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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 15:43

  Portait de Rénée Vivien par Alice Pike Barney, la mère d

Renée Vivien par Alice Pike Barney, la mère de Natalie Clifford Barney

 

Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas,

Je lui dirais : « O Christ, je ne te connais pas !

 

« Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne,

Et je vécus ainsi qu’une simple païenne…

 

« Le soleil me ceignait de ses plus vives flammes

Et l’amour m’inclina vers la beauté des femmes… »

 

- Comme je ne cherchais que l’amour, obsédée

Par un regard, les gens de bien m’ont lapidée.

 

Pendant longtemps je fus clouée au pilori,

Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri ;

 

Puis des hommes ont pris dans leurs mains de la boue

Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.

 

Je porte dans mon cœur et dans mon âme nue

L’orgueil d’être farouche et d’être méconnue.

 

Sans vous comprendre et sans que vous m’ayez comprise

J’ai passé parmi vous, noire dans l’ombre grise…

 

Et j’ai vu m’échapper l’Amour comme la Gloire.

Tout s’accomplit enfin : Sonne, ô mon heure noire ;

 

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort

Marque enfin cet instant espéré de la mort !

 

- Je pars comme on retourne, allégée et ravie

De pardonner enfin à l’Amour et la Vie.

 

Vous me ferez alors oublier, Violettes,

Le long mal qui sévit dans le cœur des poètes…

 

Sachant que la bonté du sort m’est enfin due,

Je retournerai vers celle que j’ai perdue.

 

Les lotus léthéens lèvent leurs fronts pâlis…

Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

 

Lasse de tous ces jours qui ne sont pas meilleurs,

Que je m’en aille enfin n’importe où- mais ailleurs !

 

 

A une époque où l’homosexualité était considérée comme de l’hystérie ou une maladie mentale, Renée Vivien en parla à la première personne. Elle aima Natalie Clifford Barney et la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt et fut ainsi considérée comme une femme "sulfureuse", celle par qui le scandale arrive.

Dans cette suite de distiques, elle dit pudiquement la souffrance de se voir elle-même et son œuvre poétique marquées au fer rouge. Dans Le Pur et l’impur, Colette évoque les difficultés d’une vie qui se termina à trente-deux ans. La muse-aux-violettes repose au cimetière de Passy, non loin d’une autre femme à l’existence éphémère, la diariste et peintre Marie Bashkirtseff.

 

 

Pour les Jeudis en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Nounedeb : sulfureux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Nounedeb 26/11/2010 15:39


Merci, Catheau, pour cette participation, et l'évocation de ces vies douloureuses. J'appelle cet ostracisme du racisme ordinaire.


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Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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