Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 14:55

 

 Moriarty-Steph.JPG

La dédicace de Steph Moriarty sur le dernier album, Fugitives

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013)

 

Pour la deuxième ou la troisième fois, nous avons passé la soirée de Noël avec la famille de ma belle-fille, dont le cousin germain est le guitariste et contrebassiste du groupe Moriarty. Architecte de formation, il en est l'un des cinq membres masculins avec Thomas Puéchavy, Arthur B.Gillette, Charles Camignac et Eric Tafani, Rosemary Standley en étant la chanteuse. L’occasion, pour celui qui se surnomme Steph Moriarty, de nous dédicacer le dernier album du groupe intitulé Fugitives qu’il nous a gentiment offert. A main levée, sur la pochette conçue par lui, Clement Deuwe et Ondine Pannet, il nous a dessiné un de ces personnages de vagabonds qui sont au cœur de ce dernier opus. En effet, sur la pochette du  CD, on peut lire qu’il est un essai « to capture the elusive spirits haunting the tales of ghosts, thieves, outlaws and assassins… » 

Ce CD reprend donc les vieilles ballades des ancêtres du folk que sont Woodie Guthrie, Hank Williams et encore d’autres textes plus anciens dont on a perdu l’origine exacte. Mais il s’agit toujours d’histoires de mauvais garçons en perdition, de femmes aimées et abandonnées, d’êtres en errance sur la route. L’harmonica, la cithare électrique, le banjo, la guitare électrique, la variété des percussions, le rythme bien marqué, la voix claire de Rosemary Standley, dont on aime les aigus légers, confèrent à l’ensemble ce charme si particulier qui est la marque de fabrique de ce groupe atypique.

Atypique d’abord peut-être par le nom qu’il s’est choisi : Moriarty. On sait qu’il s’agit de Dean Moriarty, le nom du personnage de Sur la route (1957) de Jack Kerouac. On pourra s’étonner du choix d’un tel patronyme, celui de l’ami de Sal Paradise, mi-ange, mi-démon et devenu l’ « âme du Beat ». Substitut de Neal Cassidy, l’ami réel de Kerouac, il a « passé un tiers de sa vie dans les salles de billard, un tiers en prison et un tiers dans les bibliothèques publiques ». Sans doute est-ce parce que la parole de l'écrivain américain est une parole libre, pleine d'énergie, à l'image de ce qu'aspire à être celle de Moriarty.

Et tout comme le roman de Kerouac s’est construit au cours des nombreux voyages entre l’Est et l’Ouest américain, les chansons du groupe se créent, s’affinent, se précisent, trouvent leur tonalité juste au cours des tournées. Ainsi le groupe peut partir sur la route alors que le disque n’est pas encore enregistré et le public incarne alors le rôle d’agent extérieur avec lequel il faut jouer et composer.

Cet esprit d’indépendance, de liberté, qui est celui du personnage littéraire, s’exprime par ailleurs dans la volonté du groupe de s’affranchir des contraintes matérielles du show bizz. Après avoir enregistré son premier album (Gee Whiz But This Is a Lonesome Town, 2007) chez Naïve, il a choisi, en 2010, de créer sa propre maison de production, Air Rytmo « afin de se réconcilier avec sa propre lenteur » et de créer sans contraintes, à son propre rythme.

Steph Moriarty, dans une interview passionnante à Parallèle[s] explique le choix de ce nom surprenant. Six membres du groupe viennent d’horizons divers et ont des attaches notamment avec les Etats-Unis. Tout comme les personnages de Kerouac remettent en question certains aspects de la civilisation américaines, plusieurs de leurs parents ont fait ainsi le choix de quitter l’Amérique pour la vieille Europe.

Moriarty-Steph-3.JPG

Steph Moriarty en train de dessiner sa dédicace sur l'album Fugitives

(Phot ex-libris.over-blog.com, le 24 décembre 2013)

 

Le contrebassiste poursuit en précisant que, pour le groupe, Kerouac est en fait un « stimulus de départ », qui joue le rôle de « déclenchement de la mémoire ». Il en retient la fluidité et la musicalité d’une prose spontanée. Il en aime la liberté de l’improvisation jazz qui invite à la surprise. Steph Moriarty reconnaît qu’au fil des concerts, des rencontres, le groupe découvre « un nouveau sens à ce nom ». Ce patronyme n’est-il pas irlandais, l'Irlande, ce peuple de voyageurs parti aux Etats-Unis et jusque dans la lointaine Australie ? A Adélaïde, au cours d’une de leurs tournées, les membres du groupe ont ainsi rencontré des Australiens, curieux de connaître ces musiciens qui avaient le même nom qu’eux !

Enfin, le musicien reconnaît, qu’au-delà de Kerouac, c’est sans doute le thème de l’immigration qui est fondateur et fédérateur. Soit l’immigration volontaire dont on vient de parler, soit l’immigration forcée, l’exil, qui est au cœur notamment de sa propre famille. Chaque membre du groupe a une culture musicale et des goûts différents ; pourtant, créant et composant ensemble, ils sont conduits inévitablement vers une forme de "créolisation de la musique", qui leur permet de faire vivre un langage commun.

C’est cela que j’aime dans la philosophie de ce groupe : tout comme les personnages de Kerouac sont ouverts à l’imprévu de toutes les rencontres, les membres de ce groupe, issus d’horizons différents, nous invitent à nous ouvrir à la culture de l’autre, celui que l’on rencontrera sur « sa » route.

 

Moriarty-Steph-2.JPG

      Steph Moriarty

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013, Effet Holga)

 

 

Sources :

Le site de Moriarty : link

Parallèle[s], interview de Steph Moriarty

Daily Rock, interview de Rosemary Standley et Stephan Zimmerli

 

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Catheau - dans Chansons
commenter cet article

commentaires

Alice 11/01/2014 08:56

Je suis heureuse de mieux connaître ce groupe à travers ton billet. J'aime beaucoup leurs sonorités et choix musicaux. Leur philosophie contribue à l'originalité du groupe comme tu l'expliques. Une
chance pour toi et pour nous !

Catheau 11/01/2014 17:48



Leur musique recèle en effet un son très reconnaissable et j'aime leur façon de déjouer les codes. A bientôt.



flipperine 10/01/2014 23:57

kérouac me fait penser à un nom breton

Catheau 11/01/2014 17:47



Peut-être ses ancêtres l'étaient-ils; je ne sais. 



mansfield 09/01/2014 19:26

Un personnage attachant tout autant que le roman de Kerouac que j'ai personnellement adoré,il y a tellement de musique dans le rythme et dans les mots! Mais je pense que c'est un roman qu'on adopte
ou qu'on rejette très vite! Question de sensibilité!

Catheau 11/01/2014 17:46



J'ai aussi beaucoup aimé ce livre ; en revanche l'adaptation inématographique récente m'avait déçue car elle manquait de la fièvre du roman. Amitiés.



M'amzelle Jeanne 09/01/2014 16:03

Merci beaucoup pour cette présentation qui me fascine pour de nombreuses raisons En priorité celle pour laquelle mon petit fils de 24 ans et 5 de ses amis cherchent leur voie après avoir fait une
formation "Arts et spectacles"
J'aime ce billet, je vais lui photocopier..
Bonne soirée..

Catheau 11/01/2014 17:44



Merci, Jeanne. Les musiciens de ce groupe, tous très diplômés, ont décidé de suivre la voie de la musique. Ce sont de vrais artistesqui ont réalisé leur rêve. Je souhaite la même chose à votre
petit-fils !



Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche