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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 15:13

franchise-postale anne-gayan

Franchise postale (Photo Anne Gayan)

 

Après Détournement de Mémoire, c’est avec Franchise Postale, joué vendredi 09 décembre à la salle Beaurepaire à Saumur, que le Pierrot lunaire qu’est Pierre Richard continue à égrener ses souvenirs. Dans ce one-man show, sous le prétexte de répondre à quelques lettres d’admirateurs un peu fêlés, il nous livre sa philosophie de la vie, toute en humour et en décalage.

Le décor est simplissime : quelques praticables, sur lesquels sont posés des paquets de lettres ficelés et un petit transistor, se détachent sur un fond de ciel bleu, parsemé de légers nuages – qui se transformera en fond sous-marin à l’occasion. Des lettres froissées, à jardin, jonchent le sol. L’ensemble est éclairé à cour par un rideau rouge.

Pendant plus d’une heure, la silhouette élastique et légère du comédien vêtu de gris, sur un tee-shirt décoré de taches de couleurs, déambulera sur la scène. Une agilité physique qui n’a d’égal que l’adresse avec laquelle il joue avec les mots. Son fidèle scénariste et metteur en scène, Christophr Duthuron, lui a en effet concocté un texte qui lui permet d’exercer sa verve burlesque.

Qu’il nous conte ses mésaventures de soixante-huitard attardé (il avait trente-trois ans), rue Soufflot, qu’il nous relate sa rencontre dans un restaurant italien avec un Aznavour dont il teintera l’élégante écharpe de sauce bolognaise, qu’il nous rappelle la malencontreuse coupe de champagne renversée sur la grande Madeleine Renaud au cours d’une de ces soirées mondaines qu’il abhorre,  il demeure inénarrable.

Les souvenirs de sa longue carrière de comédien lui procurent aussi l’occasion de moquer les méthodes psychologisantes des professeurs de théâtre, tentant de lui enseigner comment bien dire La Cigale et la Fourmi. La mise en scène au TNP, par un certain Hermantier, de Jules César est la porte ouverte au désopilant tableau d’un spectacle raté, avec acteurs qui font défaut, comédien expert en chuintements, cercueil qui s’ouvre révélant son sable, parchemin impossible à ouvrir…

Le rideau rouge est encore prétexte à rappeler avec mélancolie les grands anciens, tel Georges Brassens qui proposa à Pierre Richard de faire la première partie de son spectacle. Par la suite, ce dernier et Victor Lanoux allèrent souvent dans les coulisses supporter Georges du regard. Quant au mime Marceau, qui ne fut pas épargné par les maux de dents, il est le héros d’une rencontre ratée entre les deux artistes.

Qu’à cela ne tienne, la mélancolie n’est pas le fort de Pierre Richard et il sait la tenir à distance. Il n’aura de cesse durant tout le spectacle d’empêcher son saxophoniste  (Olivier Defays) de lui jouer des airs jazzy, pleins de spleen. Il ira jusqu’à emboucher une longue corne de montagne pour éviter de l’entendre.

A soixante-seize printemps, le comédien demeure ce grand enfant, toujours à côté de la plaque, toujours enthousiasmé par le moindre bon mot, toujours poète. Baudelaire n’est pas loin : l’albatros, plusieurs fois invoqué, n’est-ce pas un peu Pierre Richard, empêtré dans ses ailes de géant ? Mais rien n’entame sa bonne humeur foncière, sa manière de pratiquer l’humour à propos de tout. Au lieu de respecter une « minute de silence » quand les gens disparaissent, il prône quant à lui la « minute de bordel ». Et de nous faire sourire avec cette pauvre dame, victime d’un accident d’auto… tamponneuse.

Si le texte de Christophe Duthuron se laisse parfois aller à la facilité, si parfois les bons mots sont ceux de l’Almanach Vermot, on ne pourra que remercier Pierre Richard de sa « franchise » décalée et salvatrice. Et qu’applaudir aussi à sa symphonie en – do – mmagée, qu’il joue avec un mirliton d’enfant.

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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commentaires

fango 06/01/2012 21:55

ai vu aussi Pierre Richard sur scène et ton article m'a immédiatement replongé dans l'atmosphère.

Catheau 08/01/2012 09:08



Contente que cela vous ait rappelé de bons souvenirs. Amitiés à vous, Fango.



Martine 21/12/2011 05:21

Chère Catheau,

La porte est toujours ouverte. Venez quand vous voulez. Mais en ce moment, la peinture prime sur la poésie. Ma muse de l'écriture jour les paresseuses. Cela ira mieux en janvier j'espère.
En remontant plus loin dans la catégorie poésies, peut-être allez-vous en découvrir quelques uns de non lus?

Très bonne journée à vous
Martine ;)

Catheau 30/12/2011 19:04



J'ai été beaucoup en partance en ce mois de décembre. Me voici revenue pour aller vous visiter, Martine.



Martine 19/12/2011 07:58

Bonjour Catheau,

merci pour le délice! J'aime beaucoup l'acteur. Vous donnez envie de découvrir son spectacle.
En vous souhaitant une bonne journée ;)
Martine

Catheau 20/12/2011 18:55



Martine, il faut que j'aille sur vos pages : votre poésie me manque !



Suzâme 16/12/2011 16:56

Bonjour,
Je lis avec plaisir ce nouvel article qui dévoile l'un des profils d'un artiste stigmatisé par ses chaussures dépareillées, un peu comme Darry Cowl et son "triporteur". Même si l'humour à travers
les films ou pièces de divertissement est nécessaire, parfois salvateur dans une société déprimée, on ne sait pas toujours que nos clowns sont sérieux derrière leurs fariboles. A bientôt. Suzâme

Catheau 20/12/2011 18:54



Pierre Richard, ce n'était guère ma tasse de thé. Ce one-man show m'a un peu réconcilié avec lui.



domsaum 13/12/2011 00:21

merci de ce compte-rendu qui rappelle une bonne soirée. J'ai lu que Olivier Defays est un des fils de Pierre Richard.

Catheau 20/12/2011 18:48



Tu as raison : je crois qu'il joue alternativement avec ses deux fils. A bientôt.



christiane album 12/12/2011 18:26

Un excellent spectacle pour vous d'un comédien encore trés jeune pour
son âge ! . Bonne semaine ..

Catheau 20/12/2011 18:48



Il est resté un grand enfant !



libre necessite 11/12/2011 12:45

Un personnage attachant poétique et lunaire. Bises dan

Catheau 20/12/2011 18:46



Je n'en étais pas fan. Ce spectacle m'a donné une autre vision de lui. A bientôt chez vous.



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