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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 16:56

François invente la crèche de Noël

L'invention de la crèche par François d'Assise, Giotto

 

 

Un Dieu plein de douceur mit la faiblesse en nous

Afin que nous aimions les faibles et les doux,

Et que l’homme aux petits soit toujours charitable.

Aussi Jésus voulut naître dans une étable.

Or, le bon saint François, lorsque venait Noël,

Pour convier le monde à l’amour fraternel,

Devant ceux que l’orgueil aveuglément domine

Prêchait l’humilité dans une humble chaumine,

Il avait près de lui le bœuf, l’âne ; et ceux-ci,

Qu’aimait le pur apôtre, et qui l’aimaient aussi,

Fixaient sur leur ami leur regard grave et tendre,

Et, l’écoutant parler, paraissaient le comprendre.

 

Fleurs de corail, 1900

 

Dans l’Evangile de Luc, l’endroit où repose Jésus à sa naissance est désigné par le mot « mangeoire », « cripia » en latin, qui a donné le mot « crèche ». Il s’agit donc de l’auge destinée à la nourriture des animaux. Par extension, le mot s’apparentera à l’étable tout entière. La naissance de Jésus aurait eu lieu dans une grotte aménagée en étable, comme il en existait beaucoup en Palestine à cette époque.

La plus ancienne représentation picturale de la Nativité fut retrouvée sur un sarcophage dans le sud de la France et date du XI° siècle. Entre le XI° et le XII° siècle, on jouait la Nativité au cours de la célébration liturgique. Ces jeux liturgiques ayant peu à peu dégénéré en festivités profanes, ils furent supprimés en 1548.

Ce poème de Maurice Olivaint (1860-1929) rappelle que c’est saint François qui est à l’origine de la tradition de la crèche. En effet, la crèche, telle que nous avons coutume de la représenter, daterait du XIII° siècle.

C’est en 1223 que saint François réunit les habitants de Greccio, village situé près d’Assise, en Ombrie,  afin de célébrer la messe de minuit dans une grotte. Ni Jésus, ni Marie, ni Joseph ne figurent alors dans cette représentation, qui ne présente qu’une mangeoire et le bœuf et l’âne. Pourtant, jamais la Nativité de Jésus n’avait paru aussi vivante aux habitants de Greccio. On raconte en effet que François avait placé une hostie dans la mangeoire et que l'Enfant-Jésus s'y manifesta.  L’idée de la crèche fut ainsi reprise par l’ensemble du monde chrétien. La tradition de « faire la crèche », manifestation de la foi, date du XIV° siècle et se répand au XVI° siècle en Italie.

La tradition du bœuf et de l’âne, évoquée dans ce poème, remonterait au III° siècle. Origène, un théologien de cette époque, commentant l’Evangile de Luc, fait référence au prophète Isaïe. Dans le Livre d’Isaïe (I, verset 3), qui date du VIII° siècle avant Jésus-Christ, il affirme que « le bœuf connaît son propriétaire et l’âne la mangeoire de son maître ».

L’Evangile apocryphe du pseudo-Matthieu mentionne la présence de ces humbles animaux  au chapitre 14, verset 14 : «  Or, le troisième jour, après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, entra dans une étable, et elle déposa l’enfant dans la crèche, et le bœuf et l’âne l’adorèrent. Ainsi s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : « Le bœuf a connu son maître et l’âne la crèche de son maître. » Ces animaux donc, qui avaient l’enfant entre eux, l’adoraient sans cesse. Ainsi s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Habacuc : « Tu te manifesteras au milieu de deux animaux. » »

Ces deux animaux, qui expriment ici gravité et tendresse, me font penser à l’ouvrage de Christian Bobin, Le Très-bas, une « promenade au cœur de l’âme » de saint François d’Assise. Et voici ce que l'auteur y écrit à propos de l’âne :  « Il y a bien un âne dans la vie de François. Il dort quand François dort, il mange quand François mange, il prie quand François prie. Il ne le quitte jamais, l’accompagne du premier jour. C’est le corps de François d’Assise, c’est son propre corps qu’il appelle ainsi : « mon frère l’âne » - manière de s’en détacher sans le rejeter, car c’est avec ce compagnon qu’il faut aller au ciel, avec cette chair impatiente et ces désirs encombrants : pas d’autre accès aux sommets éternels que par cette voie-là escarpée, caillouteuse, un vrai chemin de mulet. »

L’âne, ce « doux ami du ciel bleu », comme le décrivait Francis Jammes, un intermédiaire vers la sainteté ?

 

Sources :

http://catholique-versailles.cef.fr/ croire-p-texte-noel-traditions-creche.htm

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : la crèche

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commentaires

Anne Le Sonneur 23/12/2010 17:50


Un bien bel hommage à François d'Assise ! Merci et beau Noël. Anne


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