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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 14:24

 

dali l'ascension du christ 1958

  L'Ascension du Christ, 1958, Huile sur toile (115x 123)

 

 

Dans l’iconographie, les peintre ont coutume de représenter l’Ascension du Christ à la verticale.  C’est le cas de Giotto, de Mantegna ou de Garofalo, pour n’évoquer que les toiles les plus célèbres.

Or, en 1958, Salvador Dali peint la montée du Fils de Dieu plus comme une lévitation que comme une ascension. L’huile sur toile (115x 123), qui appartient à la collection Pérez Simón de Mexico, fait actuellement partie d’une exposition, intitulée Du Greco à Dali, Les grands maîtres espagnols, qui se tient du 12 mars au 1er août 2010, au Musée Jacquemart-André.

Cette toile prend place au terme de la période surréaliste du maître espagnol, que l’on peut situer à la fin des années 40. Très fortement empreinte de mysticisme (elle inaugure la « période mystique nucléaire » qui débute en 1951), l’œuvre témoigne de la foi catholique de son auteur et en appelle à la grande tradition religieuse espagnole.

La série de peintures de cette époque présente le Christ qui éclaire un monde d’obscurité, tout en donnant l’illusion des trois dimensions.

Selon le peintre lui-même, ce tableau lui aurait été inspiré par « un rêve cosmique », qu’il fit en 1950, soit huit ans avant l’exécution de la toile. Dans ce rêve, dont il dit avoir perçu les couleurs vives, il a vu l’atome qu’il a situé en arrière-plan, et auquel il a donné la structure de l’intérieur d’un tournesol. Il aurait compris plus tard que ce noyau est la représentation de l’esprit unificateur du Christ.

Il s’explique ainsi : « Premièrement, en 1950, j’ai eu un « rêve cosmique » dans lequel je vis en couleur cette image qui, dans mon rêve, représentait le « nucleus de l’atome ». Ce nucleus prit par la suite un sens métaphysique, je le considère « l’unité de l’univers », le Christ ! Deuxièmement, grâce aux indications du père Bruno, carme, je vis le Christ dessiné par saint Jean de la Croix, je résolus géométriquement un triangle et un cercle, qui « esthétiquement » résument toutes mes expériences antérieures et inscrivis mon Christ dans ce triangle. »

Dali place le spectateur du tableau sous le corps du Christ. De la plante des pieds aux bras étendus, qui rappellent la Crucifixion, on discerne un triangle qui enserre le raccourci parfait du corps (On pense ici aussi au tableau de Mantegna, La mise au tombeau ou Le Christ mort). Dali a employé la même géométrie pour son Christ de saint Jean de la Croix (1951) et son Lapis-lazuli corpusculaire de l’Assomption. Comme il est dit plus haut, cette forme lui fut inspirée par un dessin du grand mystique espagnol Jean de la Croix, dans lequel le Christ est représenté comme s’il était vu d’en haut.

Par ailleurs, le corps est placé au centre d’un cercle transparent survolé par la colombe de l’Esprit-Saint, symbolisant le retour du Christ vers le Père. Quant aux doigts recroquevillés du crucifié, ils  enserrent la totalité de l’univers, qu’il rassemble par sa mort et sa résurrection.

Le visage du Christ est invisible, comme dans nombre de peintures. Légèrement inférieur, le noyau atomique, constitué de petites boules, donne l’illusion de deux disques qui vont se superposer. Une ligne d’horizon très basse fait apparaître un paysage maritime, sans doute Port Lligat, où Dali vit avec Gala. Au sommet du tableau, la Vierge, sous les traits de son épouse et muse, pleure la Passion de son fils, telle une Vierge flamande.

Témoignage de l’ébranlement sismique que fut pour lui l’explosion atomique du 6 août 1945, écho de sa vénération pour Marie sous les traits de la femme aimée, ce tableau crée un extraordinaire jeu de trompe-l’œil et de profondeur, révélant le mysticisme du peintre et sa fascination pour les découvertes de l’atome. « Dans un état de prophétisme », Dali va alors comprendre que les moyens picturaux ont vu leur apogée à la Renaissance et il va s’attacher à « prouver par [son] œuvre l’unité de l’univers en montrant la spiritualité de toute substance ».

 

Sources :

Dali, Gille Néret, Le Monde, dans 1 Le Musée du Monde, 2005, Série 2, p. 74-83.

http://perso.p-poirot.mageos.com/salvadordali.htm

http://www.culturespaces-minisite.com.greco-dali.parcours/02-4.html

http://peinture.suite101.fr/article.cfm/du-greco-a-dali

 

Jeudi 13 mai 2010

 

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Published by Catheau - dans Peinture
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commentaires

Duriez Michèle 13/05/2010 18:23


Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris........Je suis cependant heureuse d'avoir découvert ce tableau que je ne connaissais pas. Les mains de ce Christ m'ont fait penser à celles du crucifié du
retable d'Issenheim. Michèle.


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