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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:17

 patrick-white.jpg

Plaque  évoquant le Prix Nobel de Littérature 1973, Patrick White, sur Circular Quay à Sydney

 

Qui connaît la littérature australienne ? Pas grand’monde, me semble-t-il. Pour ma part, ma connaissance se réduisait à L’Avocat du Diable de Morris West (né à Melbourne), qui raconte une enquête sur une béatification ; à La femme eunuque (1970) de l’anglo-australienne Germaine Greer, lue du temps de ma période féministe. J’avais aussi en tête The thorn birds (Les oiseaux se cachent pour mourir, un titre emprunté à François Coppée !) de la romancière Colleen McCullough, ou l’histoire des plus romanesques du prêtre Ralph de Bricassard et de Meggie Carson. Je me souvenais aussi d’un personnage de détective, Napoléon Bonaparte, imaginé par Arthur William Upfield, le « pionnier du polar ethnologique ». Son héros est en effet un enquêteur issu d’une mère aborigène et d’un père européen. Dans ma mémoire enfin, Thomas Keneally et La liste de Schindler (Schindler’s Ark, 1982). Tout cela ne remplit pas même une étagère de bibliothèque !

Ww présentation

Aussi, celui qui veut découvrir un tant soit peu cette littérature (qui est bien loin d’être une sous-littérature britannique) se promènera-t-il sur Circular Quay à Sydney où il empruntera la Writers Walk, la promenade des écrivains. Celle-ci est composée d’une quarantaine de plaques métalliques dorées, disposées selon l’ordre alphabétique, et rappelant le souvenir d’écrivains australiens ou anglophones, parmi lesquels beaucoup de femmes. On sera surpris d’y trouver Rudyard Kipling,

Ww Kipling

Mark Twain, Joseph Conrad, Stevenson ou Michener qui ne firent que de brèves visites dans ce pays. Si Umberto Eco n’y donna que quelques conférences, Charles Darwin ou D. H. Lawrence, quant à eux, y vécurent plusieurs mois.

Ww Kipling

Ces plaques voisinent avec d’autres, beaucoup plus petites, qui marquent l’emplacement de l’ancien rivage de 1788 et de 1844.

Ww shore line

Chacune comporte un bref extrait, dont les tonalités sont diverses, d’un texte de l’auteur, suivi d’une courte biographie. Du musée d’Art contemporain à l’Opera House, on se familiarisera donc avec cette littérature, dont Patrick White (Flows in the glass, 1981, Eden Ville, 1939, The Tree of Man, 1955), qui reçut le prix Nobel de Littérature en 1973, est le phare. On sait qu’il fut choisi « pour son art de la narration psychologique et épique, qui a fait entrer un nouveau continent dans le monde de la littérature ».

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Le Prix Nobel de Littérature australien, Patrick White (Photo Wikipedia)

Cette littérature se tourne maintenant de plus en plus vers les cultures du Pacifique et de l’Asie. Longtemps, elle a véhiculé une forme de malaise, causé par l’infini des espaces de cette île-continent colonisée par les Anglais, et par la dépossession des Aborigènes. Ses thèmes de prédilection sont ainsi l’identité indigène, la « beauté et la peur » (termes du célèbre poème de D. Mackellar, "My Country") de la vie dans l’outback et le bush australien, l’exil et l’expérience des migrants. On y découvre aussi le mateship ou amitié fraternelle, et l’aspiration à une démocratie égalitaire. Ce sont toujours ses racines anglo-saxonnes et l’apport culturel de ses minorités ethniques- en premier lieu les Aborigènes- qui lui servent à nourrir son imaginaire et à refonder le sentiment d’une identité nouvelle.

J’ai été surprise de voir la place de choix que tiennent les poètes dans la Writers Walk : Oodgeroo Noonuccal, auteur du premier livre de poésie indigène, We are going (1964), y est présente. Tout comme les Bush poets que sont Henry Lawson et Banjo Paterson, le premier décrivant les réalités de l’outback, le second véhiculant davantage la romance du bush. Paterson est connu aussi pour Waltzing Matilda, un des chants patriotiques australiens les plus populaires.

Ww Paterson

Le symboliste Christopher Brennan (The Wanderer, 1902), Judith Wright, critique et grand poète de la nature australienne (The moving image, 1946), et Dorothea Mackellar, célèbre avec « My Country » (1908), y sont encore en bonne place.

Ww Brennan

On y trouve Kenneth Slessor, le poète qui célébra Sydney (Five Bells, 1939) et les combattants australiens de la guerre 40 (Beach Burial, 1944).

WW Slessor

Les romanciers y sont nombreux. On citera Marcus Andrew Hislop Clarke, qui a écrit un célèbre récit sur la vie d’une colonie pénitentiaire en Australie, For the Term of his Natural Life (1874) ; Eleanor Dark, auteur d'une trilogie fameuse, Timeless Land (1941, 1948, 1951) ;

WW Dark

Henry Handel Richardson, pseudonyme de Ethel Florence Lindesay Richardson, qui aima la Duse et composa aussi une trilogie, The Fortunes of Richard Mahony (1917, 1925, 1929) ; Miles Franklin, pionnière du féminisme à l’australienne, qui décrit la vie dans le bush à travers un regard féminin (Ma brillante carrière, 1901) ;

WW Franklin

David Malouf et The great world (1990), relation de deux Australiens pendant les deux guerres mondiales ; Nevil Shute ou la vie des Australiens pendant la Seconde Guerre mondiale (A Town like Alice). Sur Circular Quay, David Williamson est présent pour le théâtre et ses nombreuses pièces évoquant les thèmes de la politique et de la famille. Geoffrey Blainey et Rober Manning Clark représentent, quant à eux, ceux qui se sont adonnés à l’Histoire.

WW Williamson

Dans cette promenade, on peut encore rencontrer Faith Bandler (Ida Lessing), une Aborigène, grande militante des droits civiques, qui a écrit sur le blackbirding dont fut victime son père au Queensland (enlèvement pour travail forcé) et sur son frère (Welou mon frère, 1984).

La liste serait encore longue de tous ces écrivains (j'en ai compté 48) qui composent cette promenade littéraire aux antipodes. Pour terminer, je voudrais citer l'écrivain-poète (The Book of my Enemy, 2003, Opal Sunset : Selected Poems, 1958-2009) et homme de télévision Clive James. Expatrié en Angleterre, il vient d'être fait Officier de l'Order of Australia le 26 janvier 2013, Australia Day. Il a aussi une place de choix à Circular Quay, preuve, s'il en était besoin, que les Australiens sont fidèles à leurs écrivains, même ceux qui les ont quittés pour un autre pays. Et Clive James, cloué par la maladie en Angleterre, ne regrette qu'une chose : ne pouvoir s'envoler une dernière fois pour voir se coucher le soleil à Sydney.

 

Clive-james.JPGClive James à l'honneur dans le Sydney Morning Herald du 26 janvier 2013

 

 

 

 

Crédit Photos : ex-libris.over-blog.com, janvier 2013

Passionnant : le site officiel de Clive James : link

 

 


 

 


 


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commentaires

Carole 08/03/2013 00:14

Merci pour toutes ces informations. Car il est vrai que cette littérature australienne est peu connue en France.

Catheau 10/03/2013 08:27



C'était l'occasion rêvée pour moi d'entrouvrir les livres de ces écrivains qui ont l'amour de leur pays chevillé au corps.



flipperine 07/03/2013 23:06

une bonne manière pour rendre hommage à tous ces écrivains

Catheau 10/03/2013 08:25



L'occasion d'une belle balade pédagogique en effet. Amitiés.



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