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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:58

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Le 11 novembre 2009, dans la série Les Mercredis de l'Histoire, Arte diffusait un documentaire-fiction intitulé Erich-Maria Remarque, La Gloire et l'Exil. Le film retrace l'histoire de ce livre dont la notoriété nationale et internationale fut sans précédent et qui entraîna son auteur dans un exil sans retour. C'est d'ailleurs sur ce départ définitif, le 30 janvier 1933, le lendemain de la prise du pouvoir par Hitler, que s'ouvre le film.

L'expérience de la guerre.
En 1898, Erich-Paul Remark, de son vrai nom, naît à Osnabrück en Basse-Saxe, dans une famille modeste. Son père, Peter-Franz Remark est relieur. A dix-huit ans, il passe du lycée à la caserne. Il faut tordre le cou à une légende selon laquelle il se serait engagé volontairement en 1916. En réalité, il a alors l'âge légal de l'incorportaion.

Il fait ses classes à Osnabrück et Münster puis à Zehl. Sept mois plus tard, il est envoyé sur le front de l'Ouest avec son camarade de classe et ami Georg Middendorf. En novembre 1916, leur affectation à la même escouade leur permet de rester ensemble. Le journal de Middendorf, commencé le 23 juin, donne de nombreux détails sur cette période, pendant laquelle ils apprennent à se connaître et à s'apprécier.

Affectés à la réalisation de tranchées et de réseaux de barbelés, ils travaillent près du front mais ne font pas partie des fantassins qui montent à l'assaut. Ils construisent des positions difficiles à prendre par l'ennemi. Dans les tranchées, c'est l'horreur et le passage en force est impossible. Les Allemands concentrent la puissance de feu de leur artillerie sur un point précis pour espérer percer les forces ennemies. On est en Flandres, près d'Ypres, et le front oscille constamment mais les avancées ne sont jamais décisives et les victimes nombreuses.

Une lettre de Middendorf rapporte la blessure dont Remark est victime. C'est son ami qui l'a retrouvé, blessé par des éclats d'obus au-dessus du genou gauche et au poignet droit. En état de marcher, il gagne un abri où il fait panser ses plaies. En septembre 1917, il est transféré à l'hôpital militaire de Duisburg où il se rend indispensable. Lorsqu'un train en provenance de Cambrai ramène des blessés atrocement mutilés avec des membres sectionnés, des plaies béantes à la tête, Remark se sent coupable d'être à l'abri. Il écrit à son ami : « Avec tes bottes russes et ton estomac jamais rassasié, comment vis-tu en ce moment? Cela m'intéresse car j'écris un roman. »

Ce récit auquel il pense ne sera pas autobiographique, il y intégrera son vécu personnel dans un contexte fictionnel. A Duisburg, il recueille des témoignages de blessés.

Le 9 septembre 1917, il apprend la mort de sa mère, Anna-Maria. Une permission lui permet d'aller à son enterrement et il la dessine sur son lit de mort. Le thème de la mort jouera un rôle essentiel dans son oeuvre : comment se comporter face à son caractère inéluctable? Que faire de cette vie avant que la mort n'intervienne? La pensée de Remark ne cessera désormais de tourner autour de ces questions.


Une crise existentielle profonde.
La fin de la guerre en 1918 apporte la paix mais il est impossible de s'en réjouir car tout a changé. Les rapports entre les hommes sont faussés, tout est bancal, décalé, brisé. On est face à une crise existentielle profonde. Avec cette guerre d'un genre nouveau (armement, tranchées), les soldats qui avaient eu en tête les idéaux héroïques qu'on leur avait inculqués sont traumatisés à vie. Il faut chercher de nouvelles voies, faire advenir un homme nouveau. De plus, en 1918, le système politique change, la révolution mettant fin à la monarchie. Cependant, nombreux sont ceux qui sont incapables d'accéder à un mode de pensée démocratique et d'autres le refusent catégoriquement ; ce sera une lourde hypothèque pour la République de Weimar.

Osnabrück, novembre 1918. Cette vie qu'on avait quittée joyeux et le coeur léger, voilà qu'on en reprend le fil, solitaire et meurtri. Tout n'est que grisaille et incertitude. Quand Remark retrouve son père, ce dernier lui apprend qu'il va se remarier avec Maria-Anna-Henrika Bahlmann. Très lié avec sa mère entre dix et quatorze ans, plus attaché à elle qu'à son père, le jeune homme en est blessé, d'autant plus qu'il souffre aussi du manque d'intérêt que son père porte à l'art.

Remark reprend sa formation d'enseignant. Il retourne à l'Institut de Formation des Maîtres, devenu l'Institut Catholique Prussien, pour être instituteur. Il y retrouve Middendorf et son ami Dopp, mutilé d'une jambe. Leurs professeurs, qui n'ont pas combattu, ne comprennent pas qu'ils n'ont plus devant eux de jeunes étudiants mais des soldats qui ont connu l'horreur du front et ne sont plus dans une attitude de soumission. Remark est alors un des deux délégués étudiants qui part à Hanovre au Ministère afin de demander la révision des programmes et prendre en compte les exigences des étudiants. Excellent négociateur, il obtient gain de cause. Le 1er août 1919, il commence une carrière d'instituteur.

A cette époque, on lui décerne la Croix de fer de la 7e Armée, pour « acte de courage devant l'ennemi », confirmé par le Conseil des Soldats. Remark se pavane dans Osnabrück en uniforme en arborant sa décoration, ce qui étonne son ami Dopp, qui lui déclare : « Je te croyais pacifiste! » Il se met aussi en scène en se faisant photographier avec un chien. On se perd en conjectures sur cette attitude. S'agit-il de séduire les jeunes filles? Adopte-t-il cette attitude pour s'amuser, par défi, par rébellion envers son père et contre la société bourgeoise de l'époque?

Dans cette Allemagne de l'après-guerre qui peine à surmonter sa défaite et manque de tout, Remark écrit un premier roman intitulé La baraque du rêve, un ouvrage totalement étranger à tous les problèmes du temps. Dans un style fleuri, cette oeuvre raconte la vie d'un cercle d'artistes dans le monde de l'avant-guerre. C'est en fait un monument à Fritz Horstmayer, un artiste charismatique, sorte de gourou que Remark avait fréquenté à Osnabrück. Il apparaît sous les traits d'Ernst Winter, un compositeur en proie à une crise existentielle, dont il se sauve grâce au soutien d'une jeune femme dévouée : « Ne pense plus ; ne rumine plus. Le monde est beau. » Telle pourrait être la morale de ce livre.


Le choix de l'écriture.
Ayant trouvé un éditeur, Remark démissionne de l'enseignement et prend la décision de se consacrer à l'écriture. Cependant son roman « à l'eau de rose » est un échec qu'il a du mal à surmonter. Il écrit à Stefan Zweig qui l'encourage à persévérer. Tout en travaillant dans un atelier qui fabrique des stèles funéraires, il entreprend de recueillir le matériau pour un livre d'un genre différent. Mais devant l'inflation galopante, les difficultés financières, ses amis lui disent qu'il aurait mieux fait de rester professeur.

Il devient alors journaliste pour Les Nouvelles d'Osnabrück, s'y fait remarquer et découvre les plaisirs de la vie berlinoise. Il écrit Le célibataire qui marque l'évolution de son style ; l'écriture s'y fait plus moderne, le ton plus insolent, révélant ainsi l'air du temps.

C'est à cette époque qu'il prend son nom d'artiste : Erich-Maria Remarque. Marie (qui est le prénom de sa mère) est en fait un hommage à Rainer-Maria Rilke. Le patronyme de Remarque est un souvenir de ses ancêtres français. Son père est profondément blessé par ce changement de nom : « Tu te renies toi-même » lui dit-il.

En avril 1922, Erich-Maria Remarque entre à la rédaction du magazine L'Echo-Continental à Hanovre et rencontre le succès. Il fait la connaissance de Ilse Jutta Jeanne Zambona, une actrice mariée à un grand bourgeois de Hanovre, une femme libérée, à sa hauteur. Il s'affiche avec de multiples conquêtes, des femmes connues, qui attestent de son appartenance aux milieux en vue du cinéma. Il est fier de paraître dans les galas, les premières, les grands bals, au bras de jolies femmes.
En 1925, il s'installe à Berlin avec sa maîtresse qu'il épouse, tout en passant avec elle un contrat de mutuelle liberté conjugale. Il s'adapte aisément à la grande métropole mondaine et prend le titre de baron de Buchenwald, dit Remarque, titre acheté à un noble ruiné, Hugo von Buchenwald. Il accède à ce statut social supérieur dont il a toujours rêvé et se sent comme un poisson dans l'eau dans ce nouveau milieu.

En 1926, il devient rédacteur de Sport im Bild, le magazine de la bonne société. Il se découvre une passion pour les voitures de sport et la vitesse. Il écrit une nouvelle, Petit roman automobile.


Le récit d'un simple soldat.
A cette période pourtant, la mode est aux souvenirs de guerre et on lui propose une critique des romans de guerre allemands. Il pense alors à raconter son propre vécu, à faire le récit d'un simple soldat « catapulté » du lycée au front, qui voit disparaître un à un ses camarades. Il souhaite écrire quelque chose qui soit différent de ce qu'il a écrit jusque là. Quand il commence à rédiger, il ne sait où cela le mènera.

C'est donc en 1927 qu'il renoue enfin avec ce projet, né dix ans plus tôt à l'hôpital militaire de Duisburg : écrire un roman sur la guerre. Il reprend ses anciens carnets : « Sur cent cinquante partis, la moitié seulement est rentrée mais le cuistot avait fait à manger pour tout le monde. Résultat : double ration pour tout le monde. On s'est goinfré! » Ce sera la matière de son livre.

Remarque sent le besoin d'évoquer sa propre expérience de la guerre mais, au fil des versions, plus il retravaille son texte, plus l'aspect autobiographique s'efface au profit de la dimension fictionnelle, et par là même, de la dimension universelle du roman. Il veut que cette oeuvre soit la représentation du vécu de toute une génération. Il va raconter l'histoire d'une escouade d'hommes, dont la plupart ont fréquenté la même école, mais qui ne sont pas des volontaires. Ce sont des jeunes gens naïfs « embarqués » malgré eux dans la folie de la guerre. L'intérêt se porte sur les simples soldats, ceux qui subissent les décisions des puissants, des maîtres de guerre français ou allemands, alors que les officiers sont relégués au second plan. De jeunes hommes qui voient leur vie anéantie et ne comprennent pas pourquoi ils devraient la sacrifier.

Pour créer ses personnages, Remarque s'inspire de récits et de biographies authentiques qui concourent à la crédibilité du texte. S'il utilise nombre de témoignages, il invente les personnage de Katchinski et de Himmelstoss. Inspirés par des êtres réels, ils sont cependant nés de l'imagination de l'auteur. Quant à Paul Bäumer, s'il ne peut être totalement identifié à Remarque, il lui ressemble par bien des aspects. En fervent défenseur de la vie, Remarque témoigne que la mort est absurde, cruelle, assassine. Il pose ainsi une question fondamentale : quelle est la valeur de la culture si un tel carnage est possible?

Après avoir passé beaucoup de nuits à écrire, enfin il sent qu'il tient la fin de son roman : « Paul Baümer tomba un jour d'octobre 1918, un jour si tranquille sur tout le front que le communiqué se contentait d'indiquer qu'à l'ouest il n'y avait rien de nouveau. Il était étendu face au sol comme s'il dormait. En le retournant, on vit que l'agonie n'avait pas été longue. Son visage était serein et laissait à penser qu'il était satisfait que tout soit terminé. »

Tout en regrettant que le héros n'ait pas survécu, Jutta Remarque considère que c'est ce que son mari a écrit de meilleur. Le titre est déjà trouvé ; ce sera A l'ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts neues).

En mars 1928, l'auteur soumet son roman à une cinquantaine d'éditeurs, et notamment aux Editions Fischer, la maison la plus renommée de la République de Weimar, spécialisée dans les textes littéraires plus que dans la littérature de guerre. On lui répond qu'il a du talent mais que le public est las de la guerre et qu'il devrait écrire autre chose. Ce sont finalement les Editions Ullstein qui acceptent son manuscrit et lui proposent de le publier en feuilleton dans leur meilleur journal, le Vochiste Zeitung. En dépit des conditions posées par Ullstein qui demande à Remarque de renforcer le côté « vécu », d'édulcorer un peu le texte pour ne pas trop effrayer le lecteur, d'adapter sa biographie en le vieillissant un peu, le romancier ne peut se permettre de refuser d'être publié chez Ullstein, éditions qui jouissent d'une grande notoriété. Le roman sera présenté comme l'oeuvre d'un jeune homme de trente ans, mu par la nécessité de témoigner de ce qu'il a vécu avec ses camarades. Ce ne sera pas un roman de guerre mais le récit du vécu de son auteur. Et Ullstein d'ajouter : « On dira que vous avez exorcisé vos démons par l'écriture ; les lecteurs adorent ça. » S'il était connu comme journaliste, Remarque trouve donc ici la chance de démarrer une vraie carrière littéraire.


A l'ouest, rien de nouveau : le succès.
Le succès est immédiat et dépasse toutes les espérances de l'auteur et de l'éditeur. « En trente ans, je n'ai jamais vu ça », dit Ullstein. On attend avec impatience chaque nouveau chapitre, on veut savoir quand sortira « le grand roman de guerre », l'oeuvre d'un romancier qui devient soudain une star. Les critiques élogieuses font florès. « C'est un monument à la gloire du soldat inconnu, signé par tous nos morts » écrit Walter von Molo. « Cette histoire, des millions l'ont vécue, des millions la liront aujourd'hui et demain », commente Karl Zuckmayer. « Ce livre est grand dans sa simplicité, poignant dans sa vérité », souligne Paul Loebe, le Président du Reichstag.

Le succès dépasse tout ce qu'on avait pu voir dans l'histoire de l'édition allemande : en un an, plus d'un million d'exemplaires seront vendus. « Tous les gens qui savent lire dans la République de Weimar ont lu A l'ouest, rien de nouveau. » La vie de Remarque s'en trouve métamorphosée et il accède au train de vie auquel il a toujours aspiré. Accueilli partout avec enthousiasme, le roman est traduit dans le monde entier.

Cependant, la menace est tapie dans l'ombre. « Votre roman est bestial, calomnieux, écoeurant », écrit un vicaire. Si pour tous ceux qui ont fait la guerre comme simples soldats et ont été embrigadés, le roman sonne juste, il n'en va pas de même pour les officiers généraux, les industriels de l'armement. Et pour Augustin Nochst, chargé de réorganiser l'armée allemande après la guerre, Remarque est le diable en personne.

Bientôt, Remarque, qui avait décidé de refuser toute interview, est contraint par son éditeur de les accepter. Il est mal à l'aise devant les questions, notamment lorsqu'on lui demande combien de temps il a passé au front.

Très vite, il est confronté à d'injustes accusations : il aurait volé le manuscrit à un camarade de guerre, il l'aurait même assassiné, il aurait tout inventé de A à Z! Bientôt, d'autres bruits courent : la presse nationaliste allemande prétend qu'il est juif, que son vrai nom est Kramer (anagramme de Remark). Comment un homme qui a transformé ainsi son patronyme peut-il être crédible?

Alors que le roman sort en librairie le 29 janvier 1929, le romancier ne se réjouit plus guère de son succès à cause des attaques incessantes qui portent atteinte à sa bonne foi et à son honneur. Dans cette épreuve, sa femme ne lui est pas d'un grand secours car elle mène sa vie de son côté. Remarque se résout à accorder une interview à Axel Herbrecht, un journaliste et critique littéraire qui est un ami proche. Il lui déclare qu'une fois l'oeuvre achevée, l'auteur doit se taire. Il se dit surpris par les réactions suscitées par son roman, selon lui totalement apolitique, et auxquelles il ne s'attendait pas. Il explique l'intention qui a présidé à la rédaction de son oeuvre. Il a voulu traiter un sujet très humain : des jeunes en âge d'affronter la vie vont affronter la mort. L'ouvrage lui a demandé six semaines d'écriture, le soir après son travail, qui l'ont obligé à revivre ses souvenirs de guerre. Il a vécu cette période dans un état de désespoir qui l'a lui-même surpris.


La menace.
Pendant ce temps, la polémique prend de l'ampleur. Si la gauche libérale le soutient, la droite attaque violemment le pacifiste convaincu qu'il est. Remarque est l'homo civilis par excellence, celui qui place l'individu au-dessus de toute idéologie, de toute religion et au-dessus de l'Etat. Pour la protection de l'individu, il prône l'indépendance, la tolérance et l'humour, trois notions qui n'en font pas vraiment un agitateur politique.

C'est ce moment que choisit Jutta son épouse pour le quitter. Quant à lui, il retourne à Osnabrück en novembre 1929, souhaitant prendre du recul. Il souhaite retrouver la tranquillité et l'inspiration dans sa ville natale qu'il choisit comme décor de son prochain roman. Jutta demande le divorce et il loue la villa Hauberg pour travailler à un nouveau projet intitulé Après. D'anciens amis le harcèlent, viennent lui réclamer de l'argent, en prétextant qu'ils lui ont fourni des anecdotes pour son roman.

Plusieurs producteurs d'Hollywood s'arrachent les droits d'adaptation du roman et Remarque se décide à signer avec Universal. Le 4 décembre 1930, le film, réalisé par Lewis Milestone, sort en salle en Allemagne.

Remarque reçoit alors une étrange visite, celle d'un émissaire de Goebbels qui déclare vouloir protéger le romancier contre les entreprises juives trompeuses d'Ullstein et Universal. Remarque comprend que Goebbels veut utiliser son nom pour sa propagande et déclare violemment qu'il n'est pas à sa botte. L'envoyé de Goebbels part en proférant des menaces.

En fait, le succès de Remarque a touché Goebbels au pire moment de sa vie d'écrivain. Il vient d'essuyer un échec avec un roman « lamentable », achevé peu de temps auparavant. En spécialiste de la propagande, il a voulu passer sous silence le roman de Remarque, mais le succès retentissant de l'adaptation cinématographique l'a obligé à réagir. Il organise donc des émeutes dans les cinémas avec les jeunes de la SA et les sympathisants du parti national-socialiste des travailleurs allemands, tandis que les Juifs sont « passés à tabac ». Le 5 décembre, une rixe est de nouveau organisée dans un cinéma et les nazis y déclarent qu' « il n'y a qu'un Juif pour aller voir un film pareil ». Le 11 décembre, le film est interdit en Allemagne par le Film-Oberprüfstelle, le comité de censure cinématographique de l'époque. On peut considérer cet acte comme la première incursion à l'ouest des nazis qui en même temps s'imposent peu à peu comme réalité politique dans l'ouest de Berlin. « Le film tombera demain. Nous aurons alors remporté une grande victoire sous l'impulsion du national-socialisme », disent les nazis. En fait, c'est la rue qui aura dicté son action au gouvernement!

Parmi ces jeunes de la SA, aucun n'a fait la guerre et dans son roman, Après, Remarque écrit : « Les morts ne crient pas vengeance. Ils crient : « Plus jamais ça! » » Il comprend que les mots ne suffisent plus. « Je suis un écrivain, pas un homme politique. Une fois l'oeuvre achevée, je dois me taire. » En 1930, se sentant de plus en plus menacé, il achète une villa à Porto Ronco sur le lac Majeur, tout en conservant sa résidence à Berlin. Il divorce de Jutta et publie L'Ennemi.


L'exil.
Le 28 janvier 1933, a lieu à Berlin le Bal de la Presse. Cette date peut être considérée comme le dernier jour de liberté de l'Allemagne. Von Papen et Hitler se sont coalisés contre Hindenburg et le lendemain Hitler deviendra chancelier. C'est le 30 janvier que Remarque, de plus en plus sous surveillance, choisit pour quitter l'Allemagne, après avoir enjoint son ex-femme Jutta à l'accompagner, ce qu'elle refusera (En 1938, il l'épousera une seconde fois, pour divorcer d'elle le 20 mai 1957, et épouser Paulette Goddard, le 25 février 1958). Remarque ne reviendra jamais en Allemagne.

Le 10 mai 1933, son livre, « qui trahit la mémoire de nos soldats », est brûlé dans un de ces autodafés dont les nazis ont le secret, « pour une éducation du peuple dans un esprit de combativité ». Le 21 mars 1938, on déclare que les livres de Remarque sont « le reflet d'une attitude vile et anti-allemande ». Leur auteur est déchu de la nationalité allemande, le 20 mai.

En 1943, sa soeur, Elfriede Remark, qui a toujours été hostile au nazisme depuis la prise du pouvoir par Hitler, est arrêtée sur dénonciation de ses voisins. Elle aurait publiquement exprimé le souhait que le chancelier du Reich soit tué d'une balle dans la tête. Au procès, le président du Tribunal du Peuple lance : « Votre frère nous a échappé, vous ne nous échapperez pas! » « Au nom du peuple allemand, Elfriede Scholz, née Remark, est reconnue coupable d'activités de propagande visant à corrompre la nation. Déshonorée à jamais, vous êtes condamnée à mort. » Telle est la sentence. La soeur du romancier est décapitée à la hache à Plötzensee le 16 décembre 1943.

Quand il apprend l'assassinat de sa soeur, Remarque entreprend un nouveau roman qu'il lui dédie, L'Etincelle de vie, et dont l'intrigue se passe dans un camp de concentration. Il s'engage dans l'action politique et dans la lutte contre l'oubli des crimes commis sous la dictature nazie.


"Travailler et apporter sa modeste contribution".
Le documentaire-fiction diffusé par Arte s'achève sur un entretien entre Remarque et Friedrich Luft, daté de 1963 :

- « Pensez-vous que l'écrivain a une influence sur le monde? Cinq ans après la parution de votre roman, les Himmelstoss (nom du cruel caporal du roman) ont pris le pouvoir en Allemagne. Dix ans après sa parution, la Seconde Guerre Mondiale a éclaté. Les écrivains ne cessent d'envoyer des signaux mais personne ne semble les percevoir et encore moins s'en soucier. Ce constat pourrait-il finir par vous décourager d'écrire?

- Non, jamais! Je sais que personne n'écoute. Nous avons vu une nouvelle guerre éclater, mais c'est une raison supplémentaire d'y croire. Car que restera-t-il si nous abandonnons l'idée qu'un progrès est possible? Que restera-t-il alors? C'est parfois très difficile d'y croire. Mais il faut y croire et il faut s'investir pour cela. Je serais quand même prêt à faire quelques concessions sur l'aspect artistique de mon travail si cela pouvait augmenter son impact et servir le Progrès. Mais ce sont des choses qu'on ne sait pas à l'avance. Tout ce qu'on peut faire, c'est travailler et apporter sa modeste contribution. Peut-être que ce sera utile malgré tout. »


Ainsi, cet écrivain qui se déclarait apolitique est devenu par la force des circonstances un écrivain engagé, contraint à faire de sa plume une arme au service de l'humanisme. Patrick Modiano n'écrivait-il pas : « L'un des privilèges de la littérature, c'est justement de rompre le silence, de crever la carapace du conformisme, des idéologies et des mensonges politiques, de dire « je », au nom de ceux qui n'ont pas pu parler ou de ceux que personne ne voulait entendre »?


Œuvres

Toutes ses oeuvres sont profondément marquées par sa vie, et elles peuvent être considérées comme des autobiographies romancées.

1920 : La Baraque de rêve (Die Traumbude)

1929 : À l'Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts neues)

1931 : Après (Der Weg zurück)

1937 : Trois Camarades (aussi connu sous le titre Les Camarades)

1939 : Les Exilés (Liebe deinen Nächsten)

1946 : Arc de triomphe

1954 : Un temps pour vivre, un temps pour mourir (paru aussi sous le titre L’Île d’espérance aux Editions Plon en 1954)

1956 : L'Obélisque noir ; traducteur Gaston Floquet ; Mémoire du Livre ; ré-édition 2001 (ISBN 2913867278)

1961 : Le ciel n'a pas de préférés (Der Himmel kennt keine Günstlinge) (OCLC 11265885)

1963 : La Nuit de Lisbonne (Die Nacht von Lissabon) (OCLC 72372714)


Filmographie

1930 : À l'Ouest, rien de nouveau (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone. Scénario de George Abbott d’après le roman éponyme d’Erich Maria Remarque Im Westen Nichts Neues.

1937 : The Road Back de James Whale. Scénario de Charles Kenyon, E.M. Remarque, d’après son roman Der Weg zurück, et R.C. Sherrif.

1938 : Trois camarades (Three Camarades) de Frank Borzage. Scénario de F. Scott Fitzgerald, Edward E. Paramore Jr et E.M. Remarque, d’après son roman Drei Kameraden (Les Camarades).

1941 : Ainsi finit notre nuit (So Ends Our Night) de John Cromwell. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman Liebe deinen Nächsten (Les Exilés), et Talbot Jennings.

1947 : L’Orchidée blanche (The Other Love) d’André De Toth. Scénario de Beyond, Ladislas Fodor et Harry Brown d’après E.M. Remarque.

1948 : Arc de Triomphe (Arch of Triumph) de Lewis Milestone. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman éponyme, Lewis Milestone et Harry Brown.

1955 : La Fin d’Hitler/Le Dernier Acte (Der Letzte Akt) de Georg Wilhelm Pabst. Scénario de Fritz Habeck, M.A.Mussano, d’après son roman Ten Days To Die, et E.M. Remarque.

1958 : Le Temps d'aimer et le temps de mourir (A Time to Love and a Time to Die) de Douglas Sirk. Scénario d’Orin Jannings et E.M. Remarque, d’après son roman Zeit zu leben und Zeit zu sterben (Un temps pour vivre, un temps pour mourir). Remarque apparaît dans ce film comme acteur (Le Professeur Pohlman).

1977 : Bobby Deerfield de Sydney Pollack. Scénario d’E.M. Remarque, d’après son roman Der Himmel kennt keine Günstlinge (Le Ciel n’a pas de préférés) et Alvin Sergent.

1979 : À l’Ouest rien de nouveau (All Quiet on the Western Front). Téléfilm de Delbert Mann. Scénario de Paul Monash et E.M. Remarque.

1985 : Arch of Triumph. Téléfilm de Waris Hussein Scénario de Charles E. Israël et E.M. Remarque.

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Samedi 28 novembre 2009

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Published by Catheau - dans Lectures
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commentaires

dominique 28/11/2009 18:24


J'ai lu "À l'Ouest rien de nouveau" quand j'étais au lycée et ce livre m'avait beaucoup marqué à l'époque. Je ne connaissais pas la vie de Erich Maria Remarque ni la chasse à l'homme dont il fut
victime ainsi que sa soeur sous Hitler. Et je n'ai pas regardé l'émission d'Arte, dommage!


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