : la DS, image de la fuite perpétuelle des personnages, que Marie conduit dangereusement, a été repeinte de la même couleur que celle du Samouraï de Melville. L’appartement de Jean est vide comme celui du Dernier Tango à Paris de Bertolucci. Les années enfuies que Modiano recherche par l’écriture, Nahum dit les rechercher par l’image. Il a essayé de traduire la noirceur potentielle du roman par un travail sur la lumière, « qui permet de mettre les personnages en tension, de les tenir toujours dans un certain déséquilibre […] sans vouloir filmer comme un collectionneur ». Dans le roman, le narrateur écrit : « Aujourd’hui, je revois cette scène de loin. Derrière la vitre d’une fenêtre, dans une lumière étouffée… »

On l’aura compris, en dépit de quelques réticences, ce téléfilm distille un charme nostalgique, lié la vie qui demeure inexplicable et indéchiffrable, ainsi que le suggère la dernière phrase du roman : « Dehors, tout était léger, clair, indifférent comme le soleil de janvier ». Et on ne peut qu’être d’accord avec Hubert Prolongeau, du Nouvel Observateur, qui écrit lors de la diffusion du téléfilm: « Il semblait que la matière même de ces livres fugaces, faits de fausses intrigues policières, de mystères entrelacés, d’atmosphère purement liée à l’écriture, ne soit réfractaire à l’image. Alain Nahum prouve que, même si elle n’est pas totale, la réussite est possible. »

Lundi 30 novembre 2009


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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:58

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Le 11 novembre 2009, dans la série Les Mercredis de l'Histoire, Arte diffusait un documentaire-fiction intitulé Erich-Maria Remarque, La Gloire et l'Exil. Le film retrace l'histoire de ce livre dont la notoriété nationale et internationale fut sans précédent et qui entraîna son auteur dans un exil sans retour. C'est d'ailleurs sur ce départ définitif, le 30 janvier 1933, le lendemain de la prise du pouvoir par Hitler, que s'ouvre le film.

L'expérience de la guerre.
En 1898, Erich-Paul Remark, de son vrai nom, naît à Osnabrück en Basse-Saxe, dans une famille modeste. Son père, Peter-Franz Remark est relieur. A dix-huit ans, il passe du lycée à la caserne. Il faut tordre le cou à une légende selon laquelle il se serait engagé volontairement en 1916. En réalité, il a alors l'âge légal de l'incorportaion.

Il fait ses classes à Osnabrück et Münster puis à Zehl. Sept mois plus tard, il est envoyé sur le front de l'Ouest avec son camarade de classe et ami Georg Middendorf. En novembre 1916, leur affectation à la même escouade leur permet de rester ensemble. Le journal de Middendorf, commencé le 23 juin, donne de nombreux détails sur cette période, pendant laquelle ils apprennent à se connaître et à s'apprécier.

Affectés à la réalisation de tranchées et de réseaux de barbelés, ils travaillent près du front mais ne font pas partie des fantassins qui montent à l'assaut. Ils construisent des positions difficiles à prendre par l'ennemi. Dans les tranchées, c'est l'horreur et le passage en force est impossible. Les Allemands concentrent la puissance de feu de leur artillerie sur un point précis pour espérer percer les forces ennemies. On est en Flandres, près d'Ypres, et le front oscille constamment mais les avancées ne sont jamais décisives et les victimes nombreuses.

Une lettre de Middendorf rapporte la blessure dont Remark est victime. C'est son ami qui l'a retrouvé, blessé par des éclats d'obus au-dessus du genou gauche et au poignet droit. En état de marcher, il gagne un abri où il fait panser ses plaies. En septembre 1917, il est transféré à l'hôpital militaire de Duisburg où il se rend indispensable. Lorsqu'un train en provenance de Cambrai ramène des blessés atrocement mutilés avec des membres sectionnés, des plaies béantes à la tête, Remark se sent coupable d'être à l'abri. Il écrit à son ami : « Avec tes bottes russes et ton estomac jamais rassasié, comment vis-tu en ce moment? Cela m'intéresse car j'écris un roman. »

Ce récit auquel il pense ne sera pas autobiographique, il y intégrera son vécu personnel dans un contexte fictionnel. A Duisburg, il recueille des témoignages de blessés.

Le 9 septembre 1917, il apprend la mort de sa mère, Anna-Maria. Une permission lui permet d'aller à son enterrement et il la dessine sur son lit de mort. Le thème de la mort jouera un rôle essentiel dans son oeuvre : comment se comporter face à son caractère inéluctable? Que faire de cette vie avant que la mort n'intervienne? La pensée de Remark ne cessera désormais de tourner autour de ces questions.


Une crise existentielle profonde.
La fin de la guerre en 1918 apporte la paix mais il est impossible de s'en réjouir car tout a changé. Les rapports entre les hommes sont faussés, tout est bancal, décalé, brisé. On est face à une crise existentielle profonde. Avec cette guerre d'un genre nouveau (armement, tranchées), les soldats qui avaient eu en tête les idéaux héroïques qu'on leur avait inculqués sont traumatisés à vie. Il faut chercher de nouvelles voies, faire advenir un homme nouveau. De plus, en 1918, le système politique change, la révolution mettant fin à la monarchie. Cependant, nombreux sont ceux qui sont incapables d'accéder à un mode de pensée démocratique et d'autres le refusent catégoriquement ; ce sera une lourde hypothèque pour la République de Weimar.

Osnabrück, novembre 1918. Cette vie qu'on avait quittée joyeux et le coeur léger, voilà qu'on en reprend le fil, solitaire et meurtri. Tout n'est que grisaille et incertitude. Quand Remark retrouve son père, ce dernier lui apprend qu'il va se remarier avec Maria-Anna-Henrika Bahlmann. Très lié avec sa mère entre dix et quatorze ans, plus attaché à elle qu'à son père, le jeune homme en est blessé, d'autant plus qu'il souffre aussi du manque d'intérêt que son père porte à l'art.

Remark reprend sa formation d'enseignant. Il retourne à l'Institut de Formation des Maîtres, devenu l'Institut Catholique Prussien, pour être instituteur. Il y retrouve Middendorf et son ami Dopp, mutilé d'une jambe. Leurs professeurs, qui n'ont pas combattu, ne comprennent pas qu'ils n'ont plus devant eux de jeunes étudiants mais des soldats qui ont connu l'horreur du front et ne sont plus dans une attitude de soumission. Remark est alors un des deux délégués étudiants qui part à Hanovre au Ministère afin de demander la révision des programmes et prendre en compte les exigences des étudiants. Excellent négociateur, il obtient gain de cause. Le 1er août 1919, il commence une carrière d'instituteur.

A cette époque, on lui décerne la Croix de fer de la 7e Armée, pour « acte de courage devant l'ennemi », confirmé par le Conseil des Soldats. Remark se pavane dans Osnabrück en uniforme en arborant sa décoration, ce qui étonne son ami Dopp, qui lui déclare : « Je te croyais pacifiste! » Il se met aussi en scène en se faisant photographier avec un chien. On se perd en conjectures sur cette attitude. S'agit-il de séduire les jeunes filles? Adopte-t-il cette attitude pour s'amuser, par défi, par rébellion envers son père et contre la société bourgeoise de l'époque?

Dans cette Allemagne de l'après-guerre qui peine à surmonter sa défaite et manque de tout, Remark écrit un premier roman intitulé La baraque du rêve, un ouvrage totalement étranger à tous les problèmes du temps. Dans un style fleuri, cette oeuvre raconte la vie d'un cercle d'artistes dans le monde de l'avant-guerre. C'est en fait un monument à Fritz Horstmayer, un artiste charismatique, sorte de gourou que Remark avait fréquenté à Osnabrück. Il apparaît sous les traits d'Ernst Winter, un compositeur en proie à une crise existentielle, dont il se sauve grâce au soutien d'une jeune femme dévouée : « Ne pense plus ; ne rumine plus. Le monde est beau. » Telle pourrait être la morale de ce livre.


Le choix de l'écriture.
Ayant trouvé un éditeur, Remark démissionne de l'enseignement et prend la décision de se consacrer à l'écriture. Cependant son roman « à l'eau de rose » est un échec qu'il a du mal à surmonter. Il écrit à Stefan Zweig qui l'encourage à persévérer. Tout en travaillant dans un atelier qui fabrique des stèles funéraires, il entreprend de recueillir le matériau pour un livre d'un genre différent. Mais devant l'inflation galopante, les difficultés financières, ses amis lui disent qu'il aurait mieux fait de rester professeur.

Il devient alors journaliste pour Les Nouvelles d'Osnabrück, s'y fait remarquer et découvre les plaisirs de la vie berlinoise. Il écrit Le célibataire qui marque l'évolution de son style ; l'écriture s'y fait plus moderne, le ton plus insolent, révélant ainsi l'air du temps.

C'est à cette époque qu'il prend son nom d'artiste : Erich-Maria Remarque. Marie (qui est le prénom de sa mère) est en fait un hommage à Rainer-Maria Rilke. Le patronyme de Remarque est un souvenir de ses ancêtres français. Son père est profondément blessé par ce changement de nom : « Tu te renies toi-même » lui dit-il.

En avril 1922, Erich-Maria Remarque entre à la rédaction du magazine L'Echo-Continental à Hanovre et rencontre le succès. Il fait la connaissance de Ilse Jutta Jeanne Zambona, une actrice mariée à un grand bourgeois de Hanovre, une femme libérée, à sa hauteur. Il s'affiche avec de multiples conquêtes, des femmes connues, qui attestent de son appartenance aux milieux en vue du cinéma. Il est fier de paraître dans les galas, les premières, les grands bals, au bras de jolies femmes.
En 1925, il s'installe à Berlin avec sa maîtresse qu'il épouse, tout en passant avec elle un contrat de mutuelle liberté conjugale. Il s'adapte aisément à la grande métropole mondaine et prend le titre de baron de Buchenwald, dit Remarque, titre acheté à un noble ruiné, Hugo von Buchenwald. Il accède à ce statut social supérieur dont il a toujours rêvé et se sent comme un poisson dans l'eau dans ce nouveau milieu.

En 1926, il devient rédacteur de Sport im Bild, le magazine de la bonne société. Il se découvre une passion pour les voitures de sport et la vitesse. Il écrit une nouvelle, Petit roman automobile.


Le récit d'un simple soldat.
A cette période pourtant, la mode est aux souvenirs de guerre et on lui propose une critique des romans de guerre allemands. Il pense alors à raconter son propre vécu, à faire le récit d'un simple soldat « catapulté » du lycée au front, qui voit disparaître un à un ses camarades. Il souhaite écrire quelque chose qui soit différent de ce qu'il a écrit jusque là. Quand il commence à rédiger, il ne sait où cela le mènera.

C'est donc en 1927 qu'il renoue enfin avec ce projet, né dix ans plus tôt à l'hôpital militaire de Duisburg : écrire un roman sur la guerre. Il reprend ses anciens carnets : « Sur cent cinquante partis, la moitié seulement est rentrée mais le cuistot avait fait à manger pour tout le monde. Résultat : double ration pour tout le monde. On s'est goinfré! » Ce sera la matière de son livre.

Remarque sent le besoin d'évoquer sa propre expérience de la guerre mais, au fil des versions, plus il retravaille son texte, plus l'aspect autobiographique s'efface au profit de la dimension fictionnelle, et par là même, de la dimension universelle du roman. Il veut que cette oeuvre soit la représentation du vécu de toute une génération. Il va raconter l'histoire d'une escouade d'hommes, dont la plupart ont fréquenté la même école, mais qui ne sont pas des volontaires. Ce sont des jeunes gens naïfs « embarqués » malgré eux dans la folie de la guerre. L'intérêt se porte sur les simples soldats, ceux qui subissent les décisions des puissants, des maîtres de guerre français ou allemands, alors que les officiers sont relégués au second plan. De jeunes hommes qui voient leur vie anéantie et ne comprennent pas pourquoi ils devraient la sacrifier.

Pour créer ses personnages, Remarque s'inspire de récits et de biographies authentiques qui concourent à la crédibilité du texte. S'il utilise nombre de témoignages, il invente les personnage de Katchinski et de Himmelstoss. Inspirés par des êtres réels, ils sont cependant nés de l'imagination de l'auteur. Quant à Paul Bäumer, s'il ne peut être totalement identifié à Remarque, il lui ressemble par bien des aspects. En fervent défenseur de la vie, Remarque témoigne que la mort est absurde, cruelle, assassine. Il pose ainsi une question fondamentale : quelle est la valeur de la culture si un tel carnage est possible?

Après avoir passé beaucoup de nuits à écrire, enfin il sent qu'il tient la fin de son roman : « Paul Baümer tomba un jour d'octobre 1918, un jour si tranquille sur tout le front que le communiqué se contentait d'indiquer qu'à l'ouest il n'y avait rien de nouveau. Il était étendu face au sol comme s'il dormait. En le retournant, on vit que l'agonie n'avait pas été longue. Son visage était serein et laissait à penser qu'il était satisfait que tout soit terminé. »

Tout en regrettant que le héros n'ait pas survécu, Jutta Remarque considère que c'est ce que son mari a écrit de meilleur. Le titre est déjà trouvé ; ce sera A l'ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts neues).

En mars 1928, l'auteur soumet son roman à une cinquantaine d'éditeurs, et notamment aux Editions Fischer, la maison la plus renommée de la République de Weimar, spécialisée dans les textes littéraires plus que dans la littérature de guerre. On lui répond qu'il a du talent mais que le public est las de la guerre et qu'il devrait écrire autre chose. Ce sont finalement les Editions Ullstein qui acceptent son manuscrit et lui proposent de le publier en feuilleton dans leur meilleur journal, le Vochiste Zeitung. En dépit des conditions posées par Ullstein qui demande à Remarque de renforcer le côté « vécu », d'édulcorer un peu le texte pour ne pas trop effrayer le lecteur, d'adapter sa biographie en le vieillissant un peu, le romancier ne peut se permettre de refuser d'être publié chez Ullstein, éditions qui jouissent d'une grande notoriété. Le roman sera présenté comme l'oeuvre d'un jeune homme de trente ans, mu par la nécessité de témoigner de ce qu'il a vécu avec ses camarades. Ce ne sera pas un roman de guerre mais le récit du vécu de son auteur. Et Ullstein d'ajouter : « On dira que vous avez exorcisé vos démons par l'écriture ; les lecteurs adorent ça. » S'il était connu comme journaliste, Remarque trouve donc ici la chance de démarrer une vraie carrière littéraire.


A l'ouest, rien de nouveau : le succès.
Le succès est immédiat et dépasse toutes les espérances de l'auteur et de l'éditeur. « En trente ans, je n'ai jamais vu ça », dit Ullstein. On attend avec impatience chaque nouveau chapitre, on veut savoir quand sortira « le grand roman de guerre », l'oeuvre d'un romancier qui devient soudain une star. Les critiques élogieuses font florès. « C'est un monument à la gloire du soldat inconnu, signé par tous nos morts » écrit Walter von Molo. « Cette histoire, des millions l'ont vécue, des millions la liront aujourd'hui et demain », commente Karl Zuckmayer. « Ce livre est grand dans sa simplicité, poignant dans sa vérité », souligne Paul Loebe, le Président du Reichstag.

Le succès dépasse tout ce qu'on avait pu voir dans l'histoire de l'édition allemande : en un an, plus d'un million d'exemplaires seront vendus. « Tous les gens qui savent lire dans la République de Weimar ont lu A l'ouest, rien de nouveau. » La vie de Remarque s'en trouve métamorphosée et il accède au train de vie auquel il a toujours aspiré. Accueilli partout avec enthousiasme, le roman est traduit dans le monde entier.

Cependant, la menace est tapie dans l'ombre. « Votre roman est bestial, calomnieux, écoeurant », écrit un vicaire. Si pour tous ceux qui ont fait la guerre comme simples soldats et ont été embrigadés, le roman sonne juste, il n'en va pas de même pour les officiers généraux, les industriels de l'armement. Et pour Augustin Nochst, chargé de réorganiser l'armée allemande après la guerre, Remarque est le diable en personne.

Bientôt, Remarque, qui avait décidé de refuser toute interview, est contraint par son éditeur de les accepter. Il est mal à l'aise devant les questions, notamment lorsqu'on lui demande combien de temps il a passé au front.

Très vite, il est confronté à d'injustes accusations : il aurait volé le manuscrit à un camarade de guerre, il l'aurait même assassiné, il aurait tout inventé de A à Z! Bientôt, d'autres bruits courent : la presse nationaliste allemande prétend qu'il est juif, que son vrai nom est Kramer (anagramme de Remark). Comment un homme qui a transformé ainsi son patronyme peut-il être crédible?

Alors que le roman sort en librairie le 29 janvier 1929, le romancier ne se réjouit plus guère de son succès à cause des attaques incessantes qui portent atteinte à sa bonne foi et à son honneur. Dans cette épreuve, sa femme ne lui est pas d'un grand secours car elle mène sa vie de son côté. Remarque se résout à accorder une interview à Axel Herbrecht, un journaliste et critique littéraire qui est un ami proche. Il lui déclare qu'une fois l'oeuvre achevée, l'auteur doit se taire. Il se dit surpris par les réactions suscitées par son roman, selon lui totalement apolitique, et auxquelles il ne s'attendait pas. Il explique l'intention qui a présidé à la rédaction de son oeuvre. Il a voulu traiter un sujet très humain : des jeunes en âge d'affronter la vie vont affronter la mort. L'ouvrage lui a demandé six semaines d'écriture, le soir après son travail, qui l'ont obligé à revivre ses souvenirs de guerre. Il a vécu cette période dans un état de désespoir qui l'a lui-même surpris.


La menace.
Pendant ce temps, la polémique prend de l'ampleur. Si la gauche libérale le soutient, la droite attaque violemment le pacifiste convaincu qu'il est. Remarque est l'homo civilis par excellence, celui qui place l'individu au-dessus de toute idéologie, de toute religion et au-dessus de l'Etat. Pour la protection de l'individu, il prône l'indépendance, la tolérance et l'humour, trois notions qui n'en font pas vraiment un agitateur politique.

C'est ce moment que choisit Jutta son épouse pour le quitter. Quant à lui, il retourne à Osnabrück en novembre 1929, souhaitant prendre du recul. Il souhaite retrouver la tranquillité et l'inspiration dans sa ville natale qu'il choisit comme décor de son prochain roman. Jutta demande le divorce et il loue la villa Hauberg pour travailler à un nouveau projet intitulé Après. D'anciens amis le harcèlent, viennent lui réclamer de l'argent, en prétextant qu'ils lui ont fourni des anecdotes pour son roman.

Plusieurs producteurs d'Hollywood s'arrachent les droits d'adaptation du roman et Remarque se décide à signer avec Universal. Le 4 décembre 1930, le film, réalisé par Lewis Milestone, sort en salle en Allemagne.

Remarque reçoit alors une étrange visite, celle d'un émissaire de Goebbels qui déclare vouloir protéger le romancier contre les entreprises juives trompeuses d'Ullstein et Universal. Remarque comprend que Goebbels veut utiliser son nom pour sa propagande et déclare violemment qu'il n'est pas à sa botte. L'envoyé de Goebbels part en proférant des menaces.

En fait, le succès de Remarque a touché Goebbels au pire moment de sa vie d'écrivain. Il vient d'essuyer un échec avec un roman « lamentable », achevé peu de temps auparavant. En spécialiste de la propagande, il a voulu passer sous silence le roman de Remarque, mais le succès retentissant de l'adaptation cinématographique l'a obligé à réagir. Il organise donc des émeutes dans les cinémas avec les jeunes de la SA et les sympathisants du parti national-socialiste des travailleurs allemands, tandis que les Juifs sont « passés à tabac ». Le 5 décembre, une rixe est de nouveau organisée dans un cinéma et les nazis y déclarent qu' « il n'y a qu'un Juif pour aller voir un film pareil ». Le 11 décembre, le film est interdit en Allemagne par le Film-Oberprüfstelle, le comité de censure cinématographique de l'époque. On peut considérer cet acte comme la première incursion à l'ouest des nazis qui en même temps s'imposent peu à peu comme réalité politique dans l'ouest de Berlin. « Le film tombera demain. Nous aurons alors remporté une grande victoire sous l'impulsion du national-socialisme », disent les nazis. En fait, c'est la rue qui aura dicté son action au gouvernement!

Parmi ces jeunes de la SA, aucun n'a fait la guerre et dans son roman, Après, Remarque écrit : « Les morts ne crient pas vengeance. Ils crient : « Plus jamais ça! » » Il comprend que les mots ne suffisent plus. « Je suis un écrivain, pas un homme politique. Une fois l'oeuvre achevée, je dois me taire. » En 1930, se sentant de plus en plus menacé, il achète une villa à Porto Ronco sur le lac Majeur, tout en conservant sa résidence à Berlin. Il divorce de Jutta et publie L'Ennemi.


L'exil.
Le 28 janvier 1933, a lieu à Berlin le Bal de la Presse. Cette date peut être considérée comme le dernier jour de liberté de l'Allemagne. Von Papen et Hitler se sont coalisés contre Hindenburg et le lendemain Hitler deviendra chancelier. C'est le 30 janvier que Remarque, de plus en plus sous surveillance, choisit pour quitter l'Allemagne, après avoir enjoint son ex-femme Jutta à l'accompagner, ce qu'elle refusera (En 1938, il l'épousera une seconde fois, pour divorcer d'elle le 20 mai 1957, et épouser Paulette Goddard, le 25 février 1958). Remarque ne reviendra jamais en Allemagne.

Le 10 mai 1933, son livre, « qui trahit la mémoire de nos soldats », est brûlé dans un de ces autodafés dont les nazis ont le secret, « pour une éducation du peuple dans un esprit de combativité ». Le 21 mars 1938, on déclare que les livres de Remarque sont « le reflet d'une attitude vile et anti-allemande ». Leur auteur est déchu de la nationalité allemande, le 20 mai.

En 1943, sa soeur, Elfriede Remark, qui a toujours été hostile au nazisme depuis la prise du pouvoir par Hitler, est arrêtée sur dénonciation de ses voisins. Elle aurait publiquement exprimé le souhait que le chancelier du Reich soit tué d'une balle dans la tête. Au procès, le président du Tribunal du Peuple lance : « Votre frère nous a échappé, vous ne nous échapperez pas! » « Au nom du peuple allemand, Elfriede Scholz, née Remark, est reconnue coupable d'activités de propagande visant à corrompre la nation. Déshonorée à jamais, vous êtes condamnée à mort. » Telle est la sentence. La soeur du romancier est décapitée à la hache à Plötzensee le 16 décembre 1943.

Quand il apprend l'assassinat de sa soeur, Remarque entreprend un nouveau roman qu'il lui dédie, L'Etincelle de vie, et dont l'intrigue se passe dans un camp de concentration. Il s'engage dans l'action politique et dans la lutte contre l'oubli des crimes commis sous la dictature nazie.


"Travailler et apporter sa modeste contribution".
Le documentaire-fiction diffusé par Arte s'achève sur un entretien entre Remarque et Friedrich Luft, daté de 1963 :

- « Pensez-vous que l'écrivain a une influence sur le monde? Cinq ans après la parution de votre roman, les Himmelstoss (nom du cruel caporal du roman) ont pris le pouvoir en Allemagne. Dix ans après sa parution, la Seconde Guerre Mondiale a éclaté. Les écrivains ne cessent d'envoyer des signaux mais personne ne semble les percevoir et encore moins s'en soucier. Ce constat pourrait-il finir par vous décourager d'écrire?

- Non, jamais! Je sais que personne n'écoute. Nous avons vu une nouvelle guerre éclater, mais c'est une raison supplémentaire d'y croire. Car que restera-t-il si nous abandonnons l'idée qu'un progrès est possible? Que restera-t-il alors? C'est parfois très difficile d'y croire. Mais il faut y croire et il faut s'investir pour cela. Je serais quand même prêt à faire quelques concessions sur l'aspect artistique de mon travail si cela pouvait augmenter son impact et servir le Progrès. Mais ce sont des choses qu'on ne sait pas à l'avance. Tout ce qu'on peut faire, c'est travailler et apporter sa modeste contribution. Peut-être que ce sera utile malgré tout. »


Ainsi, cet écrivain qui se déclarait apolitique est devenu par la force des circonstances un écrivain engagé, contraint à faire de sa plume une arme au service de l'humanisme. Patrick Modiano n'écrivait-il pas : « L'un des privilèges de la littérature, c'est justement de rompre le silence, de crever la carapace du conformisme, des idéologies et des mensonges politiques, de dire « je », au nom de ceux qui n'ont pas pu parler ou de ceux que personne ne voulait entendre »?


Œuvres

Toutes ses oeuvres sont profondément marquées par sa vie, et elles peuvent être considérées comme des autobiographies romancées.

1920 : La Baraque de rêve (Die Traumbude)

1929 : À l'Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts neues)

1931 : Après (Der Weg zurück)

1937 : Trois Camarades (aussi connu sous le titre Les Camarades)

1939 : Les Exilés (Liebe deinen Nächsten)

1946 : Arc de triomphe

1954 : Un temps pour vivre, un temps pour mourir (paru aussi sous le titre L’Île d’espérance aux Editions Plon en 1954)

1956 : L'Obélisque noir ; traducteur Gaston Floquet ; Mémoire du Livre ; ré-édition 2001 (ISBN 2913867278)

1961 : Le ciel n'a pas de préférés (Der Himmel kennt keine Günstlinge) (OCLC 11265885)

1963 : La Nuit de Lisbonne (Die Nacht von Lissabon) (OCLC 72372714)


Filmographie

1930 : À l'Ouest, rien de nouveau (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone. Scénario de George Abbott d’après le roman éponyme d’Erich Maria Remarque Im Westen Nichts Neues.

1937 : The Road Back de James Whale. Scénario de Charles Kenyon, E.M. Remarque, d’après son roman Der Weg zurück, et R.C. Sherrif.

1938 : Trois camarades (Three Camarades) de Frank Borzage. Scénario de F. Scott Fitzgerald, Edward E. Paramore Jr et E.M. Remarque, d’après son roman Drei Kameraden (Les Camarades).

1941 : Ainsi finit notre nuit (So Ends Our Night) de John Cromwell. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman Liebe deinen Nächsten (Les Exilés), et Talbot Jennings.

1947 : L’Orchidée blanche (The Other Love) d’André De Toth. Scénario de Beyond, Ladislas Fodor et Harry Brown d’après E.M. Remarque.

1948 : Arc de Triomphe (Arch of Triumph) de Lewis Milestone. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman éponyme, Lewis Milestone et Harry Brown.

1955 : La Fin d’Hitler/Le Dernier Acte (Der Letzte Akt) de Georg Wilhelm Pabst. Scénario de Fritz Habeck, M.A.Mussano, d’après son roman Ten Days To Die, et E.M. Remarque.

1958 : Le Temps d'aimer et le temps de mourir (A Time to Love and a Time to Die) de Douglas Sirk. Scénario d’Orin Jannings et E.M. Remarque, d’après son roman Zeit zu leben und Zeit zu sterben (Un temps pour vivre, un temps pour mourir). Remarque apparaît dans ce film comme acteur (Le Professeur Pohlman).

1977 : Bobby Deerfield de Sydney Pollack. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman Der Himmel kennt keine Günstlinge (Le Ciel n’a pas de préférés) et Alvin Sergent.

1979 : À l’Ouest rien de nouveau (All Quiet on the Western Front). Téléfilm de Delbert Mann. Scénario de Paul Monash et E.M. Remarque.

1985 : Arch of Triumph. Téléfilm de Waris Hussein Scénario de Charles E. Israël et E.M. Remarque.

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Samedi 28 novembre 2009

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 13:29

 

    Largiliere.jpg 

Etude de mains par Nicolas de Largilière

Première main serrée

Maman c'était la tienne

J'étais petit enfant

Tu me disais Je t'aime


Une main tendre et ronde

Sur son jouet de bois

Qui caresse le monde

Et le chaud et le froid


Une main qui essaie

De tracer sur la table

Les pleins et les déliés

Tels des traits sur le sable


Sur le mur de la chambre

La main marionnette

Quand la lune se cambre

Et joue des silhouettes


Dans la grande cuisine

Où le feu étincelle

Mes mains dans la farine

Quand la vie prend son sel


Au fond du frais jardin

Une main jardinière

Dans la senteur du thym

Qui torture la terre


Sur le papier Canson

Quand ma main dessinait

Pendant les jeudis longs

Ce que ma vie serait


Dans un salon désert

Ma main tenant l'archet

Du violon trouvère

Aux accents exaltés


Au creux des vagues vives

Mes mains qui coupent l'eau

Dans la nage hâtive

Des algues sur ma peau


J'avais donné ma main

A la cartomancienne

Elle y lut mon destin

Et que je serai tienne


Sous un porche dans l'ombre

Nos deux corps jumelés

Nos mains qui se rencontrent

Nos lèvres aux baisers


Ultime main serrée

Amour sera la tienne

Et quand je m'en irai

Tu me diras Je t'aime


Vendredi 27 novembre 2009

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Published by Catheau - dans Poèmes
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 14:42


Antoine Arnauld 

                                                               Antoine Arnauld, dit Le Grand Arnauld (1612-1694).

Jeudi 05 novembre 2009, François Busnel recevait entre autres à La Grande Librairie Christian Bobin, l'ermite du Creusot. Celui-ci a fait poétiquement l'éloge de Claude Lévi-Strauss : "C'est un immeuble qui s'effondre en laissant une poussière d'images", a-t-il dit. Dans le grand anthropologue il a décelé des racines intuitives et poétiques et un goût affirmé pour la musique. Dans la structure de l'humble fleur du pissenlit, "petit soleil à portée de main", l'auteur de Tristes Tropiques eût reconnu la structure de l'univers.
Christian Bobin était l'invité de François Busnel pour sa dernière œuvre, Les ruines du ciel, suite d’aphorismes, de pensées, de rêveries et de phrases lapidaires, au service d’une réflexion sur les contradictions du Grand siècle. Si l’on se plonge dans la lecture de celui qui sait parler aux anges, aux pâquerettes et aux animaux, on rencontrera Racine, Philippe de Champaigne, Pascal, Le Grand Arnauld, en même temps
que André Dhôtel, Jean Grosjean et Jean Genet.

De son bureau ouvert sur un jardin, entre les œuvres de La Fontaine et le Nouveau Testament, Christian Bobin écrit une œuvre à mi- chemin du mysticisme et du minimalisme, un éloge du rien, qui a ses afficionados passionnés. Celui qui a vécu « prisonnier dans le cloître des lectures » dit avoir voyagé dans le Grand siècle afin de comprendre son propre siècle, être allé très loin pour voir très près.

Dans cet ouvrage inclassable, il évoque l’affrontement entre cette « centrale d’or » et de courtisans que fut Versailles et la petite poignée d’hommes et de femmes de Port-Royal-des-Champs, désintéressés des honneurs, dans une volonté de résistance contre « cette royauté qui avalait la France ». Ce faisant il fustige ce monarque invisible qu’est l’argent et en cela ce livre nous parle aujourd’hui. Versailles.jpg

Le mélange d’anecdotes choisies, de considérations sur l’écriture, Bach ou le pissenlit, peut sembler déroutant. Pour Christian Bobin, c’est comme une tapisserie où tout est mêlé, le passé et le présent, les vivants et les morts. « Je lis Pascal et je fais mes courses au Creusot », ajoute-t-il.

A Busnel  qui lui demande comment il concilie sa nostalgie profonde de l’enfance et sa gaieté foncière, l’écrivain-poète répond qu’il est joyeux et amoureux. La vie, c’est du courage et ce courage est gai. On ne sait rien, on ne comprend rien, mais on a besoin de quelques étincelles. Il éprouve « la joie éternelle de se sentir mortel ».

Selon lui, il n’y a aucune différence entre croire et vivre. Même celui qui s’en va se pendre recherche un bien. La vie, c’est l’espérance mais une espérance qui n’est captive d’aucun dogme. « Les cristaux de l’air froid me giflent le visage et je sais que Dieu existe. » Le froid l’oblige à être vivant. Et quand Busnel lui dit qu’il est un mystique, il affirme avec modestie qu’on le couvre d’un manteau d’hermine !

Ecrivain à part entière, il affirme que « ce n’est pas compliqué d’écrire, il suffit d’y donner chaque seconde de sa vie ». Il souffre de la maladie joyeuse d’écrire et de lire, et dans l’échec même sait demeurer joyeux.

Pour lui, une seule chose est grave, c’est le tort qu’on fait aux faibles, à ceux qui n’ont pas de mots. Comme le peintre Hokusai dans sa vieillesse, il faut s’efforcer d’accéder à une liberté totale, s’affranchir du « grand embarras de soi », car « on s’alourdit d’être en compagnie de soi-même ».

A l’écart du monde, Christian Bobin nous convie avec ce livre à une méditation sur l’aspiration à l’exigence.

 

Port-Royal.jpg

Bibliographie de Christian Bobin
Les ruines du ciel, éditions Gallimard, 2009
La Dame blanche, éditions Gallimard, 2007
Une bibliothèque de nuages, éditions Lettres Vives, 2006
Prisonnier au berceau, éditions Mercure de France, 2005
Louise Amour, éditions Gallimard, 2004
Mozart et la pluie, suivi de Un désordre de pétales rouges, éditions Lettres Vives, 2002
Le Christ aux coquelicots, éditions Lettres Vives, 2002
Paroles pour un adieu, éditions Albin Michel, 2001
L’enchantement simple et autres textes, éditions Gallimard, 2001
La Lumière du monde, éditions Gallimard, 2001
Ressusciter, éditions Gallimard, 2001
Tout le monde est occupé, éditions Mercure de France, 1999
La présence pure, éditions Le temps qu’il fait, 1999, Gallimard 2008
L’équilibriste, éditions Le temps qu’il fait, 1998
Geai, éditions Gallimard, 1998
Autoportrait au radiateur, éditions Gallimard, 1997
La plus que vive, éditions Gallimard, 1996
Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, éditions Gallimard, 1996
Le jour où Franklin mangea le soleil, éditions Le temps qu’il fait, 1996
L’homme qui marche, éditions Le temps qu’il fait, 1995
La folle allure, éditions Gallimard, 1995
L’inespérée, éditions Gallimard, 1994
Le Très-Bas, éditions Gallimard, 1992
Une petite robe de fête, éditions Gallimard, 1991
Éloge du rien, éditions Fata Morgana, 1990
La part manquante, éditions Gallimard, 1989


Mercredi 11 novembre 2009.
espacetransp
espacetransp

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:16

 

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Neige (Kar en turc) est le septième roman d’Ohran Pamuk, écrit entre 1999 et 2001, publié en turc en 2002 et édité en français aux Editions Gallimard en 2005. La même année, il reçoit le Prix Médicis étranger et le prix Nobel de Littérature en 2006. C’est le premier roman politique de l’auteur, dont il assume la complexité :  « Tout le livre est un mélange de tragédie et de farce, d’ironie et de drame, de sourire et de larmes », complexité accentuée par l’entrelacement des deux séjours du héros et du narrateur du roman, créateur de perspectives et d’échos.

Le héros, Kerim Alakuşoĝlu, autrement appelé Ka (ce qui fait de lui un personnage kafkaïen), est exilé pour des raisons politiques en Allemagne. Chargé par un journal stambouliote, il se rendra à Kars, petite ville à l'est de la Turquie, en hiver, pendant trois jours et trois nuits, afin de suivre les élections municipales et d’enquêter sur des suicides de jeunes filles, à qui le gouvernement turc interdit le port du foulard. Ce voyage est pour lui l’occasion de retrouver İpek, une ancienne camarade de l’université qu’il continue à aimer en secret.

Au sein de cette petite ville en proie aux affrontements entre islamistes et kémalistes, et tout en suivant les événements tragiques qui s’y passent, il est subjugué par l’atmosphère  neigeuse qui enveloppe la ville. Il s’interroge sur ses raisons de vivre, en écrivant des poèmes métaphoriques et sensuels, inspirés par ce qui lui arrive.

Le roman Neige apparaît comme une extraordinaire mise en abyme puisque Ka écrit un recueil de poèmes dont le titre est éponyme de celui du roman. La neige en est un actant essentiel. C’est un décor magnifique qui isole les protagonistes, jouant un rôle dramatique capital qui cristallise les antagonismes et les haines des habitants de Kars.

Les dix-neuf poèmes de Ka demeurent cependant fragmentaires et, si la table des matières du roman en donne les titres selon l’ordre dans lequel ils sont nés dans l’esprit du poète, le lecteur n’en saura que peu de choses. Ainsi par exemple « Neige », le premier poème de trente-quatre vers  apparaît dans le dixième chapitre ; il dit la banalité de la vie à Kars, un chat noir, la station de train. Le chapitre douze cite des vers que Ka souhaite insérer dans un poème qu’il intitulera « Toute l’humanité et les étoiles ». Au chapitre quatorze, « L’amitié des étoiles » évoque l’amour, les étoiles, les paroles de Kadife, la sœur d’İpek. Tous ces poèmes sont l’expression de la tradition orale anatolienne, il sont l’âme séculaire de ces territoires de l’Est.

Un poème possède à l’évidence une place privilégiée dans le roman. Intitulé « Moi Ka », ce dixième poème est placé quasiment au centre du corpus des textes, qui en compte dix-neuf. Par ailleurs, il trouve sa place au centre du flocon hexagonal, qui est dessiné à la fin du chapitre vingt-neuf, intitulé « L’incomplétude en moi », et qui représente l’âme de Ka, son être profond. La neige est cet élément qui permet au héros de s'interroger : " Que fais-je dans ce monde? [...] Ma vie est aussi misérable que le paraissent au loin ces flocons de neige. L'être humain vit, s'érode, disparaît. Il se dit qu'en un sens, il avait déjà disparu, mais que dans l'autre il existait encore : il aimait à se penser en flocon de neige, et suivait avec amour et tristesse la voie que prenait sa vie." (p. 131).
Le narrateur écrira :" Bien plus tard, se rappelant les conditions dans lesquelles il avait écrit à Kars, il dessinerait un flocon de neige, représentation de sa propre vie, dont le flocon exprimerait l'organisation logique, et il déciderait de placer ce poème au centre du dessin comme de sa vie. Mais ces décisions-là- et le livre tente de répondre à cette question- dans quelle mesure ne sont-elles pas, comme l'a été le poème pour Ka, le fruit de la vie elle-même avec sa mystérieuse symétrie?" (p. 134)". A la fin du roman, on peut lire la liste des poèmes selon la place qu'ils occupent sur le flocon de neige.
Les dix-huit autres poèmes sont en effet disposés selon trois axes qui sont Logique, Mémoire et Rêve. C’est ce flocon de neige qui apparaît à Orhan Bey, le narrateur, en quête, à Francfort, du cahier de poèmes de Ka, après son assassinat par trois balles, sous le « K » lumineux d’un néon étincelant de rose.
« La structure matérielle du flocon de neige (ou son alchimie, qui voit la neige et ses cristaux devenir de l’eau) peut être lue comme le symbole de l’évolution psychique du personnage, si l’on s’attache à comprendre les titres des poèmes dont le contenu demeure inconnu au lecteur. » Le flocon de neige serait alors la projection de l’inconscient de Ka ou de l’inconscient collectif de la ville de Kars. Ces poèmes ne sont-ils pas en effet « révélés par la grâce d’une puissance extérieure » ?

Une correspondance entre Ka et le narrateur avait appris à ce dernier les dernières années de l’existence du poète. C’est au prix d’un labeur de quatre ans que l’écrivain avait mis la touche finale à son recueil de poèmes. Après son retour de Kars, il avait compris que ces textes écrits dans la fulgurance  recelaient une architecture « profonde et secrète ». Il était parti à la recherche de la logique mystérieuse de ses propres écrits et avait comblé leurs manques en essayant de la respecter. En même temps, Ohran Bey avait découvert un homme torturé par les douleurs de l’amour, qui se compare à « un animal blessé », qui éprouve « un intense sentiment de perte et d’incomplétude », « un sentiment insoutenable de perte et d’abandon qui [le] fait saigner de toute part ». Le narrateur n'avait jamais retrouvé le petit cahier vert....

« Une fois par vie, il neige dans nos rêves » avait écrit Pahmuk en 2002. Et Ka, dialoguant avec cheikh Efendi, lui dit : "La neige m'évoque Dieu, [...] La neige m'a rappelé combien ce monde était mystérieux et beau et combien la vie était en fait un bonheur." (p.143).  Outre la lecture socio-politique du roman (au demeurant passionnante, qui présente uneTurquie déchirée entre tradition et modernité), existe donc une autre lecture, plus intime et plus mystérieuse. Expérience mystique du héros, méditation sur le flocon de neige et sa symbolique, autoportrait du personnage (Ka), du narrateur (Ohran Bey)  et de l’auteur (Ohran Pamuk), le roman tisse des interrogations sur Dieu et le sens de la vie pour tout homme : « Dieu, ce n’est pas une question d’intelligence ou de foi, c’est une lucidité rappelant que toute vie est une énigme. » (p. 294).  

Les pages renvoient à Neige, Edition Folio, n°4531).  

Mardi 10 novembre 2009.

                             

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 15:31

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C’était à Yalta

Les grands de ce monde

Qu’ils ont divisé

Et écartelé

 

En soixante-et-un

Le mur édifié

Et dans son pays

Etre un exilé

 

C’était à Berlin

Tu m’avais quittée

Tu étais passé

De l’autre côté

 

Au long des années

Le cœur déchiré

D’infinies soirées

L’âme abandonnée

 

Et durant mille jours

L’enfer de l’amour

 

C’était à Berlin

La foule amassée

Les gens assoiffés

De la liberté

 

Les vopos pressés

De tous les côtés

Les politiciens

Ne comprenaient rien

 

C’était à Berlin

Le neuf de novembre

Quand tout se démembre

Un nouveau destin

 

C’était sur la Sprée

Au Böse Brücke

Vers toi j’ai marché

Et puis j’ai pleuré

Mercredi 10 novembre 2009

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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