Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 17:52

la-bayadere-2.jpg

Maria Alexandrova (Gamzatti) et Svetlana Zakharova (Nikiya la Bayadère) dans la scène 3 de l'acte II de La Bayadère

Dimanche 7 décembre 2014, le cinéma Le Palace à Saumur retransmettait le ballet La Bayadère, enregistré au Bolchoï de Moscou, le 27 janvier 2013. L’occasion de voir ce merveilleux ballet en trois actes et sept tableaux dont la création eut lieu le 23 janvier 1877 au Théâtre Bolchoï Kamenny de Saint-Pétersbourg, sur un livret de Marius Petipa (1818-1910) et Sergueïv Khudekov et une musique de Léon Minkus. Celui-ci fut le principal collaborateur de Petipa et il était titulaire du poste officiel de Compositeur de Ballet des Théâtres Impériaux de Saint-Pétersbourg. Si la chorégraphie originale revient à Marius Petipa, la version enregistrée que nous avons vue est celle de Youri Grigorovitch.

On se perd en conjectures sur l’origine de ce ballet, dont le thème remonte à une légende indienne. En 1839, Théophile Gautier avait fait le portrait d’Amani, la principale danseuse d’une troupe de bayadères hindoues qui s’étaient produites à Paris. Puis il écrivit en son honneur le livret du ballet Sakountala qui sera interprété par le ballet du Théâtre Impérial de l’Opéra. Les spécialistes pensent que cette œuvre serait la véritable source de La Bayadère de Marius Petipa. Cependant, on sait que le tout jeune Marius Petipa avait assisté à l’opéra-ballet de Philippo Taglioni, Le Dieu et la Bayadère ou la Courtisane amoureuse, le 13 octobre 1830. Son œuvre pourrait en être aussi une réminiscence.

Ce ballet, composé ici de trois actes (mais qui en compta quatre), raconte l’histoire de l’amour tragique de la bayadère Nikiya (Svetlana Zakharova) et du guerrier Solor (Vladislav Lantratov). Le grand brahmane, également amoureux de Nikiya, a surpris le secret de cet amour interdit qu’il révèle à Dugmanta, le Rajah de Golconda. Celui-ci, qui a décidé de donner en mariage sa fille Gamzatti (Maria Alexandrova) à Solor, fera disparaître la bayadère. Le troisième acte est connu sous le titre du Royaume des ombres, et il est souvent dansé sans les deux premiers actes.

En effet, cette « rêverie en blanc » de Solor, est conçue comme un « grand pas classique ». Sous l’effet de l’opium, Solor revoit en rêve Nikiya, qu’il finira par rejoindre. Le lien dramaturgique avec l’action précédente y est suspendu et cette chorégraphie lyrique, raffinée, préfiguratrice du ballet symphonique, alterne « pas de deux » et « variations » par le corps de ballet, vêtu de tutus blancs et les bras recouverts de voiles légers.

La-Bayadere_Svetlana-Zakharova_Vladislav-Lantratov.jpg

Nikiya (Svetlana Zakharova) et Solor (Vladislav Lantratov) dans l' "Acte des ombres" (Acte III)

L’« entrée » du corps de ballet se fait par une planche inclinée située sur le côté droit de la scène. Chaque danseuse avance tout en libérant la place pour l’ombre suivante en occupant progressivement la scène. Réalisant de simples adages, le corps de ballet se déploie en un long ruban jusqu’à ce que la dernière ballerine soit descendue. Puis elles se disposent sur huit rangs de quatre ballerines (elles étaient beaucoup plus nombreuses à l’origine) avant de se scinder en deux rangs, répartis de part et d’autre de la scène. Toute cette chorégraphie est un vrai défi  technique pour le corps de ballet.

Cet acte III transporte le spectateur dans un monde épuré et stylisé, porte ouverte au rêve et à la beauté. Demeuré longtemps inconnu du public occidental, c’est par cet « acte des ombres » que les Français et les Anglais découvrirent La Bayadère lors de la tournée du Kirov à l’Ouest. L’occasion aussi d’admirer pour la première fois Rudolf Noureev, qui montera plus tard sa version personnelle du ballet à l’Opéra de Paris, et qui fut une des plus belles incarnations du guerrier Solor.

La version originale comportait en réalité trois actes et une apothéose (le quatrième acte). Celui-ci mettait en scène, à la faveur d’un orage, la vengeance de la bayadère avec l’écroulement du palais et la mort des protagonistes. Les deux amants accédaient alors au paradis des félicités. Cet acte fut abandonné en 1919 car il réclamait beaucoup trop de moyens techniques et de machinistes.

La Bayadère est une œuvre-clé du répertoire classique : décor exotique, vêtements somptueux, scénario mélodramatique, tout concourt à faire de cette œuvre un ballet grandiose avec ses danses spectaculaires et ses scènes mimées. Ainsi le rôle du Grand Brahmane et du Rajah sont essentiellement mimés. Le premier, vêtu de rouge et mu par la jalousie, et le second, tout en blanc et argent, imbu de son pouvoir autoritaire, sont les agents de la catastrophe finale.

Le premier acte met en scène le noble guerrier Solor qui revient de la chasse au tigre et jure sa foi à Nikiya, une des danseuses bayadères, gardiennes du feu sacré, tandis que le Grand Brahmane les épie. Dans un somptueux décor de cascade et de montagnes, dominé par un immense banyan, brille au fond d’un temple, la statue d’une idole dorée (les décors sont inspirés ici de la première production en 1877). Dans cette scène 1, j’ai aimé la fête du feu sacré, dansée avec une fougue violente par les bruns gardiens du feu, à la longue chevelure et vêtus d’un pagne rouge. La danse de l’eau sacrée, ou danse de la cruche, le « pas de deux » de Solor et Nikiya, y sont d’intenses moments de grâce.

La scène 2 nous transporte dans un palais des Mille et Une nuits, celui du Rajah de Golconda. On y voit le prince offrir à Solor la main de sa fille Gamzatti. Celle-ci, qui a surpris la révélation du Grand Brahmane à son père, fait venir Nikiya pour lui annoncer son infortune et  cette dernière tente de la menacer avec un poignard. Dans le rôle de Gamzatti, on découvre ici la belle danseuse Maria Alexandrova, tout en puissance et en passion. C’est Youri Grigorovich qui a imaginé  la confrontation dansée entre les deux héroïnes, qui s’exprime avec force à coups de grands jetés.

L’acte II est celui des fiançailles. Devant le palais aux portes fermées que gardent deux éléphants de pierre, siègent à cour le Rajah et le chef des archers. Soldats hiératiques, hétaïres aux robes légères, petits esclaves noir, composent la suite fabuleuse du prince. Cet acte, par sa variété, est une pure merveille, avec sa grande procession, accompagnée par une marche grandiose, ses divertissements multiples composés de danses pour les esclaves et de danses de caractère.

Lors de l’entracte, la présentatrice a insisté sur plusieurs passages. Il y a d’abord la « Danse de Manu », l’idole dorée, ou « Danse de l’idole de bronze », dans laquelle le danseur, enduit d’une teinture or, déploie toute sa puissance ; la « Danse des Eventails » effectuée avec grâce et légèreté par le corps de ballet ; la folle « Danse des Tambourins » dite aussi la « Danse infernale » des gardiens du feu ; la « Danse de la Cruche », tout en précision et habileté gracieuse. Toutes ces danses confèrent faste et puissance à cette célébration des fiançailles.

La-Bayadere Svetlana-Zakharova2

Nikiya (Svetlana Zakharova) dans la danse du Serpent, dans l'Acte II, dit des Fiançailles

Mais ce qui est le plus beau dans cet acte, ce sont les danses de caractère effectuées par Nikiya. Svletana Zakharova, svelte, longiligne, gracile et tout en grâce, y est sublime dans l’expression de son amour malheureux pour Solor. Son fin visage, ses magistrales arabesques, sa grande liberté rythmique, ses portés impressionnants, transfigurent son personnage. Sa danse avec le panier de fruits et de fleurs, où se cache le serpent qui va la tuer, est superbe d’émotion. Quant à la danseuse Maria Alexandrova, interviewée dans la coulisse, elle a dit combien elle était heureuse de cette version chorégraphiée qui suggère que Gamzatti n’a pas prêté la main à la mort de sa rivale.

On ajoutera que Vladislav Lantratov, qui interprète Solor, ne démérite pas face aux deux danseuses. Mince et élégant, avec ses grands jetés, il est ici bien loin d’être un faire-valoir et sa danse très lyrique lui confère une grande présence scénique.

En cette fin d’après-midi pluvieuse, La Bayadère nous a transportés bien loin de notre hiver dans un monde merveilleux. Mais je voudrais dire que si Svetlana Zakharova, admirable interprète de Nikiya, sait nous faire rêver, c’est aussi une artiste qui ne reste pas indifférente aux problèmes du monde. Ainsi, à son initiative, ce même dimanche soir, des danseurs russes, ukrainiens et français "unissaient leurs entrechats sur la scène du Bolchoï, lors d'un gala de charité au profit de l'Ecole chorégraphique de Kiev" où la danseuse-étoile avait appris l'art de la danse…

 

Sources :

La Bayadère – Wikipedia

http://www.ladepeche.fr/article/2014/12/07/2006631-russie-theatre-russe-bolchoi-danseurs-etoiles-mobilisent-ukraine.htm

 

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Catheau - dans Danse
commenter cet article

commentaires

mansfield 14/12/2014 21:20

Merci Catheau, vous me replongez dans l'enfance de ma fille, grande amatrice de danse classique et qui à l'époque connaissait les danseurs étoiles par coeur. Cette ambiance féérique et exigeante
est un vrai bonheur de Noël, grâce et beauté...

Catheau 19/12/2014 19:14



Ces retransmissions sont l'occasion rêvée de découvrir tous ces grands ballets. Joyeux Noël à vous et aux vôtres, chère Mansfield.



Carole 14/12/2014 18:59

Merci, Catheau. Votre article m'a donné envie d'aller regarder à mon tour (mais sur internet) ce beau ballet. Et puis, "Petipa", c'est un nom que j'ai toujours trouvé "magique" pour un danseur.

Catheau 19/12/2014 19:12



Petipa et Millepied aujourd'hui à l'Opéra : deux noms prédestinés en effet ! Joyeux Noël à la piétonne de Nantes !



Martine 13/12/2014 20:44

Bonsoir Catheau
Quel beau partage. Un moment de rêve sur votre page. La danse est un de mes regrets. L'ayant un peu pratiqué, savoir que les dispositions sont là mais... bon, tant pis. C'est la vie.
Merci chère Catheau pour cette merveilleuse évasion au pays magique de la musique et de la danse
;)

Catheau 19/12/2014 19:11



Peintre, poète, photographe, et aussi danseuse ! Les Muses se sont penchées sur votre berceau, Martine. La barre au quotidien, un bel exercice pour être en forme.



Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche