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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:58

 

L'Arlésienne van gogh

  L'Arlésienne, Van Gogh

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, deux textes qui se suivent évoquent le Sursum corda. Cette expression latine renvoie à l’injonction : « Elevons nos cœurs », qui ouvre le dialogue d’ouverture de la préface de la prière eucharistique, au cours de la messe catholique. Elle est encore l’anaphore de certaines liturgies des Eglises orthodoxes et catholiques orientales, celles de saint Basile et de saint Jean Chrysostome. Elle est souvent traduite par l’expression : « Haut les cœurs ! ».

 

Le premier texte, non daté, est signé du nom de Marie Gasquet (1872-1960). Née à Saint-Rémy de Provence, celle-ci est un écrivain de Provence, fille du poète provençal Marius Girard. Célèbre pour sa culture et sa beauté, filleule de Frédéric Mistral, elle fut désignée en 1892 comme reine du Félibrige. (Fondé officiellement le 21 mai 1854 (jour de la Sainte Estelle), dans le château de Font-Ségugne, à Châteauneuf de Gadagne, qui appartenait alors à la famille Giera, le Félibrige est, au départ, un mouvement littéraire provençal, ayant pour objectif la défense de la langue d’oc.)

Elle épousa Joachim Gasquet, un poète ami de Paul Cézanne, fut directrice de collection chez Flammarion et écrivit une dizaine de romans, dont le plus connu s’intitule Une enfance provençale.

Il est probable que ma grand-mère la rencontra au cours d’une conférence, peut-être sur un thème religieux. N’a-t-elle pas écrit sur Jeanne d’Arc, la Fête-Dieu ou encore Bernadette de Lourdes ? Les quelques lignes qu’elle lui offre alors sont, pour celle que la tristesse guette, une invitation à porter haut son regard et ses aspirations.

 

« Lorsque, à la manière des marins de Dunkerque, on sait naviguer non sur la vague qui menace mais sur l’étoile qui conduit, on peut fièrement dire si la tristesse vient : "Ce qui me console le mieux, ce n’est pas ce que j’ai atteint, c’est ce à quoi j’ai aspiré."

                                                                   Sursum Corda

                                                                   Marie Gasquet »

 P1000370

Le second texte, porte la signature d’une certaine Ag. Dubuisson, sans doute une amie de ma grand-mère. Il est en date du 18 mars 1933. Le 05 mars, dans un climat de terreur, le parti nazi a remporté les élections en Allemagne, le 23 mars, le Reichstag accorde les pleins pouvoirs à Hitler et le 29, une loi abolira les libertés fondamentales.

Avec une certaine modestie, cette femme dit hésiter à laisser une « pensée » sur la page qu’on lui tend. Elle évoque avec émotion – semble-t-il- un jour précis où ma grand-mère et elle se sont rencontrées. Je me demande ce que cache ici l’expression « Sursum ». Fait-elle allusion à une difficulté particulière, à un deuil, à la « montée des périls » ? Comment le savoir ?

 

« Si je ne savais pas que l’ombre fait valoir la lumière, je n’écrirais pas après les pages précédentes…

De talent  je n’en ai point, mais seulement un peu de cœur….. Dans cet album, comme dans votre vie- simplement- je puis laisser une trace d’affection, évoquant l’heure belle où mon cœur a rencontré le vôtre sur cette route du « Sursum ».

                                                                                                                                                                                                                                

                                                      Ag. Dubuisson

18 mars 1933

 P1000371

L’emploi récurrent de l’expression « Sursum Corda » est-il l’indice que les deux femmes font allusion au même événement ? Peut-être. Toujours est-il que, parodiant le titre d'un roman de Marie Gasquet, Ce que les femmes disent des femmes, ce que deux femmes disent ici à une troisième ne me semble pas si vain…

 

 

 

Sources :

fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Gasquet

 

Dimanche 23 mai 2010

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