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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 16:35

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Jeudi 23 mai 2013, j’ai reçu par la poste le recueil de poèmes de Suzâme, présidente de Nanterre Poêvie, un ouvrage qu’elle vient de publier aux éditions Le Vert-Galant. Il est intitulé Ecrits sur ma paume, la couverture en est illustrée par Anélias B.. (link) Celle-ci explique que les deux mains représentées sont celles de l’auteur, photographiées sur le Mont Valérien. Des mains, tels des oiseaux, qui s’envolent libres pour porter les mots de celle qui se définit comme une « porteuse de poésie ». C’est bien ce qu’elle est intimement avec la création de son association, de son blog poétique et de la communauté originale, Textoésies et Vous. Par le biais des téléphones portables, en effet, la poésie se répand, se répond au quotidien.

Dans la Préface, Suzâme affirme qu’elle renonce à « être » poète, préférant « se sentir » poète, ainsi qu’elle le dit dans « Poète ? Poésie ? » (pp. 17-18) :

 

« Alors tu te sens « poète »

Pour toutes tes phrases libres !

Mais elles ne sont que des miettes

Même si leur sens vibre. »

 

Acte d’humilité et de modestie d’un auteur chez qui tout passe par la perception, la sensation, l’impression, le sentiment. C’est d’ailleurs en la rencontrant à Paris à l’automne, parmi les toiles d’artistes indochinois exposées au musée Cernuschi, que j’ai perçu son extrême sensibilité et sa perméabilité au monde.

Avec ce recueil en quatre parties, sous les auspices de Démocrite, Andrée Chédid, Socrate et Rilke, Suzâme nous invite à un parcours intérieur qui la conduit de son âme à l’âme de l’Autre et du monde.

Dans la première partie (p.11), elle nous dit la vivacité, la force mais en même temps l’éphémère de toute poésie :

 

« La poésie se crie

Sur le sable    et

S’efface… »

 

Elle y affirme son goût des « poèmes intuitifs » (p.14) semés au et par le vent ; de Villon à Velter en passant par La Fontaine, elle détaille ses préférence en poésie, et, « anonyme troubadour », avoue tracer sur sa fenêtre :

 

« - Oh ! quelques cris d’être

Quelques rêves sans détour. »

 

Dans la deuxième partie, trois vers d’Andrée Chédid la conduisent à la rencontre des autres :

 

« … A force de m’écrire

Je me découvre un peu

Et je retrouve l’autre »

 

Dans la foule, « Entre mille regards », Suzâme part en quête d’ « un seul » (p. 21). « L’élan est là » qui la porte et la mène « vers l’inconnu ». Elle s’y interroge sur le « poids d’une âme » (pp. 24-26) :

 

« Qui que tu sois

Où que tu ailles

Reste paille

Ou roseau

Reste toi

Sous ta peau. »

 

Comme Baudelaire, elle reconnaît en l’autre son "semblable", son « frère » :

 

« Le voici, c’est vous, c’est moi

[…] Le voilà, c’est moi, c’est vous. » (p. 29)

 

Sa poésie se crée dans les multiples allers et retours de soi à l’autre, de l’âme à l’ami (p. 31), dans le sourire et les pleurs :

 

« A l’ami

Qui déchirera mes livres et mes visions

A son œil étincelant comme l’éclair

Brisant mes songes et mes mensonges.

A son regard qui touchera mes murs. »

 

La troisième partie annonce la foi de Suzâme en une sagesse fondée sur l’émerveillement. Elle y nomme la beauté du monde, l’oiseau, la fleur, l’ombre, la lueur (p. 35), insistant particulièrement sur la mer, « antre de vie », dont elle détaille les galets (p. 43), le coquillage, et le rôle réconfortant (p. 45). Elle sait y écouter le silence, « patience éclose » car pour elle :

 

« Silence

Est son

 

Silence

Est sens » (pp. 40-42)

 

Il suffit d’ « un pas de plus » (pp. 38-39) pour que le minéral, le végétal et l’humain se reconnaissent :

 

« Un pas de plus

Et les être se ressemblent.

 

« Un pas de plus

Ames et arbres se rassemblent. »

 

La dernière partie est consacrée à des textes écrits entre 1978 et 1995, auxquels « elle tient comme aux lignes de sa main », précise-t-elle dans la Préface. Jouant sur les sonorités, les homonymies, les gradations, les anaphores, Suzâme affirme avec force que tout le corps est poésie et que celle-ci est don de soi. Ces textes, en dépit du « sang » et du « feu » (pp. 65-66), malgré la douleur, la souffrance, la trahison, le saccage, révèlent l’optimisme viscéral de l’auteur. Oui, « On n’aime jamais assez… » (p.61). On y perçoit une force vive, un élan hors de soi qui ne se dément pas. « L’œil vivant, « le vœu nu », voilà ce qui peut conduire vers la lumière.

 

« Renaître, revivre, tout refaire

sans ombres, sans abîmes

Relier l’âme aux lèvres. »

 

Tels sont les derniers mots du recueil de Suzâme, dont la plume a réalisé le vers ultime. J’ajouterai que Suzâme a eu beau écrire sur sa paume, rien de ce qu’elle a écrit ne s’est effacé et que ce petit opuscule de soixante-dix pages est un bien beau palimpseste.

 

 

 cernuschi-2.JPG

 

      Le reflet de Suzâme au musée Cernuschi

(Photo ex-libris.over-blog.com, mi-octobre 2012)

 

 


 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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commentaires

valdy 03/06/2013 22:58

Oui, un bel hommage en effet .... et il est mérité :-)

Catheau 09/06/2013 19:03



Merci pour elle qui aime tant la poésie et sait la partager.



M'amzelle Jeanne 31/05/2013 08:59

Je viens de lire votre travail sur le livre que Suzâme vient de terminer pour nous faire connaître sa poésie..Votre description de chaque page nous invite à connaitre plus. Tout en finesse, tout en
tendresse cela donne très forte envie de tenir entre mes mains ce recueil.
Merci

Catheau 31/05/2013 18:08



J'aime l'ardeur de Suzâme à dire et  partager la poésie. Son recueil est à son image. Amicalement.



Alice 29/05/2013 14:47

Très belle approche de Suzâme à travers ces extraits de son livre choisis avec finesse.

Catheau 31/05/2013 09:05



Merci, Alice. Je pourrais te le prêter à moins que tu ne l'aies déjà.



Nounedeb 29/05/2013 12:53

Un bel hommage à Suzâme.

Catheau 31/05/2013 09:04



J'aime sa foi têtue dans les pouvoirs de la Poésie. A bientôt.



Suzâme 28/05/2013 22:03

Oh Catheau! Beau ricochet que je découvre là, chez vous, presque muette sur l'autre rive.
J'accueille votre élan, votre perception, votre interprétation avec fierté.
C'est la première fois qu'une lectrice m'approche de si près. Je me reconnais dans votre esquisse magistrale et cela me donne l'espérance de garder un peu de moi-même durant ce temps qui m'éloigne
de la poésie. Oh toute ma reconnaissance au-delà des mots et pour longtemps. Chaleureusement. Suzâme

Catheau 31/05/2013 09:03



Je n'aurais pas aimé dénaturer ce que vous avez écrit. Sous la cendre du travail quotidien brille la braise de la poésie, soyez-en certaine !



duriez 28/05/2013 18:52

Bonne soirée chére Cathy avec un grand merci pour tes nombreux commentaires . Je passerai demain car pas en pleine forme ce soir . John
n'arrive pas à te contacter au téléphone , êtes vous là chez vous ? . Je
t'embrasse sans oublier Alain ,

Catheau 31/05/2013 09:00



Oui, nous sommes chez nous, bien au chaud, tandis que la pluie bat les carreaux !



flipperine 28/05/2013 17:56

suzâme une personne très humble et bourrée de talent

Catheau 31/05/2013 08:59



Une messagère en poésie, comme il y en a peu.



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