Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 17:23



Lhasa-de-Sela-lhasadesela3.jpg



 

 

 

Aujourd’hui, on apprenait avec émotion la mort de la jeune chanteuse Lhasa de Sela, décédée d’un cancer du sein à l’âge de 37 ans.

Trop brève  existence et trop brève carrière, mais déjà tellement remplie, pour cette chanteuse américano-mexicaine qui avait trouvé à Montréal un endroit où poser ses valises. « N’importe où dans le monde, ce ne sera jamais comme à Montréal » disait-elle.

Née en 1972 dans une famille anti-conformiste, elle avait durant sa jeunesse connu une vie nomade dans un bus sur les routes du Mexique et des Etats-Unis. Nul doute que ces errances l’avaient ouverte aux beautés du monde et avaient inspiré par la suite ses chansons.

Sa musique chaude, intimiste, était exaltée par une voix cassée, voilée, qui évoluait du grave à l’aigu avec un égal bonheur. Elle avait composé des chansons aux influences multiples, tsigane, pop, blues, folklore mexicain, qu’elle pouvait chanter en anglais, en espagnol et en français. La Lhorona (La Pleureuse) en 1997, puis The living road en 2003, et enfin son dernier album, sorti en 2009, sobrement intitulé Lhasa, lui avaient valu une reconnaissance internationale. En 2005, elle avait été consacrée « Meilleure artiste des Amériques » aux Awards for Worldmusic de la BBC. Toujours curieuse de tout, elle préparait un album dans lequel elle voulait interpréter des chansons des artistes chiliens Victor Jara et Violeta Parra.

Certaines paroles de son dernier album, qui porte donc son prénom, résonnent tel un testament, comme si elle pressentait le tragique destin qui serait le sien. On écoute le cœur serré la première strophe de « Is anything wrong » :

I used to say

I’m ready show me the way

Then another year or two

Would pass by me

Dans la deuxième chanson “Rising”, elle se décrit emportée dans un orage :

I got caught in a storm

That’s what happened to me
So I didn’t call
And you didn’t see me for a while

[…] I was rising up

Dans “A fish on land”, elle s’interroge sur la vie:

I had a dream last night
A fish on land

Gasping for breath

Just laughed

And sang this song

Is life like this for everyone

Is life like this for everyone

Un intense sentiment de mélancolie nous gagne quand elle chante « Where do you go » :

Where do you go

When your tides get low

In the summer dress

Of your drunkenness
I go far from here

Where the silence sleeps

In the very deeps

Of the holy blue

And I dream of you

I dream of you

Petite araignée qui  se demande quand reviendra le bonheur :

Lonely spider waiting in her web

Hoping she can catch some happiness
Oh when will happiness come by again

Elle sait pourtant que la liberté- celle de l'au-delà de la mort?-viendra:
I have no way to prove it

No proof but I believe

A thousand and one nights of this

And then I will be free

Dans “I’m going in”, Lhasa ne nous dit-elle pas qu’elle s’en va ?

When my lifetime had just ended

And my death had just begun

I told you I’d never leave you
But I knew this day would come

A la dernière chanson de l’album, les larmes affleurent aux paupières:

The leaves are falling falling down

Down into sound and sun

And no one is afraid of you
And you’re not afraid of anyone

 

Lhasa, where did you go?


Lundi 04 janvier 2010. 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Chansons
commenter cet article
3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 17:34

chatterely
Vendredi  01 janvier, à 20h45, Arte diffusait la version télévisée de Lady Chatterley et l'homme des bois, réalisée par Pascale Ferran. Revoir ce film dans sa version longue n'a fait que conforter l'idée que la réalisatrice française a réussi avec cette oeuvre, justement récompensée par de nombreux prix, une adaptation intense et lyrique d'une oeuvre anglaise.
Pour les Anglais, en effet, Lady Chatterley de T. H. Lawrence, c’est un peu comme Madame Bovary pour les Français : un livre-culte de leur panthéon littéraire. Il fallait ainsi à Pascale Ferran beaucoup d’audace- et sans doute une très grande admiration pour ce roman-  pour se lancer dans l’adaptation de cette œuvre, par ailleurs réputée sulfureuse.


Lady-Chatterley-sous-l-arbre.jpg


On sait que David Herbert Lawrence écrivit trois fois son dernier livre. Le public a lu surtout la dernière version, celle que l’auteur considérait comme définitive, qu’il fit éditer à compte d’auteur en mars 1928, et dans laquelle la question de la révolution industrielle est très présente. Le garde-chasse (du nom d’Olivier Mellors) devient une sorte d’intellectuel qui tient un vrai discours politique, se faisant ainsi en quelque sorte le porte-parole de Lawrence. Par ailleurs la fin en est plus optimiste, laissant présager que les amants pourront sans doute se retrouver.

La réalisatrice a préféré la deuxième version, moins bavarde selon elle, et orientée sur ce qu’elle appelle « le centre de feu de l’histoire, […] la naissance d’un couple, le processus d’amour et de transformation l’un par l’autre ». (Interview accordée à Audrey Jeamart).

Et si Lawrence a écrit trois fois cette histoire, la particularité du travail de Pascale Ferran, c’est qu’elle en a tourné quant à elle deux versions, Lady Chatterley, version courte pour le cinéma (2h48) et Lady Chatterley et l’homme des bois, version longue pour la télévision, en deux épisodes de 1h44 et 1h37. Bien qu’elle soit extrêmement fidèle au livre, ce choix lui a permis de s’approprier l’histoire comme elle le souhaitait. La double version lui donnait par ailleurs l’occasion d’obtenir double financement.

La version télévisuelle longue s’est d’abord imposée à Pascale Ferran car, pour elle, la durée logique de l’adaptation se situait entre trois et quatre heures. La version cinématographique devait se situer dans la perspective de cerner davantage l’évolution des personnages. Ayant vu en premier cette dernière version, je craignais une lassitude à voir la version longue. Or il n’en est rien, bien au contraire, les personnages se métamorphosant devant nous au rythme du défilement des saisons, particulièrement bien rendu.

Publié à Florence en 1928, Lady Chatterley’s Lover ne fut imprimé au Royaume-Uni qu’en 1960, l’ouvrage ayant suscité un énorme scandale dû, en partie aux scènes de relations sexuelles explicites, en partie au fait que les amants étaient un garde-chasse, classe subalterne, et une aristocrate. Le procès intenté aux éditeurs, Penguin Books, se conclut par un verdict d’acquittement, ouvrant ainsi la voie à une plus grande liberté d’expression.

N’existe-t-il pas en fait un grand malentendu ? En effet, c’est bien cet ouvrage, considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature érotique, que Lawrence avait  envisagé d’intituler Tenderness (Tendresse). Il avait aussi indiqué qu’il n’avait pas écrit un « roman de sexe », précisant : « Je veux qu’hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. » Pascale Ferran l’a bien compris qui explique à sa manière : « Je pense que [Lawrence] cherche avant tout à raconter une intimité, qui se développe, entre autres, par des scènes d’amour physique entre les deux personnages. Cela fait complètement partie de leur trajet relationnel. Mais on n’est pas dans la pulsion animale. Il y a autre chose entre eux. C’est ce que je trouve très beau dans le livre. Le corps et l’âme des deux personnages ne font qu’un, tout le temps. »

La réussite de la version télévisée et du film tient justement à ce fragile équilibre entre la découverte des corps et la maturation spirituelle et morale de Constance Chatterley, la maîtresse de Wragby Hall, et de Parkin, le garde-chasse. La réalisatrice parvient à allier crudité et lyrisme et les six scènes d’amour initiatiques ne sont jamais vulgaires ni empreintes de voyeurisme. Entre les deux personnages que tout sépare s’instaure progressivement une intimité qui devient un véritable amour. A une gêne mêlée de respect, où les vêtements sont encore un rempart, à des dialogues rares où le tu se mêle au vous, va succéder un apprivoisement progressif, une découverte du corps de l’autre à la lumière, une volonté de toucher et d’être touché, une aspiration au baiser, un désir d’entendre de véritables paroles d’amour.

C’est ce cheminement, dont la gradation est remarquablement nuancée, qui fait la force du film et lui confère son émotion. Le dialogue final, notamment, dans lequel Parkin remercie Constance de l’avoir « ouvert » au monde, de lui avoir ôté toute peur, de l’avoir délivré de sa solitude, est particulièrement significatif à cet égard. Quant à Constance, si Parkin lui a fait découvrir l’union heureuse des corps et des cœurs, il lui aura aussi permis d’ouvrir son regard sur un univers d’injustice, symbolisé par Clifford Chatterley, qui ne peut concevoir que « ses » mineurs se mettent en grève.

Cette accession d’une femme à sa pleine féminité et à une réelle prise de conscience est rythmée par la vie de la nature, admirablement filmée. On pourrait trouver répétitif le rituel des promenades de Constance qui, en ouvrant quotidiennement la barrière de bois (ô combien symbolique), va de Wragby Hall à la cabane de Parkin, mais il n’en est rien. La nature y est montrée à l’unisson de ses humeurs et de ses sentiments : elle cueille des jonquilles quand le printemps arrive, son dos s’appuie à l’écorce des arbres à la recherche de sensations nouvelles, elle boit dans ses mains à la source courante quand l’amour lui est advenu, elle s’extasie avec candeur devant des oisillons nouvellement nés. Cet amour qui semblait voué à l’échec se fait panthéiste, symbolisé par la course joyeuse des amants nus sous la pluie, par leur union charnelle dans les feuilles et l’humus et par cette sorte de tableau pré-raphaélite où ils parsèment leur corps de fleurs et ceignent leur tête de couronnes de feuillages.

Si la relation entre Constance Chatterley et Parkin est bien évidemment au cœur du film, il serait cependant injuste de ne pas évoquer le personnage de Clifford Chatterley, subtilement interprété par Hippolyte Girardot. Revenu infirme de la Première Guerre mondiale, le maître de Wragby Hall  est celui pour qui « aucun organe vital n’est atteint mais [pour qui] partout la vie est brisée ». Incapable de donner un héritier à son épouse, il lui laisse entendre au début que « tous les corps se valent » et qu’il ne verrait pas d’obstacle à ce qu’elle ait un enfant d’un autre homme, s’il est, bien évidemment, de son rang ! Sans être aucunement ce qu’on pourrait appeler un mari complaisant, il est donc celui qui permet à Constance de vivre le plus naturellement du monde la relation adultère, sans remords ni culpabilité.

Peu à peu, cependant, il la voit s’animer de nouveau après une grave période de neurasthénie et son orgueil reprend le dessus, surtout lorsqu’elle lui fait comprendre qu’elle pourrait être enceinte. Au cours d’une promenade avec sa femme, une scène burlesque le montre aux prises avec sa chaise roulante qui refuse obstinément de remonter la pente qu’il a descendue jusqu’à la source. Son amour-propre d’aristocrate lui interdit de demander l’aide de Constance et de Parkin. Il sera finalement contraint d’accepter leur secours, ne se doutant pas que, dans son dos, sa femme pose doucement sa main gantée de dentelle sur celle rugueuse et noueuse du garde-chasse. A la fin du film, lorsque Constance revient d’un voyage à Menton avec sa sœur Hilda, elle retrouve son époux, toujours fier et orgueilleux, qui a fait l’effort surhumain de quitter sa chaise roulante et de marcher avec des béquilles. On ne peut alors s'empêcher d'éprouver de la compassion pour cet homme brisé.

Clifford Chatterley est donc un personnage tout en nuances, qui oscille entre mépris et sollicitude, entre morgue et blessure intime, qui cherche à exister malgré son infirmité, en dirigeant sa mine, en s’adonnant au dessin technique et en lisant à voix haute Andromaque à Constance.

Ainsi, grâce au jeu de trois acteurs talentueux, et particulièrement celui d’une Marina Hands, naturellement lumineuse, et justement césarisée en 2007, ce film parfaitement maîtrisé réinvente le trio amoureux dans une Angleterre puritaine où les personnages ne sont jamais là où on les attend. Et comme l’écrit Yvette Reynaud-Kherlakian (www.e-litterature.net), Lady Chatterley et l’homme des bois constitue une « conquête hautement spirituelle [qui] se fait, non par volonté morale mais par une sorte de restauration spontanée et studieuse, grave et gourmande, de la dignité du sexe ».

Dimanche 03 janvier 2010

chattreley pluie

 

 

NB : A l'occasion de la rediffusion en deux épisodes de la version longue de Lady Chatterley et l'homme des bois (Jeudi 04 et 11 novembre 2010 sur Arte), je publie de nouveau l'article que j'avais écrit début 2010.

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article
2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 16:48

 Villeneuve.jpg

 

Avec ce gros roman de plus de 600 pages, la jeune Camille de Villeneuve propose la saga de la famille d’Argentières après la Seconde Guerre Mondiale. Si l’on pense à Jean d’Ormesson et à son œuvre Au plaisir de Dieu, qui contait aussi l’histoire d’une famille d’aristocrates, on n’est cependant plus du tout dans la même perspective et la nostalgie n’y est plus ce qu’elle était. Ce qui était chez l’académicien « regret souriant » et émotion mélancolique devient ici dénonciation d’un monde figé, qui ne croit même plus aux valeurs qu’il prône !

Cet ancien "ordre", qui se "rengorg[e] de tant d'histoire", qui s'absente du temps dans lequel il vit, est condamné au dépérissement. C'est ce qu'indique sans ambiguïté la phrase de Nietzsche placée en exergue du roman : "Il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique, au-delà duquel l'être vivant se trouve ébranlé et finalement détruit."
Partagée entre son château angevin qui se délabre doucement et son hôtel particulier parisien, La Villa, où on lui dérobe ses Ruysdaël, la famille d’Argentières va se déliter à la faveur des événements de la seconde partie du XX°siècle : guerres d’Indochine et d’Algérie,  Mai 68, années Sida…

André d’Argentières, le chef de la lignée, maire de son village et très mauvais administrateur, sera contraint de laisser à son gendre Charles Schlecher ses terres d’Anjou, qui finiront propriété de la Région. Jeanne d’Argentières, née de Hauteville, qui vit en étrangère dans le château de son mari, se verra dépossédée de son manoir natal par sa cousine Rosine, entichée d’une communauté religieuse à qui elle donnera tous ses biens. Leur fille Chantal Schlecher ne sera pas heureuse avec son mari, un homme d’affaires volage, et leur fils, malade mental, sera interné. Leur autre fille Odile, frustrée et jalouse de son frère, vivra des amours de passage qui demeureront secrètes par crainte du scandale. Le neveu d’André et Jeanne d’Argentières, Henri de Plessis, sortira brisé et alcoolique de la guerre d’Algérie et mourra interné dans une clinique.

Seuls, trouveront une forme de bonheur ceux qui parviendront à échapper à l’emprise familiale mortifère par des chemins de traverse. Antoinette de Montmort, née d’Argentières, deviendra une artiste célèbre en peignant des toiles qui représentent le château de ses ancêtres, en proie à des myriades d’insectes ; Vanessa de Plessis, née de Saint-Léger, mère douloureuse de cinq enfants, dont un se noiera dans la piscine du château, rompra avec son mari et partira vers le soleil, et sa fille Madeleine, « délaissant les cimetières », fera de même. Tancrède d’Argentières, amoureux de sa femme Victoire Carré, travaillera dans le domaine de l’art et comprendra à la fin du roman que chacun doit construire sa vie et ne pas vivre le regard en arrière. En se promenant une dernière fois dans le parc du château qui ne lui appartient plus, il songera : « Qu’as-tu fait de ton frère. » Cette phrase adressée par Dieu à Caïn […] lui revenait soudain. Tancrède donna un coup de pied dans une motte de terre. Pourquoi fallait-il un coupable à tout cela ? Il avait compris depuis longtemps que l’œil dans la tombe était crevé. »

C’est tout un monde figé dans ses codes immuables que donne à voir et à entendre Camille de Villeneuve dans ses descriptions précises et ses petites phrases assassines. Soirées de rallye, mariages, accouchements, enterrements, mis en scène dans une langue classique, sont les signes extérieurs d’une caste qui n’a plus de raison d’être. Par la voix de Vanessa de Plessis, l’auteur fait le constat implacable d’un monde qui « sonne faux », « assis sur un tas de ruines », un monde d’ « insomniaques, incapables de sommeil et de repos » et qui attend « de revivre son passé ». 

Au fil de quatorze chapitres, ponctués par un épilogue, Camille de Villeneuve parvient à faire vivre avec réalisme et justesse les nombreux membres de cette « grande famille », en entrelaçant subtilement leurs destins banals ou tragiques. Un arbre généalogique, placé au début du roman, permet opportunément au lecteur de les identifier. 

Après un premier essai, bien loin de ce roman, et intitulé Vierges ou mères : quelles femmes veut l’Eglise ?, une jeune auteur signe là une œuvre lucide et maîtrisée, exorcisme nécessaire sans doute, pour se libérer d’un milieu trop bien dépeint au vitriol pour ne pas être le sien.


Samedi 02 janvier 2010 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 14:55


Femme_au_Miroir--Mario-Villani.jpg
Femme au miroir, Mario Villani.

Visage au miroir

Reflets des années qui fuient

Tout est transitoire



31décembre 2009

Repost 0
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 18:25

 

Bouquet.gif


Vendredi 18 décembre 2009, la série Empreintes de La 5 proposait un film de Dominique Rabourdin, intitulé Michel Bouquet, Ma vocation d’acteur, réalisé pendant la tournée en France du Malade imaginaire. Dans ce documentaire, entrecoupé d’extraits de films et de pièces, le grand comédien de 82 ans s’y livrait sans fard avec sa simplicité coutumière.

L’homme est sauvé, a-t-il dit, quand il a une vocation pour quelque chose et il a mis du temps à trouver la sienne. Ayant en poche le Certificat d’Etudes Primaires, il vit d’abord de petits boulots : il travaille au Crédit du Nord, il est mécanicien puis pâtissier. Il dit son grand bonheur d’avoir pu faire un métier qu’il aime.

Quand il joue, il arrive au théâtre vers 17h- 17h30. Il revêt de suite son costume de scène et passe deux heures trente à relire la pièce. Il se regarde dans le miroir, afin de trouver un chemin oublié vers son rôle, un élément qu’il aurait abandonné et qui pourrait revivifier le personnage. Quand sonne l’heure de la représentation, il s’est débarrassé des idées sur la pièce, sur le rôle et il a fait le vide. Ce qu’il souhaite à chaque fois, c’est être surpris par la première réplique et par le rôle.

Puis Michel Bouquet évoque son enfance. Entre sept et quatorze ans, il fut pensionnaire en Seine-et-Oise et dormait dans un dortoir de 150 élèves, qui lui donna d’emblée une vue concentrationnaire du monde. Peu aventureux, il cherchait refuge dans la douceur et ne se sentait guère adapté à la vie. C’est sans doute cette « non-vie » en lui qui a fait naître sa vocation de comédien et laissé la place aux personnages qu’il a ensuite joués.

Quand la guerre survient, il doit travailler et devient apprenti-pâtissier à La Gerbe d’or à Lyon. Puis sa mère et lui s’installent à Paris, place du Havre. Avec elle, il prend l’habitude d’aller à L’Opéra-Comique ou à La Comédie-Française. Ils faisaient la queue pour la séance du soir afin de voir « les messieurs et les dames s’agiter sur scène ». Les spectacles lui procuraient un soulagement prodigieux.

A 17 ans, il décide de prendre sa vie en mains. Un jour en se rendant à Saint-Augustin, il s’arrête au 190, rue de Rivoli, chez Maurice Escande, qu’il avait vu jouer le rôle de Louis XV avec beaucoup de bonhomie. Le comédien le reçoit avec amabilité, lui demande de lui dire un extrait d’une pièce. Michel Bouquet se lance dans la tirade des nez de Cyrano. Son hôte lui reconnaît une bonne voix, une bonne articulation et, soulignant sa jeunesse, le prie de lui dire un texte plus approprié à son âge. Le jeune homme lui dit les premières strophes de La Nuit de Décembre de Musset.

Plein de sollicitude, Maurice Escande l’emmène à son cours. Alors que les 200 élèves du cours bavardent, Escande perçoit que, si Michel Bouquet doute, il ne reviendra jamais. Il lance alors à l’auditoire inattentif : « Vous feriez mieux de prendre une leçon ! » C’est ainsi que le comédien reconnu le met au monde en tant qu’acteur. Michel Bouquet joue alors aux Mathurins et rentre au Conservatoire dans les années 1941-1943.

Son père, qui vient de revenir de captivité et qui « avait eu son compte », ne parlait quasiment plus. S’il vient cependant voir son fils jouer dans L’Invitation au Château, il ne trouve rien à lui dire.

Ensuite, ce sera la chance de  rencontrer Camus, Anouilh et d’autres célébrités qui lui permettront de faire son chemin et de se consacrer à ce qui l’intéressait.

Pourtant, Michel Bouquer reconnaît que l’apprentissage de la lecture des textes fut compliqué pour lui. Que ce soit Saint-Simon, Gogol ou Tourgueniev, il lui fallait les dire dix fois pour les comprendre et ce fut un long travail. Ses habitudes le lecture, aujourd’hui encore, sont demeurées les mêmes et il se pose toujours la question : « Pourquoi cet auteur a-t-il écrit cela ? »

Il voue un amour fou aux grands auteurs en la compagnie desquels il aime se trouver. Strindberg, Molière, Beckett, Thomas Bernhardt représentent pour lui une forme de perfection humaine, qui l’envahit d’admiration. Pour lui, rien de plus extraordinaire que de prononcer les mots de Molière. Commencer une pièce avec les répliques du Malade imaginaire, quoi de mieux ?

Evoquant les relations entre le metteur en scène et le comédien, Michel Bouquet affirme que le travail du premier ne le regarde pas. Chacun est à sa place et pour lui l’essentiel est de défendre avec une grande force son travail pour avoir le courage d’entrer en scène. Il défend alors quelque chose qui lui appartient en propre. Cette attitude peut paraître orgueilleuse, mais si elle n’était pas telle, pourquoi accepter de se présenter sur scène devant 800 personnes ? Entrer en scène, c’est marcher sur un fil, risquer de ne plus savoir, attendre la surprise et surtout ne pas donner le sentiment d’une leçon apprise.

En effet, quand on joue Pauvre Bitos ou L’Invitation au Château 600 fois, L’Alouette plus de 800 fois, il est très difficile de faire vivre continûment le rôle. Il est nécessaire d’approfondir celui-ci en permanence, car c’est lui qui dicte les gestes. Si le rôle s’arrête de « parler », c’est comme un désert et le comédien s’assèche. Il faut alors lui demander secours pour être aidé.

Bien que Michel Bouquet ait reçu deux Molières du Meilleur Comédien, l’un en 1998 pour Les Côtelettes, écrit et mis en scène par Bertrand Blier, l’autre en 2005 pour son interprétation de Béranger dans Le Roi se meurt, bien qu’il ait été consacre Meilleur Acteur aux Césars 2002 pour le rôle du père dans Comment j’ai tué mon père d’Anne Fontaine, il dit se remettre en question tous les soirs.

Evoquant sa collaboration avec Ionesco pour Le Roi se meurt, il déclare qu’il alors essayé « d’être avec lui », et de partager ce travail quotidien. A cette époque, Ionesco était déjà très malade et Michel Bouquet le rencontrait chez lui, boulevard Montparnasse. Il rassurait le dramaturge qui lui demandait, inquiet : « Vous le trouvez bien ce théâtre ? » en lui répondant : « C’est magnifique, c’est une œuvre considérable ! »

Quelques extraits ont ensuite montré Bouquet dans sa classe de théâtre au Conservatoire où il enseigna dix ans. Le maître est pourtant persuadé qu’il est impossible d’apprendre à jouer la comédie ! « Je ne leur apprend pas ! » dit-il. On l’entend s’adresser à un jeune comédien : « Si tu rentres dans Oreste, tant pis pour toi… Tu l’as voulu ! Une action étant suivie d’une autre, comment marques-tu les changements et mets-tu en scène le travail ? »

Michel Bouquet reconnaît qu’il a eu de l’admiration pour des acteurs qui étaient doués, mais que cela ne les a pas empêchés de se tromper ou de ne pas travailler. Il rapporte cette anecdote en forme de boutade concernant Alfred Hitchcock et un de ses acteurs. A ce dernier qui lui dit : « Monsieur Hitchcock, je ne comprends pas cette partie du rôle », le réalisateur répond : « Je vous paie assez cher pour que vous sachiez ce qu’il y a dans le rôle ! »

En ce qui concerne le cinéma, Michel Bouquet confesse qu’il n’a pas fait que des chefs-d’œuvre. Sur les 85 films auxquels il a participé, ceux qu’il retient tiendrait sur les doigts d’une main, comme Pattes blanches, écrit par Jean Anouilh et réalisé par Jean Grémillon en 1948, par exemple. Sans doute aussi Juste avant la nuit et La Femme infidèle de Chabrol, Toto le héros et Comment j’ai tué mon père.

Il considère que Claude Chabrol l’a projeté dans le cinéma d’une manière étonnante. Alors qu’il était "happé" par le théâtre, c’est Chabrol qui lui a montré que le cinéma était un art complexe et intéressant. En réalisant La Femme infidèle, le but de Chabrol était de faire un « état des lieux » de 1968. Selon lui, Michel Bouquet était le seul acteur capable d’incarner le bourgeois satisfait de ces années-là. Celui qui chante : « J’ai du bon tabac dans ma tabatière/ J’ai du bon tabac, tu n’en auras pas ! » Selon Chabrol, Michel Bouquet est ce comédien rare qui a une extraordinaire capacité de « minéralisation », dont il capable avec un art subtil de montrer l’effritement. Il était donc l’acteur idéal pour La Femme infidèle. Et quand on dit au comédien qu’il est l’archétype de Monsieur-Tout-Le-Monde, il n’en est pas vexé parce qu’il sait au fond qu’il ne l’est pas !

Puis il égrène d’autres beaux souvenirs, Juste avant la nuit avec François Périer ou Danse de mort de Strindberg, mise en scène au théâtre toujours par Chabrol, et dont il garde un souvenir magnifique du travail réalisé ensemble. Le metteur en scène est là, il regarde, il n’intervient que très peu, il laisse l’acteur se pénétrer du personnage. De toute manière, si l’acteur est têtu et méchant, il fera ce qu’il voudra !

N’étant pas un « homme de cinéma », Michel Bouquet concède qu’il n’est pas facile à employer. Il reconnaît cependant que, dans Le Promeneur du Champ-de-Mars, où il interprète Mitterrand, il a travaillé sur le personnage comme si c’était un rôle de théâtre. Ayant eu l’occasion de rencontrer le Président alors qu’il était malade, il avait été impressionné par la blancheur de plâtre de son visage et il a abordé l’interprétation comme il l’aurait fait pour un personnage romanesque.

Quand il ne joue pas, Michel Bouquet lit beaucoup, fait ses courses, la sieste, regarde la télévision et sort très peu. Quand il joue, il ne s’endort jamais avant 3h du matin.

Il ne trouve pas les tournées fatigantes car il aime à se promener en France avec sa femme Juliette Carré, comédienne comme lui. Ils mènent alors la même vie qu’à Montmartre où ils habitent, et sont heureux de jouer dans d’autres théâtres. Il avoue aimer les théâtres, qu’ils soient petits ou grands, sales ou beaux ; ce sont des lieux divers qui influencent le jeu.

Marié depuis 42 ans avec Juliette Carré, il joue souvent avec elle. Il la considère comme une grande actrice qui, selon lui, n’est pas suffisamment reconnue. Un extrait les montre jouant la fameuse scène du poumon dans Le Malade imaginaire, et leur connivence est éclatante. Tous deux se complètent : elle, parce qu’elle a une intelligence de la réalité et une lucidité exceptionnelle, lui, parce qu’il a une intelligence volatile, toute faite d’intuitions et de contradictions.

Et quand on demande enfin à Michel Bouquet s’il envisage d’arrêter de faire l’acteur, il répond simplement qu’il a deux enfants, trois petits-enfants, qu’ils ont besoin d’argent et qu’ils sont la raison pour laquelle il continue à vivre. « Ce qui les attend sera dur ! » conclut-il.

Un mari qui admire sa femme après plus de quarante ans de vie commune, un père qui se soucie de l'avenir de ses enfants, un comédien exceptionnel à l'oeil rieur, Monsieur Bouquet, vous êtes un type "bien" ! 

Mercredi 23 décembre 2009

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article
22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 14:22


Au sortir d’un concert, Denis Diderot s’était enthousiasmé : « Y étiez-vous lorsque le castrat Cafarielli nous jetait dans le ravissement ? » Dimanche 20 décembre 2009, à 19 h, sur Arte, le téléspectateur aurait pu paraphraser le philosophe en demandant : « Etiez-vous au château de Caserte lorsque Cecilia Bartoli nous jetait dans le ravissement en chantant le répertoire des castrats? »


Bartoli en rouge et noir


Dans le décor du théâtre baroque, des salles fastueuses et des hautes futaies du palais royal napolitain, la diva était superbement mise en scène dans un film de 45 minutes du réalisateur Olivier Simonnet, visiblement envoûté par la cantatrice et comédienne.

Vêtue d’abord d’un élégant habit noir XVIII°, orné d’un jabot de dentelle blanc, drapée dans une cape doublée de rouge et coiffée d’un tricorne, puis arborant un justaucorps rebrodé d’argent et recouvert de l’ondoyant drapé de soie rouge de la cape, la mezzo-soprano Cecilia Bartoli nous a donné à entendre pour notre plus grand plaisir musical des œuvres de Porpora (un air de Germanico in Germania), des arias de Haendel (dont le célèbre Ombra mai fu, chant d’amour de Xerxès pour le platane d’Orient, qu’elle chante, le corps contre une écorce d’arbre), de Carl Heinrich Graun et de Geminiano Giacomelli. Elle était accompagnée par l’orchestre Il Giardino Armonico, sous la direction de Giovanni Antonini.

Gageure exceptionnelle pour cette artiste lyrique que d’aborder ce répertoire constitué d’arias et de coloratures d’une difficulté technique rare, puisqu’ils sont adaptés aux capacités exceptionnelles de ceux qu’on appelait « les voix du ciel », les castrats.

Rappelons que les castrats- dont le répertoire est actuellement chanté par les contre-ténors comme Gérard Lesne ou Philippe Jaroussky- chantaient dans la même tessiture qu’une soprano ou mezzo-soprano. Selon la hauteur relative de leur ambitus vocal, ils pouvaient aussi être classés dans les contraltos. Très en vogue pendant la période baroque, les « anges » étaient capables d’interpréter des œuvres lyriques hors de portée de la voix d’un adulte. Ces chanteurs de sexe masculin subissaient en effet la castration avant leur puberté, dans le but de conserver le registre aigu de leur voix enfantine, tout en bénéficiant du volume sonore produit par la capacité thoracique d’un adulte. Les meilleurs castrats pouvaient- disait-on- rivaliser en puissance, technique et hauteur avec une petite trompette.

Cecilia Bartoli, qui aime les défis, aborde donc ce répertoire avec une fougue et une passion impressionnantes. Tel un Casanova en fuite perpétuelle à travers escaliers et colonnades de marbre, tel un chevalier d’Eon en quête de missions impossibles, elle associe subtilement virilité et féminité et on demeure stupéfait par sa puissance et sa présence sur scène. Elle y fait montre de son extrême virtuosité vocale, fait se succéder les notes en cascades, saute des octaves avec maestria, avec un panache et une fougue admirables.

Dans une interview à Etienne Billault pour Evène.fr, Philippe Jaroussky, le contre-ténor, explique comment il a longtemps refusé l’ambiguïté sexuelle émanant de sa voix, mais a fini, avec le temps, à prendre au sérieux le contraste et le choc qui se produisent entre la voix et le corps d’un contre-ténor, créateurs d’une certaine forme d’irréalité. Cecilia Bartoli, quant à elle, peut jouer à plein de sa voix féminine de soprano et c’est son grand art de comédienne qui lui confère l’aspect viril nécessaire.

A l’image de Carlo Broschi dit Farinelli, qui fut une star en son temps et qui faisait se pâmer la gent féminine (ce que donne à voir le beau film de Gérard Corbiau, Farinelli [1994]), Cecilia Bartoli s’impose avec un talent hors norme. Elle nous fait ainsi pénétrer dans l’univers fascinant de ceux que Dominique Fernandez a si bien dépeints dans Porporino ou les Mystères de Naples (Prix Médicis 1974). « Anges malgré eux » ou « être[s] prodigieusement enrichi[s] d’avoir échappé à l’obligation d’être [des] hommes[s] », c’est tout le mystère des castrats qui disparurent au XIX° siècle.

Mais avec la palette sonore et émotionnelle très étendue de ce répertoire, Cecilia Bartoli nous fait la démonstration éclatante que la voix est bien l’instrument magique qui permet de transcender la différenciation sexuelle.

Mardi 22 décembre 2009Cécilia en noir




Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 22:16

 

Luchini.jpg

 

Jeudi 17 décembre 2009, François Busnel recevait à La Grande Librairie « celui qui a fait de la lecture un art » et qui explose sur scène depuis les années 90. Ce passeur qui a réconcilié la scène avec la littérature, c’est bien sûr Fabrice Luchini, qui tourne depuis trois ans avec son spectacle Le Point sur Robert (qui est d’ailleurs le vrai prénom du comédien). Dans ce spectacle qui rencontre un vrai succès public, on entend les lectures préférées du « diseur » passionné, Paul Valéry, Roland Barthes, Chrétien de Troyes (dont il interpréta Perceval le Gallois dans le film éponyme de Rohmer), Arthur Rimbaud, La Fontaine, Molière, Hugo. L’humour n’en est pas exempt, puisque le comédien dialogue avec de multiples interlocuteurs, tels Chirac, Jonnhy, Sarkozy ou Ségolène.

Dans ce spectacle, il y a bien sûr Céline, auteur avec lequel il a débuté en 1985 en disant Le Voyage au bout de la nuit et dont l’actualité rejoint la sienne. La Pléiade vient en effet de publier la correspondance de Céline (Devenir Céline, 1912-1919). Paraissent aussi le Hors-Série Littérature, Lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, Henri Godard et Jean-Paul Louis, et à la NRF, Louis-Ferdinand Céline, Fragments d’une correspondance inédite, Henri Godard). Si Louis-Ferdinand Céline est un peu moins présent dans les textes du spectacle actuel, il n’en demeure pas moins pour Fabrice Luchini un de ces « pères effrayants » qu’il admire sans conditions.

Il explique qu’il s’intéresse peu aux hommes mais que c’est « leur trognon » qui l’intéresse. C’est par Jean-Louis Barrault qu’il fit la rencontre de l’auteur de Voyage, dans lequel il perçut qu’il y avait quelque chose de tragique à imposer son propre lyrisme. Cet auteur s’est imposé à lui et Le Voyage, tout fait de puissance et d’invention, demeure un choc définitif dans son existence. A ce propos, Luchini évoque le très beau livre de Sollers sur Céline.

Selon lui, alors que souvent l’écrit « aplatit », Céline a su rendre l’émotion de la langue parlée dans l’écrit, en restituer le contenu émotif, constitué de métaphores et de vitalité. Ceci est le résultat d’un long travail. En 1957, à Pierre Dumayet, Céline ne disait-il pas : « L’esprit des hommes est lourd. Il y a très peu de légèreté chez eux ? Ce sont l’auto, l’alcool, l’ambition politique qui les rendent lourds ! » Le style de Céline a su alléger.

Quand on parle à Luchini des égarements antisémites auxquels se livra Céline, il répond qu’il attache de l’importance au style, aux passages qui l’ont porté. Ce qui l’intéresse, c’est de servir cet effort littéraire gigantesque et non la passion haineuse. On sent cet amour de la langue, quand Luchini lit le passage de la mort de la concierge dans Mort à crédit : « Bientôt, je serai vieux et ce sera enfin fini. Et puis voilà ! Et puis tant pis ! » Et quand il évoque Gustin Sabayot prenant à partie le narrateur Ferdinand au début du roman, on voit soudain sur le visage de François Busnel comment opère la magie du verbe !

A Busnel qui lui dit que dans sa Correspondance, Céline écrit cette phrase : « Je donnerais tout Baudelaire pour une nageuse olympique », le comédien rétorque que l’écrivain ment tout le temps et que tout cela est très compliqué. Cette assertion fait référence au concept gidien qui affirme que dans la vie il n’y a rien de mieux que la pratique et les sensations. Et il est vrai qu’il existait une sorte de folie du corps chez Céline, dont la mère boitait. Mais le mensonge littéraire, c’est cela qui permet d’être au plus près de la réalité. « Une biographie, ça s’invente, Arlette », disait le Docteur Destouches à Arletty. Et comme Proust ne parle jamais de son enfance mais de l’enfance, Céline ne parle jamais de sa misère mais de la misère en général.

Bien qu’il ait « ruminé » plus de 400 fois Céline, Luchini reconnaît qu’il pratique peu le roman. Il a « tenté » L’Homme sans qualités et, dans la lecture de Proust, n’est allé que jusqu’à Sodome et Gomorrhe. Luchini  considère que Proust, victime de la grammaire, n’est pas un styliste, sa phrase ne présentant ni vitalité ni ruptures. (On lui laissera la responsabilité de ces assertions !) Il ne le comprend pas, bien qu’il reconnaisse en lui une dimension comique et le génie de la mesquinerie de l’humain. Il préfère les journaux intimes, ceux de Cocteau, Cioran ou Nietzsche et il apprécie Maupassant. Il aime Flaubert qu’il a lu 300 fois  et notamment Un cœur simple, qu’il a dit pendant deux ans. S’il promet qu’il va « attaquer » Chateaubriand, il concède qu’il n’est parvenu à entrer dans Rabelais, trop difficile.

Il avoue ne pas lire pour se divertir mais pour apprécier un style : il veut « calmer le trafic associatif », ainsi que le disait Barthes. Il éprouve de la difficulté à se plonger dans l’univers de l’autre et dans un monde de nuances. Il lui faut « quelque chose de clair », c’est pour cela qu’il aime Bach et le jeu de Glenn Gould.

Il réduit la littérature moderne à une forme de journalisme, à des gens qui gagnent de l’argent. Quand il lit un auteur pendant un laps de temps assez long, par exemple Cioran, au bout de trois ans, il découvre une formule, un lieu… Il aspire à ce que la littérature le ramène à sa condition d’existant.

Quand Busnel rapporte à Luchini que certains trouvent qu’il cabotine, qu’il en fait trop, il répond qu’il ne voit que les gens qui l’aiment et qui remplissent des théâtres non subventionnés de 2000 places. Et après trente ans d’analyse, il ose dire, sans forfanterie ( ?) que, comme Terzieff ou Bouquet, il n’est pas la « cam » de tout le monde !

Il avoue ensuite sa grande admiration pour Nietzsche, le « prophète de la psychanalyse », celui qui a su photographier le ressentiment des hommes, qui se vengent de vivre en inventant la transcendance. Il rend hommage à cette occasion à Paul Vialatte, grand traducteur de Nietzsche.

Ces "météores déglingués", comme il appelle le philosophe allemand ou Céline, sont ceux qui ont une disposition à une plainte infinie, qui sont capables de spiritualiser nos états de maladie et c’est là, pour lui, le but essentiel de l’écrivain.

En ce qui concerne la télévision, Fabrice Luchini considère que les excès de chacun sont augmentés par la caméra. Il n'y échappe pas lui-même qui donne parfois l'impression d'une machine que l'on remonte, une sorte de "mécanique plaquée sur du vivant", comme aurait dit Bergson. Passé cet instant, on savoure pleinement ces grands textes mis en bouche, malaxés, passés par le "gueuloir" d'un conteur rare. Par ailleurs, il reconnaît qu’il doit beaucoup à Bernard Pivot.

Il explique ensuite que le but de l’acteur est d’éviter à tout prix la surcharge. Ce dernier doit aller surtout à la recherche des intentions de l’auteur. Avoir la chance de dire du Valéry ou du Barthes, ce n’est en fait pas les « dire » mais raconter une histoire personnelle.

Séduit par le charme et la tessiture de la voix de Roland Barthes, il reconnaît l’ascendant extraordinaire que le philosophe exerçait sur lui lorsqu’il assistait à ses cours de sémiologie sur le haïku. Ses explications, qui disaient par exemple qu’il faut savoir vivre l’altération, « la production brève dans le champ amoureux de la contradiction de l’image dans le champ amoureux », faisaient qu’il ne savait plus où il en était !

L'émission s'est achevée sur un entretien avec Joan Sfar (brillantissime dans sa remise en cause de Nietzsche et de la littérature allemande au profit du retour aux mythes grecs fondateurs) et Christophe Blain, dessinateur dont l'humour ajoute au texte de l'auteur sans le déformer, tous deux présents pour la bande dessinée, Œdipe à Corinthe, Socrate le demi-chien. On regrettera cependant quelques remarques au-dessous de la ceinture et une séance de "brosse à reluire", les trois invités s'auto-congratulant "dans un masque de bienveillance" ! 
On préférera terminer sur Fabrice Luchini  convenant que « tout est suspect, sauf le corps » ainsi que le prônait Louis Jouvet ». Diction, intonation ne lui demandent-elles pas  plus de cinq heures de travail par jour depuis des lustres ? Quand enfin le moi est épuisé, le comédien est vraiment dans la note juste !

Lundi 21 décembre 2009



Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 15:13

 

Portrait-Darwin-2-grand.jpg 

Le mardi 08 décembre 2009, la 5 proposait un documentaire-fiction intitulé Darwin (R)évolution, afin de célébrer le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809-19 avril 1882) et les 150 ans de sa célèbre théorie. Le savant, interprété par Jean-Pierre Marielle, y était mis en scène dans une interview avec un journaliste où il se remémorait les étapes de l’élaboration de  sa théorie. Le paléontologue Pascal Picq, le naturaliste Pierre-Henri Gouyon et le philosophe Thierry Hocquet intervenaient pour apporter les précisions nécessaires.

On y a appris que l’ouvrage-clé de Charles Darwin, De l’origine des espèces, fut le fruit du long cheminement intellectuel d’un homme guidé par son intuition.

Jusqu’au XVIII° siècle, l’on avait une vision fixiste des espèces et les croyances étaient des plus fantaisistes. Par exemple, ne croyait-on pas que le coton venait des moutons ? Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) avait pourtant déjà proposé une théorie sur l’évolution : les individus s’adaptent pendant leur vie, notamment en utilisant plus ou moins certaines fonctions organiques, qui se développent ou s’atténuent en rapport avec l’usage ou le non-usage des organes. Inventeur du terme « biologie », il avait aussi affirmé, dans Philosophie zoologique, que les organismes évoluent, une théorie qui avait reçu le soutien des milieux érudits. Déjà, à cette époque, le grand-père de Charles Darwin, Erasmus Darwin, soumettait aussi l’idée que les êtres vivants aient pu évoluer.

Le 04 octobre 1836, Charles Darwin revient à Shrewberry (Shropshire) après un tour du monde de cinq ans, de l’hiver 1831 à l’hiver 1836, dans l’hémisphère sud, en Amérique du sud, en Australie et dans les îles Galapagos. Il retrouve ses sœurs et son père. Ce dernier comprend que son fils est devenu un grand savant et rassemble des fonds pour que son fils puisse travailler sans soucis financiers. En effet, au cours de ce long périple, et à la faveur de la découverte de différents fossiles, Charles Darwin a pris conscience de la diversité des espèces dans le temps et dans l’espace. La beauté et la luxuriance des milieux tropicaux n’ont pas occulté sa compréhension de la lutte des êtres vivants pour la vie.

Son séjour dans les Galapagos va lui permettre de mettre en place les prémisses de sa théorie. Il y a observé que les pinsons (14 espèces qui seront appelées « pinsons de Darwin ») sont différents selon les îlots, certains ayant des corps plus gros ou des becs plus fins. Il est persuadé qu’ils sont issus d’une même population et qu’ils ont subi des modifications et des divergences.

Or, au retour du HMS Beagle,  en février 1837, il fait une découverte capitale en observant des têtes de pinsons sur une même planche. Il se dit alors que chaque pinson appartient à une espèce différente. Ses observations sur les tortues vont dans le même sens. Selon lui, « de tels faits sapent la stabilité des espèces ».

Il se pose la question de savoir pourquoi sur ces îlots vides, à 600 miles des côtes, les espèces sont si différentes ? Il émet l’hypothèse que la population initiale s’est dispersée et a divergé selon l’environnement, créant sélection et diversité. Il est convaincu que les animaux une fois arrivés dans les îles se sont en quelque sorte modifiés pour former sur les différentes îles des espèces nouvelles. Les faits observés peuvent être expliqués par la modification de l’aspect. Selon lui, l’isolement et l’insularité ont joué un rôle majeur dans ce processus.

En juillet 1837, ce sont donc les premières assertions d’une réflexion qui va durer vingt ans. Mais il reste à Darwin à comprendre l’essentiel : comment les espèces s’adaptent-elles à l’environnement ? A partir d’un même ancêtre, comment la différenciation s’est-elle opérée ? C’est pourtant déjà en 1837, dans First Notebook on Transmutation of Species, qu’il  fait la première esquisse d’un petit arbre montrant son idée de l’évolution. Dessin célèbre, qui présente dans le coin gauche le fameux verbe : « I think ». C’est ce « buisson » qui deviendra le symbole de sa théorie.

En septembre 1837, il fait une pause dans ses recherches car il souffre de palpitations cardiaques. Soigné par sa cousine Emma Wegwood, il n’a cependant de cesse de revenir à ses recherches et se prend de passion pour l’étude des lombrics, dont il se demande s’ils sont sensibles aux vibrations musicales. Il en apportera la preuve en les plaçant sut les cordes d’un piano et montrera le rôle des vers de terre dans la nature, et notamment dans la formation des sols.

Son meilleur observatoire devient le jardin de l’agriculteur et il se met à interroger ceux qui ont une expérience pratique. Il se rend compte alors que l’homme sélectionne les variétés qui lui sont utiles.

Observant dans le même temps l’impressionnante variété des formes que proposent les pigeons, il se rend compte qu’elles sont dérivées à partir de la sélection de variations intéressantes. Mais qu’en est-il dans la nature ? Qui est l’éleveur dans la nature ? Si les éleveurs sélectionnent, pourquoi la Nature ne sélectionnerait-elle pas ?

A cette époque, il est de nouveau obligé de s’aliter à cause de troubles divers, sans doute les séquelles d’une piqûre de punaise en Amérique du Sud. A sa cousine Emma, qu’il souhaite épouser, il expose ses idées sur la transformation des espèces. Elle en est troublée et n’est pas loin de le considérer comme un hérétique. Il a alors l’impression d’avoir tout gâché !

A cette époque, Darwin fréquente le cercle Whig qui promeut les idées de Thomas Malthus (1766-1834). L’Essai sur le principe de population de ce dernier tend à démontrer que les populations ont tendance à croître plus rapidement que les ressources alimentaires, engendrant ainsi pauvreté et guerre. Il faut donc décourager les pauvres de se reproduire : c’est ce qu’on appelle le malthusianisme.

Cette théorie va servir de base à Darwin pour poursuivre ses recherches. Si les populations croissent de façon exponentielle, si les ressources augmentent de manière linéaire, il est avéré que certains mourront de faim. Les laisser mourir permet ainsi la régulation de l’espèce. Darwin adaptera donc cette théorie à l’évolution des espèces. Sachant que les éléphants peuvent vivre jusqu’à 150 ans, si un certain nombre ne mourrait pas, il y aurait un millier d’éléphants, beaucoup plus que la terre ne peut en supporter. Cette surpopulation aberrante n’ayant jamais été observée, il faut en conclure que s’opère une sélection naturelle.

La théorie de Darwin se précise : s’il existe des facteurs environnementaux essentiels, si certains membres de l’espèce ne se reproduisent pas, si des caractères avantageux sont transmis à la génération suivante, il faut donc parler de descendance plus aguerrie et non d’évolution. Le terme n’apparaîtra qu’en 1870 ; Darwin ne parlera jamais que de transformation des espèces.

Le 29 janvier 1839, Charles Darwin épouse sa cousine Emma Wegwood. Ils auront dix enfants dont deux mourront en bas âge. Il étudiera les comportements de son premier fils William Erasmus et en tirera même des analogies avec le comportement des singes, notamment à partir de réflexions déduites d’images observées dans le miroir. Il englobe désormais le genre humain dans ses spéculations initiales.

En 1842, Charles Darwin rédige une première ébauche de sa théorie, comportant 35 pages. Dans un groupe donné, les individus qui bénéficient de conditions favorables se multiplient davantage. Quant aux autres, ils disparaissent.

Supportant de moins en moins la vie à Londres, la famille Darwin part s’installer dans le Kent, dans le domaine de Down House, qui devient un lieu de rencontres et d’échanges intellectuels. En juillet 1847, il étoffe sa première « esquisse » dans un document de 230 pages. C’est à ce moment que paraît une publication anonyme, Vestiges de l’Histoire naturelle de la Création, qui suscite un grand intérêt en même temps qu’il soulève une vive polémique dans les milieux religieux.

Parallèlement, Darwin, aidé de ses propres enfants, entame une série d’expériences sur les semences, cherchant à savoir comment les plantes colonisent les îles situées loin de la terre ferme. Il se rend compte que les graines ne meurent pas, même après un séjour dans l’eau salée. Après cinq mois, même des grains de poivre résistent. Il comprend que les oiseaux sont les vecteurs de ces graines, qui peuvent voyager, collées à leurs plumes, ou dans leur estomac où elles résistent aux sucs gastriques. Les troncs emportés par les courants servent aussi à la colonisation des îles Galapagos, où l’on trouve des reptiles et non des batraciens.

Alors que Joseph Dalton Hooker le botaniste (1817-1911) réfute la théorie prônée par Darwin, paraît l’article d’un jeune naturaliste, venu de Malaisie, du nom de Alfred Russel Wallace. Travaillant depuis vingt ans à une théorie identique à celle de Darwin, il tend à prouver la tendance des variétés à s’écarter du type originel. Nous sommes en mars 1858 et les deux tiers de l’ouvrage de Darwin sont terminés. En dépit de l’aggravation de son état de fatigue et de la mort de son dernier-né trisomique, Darwin se sent pris de vitesse par ce jeune aventurier qui risque de lui voler la paternité de sa théorie et à qui il a écrit : « Je vais beaucoup plus loin que vous. »

En novembre 1858, il fait alors une publication commune avec Joseph Hooker devant la Société linéenne.  Cela ne suscite guère de réactions ; on leur rétorque que tout ce que contient ce travail est faux et que tout ce qui y est vrai est déjà connu.

Le 24 novembre 1859, sort en librairie Sur l’Origine des Espèces au moyen de la sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie. 1250 exemplaires sont vendus en une journée. La théorie de Charles Darwin y est exposée dans l’introduction : « Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s’ensuit que tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et parfois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle. En raison du principe dominant de l’hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »

Trois grands principes régissent donc sa théorie : le principe de variation, qui explique que les individus diffèrent les uns des autres ; le principe d’adaptation (les individus les plus adaptés au milieu survivent et se reproduisent davantage) ; le principe d’hérédité, enfin, qui pose que les caractéristiques avantageuses dans une espèce doivent être héréditaires.

L’ouvrage, tout en suscitant un grand intérêt, fait scandale. L’argument essentiel, « La sélection naturelle a joué le rôle principal dans l’évolution des espèces », s’oppose notamment aux créationnistes, qui ne se font pas faute de caricaturer le savant sous la forme d’un singe barbu. Ils n’acceptent pas ce « coup de boutoir » qui jette l’Homme à bas de son piédestal. Copernic, Kepler et Galilée avaient apporté la première grande désillusion en prouvant que le monde n’est pas géocentré mais héliocentré. Et voilà qu’un barbu arrive et dit que l’Homme n’est pas non plus au centre de la création, que le Moi n’est pas au centre de Soi-même !Caricature-darwin.jpg

Le diagramme de Darwin, un des schémas les plus commentés de la biologie,  montre que les formes produisent des variations. La primauté accordée au hasard choque  ceux qui croient à une Providence divine et constructrice. Comment accepter que le monde ne soit que contingence, accident, et qu’il pourrait être autre qu’il n’est ? Comment concevoir que certains se reproduisent et pas d’autres ? Comment imaginer une Nature amorale et que l’homme serait le seul être conscient dans une Histoire qui ne l’est pas ?

Le fameux débat public d’Oxford apporte la controverse à la théorie de Darwin (l’espèce humaine fait partie intégrante de la longue lignée animale) sur le devant de la scène. John William Draper et Joseph Hooker se prononcent en faveur de Darwin et du progrès social. L’évêque d’Oxford, Samuel Wilberforce et Thomas Huxley se montrent virulents et se gaussent de Darwin. Huxley reste cependant célèbre par sa défense de la théorie de l’évolution. A Wilberforce qui lui demande  s’il descend du singe par son grand-père ou sa grand-mère, il rétorque qu’il préférerait « descendre d’un singe plutôt que d’un homme instruit qui utiliserait sa culture et son éloquence au service du préjugé et du mensonge. »

Toujours est-il que la théorie darwinienne apparaît à beaucoup comme le meurtre de la métaphysique.

En 1871, Darwin publie La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. Dans ce dernier volume, le savant propose sa conception de la sélection sexuelle pour expliquer l’évolution de la culture humaine, les différences entre les sexes chez l’homme et la différenciation  des races humaines, aussi bien que la beauté du plumage chez les oiseaux. S’interrogeant sur le handicap que représente l’énorme queue du paon, il prouve qu’elle est nécessaire à la sélection sexuelle car, si on coupe la queue à un paon, la femelle n’en veut plus. Ainsi les chants, les parures, les armures des animaux leur servent bien à se reproduire plus facilement. Cette sélection liée au sexe fait ainsi partie intégrante du processus darwinien.

Quant à son dernier ouvrage, La Capacité des plantes à se mouvoir, qui porte sur les vers de terre, Darwin y explique que depuis la dernière glaciation, ce sont eux qui, en provoquant des variations minimes des sols sur de longues durées, ont participé à la constitution de l’humus, favorisant à terme la naissance de l’agriculture.

Persuadé que les espèces ne sont pas immuables, Darwin a toujours cru en la justesse de ses intuitions. Bien qu’il ait dit un jour qu’en proposant sa théorie il avait l’impression de commettre un meurtre, il savait que l’avenir viendrait vérifier ses découvertes.

En effet, au début du XX° siècle, la découverte des lois de Mendel et de la génétique, puis en 1959, la découverte de l’ADN et du codage génétique viendront compléter les réflexions de Darwin et sa théorie s’imposera définitivement dans le monde scientifique. Au XXI° siècle, elle constitue la base de la théorie moderne de l’évolution.

L’héritage de celui qui a bousculé notre vision du monde et notre rapport au cosmos et à Dieu est donc immense. Lors de ses funérailles officielles à Westminster, nombreux furent ceux qui eurent conscience de mettre en terre « le Newton de la biologie ».

 Vendredi 18 décembre 2009

le-buisson-darwin.jpg

                                                                                  " I think " ou le buisson de Darwin.

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 16:03

 

Pont-japonais-2-petit.jpg

 


Errances  dans Gion

Ame du vieux Japon

Pays des samouraïs

Ballet des éventails

 

Cabinet des estampes

A la clarté des lampes

Succession de jardins

Aux soleils des matins

 

C’est un ru qui murmure

Que jamais rien ne dure

Orné de nénuphars

De mandarins canards

 

Ce sont de verts bambous

Sur de luisants cailloux

Et des tortues dédiées

A la longévité

 

Ce sont de blancs iris

Et de jaunes narcisses

Grues et grèbes s’y posent

Vives métamorphose

 

Ce sont des paulownias

Aimés de la geisha

Et des arbres aux prunes

Des ombres sous la lune

 

Ce sont clairs jardins d’eau

Aux herbes en écheveaux

Pluie de feuilles de chênes

Quand le vent les malmène 

 

Ce sont carpes dansantes

Dans les eaux miroitantes

Libellules légères

Fuyantes passagères

 

Cerisiers en fleurs

Aux pétales qui pleurent

Et mon cœur est en peine

Au son du shamisen

 

C’est un pont japonais

Qu’Hiroshige peignait

Son arc rouge sang

A l’épreuve du Temps

 

 

Papier libre.over-blog.net

Thème : sur la photo d’un pont japonais.

Dimanche 13 décembre 2009

 

 pont-japonais-sur-vallee-estampe.jpg

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Papier Libre
commenter cet article
12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 19:01

 

Michelle-Perrot.jpg


Le 10 décembre 2009, François Busnel recevait Lorànt Deutsch pour Métronome, une histoire de Paris à travers ses stations de métro ; Simone Bertière pour Dumas et les mousquetaires,  Histoire d’un chef-d’œuvre ; Jacques Duquesne pour Le Diable ou les représentations du Malin à travers les siècles et Michelle Perrot pour Histoires de chambres.

Si le jeune comédien de trente ans a su rendre sa passion pour l’Histoire communicative, si Simone Bertière nous a fait partager sa connaissance intime de Dumas et de son nègre, Auguste Maquet, si Jacques Duquesne est apparu tel qu’en lui-même, un homme de foi qui cherche, je voudrais m’arrêter sur le livre de Michelle Perrot. Cette historienne militante a été de tous les combats féministes. Spécialiste du XVIII°siècle, elle a travaillé aussi sur George Sand et sa réflexion a balayé le très vaste champ de l’histoire des mentalités, de la condition féminine à celle des ouvriers en passant par l’histoire des prisons.

Elle explique qu’elle en est venue à travailler pendant trois ans sur le thème de la chambre parce qu’elle l’a croisé depuis toujours dans ses multiples recherches. Les ouvriers n’avaient-ils pas de difficultés à se loger ? Les réformateurs des prisons ne pensaient-ils pas aux cellules des moines ? Chaque fois qu’elle abordait un sujet, « une chambre s’allumait quelque part ». C’est ainsi qu’elle en est venue à prendre ce thème pour objet de recherche. La chambre, selon elle, est le belvédère d’où l’on observe le monde, le creuset des civilisations. Il n’y a jamais rien eu de plus important pour l’être humain que d’avoir « une chambre à soi » comme l’écrivait Virginia Woolf. De la camara grecque à la chambre d’enfants en passant par la ruelle des Précieuses, son ouvrage embrasse de multiples lieux.

Dans cet ouvrage, surtout consacré à l’histoire de la chambre dans la culture occidentale, la chambre commence avec la camara grecque. C’est d’abord la pièce où les hommes dorment ensemble, (de là le terme « camarade »), d’une certaine façon, c’est la chambrée. Cet espace commencera à se constituer vraiment au Moyen Age autour de la chambre du Roi, lieu public où la royauté se donne à voir dans la « chambre de parade », puis plus tard au XVIII°siècle autour de la chambre conjugale du couple aristocratique. C’est essentiellement aux XVIII° et au XIX° siècles qu’elle deviendra un espace privé.

La chambre est bien évidemment le lieu de l’amour et, selon Michelle Perrot, le lit précède la chambre. Celle-ci est une boîte qui se construit autour de la couche et l’historienne, tout en  appréciant la reproduction de la chambre de Van Gogh en première de couverture de son livre, aurait de loin souhaité la représentation d’une boîte. Cependant, elle précise que, si elle donne beaucoup de place à l’objet-lit , elle explique que l’objet-chambre est un ensemble bien plus vaste et plus complexe.

Cette cellule du monde est donc une sorte de structure élémentaire investie par les écrivains. Proust, à l’encontre de Sartre par exemple, on le sait, était un homme de chambre (« Longtemps je me suis couché de bonne heure… »).Très nombreuses dans La Recherche, les chambres dessinent une histoire de Paris, les sensations, les lumières. Proust, même s’il était aussi un mondain, travaillait dans sa chambre. Quand il avait fini, il sonnait sa fidèle Céleste, à qui il confiait le soin de recopier ses nombreuses « paperolles ». Et on connaît l’histoire qui raconte que, à Céleste, un matin qui lui demandait s’il allait bien, il répondit : « Oui, Céleste, je viens d’écrire le mot « Fin ». 

Si la chambre peut être le reflet de l’âme, elle est surtout celui du corps. De nombreux écrivains s’y sont suicidé et Louis XIV y mourut abandonné de tous, y compris de Madame de Maintenon, sauf de ses fidèles valets.

Michelle Perrot fait par ailleurs remarquer que, lors du mouvement étudiant du 22 mars 1968, une des revendications des étudiant était de pouvoir pénétrer dans le dortoir des filles à Nanterre. Elle note que c’était une revendication masculine et pense que depuis les choses ont changé !

Au cours de ce passionnant travail de recherche, elle reconnaît que la chambre qui a suscité en elle le plus d’émotion est celle du poète Joë Bousquet. On sait que, paralysé à vie par un éclat d’obus, il fit de sa chambre de Carcassonne un lieu incomparable de sociabilité et d’écriture, jusqu’à sa mort en 1950.

Elle conclut son intervention en se montrant en accord plénier avec Pascal, pour qui « le grand malheur des hommes réside dans le fait qu’ils ne savent pas rester en repos dans leur chambre. » Elle termine en lançant une invitation aux écrivains : « Il reste une histoire de la nuit à écrire ! »


Samedi 12 décembre 2009

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche