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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 23:03

 Anna bolena Netrebko Michael Pöhn Wiener Staatsoper

 Anna Netrebko, Anna Bolena

 

Mardi 05 avril 2011, ARTE retransmettait en direct du Statsoper de Vienne l’opéra séria, héroïque et tragique, en deux actes de Gaetano Donizetti, Anna Bolena, sur un livret du poète Felice Romani, librettiste de Bellini. Romani écrira ensuite pour Donizetti L’Elixir d’amore et Lucrecia Borgia.  Si elle n’a attiré que 222 000 spectateurs, cette retransmission fut cependant exceptionnelle.

Donizetti composa en un mois cette œuvre-phare du bel canto, alors qu’il se trouvait dans la villa de la célèbre chanteuse Giuditta Pasta, à qui elle est dédiée et qui en interpréta le rôle-titre. Elle fut créée au Teatro Carcano de Milan, le 26 décembre 1830. Elle est la première d’une trilogie consacrée aux Tudor avant Maria Stuarda (Nommé après Mary, reine d’Ecosse)  et  Roberto Devereux (du nom d’un des célèbres amants de la reine Elizabeth I).

Jouée régulièrement jusqu’à la fin du XIXe siècle, elle connut ensuite un long purgatoire. Sa réhabilitation ne se fera qu’en 1957, avec Maria Callas dans le rôle de Anna Bolena, mise en scène par Luchino Visconti.

L’opéra conte la tragique histoire d'Anne Boleyn, la deuxième femme de Henry VIII, qui fut décapitée, surtout peut-être parce qu’elle ne pouvait donner d’héritier mâle à la Couronne.

L’action se tient à Londres en 1536. Au cours du premier acte, on voit le roi d’Angleterre Enrico VIII (baryton basse) se lasser de sa deuxième épouse Anna Bolena (soprano), qui ne lui a donné que des filles. Il s’est épris d’une dame d’atours de celle-ci, Giovanna Seymour (mezzo-soprano), qui l’aime en retour mais se sent coupable vis-à-vis de la reine. Le page Smeton (mezzo-soprano) est amoureux de cette dernière. Le second acte débute sur le retour de lord Riccardo Percy, comte de Northumberland (ténor), ancien amant d’Anna Bolena, que le roi à rappelé d’exil. Il profite de cette situation pour accuser son épouse d’adultère, car il découvre dans un médaillon que porte Smeton le portrait de celle-ci. La reine, son frère Lord Rochefort (basse) et lord Percy sont arrêtés par lord Hervey (ténor) sur les aveux de Smeton. Emprisonnés et jugés, ils sont condamnés à mort. L’opéra se clôt sur la décollation d'Anna Bolena.

Cet opéra, dirigé ici par le chef d’orchestre Evelino Pidò, n’avait jamais été représenté à Vienne et la fin de la première a été accueillie par une standing ovation de près de 20 minutes.

La distribution en est royale. A Anna Netrebko, la soprano russo-autrichienne, la diva absolue du moment, dans le rôle-titre, et qui chante comme si sa vie en dépendait, de grands chanteurs donnent la réplique. Ildebrando d’Arcangelo est un Henry VIII puissant et sensuel ; Elina Garanca interprète une Jane Seymour superbe et compatissante ; Francesco Meli campe un lord Richard Percy des plus amoureux ; Elisabeth Kulman donne toute sa jeune fougue à Smeton, le page qui avoue sous la contrainte un adultère inventé de toutes pièces. Peter Jelosits est Sir Hervey, l'exécuteur des basses oeuvres, et Dan Paul Dumitrescu interprète lord Rochefort.

C’est Eric Génovèse, sociétaire de la Comédie-Française, qui a signé la mise en scène. Celle-ci est d’une grande sobriété, revendiquée par le comédien lui-même. Ne déclare-t-il pas en effet que la mis en scène d’un opéra pose tellement de problèmes qu’il est inutile de la surcharger ? Avec son lit unique, ses praticables horizontaux et verticaux, tout à la fois carrelage royal et échafaud, elle est d’une économie de moyens très convaincante.

 

Anna Bolena

Le choeur des dames d'honneur 

autour d'Anna Bolena

 

Connu pour ses qualités d’acteur et de récitant, Eric Génovèse propose notamment de très beaux tableaux des différents chœurs : celui des dames d’honneur d’Anna Bolena, toutes de gris et de parme vêtues, la soutenant avant la mort ; celui encore des juges, dans des costumes blonds et dorés. Dans une harmonie de bleu passé, de gris étouffés, de marron clair, les personnages évoluent avec aisance dans des mouvements très théâtralisés. On admirera particulièrement l’image finale, avec ce drap rouge sang qui fait disparaître la tête décapitée d’Anna Bolena en noir, sous les yeux d’une petite princesse, tout en blanc, la future reine vierge, Elizabeth I.

L’art du bel canto, avec son chant exacerbé mais très articulé, est ici porté à son excellence, particulièrement dans l’affrontement entre Anna Netrebko et Irina Garanca, redoublant d’ardeur amoureuse. Anna Netrebko donne d'Anna Bolena l’image d’une femme bafouée dans son amour et qui a tout sacrifié pour devenir reine. Quand réapparaît son amour d’autrefois, lord Percy, elle comprend son erreur et c’est avec dignité qu’elle affronte une mort assumée. Magnifique scène avant la décollation avec l’air « Al doce guidami », modèle de l’air noble et tragique. D’une grande profondeur est la voix d'Irina Garanca, qui porte haut l’infinie pitié éprouvée par la nouvelle favorite, pour sa rivale condamnée à la mort. Sa technique vocale n’a rien à envier à Anna Netrebko, et sa prestation, digne et forte, égale en puissance et en émotion celle de sa rivale sur scène.

 Irina Garanca

Giovanna Seymour, Irina Garanca

 

Personnage tragique, Anne Boleyn a été une grande source d'inspiration, et en tout premier lieu pour Henry VIII lui-même, à qui on attribue la paternité d’un air très populaire du XVIe siècle, Greensleeves. Après Donizetti, Camille Saint-Saëns composera à son tour un Henry VIII.

Victime de la cruauté d’un Barbe-Bleue royal, détrônée par un complot fomenté par ses ennemis, ou bien encore réellement coupable d’adultère, Anne Boleyn est un personnage tragique inoubliable. Deuxième dans la longue liste des épouses de Henry VIII, pour la postérité, elle demeure surtout la mère de la plus grande reine d’Angleterre, Elizabeth I, ce que cette mise en scène ne manque pas de souligner avec justesse.

 

 Anna Bolena les deux femmes

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaetano_Donizetti

http://fr.wikipedia.org/Anne_Boleyn

http://www.classiquenews.com

 

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Published by Catheau - dans Opéras
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commentaires

mansfield 09/04/2011 11:31


Très belle analyse d'un opéra, vibrante et enthousiaste. et belle explication d'un épisode important de l'histoire d'Angleterre


Catheau 09/04/2011 23:51



Anne Boleyn, personnage historique... et romanesque. Merci, Mansfield, de votre visite.



Juliette 09/04/2011 07:14


Anna Bolenne
Toute une épopée très bien racontée et décrite Merci:-)
Amitiés
Juliette


Catheau 09/04/2011 23:48



Un opéra de toute beauté. A bientôt, Juliette.



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